Bilan et analyse des championnats du monde 2024
Le record d'affluence à un championnat du monde était annoncé, il a été battu (797 727 spectateurs cumulés). Il ne l'a pas été à cause des performances de l'équipe tchèque, qui aurait fait de toute manière le plein, car les foules gigantesques devant les écrans géants ne comptent pas, et pas seulement grâce à la facilité des supporters étrangers à se déplacer en Europe centrale. Il l'a été parce qu'un France-Kazakhstan à Ostrava un samedi midi - pas vraiment l'affiche qui fait rêver en dehors des pays concernés - s'est joué à guichets fermés. Le public tchèque a démontré son amour du hockey sur glace et de la compétition international. Mais pas un amour à tout prix : il restait des places à vendre pour des rencontres des phases finales à cause des prix prohibitifs.
Prague et Ostrava 2015 ont donc été battus par Prague et Ostrava 2024, avec une capacité très légèrement augmentée - de deux cents places - dans la ville industrielle morave. Et pour que ce record soit surpassé, il faudra sans doute attendre... la prochaine organisation tchèque ! Ce sera sans doute à Prague et à Brno, une fois que la deuxième ville du pays se sera dotée d'une nouvelle patinoire (la construction sera achevée en 2026), et le record explosera.
Mais cette organisation n'est pas pour tout de suite car le président de la fédération tchèque Alois Hadamczik est fâché avec la municipalité : "Malheureusement, la mairie de Prague nous a dit que le hockey n'apporte rien à la ville. Si nous devions répéter la candidature et que j'étais là, je ne plaiderais à aucun prix pour que le championnat du monde se déroule à Prague. Les gens sont peut-être en colère contre moi, mais je me bats pour les fans et ils ont élu des dirigeants à l'hôtel de ville qui m'ont laissé tomber. Mais n'allons pas trop vite sur la situation. Le championnat du monde a sa place à Prague car c'est notre capitale et possède le plus grand stade. Cependant, j'ai été très blessé à la mairie et ce que M. Antonìn Klecanda (conseiller municipal de Prague pour l'éducation et le sport) m'a dit, je ne peux pas le digérer à ce jour. Ensuite, on se dit qu'un jour, ils ne seront plus là, mais que le hockey sera toujours là. Et il appartient à Prague !" Une bouderie qui passera, surtout que le paysage politique se recompose sans cesse, car une candidature sans Prague est évidemment inenvisageable.
Peu importent les susceptibilités, les Tchèques ont tous eu le sentiment de vivre un moment historique ensemble. La finale a été suivie par 3,74 millions de téléspectateurs (dans un pays de 10,9 millions d'habitants), deuxième meilleure audience jamais enregistrée à la télévision tchèque pour une retransmission sportive, après... la finale des JO 1998 de Nagano (4,16 millions). Et les Tchèques ont déjà trouvé un mot-valise pour baptiser ce nouvel épisode glorieux : Pragano ! Comme quoi l'évènement laissera bien une trace dans l'histoire de la ville de Prague !
Résultats et comptes-rendus des Mondiaux 2024
République Tchèque (1er) : le juste équilibre de Rulík
Il y a un an, après un Mondial achevé à la plus mauvaise place historique (huitième), la fédération tchèque créait la surprise en choisissant de rompre le contrat de l'entraîneur finlandais Kari Jalonen, contre l'opinion majoritaire. C'est rare qu'une fédération agisse ainsi, c'est souvent plutôt le contraire. En plus, celui lui a coûté cher, car on dit que Jalonen aurait reçu plus de 200 000 euros de dédommagement.
A posteriori, on peut affirmer que l'investissement valait le coup. Les Tchèques sont devenus champions du monde avec un sélectionneur vraiment national, et pas avec un spécialiste étranger. Ils ont utilisé l'opportunité de confier l'équipe à Radim Rulík, la dernière carte crédible parmi les entraîneurs tchèques, qui venait de conduire les moins de 20 ans à une finale inattendue au Mondial junior. Rulík a suivi sa propre voie en prenant les décisions avec son staff sans influence extérieure, et les faits lui ont donné raison. Tous ceux qui l'avaient critiqué, par exemple pour avoir écarté plusieurs joueurs de NHL de l'équipe après le dernier tournoi de préparation en conservant des joueurs de l'Extraliga locale, ont mangé leur chapeau... et ont plutôt été contents de le faire dans l'atmosphère victorieuse !
L'équipe tchèque a eu le bon équilibre car ce ne sont pas les mêmes joueurs qui se sont mis en évidence selon le match. Un attaquant défensif comme David Kämpf a été très solide tout du long, y compris aux mises au jeu, mais le Tchèques ont longtemps eu du mal à marquer. Le capitaine Roman Cervenka, seul survivant du dernier titre mondial de 2010, a porté l'équipe sur ses épaules au début, avant que le jeune papa Dominik Kubalik ne se débloque soudain. Et puis, les trois renforts attendus sont arrivés une fois éliminés des play-offs NHL. À cet instant, Rulík a pu répartir ses forces sur trois lignes à vocation offensive, et le danger pouvait venir de partout.
Chacun a apporté sa pierre à l'édifice. Le premier joker Martin Necas a d'abord apporté sa vitesse époustouflante, malgré quelques pertes de palet. Et puis, les deux joueurs de la première ligne des Bruins de Boston sont arrivés : David Pastrnak, celui que tout le monde révérait, et Pavel Zacha, celui qui tout le monde détestait car il n'avait jamais daigné venir en équipe nationale. Zacha s'est fait pardonner instantanément en inscrivant le seul but du quart de finale face aux Américains sur un palet reçu dans le torse. Quant à Pastrnak, pas en réussite avec 0 point en 3 rencontres, il a marqué le but gagnant en finale par sa spécialité, le one timer : "Je n'aurais jamais cru qu'il y aurait un but qui me fasse mettre à genoux et glisser sur la glace (photo). Cela dit tout, c'était complètement fou. Je ne voulais jamais faire cette céébration, mais j'étais si ému parce que tout le pays était fier de nous."
Entre-temps, les autres lignes - notamment le troisième trio désormais mené par Lukas Sedlak - ont fait exploser la défense suédoise en demi-finale. Mais le héros de ce championnat du monde, c'est aussi le gardien Lukas Dostal. C'était le plus jeune et le moins expérimenté des trois portiers, à seulement 23 ans, mais c'est lui que l'entraîneur des gardiens Ondrej Pavelec avait choisi comme numéro 1. Il a largement répondu à cette confiance avec trois blanchissages dont deux en phase finale. On se serait attendu à ce qu'il reçoive le titre de MVP des journalistes, attribué à un gardien lors des deux dernières éditions, mais le vote - clos après le premier tiers de la finale quand on ne savait pas encore qui serait champion - a été remporté par un Tchèque... d'origine seulement, Kevin Fiala.
Suisse (2e) : quand Josi est là, tout va
Pendant le championnat du monde, la presse suisse a révélé la clause de sortie incluse dans le contrat du sélectionneur Patrick Fischer, prolongé cet hiver jusqu'à en 2026 en pleine série de défaites de la Nati. La fédération s'est laissé la possibilité de mettre fin à la collaboration sans indemnité si la Suisse ratait les quarts de finale en 2024 ou en 2025. L'équipe à croix blanche semble avoir une marge de sécurité suffisante pour éviter une telle catastrophe, et elle a déjà fait bien mieux cette année en atteignant la finale.
Si l'entraîneur concentre beaucoup de débat, l'influence décisive sur les résultats de la Suisse, ce n'est pas lui. On sait de qui il s'agit : il est défenseur et s'appelle Roman Josi. Bilan de Fischer sans Josi : trois éliminations en quarts de finale. Bilan de Fischer avec Josi : deux finales et une seule défaite en quarts ! On comprend facilement pourquoi le coach l'utilise autant. Si l'an passé on avait reproché à Fischer de reposer ses meilleurs éléments au dernier match de poule (pour des raisons d'équité sportive), cette année c'est le temps de jeu élevé des joueurs-clés qui fait débat, Josi étant le numéro 1 toutes catégories dans ce championnat du monde. Comme lors de ses deux finales antérieures, la Suisse a joué la seconde demi-finale, ce qui est toujours un désavantage, et en plus elle a dû y jouer une prolongation. Cela peut expliquer qu'elle ait finalement cédé au troisième tiers-temps de la finale.
Troisième finale et troisième médaille d'argent. Ce bilan est frustrant car on se demande si la Suisse aura autant d'opportunités à l'avenir. Quelques joueurs-clés sont proches de la fin, dont Leonardo Genoni (photo) qui a encore prouvé qu'il était le meilleur gardien suisse. La fenêtre pourrait se refermer bientôt, autour du Mondial 2026 à domicile par exemple : Josi approchera alors des 36 ans et la Suisse n'a jamais atteint la finale sans lui. Sa présence a donc plus d'impact que celle de Nico Hischier, qui a connu sa première finale après quatre échecs consécutifs en quarts, ou même que Kevin Fiala, élu MVP de ce tournoi auquel il aurait pu ne jamais venir si l'accouchement de sa femme avait eu lieu un peu plus tard. Fiala a parfaitement endossé le costume du buteur. Dès que les joueurs de NHL sont arrivés, ils ont pris les rênes du powerplay.
Les représentants du championnat suisse, eux, ont excellé comme joueurs de rôles. Les attaquants Gaëtan Haas et Christoph Bertschy ont abattu un travail de l'ombre remarqué et ont contribué à rendre la Suisse extrêmement solide à 5 contre 5. Andres Ambühl a tenu le rôle dans le slot en powerplay : il a 40 ans mais ce sont ses jeunes adversaires qui ont besoin d'un dé-Ambühl-ateur pour le suivre ou pour l'empêcher d'installer sa caravane devant la cage ! Même le deuxième marqueur de NL Calvin Thürkauf a fini comme un très bon joueur de rôle après un début de Mondial moins convaincant en première ligne.
Au tournant du siècle, Ralph Krueger avait appris aux vedettes suisses vivant dans le confort l'importance des duels dans les bandes, du travail physique, tous ces petits détails qui ne lisent pas dans les stats offensives. Mais 25 ans plus tard, on a l'impression que les hockeyeurs helvétiques se limitent trop à ces rôles de l'ombre, et qu'ils confient les clés de l'offensive à leurs compatriotes de NHL comme ils ont l'habitude de le faire en championnat avec les étrangers (qui sont passés de 2 à 6 en un quart de siècle mais dont on attend toujours tout). C'est pour cela que la Suisse accumulait les défaites dans l'Euro Hockey Tour, et tous les joueurs doivent prendre leurs responsabilités pour que la Nati soit performante dans d'autres configurations. Et peut-être même un jour sans Josi !
Suède (3e) : des problèmes de riches à la ligne bleue
La Suède a enfin regagné une médaille, elle qui n'en avait plus obtenue depuis son titre en 2018. Mais le bronze ne suffit pas à son bonheur. Elle était déjà un peu vue comme la favorite avant la compétition, et elle l'était devenue plus encore après une phase de poules bouclée avec un bilan parfait de 21 points, encore jamais atteint dans la formule en deux groupes de huit.
Cette Tre Kronor donnait une impression de grande maîtrise, en particulier quand l'un de ses trois défenseurs offensifs Rasmus Dahlin (photo), Erik Karlsson et Victor Hedman dirigeait le palet à la ligne bleue. Cette maîtrise était telle qu'elle pouvait presque sembler trop contrôlée, rappelant la controverse sur le manque d'émotion de l'an passé.
La mécanique suédoise bien huilée paraissait sans faille, à l'instar de son bilan en infériorité numérique : elle n'y a encaissé aucun but... et en a même marqué 4 ! Il semblait juste manquer un chouïa d'inventivité ou d'éclat à cette formation dont le meilleur attaquant a été Joel Eriksson Ek, qui est plus un joueur extrêmement complet qu'un pur créateur. Et pourtant, elle a su se sortir du piège tendu par le système défensif finlandais en quart de finale, même après avoir été menée pour la première fois. Sa patience et son sang-froid semblaient suffisants.
Et pourtant, la Tre Kronor a craqué là où ne l'attendait pas, en sombrant défensivement lors de la demi-finale face aux Tchèques. Certes, le gardien Jonas Gustavsson n'a pas sécurisé ses coéquipiers, mais il est étonnant que la meilleure défense ait laissé apparaître des failles béantes. Était-ce juste le facteur de la foule qui a transcendé le pays-hôte ? Auquel cas le public de Stockholm sera lui aussi appelé à plus d'émotion au Mondial 2025 pour communier lui aussi avec son équipe.
L'expérience de la gestion des trois stars de la ligne bleue aura en tout cas été riche d'enseignements pour l'entraîneur Sam Hallam car elle le prépare à ce qui l'attend aux Jeux olympiques 2026, qui seront inclus dans son contrat. De nos jours, presque toutes les équipes jouent avec un seul arrière à la pointe en avantage numérique, et la Tre Kronor ne fait pas exception. Hallam a quand même utilisé ses trois défenseurs offensifs. L'un d'eux a donc dû jouer décalé dans un des cercles à la place d'un ailier, d'abord le droitier Erik Karlsson, puis à mi-tournoi le gaucher Rasmus Dahlin. L'expérience n'a pas totalement fonctionné puisque la deuxième unité (avec un seul défenseur) a paru mieux fonctionner que la première. Comme les déséquilibres défensifs de la demi-finale interrogent aussi, Sam Hallam a du travail pour trouver la bonne formule d'ici 2026 : le jeune Dahlin y sera indiscutable et il sera très difficile de se séparer de Hedman ou de Karlsson, deux grands amis dans la vie qui auront tous deux 35 ans aux JO. La surabondance de grands défenseurs est certes un problème de luxe pour la Suède, tant elle fait envie à tous ses adversaires, mais ce n'est pas un problème si facile à gérer.
Canada (4e) : des experts à clavier mais peu d'experts à mitaine
André Tourigny ne cachait pas aux journalistes canadiens sa volonté d'être désigné à la tête de l'équipe olympique (ce qui serait un évènement remarqué pour un Québécois) et un deuxième titre de champion du monde consécutif y aurait aidé. Au contraire, il est revenu sans médaille. Après la demi-finale perdue contre la Suisse, on lui a évidemment reproché le choix des tireurs aux pénaltys, et en particulier d'avoir aligné deux défenseurs (sans avoir mieux à proposer car ils avaient un meilleur bilan dans l'exercice en NHL que les joueurs non choisis). Mais la critique la plus fréquente tenait dans sa mauvaise gestion des ressources et principalement dans sa sous-utilisation du talent d'exception de Connor Bedard (photo).
Si de vrais spécialistes pourront peut-être juger Tourigny avec des analyses plus élaborées, il s'agit vraiment une polémique construite par des "experts de clavier" - même pas des experts de canapé car ils n'ont souvent même pas regardé les matches. Le temps de glace de Bedard, en déclin au fin de la phase de poule, reflétait vraiment le mérite de ce qu'il montrait sur la glace, et pas son potentiel théorique. Dans l'ensemble, les temps de jeu ont été très équilibrés, répartis en fonction des situations de match. L'attaquant le plus utilisé (y compris en infériorité numérique), Dylan Cozens, a aussi été le plus productif de l'équipe avec ses 9 buts et a encore réussi - comme en 2022 - un très bon Mondial.
Si Connor Bedard a certes été aligné comme treizième attaquant en phase éliminatoire, il s'agissait essentiellement d'une étiquette, qui fait donc parler ceux qui parlent sans savoir ou sans regarder. Le jeune créateur de jeu a été utilisé quand il le fallait. Il a été le seul à transformer son pénalty en demi-finale, où il a aussi offert le palet d'égalisation au capitaine John Tavares. Les temps de jeu homogènes auraient permis au Canada de mieux gérer que la Suisse la fatigue d'avoir dû jouer la seconde demi-finale s'il s'était qualifié. On n'est pas dans une franchise NHL : l'apprentissage du hockey international pour Bedard consiste aussi à appendre à être performant dans une équipe qui ne tourne pas entièrement autour de lui. Ce sera forcément le cas au Team Canada.
Le Canada a tellement de joueurs de talent que chaque décision dans la sélection puis en match sera controversée. Mais il y a un poste-clé qu'un seul joueur peut occuper à la fois : celui de gardien. Et c'est un problème bien plus fondamental que le coach. Jordan Binnington est actuellement le numéro 1 absolu du pays selon tous les experts, et pourtant il a connu un tournoi moyen et n'a pas été décisif. Le Canada n'a plus comme par le passé des portiers dominants. On parlait déjà du déclin global des gardiens canadiens il y a dix ans, mais il était encore possible de choisir aux JO entre deux valeurs sûres appelées Price et Luongo. Au prochain tournoi olympique, on s'attend à partir avec deux gardiens ayant bâti leur réputation sur une campagne inattendue en Coupe Stanley mais plus quelconques le reste de leur carrière (Binnington et Hill).
États-Unis (5e) : des individualités qui ne gagnent pas
Cela fait deux années de suite que les États-Unis remportent... le titre de meilleur marqueur, un classement individuel. Collectivement, cela ne vaut pas une médaille. Le roi des compteurs, Matt Boldy (photo) a éclaboussé de son talent le groupe d'Ostrava, mais a disparu de la circulation en quart de finale.
Les Américains se sont un peu trop habitués à la facilité dans leur poule, qui était la moins relevée. Après leur défaite inaugurale face à la Suède, le calendrier leur réservait six adversaires réputés inférieurs, contre lesquels ils se sont amusés offensivement (non sans concéder une défaite au passage, 4-5 en prolongation face à la Slovaquie).
Cette défaite a servi à régler le problème du gardien. Devenu titulaire après la blessure malheureuse d'Alex Lyon, qui a dû rentrer au pays, Alexander Nedeljkovic a été sorti à la mi-match. L'universitaire Trey Augustine a été bien meilleur, mais le staff le trouvait logiquement trop jeune pour porter l'équipe à 19 ans. Appelé en joker médical, Charlie Lindgren a été solide. Ce n'est pas dans les cages qu'on peut chercher un problème cette fois.
Les Américains n'arrivent toujours pas à être décisifs en phase finale, quel que soit le coach. Sans qu'on puisse dire qu'il joue son avenir olympique contrairement à ses joueurs (Mike Sullivan a été nommé coach pour le tournoi 2025 des 4 nations et pour les JO 2026 pendant le championnat du monde !) John Hynes n'a guère réduit son banc à la fin du quart de finale et a été critiqué pour cela. Mais quels étaient les hommes qu'il aurait dû plus utiliser ?
La défense a été solide face aux Tchèques, c'est l'attaque étoilée qui a failli. Elle regorgeait de talents, mais c'était souvent des profils fancy à la Trevor Zegras. Ils n'ont pas su mettre l'intensité nécessaire face à des joueurs locaux qui mettaient plus de passion. Dominant en phase de poule dans son duo avec Boldy, Matthew Tkachuk devait être le joueur-clé dans ce genre de rencontre par son impact physique, mais il s'est dispersé dans ses frictions individuelles avec Radko Gudas : le vétéran tchèque n'a jamais cédé aux provocations et a gagné au métier ce match dans le match.
Les individualités américaines ne parviennent toujours à faire franchir un cap à leur pays aux championnats du monde. Le meilleur exemple en est Johnny Gaudreau. Il est devenu cette année le meilleur marqueur des États-Unis dans la compétition, mais son bilan en phase éliminatoire est plus piteux : 2 maigres assists en 7 parties et 4 éliminations en 5 quarts de finale...
Allemagne (6e) : la vitesse a besoin d'être cadrée
Le titre de vice-champion du monde 2023 était évidemment difficile à égaler. L'Allemagne se satisfait en revanche de sa régularité car elle n'a perdu aucun point lors des trois derniers Mondiaux contre une équipe en dehors du top-8 mondial. Solide : seule la Suède peut en dire autant ! En terminant troisième de sa poule, v paraissait avoir adopté une bonne position stratégique : à chaque fois qu'elle avait atteint le dernier carré (2010, 2021 et 2023), c'est parce qu'elle avait pu affronter la Suisse en quart de finale. Condition nécessaire mais pas suffisante : comme en 1992 lors de leur première confrontation éliminatoire, la Nati s'est cette fois imposée.
L'Allemagne ne manque pas de potentiel offensif de nos jours, mais elle a besoin de bien le cadrer pour conserver un équilibre. Ce n'est pas un hasard si les deux rencontres où centre défensif Nico Sturm (photo) était absent (blessé) ont coïncidé avec deux prestations catastrophiques où elle a pris l'eau face aux Suédois et aux Américains en se faisant confisquer le palet. Voyant son équipe bancale, Harold Kreis a recomposé ses lignes. Il a déplacé Dominik Kahun du centre - où il était trop en difficulté défensivement - à l'aile, en lui affectant l'indispensable Sturm.
Le meilleur attaquant du Mondial 2023 J.J. Peterka a pour sa part été retiré de son partenaire usuel Kahun pour être affecté au rapide Wojciech Stachowiak, dont la vitesse de jeu devient encore plus redoutable avec un tel finisseur à ses côtés. Ce duo a fait des malheurs en poule, mais Peterka - le joueur qui a le plus longtemps le palet dans ce championnat du monde selon les stats officielles avec 39 secondes par tranche de minutes jouées - n'a pas fait grand chose en quart de finale. Face à la solide défense suisse qui laissait moins d'espaces, le seul joueur à porter du danger fut Kahun, avec un but et un poteau.
En l'absence des meilleurs défenseurs offensifs, les lignes arrières allemandes ont su lancer des transitions rapides pour exploiter pleinement la rapidité de patinage des attaquants, mais savaient moins organiser le jeu en zone offensive. Au sein de cette défense, Jonas Müller se distingue et ne cesse de prendre un rôle de plus en plus important. C'est peut-être le gardien qui a fait défaut pour aller plus haut : resté numéro 1, le portier de NHL Philipp Grubauer a connu un championnat du monde plus difficile que d'habitude, il a laissé beaucoup de rebonds et commis une erreur coupable sur l'ouverture du score suisse.
Slovaquie (7e) : union nationale derrière une équipe méritante
En terminant septième, la Slovaquie a obtenu un classement jamais connu en championnat du monde depuis douze ans. La comparaison à une place près est un peu faussée par l'absence des Russes, mais c'est ce que l'entraîneur canadien Craig Ramsay a mis en évidence dans son bilan, en suggérant qu'il serait encore là à la qualification olympique en août. Le président de la fédération Miroslav Satan, d'habitude plus bavard, a refusé de confirmer et a évité les journalistes en leur donnant rendez-vous dans deux semaines.
L'évitement, c'est aussi le mot d'ordre qui a été donné par la fédération aux hockeyeurs lorsque le Premier ministre slovaque pro-russe Robert Fico a été grièvement blessé par balles. Dans un pays politiquement très divisé, le moindre mot pouvait être inflammable. L'équipe nationale de hockey sur glace est la seule cause qui rallie encore les Slovaques, et elle a bien tenu ce rôle d'union nationale, parfaitement soutenue par ses supporters venus en voisins à Ostrava, puis à Prague pour le quart de finale.
Difficile de faire beaucoup de reproches à cette équipe slovaque. Chacun a joué son rôle : le trio Kelemen-Pospisil-Regenda a amené un style plus physique, Libor Hudacek (photo) a joué son rôle de buteur depuis la troisième ligne et les travailleurs de l'ombre Kudrna et Cingel ont apporté leur contribution. N'oublions pas que, sur les deux meilleurs centres, Marek Hrivik a joué à moitié blessé et le débutant Martin Pospisil a quitté le tournoi après un choc dans la bande. Les supporters slovaques placent peut-être des attentes un peu trop élevées sur Juraj Slafkovský en n'oubliant qu'il n'a que 20 ans malgré son impressionnante protection de palet.
Lors d'une conférence de presse à la fin du championnat du monde, les responsables slovaques se sont tournés vers le président de l'IIHF Luc Tardif pour lui proposer d'organiser le Mondial 2029. Il leur a répondu qu'ils avaient cinq ans pour construire une nouvelle aréna : c'est une position en droite ligne avec elle de son prédécesseur René Fasel lors des derniers Mondiaux en Slovaquie, mais aucun projet n'a vu le jour entre-temps. Quant à une candidature tchéco-slovaque (Brno et Bratislava), le vice-président Petr Bríza a juste répondu "pourquoi pas" : l'hypothèse a été évoquée par les journalistes slovaques en raison du conflit entre Alois Hadamczik et Prague (voir introduction) mais cette candidature multinationale n'est pas forcément privilégiée par l'IIHF.
Finlande (8e) : de moins en moins de hockeyeurs
Huitième. C'est la pire place de la Finlande depuis... 1955. Chaque année - et même en l'absence de la Russie - un pays connaît une contre-performance historique, preuve que le hockey international est de plus en plus compétitif. Mais les Finlandais ont échappé à la débâcle qu'aurait constituée une élimination en poule, grâce au secours bienvenu des Britanniques qui ont battu l'Autriche. Au lieu de ça, la dernière impression qu'aura laissée Jukka Jalonen avant de quitter son poste, c'est d'avoir fait douter jusqu'au bout les stars suédoises, et donc d'avoir succombé avec les honneurs. Le plus décoré des entraîneurs finlandais méritait bien cela.
L'an passé, les commentateurs finlandais l'avaient accusé de s'être entêté à garder une première ligne qui ne fonctionnait pas (Hartikainen-Manninen-Rantanen). Cette année, personne ne s'y osera. Jalonen a au contraire essayé toutes les combinaisons : il a aligné Mikael Granlund parfois à l'aile et parfois au centre et l'a ainsi testé avec à peu près tous les partenaires possibles, sauf peut-être le chauffeur de bus et l'attaché de presse. Contraint et forcé, il a même fini par composer un premier trio sans Granlund... parce ce que dernier à se faire suspendre pour le quart de finale après un vilain geste de rétorsion dans un match sans enjeu.
Le constat a finalement été unanime : la Finlande a joué au maximum de ses possibilités, du moins lors du quart de finale. Il n'y avait pas mieux à faire. Pourquoi l'effectif n'était-il pas meilleur ? Peut-être y avait-il eu une certaine lassitude des joueurs envers le style de Jalonen, cela peut expliquer l'absence des cinq champions d'Europe avec Genève, plus proches de leur fin de carrière. Mais on ne peut pas vraiment prétendre que les joueurs de NHL auraient été effrayé de rentrer dans le corset de Jalonen : c'est juste que, à part Granlund, 7 des 8 meilleurs joueurs finlandais (Heiskanen, Lindell, Rantanen, Aho, Barkov, Teräväinen et peut-être un Hintz jamais éprouvé en équipe nationale) figuraient parmi les 8 franchises sur 32 qualifiées au second tour des play-offs, et que le staff finlandais avait annoncé très tôt qu'il ne laisserait pas de place pour des jokers issus des éliminés de ce second tour... comme l'ont fait les deux finalistes.
Sauf que la Finlande n'avait pas l'habitude de se reposer sur un petit nombre de stars comme les Suisses et maintenant les Tchèques. Elle avait un panel plus large, exceptionnellement large même pour un petit pays. Mais ce panel est en train de se réduire. Pendant le Mondial, les Finlandais ont organisé un séminaire de trois jours à Prague en réunissant une quarantaine d'entraîneurs et une douzaine de directeurs sportifs. Le constat qu'ils ont dressé est inquiétant. Dans les années 1990, il y avait à chaque classe d'âge 4000 enfants qui se mettaient au hockey sur glace. Aujourd'hui, ils ne sont plus que 2500. Si les générations se tarissent, les succès obtenus sous l'ère Jalonen deviendront vite un âge d'or mythique. Et on se demande comment la Finlande alimentera ses 16 clubs en Liiga, un surbooking dû à l'égoïsme des clubs qui ont tout fait pour être promus mais jamais relégués...
Lettonie (9e) : un record agréable et un record désagréable
Après sa médaille de bronze de l'an passé, la Lettonie est revenue à sa place normale. Elle s'est battue jusqu'au bout mais a lâché trop de points en route avec les victoires en prolongation sur la Pologne et la France. Des succès obtenus sur des buts décisifs du capitaine Kaspars Daugavins : ses 4 buts en temps supplémentaire constituent un record des championnats du monde (même si les prolongations n'existent depuis 2004). À 36 ans, deux ans après avoir annoncé sa retraite internationale, Daugavins a encore participé à la moitié des buts lettons.
En plus d'avoir été l'équipe la plus pénalisée, les Baltes ont eu un gros point faible : leur jeu de puissance, le plus mauvais du tournoi. Ils ont joué 45 minutes en avantage numérique, et dans ce long laps de temps, ils ont inscrit un but... et en ont encaissé deux ! L'entraîneur Harijs Vitolins s'est montré désabusé : "Si on regarde professionnellement, il y a eu des occasions, il nous a juste manqué le dernier tir, ou il était imprécis. Il faut tirer en supériorité numérique. On peut tout dessiner, mais sur la glace il fait prendre les bonnes décisions en état de tension, atteindre le coin exact. Les gars ont essayé. [Les entraîneurs-adjoints] Lauris Darzins et Ville Peltonen ont montré les vidéos des bons et des mauvais moments chaque jour. L'analyse a eu lieu quotidiennement, il m'a même semblé qu'il y en avait peut-être trop. Le dernier tir a manqué."
Entouré d'une grande attention, le retour du gardien Elvis Merzlikins s'est objectivement mal passé, même si les commentaires ont peut-être été effectués avec de plus grandes précautions après ses déclarations sur son ressenti face aux critiques dans son pays. Après ses quatre buts encaissés contre la Pologne, il a lui aussi battu un record de l'histoire des Mondiaux - mais moins agréable celui-là - en encaissant trois buts en 26 secondes face à la Suède. Il s'est alors fait sortir. C'est encore un autre gardien qui est devenu un héros letton : Kristers Gudlevskis (photo) est rentré dans la légende en gagnant aux tirs au but face à la Slovaquie alors qu'il peinait visiblement à se relever entre chaque arrêt, déshydraté et perclus de crampes. On a appris ensuite qu'il avait perdu 7 kilogrammes ce soir-là !
Autriche (10e) : un exploit pour rien, avec une naturalisation comme réponse
L'Autriche avait atteint les quarts de finale une seule fois dans son histoire, en 1994, après avoir battu la Grande-Bretagne 10-0. Trente ans après, elle a laissé passer une opportunité historique, en perdant contre ces mêmes Britanniques. Le capitaine qui a si souvent aidé, Thomas Raffl, en fin de carrière cette fois, a pris la pénalité fatale. Les joueurs-clés ont paru étrangement cramés face à un adversaire pourtant moins reposé, notamment le buteur Peter Schneider, toujours si précieux par son tir puissant et précis.
Mais il serait dommage que ce mauvais match occulte totalement ce qui s'est passé. Après des années de maintien ric-rac, l'Autriche a franchi un cap. Remonter cinq buts de retard dans un dernier tiers-temps paraissait impossible - et du jamais vu aux Mondiaux - mais les aigles l'ont fait contre le Canada, portés par un trio Zwerger-Raffl-Schneider en feu. Et puis, la victoire tout aussi inédite contre la Finlande est arrivée : le gardien David Kickert a choisi son jour pour remporter enfin son premier match en championnat du monde !
Mauvais timing en revanche pour la fédération, car c'est justement ce jour-là qu'elle a révélé aux journalistes qu'elle travaillait à la naturalisation du gardien finlandais Atte Tolvanen, le numéro 1 de Salzbourg dont Kickert est la doublure. L'ÖEHV l'espère avant la qualification olympique en août. Son président Klaus Hartmann (en campagne pour sa réélection dans les prochains semaines) a fait une priorité de ce sujet des gardiens, qui a fait l'objet d'un séminaire spécialisé en février. À moyen terme, la fédération doit embaucher un "directeur du développement des gardiens", mais en attendant la conclusion de Hartmann est mois ambitieuse : "C'est un chantier comme avant, parce que les gardiens ne reçoivent pas la confiance et l'évaluation qu'ils méritent dans la Ligue. Il était clair pour nous que rien ne changera dans les quatre-cinq prochaines. À court terme il y a une seule solution, la naturalisation."
Ce renoncement devant le filet survient au moment où l'Autriche n'a jamais paru aussi dense aux autres postes. Elle est bien plus homogène et doit aussi ses succès aux gros travailleurs de sa quatrième ligne (Paul Huber - Ali Wukovits - Vinzenz Rohrer). En défense, la deuxième paire a été la meilleure avec le solide Bernd Wolf (+7) et surtout l'excellent Mondial de Clemens Unterweger (4 points et +6), bon patineur et passeur qui a mieux réussi avec la seconde unité de powerplay alors que la première échouait avec un Dominique Heinrich en déclin. La relève arrive désormais pour les vétérans en bout de course.
Norvège (11e) : deux phénomènes de 18 ans
Ce fut une saison très tumultueuse pour la Norvège. Le meilleur témoin en est sans doute le président de la fédération Tage Pettersen, qui a traversé une forte crise due à la découverte de déficits abyssaux et de budgets erronés. Il s'en est ouvert à TV2 en révélant avoir même reçu des menaces de mort : "Heureusement, à travers mes nombreuses années en politique [NDLR : il a été député pour un parti de centre-droit], j'ai le cuir plus épais. Sinon, je crois que cela aurait été plus dur encore. Je suis relativement actif sur les réseaux sociaux, mais quand nous avons décidé de mettre fin à la relation de travail avec Ottar [Eide, ancien secrétaire général de la fédération qui a appris en août sa mise à la porte sans négociation avant qu'on lui présente des excuses officielles en septembre sur la méthode et qu'un accord de départ ne soit trouvé], je ne me suis pas exprimé sur X jusqu'à Noël. Je voulais m'épargner ça." Pettersen se représente à sa propre succession, disant de ne pas vouloir laisser l'organisation dans un tel état.
En comparaison, l'entraîneur suédois Tobias Johansson a été bien moins ciblé, mais il a tenu à répondre à certaines perceptions en déclarant à TV2 juste avant le début du championnat : "L'opinion publique peut penser que nous prenons des décisions joviales et que certains Suédois arrivent qui ne prennent pas ça au sérieux. Mais c'est le plus important pour moi. Nous prenons ça extrêmement sérieusement et nous sommes pleinement conscients de l'importance de l'équipe nationale pour le hockey norvégien. Mais quand c'est le pire est possible et qu'il faut gagner, c'est exigeant." Il a donc réaffirmé sa volonté d'intégrer les jeunes, tout en déclarant : "nous voulons être dans le top-8 mondial aussi vite que possible."
On voit mal par quel miracle la Norvège pourrait atteindre cet objectif très élevé, sauf ponctuellement. La onzième place est un meilleur classement que lors des cinq derniers championnats du monde, et pourtant, dans le jeu, les Scandinaves n'ont pas été transcendants. Ils ont juste gagné les rencontres qu'il fallait, contre le Danemark et contre la Grande-Bretagne. Le but décisif face aux rivaux danois a été inscrit par un tir fantastique de Michael Brandsegg-Nygård, aligné sur le premier trio d'attaque avec deux joueurs ayant l'âge d'être son père (Patrick Thoresen et Mats Zuccarello). C'est tout sauf un hasard car le tir est la qualité saillante de Brandsegg-Nygård, joueur de 18 ans annoncé au premier tour de la draft dans quelques semaines.
Et il ne devrait pas êre seul dans ce qui s'annonce comme un jour historique pour le hockey norvégien. Le défenseur Stian Solberg devrait également être drafté tôt. Sa cote n'a pu que monter dans ce championnat du monde où il a osé plus d'implication offensive en plus de sa grande solidité défensive. Si les jeunes intégrés par Johansson l'an dernier étaient timides, ceux-ci jouent avec beaucoup de confiance et avec un potentiel bien supérieur. Solberg en particulier peut faire franchir un cap à la Norvège qui souffre toujours d'une faible profondeur de banc en défense et qui a toujours compté sur des arrières à gros temps de glace. Pour son premier Mondial, Stian Solberg a déjà reçu le plus gros temps de glace de son équipe, et même le cinquième toutes équipes confondues derrière quatre trentenaires (Josi, Werenski, Hedman et Auvitu). Et tout cela, rappelons-le, à seulement 18 ans !
Kazakhstan (12e) : objectif atteint, entraîneur sacrifié
Les partisans du Kazakhstan ont finalement été soulagés que leur équipe ait rencontré dès le premier match - et battu - une équipe de France qui a affiché un meilleur niveau dans la suite du tournoi. Les joueurs d'Asie centrale, eux, n'ont pas confirmé ce succès initial et ont accumulé les déroutes, finissant pire défense du tournoi. Ils ont concédé l'ouverture du score à chaque match, et ça ne les a pas aidés.
Au dernier match décisif pour le maintien, face à la Pologne, les stars ont enfin assumé leur rôle. Nikita Mikhailis et Valeri Orekhov, tous deux champions KHL avec le Metallurg Magnitogorsk mais longtemps décevants, ont marqué les buts décisifs quand il le fallait, déployant un niveau technique que leurs adversaires n'avaient pas.
Néanmoins, la dynamique de rajeunissement impulsée l'an passé par Galym Mambetaliyev n'a pas vraiment été suivie. Les nouveaux venus ont montré leurs limites au grand jour. Les révélations de l'an passé (Muratov-Mukhametov) ont été aux abonnés absents, sauf lors de l'expulsion du second. Et c'est le vieux capitaine de 38 ans Roman Starchenko qui a fini meilleur marqueur et a apporté la victoire contre la France.
Cela peut expliquer que Mambetaliyev ait remis sa démission après le tournoi, même si la position finale a été tout à fait correcte. Le départ du premier sélectionneur d'ethnie kazakhe dans l'histoire du pays a été mal vécu par certains, tant sa nomination avait été un signal fort de la mutation du pays. Mais il montre surtout que les intérêts de l'équipe nationale restent liés à ceux du Barys. Mambetaliyev avait été promu entraîneur par intérim du club de KHL d'Astana en octobre, puis avait été écarté du poste en décembre. Le Canado-Russe David Nemirovsky vient d'être nommé aux deux postes (sélectionneur et entraîneur de club) et Mambetaliyev a sans doute été sacrifié pour cette double fonction.
Danemark (13e) : moins de tactiques ultra-défensives... mais pas beaucoup d'audace pour autant
On se demandait comment le Danemark résisterait au départ de l'entraîneur Heinz Ehlers et de sa tactique défensive à succès, et la réponse est un peu mitigée. Le classement final - treizième - est le plus mauvais depuis neuf ans. Le sélectionneur suédois Mikael Gath se montre pour sa part satisfait : "Je pense que nous avons été bons en termes de jeu, je pense que nos systèmes ont fonctionné à ce niveau. Évidemment, j'aurais aimé que nous obtenions plus de points. Le match contre la Norvège est la plus grande déception. Nous aurions dû le gagner"
Les supporters ont été moins enthousiastes, les plus critiques y ont vu le pire Mondial depuis l'arrivée dans l'élite. C'est sans doute exagéré, mais on n'a plus vu ces Danois qui se battaient comme des lions contre tous les adversaires, comme du temps d'Ehlers mais aussi du capitaine Jesper Jensen Aabo. Les jeunes joueurs ont du talent mais donnent l'impression d'être moins impliqués les jours de défaites, comme le pur buteur Joachim Blichfeld.
Il y en a pour qui le changement de coach a clairement été bénéfique. L'attaquant Christian Wejse (meilleur marqueur avec 6 points) et le défenseur offensif Phillip Bruggisser (5 points mais aussi la plus mauvaise fiche à -7), dont le jeu n'était pas assez sûr et cadré pour Ehlers, en ont profité pour prendre des responsabilités majeures.
Néanmoins, alors qu'il n'y avait aucune pression de relégation (le Danemark étant co-organisateur l'an prochain à Herning), on aurait pu s'attendre à un peu plus d'audace pour intégrer des débutants. Or, il n'y en avait que deux, et il fallait être attentif pour les observer : Philip Schultz n'est jamais entré en jeu pendant un match sur deux et Lucas Andersen a joué 4 minutes au total dans le tournoi ! Le Danemark semble beaucoup se focaliser sur son junior Oscar Mølgaard, qui a effectivement beaucoup de classe. Mais il s'agit d'un seul joueur, alors que la Norvège et l'Autriche - et malheureusement pas la France - ont plus d'espoirs. Il risque donc de devoir se réhabituer à jouer le maintien.
France (14e) : hiérarchie des gardiens rétablie, hiérarchie internationale aussi
Ce championnat du monde restera comme celui où la hiérarchie des gardiens de Philippe Bozon a semblé s'aligner en cours de route sur celle de la majorité des supporters de l'équipe de France. Le premier gardien était jusqu'ici Sebastian Ylönen dans son esprit, et Quentin Papillon (photo) n'était que le numéro 3. Dans l'opinion publique, c'était plutôt l'inverse, et avec une virulence qui s'est cristallisée au cours de la compétition.
Les faiblesses d'Ylönen sur des buts marqués de derrière la ligne de fond, et plus généralement dans ses déplacements lors des passages derrière sa cage, avaient été fatales lors du premier match face au Kazakhstan (1-3). Après une bonne prestation de Julian Junca face à la Lettonie, futur adversaire-clé de la qualification olympique fin août (2-3 après prolongation), la seconde titularisation d'Ylönen contre la Pologne semblait mieux se passer jusqu'à une sortie ratée et une nouvelle alerte n'insécurisent de nouveau l'équipe. Mais c'est curieusement quand on ne s'y attendait plus, pendant une performance honnête face à la Slovaquie, que Sebastian Ylönen a cédé son poste avant le troisième tiers à Quentin Papillon, qui est alors resté devant le filet jusqu'à la fin du tournoi. Il a alors brillé, tandis que le gardien de Cergy disparaissait en tribune. Cette nouvelle hiérarchie est peut-être surtout celle qui s'est imposée dans le vestiaire lors de cette pause.
Il y sans doute eu un peu d'excès dans ces jugements sur les gardiens. Les Bleus disposent en effet de trois portiers aux caractéristiques assez différentes, qui peuvent tous trois être utilisés selon le match et l'état de forme.
Mieux vaut se concentrer sur d'autres sujets plus importants. L'équipe de France a fini avant-dernière dans l'efficacité aux tirs (sous les 8%), juste derrière la Grande-Bretagne et devant la Pologne. Il faut se rendre à l'évidence, elle n'a pas de talent d'élite, ayant cruellement besoin des voiles sur le gardien - très bien posés par le géant Justin Addamo lors de son arrivée providentielle dans le match à ne pas perdre face à la Pologne (4-2) - pour marquer. Croire que les absents Alexandre Texier (4 buts en 4 Mondiaux), Dylan Fabre (0 point en 2 Mondiaux) et Pierrick Dubé (0 expérience internationale) auraient changé totalement la donne est un pari très incertain. Même dans la configuration possible, la somme de nos talents individuels reste inférieure à celle de toutes les équipes devant nous au classement mondial. Les meilleures prestations (contre la Slovaquie et la Suède) ont d'ailleurs été réussies sans nos meilleurs techniciens (Da Costa blessé et Simonsen en tribune).
Surestimer le potentiel du hockey français serait une grave erreur alors que les autres nations le voient plutôt comme un pays destiné à faire l'ascenseur. La France vient d'être doublée au classement IIHF par l'Autriche et cela semble corriger une anomalie en reflétant la force véritable des deux pays. L'organisation des Championnats du monde 2028 et des Jeux olympiques 2030 offre un beau défi et un signal positif, mais elle ne suffira pas à elle seule à former des jeunes hockeyeurs de très haut niveau.
Lire aussi le bilan des Bleus par Nicolas Leborgne
Grande-Bretagne (15e) : les héros restent les vétérans
Il est un pays où la hiérarchie des gardiens aurait encore plus faire débat; c'est la Grande-Bretagne. Les entraîneurs y connaissent parfaitement leurs cerbères : le sélectionneur Peter Russell est aussi le coach des Cardiff Devils, l'équipe de Ben Bowns. Son adjoint Adam Keefe est quant à lui le coach des Belfast Giants, l'équipe de Jackson Whistle. Malgré les grandes performances de Bowns lors des précédents Mondiaux, il a été un peu moins convaincant que son collègue sur l'ensemble de la saison. S'il y a eu alternance, c'est donc Whistle qui a été choisi en numéro 1 dans les matches-clés pour le maintien face au Danemark et à la Norvège... sans que cela ait été une grande réussite.
La Grande-Bretagne a finalement obtenu sa troisième victoire à ce niveau dans son histoire moderne - comme les deux premières - avec Ben Bowns dans la cage. Contrairement aux deux premières, il ne s'agissait pas d'un match-couperet pour le maintien. Mais ce match contre l'Autriche, sans enjeu pour des Britanniques déjà relégués, en revêtait énormément pour leurs adversaires, puisqu'il a qualifié la Finlande.
Ce dernier match, les Britanniques l'ont joué sans leur (seule) vedette Liam Kirk, le futur joueur des Eisbären de Berlin, malade et affaibli depuis plusieurs jours. C'est ainsi que leurs meilleurs marqueurs dans le tournoi ont été deux défenseurs, tous deux connus en Ligue Magnus, Evan Mosey et Ben O'Connor, qui ont joué au-dessus de tous les espérances. Mais les deux hommes ont 35 ans.
À moyen terme, la Grande-Bretagne capitalisera-t-elle sur ces expériences internationales de plus en plus fréquentes ? Un temps intéressé par une candidature commune avec la France avant que celle-ci présente un dossier toute seule pour 2028, le pays envisagerait d'accueillir le championnat du monde 2029. Il serait bien inspiré de déposer son dossier à ce moment-clé, avant que l'Autriche et la Slovaquie ne construisent une grande salle, et avant que la situation géopolitique ne s'éclaircisse à l'Est. L'IIHF est ouverte à de nouvelles candidature, Luc Tardif a même encouragé la Pologne à se lancer lors d'une récente visite dans ce pays.
Pologne (16e) : le maximum de discipline avec le minimum de joueurs
Après deux décennies d'absence, la Pologne a réussi une entrée en championnat du monde complètement folle en poussant la médaillée de bronze de l'an passé (la Lettonie) en prolongation devant un public en furie. Elle a très bien tenu à chaque match et n'a concédé aucune défaite de plus de quatre buts d'écart, ce qui est déjà remarquable pour un promu. Elle n'a pas tenu la distance au dernier match décisive face au Kazakhstan, en craquant en dernière période, mais c'était à craindre pour cette équipe vieillissante. Le joueur le plus en vue aura été Marcin Kolusz, défenseur reconverti de 39 ans qui s'est distingué par son intelligence de jeu. Très clairement, les Polonais ont fait avec leurs armes en étant l'équipe la moins pénalisée de ce championnat du monde.
D'ici à ce qu'elle remonte, la plupart des joueurs de cette équipe seront partis à la retraite. L'enjeu sera donc de préparer la relève, et d'y consacrer les moyens des clubs, surtout occupés par le recrutement extérieur depuis l'ouverture totale de la ligue aux étrangers. Pour la prochaine saison, qui sera la dernière d'un contrat de trois ans entre la fédération et les clubs polonais, ces derniers n'auront l'obligation d'aligner qu'un minimum de 6 joueurs polonais. Mais ensuite, la fédération fera augmenter cette limite à 8, puis, puis 12 Polonais. Le réservoir très limité de hockeyeurs devrait alors grandir un peu.
Commentateur sur Polsat (chaîne qui a enregistré des affluences correctes autour de 200 000 téléspectateurs, et jusqu'à 293 000 en moyenne lors de Pologne-Kazakhstan), celui qui a connu toutes les grandes heures du hockey polonais, Henryk Gruth, y a tiré le bilan suivant : "Grâce à la ligue ouverte, le niveau de la PHL a augmenté, mais en finale du championnat polonais, les Finlandais jouent l'avantage numérique contre les Finlandais de l'autre équipe. En dehors des étrangers, seuls Grzegorz Pasiut et Bartosz Fraszko apparaissent sur la glace. Pour moi, ce n'est pas construire le hockey polonais. [...] Je travaille comme entraîneur depuis une vingtaine d'années, donc c'est mon truc. Je regarde attentivement le travail des entraîneurs. C'est pourquoi je peux dire que l'entraîneur Kaláber a fait un travail fantastique. De son côté, il a tout fait. Il a préparé l'équipe de manière optimale en termes d'aspects physiques et tactiques. Regardons aussi combien de joueurs nous avons en Pologne. Quand nous les avons comptés ensemble, nous avons atteint le nombre de 97, y compris les remplaçants. Mais si vous regardez qui joue vraiment dans la ligue, il resterait 50 Polonais. L'entraîneur Kaláber, en plus de ceux qu'il avait aux championnats du monde, se retrouverait donc pour construire l'équipe nationale avec des hockeyeurs d'une vingtaine d'années."
Marc Branchu (photos de Matt Zambonin et Andrea Cardin - IIHF)