Düsseldorf

 

Localisation : Düsseldorf, ville de 600 000 habitants, capitale du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie (Nordrhein-Westfalen ou en abrégé NRW)... sans être la plus grande ville car il s'agit de la rivale Cologne.

Nom du club : DEG (Düsseldorfer Eislauf Gemeinschaft, "communauté de patinage de Düsseldorf").

Fondation du club : 1938.

Couleurs : Rouge et jaune (avec quelques variantes : le vert au début des années 1980 et le turquoise lors de la dynastie du début des années 1990).

Palmarès : Champion d'Allemagne 1967, 1972, 1975, 1990, 1991, 1992, 1993, 1996.

Numéros retirés : 10 (Chris Valentine), 12 (Peter John Lee), 13 (Walter Köberle), 19 (Petr Hejma), 23 (Daniel Kreutzer).

 

 

Dans les hivers de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle, les étangs gelaient à Düsseldorf. Il y avait alors, comme dans beaucoup de villes en Europe, une société de patinage qui répandait de l'eau sur une dalle de ciment pour créer une surface plane de glace naturelle. Elle faisait payer l'entrée et distrayait les patineurs et patineuses en servant des boissons chaudes et en diffusant de la musique sur un gramophone. L'activité périclita peu à peu avec la raréfaction des hivers.

Le forgeron d'une patinoire et d'une ville

On ressentait les prémices du réchauffement climatique, dans lequel un homme-clé de l'implantation du hockey sur glace local, Ernst Poensgen, avait sans le savoir sa part de responsabilité par ses activités industrielles. Issue d'une famille de "Maîtres des forges" active depuis cinq siècles et implantée dans l'actuelle région frontalière entre Belgique et Allemagne, une branche des Poensgen s'est en effet installée vers 1860 à Düsseldorf où elle a développé la sidérurgie selon l'inspiration de la Révolution Industrielle anglaise. Après ses études scientifiques à Strasbourg (alors allemande) puis à Berlin, Ernst Poensgen a repris l'exploitation de l'entreprise familiale et a contribué à la fusionner en 1926 dans la Vereinigte Stahlwerke AG, une des plus grosses entreprises d'Europe avec près de 200 000 employés, dont il prenait la direction en 1935.

Ernst Poensgen s'était engagé en politique dans des partis de droite, le DVP (qui représentait les intérêts des industriels allemands) puis le DNVP (plus nationaliste et conciliant avec le parti nazi émergent), qui furent tous deux contraints de se dissoudre en 1933 après l'arrivée au pouvoir de Hitler. Poensgen continua alors ses activités d'entrepreneur et de lobbying sous le régime nazi, mais ne fut jamais membre du parti et condamna toujours les lois antisémites, usant de son influence pour protéger des amis juifs, notamment dans le théâtre de la ville qu'il finançait comme sa mère

Ernst Poensgen fut en effet un grand mécène de Düsseldorf. C'est lui que le dirigeant du hockey allemand Hermann Kleeberg trouva comme relais pour mettre en place la troisième patinoire artificielle d'Allemagne, après Berlin et Munich. Poensgen fonda une société en fédérant ses amis du sport local (dirigeants de clubs de tennis) et un international allemand de hockey sur glace, Horst Orbanowski, qui a grandi à Düsseldorf et a appris ce sport pendant ses études aux États-Unis. Cette initiative lance une vague de construction de patinoires dans les autres grandes villes voisines de la région rhénane (Cologne, Krefeld, Dortmund...).

Un terrain est trouvé à côté de zoo, le long de la Brehmstraße. Pendant les années 1934 et 1935, du matériel de construction est amené dans des voitures à cheval pour bâtir les tribunes et la cabine de la sonorisation à côté de cette patinoire en plein air.

La DEG est fondée le 8 novembre 1935. Sa dénomination de Gemeinschaft, originale par rapport aux clubs existants (qui s'appellent Verein ou Club), n'est pas choisie par hasard et doit marquer une différence de conception : ce n'est pas un club, mais une "communauté" qui doit chapeauter les activités de sports de glace de tous les clubs pour éviter que naissent des rivalités pour les heures de pratique. Deux semaines après la date fondatrice, deux matches amicaux Berlin-Amsterdam sont organisés sur la nouvelle patinoire devant des spectateurs enthousiasmés, et tous couverts de chapeaux comme il est d'usage avant-guerre. Déjà, ils lancent le premier d'une longue histoire de chants rimés qui ont fait la tradition du hockey à Düsseldorf, en l'honneur de la première star du hockey européen Gustav Jaenecke : Justav vor, noch ein Tor ("en avant Justav, encore un but"). Cette animation détone dans ce quartier du zoo très calme et bourgeois. Tous les riverains ne seront pas enchantés du voisinage de cette foule.

En pleine année olympique, le hockey sur glace est à la une et des équipes internationales se produisent à Düsseldorf. Parmi les rencontres de gala, une oppose le Canada Ouest et le Canada Est. C'est à ce moment que Bobby Bell découvre Düsseldorf... et une charmante blonde qui serait le motif de son installation sur place. Après un Tchécoslovaque oublié par tout le monde hormis les patrons de bars locaux, Bobby Bell devient le premier entraîneur marquant de la DEG. Ce Québécois natif de Lachine, qui avait entraîné l'équipe de Suisse et le HC Davos de la fameuse Ni-Sturm, ne s'occupe pas seulement de l'équipe senior, il est très intéressé par la formation des jeunes. Il essaie même de convaincre le maximum de jeunes de se mettre au hockey sur glace, et leur fournit des gants d'occasion. Ce n'est pas toujours du goût de leurs parents, qui ont déjà déboursé la cotisation pour les leçons de patinage dispensée par le directeur de la patinoire Werner Rittberger (dont le nom est resté dans la postérité pour un saut de patinage artistique qu'il a inventé). Bell n'a pourtant rien d'une mauvaise influence, il conditionne même la participation à ses entraînements à un bulletin scolaire satisfaisant. Ses entraînements sont tout aussi exigeants physiquement.

L'équipe première rassemble pour sa part des joueurs de toute l'Allemagne : en plus des frères Orbanowski, les hockeyeurs bavarois Walter Schmiedinger (originaire de Garmisch) et Roman Kessler (Füssen) mènent l'offensive. La formation ainsi créée est une des meilleures d'Allemagne, troisième en 1937 et vice-championne en 1938. Avant le tournoi final national à Berlin en 1939, les dirigeants paient le train-couchettes à l'équipe au lieu des habituels billets de troisième classe. En demi-finale, devant les 8000 spectateurs berlinois, Düsseldorf perd son meilleur joueur, le défenseur international Rudolf Tobien, sur blessure dans les premières minutes, mais réussit à faire douter l'équipe locale. Celle-ci ne s'impose que sur un but de Jaenecke, celui-là même qui avait fait si forte impression lors de l'inauguration.

Contrebande odorante et obstination à reconstruire

La guerre n'arrête pas le hockey sur glace, mais en complique la pratique. On ne peut plus importer d'équipement canadien et on improvise des protections en carton, en feutre et en toile de jute. À partir de janvier 1941, les séances en soirée sont interdites car l'éclairage de nuit est proscrit pour ne pas aider les attaques aériennes des Alliés. En 1943, deux petites bombes tombent sur la tribune nord, mais la patinoire rouvre après avoir nettoyé les débris. En 1944, un nouveau bombardement détruit les canalisations de refroidissement et rend la glace inutilisable.

En 1946, Horst Orbanowski devient président de la nouvelle fédération des sports de glace du Land de Rhénanie du Nord - Westphalie, avec Ritterberger en responsable du patinage et Willi Müstermann (dirigeant de Krefeld qui accueille aussi l'équipe de Düsseldorf en exil) comme responsable du hockey. Il ne reste plus que quelques cadres d'avant-guerre comme Kessler et le gardien Max Rohde, mais aussi Manfred Trippe, un jeune formé en son temps par Bobby Bell (fusillé comme présumé espion allemand sans autre forme de procès pendant la guerre à Abbeville). La DEG participe donc à la relance du hockey dans une Allemagne divisée entre zones d'occupation. Düsseldorf est en zone britannique, les équipes bavaroises en zone américaine. Les voyages sont l'occasion de rassembler des vivres et de récupérer des outils de bricolage auprès des commerçants de Düsseldorf pour servir de monnaies d'échange. Orbanowski les cache dans son sac de sport, en mettant par-dessus son sous-casque fétiche à très forte odeur de transpiration qu'il n'a jamais lavé : les militaires qui auraient l'idée de fouiller le sac aux postes de barrage entre les zones le referment bien vite...

Si cette contrebande se met en place, c'est que la population a faim dans cette zone très industrielle du Rhin et de la Ruhr, plus encore qu'ailleurs en Allemagne. Les activités de loisir ne sont pas la priorité. Le zoo de la Brehmstraße ne survit pas à la guerre : il en restera un parc public. Les bureaux de la patinoire sont pour leur part transformés en magasins de fruits et légumes. Les sportifs n'ont pas ménagé leurs efforts pour évacuer les gravats et les dirigeants se sont procurés des canalisations de refroidissement, mais ils n'ont pas l'autorisation administrative de remettre la patinoire en état. La DEG décide de continuer les travaux quand même, mais ne fait que provoquer la colère du Ministère de la Reconstruction qui ordonne à nouveau d'arrêter le chantier, en menaçant même les récalcitrants d'une arrestation immédiate.

Les dirigeants ne se découragent pas et continuent d'activer leurs réseaux. Le nouveau président du club Otto Breidenbrach, qui était un de ses fondateurs en 1935, obtient des lampadaires à prix fabricant chez Mannesmann. Ce n'est qu'en décembre 1949 que la patinoire de Düsseldorf est enfin inaugurée, après un décalage d'une semaine à cause du mauvais temps. Mais les adversaires qui s'affrontent sont Cologne et Bad Nauheim, il n'y a plus de trace de la formation locale : les hockeyeurs de la DEG se sont en effet dispersés, victimes notamment de la création d'un deuxième club à Krefeld (les Preußen). Quand l'équipe se reforme enfin en 1950, Horst Orbanowski part aux États-Unis avec son frère. Les joueurs qui restent sous la direction de Rainer Hillmann accumulent les défaites malgré le recrutement de deux joueurs viennois (Walter et Wurmbrand). Ils se maintiennent en barrages en 1952 et 1953, mais finissent par être relégués en 1954.

La descente est suivie d'une crise au sein du club. L'ancien gardien Max Rohde part fonder en novembre 1954 un club concurrent, l'EHC Düsseldorf, autour de la "Peter-Sturm", le premier trio offensif de l'équipe junior qui partage le même prénom : Peter Rohde (son fils), Peter Gregory et Peter Schmitz. Grâce à leur concours, ce nouveau club, l'EHCD, devient champion d'Allemagne chez les jeunes dès sa seconde saison, en 1956. Mais le conflit ne dure pas, tout le monde se rabiboche et le deuxième titre de champion junior de Düsseldorf est obtenu sous les couleurs de la DEG en 1957. L'entreprise familiale de Max Rohde (installateur en chauffage et sanitaire) existe toujours et sera encore un des sponsors du club plus de soixante ans plus tard... La DEG reste une grande famille.

Dans le même temps, la remontée dans l'élite a été très rapide. La DEG y est parvenue avec un entraîneur canadien, Clare Drake, remplacé la saison suivante par Gerald Strong. Mais contrairement au légendaire Bobby Bell, ces Canadiens ne s'occupent pas de la formation des jeunes et ne laissent pas un souvenir impérissable. On vise le niveau au-dessus avec Frank Trottier, qui est rien moins que l'entraîneur du club champion d'Allemagne (Füssen) et de l'équipe nationale. Mais l'arrivée de ce tempérament colérique, qui frappe la balustrade avec sa crosse quand ses joueurs commettent des erreurs, n'est pas une si grande réussite. Au moment où une Bundesliga en poule unique est créée, la DEG choisit donc un caractère opposé : Vlastimil Suchoparek, technicien fin et plus réfléchi, veut insuffler les méthodes du hockey moderne mais il ne retrouve pas les mêmes conditions que dans sa Tchécoslovaquie d'origine. Septième, Düsseldorf n'arrive pas à rester dans cette Bundesliga à huit équipes, ne remplace pas son joueur-phare Peter Rohde qui s'en va et retombe donc dans l'anonymat du niveau inférieur.

Le pouvoir d'attraction fait vaciller la Bavière

Après avoir greffé en vain tant de spécialistes étrangers, Düsseldorf trouvera finalement son bonheur avec des entraîneurs allemands. Engelbert Holderied arrive lui aussi de Füssen. Quand il débarque dans le vestiaire rempli de fumée de cigarette, il se dit qu'il est temps d'introduire un peu de discipline. Il prend en mains une nouvelle génération de talents formés au club : en 1961, la DEG a été vice-championne d'Allemagne chez les jeunes avec sur sa première ligne Claus Speth (photo de droite), Karl Heitmüller et Jürgen Breidenbach (qui n'a aucun lien de parenté avec un autre joueur arrivant à la même époque en équipe première, Klaus Breidenbach). L'équipe termine à la deuxième place d'Oberliga et attire plus de 5000 spectateurs de moyenne. Même en Bundesliga, seul Mannheim fait aussi bien. Il n'est pas toujours facile de canaliser ce public bruyant. À force de voir des débris jetés sur la glace, le club demande donc à des photographes de diriger leurs objectifs vers les tribunes pour prendre les coupables sur le fait.

Les problèmes d'indiscipline refont surface lors de la seconde saison de Holderied. Après une confrontation au sein de l'équipe, cinq joueurs sont suspendus ou partent, dont trois défenseurs : le capitaine Berni Fahrtmann, Heinz Kaltenhäuser et Hans-Jürgen Lotz. Le responsable de la section hockey, qui n'est autre que le père de Lotz, prend fait et cause pour son fils et quitte le club. Düsseldorf introduit alors encore plus de jeunes qui ne se débrouillent pas si mal (quatrièmes). La consécration arrive en 1965 : la DEG remonte à la faveur de l'élargissement de la Bundesliga à 10 équipes. Elle y parvient avec une équipe du cru, où on ne recense que deux joueurs qu'elle n'a pas formée elle-même.

Ces renforts extérieurs passeront de 2 à 9 dès l'arrivée en Bundesliga. Il faut y ajouter quatre joueurs de l'Eintracht Dortmund dissous (Kurt Jablonski, Karl-Heinz Löggow, Dieter Hoja et Horst Roes), un Est-Allemand qui a profité d'un voyage à Innsbruck pour fuir à l'Ouest (Erich Böttcher) et surtout deux joueurs dont le transfert a choqué le pays tout entier. Un an plus tôt, Düsseldorf a en effet fait venir deux internationaux de Bad Tölz, Sepp Reif et Otto Schneitberger. Le transfert n'ayant pas été autorisé, ils sont suspendus un an en compétition. Et la DEG ne peut guère se plaindre d'une règle qu'elle avait elle-même fait appliquer avec fermeté : Peter Rohde avait dû vivre deux saisons blanches en partant chez les Preussen de Krefeld !

Reif et Schneitberger obtiennent le droit de jouer au bon moment, quand Düsseldorf intègre l'élite. La ferveur populaire est à son comble pour l'évènement. Les 10 500 billets sont vendus plusieurs jours avant le premier match face au SC Riessersee. Certains supporters qui n'ont pas pu rentrer franchissent les clôtures et se pressent dans les tribunes déjà pleines. La DEG gagne 5-3 avec deux doublés de deux joueurs formés au club, le capitaine Peter Gregory et le rapide ailier gauche Wolfgang Wylach, qui avait été convoqué en équipe d'Allemagne B avant même la montée en élite. Il y a même plus de supporters de Düsseldorf que de Krefeld lors du premier déplacement de l'autre côté du Rhin, chez les Preussen. Tous veulent voir une idole : Otto Schneitberger. Quand l'équipe semble en petite forme, la foule détourne un chant de Noël : Stille Nacht, Heilige Nacht ! Alles schläft. Otto wacht ! ("Douce nuit, sainte nuit ! Tout le monde dort, Otto se réveille !")

Sous la conduite du nouvel entraîneur Hans Rampf, dont l'engagement avait également été conclu de manière prémonitoire un an avant la montée (il devait encore une année de contrat à Holzkirchen comme entraîneur-joueur), Düsseldorf s'impose immédiatement comme une nouvelle place forte de la Bundesliga. Les "gens de la plaine" (Flachländer), comme ils sont appelés par les Bavarois de manière un peu méprisante, ne tardent pas à leur damer le pion. Quatrième en 1966, la DEG est prudent à l'orée de sa deuxième saison. Il n'a recruté qu'un joueur supplémentaire, le centre Reinhold Rief.

Les Bavarois ont obtenu une compétition en deux phases avec des poules géographiques. Jaloux et inquiets des recettes aux guichets de Düsseldorf, ils pensent que cela leur évitera de remplir ses caisses par leurs visites. Mais cette formule est en fait un avantage pour la DEG, qui a un retard de préparation parce que sa patinoire découverte doit attendre pour ouvrir que les températures descendent dans la région rhénane plus tempérée. Elle aurait sans doute perdu des points en début de saison sur un championnat complet. Mais le titre se jouera seulement dans une poule finale de dix journées, dont cinq à domicile. On s'arrache les places. On peut lire dans la presse locale une annonce qui dit "Offre tapis persan de valeur contre deux billets pour le match de la DEG contre Füssen", ou une autre qui propose en échange des précieux sésames un "caniche, âgé de deux ans" ! Ceux qui ont obtenu les places ne seront pas déçus. Düsseldorf crée la sensation et obtient le titre de champion en 1967.

Le gardien local Hans Joachim Schmengler, qui s'est révélé lors de cette saison, est alors appelé en équipe d'Allemagne pour le championnat du monde à Vienne. Une reconnaissance qui reste assez rare. Otto Wanner, qui est à la fois président de Füssen et de la fédération, a en effet conseillé au sélectionneur Edmund Reigle et à son adjoint Markus Egen de prendre aussi peu de joueurs de la DEG que possible en équipe nationale. Quand un match international entre l'Allemagne et les États-Unis est organisé dans la ville rhénane en octobre 1967, les supporters locaux ne sont pas dupes et affichent la banderole suivante : "Düsseldorf salue l'équipe nationale de l'État libre de Bavière" (NB : appellation officielle du Land de Bavière).

Des exilés tchèques qui s'entendent à merveille

Même si l'expérience du coach Ladislav Horsky ne dure qu'un an, Düsseldorf continue de dérouler le tapis rouge aux hockeyeurs tchécoslovaques. Le défenseur Rudolf Potsch a fait des ravages avec son slap et le club négocie longtemps avec sa fédération pour qu'il puisse rester. Depuis 1968, Petr Hejma est aussi sur place. Après un match du Sparta Prague, Ulf May - un journaliste qui couvrira la DEG pendant toute sa carrière - lui demande s'il peut rester. On est après le Printemps de Prague, sa femme joue au tennis de table en Allemagne au même moment et le rejoint en train pour une journée en couple : les deux époux décident de l'exil. May récupère le sac de voyage de Hejma dans le bus du Sparta et entend l'international tchécoslovaque Rudolf Sindelar lui passer ce message : "dis à Petr qu'il manquera beaucoup à notre équipe". Les autorités communistes accueillent la nouvelle de manière beaucoup moins détendue. Hejma pensait que sa pause forcée serait de 3 mois mais il est finalement suspendu 18 mois par la fédération internationale. Il a donc hâte de chausser les patins pour un match officiel. Le grand jour arrivera le 12 septembre 1970... le lendemain de la naissance de son fils Petr junior ! Hejma doit changer son style de jeu car les adversaires lui collent un joueur au marquage "serré", avec des fautes et accrochages car le jeu est assez brutal en Allemagne. À Mannheim il reçoit une crosse dans l'oreille sur une échappée : 8 points de suture. Hejma renforce la réputation d'une équipe de mercenaires, mais il fera de Düsseldorf sa patrie.

Si l'entraîneur de la DEG est alors allemand, c'est parce que le prétendant canadien, Mike Daski, a tenté - et perdu - un coup de poker avec Lotte Ramroth, qui a suivi son mari Hans (un des membres fondateurs du club) et qui est progressivement devenue la dirigeante-clé car elle n'a pas d'autre emploi et y travaille à plein temps : invité pendant un match à Düsseldorf, Daski a calculé devant elle les recettes aux guichets du club et en a déduit des prétentions salariales démesurées. Lotte Ramroth a alors... télégraphié au candidat suivant, Xaver Unsinn, qu'il était choisi. Daski a dû se rabattre sur la succession d'Unsinn à Augsbourg... avec un salaire bien inférieur à ce que la DEG lui avait initialement proposé.

Le vestiaire se renouvelle parce que les exigences de haut niveau sont de plus en plus difficiles à suivre pour les joueurs locaux. Xaver Unsinn programme en effet deux entraînements par jour, une rareté dans un monde amateur. Les deux gardiens Hans Joachim Schmengler et Rainer Gossmann renoncent à l'équipe première pour raisons professionnelles (Schmengler défend la cage de la réserve). La DEG fait alors venir le portier international Rainer Makatsch, recruté dans des négociations secrètes sur une aire d'autoroute. En 1971, c'est Peter Gregory - le dernier joueur historique à avoir connu la montée - qui quitte le haut niveau pour se libérer de la pression de la performance. Pour certains, le vestiaire a un peu perdu son âme. Les nouvelles pousses n'ont pas été si nombreuses à Düsseldorf. Il ne reste plus que deux joueurs natifs de la ville qui perpétuent la tradition : le défenseur Jürgen Schwer, souvent simple remplaçant, et l'attaquant chouchou Peter Müller, qui a une incroyable vitesse de patinage mais qui fonce comme un kamikaze sans grand contrôle.

La DEG s'en préoccupe peu car elle a des facilités à recruter. La fédération bavaroise a demandé à ses membres un moratoire des transferts vers Düsseldorf pour ne pas perdre la suprématie, mais elle n'est pas écoutée par des clubs qui utilisent ces indemnités de transfert pour combler leurs dettes. En 1971, la DEG fait venir de Rosenheim un des juniors les plus prometteurs du pays, l'élégant patineur Walter Stadler, et achète à Kaufbeuren l'énergique Walter Köberle. La première fois que celui-ci avait joué dans la patinoire de la Brehmstraße, en 1966, les supporters locaux, déjà très au fait des effectifs adverses, scandèrent "Köberle ins Bett" (Köberle au lit) sous les coups de 22 heures puisqu'il n'avait pas encore 18 ans. Le voilà maintenant sous le maillot de la DEG... et il deviendra un des meubles du club.

La dernière pièce du puzzle est Vladimir Vacatko, un attaquant puissant (187 cm, 88 kg) qu'Unsinn préfère utiliser à l'aile plutôt qu'au centre où il pourrait aussi exploiter ses qualités de meneur de jeu. En effet, Vacatko est un réfugié tchécoslovaque comme le centre Hejma, et leur entente est telle que leur association est une évidence. Ils s'entendent les yeux fermés et sont connus pour leurs une-deux. Ils pratiquent aussi les "jeux à la tchèque" : un joueur passe derrière la cage pour attirer le gardien vers un poteau et faire alors la passe à l'opposé pour son "camarade" qui a l'angle ouvert.

L'école de supporters de la nation

Le deuxième titre au palmarès, 1972, a la particularité d'être obtenu... en 1971 ! Le championnat 1971/72 s'arrête en effet fin décembre pour que l'équipe nationale prépare ensuite les Jeux olympiques au Japon. Un calendrier qui réjouit les footballeurs du Fortuna Düsseldorf : ils seront enfin seuls dans la ville pendant plusieurs mois, alors qu'ils rassemblaient moins de monde dans leur stade que dans la patinoire, malgré leur promotion en Bundesliga. Et dire que dans les années d'après-guerre, le Fortuna avait essayé d'absorber la DEG alors en crise...

Le hockey sur glace reste prééminent dans la ville même si l'effectif a changé. Il ne reste plus que deux joueurs du premier titre cinq ans plus tôt, les inséparables Otto Schneitberger et Sepp Reif. Cette seconde célébration en pleines fêtes de Noël se déroule dans une ambiance inoubliable. Le boucher Peter Kreutzer - dont les petits-fils écriront l'histoire du club... - offre un cochon en cadeau aux champions. Il emmène même le porc - vivant - avec lui sur la glace après le dernier match à domicile !

L'entraîneur champion Xaver Unsinn, en fin de contrat, demande une augmentation après deux belles années. Lotte Ramroth lui fera connaître son refus par courrier car elle pense ne pas arriver à le faire de vive voix. Unsinn ne sera pas malheureux pour autant : révélé à Düsseldorf, il sera embauché par l'ambitieux promu, le Berliner SC, et deviendra un entraîneur national mythique et médaillé olympique. La DEG, pour sa part, n'est plus imperméable à la réussite des entraîneurs étrangers. Elle termine vice-championne avec Jiri Pokorny, un autre Tchèque exilé qui a été coéquipier de Petr Hejma pendant deux ans au Sparta Prague. Changement de style en 1973 avec l'arrivée du coach canadien Chuck Holdaway. Cet ancien joueur de NHL chez les New York Rangers durcit nettement le jeu de la DEG. Sa spécialité : un forechecking dans la zone adverse qui ne lésine pas au passage sur l'emploi du cross-check. Pendant les trois saisons et demie où il restera en poste, il fera de Düsseldorf l'équipe la plus pénalisée de la Bundesliga !

La recette fonctionnera pleinement une fois, en 1974/75, grâce à l'arrivée de deux défenseurs justement réputés pour leur jeu rugueux, Horst-Peter Kretschmer et Georg Kink. La DEG prend les commandes du championnat dès début octobre et ne les lâche plus. Elle ne perdra qu'un seul point chez elle, un 6-6 contre Bad Nauheim. Il faut dire que l'atmosphère est si bouillante qu'elle influence sans doute les arbitres. En janvier, quand la vente des tickets ouvre pour le dernier tiers de la saison, le guichet ouvre à 6 heures du matin et les partisans font la queue toute la nuit pour réserver des places. La police doit intervenir pour leur dire d'arrêter leurs chants de supporters car les voisins ne peuvent pas dormir ! Il est rare pour autant que les fans de hockey posent problème aux forces de l'ordre. On peut lire ceci en mars 1975 dans l'hebdomadaire de référence Die Zeit : "Lors de la fête de la victoire en championnat, le dernier dimanche de la saison, toute la patinoire était complètement ivre, mais il n'y a eu que deux légers incidents entre des fans. Pour la police, les matches de la DEG sont un repos, une rencontre des témoins de Jéhovah ne pourrait pas se dérouler de manière plus disciplinée."

De quoi donner du grain à moudre à Günther Sabetzki, un natif de Düsseldorf qui devient quelques semaines plus tard président de l'IIHF, la fédération internationale de hockey sur glace. C'est lui qui aura cette phrase fameuse : "Düsseldorf est l'école de spectateurs de la nation". Il est vrai que les supporters des autres clubs reprennent souvent à leur compte les mélodies des chants à la gloire de la DEG. Les tribunes de la Brehmstraße sont à la fois les plus festives et les plus créatives d'Allemagne, voire d'Europe.

Crise morale en tribune puis crise financière

Les supporters de Düsseldorf auront pourtant une vraie gueule de bois pendant l'été 1975 en apprenant le départ de leurs deux idoles trois fois titrées pendant l'été : Sepp Reif se retire du haut niveau pour jouer à Neuss, tandis que Schneitberger se sent encore à 36 ans de quoi jouer une saison de plus... chez le rival Krefeld. La défense du titre débute mal. Le nouveau défenseur finlandais Jorma Aro se fracture le métacarpe dès le début de saison 1975/76. Puis l'entraîneur Chuck Holdaway est victime d'une défaillance circulatoire et doit être hospitalisé. Reif est appelé pour le remplacer par intérim. Un an après Schneitberger, c'est Petr Hejma qui part à Krefeld sans qu'on lui propose de prolongation (les joueurs de plus de 32 ans sont libres d'indemnité de transfert).

On apprend alors que la DEG a un million de marks de charges sociales impayées à régler. La direction du club autour de Lotte Ramroth a répondu la bouche en coeur à l'administration fiscale qu'elle versait les salaires bruts et pensait que les joueurs avaient payé eux-mêmes les charges correspondantes... Les supporters ne pardonnent pas. Le 22 octobre 1976 est un jour noir dans l'histoire du club. La défaite 1-8 contre Berlin se double d'une débâcle morale dans les tribunes. Les chants deviennent nauséabonds envers la dirigeante : "Lotte, nous te cherchons, Lotte, nous te trouvons, Lotte, nous te pendons". Le gardien remplaçant Rainer Makatsch prend le micro et ordonne aux supporters d'arrêter. Résultat : la direction le suspendra pour avoir quitté le banc des joueurs et pour - selon le communiqué officiel - un "déraillement mental intérieur en absence de connaissance de la psychologie des masses" (sic). Les supporters sont intouchables et le débat s'ouvre. Le grand quotidien conservateur FAZ (Frankfurter Allgemeiner Zeitung) commentera que le public de hockey est "devenu plus prolétaire" depuis que Düsseldorf a supplanté les clubs bavarois.

Après le départ de ses vétérans, la DEG semble désemparée sur la glace. Les limites tactiques de Holdaway apparaissent au grand jour. Les joueurs sont lassés de ses consignes rudimentaires. Le club veut se débarrasser de lui et essaie en novembre 1976 d'attirer à la fois le manager (Walter Richter) et l'entraîneur (Vladimir Bouzek) de Füssen... en envoyant Holdaway comme monnaie d'échange pour adoucir le club bavarois ! L'EVF refuse catégoriquement cette transaction. En conséquence, Holdaway est tout simplement renvoyé le mois suivant. L'homme du premier titre, Hans Rampf, pourrait être l'homme providentiel mais ne reste que le temps d'un court intérim, car il est maintenant employé par la fédération allemande pour s'occuper de l'équipe nationale junior. Joueur étranger depuis cinq ans, "Corky" Agar, s'essaie tant bien que mal comme entraîneur-joueur puis comme coach.

Les remous que traverse le club aboutissent à une scission entre le patinage et le hockey, qui deviennent deux sections entièrement autonomes. La nouvelle structure "DEG Eishockey" est portée sur les fonds baptismaux en décembre 1977, avec comme président Werner Hellwig et comme directeur sportif Rolf van Hauten.

Cette saison 1977/78 est difficile : l'entraîneur Rudolf Hejtmanek fait face à une rébellion des joueurs et en renvoie trois, la DEG se qualifie de justesse en poule finale. À la fin du championnat, les nouveaux dirigeants font signer comme entraîneur l'ex-idole Otto Schneitberger... pendant que Hejtmanek est en vacances au ski. Il faut ensuite négocier la rupture de sa dernière année de contrat, alors que le déficit s'est encore creusé (de 800 000 marks à 1 300 000 marks).

Comme Düsseldorf est loin d'être le seul club à avoir des problèmes financiers, la banqueroute du KEV permet de récupérer deux joueurs importants. Petr Hejma fait son grand retour. Le gardien de 31 ans Jan Marek, ex-international junior tchèque qui continue de travailler en parallèle à Krefeld dans le commerce d'articles de sport, apporte constance et fiabilité devant le filet. Mais ces deux joueurs ont un prix. Les dirigeants de Düsseldorf avaient négocié avec l'agence nationale Pragosport l'arrivée d'une très grosse recrue, le défenseur de réputation mondiale Oldrich Machac, mais les autorités tchécoslovaques exigent que la DEG renonce à Hejma et Marek, ces exilés qu'elles ont toujours dans le collimateur ! Le président Hellwig refuse le chantage. D'équipe la plus pénalisée, la DEG version Schneitberger devient la moins pénalisée du championnat 1978/79. Elle produit même de nouveau un international junior formé au club, Michael Tack. Mais la quatrième place ne suffit pas à plaire à des supporters qui ne veulent que le titre. L'ancien joueur idolâtré Schneitberger découvre donc les critiques dans la position d'entraîneur.

En mars 1979, sitôt le championnat terminé, Düsseldorf frappe un grand coup en faisant signer pour trois ans l'entraîneur Gerhard Kiessling et son fils Udo, le meilleur défenseur du pays. Tous deux viennent d'être champions avec le grand rival Cologne, dont le mécène est parti. Le grand Dick Decloe, lui aussi transféré du KEC, se casse une vertèbre lombaire dans un choc contre la balustrade. Les médecins redoutent même une paraplégie. Mais grâce à l'aide de son épouse et de nombreux exercices de rééducation, il revient au jeu deux mois plus tard avec un corset plâtré. Il a manqué 15 matches sur 48 et c'est pourtant lui qui finit meilleur buteur de l'équipe devant Udo Kiessling. Si le coach Gerhard Kiessling peut donc être satisfait des joueurs qu'il a emmenés avec lui, il l'est moins des autres joueurs. Il leur reproche un manque d'agressivité à l'extérieur, alors qu'il n'a manqué que 3 points pour empêcher Mannheim d'être champion 1979/80. Rançon de l'incroyable ambiance qui règne dans leur patinoire, les hockeyeurs de Düsseldorf ont pris la mauvaise habitude de ne se donner à fond... que devant leur fervent public.

Ce manque de jeu physique n'est pas vraiment corrigé par l'arrivée en 1980/81 du super-technicien Roland Eriksson. L'international suédois devient quand même la star de la Bundesliga et marque le but gagnant en demi-finale contre Mannheim. Les play-offs ont en effet été institués pour la première fois et Ralph Krueger, qui a obtenu sa naturalisation allemande au cours de la saison, en est le meilleur marqueur. La finale contre Riessersee se joue au meilleur des trois manches. La DEG donne tout. Au match décisif, Gerhard Kiessling sort son gardien à 5-4, perd 7-4. Bon perdant, il reconnaît le mérite des vainqueurs et se dit même satisfait... que Mannheim ait été détrôné ! Les joueurs de Düsseldorf fêtent avec les nouveaux champions Riessersee, et une amitié se crée entre les supporters des deux clubs. Les Bavarois ne sont plus forcément ennemis des hockeyeurs de l'ouest de l'Allemagne...

La troisième année des Kiessling s'achève par une triste huitième place. L'entraîneur suivant, le Tchèque Jaroslav Frycer, est très vite débarqué lors de la saison 1982/83, celle des adieux au couple historique d'anciens dirigeants. Hans Ramroth meurt en septembre 1982. Cela faisait des années qu'il n'avait plus mis les pieds à la Brehmstraße, son médecin le lui avait interdit en raison de la faiblesse de son cœur alors qu'il était encore en poste. Très marquée par les chants menaçants de 1976, sa veuve Lotte Ramroth profite du championnat du monde 1983 organisé à Düsseldorf - un contexte "neutre" sans la pression des supporters - pour revenir enfin dans cette patinoire où elle a passé tant de journées dans les bureaux. Elle décède à son tour deux mois plus tard...

La réputation de Düsseldorf s'est noircie. On parle dorénavant d'un vestiaire ingérable. Heinz Weisenbach, viré de Cologne en cours de saison un an plus tôt, l'est aussi par Düsseldorf en 1983/84. L'international Uli Egen lui aurait rétorqué "joue toi-même, idiot". L'ex-star Otto Schneitberger prend les rênes de l'équipe pour essayer de ramener un peu d'harmonie. Mais les joueurs finissent par être les principales victimes de cette valse des entraîneurs. Ils sont tous placés sur liste des transferts parce que la DEG a 2 millions de marks de dettes à résorber. S'ils veulent rester, ce sera avec un salaire divisé par deux. Une collecte de fonds est organisée auprès des supporters pour sauver l'institution en détresse.

Un millionnaire en quête de reconnaissance sociale

Riche patron d'un groupe officiant dans les services aux entreprises (d'abord propreté, puis restauration, sécurité et travail temporaire), Josef Klüh arrive en 1984 à la présidence du club. Il se dit que cet ancien laveur de carreaux recherche la reconnaissance sociale car - comme du temps de Poensgen - Düsseldorf ne juge ses millionnaires qu'à leur investissement dans la vie associative locale. Une nouvelle ère s'ouvre, et la caractéristique la plus marquante est la stabilité du duo d'étrangers. Dans une Bundesliga qui devient de plus en plus puissante au cours des années 1980, avec une ascension des résultats de l'équipe d'Allemagne, les deux places dévolues aux renforts étrangers sont souvent occupées par des stars internationales, mais elles ne font parfois que passer. Deux Canadiens vont pourtant s'installer de manière durable à Düsseldorf et laisser une empreinte indélébile dans l'histoire du club. Arrivé dès 1983, Peter John Lee est le fils d'un footballeur professionnel anglais qui s'est installé au Canada. Quand sa femme est décédée, il est devenu un jeune veuf avec trois enfants à charge. Il a alors quitté Pittsburgh et l'environnement de la NHL où il aurait été impossible de s'occuper de sa famille. Chris Valentine, qui le rejoint un an plus tard, a des motivations similaires, fatigué d'alterner entre les Washington Capitals et leur équipe-ferme de Hershey en AHL. Tous deux veulent de la stabilité et la trouveront sur les bords du Rhin. Il n'existe sans doute pas d'autre exemple de deux joueurs canadiens qui ont autant marqué un club européen.

En 1986, Lee et Valentine constituent le duo d'étrangers dominant du championnat et emmènent Düsseldorf en finale contre le grand rival Cologne, qui gagne le premier match chez lui. Lors du match 2 à Düsseldorf, un sponsor a distribué 20 000 cierges magiques... mais jamais ces accessoires à étincelles n'auront diffusé une lumière si triste ! Lorsque la DEG mène 5-1, le speaker local explique comment se procurer des billets pour le match 4... mais il n'aura jamais lieu. Le score est renversé à 5-6 en faveur de Cologne, qui s'impose en trois manches. Düsseldorf pense avoir vécu la plus grande humiliation jamais vécue dans ce derby qui surpasse alors définitivement tous les autres en Bundesliga. Elle sera pourtant encore dépassée en demi-finale 1987, toujours contre Cologne, avec des scores cinglants (1-8, 1-9, 3-7). L'équipe a jeté l'éponge. Après près de quatre ans sur le banc, Otto Schneitberger voit son mandat s'achever sur cette déroute. Être un ancien joueur de la DEG ne semble pas une garantie de réussite comme coach, puisque Brian Lefley échoue lui aussi l'année suivante. Le contre-exemple arrivera pourtant bientôt...

Pour le moment, on cherche un nom nouveau. Quel profil de coach choisir ? Klüh envisage d'engager Vaclav Nedomansky, ancien joueur à la célébrité mondiale qui a fait du bon travail à la tête de Schwenningen. Mais à Düsseldorf, un président ne décide pas seul. Les "amis de la DEG" (Freunde der DEG), ceux qui avaient aidé le club dans les moments les plus difficiles, préfèrent garder la candidature d'un entraîneur suédois peu connu, Peter Johansson. Il conduit son équipe à la finale 1989... qui se termine dans le scandale. Le défenseur Rick Amann se fait éliminer par Manfred Ahne sur le 3-1 et perd ses nerfs en ne laissant pas le buteur célébrer et en déclenchant une bagarre générale. Trois joueurs de la DEG prennent une pénalité majeure contre deux du SBR. Le président Josef Klüh crie à l'injustice car il a mal vécu d'autres décisions arbitrales : il ordonne donc à son équipe de rentrer aux vestiaires, en expliquant craindre pour sa sécurité. Les 100 000 marks d'amende infligés au club seront réduits en appel à 30 000 marks (plus 20 000 pour Klüh personnellement et 2 000 pour l'entraîneur Johansson).

Josef Klüh prépare sa revanche. Quand il déclare que "le titre ne s'achète pas" au début de la saison 1989/90, mais tout le monde trouve cette déclaration un peu hypocrite car il a acheté les deux meilleurs joueurs du rival Cologne, Gerd Truntschka et Dieter Hegen. Les attentes sont telles qu'il y a 9 000 abonnés pour 10 500 places dans la Brehmstrasse. Une tribune supplémentaire sera même installée en finale pour accueillir 11 000 spectateurs... Lorsque l'entraîneur Peter Johansson se fait virer après une défaite 1-10 (!) à Munich, la pression monte encore sur les cadres du vestiaire qui sont fortement soupçonnés d'avoir provoqué ce renvoi. Petr Hejma est alors nommé coach d'une équipe dans laquelle joue son fils (Petr jr) et il sait faire preuve de justesse dans la gestion des vedettes. Elles sont à leur meilleur en play-offs, avec 33 points (dont 23 assists) du maître passeur Truntschka et 25 points (dont 13 buts) du buteur Didi Hegen. Le "meilleur public du monde" attendait ce titre depuis quinze ans et envahit la glace après le cinquième match décisif de la finale contre Rosenheim (8-2). Casques, maillots, culottes, gants : tous les accessoires d'équipement sont donnés aux supporters. Ancien joueur-culte devenu entraîneur-culte par ce bref intérim, Hejma est porté en triomphe sur les épaules des fans. Il retourne ensuite tout simplement à son travail d'ingénieur dans les services de la ville, après avoir tout de même obtenu de son employeur une semaine de congé spécial pour célébrer ce championnat.

Hans Zach prolonge la dynastie

Son successeur a déjà été choisi en coulisses : Hans Zach. Quand le manager Rolf van Hauten a proposé ce nom pour la première fois, le président Klüh s'est demandé qui est cet inconnu qui n'a jamais entraîné en première division. Mais le capitaine Gerd Truntschka, qui a été le coéquipier de Zach à Landshut, partage sa vision du hockey et a parlé en sa faveur. Clin d'œil de l'histoire, Zach vient de Bad Tölz, le village bavarois où avaient été recrutés les artisans des premiers titres de Düsseldorf. Deux de ces anciennes figures du club ont d'ailleurs joué un rôle-clé dans la carrière du jeune entraîneur : c'est Hans Rampf qui a appris à Zach la possibilité de passer la plus haute formation du pays à l'académie de la fédération du sport de Cologne, dont il est devenu le premier entraîneur de hockey diplômé. Parallèlement à cette formation, il a été entraîneur à Ratingen, en s'occupant d'abord des juniors par accord avec Sepp Reif - son idole de jeunesse qui avait encore un an de contrat. Ni cette expérience ni la suivante dans un club tout aussi anonyme (Bayreuth) ne préparent ce Hans Zach à s'occuper du club le plus populaire du pays. Il réclame trois ans de contrat, il n'en obtiendra qu'un (les dirigeants de la DEG lui proposent de communiquer officiellement sur un contrat de trois ans s'il le souhaite tout en signant pour un an mais Zach ne voit pas l'intérêt de ce mensonge)

Être le plus diplômé des entraîneurs allemands n'est pas un si grand bagage quand on sait que Düsseldorf est la seule équipe à aborder le championnat 1990/91 avec un entraîneur allemand. Depuis dix ans, les champions d'Allemagne ont toujours eu des coachs étrangers (en comptant le naturalisé Hejma qui a appris le hockey dans un autre système). Zach met fin à cette série. Il entre d'abord dans la légende lors de la demi-finale. Alors que son équipe est menée 2 victoires à 0 par Rosenheim, il tient un discours d'une heure et demie dans l'hôtel St. Georg de Bad Aibling, un établissement qui accueille généralement des curistes et qui est habitué à une ambiance plus feutrée. Zach n'arrête son engueulade qu'à 2 heures du matin, apparemment désabusé au point d'avoir hurlé à ses joueurs "Je ne sais plus maintenant, faites-le tout seuls". Mais cette colère n'était pas que spontanée, elle avait sa part de calcul car il sentait que son équipe avait besoin de cela pour se remotiver. Ce sont d'ailleurs les joueurs qui décident de pratiquer un jeu plus offensif pour faire sauter le verrou défensif de Rosenheim. Zach peut lever le trophée bien haut sur la place de l'hôtel de ville : il sera élu "personnalité sportive de l'année" par la presse de Düsseldorf, en grande partie à cause de ce discours passé dans la légende.

C'est Zach, et pas un étranger, qui a introduit en Allemagne le jeu à quatre lignes, une inspiration qui lui était venue de Herb Brooks lors du Miracle de 1980. Il tient à élever le rythme en pratiquant des présences courtes de 40 secondes environ. Ce n'est pas facile à faire accepter dans une équipe de stars, qui n'aiment pas voir leur temps de jeu ainsi amputé et craignent pour leurs statistiques. Zach est exigeant quelle que soit la réputation des joueurs : il n'hésite pas à imposer à Bernd Truntschka et Andreas Brockmann de faire une séance de 30 minutes de passes pour s'améliorer dans ce domaine même s'il s'agit de deux joueurs internationaux. Tous les joueurs finissent par être convaincus quand le système conduit la DEG à la victoire. Si Zach insiste sur l'engagement physique, il maintient aussi la discipline. Cancre dans ce domaine en 1990 (avant-dernier), Düsseldorf est devenu en un an la deuxième équipe la moins pénalisée.

La domination de Düsseldorf est encore plus totale en 1991/92. Il attire à lui seul 19% des spectateurs de la Bundesliga et il se fait connaître de tout le continent en organisant la finale de la Coupe d'Europe. Il y bat Berne et Rouen mais échoue en finale contre Djurgården. Dans son pays, il semble n'avoir plus de rival quand les sponsors-mécènes du double vice-champion Rosenheim se retirent après un conflit avec le Maire sur la construction de la nouvelle patinoire. Mais, dans la capitale bavaroise, plusieurs entrepreneurs collectent de l'argent pour construire une grosse équipe. Le Hedos Munich achète les anciens joueurs-clés de Rosenheim... plus les deux stars de la DEG Gerd Truntschka et Dieter Hegen. Suffisant pour détrôner le champion Düsseldorf ? Celui-ci vend même le sponsoring des filets de but et réussit encore à garder de l'avance budgétaire (9 millions de marks contre 8,5 millions à Munich).

Les stars sont peut-être allées en Bavière, mais Munich échoue en quart de finale. Le meilleur collectif reste à Düsseldorf., qui remporte en 1993 son quatrième titre d'affilée, une performance exceptionnelle que Berlin et Füssen avaient déjà réalisée mais qui restera unique dans le hockey allemand dans une formule avec play-offs. Zach peut pavoiser : c'est lui qui avait convaincu ses dirigeants de ne pas recruter les stars de Rosenheim, dont il connaissait l'attachement à leur région, mais plutôt deux jeunes à fort potentiel, Bernd Kühnhauser et Wolfgang Kummer.

Les stratégies commencent à diverger quelque peu. Zach tient un discours prudent, voudrait se défaire de la posture de favori et renouveler progressivement. Mais l'environnement de Düsseldorf est si habitué au succès qu'il ne jure que par le titre. La défaite en finale 1994 contre Munich - photo ci-dessus - est déjà vécue comme une déception. La première édition de la DEL en 1994/95 est une claque : la DEG est battue en quart de finale alors qu'elle affichait encore le plus gros budget (11 millions de marks désormais car la course en avant continue) et l'effectif le plus homogène.

Guerre entre vice-présidents, renvoi et rappel de Zach

Cette élimination se déroule dans une atmosphère conflictuelle qui est prête à exploser. Dès son arrivée, si Zach avait fait un compromis sur la durée de son contrat, il avait en revanche obtenu de ne pas participer à une réunion qu'on voulait lui imposer chaque lundi dans les bureaux du club pour rendre des comptes. Il serait toujours disponible par téléphone, mais le lundi serait son jour de repos à la maison ! Ce n'était pas qu'une question de congé hebdomadaire. Zach estimait surtout qu'aucun dirigeant du club n'était assez expert en hockey pour discuter ses choix tactiques avec lui. Cela convenait parfaitement au président Jozef Klüh, sachant que Zach ne se mêlait pas non plus des finances. Mais dans l'organigramme, le manager Rolf van Hauten se sentait amputé de ses prérogatives sportives. Au fil des ans, les dissensions sont devenus irrémédiables entre les deux hommes.

Hans Zach croit un temps avoir la peau de Rolf van Hauten, qu'il accuse d'avoir alimenté l'ambiance contre le coach au sein de l'équipe. Mais celui-ci contre-attaque. Il faut trancher. Le président Klüh convoque les principaux joueurs dans son bureau et leur demandent ce qu'ils veulent. Le capitaine Rick Amann répond de manière cinglante et peu diplomatique : "Ce que NOUS voulons ? Mais c'est VOUS qui avez demandé à nous parler." Il garde l'impression que les dirigeants voulaient que le choix de se séparer de Zach vienne de l'équipe, mais considérait que ce n'était pas à lui de prendre position. Il était reconnaissant envers le soutien de ce coach qui avait milité pour son intégration en équipe nationale, même s'il admettait aussi que Zach avait été dur et injuste envers certains joueurs. C'est peu comme si on obligeait chacun à choisir son camp. Résultat de cette guerre ouverte : Zach est viré. Tiraillé entre les différentes parties en conflit, le capitaine Amann devra lui aussi partir...

Se remettre d'un tel conflit n'est pas facile. Pourtant, Düsseldorf fête un huitième titre de champion en 1996, sous la conduite de l'entraîneur suédois Hardy Nilsson (qui avait mis fin à la dynastie de la DEG avec Munich). Mais ce titre a été chèrement payé, au sens propre. Le défenseur russe ancien champion du monde Oleg Sorokin et le créatif attaquant finlandais Mikko Mäkelä ont été engagés à prix d'or, tout comme les trois jokers de luxe (!) arrivés avant les play-offs, Aleksei Kudashov, Patrice Lebeau et Peter Andersson (en photo avec le trophée).

La dette de la DEG s'élève alors officiellement à 8 millions de marks. Elle est couverte par des cautions financières des dirigeants : une garantie bancaire de 4 millions du président Klüh, une autre de 1,7 millions de marks l'ex-trésorier du club devenu président de la fédération Rainer Gossmann et encore une autre de 2,3 millions de marks de l'entrepreneur Max Bobach. Mais celui-ci, dans ses fonctions de trésorier, a aussi contribué à endetter le club par la fameuse "affaire de l'écran géant" qui a coûté la bagatelle de 1,4 million de marks. En effet, l'organisateur de la World Team Cup, un tournoi professionnel de tennis par équipes organisé en mai de chaque année dans la patinoire de la Brehmstraße, fait remarquer que son contrat prévoit que rien ne doit pendre du toit qui pourrait gêner les trajectoires des balles de tennis. Il faut donc mettre en place un mécanisme amovible qui double les coûts.

À l'intersaison, la DEG prétend faire des économies en remplaçant le gardien international Helmut de Raaf par Åke Lillebjörn, deux fois moins cher vu qu'il arrive de Reims en France. Sauf que De Raaf n'a accepté cette reconversion qu'en échange d'un nouveau poste administratif très bien payé au sein du club. Le champion s'est encore renforcé avec Thomas Brandl du rival Cologne et avec Viktor Gordyuk (photo de gauche), ex-coéquipier de Kudashov. Il y a beaucoup de talent, peut-être trop. Quand un journaliste lui demande pourquoi ne pas aligner les trois vedettes Kudashov, Gordyuk et Mäkelä ensemble, Hardy Nilsson répond que "cela ferait trois sorciers sur la même ligne". Mais aucun sort ne sauvera le Suédois, qu'on a lui-même parfois qualifié de sorcier. La rumeur de son renvoi (et du rappel de Zach) circule déjà en septembre. Elle est officialisée en octobre. Moins de deux mois pour virer un entraîneur champion, c'est étonnant.

Un tel empressement s'explique car le club a déjà trois entraîneurs sur sa masse salariale : Hardy Nilsson à 650 000 marks bruts par an, son assistant Martin Karlsson à 150 000 marks... et toujours Hans Zach à 600 000 marks bruts (330 000 nets). Quand Zach a été viré, il avait encore trois ans de contrat. Il touche donc jusqu'en 1998 son salaire, plus l'appartement et la voiture de fonction. Il avait été prêté au cours de la première saison à Kassel mais a refusé de l'être encore à Ratingen pour forcer la DEG à le reprendre. Son retour provoque donc presque autant de remous que son départ : un des vice-présidents, Volker Schratzskleer, l'a toujours soutenu, alors que l'autre vice-président Max Bobach menace de démissionner s'il revient.

Ce retour ne règle pas les problèmes sportifs. Zach, adepte d'un hockey physique, se retrouve aux commandes d'une équipe technique emmenée par des stars européennes, notamment russes. Ce n'est pas le hockey qu'il aime, et il va à l'encontre de la tendance très nord-américaine que prend la DEL après l'arrêt Bosman qui provoque un afflux illimité d'étrangers. Les turbulences financières ne favorisent pas l'ambiance du vestiaire. Depuis que Mäkelä a envoyé son avocat dans les bureaux du club en constatant que son salaire d'août n'était toujours pas versé au 10 septembre, les stars étrangères sont payées rubis sur l'ongle... mais ce sont les joueurs allemands qui servent de variable d'ajustement ! Düsseldorf termine neuvième et rate les play-offs de peu. Après cette saison usante, Zach accepte volontiers de renoncer à sa dernière année de contrat. Il négocie cela avec un nouveau dirigeant (Udo Hensgen) alors qu'il avait toujours refusé de céder le moindre mark à son ennemi juré Bobach.

C'est encore une icône du club qui est rappelée comme entraîneur en 1997/98 : Chris Valentine. Il n'a coaché que des juniors mais réussit à ramener l'enthousiasme à ses anciens coéquipiers que sont les vieillissants Dieter Hegen ou Benoit Doucet. Les internationaux décevants avaient concentré les critiques, notamment Thomas Brandl qui avait été recruté chez le rival Cologne pour un salaire très élevé de 400 000 marks. Ils parvient tous à se racheter et les supporters sont contents même si la saison se solde par une élimination en quart de finale. Le sourire est revenu sur le plan sportif... mais la situation financière est catastrophique.

Le président fraudeur paie l'amende et sauve le club

Une inspection fiscale a révélé que la DEG avait une caisse noire et pratiquait des fausses déclarations de recettes pour échapper en partie à l'impôt. Les dettes se montent non pas à 8 mais à près de 20 millions de marks. Jozef Klüh démissionne avec la totalité de la direction du club. Il assumera la responsabilité de ses actes, même s'il n'était pas le seul dirigeant à avoir joué avec le feu dans la DEL. Au printemps 2001, Klüh paiera la moitié de l'amende (3 millions de marks) avec ses deniers personnels, ce qui sauvera tout bonnement le club de la faillite. Il aura énormément investi financièrement et émotionnellement dans le club pendant ses quatorze années de présidence (marquées par 5 titres) et fait donc lui aussi partie des dirigeants marquants malgré les pratiques illégales qui ont provoqué sa chute.

L'état des finances est tel en 1998 - quand Klüh démissionne - qu'il n'est plus possible de financer un budget de DEL. Tandis que Rolf van Hauten garde la direction sportive, la présidence est prise par Bernhardt Zamek, du sponsor de longue date Zamek, une entreprise de bouillon cubes, soupes et sauces qui a été fondée en 1932 à Düsseldorf et qui fut le premier sponsor maillot du club deux décennies plus tôt. La DEG recule d'une division. La défiance est alors grande envers la DEL, accusée d'avoir trahi le hockey allemand : de nombreux clubs ont été ruinés par de faux espoirs de recettes de la ligue, les joueurs allemands ont perdu leurs places au profit d'étrangers et l'équipe nationale a été reléguée. La fédération, toujours présidée par Rainer Gossmann (ex-dirigeant de la DEG) et avec laquelle la DEL a coupé les ponts, baptise la deuxième division "Bundesliga" pour suggérer qu'il s'agit de la vraie élite. Düsseldorf est son porte-étendard. Mais la fédération et la DEL reprennent les discussions, et en 2000 la DEG est bien championne de la "2. Liga", ce qui l'autorise à remonter en DEL.

Les dirigeants de Düsseldorf resteront très critiques envers le modèle de la DEL, mais préfèreront essayer de le réformer de l'intérieur plutôt que de faire semblant d'ignorer son existence. À chaque fois que la promotion/relégation sera supprimée ou remise en cause, les représentants de la DEG seront les premiers à plaider pour le retour aux principes du sport (Zamek parlera de "farce" en 2005 dans une lettre ouverte à la DEL). Ils seront ainsi sur la même ligne que les supporters du hockey et se montreront fidèles à la tradition d'un club populaire.

La DEG perd son identité et son temple

De 2001 à 2012, le club est rebaptisé "DEG Metro Stars". Alors qu'il avait refusé d'ajouter un nom d'animal comme beaucoup de ses concurrents l'avaient fait à l'avènement de la DEL, il semble se renier en acceptant de changer de nom pour un sponsor, l'entreprise de commerce Metro, qui aide à financer son budget toujours ric-rac avec les dettes passées. L'identification au club en pâtit quelque peu et la Brehmstraße n'est plus pleine comme autrefois, même quand le club navigue dans le haut du tableau. Le plus grand moment arrive toutefois en 2006 quand Düsseldorf remporte la Coupe d'Allemagne sous l'impulsion de la ligne KVK, dans laquelle deux ailiers internationaux allemands, Daniel Kreutzer et Klaus Kathan, encadrent le centre norvégien Tore Vikingstad, qui est élu "joueur de l'année".

Au moment où la DEG résorbe ses dettes, elle vit un autre bouleversement : elle déménage dans le ISS-Dome, une salle multifonctions en dehors de la ville. C'est encore une autre évolution survenue depuis les années DEL qui est prise un peu à contrecœur. La patinoire de la Brehmstraße était le cœur battant du hockey allemand, le symbole de sa culture populaire, qui se définit dans les places debout où les supporters chantent sans interruption. Avoir une aréna moderne comme les autres clubs est une évolution présentée comme inévitable, mais il est bien difficile d'abandonner 70 années de tradition. L'ambiance n'est plus comme autrefois, d'autant que divers défauts d'accès ou de conception renforcent la méfiance envers la nouvelle enceinte. Mais au fil des ans, les supporters s'habituent. Ils peuvent célébrer la nostalgie, mais n'ont d'autre choix que de transposer la tradition dans ce noyuveau Dome.

Les saisons des DEG Metro Stars : présentation et bilan 2001/02, présentation et bilan 2002/03, présentation et bilan 2003/04, présentation et bilan 2004/05, présentation et bilan 2005/06, présentation et bilan 2006/07, présentation et bilan 2007/08, présentation et bilan 2008/09, présentation et bilan 2009/10, présentation et bilan 2010/11 et présentation et bilan 2011/12.

Lorsque Metro se retire, on craint le pire car le budget reposait énormément sur lui. Et pourtant, la "Düsseldorfer EG" redevient elle-même et réussit à se réinventer. Pour remplacer un manager canadien typique de la DEL, on choisit un pur homme du club, l'ancien joueur Walter Köberle. C'est bien beau d'avoir un club fidèle à ses valeurs, mais les sentiments ne nourrissent pas. Beaucoup de sceptiques pensent que cette vision romantique est condamnée. Les fréquents changements d'actionnaires paraissent leur donner raison car il manque une source de financement stable. Au niveau des hommes, pourtant, la continuité reste de mise. Qui peut mieux incarner l'héritage du club que les fils du propriétaire du restaurant de la patinoire de la Brehmstraße, qui ont pour ainsi dire grandi dans ses murs ? Daniel Kreutzer est plus que jamais le joueur-symbole de l'équipe, et son frère aîné Christof Kreutzer conduit Düsseldorf en demi-finale en 2015 puis est élu entraîneur de l'année en 2016. Le poste de coach se prête toutefois moins à rester longtemps dans un club... Quand Christof Kreutzer est viré en 2017, l'identification est assurée par le directeur sportif Niki Mondt (qui était joueur lors du dernier titre en 1996). Il n'est pas aussi incontesté auprès des supporters, mais il réussit à maintenir une ligne directrice.

Les supporters restent difficiles à satisfaire, ils s'offusquent parfois exagérément d'une campagne de transferts jugée trop faible et prennent peur, mais Düsseldorf réussit à maintenir des performances correctes, loin des gros budgets. Même quand la relégation est ré-instaurée, le club reste toujours tranquille et se montre prudent dans son recrutement. Il est hors de question de s'endetter comme autrefois. La rigueur comptable se conjugue en revanche avec une grande créativité dans la communication, y compris sur les réseaux sociaux. Avec le soutien des Toten Hosen, le plus célèbre groupe de punk allemand qui a toujours soutenu le club dans moments difficiles, la DEG se lance dans des actions toujours drôles, telles que la pseudo-candidature au patrimoine mondial de l'humanité ou l'envoi de la mascotte du club dans la stratosphère avec récitation de l'effectif aux extraterrestres. Chaque derby avec Cologne est l'occasion de "provocations", mais toujours dans la bonne humeur. Quand ses concurrents récitent des poncifs dans leurs communiqués de presse et n'ont jamais un mot plus haut que l'autre, Düsseldorf manie le second degré. De l'humour, de l'autodérision, de la fraîcheur et surtout de la passion : voilà les ingrédients qui maintiennent l'identité de ce club qui ne parle pas du hockey comme d'un business, mais comme d'une culture populaire.

Les saisons récentes de Düsseldorf : présentation et bilan 2012/13, présentation et bilan 2013/14, présentation et bilan 2014/15, présentation et bilan 2015/16, présentation et bilan 2016/17, présentation et bilan 2017/18, présentation et bilan 2018/19, présentation et bilan 2019/20, présentation et bilan 2020/21, présentation et bilan 2021/22 et présentation et bilan 2022/23.

Marc Branchu

 

 

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