Présentation du Mondial junior 2012

 

Les meilleurs moins de 20 ans de la planète hockey se retrouvent à Calgary et Edmonton pour le traditionnel évènement de fin d'année, le championnat du monde. L'ouverture, le 26 décembre, est un moment très attendu par les Canadiens, tellement fans du tournoi qu'ils cherchent à l'organiser tous les ans. L'IIHF est bien contente de satisfaire le pays à la feuille d'érable, le seul capable de remplir les patinoires pour un tournoi junior... Aussi le Canada organise-t-il le tournoi tous les trois ans. Et même plus, lorsqu'il "dépanne" un pays peinant à organiser... Le forfait de la Suisse ouvre ainsi le Mondial à Edmonton et Calgary.

L'édition 2011-2012 devrait à nouveau faire le plein et propose un panel équilibré. Le Canada, à domicile, cherchera à retrouver l'or, perdu deux ans de suite en finale : en 2010, les Américains s'étaient imposés après prolongation. En 2011, les Russes avaient gagné l'or en marquant cinq fois au dernier tiers pour remonter un handicap de 3-0... Vexés, les Canadiens, sur leurs terres, sont déterminés à reprendre leur bien.

Mais la concurrence s'annonce copieuse : la Russie, tenante du titre, les États-Unis et la Suède, toujours placés, et une redoutable équipe finlandaise qui veut enchaîner après le titre sénior du printemps dernier.

La réforme des divisions change un peu la donne : il n'y aura qu'un seul relégué dans ce tournoi. Une réforme qui vise clairement à avantager l'Allemagne, qui fait l'ascenceur entre élite et D1 depuis plusieurs années. Les Allemands organisaient cette année le tournoi de D1 et ont obtenu la remontée immédiate en battant en fin de match la Norvège. Les Allemands seront donc là l'an prochain. Les candidats au maintien de cette édition 2012 s'appellent Lettonie et Danemark.

 

 

Groupe A

Le tenant du titre pourra-t-il faire la passe de deux ? C'est la grande question qui agite la Russie à l'orée de ce tournoi. Un seul joueur est de retour, mais ce n'est malheureusement pas le cas de Daniil Sobchenko et Yury Urychev, décédés dans l'accident d'avion du Lokomotiv Yaroslavl. Pour rendre hommage aux deux champions disparus, l'équipe aura à coeur de briller. Le point fort de la Russie sera assurément son attaque. On retrouve notamment le capitaine Evgeny Kuznetsov (Traktor Chelyabinsk), déjà international senior. Kuznetsov, souvent comparé à Malkin, est le seul "revenant" de l'an passé, où il avait joué un rôle décisif.

À ses côtés, le possible n°1 de la prochaine draft NHL Naïl Yakupov, explosif buteur de Sarnia dans l'Ontario, qui a cependant tardé en amical à entrer dans le système collectif de l'équipe. La troisième vedette est Mikhaïl Grigorenko, qui a quitté le CSKA Moscou où on ne lui avait pas donné de temps de jeu l'an dernier et qui évolue aux Remparts de Québec. Il retrouvera ses anciens collègues du CSKA, Nikita Gusev et Nikita Kutyerov, qui ont développé une parfaite entente sur la glace depuis des années. La principale différence par rapport au titre de l'an passé est que les expatriés canadiens sont plus nombreux : si Vladimir Namestnikov a été recalé par manque de combativité défensive après avoir eu sa chance en première ligne pendant les dernières rencontres de préparation, Aleksandr Khokhlachev (Windsor) a été la bonne surprise du camp par ses mains très rapides et ses duels remportés .

L'équipe reste assez jeune, notamment à l'arrière où peu de joueurs se distinguent autour de Nikita Nesterov (Chelyabinsk). Artyom Sergeev (Val d'Or) jouera peut être un rôle important par sa connaissance du jeu nord-américain. Deux absents de marque : le défenseur Aleksei Marchenko (CSKA Moscou) et l'attaquant Bulat Shavaleev (Kazan), blessés. L'absence de l'excellent Marchenko s'annonce comme un rude coup pour la défense. Le coach Valeri Bragin devra donc composer et espérer que ses gardiens, Sergei Kostenko (Novokuznetsk), Andrei Makarov (Saskatoon) et le jeune éligible 2012 Andrei Vasilevski (Ufa) tiennent le fort.

 

Multiple médaillée ces dernières années, la Suède visera à nouveau un rôle de trouble-fête. Les réformes de la fédération suédoise ont porté leurs fruits et, après une longue période de disette, l'équipe nationale junior est à nouveau compétitive. Effet positif, de plus en plus de Suédois sont sélectionnés par des équipes NHL et font carrière outre-Atlantique, au plus haut niveau. Effet négatif, la Suède sera privée pour cette édition de ses deux stars, le défenseur Adam Larsson (New Jersey) et l'ailier Gabriel Landeskog (Colorado), qui ont intégré la NHL dès l'âge de 18 ans... Et encore, le retour de Mika Zibanejad (Ottawa) au pays a permis de limiter les dégâts !

L'ailier de Djurgården sera le fer de lance de l'attaque nordique, avec des compagnons de jeu assez intéressants. Viktor Rask (Calgary), Rickard Rackell (Plymouth) ou Johan Larsson (Brynäs) devraient varier les options offensives. On attendait aussi beaucoup de Pontus Åberg, auteur de 14 points depuis le début de la saison à Djurgården, mais il s'est blessé deux jours avant le coup d'envoi de la compétition et a été remplacé par le centre Jeremy Boyce Rotevall, dont le compteur à Timrå n'affiche qu'un point.

En défense, l'absence de Larsson devrait être compensée par un excellent quatuor : Jonas Brodin et Oscar Klefbom (Färjestad), John Klingberg (Jokerit) et le rugueux Patrik Nemeth (AIK). En revanche, c'est plus ouvert dans les cages, avec un avantage à Johan Gustafsson (Luleå) devant Anton Forsberg (MoDo) et Johan Mattsson (Sudbury).

Sur le papier, la Suède paraît bien armée pour menacer la Russie : les deux pays devraient se jouer la première place du groupe, et donc la qualification directe pour les demi-finales. Pour maximiser ses chances, la Suède a réuni son effectif plus tôt que d'habitude et modifié ses pratiques d'entraînement, afin de ne plus être au top d'entrée et s'éteindre ensuite.

 

La Suisse progresse. Un maintien acquis avec maîtrise régulièrement, ponctuée à l'occasion par un coup d'éclat, telle l'élimination de la Russie en quart de finale 2010. Malheureusement, le héros Nino Niederreiter (New York Islanders) n'est plus là : blessé, il n'aurait de toute façon pas été libéré par son équipe NHL. L'expérience sera malgré tout en bonne place avec sept revenants. Les défenseurs Dario Trutmann (Plymouth) - meneur attendu du powerplay - et Dave Sutter (Seattle) évoluent outre-Atlantique et devraient avoir un temps de jeu conséquent. À suivre aussi, Christian Marti (Kloten), et les deux expatriés en Suède, Cédric Hächler (Malmö) et Dean Kukan (Luleå).

En attaque, la star sera Sven Bärtschi, joueur créatif et habitué au jeu physique à Portland (KHL), recruté au premier tour de la draft par Calgary et qui a manqué de peu d'intégrer la NHL dès cette saison. Gaëtan Haas (Bienne) et Gregory Hoffman (Ambrì-Piotta) sont aussi à surveiller. Plusieurs jeunes talents se sont également expatriés, avec notamment Sven Andrighetto (Rouyn-Noranda), Lino Martschini (Petersborouh), Alessio Bertaggia (Brandon) et Tanner Richard (Guelph), le fils du naturalisé Mike Richard. Enfin, le jeune Christoph Bertschy (Berne) a beaucoup fait parler de lui en LNA cette saison : ce buteur compense son manque de gabarit par son patinage.

La clé de la réussite ou de l'échec suisse devrait être le poste de gardien, puisque l'excellent Benjamin Conz, héros des dernières éditions, est atteint par la limite d'âge. C'est maintenant au duo de Zurich, Lukas Meili et Tim Wolf, de tenir le fort, avec Luca Boltshauser (Färjestad) en soutien.

 

La Slovaquie a ratissé large pour sa pré-sélection, mêlant joueurs du HK Orange 20, l'équipe junior rassemblée qui affronte des équipes d'Extraliga et de division 1, et joueurs évoluant au Canada. Quand le déclin slovaque, marqué par exemple par une relégation en U18 il y a peu, s'arrêtera-t-il ? Il faudrait déjà une ligne directrice claire. Cela commence mal puisque le sélectionneur Anton Tomko a été viré il y a cinq semaines pour être remplacé pmar l'expérimenté Ernest Bokros.

On imagine cependant mal l'équipe se laisser prendre au piège avec une relégation unique désormais. Mieux, l'effectif apparaît assez intéressant et devrait concurrencer la Suisse : les deux pays lutteront a priori pour la 3e place qualificative pour les quarts. Le point fort de la Slovaquie sera sa défense avec ses quatre "expatriés" : les géants natifs de Kosice, Martin Marincin et Martin Gernát, évoluent en WHL, à Prince George et Edmonton, Peter Cerešnák à Petersborough dans l'Ontario et Adam Jánošík à Gatineau au Québec. Parmi ceux-là, le vrai leader est sans conteste Martin Marincin. Mieux, un cinquième larron évolue dans l'Ontario, Michal Cajkovský, à Ottawa.

Une solide défense, mais une attaque moins flamboyante. Les deux seules têtes d'affiche sont les deux espoirs de Detroit qui évoluent au Canada, TomᚠJurco (St John Seadogs), gros travailleur au tir redoutable, et Marek Tvrdon (Vancouver Giants), qui a retrouvé sa puissance offensive après une saison gâchée par une blessure. Parmi les autres candidats, Matúš Chovan (Kosice), TomᚠMatoušek (équipe U20), Vladimir Dolnik (Everett), LukᚠCingel (Baie-Comeau) et Marko Dano (Trencín) auront pour rôle d'apporter le soutien aux deux stars offensives. Les chances slovaques reposeront donc sur leur défense, en espérant que le poste de gardien ne vienne pas plomber le travail : Dominik Riecicky (équipe U20) était déjà présent l'an passé et devrait être titulaire, avec Richard Sabol (Banska Bystrica), qui a mûri en U17 et U18, en remplaçant.

 

Le petit poucet du groupe peine à sortir tous les ans une grosse génération et a tendance à faire le yoyo avec la division I. Cette année encore, la Lettonie devrait être concernée par la course au maintien, probablement lors d'un futur duel décisif face au Danemark. Le dernier détour en élite mondiale, en 2010, avait été douloureux avec notamment un 16-0 face aux Canadiens...

Kristians Pelšs (Edmonton en WHL), drafté par Ottawa, apparaît comme le principal atout offensif tant il brille en junior canadien, mais les recruteurs espèrent beaucoup de Zemgus Girgensons, qui évolue à Dubuque en USHL, le championnat junior américain. Il a affolé les compteurs en division 1 l'an passé et pourrait être choisi au premier tour de la prochaine draft, ce qui serait une première pour la Lettonie. Il n'a cependant que 17 ans et il ne lui sera pas facile de porter l'équipe.

Parmi les autres atouts, Nikita Kolesnikovs (Blainville-Boisbriand) tourne à presque un point par match en ligue du Québec : il pourrait beaucoup apporter en jeu de puissance. Autre "Nord-Américain", Teodors Blugers, attaquant de la prestigieuse équipe de Shattuck St. Mary's, qui a formé notamment Crosby ou Parise. La Lettonie envoie sans doute son plus jeune effectif de son histoire, mais peut-être aussi le plus technique, et pourrait tout à fait piéger son monde. Tout dépendra en fait du gardien Kristers Gudlevskis (Riga), doué mais réputé fragile psychologiquement.

 

 

Groupe B

Mercredi 14 décembre, des milliers de Canadiens se ruent sur twitter à 9h du matin. Pour quelle raison ? l'annonce de la sélection U20 bien sûr ! Il n'y a bien qu'au Canada que le Mondial junior puisse provoquer ce genre de réaction surprenante... Une fois encore, l'annonce de l'effectif a autant porté sur les absents que sur les présents. Absents tout d'abord, les juniors déjà en NHL : imaginons un instant la présence de Ryan Nugent-Hopkins, Jeff Skinner, Ryan Johansen et Erik Gudbranson... Absents aussi, les choix de l'entraîneur Don Hay : exit les premiers choix Ryan Murphy, défenseur trop offensif et pas assez sécurisant, les attaquants Mark McNeill, Ty Rattie, Tyler Toffoli et Christian Thomas, ou encore les défenseurs Alex Petrovic, ou même Duncan Siemens et Dylan McIlrath, même pas dans les 41 pré-sélectionnés. Il y a du choix... et la sélection a été rude.

Il y avait les "sûrs de leur place" : les revenants Jaden Schwartz (Colorado College), nommé capitaine, et Quinton Howden (Moose Jaw) en attaque ; les prêtés par les équipes NHL, Devante Smith-Pelly (Anaheim) et Brett Connolly (Tampa Bay) ; les stars juniors, comme Doug Hamilton (Niagara) ou Mark Scheifele (Barrie). Pour le reste c'était relativement ouvert et le staff a dû trancher. Le Canada disposait de quatre gardiens équivalents : Mark Visentin (Niagara), malgré le fiasco du 3e tiers de la dernière finale, est de retour, et sera accompagné par l'inattendu Scott Wedgewood (Plymouth), qui a surpris le favori Tyler Bunz en se montrant plus constant et meilleur aux tirs au but.

En défense, Hamilton est rejoint par Ryan Murray (Everett), à peine revenu de blessure, qui sera le benjamin de l'équipe. À leurs côtés, Brendan Gormley (Moncton) blessé l'an passé mais bien présent cette fois-ci. Mark Pysyk (Edmonton) a décroché une place suite à un camp sans erreur. Pour les postes 5 à 7, c'était plus serré : le géant Jamie Oleksiak (Saginaw), recalé par les États-Unis l'an passé, portera le maillot canadien, de même que le méconnu Scott Harrington (London), au profil de défenseur pur et sans coup d'éclat. Enfin, l'offensif Nathan Beaulieu (Saint John) a su se montrer un peu plus complet que Murphy. Pour les jeunes Codi Ceci et Matt Dumba, le bon camp n'a pas suffi mais ils n'ont que 17 ans et seront là l'an prochain.

L'attaque était déjà plus ou moins établie, avec au centre Scheifele, Ryan Strome (Niagara), qui prend une place malgré un camp décevant, mais aussi Michael Bournival (Shawinigan), un recalé de l'an passé, et Boone Jenner (Oshawa), plus défensifs. Sur les ailes, tout reposera sur la santé de Jonathan Huberdeau (Saint John), qui n'a pas joué depuis 6 semaines et qui a repris pour le deuxième amical, et de Quinton Howden, "descendu" par son coéquipier Brett Connolly durant le camp. Connolly, pas très populaire auprès des médias, ne semblait pas très heureux de quitter Tampa Bay pour le Mondial junior et le staff a dû lui demander de muscler son jeu pour mériter sa place... Il l'a un peu trop fait et suscité une belle controverse durant le camp.

On retrouvera aussi sur les ailes le travailleur Mark Stone (Brandon), excellent durant le camp, ou encore Freddie Hamilton (Niagara), frère du défenseur, qui permet ainsi au Canada d'aligner sa première fratrie depuis 30 ans. On retrouve aussi le meilleur marqueur de l'Ontario, Tanner Pearson (Barrie), oublié lors des deux dernières drafts mais qui cartonne aux côtés de Scheifele en junior. Bref, une équipe Canada peu expérimentée, avec une défense qui paraît correcte, mais un manque de garantie dans les cages et moins de magiciens en attaque. Le Canada est toujours présent de toute façon...

 

Toujours placés, les États-Unis. Le programme d'excellence U17 et U18 basé à Ann Arbor dans le Michigan continue à former le socle de l'équipe U20, qui accroche systématiquement les demi-finales. Après l'or en 2010 (avec Dean Blais comme coach) et le bronze en 2011, l'équipe cherchera à remonter vers le sommet à nouveau. Pour ce faire, la clé sera à nouveau Jack Campbell (Soo Greyhounds). Le gardien disputera son troisième Mondial junior, et a aussi une médaille d'or U18. L'expérience est donc de son côté, ce qui joue souvent un rôle décisif dans un tournoi très court.

La défense a fière allure mais n'est pas sans interrogations. Seth Jones, éligible 2013, s'est sérieusement blessé contre la Suisse en préparation le 21 décembre, la veille de la liste définitive. De plus, John Merrill (U. Michigan) intrigue. L'espoir des Devils a connu une saison pleine avec Michigan et fut le meilleur arrière américain l'an passé, mais il n'a pas joué depuis la rentrée : il est suspendu par son université sans qu'aucune raison précise n'ait filtré, autre que "rupture des règles de vie de l'équipe"... La fédération soutient la décision de l'université mais a choisi de le sélectionner quand même pour le soutenir et le relancer, avec accord du coach de Michigan. Sera-t-il dans le rythme ? Privés de John Faulk, resté en NHL à Carolina, les Américains lanceront donc Jarred Tinordi (London), Adam Clendenning (Boston U.), Kevin Gravel (St Cloud State), Stephen Johns (U. Notre-Dame) et le prometteur Jacob Trouba, de l'équipe U18, aux côtés du revenant Derek Forbort (U. North-Dakota). Soit une défense dont le plus petit joueur mesure... 1 mètre 85 !

L'attaque est explosive : en fer de lance, le meilleur marqueur de l'an passé, Charlie Coyle, qui fait l'actualité juste avant le Mondial en quittant Boston University pour la ligue du Québec, renforçant encore un peu plus les Saint John Seadogs. Le grand pivot Nick Bjugstad est très attendu, s'étant montré dominateur avec l'Université du Minnesota. Brandon Saad, pour sa part, a commencé la saison en NHL, à Chicago, avant de revenir à Saginaw. Le capitaine sera Jason Zucker (U. Denver), pour son 3e Mondial : le natif de Las Vegas est un attaquant défensif complet, un vrai joueur d'équipe précieux et polyvalent. Parmi les autres joueurs à suivre, le rapide Emerson Etem (Medicine Hat), qui a signé 29 buts en 33 matchs cette saison, le physique JT Miller (Plymouth), le lutin Austin Czarnik (Miami U.), ou Josh Archibald, qui évolue pour le coach Dean Blais à Nebraska-Omaha.

Beaucoup de premiers choix de draft (8 au premier tour, 7 au deuxième) pour une équipe très ambitieuse, qui apparaît assez complète malgré quelques interrogations sur la défense. Une sélection qui n'a pas été sans polémique, avec le traditionnel débat sur le choix de joueurs universitaires ou issus du programme de sélection, aux dépens de joueurs ayant choisi le parcours junior canadien : Shane Prince (Ottawa) a fait part de son agacement sur twitter après avoir été retranché au dernier moment, alimentant encore la polémique...

 

La Finlande fait figure de sérieux outsider pour cette édition. L'effectif envoyé se compose en effet d'une génération très solide, avec déjà 10 draftés NHL, soit le 2e meilleur total de l'histoire du pays (12 en 2002). Deux joueurs évoluent au Canada, le gardien Christopher Gibson et le défenseur Olli Määttä, qui perd son record : Aleksander Barkov Jr (Tappara), à 16 ans et 4 mois, devient le plus jeune joueur à porter le maillot U20 pour la Finlande. Les recruteurs NHL le surveilleront pour... 2013 !

Une composition très solide donc, à commencer par les gardiens. Sami Aittokallio (Ilves Tampere) était le titulaire d'origine, avec Christopher Gibson (Chicoutimi) comme alternative, mais Richard Ullberg (18 ans) a fait des débuts remarqués en SM-liiga à 18 ans avec le SaiPa Lappeenranta. Ils poursuivent la tradition dans les cages de la Finlande, qui a toujours l'embarras du choix. La défense comporte des éléments intéressants autour de l'excellent Olli Määttä (London), même s'il aura des responsabilités élevées pour un joueur de 17 ans. Les arrières sont jeunes, mais tous évoluent déjà en SM-Liiga.

C'est surtout l'attaque qui fait peur : les frères Granlund, le capitaine Mikael et son petit frère Markus, affolent les compteurs pour le HIFK Helsinki. Mieux, Mikael est seulement le 4e joueur de l'histoire à disputer le Mondial U20 après avoir gagné l'or au mondial sénior (après Peter Forsberg, Nicklas Bäckström et Patrice Bergeron, rien que ça). Les deux frères devraient faire équipe avec Teemu Pulkkinen, finisseur attitré de Mikael Granlund dans toutes les catégories de jeunes, dans une première ligne de choc. Elle ne sera pas esseulée devant, puisqu'elle dispose d'un soutien homogène. L'ailier Joel Armia, plus que titulaire à Ässät Pori, forme un autre trio de valeur avec Joonas Donskoï et Miikka Salomäki, deux joueurs de Kärpät plutôt à l'aise dans le trafic.

L'équipe devrait donc s'appuyer sur ses points forts traditionnels - le poste de gardien et une défense compacte - mais offre enfin un potentiel offensif qu'on ne lui connaissait guère depuis les exploits U18 de la ligne Korpikoski-Tukonen-Nokelainen. Un sérieux outsider, vraiment...

 

Elle n'a pas trop de chance, la République Tchèque. Se retrouver dans la poule de la mort, ce ne sera pas évident d'accrocher les quarts de finale, sans parler de médaille (aucune depuis 2005)... D'autant que le grand espoir Martin Frk, éligible pour la prochaine draft mais victime d'une commotion cérébrale en octobre, a décliné la sélection pour se concentrer sur sa saison à Halifax et sa famille. Coup de froid !

Le coach Miroslav Prerost doit donc s'appuyer sur les autres, mélange de joueurs évoluant au pays et de "nord-américains", toujours très nombreux dans les ligues juniors. Le gardien principal sera Petr Mrazek (Ottawa 67's), et il disposera d'une défense honorable mais sans grand relief. David Musil (Vancouver Giants) en sera le principal protagoniste ; fils d'un ancien international (Frantisek Musil), c'est un défenseur de bon gabarit, assez mobile. Difficile de ressortir d'autres noms à l'arrière. Seul Bohumil Jank (Lev Poprad) a participé l'an passé, la défense sera donc peu expérimentée.

Il faudra chercher le spectacle à l'attaque, autour de Petr Straka et Jakub Culek, le duo de Rimouski qui n'a pas trop progressé depuis l'an passé. Tomas Hyka, qui avait fait l'actualité en participant au camp des Flyers (lire les anecdotes d'octobre), apparaît comme un joueur intéressant. Parmi les autres noms à surveiller, Tomas Faksa (Kitchener) voit sa cote monter auprès des recruteurs pour 2012. La révélation de la saison d'Extraliga tchèque, Tomas Hertl (Slavia Prague), pourrait éclore au niveau international au cours du tournoi, s'il s'est totalement remis de sa récente blessure à l'épaule.

Les Tchèques paraissent en dessous de leurs trois rivaux aux quarts de finale, mais disposent de suffisamment de talent offensif pour éviter tout piège en poule de relégation. Viser plus haut sera un long processus, car Slavomir Lener vient seulement de lancer la restructuration de la formation des jeunes hockeyeurs tchèques : la lutte contre le népotisme et la corruption mettra du temps.

 

Le petit poucet du tournoi sera le Danemark, qui n'a jamais gagné un match dans l'élite mondiale (une participation en 2008, 6 défaites). Les progrès des Nordiques depuis quelques années sont évidents, mais l'effectif manque généralement de profondeur pour rivaliser sur la durée. La génération 2012 n'échappe pas à la règle, avec quelques joueurs qui sortent du lot. Dans les cages, Christian Larsen évolue en Suède, à Malmö, et devrait voir passer beaucoup de palets, à moins que Sebastian Feulk (Herlev), plus expérimenté, ne lui soit préféré. La défense évolue entièrement au pays : Anders Thode et Mark Müller Larsen à Frederikshavn; Patrick Madsen et Martin Rahbek à Herning et Herlev respectivement, alors que Jannik Christensen et Emil Kristensen évoluent à Esbjerg.

L'attaque tournera autour d'une vedette : Nicklas Jensen (Oshawa), premier choix de Vancouver en juin dernier et qui a brillé au camp des Canucks par son gabarit et son sens du but. On trouvera aussi le tout jeune Mads Eller (éligible 2013), frère de l'attaquant du Canadien de Montréal, qui a déjà mis de l'agressivité dans son jeu et qui évolue à Frölunda en Suède, tout comme Nicolai Meyer à Malmö, meilleur marqueur danois l'an passé en division I. Autre "nord-américain", Anders Schultz évolue en junior américain, à Cedar Rapids. Enfin, on gardera un oeil sur deux frères : Oliver (16 ans) et Patrik (19 ans) Bjorkstrand, dont le père est natif du Minnesota mais a rejoint le Danemark en tant que joueur puis coach il y a vingt-et-un ans : Todd Bjorkstrand dirigera d'ailleurs ses enfants dans ce tournoi. Auront-ils le même succès que les Hamilton canadiens et les Granlund finlandais dans ce tournoi ?

Bref, la mission du coach s'annonce compliquée, aussi a-t-il choisi le fameux système en "1-3-1" utilisé par Guy Boucher à Tampa Bay : un système très défensif, peu spectaculaire et attentiste, mais qui peut finir par piéger des adversaires. Pourront-ils accrocher le maintien et se qualifier pour le Mondial l'an prochain à Ufa, en Russie ?

Nicolas Leborgne

 

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