Nimègue

 

Localisation : ville du sud de la Gueldre (région de l'est des Pays-Bas), située à quelques kilomètres de la frontière allemande, sur le Waal (bras sud du Rhin). 20 km au sud d'Arnhem, 100 km au sud-est d'Amsterdam. 150 000 habitants.

Fondation du club : 1968.

Couleurs : Noir, blanc et rouge.

Surnom : Tigers (puis Emperors en 2004, puis Devils en 2007).

Palmarès :

- Champion des Pays-Bas 1983/84, 1987/88, 1992/93, 1996/97, 1997/98, 1998/99, 1999/2000, 2005/06, 2009/10.

- Vice-champion 1974/75, 1981/82, 1982/83, 1984/85, 1995/96, 2000/01, 2002/03.

- Vainqueur de la Coupe 1988/89, 1995/96, 1998/99, 2008/09.

- Finaliste de la Coupe 1971/72, 1982/83, 1983/84, 1987/88, 1989/90, 1996/97, 2004/05.

 

 

Le club de hockey sur glace de Nimègue, le Stichting Ijshockey Nijmegen, fut fondé le 8 décembre 1968 alors que se déroulaient les travaux de la patinoire au coin de la Bellefroidstraat et de la Heyendaalsweg. Commencés en juin 1968, ceux-ci s'achevèrent début 1969, et le maire de la ville inaugura l'enceinte le 10 février.

Le premier match de hockey fut disputé le 15 mars, et Nimègue, dont le capitaine était Ben Smulders et l'entraîneur Van Haeren, s'inclina 8-2 contre le HIJS La Haye. Rob van Aerem restera ainsi dans l'histoire comme le premier buteur de l'histoire du club. Durant cette saison des balbutiements, au cours de laquelle Nimègue jouait avec des maillots prêtés par La Haye le temps de trouver l'argent pour acheter les siens, l'équipe disputa deux matches supplémentaires : un match nul 5-5 contre les juniors de Geleen et une victoire 4-2 contre Den Bosch début avril.

Un Yougoslave comme bâtisseur

La saison 1969/70 serait la première de Nimègue en compétition. Nimègue s'inscrit en troisième division, laquelle était principalement composée d'équipes réserves des principaux clubs. Pour franchir le cap, la bande d'amateurs décida d'engager un semi-professionnel, le Yougoslave Alex Andjelic. En provenance de Den Bosch, il avait été un des piliers du Partizan de Belgrade et avait été sélectionné quarante fois en équipe nationale.

Cet entraîneur dur et volontiers provocateur allait jouer un rôle crucial pour le hockey dans la ville et gagner le surnom de "Monsieur Nimègue". Mais à son arrivée, tout ne fut pas si simple. Selon sa propre formule devenue fameuse, il y trouva deux sortes de joueurs : les joueurs jeunes et mauvais et les joueurs vieux et mauvais. Il décida de laisser tomber les anciens et de travailler avec les jeunes, lançant un programme de formation qui porterait ses fruits par la suite. L'équipe entama cette saison avec une victoire 11-0 sur la réserve de Geleen et continua sur sa lancée, terminant deuxième avec 16 victoires en 18 matches, seulement devancée par Bruxelles. Elle fut ainsi promue en deuxième division.

Renforcée par un nouvel entraîneur, Van Heumen, et par un Canadien, Charly Ewing (qui avait la particularité de pouvoir jouer soit gardien, soit joueur de champ), l'équipe s'appuyait toujours sur Alex Andjelic ainsi que sur les Néerlandais Ben Smulders et Jan Burg. Ne concédant que deux défaites en douze matches de championnat en 1970/71, l'équipe termina première et gagna son ticket pour la première division.

Arrivée dans l'élite

Les Pays-Bas comptant à l'époque moins d'une dizaine de clubs, Nimègue n'eut ainsi pas de mal à se faire une place parmi les meilleurs. Attirant un millier de spectateurs à ses matchs, Nimègue avait même participé à l'organisation des Championnats du Monde du groupe C en 1971 et signa avec un sponsor, la compagnie d'assurance Nationale Nederlanden, pour sa saison de découverte de la première division en 1971/72, de quoi engager de nouveaux Canadiens, Bob Boyle et Gary Lisle. Dans une division à dix clubs (dont trois belges), Nimègue s'installa confortablement en milieu de tableau, terminant à la cinquième place. Elle réussit même un coup d'éclat en atteignant la finale de la coupe, seulement battue fort logiquement par Tilburg, qui dominait le hockey néerlandais à l'époque.

En 1972/73, une coupe fut créée qui rassemblait Belges et Néerlandais, parallèlement au championnat où seuls les clubs du pays participaient. Cette compétition, la Coupe Nationale Nederlanden, parrainée par le sponsor du club, n'allait paradoxalement pas réussir à Nimègue, qui terminait à la dernière place. Consolation avec une troisième place en championnat derrière Tilburg et La Haye, mais également un premier trophée, la Coupe Boldoot, remportée à Utrecht le 3 mars 1973.

Mais Nimègue n'était pas la seule équipe à savoir faire appel aux Canadiens, même si elle d&eacirc;crochait la palme de l'originalité avec le recrutement de Boris Renaud, qui comme son nom ne l'indique pas est un international... yougoslave. Pourquoi ce nom français ? Parce qu'il est le lointain descendant d'un soldat de Bonaparte, qui s'était épris d'une Croate quand la Grande Armée était passé par là et qui s'était installé à Varazdin ! De nos jours, ce sont les hockeyeurs qui vont conquérir de nouvelles contrées. Il est difficile pour Nimègue de rivaliser durant les années 70 avec des équipes renforcées par des doubles nationaux néerlando-canadiens, même si les efficaces Bob Tunstead, Dick Jellema et Bill Burlington se succédaient dans ses rangs. Elle dut ainsi disputer des barrages de maintien en 1973/74 et 1975/76 (où elle atteint pourtant une belle troisième place derrière Tilburg et Liège dans la Coupe Nationale Nederlanden). Entre ces deux saisons, elle réussit toutefois une fantastique saison 1974/75 ponctuée par un titre de vice-champion.

1976/77 semblait être l'année de la stabilisation : de bons buteurs, Murray Wilcox et Mike Fryia, maintenaient l'équipe en milieu de tableau, et un club de supporters se créait même en janvier 1977.

Mais la saison 1977/78 allait s'avérer désastreuse. Nimègue ne remportait que quatre matches dans la saison et terminait bon dernier, le public fuyait (la moyenne de spectateurs tombait de 900 à 400, l'année même où Heerenveen attirait plus de 3000 spectateurs avec sa troupe de talentueux Canadiens) et, pour couronner le tout, le sponsor principal, Nationale Nederlanden, retirait ses billes. Par chance, la première division était portée de six à dix équipes (dont une belge), ce qui permettait à Nimègue de sauver sa place parmi l'élite.

Place à la formation

Mais cela allait permettre de reconstruire, en s'appuyant sur de jeunes joueurs pleins de qualité, formés par Alex Andjelic, et sur un Canadien de premier plan en la personne de Ron Kennedy. Les résultats ne se faisaient pas attendre : huitième en 1978/79, Nimègue remontait à la quatrième place en 1979/80. Cette année-là, Harrie van Heumen fut un des rares joueurs formés aux Pays-Bas à représenter son équipe aux Jeux Olympiques de Lake Placid, récompense pour la formation locale. Un nouveau joyau éclosait en équipe première : Ben Tijnagel, quinze ans seulement, et qui montrait déjà les qualités qui allaient en faire le meilleur joueur formé à Nimègue de tous les temps. Mais Nimègue, c'était alors aussi Bill Wensink, un défenseur canadien ultra-physique qui battait en cette saison un record du club avec 207 minutes de pénalité en 37 matches et imprimait son style de jeu sur cette équipe.

En 1980/81, l'écart entre les meilleurs se resserrait, et Nimègue terminait la saison à la deuxième place derrière l'épouvantail, Amsterdam. Celui-ci était éliminé en demi-finale par Heerenveen, ce qui aurait pu ouvrir des vocations pour Nimègue. Malheureusement Nimègue échouait également à ce même stade de la compétition contre Tilburg (trois manches à une) et était ensuite sévèrement corrigé par le club de la capitale dans les matches pour la troisième place. Consolation, Ron Kennedy atteignait son apogée et terminait meilleur buteur du championnat.

Il partit malheureusement à la fin de la saison, mais fut parfaitement suppléé par Scott Lecy, qui remporta lui aussi ce titre honorifique la saison suivante. Heerenveen était certes largement au-dessus de tout le monde en 1981/82, mais Nimègue parvint à redevenir vice-champion dans un contexte plus compétitif qu'en 1975.

La saison 1982/83 fut en tout point identique : Nimègue frisa avec les 1500 spectateurs de moyenne, termina vice-champion, et son renfort canadien du moment, Don Fraser, remporta le titre de meilleur buteur (devant son coéquipier Ken Keryluk). Néanmoins, l'écart avec Heerenveen s'était considérablement amoindri.

Le premier titre

La saison 1983/84 allait s'avérer la bonne : deuxième du classement, Nimègue remportait son barrage contre Groningue pour se qualifier pour une poule de trois avec Heerenveen et Tilburg. Le 25 février 1984, Nimègue humilie Heerenveen sur sa propre glace 12-3 et s'ouvre une voie royale vers son premier titre. Les Canadiens Don Fraser, Willy Desjardins et autres Tim Hodgson avaient bien sûr joué un rôle crucial, de même que le goon Bill Wensink (qui s'était calmé en cette saison, ne prenant "que" 102 minutes de prison pour 65 points), mais il ne faut pas négliger l'apport des jeunes joueurs locaux tels que Ben Tijnagel, Harrie van Heumen ou le défenseur Fred Homburg. Cette équipe affichait ainsi une moyenne d'âge de 21,7 ans à peine ! Nimègue aurait d'ailleurs besoin de cette jeunesse triomphante car les principaux acteurs du titre, en tout cas les Canadiens, quittaient le club. Parmi la classe biberon, on relevait deux débutants, Frank Janssen (15 ans) et Robbert Prick van Wely (16 ans). Ce dernier avait reçu son n°16 directement d'Alex Andjelic : en effet, les maillots en coton de l'époque rétrécissaient au lavage, et ceux de l'équipe première devenus trop petits étaient ainsi donnés aux équipes de jeunes. Prick van Wely, chez qui on repérait déjà sa ténacité et son leadership alors qu'il jouait avec des plus âgés que lui, eut la chance de recevoir celui du maître yougoslave.

Débuts européens réussis

Ce titre ouvrait à Nimègue les portes de la Coupe d'Europe, et les Néerlandais s'y comportaient de superbe manière. Après un premier tour rondement mené contre l'Hiversport Luxembourg (19-0 et 26-0), les choses sérieuses commençaient face au champion de Yougoslavie, l'Olimpija Ljubljana. Nimègue s'inclinait 4-5 à domicile, et le match retour en Slovénie devant 7000 personnes était dantesque. Nimègue s'imposait sur le même score et obtenait le droit de disputer une séance de tirs au but. Le gardien Jan Bruijsten se montrait décisif et envoyait son équipe au troisième tour, où elle affrontait le champion de Suède. Nimègue y faisait très bonne impression en menant tout d'abord 3-2. Mais l'AIK Stockholm prenait logiquement les choses en main pour s'imposer 8-3 et 10-2 et se qualifier ainsi pour la poule finale.

Avec une équipe diminuée par rapport à l'année précédente, Nimègue obtenait tout de même le titre de vice-champion 1984/85 et bouclait ainsi une belle saison. La curiosité de l'année était l'arrivée de John Wensink (le cousin de Bill), un goon reconnu de NHL et craint de tous à l'époque où il évoluait chez les Boston Bruins sous les ordres de Don Cherry. Il accumula 27 points (et 39 minutes de pénalité) lors de son passage de 14 matches. Les deux cousins plièrent bagage à l'intersaison, et la récession se faisait finalement sentir en 1985/86 et Nimègue rentrait dans le rang.

Encore Nimègue pouvait-il compter sur la star locale Benny Tijnagel, chance qui ne lui serait pas accordée l'année suivante. En effet, Rotterdam faisait son entrée en première division et achetait à coups de florins les meilleurs joueurs du pays. Les joueurs formés à Nimègue, Ben Tijnagel, Harrie van Heumen et Robbert Prick van Wely, quittèrent ainsi le club. Ajoutez à cela le meilleur joueur néerlandais de tous les temps, Ron Berteling, récupéré à Amsterdam, et des renforts étrangers comme Sean Simpson, Dave Morrison et Andy Otto, et l'on comprend que Rotterdam soit devenu champion en 1986/87, tandis que Nimègue terminait à la cinquième place, souffrant également du départ du bâtisseur Alex Andjelic (parti vers la Suisse, à Coire puis Rapperswil).

En 1987/88, Bill Wensink faisait son retour, alors qu'arrivaient deux autres Canadiens, Robert Forbes et Jim Aldred (un ancien arrière reconverti ailier gauche à son entrée dans le hockey professionnel quatre ans plus tôt). Le défenseur canadien Danny Cuomo arrivait comme entraîneur-joueur et amenait Andy Tenbult, dont il connaissait le frère aîné, avec qui il avait joué dans un petit village de l'Ontario, Levack. Ce dernier, qui avait passé les cinq saisons précédentes à Geleen, était un formidable passeur capable de faire mieux jouer ses coéquipiers. Mais dans l'ensemble, Cuomo eut de quoi être déçu après le piètre départ de son équipe, qui stagnait en fond de classement. Pourtant, elle se retrouvait transfigurée dès le début de l'année 1988 et se mit d'un seul coup à aligner les succès.

Nos retrouvailles

Nimègue échouait à la deuxième place de la coupe, mais terminait ensuite en tête de la saison régulière du championnat. Les play-offs promettaient de chaudes retrouvailles. En demi-finales, l'adversaire était Rotterdam, qui alignait tous les anciens du club. Même s'ils durent attendre la prolongation lors du troisième match, les joueurs de Nimègue profitèrent jusqu'au bout de l'avantage de la glace et s'imposèrent trois manches à deux. En finale, ils retrouvaient Heerenveen et... leur ex-entraîneur, Alex Andjelic. Après une première manche gagnée seulement aux tirs au but, Nimègue allait chercher le titre sur la glace adverse lors de la quatrième manche. Les talents de buteur de Robert Forbes, meilleur marqueur du championnat, permettait à Nimègue de remporter un deuxième titre. Le style physique symbolisé par Bill Wensink et Jim Aldred avait permis de battre des adversaires à l'effectif plus riche et plus doué.

Nimègue retrouva ainsi la Coupe d'Europe et obtint le droit d'organiser une poule des quarts de finale. Après un brillant succès sur une décevante équipe norvégienne de Vålerenga (7-2) et une deuxième victoire face au Steaua Bucarest (3-2), Nimègue affrontait Kosice pour le match décisif. Mais il n'y avait pas photo face aux Tchécoslovaques, qui effectuaient une démonstration de hockey devant le public néerlandais.

Nimègue remporta pour la première fois la coupe en 1988/89, mais fut éliminé en demi-finales du championnat par Geleen. La finale fut de nouveau atteinte en 1989/90, mais Rotterdam écrasa Nimègue - une des rares équipes à l'avoir battu au cours de la saison - en trois manches (13-1, 7-1 et 8-2). Les "Panda's" de Rotterdam, qui dominaient tout et avaient des ambitions européennes, avaient encore récupéré d'autres joueurs de Nimègue : le gardien Jan Bruysten, le brutal Bill Wensink, ainsi que Ralph Vos, meilleur buteur de Nimègue l'année précédente.

Pour pouvoir participer à la saison 1990/91, les joueurs furent contraints d'accepter une baisse de salaire de 40% pour réduire le déficit. Danny Cuomo refusa que sa rémunération fût amputée, et Andy Tenbult dut donc le remplacer comme entraîneur-joueur. L'expérience fut difficile et le convainquit de se consacrer uniquement au jeu par la suite suivante. Cuomo revint en janvier, avant de partir avec tous les étrangers sitôt la saison régulière terminée à la cinquième place (dès la mi-février) pour économiser de l'argent, sans attendre la coupe qui restait au calendrier.

Il était clair que Nimègue n'avait plus les moyens de suivre les grosses cylindrées du championnat. Les rumeurs de dessous de table qui bruissaient autour du hockey néerlandais ne facilitaient d'ailleurs pas la recherche de sponsors. La situation devint critique en 1991/92, et seuls les chéquiers de quatorze supporters permirent de finir la saison, avec comme entraîneur de fortune Fred Homburg, le meilleur défenseur jamais formé à Nimègue, resté fidèle au club depuis toujours. Promesse fut alors faite de miser sur les jeunes et d'oublier les renforts trop chers.

Folie des grandeurs

Aussitôt dit, aussitôt oublié. Par la grâce d'un important sponsor (Flame Guards) dont le propriétaire Paul Gruijthuizen prit le contrôle du club, Nimègue recruta des renforts de premier plan comme Rick Barkovich et Kip Noble, un défenseur offensif rapide et agile sur ses patins, qui avait fait un bref passage chez les Los Angeles Kings mais qui manquait de taille pour la NHL. Ben Tijnagel et Harrie van Heumen retrouvèrent le chemin de la maison, soudain beaucoup plus respectable maintenant qu'elle jouait dans la cour des places fortes économiques. Même Alex Andjelic était de retour d'Autriche pour assister Danny Cuomo.

Nimègue assembla ainsi une équipe très homogène qui se retrouva en finale du championnat 1992/93 face à Geleen. Leur attitude n'y fit pas honneur au hockey. Les deux premières rencontres avaient été partagées entre les deux équipes, et Geleen menait largement à la mi-match 7-0 lors de la troisième. C'est alors que les joueurs de Nimègue refusèrent de continuer la rencontre. La rencontre fut accordée par forfait à Geleen alors que Maik Aertsen, Ben Tijnagel, Alex Schaafsma et Danny Cuomo furent suspendus. Menés 3-0 dans le quatrième match, les joueurs de Nimègue trouvaient pourtant les ressources pour renverser la vapeur et remporter à la fois les deux manches suivantes et un titre qui paraissait compromis. Mais cette saison avait surtout laissé un gros trou dans la caisse. Déjà la réputation de certains était mise en cause, notamment celle de Ronnie Plamont, alias "le Marteau", accusé d'avoir donné un coup de crosse intentionnel à Rick Boh (Geleen), dont la mâchoire s'était brisée en trois endroits.

L'année de la honte

Les nouvelles recrues (Stanton, Sevcik et Kruize) ne servaient qu'à masquer la réalité. Les dettes étaient énormes et le club n'avait pas les moyens de s'offrir un tel train de vie. Malgré trois réductions de salaire et le triplement du montant versé par le sponsor principal, il ne restait plus d'argent. Les joueurs se mirent en grève et refusèrent de jouer le match contre Utrecht, donné perdu 0-5 par forfait. Mais pour autant, il n'y avait aucun moyen de satisfaire leurs revendications. En fin de compte, le conseil d'administration du club démissionna, mais en laissant une situation désastreuse.

Ce n'était rien en comparaison de la honte qui allait s'abattre sur le club, engagé dans le premier tour de Coupe d'Europe, à Esbjerg, au Danemark. Malgré un bon match nul contre les Norvégiens de Vålerenga, il était clair que Nimègue allait être devancé à la différence de buts, même s'ils remportaient leur dernier match contre l'équipe locale. Mais la frustration des joueurs, contraints de se serrer drastiquement la ceinture, allait s'exprimer de la pire des manières lors de cette rencontre. À sept minutes de la fin, alors qu'Esbjerg avait trois buts d'avance, une charge avec la crosse du capitaine danois Lodberg sur Kip Noble déclencha une des bagarres générales les plus pitoyables de l'histoire du hockey sur glace, qui se répercuta dans les tribunes quand les supporters néerlandais s'en prirent au public danois. Onze joueurs de Nimègue et quatre d'Esbjerg furent exclus de la rencontre, et un policier fut blessé en tentant de ramener de l'ordre. Robert Heckenrath, Alexander Schaafsma, Steve Kruize et Henri Stoer durent s'expliquer au poste de police sur ces incidents, dont les images furent relayées par CNN dans le monde entier. L'IIHF ne pouvait pas laisser passer cela, et suspendit Nimègue de toute compétition européenne pendant deux ans. La plaie laissée était profonde. Des années après, tout Néerlandais croisant un supporter de hockey danois se voit poser en préambule à toute tentative pour sympathiser l'inévitable question : "Vous n'êtes pas de Nimègue au moins ?".

Ce n'était pourtant pas fini. Il ne restait plus dans l'équipe que seize joueurs qui avaient accepté une nouvelle réduction de salaires. Nimègue s'accrocha à la deuxième place du championnat 1993/94 et affronta Tilburg pour une place en finale contre Geleen. Tilburg résistait aux intimidations adverses et remporta les deux premières manches, menant 2-1 dans la troisième. Celle-ci ne dura que douze minutes : l'arbitre, M. Stuiver, excédé par l'atmosphère déplorable des tribunes et par le comportement intolérable des joueurs de Nimègue, qui faisaient une faute à chaque action de jeu, décida de mettre fin à cette parodie de hockey. La fédération lui donna raison et exclut Nimègue de ces play-offs.

Le club pourrait-il se remettre de ces évènements ? C'est ce que voulait croire le public, qui se déplaça en masse en fin de saison pour un match de gala célébrant les 25 ans du hockey à Nimègue. Un bien triste anniversaire...

Reconstruire

Nimègue ne pouvant pas tomber plus bas, il fallait rebâtir une équipe, avec de nouveaux dirigeants, un nouveau surnom (les "Tigers"), un nouveau sponsor (Fulda), un nouvel entraîneur, le vétéran Andy Tenbult, qui acceptait de reprendre cette fonction tout en continuant à faire étalage de ses talents de buteur. Il devait compter avec un effectif complètement bouleversé, où ne restaient parmi les cadres que les fidèles frères Stoer, Frank Janssen et Ronnie Plamont, et rebâtir avec des jeunes comme Mark Visschers ou Jordy Geesink. Quant à Tijnagel, il avait pris sa retraite après la saison de la honte, mais il revint pour aider Nimègue à se qualifier pour les play-offs. Mais la bonne surprise de la saison 1994/95 fut Honoré Loos. Arrivé de Geleen où il n'était que le troisième gardien, il se révéla comme titulaire à Nimègue. Eliminé d'entrée en coupe, Nimègue atteignit encore les demi-finales du championnat, mais ne put remporter que le premier match contre Geleen. La troisième place finale était la juste récompense d'une saison sage, loin des frasques et fracas passés. Nimègue devait lentement regagner la confiance perdue d'un public qui avait fui.

L'escalade financière s'était calmée en 1995/96, et les autres clubs devaient eux aussi songer à assainir leurs finances, ce qui permit le retour de trois des champions de 1993, Theo Krüger, Tommy Speel et Robert Herckenrath. Ce sont ces trois mêmes joueurs qui marquaient les buts de la victoire contre Tilburg en finale de la Coupe, que Nimègue remportait pour la deuxième fois. Tilburg prenait toutefois sa revanche en finale du championnat, ne faisant la décision qu'à la prolongation du septième et dernier match.

Une patinoire rapidement adoptée

Il manquait peu de choses à Nimègue pour obtenir ce titre : par exemple, un peu de solidité en défense, qu'allait apporter le Canadien Ray Gallagher. Les retours au bercail ne cessaient pas et c'était au tour de Steve Kruize de revenir de Tilburg.

Mais l'évènement de la saison 1996/97 était l'installation dans une toute nouvelle patinoire, le Triavium. Si elle n'avait pas la même atmosphère que la précédente enceinte, les supporters s'y habituèrent vite lorsqu'ils virent arriver les premiers succès.

Tilburg prit sa revanche en finale de la coupe, mais cela ne fit que renforcer l'envie de titre de Nimègue. Une poule finale à quatre déterminait la composition des demi-finales, et Nimègue termina en tête, ce qui a son importance dans des play-offs de longue haleine au meilleur des sept manches. Nimègue put ainsi battre facilement Geleen, nettement moins fort que les trois équipes de pointe, tandis que Tilburg dut batailler sept rencontres avant de se débarrasser d'Heerenveen. Les équipes semblaient toutes deux maîtriser aisément la situation à domicile quand Nimègue alla chercher la victoire (4-0) à Tilburg dans le quatrième match pour s'imposer en cinq manches. Theo Krüger, meilleur buteur du championnat des Pays-Bas pour la deuxième année consécutive, était l'un des principaux artisans de ce titre, grâce à sa parfaite entente avec "The Doctor" Tommie Speel, ainsi surnommé parce qu'il étudiait la médecine à l'université de Nimègue. Ce dernier, arrivé de Heereneveen à 19 ans en 1990, possédait des capacités techniques inhabituelles dans le hockey néerlandais, ainsi qu'un sens du jeu hors du commun, qui lui permettait de trouver ses coéquipiers les yeux fermés.

Un boss partisan du remue-ménage

Mais Nimègue ne pouvait décidément pas vivre dans le calme. Remplaçant Joop Vullers à la tête du club, Tom van Apeldoorn se faisait rapidement remarquer. Il virait tout d'abord l'entraîneur Andy Tenbult, jugé trop proche des joueurs et donc incapable d'instaurer assez de discipline, ainsi que le défenseur Ray Gallagher. Il engageait Jaroslav Mucha, un entraîneur tchèque avec une longue expérience de la Bundesliga allemande, ainsi que les Slovaques Daniel Iffka et Robert Vbra, alors que Rick McDonald arrivait des États-Unis. Un incident avec le recrutement raté d'un défenseur allemand, Frank Gentges, était la goutte d'eau qui fit déborder le vase, et Robert Herckenrath quitta avec fracas le club.

Son titre de champion ouvrait à Nimègue les portes de la Coupe Continentale, où le premier adversaire au programme était... Esbjerg. Nimègue s'imposait 7-6 après avoir été mené 0-4 en seulement huit minutes de jeu, mais se faisait surtout remarquer par une nouvelle bagarre générale. Une défaite contre Tilburg et un nul contre Trondheim les éliminait de la compétition.

Le nouveau directeur Tom van Apeldoorn n'en avait pas fini avec ses excentricités : il annonça que Nimègue voulait changer son nom en Wesel Tigers ou Kleve Tigers (Wesel et Kleve sont des villes allemandes situées respectivement à 60 km et 20 km de Nimègue) afin de s'engager dans le championnat allemand, rendant la fédération néerlandaise responsable du faible niveau du championnat local. Comme si c'était de sa faute si les Pays-Bas ne sont qu'un petit pays avec un nombre limité de clubs...

Les compétitions locales avaient beau être de faible niveau, Nimègue ne se qualifia pas pour la finale de la Coupe, et fut corrigé à Tilburg (12-4) le 21 novembre. Le 29 novembre, Nimègue était battu à Utrecht, qui avait pour entraîneur... Andy Tenbult !

Tom van Apeldoorn avait déjà mis en marche une nouvelle lessive, licenciant l'entraîneur Mucha (remplacé par Ivan Brown), Rick McDonald, Daniel Iffka, John Vorstenbosch et Martin Brucha. Il dut peu à peu renier ses principes, et après Ray Gallagher, revenu en sauveur avec le statut de capitaine, Robert Herckenrath fit son retour, de même que Ben Tijnagel, pour son deuxième (et dernier) come-back. Ce dernier expliqua qu'il avait pris en pitié cette équipe en la voyant jouer si mal et qu'il avait en conséquence décidé de lui offrir ses services.

Transfiguré, Nimègue termina la saison 1997/98 en trombe et retrouva comme d'habitude Tilburg en finale. Le premier match de celle-ci fut marqué par le périple de Theo Krüger. Retenu par des obligations professionnelles, il dut parcourir à toute vitesse la route d'Assen à Nimègue. Arrêté trois fois par la police pour excès de vitesse, il arriva en retard pour l'échauffement, mais rentra sur la glace avec la première ligne. Avait-il fait le plein d'adrénaline ? Toujours est-il qu'il marqua trois buts dans les cinq premières minutes. Nimègue remporta à nouveau le championnat par quatre manches à une. C'était la première fois que Nimègue parvenait à conserver son titre. Henri Stoer, le seul joueur à avoir participé aux cinq premières campagnes victorieuses de Nimègue, prit une retraite bien méritée.

Ce cinquième titre fut l'occasion de se faire de nouveau une (mauvaise) réputation sur la scène européenne. Directement qualifiés pour le deuxième tour de la Coupe Continentale à Amiens, en France, les Néerlandais suscitèrent les commentaires suivants de Christophe Verkest dans Hockey magazine : "Des renforts canadiens très moyens, beaucoup de nervosité, un coach folklorique desservant son équipe plutôt qu'autre chose, Nimègue est la formation hollandaise type qui ne rend pas optimiste pour le hockey des Pays-Bas..." Nimègue repartait avec trois défaites dans ses bagages, et son entraîneur se faisait remarquer en menaçant de retirer son équipe après s'être vu infliger une pénalité de match.

Premier doublé

Mais la saison 1998/99 resterait surtout dans l'histoire du club comme celle du premier doublé. La première brique y fut apposée lors de la victoire en prolongation (but décisif du Canadien Jason McKechnie) contre Tilburg lors de la traditionnelle finale de la Coupe à Eindhoven.

Dominant le championnat, Nimègue enregistrait le retour de Dan Cameron pour remplacer Henri Stoer (qui avait lui-même suppléé Ray Gallagher) comme entraîneur et retrouvait en finale non pas Tilburg, mais Amsterdam, dirigé par Alex Andjelic. Alors que Nimègue obtenait facilement ses victoires, chaque succès d'Amsterdam relevait de l'exploit, comme lors du cinquième match, remporté après deux prolongations. Menant 3 manches à 2, Nimègue remonta de 1-2 à 4-2 dans le dernier tiers du sixième match pour remporter le titre. Après coup, la cinquième manche si disputée était même donnée perdue à Amsterdam pour avoir aligné un joueur suspendu, permettant à Nimègue d'être sacré champion par... cinq victoires à une ! La finale ne s'était pas pour autant jouée au meilleur des neuf manches.

Tom van Apeldoorn avait annoncé un peu plus tôt qu'il cèderait les rênes du club en fin de saison. On comprit pourquoi en consultant les comptes, puisque Nimègue dut de nouveau déposer le bilan en fin de saison. Plusieurs groupes se disputèrent alors le contrôle du club, et c'est celui dirigé par Ruud van Heeringen qui remporta la mise.

Néanmoins, une équipe compétitive put être assemblée pour la saison 1999/2000, qui fut placée sous le signe du retour de l'infatigable Danny Cuomo comme entraîneur-joueur. Laissant à Amsterdam le soin de disputer la Coupe Continentale, Nimègue connut un début de saison moyen avec une quatrième place lors de la coupe. Mais Nimègue monta en puissance tout au long de la saison et écarta Amsterdam et Tilburg en cinq manches en demi-finale et en finale, reconduisant son bail de champion. Le duo Theo Krüger - Tommie Speel, dont l'entente et la complicité étaient parfaites sur et en dehors de la glace, était le fer de lance de ce septième titre, le quatrième consécutif. Avec un "mélange idéal de stars et de porteurs d'eau", dixit Theo Krüger, pratiquant toujours le même jeu rugueux, défensif, s'appuyant sur de rapides contre-attaques, Nimègue a finalement su après des périodes chaotiques se stabiliser au plus haut niveau et exercer une domination dynastique malgré les déboires financiers.

Coupe Continentale 2000/01, Caen - Nimègue (photo Aurélien Léger)

Après ce nouveau titre, le rugueux défenseur Ronnie Plamont, le capitaine Robert Heckenrath prenaient leur retraite, de même que Frank Janssen, le troisième homme de la ligne de Speel et Krüger, un des joueurs les plus appréciés car il était resté dans les heures noires de 1994 quand le club n'était plus capable de le payer. À l'automne 2000, Nimègue faisait sa rentrée sur la scène européenne et venait de nouveau visiter la France pour le premier tour de la Coupe Continentale. Les champions des Pays-Bas s'y firent plus remarquer par leur conception physique du jeu que par la qualité de leur technique, et les lourdes défaites face à Caen et Herning témoignaient de la baisse de niveau alarmante du hockey néerlandais, que les naturalisations ne suffisent même plus à compenser.

Sur le plan national, la saison 2000-01 n'est qu'une longue frustration, d'une part parce que l'équipe ne paraît pouvoir rivaliser pour le titre, et d'autre part parce que celui-ci semble promis au rival honni Tilburg. Mais Nimègue enregistre le retour de Janssen et de Herckenrath, qui reviennent de leur retraite pour aider le club à atteindre la finale en éliminant Geleen, dauphin des Trappers tout au long de la saison. Les Tigers parviennent même à remporter la première manche à Tilburg, qu'il n'avait pas battu une seule fois en six matches en championnat. Mais une victoire arrachée en prolongation à l'extérieur permet aux Trappers de mettre fin à la dynastie de Nimègue.

Fin de règne

La perte de leur couronne n'est rien en comparaison de celle du meilleur buteur de l'histoire du club, Theo Krüger, qui claque la porte durant l'été, expliquant : "il y avait trop peu de respect pour moi et certains collègues. Chaque année les dirigeants arrangent tout pour des étrangers pour lesquels ils dépensent beaucoup sans être jamais vraiment sûrs de leur valeur. Ils ne se rendaient pas compte combien des joueurs comme moi ou Tommie Speel étions importants pour l'équipe. Nous étions toujours les derniers auxquels ils s'adressaient pour négocier les contrats". Krüger était arrivé de sa ville natale d'Assen en 1990 et avait passé dix saisons à Nimègue, qu'il n'avait quitté qu'une saison, en 1994/95. Son sens du but en avait fait le chouchou du public, mais les sacrifices qu'il faisait pour le hockey, qu'il devait concilier avec son emploi comme vendeur de voitures dans la concession de son frère, n'étaient pas reconnus. Son contrat n'était à chaque fois renouvelé que quelques jours avant le début de la saison. Un comble : il dut même appeler lui-même les dirigeants pour ouvrir les discussions. Ce fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase, et il décida d'accepter l'offre de Heerenveen, où l'entraîneur Andy Tenbult militait avec impatience pour l'arrivée de son ancien coéquipier.

Malgré le départ de son sponsor, Nimègue surprit par une politique de recrutement active. Mais les nombreux nouveaux venus se révélèrent très décevants, à une notable exception près, Kevin Hoogsteen ("King Kev") et ses 80 points en 38 matches, et la saison est seulement sauvée par un étonnant succès contre les Lettons de Liepaja, étouffés physiquement en Coupe Continentale. Mais en coupe comme en championnat, les Tigers terminent la saison 2001/02 à la cinquième - et dernière ! - place. Il s'en est fallu pourtant d'un souffle pour qu'ils accrochent finalement les quarts de finale, mais le match décisif chez l'adversaire direct Geleen, perdu 8-4, s'est révélé fatal. Nimègue a de quoi enrager car ce match était en fait à rejouer. Lors de la confrontation initiale, les Tigers menaient nettement au cours de la deuxième période, mais l'arbitre décida d'arrêter le jeu à cause de l'état catastrophique de la glace, et la fédération décida qu'il fallait dans ce cas rejouer le match dans son intégralité, comme le prévoit le règlement. Nimègue a donc été frustré de ses efforts et de son avance, à cause d'un problème technique qui n'était pas de son fait mais était plus imputable à l'équipe locale.

À l'orée de la saison 2002/03, on se dit donc au moins que ça ne peut pas être pire. Malheureusement si. Ce n'est pas sportivement que les problèmes se présenteront, car tout va pour le mieux. Les nombreux nouveaux Canadiens ou Néerlando-Canadiens sont individuellement de bonnes recrues, comme Bob Vandersluis dont le père avait déjà joué à Nimègue en son temps. L'arrivée a de quoi combler les nostalgiques, mais pas autant que le retour de Theo Krüger qui ravit les supporters. Hélas, c'est là le chant du cygne. Le collectif n'est pas à la hauteur de la qualité de l'effectif, pas suffisamment en tout cas pour battre Amsterdam.

Deux faillites (et un titre) en quatre ans

De plus, tous ces renforts ont un prix, et il est même très cher payé. Le club se débat dans des problèmes financiers, et même si la justice lui accorde des sursis de paiement, il fait faillite. La fédération assurait pourtant qu'elle avait bon espoir que Nimègue participe quand même au prochain championnat. Un groupe de passionnés tente tout de même de réussir l'impossible, à savoir prendre comme base l'équipe-réserve pour reformer une équipe d'élite. Ils font même signer quelques joueurs ainsi qu'un entraîneur, Alex Andjelic évidemment. Mais malgré leurs efforts, ils doivent finalement s'avouer vaincus. Ils étaient à court de temps pour monter une organisation solide avec un budget suffisant. Le club doit donc prendre au moins une année sabbatique à l'écart d'une première division néerlandaise désormais réduite à quatre équipes.

Les efforts des joueurs eux-mêmes sont pour beaucoup dans la reprise des activités de l'équipe senior un an plus tard : ils acceptent de réduire collectivement leurs salaires pour permettre ce retour. L'attaquant reconverti en défense Mark Visschers se fait le porte-parole du nouveau club, expliquant que la direction de la patinoire Triavium a accepté de rendre le créneau du vendredi soir, le préféré des supporters. Le nom de "Tigers" est abandonné au profit de "Emperors", allusion à l'histoire de la ville, auquel Frédéric II accorda en 1230 le statut envié de "cité impériale" qui garantissait une certaine autonomie au sein du Saint Empire Romain Germanique. Une couronne orne toujours le blason de la ville. La saison 2004/05 est donc porteuse d'un nouvel espoir pour le championnat des Pays-Bas, qui retrouve six participants. Nimègue ne s'y fixait pas de grandes ambitions immédiates, et cette saison de rentrée est correcte. La finale de coupe est lourdement perdue et les play-offs sont manqués de justesse.

La saison suivante fut d'abord marquée par un drame : le 6 décembre 2005, Ben Tijnagel meurt à 41 ans dans un accident de voiture en Allemagne. Une cérémonie est organisée au Triavium pour honorer celui qui avait été un des catalyseurs de la passion de la ville pour le hockey sur glace. Il avait toujours continué à aider le club et son entreprise en était d'ailleurs un sponsor.

En hommage à celui qui a participé à tant de succès, Nimègue remporte le titre 2005/06, à la surprise générale. Les Emperors reviennent de loin, car ils n'ont pas été épargnés par des crises diverses. Deux semaines après le départ du gardien Kyle Nixon pour raisons familiales, son collègue Casper Swart est exclu de l'effectif. Il est en conflit avec les dirigeants au sujet de ses crosses. Finalement, ces problèmes de matériel sont aplanis et tout rentre dans l'ordre deux jours plus tard. Les supporters apprennent l'une et l'autre nouvelle par une newsletter internet, la communication du club étant au point à défaut que sa politique soit toujours claire. Heureusement que Swart est là pour la fin de saison pour ne pas laisser le club avec des gardiens inexpérimentés. Ses performances lui valent du même coup une reconnaissance en équipe nationale. C'est que Nimègue, qualifié in extremis pour les play-offs aux dépens du vieux rival Tilburg, fait tomber Amsterdam, imbattable depuis quatre ans, puis se défait de Heerenveen. Dans ce couronnement des Emperors, le blond T.J. Caig, leur buteur canadien qui avait totalement raté sa première saison universitaire, joue assurément un rôle déterminant, en devenant meilleur marqueur de la saison régulière puis des play-offs. Cette première saison pro réussie lui permet de signer à Heilbronn en Oberliga allemande.

Tout est donc à refaire après ce sacre. L'équipe est renouvelée et rajeunie après le départ de Swart et de tous les étrangers, y compris l'entraîneur-culte Larry Sacharuk. Nimègue prend un accent suédois avec le nouveau coach Håkan Nygren et six de ses compatriotes, dont le gardien Kristoffer Martin qui reste sur des saisons peu brillantes à Turin et à Gap. Ce dernier ne survit pas à sa période d'essai de deux semaines et est remplacé par le Finlandais Tommi Niemelä. Le centre Anders Dahlin, qui avait une contribution offensive limitée en Suède et dans son précédent club Briançon, devient pourtant le meilleur marqueur de l'équipe dans cette saison 2006/07. Dans l'ensemble, la greffe scandinave prend quand même assez mal. Le défenseur Tobias Jensen, viré au Nouvel An, dresse un portrait peu flatteur du championnat néerlandais dans le journal de son pays Dagbladet en parlant de jeu brutal et de bagarre après les matches. Il rajoute en outre que le club a inventé sa blessure pour pouvoir engager un Canadien à sa place.

Cinquième, Nimègue n'est pas qualifié pour les play-offs. Cette saison a aussi des conséquences financières. Le club est déclaré en faillite et Wim van Duijnhoven, le directeur de la patinoire du Triavium, annonce ne plus vouloir louer de glace à l'organisation des Emperors du dirigeant Jan Driessen, jugée non fiable. Début juin 2007, la fédération annonce donc l'exclusion de club qui n'a plus de glace. La commune de Nimègue intervient en médiatrice pour que le hockey de haut niveau puisse poursuivre sa route. Un nouveau groupe se forme autour de Ronald Diehle et reprend la main après une lutte avec d'anciens dirigeants. Le club repart sous un troisième nom en cinq ans, celui de Devils. Même s'il n'y paraît pas forcément, il s'agit encore d'une référence historique. Il évoque le diable dans la pièce de théâtre médiévale Mariken de Nimègue, où l'incarnation démoniaque Moenen séduit une femme dont on peut admirer la statue sur la Grand-Place de la ville. Le nouveau groupe qui détient le club a d'ailleurs pris le nom de "fondation Moenen". Le sponsor principal Jar, ancienne régie municipale privatisée sept ans plus tôt et spécialisée dans le traitement des déchets, n'est révélé qu'en novembre.

Chambardement à l'allemande

La décision définitive de participer au championnat n'est prise qu'en août, et il faut reconstituer une équipe. Le premier joueur sous contrat est le gardien Casper Swart, qui était parti de sa ville natale, fâché contre le staff précédent. Le but est de rassembler le maximum de joueurs locaux, mais certains ont déjà signé ailleurs. Un des piliers du club, Nick de Jong, a ainsi signé au deuxième niveau français à Neuilly-sur-Marne, mais cet ex-attaquant reconverti en défenseur physique sélectionné en équipe nationale ne se plaît pas en Seine-Saint-Denis et revient au bout de deux mois.

L'effectif 2007/08 doit être entouré de renforts nord-américains, pas toujours évidents à recruter car ils font parfois faux-bond au dernier moment. Les résultats sont décevants. Hormis Josh Tataryn (19), aucun joueur n'est capable de marquer plus de cinq buts. Juste avant la clôture des transferts, alors qu'il reste quatre matches à jouer, Nimègue renvoie donc tous ses étrangers à la maison pour faire des économies. L'entraîneur-joueur Rob Meanchoff, qui avait assumé de moins en moins un rôle de défenseur et de plus en plus un rôle de coach, est prié de partir comme les autres. L'équipe termine par conséquent en autogestion.

Le nouvel entraîneur est l'Allemand Frank Gentges (42 ans) qui s'occupait des juniors de Krefeld. Il avait déjà joué aux Pays-Bas pour Geleen et Utrecht, mais jamais pour Nimègue (sa vraie-fausse arrivée en 1996/97 avait provoqué une crise entre le manager Herckenrath et les dirigeants). Gentges annonce vouloir professionnaliser les entraînements, avant tout à destination des hockeyeurs néerlandais. Il change effectivement la politique de recrutement à l'intersaison, mais surtout aux dépens des joueurs formés au club. Un des cadres, Nick de Jong, ne fait ainsi plus partie de ses plans. "C'est dommage, Nimègue perd une de ses figures de proue. Dans le prochain effectif, il aurait été un des joueurs les mieux payés", selon la communication du club dont on ne sait s'il faut la prendre au premier ou au second degré.

C'est un effectif totalement neuf - 18 changements ! - qui aborde donc la saison 2008/09. Le fait curieux est la présence de trois frères américains, les McCarthy. Deux d'entre eux, Greg et Matthew, vont quitter brusquement le club en décembre, pour échapper aux 2000 euros de contraventions qu'ils ont accumulées sur les routes... Le troisième frère, Michael, est alors rentré au pays pour soigner son genou. Il revient mi-janvier pour la finale de coupe, et il y marque son second et dernier but de la saison, mais c'est le plus important de tous : le but vainqueur en prolongation. Mike McCarthy est le héros le plus inattendu qui soit, lui qui avait raté deux grosses occasions dans les dernières minutes de la finale un an plus tôt alors qu'il portait les couleurs de Heerenveen.

Si Nimègue soulève la coupe, Tilburg prendra sa revanche en cinq manches en demi-finale du championnat, et son entraîneur Larry Suarez se montre vengeur : "Cette victoire est particulièrement savoureuse. Je n'ai jamais vu une organisation aussi arrogante que ce Nimègue. Il faut voir comment leur coach et leurs dirigeants se comportent." Le coach en question, Frank Gentges, indique alors qu'il souhaite rester, mais il rentre finalement en Allemagne, à l'appel de Dortmund qui vient de monter en Oberliga...

Retour aux racines

Le jeune entraîneur Chris Eimers prend la suite, avec une seule saison d'expérience à Heerenveen. Et devinez qui il ramène dans ses bagages ? Nick de Jong ! Un an après, le défenseur revient dans le Gelderlander sur les circonstances de son départ, lié surtout à Gentges : "Les Allemands ont une façon à part de travailler. J'ai trouvé dommage qu'il choisisse deux gardiens étrangers. Chris Eimers est franc et sait ce qu'il veut. Mais je n'ai pas choisi les Devils à cause de lui. Aux Pays-Bas, Nimègue est devenue la seule équipe où je veuille jouer. J'ai choisi le défi, pas l'argent. Je veux gagner un cinquième championnat. On a des joueurs qui pensent aux intérêts de l'équipe, comme quand nous avons gagné le titre en 2006. C'est très important." Dans ce collectif où tout le monde s'implique, le capitanat tourne de match en match.

Il faut quand même aussi un joueur capable de faire la différence. Nimègue a justement depuis quelques mois un bel atout dans sa manche : Phil Aucoin, dont le frère (Keith) et le cousin (Adrian) jouent en NHL. Pourtant, lorsqu'il est arrivé en décembre 2008, il ne présentait pas les meilleures références : il a quitté Rosenheim sans prévenir un an plus tôt, et il vient de passer un an à travailler sans jouer au hockey. Ce sont justement ces ombres sur son CV qui ont permis à Nimègue de mettre la main sur cette perle rare. Sinon, il n'aurait sans doute pas atterri dans le championnat néerlandais, car son niveau technique est d'un tout autre calibre. Il voit le jeu plus vite que les autres et est le joueur dominant de l'équipe.

Au début de la saison 2009/10, lors de la coupe, Phil Aucoin mène les compteurs mais paraît un peu seul. La recrue-vedette Nick Deschênes met du temps à trouver la forme, mais c'est parfaitement normal. Après son départ de Cortina pour suivre son amie au Canada, il était resté un an et demi sans jouer au hockey. Sans agent, Deschênes avait écrit à de nombreuses équipes en Europe, et seul Nimègue avait osé le recruter malgré ce "trou" dissuasif. L'acclimatation prend deux mois, mais ensuite Deschênes utilise ses cent kilos pour aller à la cage et tient la grande forme aux côtés du créatif Aucoin.

Devant le solide gardien Chris Boucher, la défense a posé le plus gros problème pendant la coupe. On s'inquiète quand le défenseur Marty Dams retourne au Canada auprès de sa mère malade, mais son remplaçant Travis Wight s'avère une bonne affaire. Cet adepte des charges à la hanche (et parfois du coude, on se doit de le dire), un geste spectaculaire devenu trop rare de nos jours au goût du public néerlandais, est l'un des meilleurs patineurs de la ligue.

Tous les ingrédients sont donc réunis. Mené deux manches à zéro par Geleen en demi-finale, Nimègue enchaîne six victoires consécutives, balaye l'éternel rival Tilburg et remporte son neuvième titre. La consécration pour Eimers, dès sa deuxième année de reconversion alors qu'il avait mis treize ans à accéder au titre dans sa carrière de joueur. Quant à Nick de Jong, il présente la particularité d'avoir été champion avec Nimègue lors de trois périodes différentes, avec les Tigers (1999 et 2000), les Emperors (2006) puis les Devils (2010). Le défenseur international, également sacré avec Amsterdam (2004), incarne ainsi la continuité dans son club formateur, à travers les dépôts de bilan et changements de dénomination.

Mais encore une fois, le titre se paye cher. Les mois suivants sont délicats, et le club doit négocier avec ses créanciers pour pouvoir repartir. Il faut se séparer de la première ligne Aucoin-Deschênes-Orr, et le seul étranger conservé est le leader de la défense Dan McGoff. La saison 2010/11 est placée sous le signe du retour aux racines, avec l'arrivée sur le banc de Danny Cuomo comme entraîneur et Alex Andjelic comme adjoint, soit les deux figures marquantes de l'histoire du club. Le nouveau gardien Stéphane César est un peu trop irrégulier pour que Nimègue se permette de jouer les premiers rôles.

Le bilan le plus inquiétant est financier. Les comptes affichent encore 50 000 euros de déficit, et cette fois la municipalité nomme un gestionnaire temporaire, Bob Thomassen, pour vérifier que l'équipe est capable de repartir. Il conclut à une poursuite de l'activité, mais en renonçant aux renforts étrangers. "Les gars ne joueront pas cette année à Nimègue pour l'argent, mais pour devenir meilleurs", déclare le coach Danny Cuomo dans le Gelderlander.

Marc Branchu

 

 

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