Finlande 2010/11 : bilan de la saison de SM-liiga

 

Les résultats du championnat finlandais

Le bilan précédent (2009/10)

 

HIFK Helsinki (1er) : le vieux lion et l'héritier

1995 : un jeune joueur de 21 ans nommé Ville Peltonen marque un triplé en finale et la Finlande obtient son premier titre de championne du monde. 2011 : Ville Peltonen, héros national de 37 ans, marque un triplé au dernier match de la finale et le HIFK est champion de Finlande. Ville imite ainsi son père Esa, trois fois sacré avec ce même club. La boucle est bouclée pour le fils, qui n'a cependant pas ajouté de nud à son palmarès : le capitaine, usé par les play-offs, a déclaré forfait pour les Mondiaux... ouvrant une voie royale sur les lignes offensives à son jeune coéquipier Mikael Granlund.

La saison du prodige était pourtant mal engagée : en octobre, il finissait le visage contre le plexi en ratant une mise en échec et restait commotionné deux mois. En quart de finale, en plein derby de Helsinki, Granlund quittait le jeu sur une charge adverse, et son entraîneur Kari Jalonen déclarait à chaud en conférence d'après-match que la carrière du joueur était peut-être compromise. L'hypothèse d'un super-talent contraint d'arrêter le hockey pour des commotions cérébrales à répétition avait de quoi interpeller, au moment où la star mondiale Sidney Crosby observait une pause depuis plusieurs mois pour les mêmes raisons. Heureusement, il y avait plus de peur que de mal. Granlund revenait au jeu, devenait champion de Finlande puis du monde, en inscrivant au passage le but de l'année et - sûrement au moins de la décennie - en demi-finale. Depuis, les moindres faits et gestes de Granlund sont un évènement national : il est la vedette, l'enfant chéri, le Crosby finlandais.

L'Ancien et le Jeune ont ainsi conduit le HIFK à son premier titre depuis treize ans, déclenchant cette fièvre du hockey qui s'est prolongée aux Mondiaux. Le quart de finale contre Jokerit a concentré toutes les passions : les billets s'arrachaient à plus de 200 euros au marché noir. Les supporters du HIFK, les plus enflammés du pays, ont confirmé leur folie en repeignant en rouge l'arrêt de bus aux couleurs bleues de Jokerit et en y dessinant le logo de leur club. Ils ont aussi "marqué leur territoire" en finale en accrochant leur drapeau à la limite communale entre Helsinki et Espoo.

La minorité suédophone, soutien traditionnel du club bilingue HIFK, était très bien représentée au sein de l'effectif par Toni Söderholm, premier défenseur à recevoir le trophée Jari Kurri de meilleur joueur des play-offs. Autre poste-clé, celui de gardien, jugé le point faible des années précédentes. Jan Lundell a donc été rétrogradé en numéro 2 de Juuso Riksman, arrivé du rival Jokerit. Il a découvert que la pression n'est pas moindre que chez les rivaux de la capitale et que les critiques tombent aussi dru après une erreur. Mais lors du derby, c'est lui qui a évité l'élimination en arrêtant un breakaway de Jukka Hentunen en prolongation du match 6. Il a ainsi joué un rôle capital dans la victoire.

Dire qu'il y a trois ans, l'image du HIFK était racornie, des entraîneurs canadiens ayant un peu trop forcé le trait de la violence. Toute la structure dirigeante a alors changé, et un nouvel entraîneur est arrivé avec Kari Jalonen, déjà 11 fois champion de Finlande comme joueur, adjoint puis entraîneur (et une fois champion de France avec Rouen). Trois saisons, c'est le temps que l'on estime nécessaire pour rebâtir une équipe, et Jalonen a relevé le défi. Puisqu'il a tout gagné même dans l'environnement plus médiatique de la capitale, il ne lui reste qu'à partir pour un autre challenge : la KHL.

 

Blues Espoo (2e) : la réhabilitation

Depuis leur instauration, les "play-offs de la pitié", comme on appelle en Finlande les barrages organisés pour les équipes classées entre la septième et la dixième place, avaient été controversés et n'avaient pas démontré leur utilité. Ceux qui en sortaient vainqueurs se faisaient systématiquement éliminer dès les quarts de finale. Cette année pourtant, les Blues ont marqué l'histoire en faisant tomber les deux premiers de la saison régulière (Ässät et JYP) pour accéder à la finale.

L'entraîneur Petri Matikainen a chanté les louanges de son gardien : "Iiro Tarkki est notre icône. Il était déjà très bon en saison régulière, mais dans ces play-offs ses performances sont phénoménales." Un portier seul ne fait cependant pas tout.

Emmenés par le plus jeune capitaine de la ligue, Toni Kähkonen, les Blues ont donné tout ce qu'ils avaient dans ces séries avec un patinage rageur, un rythme endiablé et des charges sans concession. Si Matikainen a réussi à insuffler un nouvel état d'esprit à son équipe pour les play-offs, c'est qu'il a pu s'appuyer sur l'engagement total de Jere Karalahti, accueilli en héros des temps modernes après ses années de prison et d'exil. Le "fighting spirit" n'a cependant servi à rien en finale face à l'adversaire auquel les promesses de combat physique ne font pas peur mais envie, le HIFK.

Il faudra d'autres exploits de ce genre pour que les Blues parviennent à conquérir les curs. À Espoo même, ville constituant la partie ouest de l'agglomération de Helsinki, on trouve encore nombre de supporters des deux grands clubs de la capitaine, et seul leur venue permet de remplir la Barona Areena.

 

JYP Jyväskylä (3e) : domination trop tranquille

Le JYP est à l'image des lacs qui parsèment la région de Jyväskylä : paisible et... immuable. Pour la troisième saison consécutive, il a terminé premier de la saison régulière, avec une maîtrise presque ennuyeuse : meilleure défense avec 1,6 buts encaissés de moyenne, meilleur duo de gardiens (Myllykoski/Tuokkala), meilleures stats en supériorité et en infériorité, équipe la moins pénalisée. Même quand il innove, c'est avec la même réussite insolente : Éric Perrin, venu renforcer un effectif qui ne comptait que des joueurs finlandais lors du titre 2009, a été élu meilleure recrue offensive étrangère du championnat par le journal Ilta Sanomat.

Au lieu d'être un cador motivant que tout le monde rêve de battre, le JYP est un adversaire plutôt ennuyeux du fait de la tactique défensive employée par l'entraîneur Risto Dufva. Si les spectateurs se déplacent, c'est surtout pour voir un joueur, le joyau Sami Vatanen. Le défenseur de poche au patinage élégant a fini la saison avec le meilleur +/- de SM-liiga (+30) à seulement 19 ans. Vatanen s'est malheureusement tordu le genou dans une collision malencontreuse en quart de finale, et il n'a donc pas participé cette fois aux championnats du monde, ceux qu'il ne fallait pas rater pour la Finlande, et auxquels ont participé deux autres membres de l'équipe, l'ailier d'énergie Antti Pihlström et le défenseur qui sort de l'ombre Jyrki Välivaara.

L'absence de Vatanen a aussi nui à son club, balayé en quatre matches secs par Espoo au tour suivant. En trois années de "domination tranquille" sur la saison, le JYP n'aura donc concrétisé que la première fois. Cela fait deux ans qu'il se ramasse complètement en demi-finale.

 

Lukko Rauma (4e) : un cadenas synonyme d'offensive

"Lukko" signifie serrure, mais ce nom aux allures cadenassées est trompeur. C'est surtout l'offensive qui fait la force du club. L'attaque déjà performante a été renforcée cette saison de Perttu Lindgren, qui a passé une seconde saison remarquée en AHL, jusqu'en finale, mais n'a eu le droit de jouer qu'un match en NHL. Le retour à Rauma de ce centre très technique s'est passé idéalement, puisqu'il s'est très vite réadapté au point de devenir le meilleur marqueur du championnat.

Mais contrairement à l'an passé, Lukko n'avait plus le même équilibre défensif. Depuis qu'il a vendu son gardien Petri Vehanen à Kazan pour un million d'euros, il a perdu sa stabilité dans les cages. Il avait besoin du retour d'un homme d'expérience, et en novembre, il a donc engagé Mika Noronen, lui-même ancien finaliste de KHL avec Kazan, mais qui était toujours sans club à 31 ans malgré son passé en KHL. On l'a engagé à Rauma et aucune des parties ne l'a regretté. Il a grandement contribué à emmener Lukko en demi-finale, au même niveau que l'an passé.

Lors de ces play-offs, un visage inattendu est apparu : celui de Charles Bertrand, le junior français, qui y a même marqué un but. Lukko a décidé de miser sur le tricolore en lui faisant signer un contrat de trois ans.

 

Ässät Pori (5e) : de la D2 française à l'équipe-type de SM-liiga

C'est la spécialité de la Finlande : quand un gardien s'en va, il reste toujours un as dans la manche. Jussi Rynnäs, parti en Amérique du nord, a été vite oublié, remplacé par sa doublure Eero Kilpeläinen. On disait celui-ci trop fragile mentalement pour être numéro un, mais sa cinquième saison à Ässät a prouvé le contraire. Sa phénoménale vitesse de réaction en a fait le gardien le plus solide de la saison régulière, même s'il a faibli en play-offs en laissant trop de rebonds. L'équipe de Pori n'a pas su y confirmer son inattendue deuxième place : la ville renommée pour son festival de jazz a été victime du réveil des... Blues.

Dommage pour le "petit club" Ässät qui avait réussi à bâtir un effectif homogène. Le seul "poids mort" était le défenseur Tero Määttä, le joueur le plus cher dont le contrat (150 000 euros), surpayé compte tenu de ses problèmes récurrents de surpoids, atteignait "enfin" sa dernière année. Il a rendu un fier service - bien involontaire et malheureux - à son équipe en se blessant en novembre, permettant le recrutement du joker Ryan Caldwell, au chômage depuis sa dernière saison à Düsseldorf. Il a repris le rythme de la compétition et complété une défense bien dense, a fortiori après le retour du blessé Määttä.

Ces lignes arrières se sont appuyées surtout sur le très bon patinage de Ville Uusitalo. Qu'il est loin, le temps où il jouait en D2 française avec Brest. À force de constance dans son travail, Uusitalo a terminé cette saison en meilleur marqueur chez les défenseurs et a été désigné dans l'équipe-type de SM-liiga.

Cette capacité de progression et cette volonté d'apprendre sont la clé du succès des joueurs d'Ässät. Joel Armia par exemple n'a jamais eu des dons comparables aux petits génies Granlund et Pulkkinen, mais il se développe bien techniquement. Son jeu direct et son tir puissant lui ont permis de marquer 18 buts à seulement 17 ans, pour sa première année en senior. Et comme il mesure 1m92, on comprend que les Sabres de Buffalo l'aient choisi au 16e rang de la draft NHL.

 

KalPa Kuopio (6e) : établi même sans Kapanen

Ayant beaucoup pris de coups dans sa carrière, et ressentant encore des vertiges hérités d'une charge d'un certain Tie Domi, Sami Kapanen avait conclu qu'il était temps de mettre un terme à sa carrière de joueur et de se consacrer à sa fonction de propriétaire de KalPa. Son club était-il promis à retomber dans les tréfonds qu'il occupait avant l'arrivée du sauveur ? La retraite était d'autant plus difficile à compenser qu'elle se conjuguait à celles de Kalle Sahlstedt et du leader défensif Mika Strömberg.

Le retour au pays de Kapanen a cependant laissé une marque plus profonde. KalPa a pu rassembler des joueurs formés au club à des générations différentes : le technique Tommi Miettinen a pris le capitanat à 35 ans, et l'ailier de 24 ans Tuomas Kiiskinen a confirmé qu'il était le nouveau leader offensif.

KalPa aura aussi relancé la carrière d'Ari Ahonen, l'ancien grand talent que l'on disait gâché pendant ses cinq ans en AHL dans l'organisation des New Jersey Devils. Après avoir erré en Finlande et en Suède, Ahonen a su s'imposer durablement au KalPa, lors d'une seconde saison meilleure que la première. Il a re-signé pour deux années supplémentaire.

Fermement établi par les équipes qui comptent, KalPa aura tout tenté pour accéder aux demi-finales une seconde fois de suite. Le quart de finale contre Lukko a battu les records de pénalité en play-offs, à cause des 180 minutes cumulées dans les cinq dernières minutes du septième match. L'élimination consommée, les émotions se sont quelque peu lâchées.

 

Jokerit Helsinki (7e) : l'équipe aux trois champions du monde

Cette saison, Jokerit aura eu la particularité de verser des salaires en même temps à trois des entraîneurs les plus renommés du hockey finlandais : le légendaire Hannu Jortikka et les anciens sélectionneurs Hannu Aravirta et Erkka Westerlund. Les contrats des deux premiers cités, écartés de leur fonction respectivement en novembre 2010 et novembre 2009, couraient en effet toujours pendant le début de mandat de Westerlund, revenu au coaching après trois ans de postes administratifs nationaux, notamment comme directeur de Vierumäki, l'INSEP finlandais.

Cette accumulation des "dédommagements pour changement de coach" semble trahir les soubresauts habituels de la gestion chaotique de Jokerit de l'impatient milliardaire Harkimo. Le nouveau manager Jarmo Kekäläinen devait pourtant incarner une stratégie mieux affirmée. Il est célèbre pour avoir bâti le précédent titre du HIFK (1998) avec deux futures superstars américaines, le gardien Tim Thomas (meilleur joueur des play-offs NHL cette année) et le défenseur Brian Rafalski. Mais après avoir passé dix ans comme scout des Blues de Saint-Louis, Kekäläinen tient un discours axé sur la formation des jeunes, ce qui revient aux sources de Jokerit (voir biographie de Jari Kurri).

Jokerit trouve la majorité de ses fans dans les classes populaires, notamment celles des HLM de l'est de Helsinki, qui voient dans le HIFK le club des élites. Voulant faire des supporters la nouvelle priorité, Kekäläinen a annoncé vouloir débarrasser un peu les maillots des publicités qui les envahissent. Le match en plein air joué contre le HIFK avec des tenues rétro a montré l'intérêt porté à cette idée. La SM-liiga a été le dernier championnat de hockey (sauf la KHL qui n'a pas encore osé) à organiser son "Winter Classic". Ce match dans le stade olympique de Helsinki a été une gageure. C'est que la neige est tombée très fort sur Helsinki tout l'hiver. Jokerit aurait dépensé des fortunes pour déblayer les tribunes et rendre la surface de jeu praticable. Cela valait le coup. Les 36644 spectateurs n'ont pas seulement assisté à un hommage à la tradition du hockey finlandais, ils ont surtout vu un gage de l'avenir, avec deux buts chacun pour les super-juniors Granlund et Pulkkinen.

Teemu Pulkkinen, voilà en effet le nouveau visage de Jokerit. Connu comme buteur chez les jeunes, il s'est en fait révélé grand passeur, mêlant imagination et timing. Il a pulvérisé le record d'assistances (36) pour un "débutant". Il est en effet considéré comme tel car il n'avait joué que douze rencontres en senior lors de la précédente saison gâchée par une blessure. C'est en grande partie grâce à l'altruisme de Pulkkinen que Janne Lahti a marqué 37 buts. Sans le junior à ses côtés, le meilleur buteur de SM-liiga n'a pas mis le moindre point aux Mondiaux. Il n'en est pas moins champion du monde, tout comme le capitaine de Jokerit Ossi Väänänen et le centre défensif Petteri Nokelainen, qui n'aura fait que passer à Helsinki entre deux saisons en NHL.

Jokerit a donc vécu une consécration par procuration, à défaut de la vivre vraiment lors du quart de finale contre le HIFK. Le grand rival a bien failli tomber dans le piège tactique de Westerlund en étant mené 2 victoires à 0 avant de s'en sortir au métier : but victorieux à 22 secondes de la fin du match 3, égalisation à 28 secondes de la fin du match 4. Jokerit aura fait trembler le futur champion comme personne.

 

HPK Hämeenlinna (8e) : la fausse piste russe

Le chevalier HPK s'est distingué du commun des manants en recrutant deux joueurs de l'équipe nationale de Lettonie, Kaspars Saulietis et Armands Berzins. La piste balte avait bien fonctionné il y a cinq ans avec Janis Sprukts, alors inconnu, il n'y avait donc pas grand risque à retenter le coup, surtout que les joueurs ont été mis à l'essai avant de signer. La renommée des filières de recrutement du HPK ne pouvait s'en trouver que renforcée, mais il a suffi d'un flop pour mettre à mal cette bonne réputation.

On est en effet allé un peu trop loin à l'est en essayant de ramener un joueur de Russie. De nos jours, les candidats russes à l'exportation sont rares, compte tenu des salaires obtenus chez eux, et on risque de mettre la main sur des joueurs dont personne ne veut... les ennuis bureaucratiques en supplément ! Il s'est ainsi écoulé plus d'un mois entre la signature d'Aleksei Shvalev et son arrivée effective, en raison de problèmes de visa. Le dirigeant parti chercher le joueur en gare de Helsinki, où il devait arriver par le train de Saint-Pétersbourg (liaison réduite de 5h à 3h30 depuis l'automne), avait même confessé aux médias sa crainte de revenir à vide. Le défenseur russe était bien là, mais son patinage et sa condition physique n'étaient pas au niveau. Il a surtout ciré le banc ou la tribune avant d'être envoyé en division inférieure. Le jeu n'en valait vraiment pas la chandelle.

Le HPK se sera finalement surtout appuyé sur une valeur sûre, le gardien Teemu Lassila, toujours le plus utilisé de SM-liiga avec ses parades spectaculaires et acrobatiques. Après avoir perdu plusieurs finales, il a finalement ouvert son palmarès en devenant champion du monde, signant au passage un excellent match contre la Russie en poule. Ce sera sa prochaine destination car il a signé en KHL deux jours plus tôt... Sa succession s'annonce délicate.

 

Kärpät Oulu (9e) : la ligne à 1 million

La retraite à 60 ans, Hannu Aravirta y tient. L'ancien entraîneur national cherchait un dernier contrat pour atteindre ce qui est pour lui l'âge limite, et après avoir refusé une prolongation à Modo pour prospecter vainement en KHL, il a finalement accepté en novembre l'offre de Kärpät, qui portait sur deux saisons et une troisième en option. Le club d'Oulu venait de démettre son entraîneur Miika Haapakoski car il se trouvait à une piteuse onzième position quatre points derrière les "pré-play-offs".

Le nouvel entraîneur n'aura pas su rétablir un powerplay toujours défaillant. L'absence de longue durée du meneur Jari Viuhkola, contraint à une saison blanche par des problèmes de dos, aura pesé sur ce secteur. En particulier, Aravirta n'aura donc amélioré la situation qu'à la marge, puisque ce tour préliminaire aura été le fossoyeur des ambitions de Kärpät.

C'est un pied-de-nez que l'élimination soit survenue contre Espoo, qui avait pourtant perdu les cinq précédentes confrontations en série. Il y a deux ans encore, Kärpät était un club dynastique sûr de son modèle économique. Aujourd'hui, c'est une cigale qui gaspille son argent, exactement le rôle des Blues il y a deux ans. Le plus gros budget de SM-liiga est parfois jeté par les fenêtres.

Avec l'arrivée en provenance directe de NHL du centre Kamil Kreps, puis le retour de Petr Tenkrat toujours vénéré, pour accompagner l'autre ailier Pavel Rosa, Kärpät s'est offert une première ligne tchèque à un million d'euros de salaires cumulés, un rapport qualité/prix contestable pour un total de 37 buts. La filière tchèque qui a fait ses preuves près du cercle polaire, est cependant encore la plus stable. Les autres renforts étrangers ont fait encore pire.

Le vétéran suédois Jonathan Hedström est reparti dans son pays au bout de deux mois... et en troisième division. L'international suisse Timo Helbling a empesé une défense lente dont les sorties de zone ne permettent pas une bonne construction du jeu. Le flop de l'année revient cependant à Martin Saint-Pierre. Il restait sur cinq saisons à plus d'un point par match en AHL, mais n'a même pas ou tenir la moitié de ce rythme en SM-liiga et a finalement été cédé à Salzbourg (où il est devenu champion d'Autriche).

 

Ilves Tampere (10e) : rajeunissement réussi

Le lynx était-il condamné de nouveau à lutter pour le maintien ? Pour beaucoup d'observateurs, il n'y avait pas d'amélioration en vue, d'autant que la perte de Markus Seikola mettait les lignes arrières en péril. Et effectivement, Ilves a terminé avec la moins bonne défense du championnat.

Les cages ont posé beaucoup de problèmes. Le vétéran Jani Hurme, férocement critiqué dès le début de saison par l'entraîneur Juha Pajuoja, a été mis au rancart au profit de Miikka Wikman, tout juste viré par Lukko. Mais le gardien le plus performant aura finalement été le prometteur junior Sami Aittokallio.

C'est d'ailleurs la nouvelle génération qui a relancé Ilves. La plus jeune équipe de la ligue a surpris beaucoup d'adversaires par son style de jeu énergique. Cet état d'esprit motivé semble avoir contaminé Jesse Niinimäki, un talent longtemps en errance (Allemagne, Suisse, Slovénie) qui a enfin trouvé de l'envie à l'entraînement et en match pour se muer en meneur offensif.

Si la retraite du mythe Raimo Helminen semblait laisser un vide insurmontable il y a deux ans, l'autre centre d'expérience, le capitaine Pasi Määtänen peut raccrocher les patins en étant un peu plus rassuré après ce qu'il avait annoncé comme sa dernière saison : les jeunes ont enfin repris le flambeau à Ilves. Le strapontin en (pré-)play-offs en est la preuve.

 

Tappara Tampere (11e) : pas de doigts, pas de chocolat

La saison s'annonçait sous les pires auspices pour Tappara. Le précédent entraîneur Mikko Saarinen avait démissionné en mai, et son successeur désigné Petri Mattila a annoncé à la mi-août qu'il quittait à son tour son poste pour raisons familiales. En pleine préparation, le club était sans coach, et n'avait guère d'autre solution que de se tourner vers celui qui devait initialement être l'entraîneur-adjoint, Sami Hirvonen. Celui-ci imposait en fin de compte mieux son autorité que Mattila. Il faut dire que sa destinée inspirait à elle seule le respect : la vie ne prédestinait vraiment pas Hirvonen, né sans jambe gauche et avec plusieurs doigts en moins, à une carrière de coach dans le sport professionnel !

Hirvonen s'était fait connaître au niveau inférieur, en Mestis, à la tête du LeKi. Il retrouvait justement un joueur qu'il entraînait à l'époque, Juha Leimu. Ce défenseur offensif n'avait débuté en SM-liiga que l'année passée, sur le tard à 26 ans, mais il s'affirmait comme une des principales armes offensives de l'équipe, par sa relance et par son lancer en powerplay. Alors qu'on s'attendait au pire après cette pré-saison troublée, Tappara occupait même brièvement la tête du championnat.

Le plus difficile fut de garder ce rythme. Le duo canadien Kevin Doell - Shayne Toporowski tentait bien de maintenir la production offensive, mais au fil de la saison, Tappara déclinait lentement, et la main cassée du capitaine Pekka Saravo mi-janvier contre KalPa fut sans doute le coup de grâce en amputant la défense.

 

Saipa Lappeenranta (12e) : alcoolémie fatale

Le contrôle d'alcoolémie de Scott Barney, pris par la police avec 1,72 mg d'alcool au volant, a été le tournant de la saison de SaiPa. Le club a viré son meilleur marqueur à la trêve de novembre... mais apparemment, l'infraction était plus ou moins impardonnable selon les clubs. Après s'être fait oublier quelque temps à Mlada Boleslav, en République Tchèque, Barney est réapparu deux mois plus tard chez un concurrent de SM-liiga, le HPK !

Ce retour avait de quoi d'autant plus irriter SaiPa que Barney n'avait pas été remplacé en attaque. Le joker avait été le défenseur offensif slovaque Richard Lintner, arrivé fin novembre, et soumis à des cadences infernales de près de trente minutes par match !

Dans l'effectif limité de SaiPa, les joueurs étrangers doivent forcément tenir des rôles importants. Le meilleur compteur "de remplacement", le passeur Tyler Redenbach, est ainsi l'attaquant avec le plus gros temps de jeu de toute la SM-liiga, mais il s'est blessé à la main en janvier. Le buteur Dale McTavish, que l'on sait fragilisé à 38 ans, avait lui-même manqué deux mois. Autant d'absences qui ont affaibli SaiPa, qui sait ne pouvoir atteindre les play-offs qu'avec des circonstances favorables, ce qui n'a vraiment pas été le cas.

 

TPS Turku (13e) : le calvaire de Leime

On se doutait que la tâche de Heikki Leime à la tête du champion serait difficile. Mais pas à ce point. En plus de devoir assumer le rôle du tenant du titre sans les meilleurs joueurs partis, il a dû composer avec une avalanche de blessures en défense : Aki-Petteri Berg et Garret Raboin dès la pré-saison, puis Miika Huczkowski qui s'est rompu les ligaments croisés et a fini sa saison après seulement deux journées de championnat. Le coach revenu de France en a perdu sa "douceur angevine", et a rompu sa communication policée en critiquant ses joueurs en conférence de presse. Cela ne se fait guère en Finlande mais leur manque d'implication était suspect.

Les dirigeants ont fait preuve de patience, mais sans la moindre victoire dans le temps réglementaire après quatorze rencontres, Leime a fini par sauter. Son adjoint Riku-Petteri Lehtonen a alors pris le relais, avec un succès mitigé. En janvier, il a été déchargé de ses fonctions à son tour pour recruter Jukka Koivu, le père de Saku et Mikko, qui était l'assistant de Yurzinov dans les grandes années 90 du TPS. L'objectif n'était alors plus que d'éviter la dernière place et le barrage de relégation, ce qui a été fait in extremis, en devançant les Pelicans pour un petit point.

Les difficultés du TPS ont été incarnées par Mario Valery-Trabucco. Le Canado-Vénézuélien s'était montré prometteur en pré-saison, et il paraissait destiné à évoluer au centre de la deuxième ligne, mais il a peiné à mener un trio offensif et s'est retrouvé le plus souvent à l'aile sur la troisième ligne. Limité en patinage, il a eu beaucoup de mal à suivre le rythme de la SM-liiga, et ce n'est que sous le mandat de Koivu qu'il s'est amélioré. Trop souvent invisible dans le jeu, il a quand même réussi à signer la bagatelle de 16 buts grâce à son excellent tir du poignet, sans que cela ne masque ses faiblesses. Il a ainsi terminé avec la plus mauvaise fiche du championnat, et de loin (-25).

 

Pelicans Lahti (14e) : plouf, pif-paf et glouglou

Les Pelicans visaient le retour en play-offs avec des recrues offensives de renom, mais ils ont fait "plouf". À son arrivée, l'ex-star Mike York avait lancé en plaisantant au propriétaire du club Pasi Nurminen qu'il se souvenait lui avoir marqué beaucoup de buts en NHL. Mais comme York n'a inscrit que 4 buts dans toute la saison, cela n'a plus fait rire personne. L'autre Américain, Dwight Helminen, a été moins performant que lors de son précédent passage en Finlande au JYP (il a passé deux saisons entre NHL et AHL entre-temps). Lui qui avait été couronné meilleur attaquant défensif en université n'a pas vraiment servi sa réputation dans ce domaine (fiche de -20). Dans une équipe où trop de joueurs semblaient en déclin, c'est le jeune Tchèque Jakub Sindel qui a terminé en inattendu meilleur marqueur.

La grande faiblesse des Pelicans a été leur indiscipline. Ils ont été les plus pénalisés de la ligue, avec en tête de liste le recordman (186 minutes), le roi du "pif-paf" Antti Tyrväinen, joueur très (parfois trop) agressif que les Edmonton Oilers ont mis sous contrat pour deux ans et dont le physique trapu se frottera bientôt à l'AHL.

La seule vraie satisfaction se situe dans les cages. On disait Niko Hovinen mentalement trop fragile pour être titulaire, capable de craquer après un mauvais but. Ce gardien de grand gabarit aux mouvements assurés s'est montré de plus en plus solide au fil de la saison. Il a dégoûté le Sport Vaasa avec deux blanchissages lors du barrage de promotion/relégation, et a été invité en troisième gardien aux championnats du monde, où il a ainsi accompagné Pasi Nurminen. En effet, Nurminen n'est pas seulement cet adepte invétéré du "glouglou", tellement ivre qu'il s'est ratatiné sur le trophée en bas de l'escalier à la descente de l'avion qui ramenait les champions. C'est également un entraîneur des gardiens compétent. Il a beaucoup fait progresser Antti Niemi durant ses trois années aux Pelicans avant qu'il ne parte remporter la Coupe Stanley à Chicago, et il travaille de la même façon avec Hovinen.

À Lahti, on connaît l'importance de la qualité des entraîneurs. Ce n'est qu'avec Aravirta que les Pelicans ont obtenu du succès. Cette saison, ni Mika Toivola (viré en octobre) ni sa doublure Pasi Räsänen n'ont pu convaincre. La priorité était donc d'embaucher un coach de renom, et comme Kari Jalonen a bifurqué vers la KHL, c'est le précédent champion (avec le TPS en 2010), Kai Suikkanen, qui a été engagé pour la saison prochaine.

Marc Branchu

 

 

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