Mannheimer ERC

Chapitre IV - Huit années de purgatoire

 

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Jörg Etz

Malgré sa situation économique précaire, Mannheim parvient à conserver l'essentiel, à savoir une bonne partie de son effectif, avec les défenseurs Duszenko, Maier et Paul, les attaquants Seidl (pour sa dernière saison), Scheytt, Clouth, Zerres, Etz et Meister (qui allait être le meilleur marqueur de l'équipe), et surtout le gardien Wolff, le joker qui n'avait pas pu empêcher la descente mais qui va s'avérer bien utile en Oberliga, nouveau terrain de jeu des Mannheimois. Le MERC intègre les jeunes et a pas moins de vingt joueurs à sa disposition, mais de nombreuses blessures et absences diverses le conduiront souvent à présenter un effectif plus réduit, comme ce match à Regensburg gagné 2-1 avec seulement neuf joueurs. Mannheim parvient donc à s'adapter à son nouvel environnement, même s'il est loin de pouvoir espérer remonter dès la saison 1971/72, Berlin et Rosenheim étant un ton au-dessus.

Après treize années de présence en équipe senior, Eugen Seidl endosse le statut d'entraîneur pour la saison 1972/73. Il accueille le retour au club de Jürgen Steckmeier et l'arrivée du gardien tchèque Jan Marek et du buteur canadien James Münch. Cela ne suffit pour rivaliser avec le Cologne EK, qui est promu en Bundesliga, mais Mannheim peut ainsi au moins se qualifier pour la toute nouvelle deuxième Bundesliga.

Celle-ci est mise en place par la fédération lors de la saison 1973/74, sous la forme d'une poule unique à dix clubs. Mannheim se plaint toujours de finances serrées, mais parvient encore à se renforcer avec Bernd Schoff (Francfort), avec un autre Tchèque, Jaroslav Tuma, et avec Bill Rossini et Jack Roussell, qui remplacent leur compatriote Münch. Par ailleurs, un certain Marcus Kuhl fait ses débuts en équipe première. Pas pour longtemps : il part dès l'année suivante à Cologne où il marquera 25 buts pour sa première saison dans l'élite.

Regagner d'abord son public

Le MERC part sur les chapeaux de roues et ne concède son premier point qu'au sixième match contre Duisburg. Et encore parvient-il quand même à arracher l'égalisation sur un penalty transformé par Tuma à la dernière seconde. Mais les joueurs ont beaucoup de mal à conserver leur discipline de jeu et leur sang-froid, et l'accumulation des pénalités leur coûtera plus d'une victoire. Si la remontée n'est toujours pas au rendez-vous, en revanche, le public reprend confiance en son équipe, et des matches disputés devant six ou sept mille personnes rappellent à chacun les soirées les plus chaudes de Bundesliga des années 60.

Cette Bundesliga, le MERC aimerait bien y retourner, mais il est clair qu'il n'en a pas encore les moyens. Les deux Canadiens, les deux Tchèques et les deux Kuhl (Marcus et Detlev) quittent l'équipe, et ces départs ne peuvent pas être complètement compensés par le retour de James Münch et les arrivées du Canadien Tom Love comme second gardien et du jeune Hendrik Jaworowski. Cet attaquant polonais, buteur efficace et précieux, apporte un peu de finesse à une équipe qui s'appuie surtout sur des combattants au gros moral. Certes, le grand favori Rosenheim, entraîné par l'ancien sélectionneur national Gerhard Kießling et qui compte dans ses rangs son fils Udo et l'ancien Mannheimois Jirí Tuma, est battu par deux fois grâce à un gros travail défensif et de bons matches de Hägele dans les buts, mais le MERC ne parvient pas à rééditer ce genre de performances en déplacement, et il doit se satisfaire d'une troisième place, loin derrière Rosenheim et Ausgbourg.

En 1975/76, Wilbert Duszenko et Jürgen Steckmeier partent à Fribourg-en-Brisgau tandis que Karl Scheytt doit faire ses valises pour Nuremberg pour des raisons professionnelles. Mais Hans Clouth revient de Düsseldorf, un deuxième gardien, Röhrl, est prêté par Riessersee, et deux étrangers arrivent, le Finlandais Suoniemi et le Tchèque Bolehovsky. Malheureusement, il y a encore une fois un gouffre entre l'effectif théorique et l'effectif réel, la faute à une avalanche de blessures (le genou de Jaworowski, la main de Maier, tandis que Jirí Bolehovsky les accumule). Face à un adversaire comme Kaufbeuren, tout juste reléguée de Bundesliga et qui pouvait compter sur une formation stable et solide.

Weisenbach, l'homme providentiel

C'est durant le torride été 1976 qu'arrive l'homme qui allait changer le cours de l'histoire du hockey à Mannheim, et au-delà en Allemagne : Heinz Weisenbach. Cet homme venu de Füssen est nommé à la mi-août comme entraîneur, sans même qu'Eugen Seidl, après seize ans de bons et loyaux services, en ait été prévenu. Lorsqu'il apprend la nouvelle, il se dit un peu dépité qu'il s'y attendait un peu vu que personne ne l'avait appelé alors que son contrat arrivait à son terme.

Heinz Weisenbach

Weisenbach se révèle être friand de l'adaptation tactique en fonction de l'adversaire, mais aussi des innovations dans les lignes. Il n'hésite pas à faire passer à l'attaque Suoniemi, jusque là défenseur, et montre sa propension aux expérimentations en prenant trois joueurs à l'essai, Vorlicek, Huber et Hassan, qui seront tous trois conservés dans l'effectif. Vorlicek en particulier, aussi bien pour son apport offensif que défensif, s'affirme comme un des meilleurs joueurs, avec l'efficace Meister et le petit et teigneux Clouth. Le centre vétéran Jörg Etz, blessé dans un match de pré-saison contre Bad Nauheim comptant pour la coupe de Hesse, confirmera ses qualités de leader dès son retour. La lutte en tête est époustouflante, et une demi-douzaine peuvent raisonnablement prétendre à la montée. Ce championnat passionnant enflamme Mannheim comme jamais, et pour la première fois depuis des lustres, il arrive que la patinoire du Friedrichspark affiche à nouveau complet.

Il est alors clair que c'est l'équipe, la plus constante qui l'emportera, et aucune équipe ne paraît pas à l'abri d'une contre-performance. Mais courant janvier, Mannheim s'incline deux fois de suite contre des adversaires directs, Kaufbeuren puis Deilinghofen. Malgré un bon nul à Bad Tölz, Weisenbach décide de sévir en mettant à l'écart le défenseur Maier ainsi que l'attaquant Reinhold Meister, dont les performances ont nettement décliné depuis plusieurs semaines. L'entraîneur, qui vient de signer un contrat de trois ans, envoie un clair message d'exigence à ses joueurs. Malgré tout, Mannheim abandonne des points contre sa bête noire Peiting et contre une équipe de Bad Tölz contre laquelle il collectionne les résultats nuls, et c'est donc la jeune et rapide équipe de Kaufbeuren qui décroche le gros lot... et qui refuse (pour l'instant) la montée.

"Bubu", le réfugié

À l'été 1977, Boguslav Malinowski, défenseur polonais de Katowice âgé de vingt-huit ans, profite de son statut privilégié de hockeyeur de l'équipe nationale qui lui donne droit à des vacances à l'étranger. Il part ainsi avec sa femme Halina en Bavière, et fait pendant son séjour un détour par Mannheim pour rendre visite à un ami. Il prend alors la décision de ne pas rentrer au pays. Avec pour tout bagage leurs deux valises, les époux Malinowski sont pris en charge par le président du MERC, Helmut Müller, qui offre à Halina un poste d'entraîneur de patinage artistique au club, tandis que Boguslav reprend à mi-temps son poste d'électricien dans l'automobile, en attendant de pouvoir rechausser les patins.

L'exilé doit en effet purger une suspension internationale de dix-huit mois avant d'être autorisé à reprendre le hockey. Passé ce délai, il peut continuer son activité. La fédération allemande offrira même alors un statut spécial destiné aux réfugiés de l'est, qui prévoient qu'un joueur résidant en Allemagne un an et demi sans jouer devient alors automatiquement allemand au sens du hockey sur glace, c'est-à-dire qu'il ne sera plus considéré comme étranger. Ce statut destiné à venir en aide à ceux qui ont fui l'Europe de l'Est sera d'ailleurs plusieurs fois détournés de son sens initial dans les années 80 au profit de pseudo-inactifs canadiens, mais c'est une autre histoire. Quand le petit Polonais, dix-huit mois plus tard, commencera à jouer avec Mannheim, revenu entre-temps en Bundesliga, il deviendra vite un des chouchous du public, surnommé "Bubu".

La remontée, enfin

En 1977/78, Mannheim perd ses deux gardiens Hägele et Röhrl, et engage le très prometteur Matthias Hoppe comme nouveau titulaire. A dix-neuf ans, il a déjà été sélectionné en équipe d'Allemagne B, tout comme Werner Jahn. Tous deux débarquent de Füssen, où Weisenbach a gardé suffisamment de contacts pour dépouiller le club. Même si le MERC n'arrive pas à attirer l'international Frank Neupert, sa priorité, les départs de Brill, Huber, Rösner et Suoniemi sont compensés par les arrivées de deux Canadiens, Bruce Abbey (25 ans, Björklöven, Suède) et Bill Mikkelson (29 ans, Baltimore, NHL). De plus, un joueur formé au club fait son apparition en équipe première : Peter Obresa.

Mannheim part en tête, mais concède le nul contre Kaufbeuren (3-3) et perd à Bad Tölz (2-5). On ne donne alors pas cher de sa peau face au leader invaincu, le relégué Augsbourg, d'autant qu'Obresa est malade (pleurésie), mais Mannheim, mené 1-4, puise dans ses réserves pour s'imposer 8-6 avec un doublé de Vorlicek, pourtant diminué par une grippe qui lui avait fait perdre cinq kilos. Le scénario semble se répéter au match retour, quand Mannheim remonte de 2-6 à 5-6, mais les Souabes s'assurent un succès à la dernière minute. Contrairement à l'an passé, la course en tête se résume à un duel, mais celui-ci est encore long puisqu'on doit disputer un double aller-retour. Mannheim boucle la première phase avec deux points de retard.

Et bientôt quatre après une défaite à Duisburg. Après avoir concédé sa deuxième défaite seulement de la saison, à Kaufbeuren, sur la marque sans appel de 8-2, Augsbourg se venge sur Mannheim lui-même, battu sur le même score. Le MERC perd pied peu à peu, l'écart se monte à sept points, mais on apprend alors que le deuxième du classement sera lui aussi promu du fait du passage de la Bundesliga à douze équipes. Comme le trou a été fait depuis longtemps derrière, Mannheim ne se préoccupe plus d'Augsbourg et atteint sans problèmes son nouvel objectif, la deuxième place. Le club revient donc en Bundesliga. Pourtant, ce retour s'annonce difficile, d'autant que la dette du club n'a pas été épongée. Mais voilà que Heinz Weisenbach s'envole pour le Canada...

Chapitre suivant (Pêche fructueuse au Canada)

 

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