Finlande 2006/07 : bilan de la saison

 

Les résultats du championnat finlandais

 

Les championnats du monde ont illustré la place importante occupée par la Finlande dans le hockey international. Et pas uniquement parce qu'elle a atteint la finale et terminé meilleure nation européenne. C'est en coulisses qu'elle a obtenu sa plus grande réussite, avec l'obtention du Mondial 2012. Pourtant, les Suédois, qui avaient accueilli la compétition en 2002 (contre 2003 à la Finlande), étaient archi-favoris : ils considéraient quasiment cette organisation comme un dû, leur président Christer Englund expliquant même à la presse de son pays combien ces championnats du monde à intervalles suffisamment réguliers étaient indispensables aux comptes de sa fédération. De son côté, la délégation finlandaise emmenée par Jari Kurri s'est montrée moins sûre de son bon droit, mais bien plus active. Sa force de conviction a fait la différence.

Ce succès prouve l'influence grandissante d'un homme : Kalervo Kummola, le président de la fédération finlandaise, est aujourd'hui une personnalité incontournable du hockey mondial. La prochaine étape de son ambition pourrait être la présidence de l'IIHF. Auquel cas son programme aurait comme idée forte la réduction du Mondial à 12 équipes. L'élargissement actuel a en effet multiplié les matches jugés trop déséquilibrés dans les pays nordiques, où l'intérêt du public est donc moins soutenu que par le passé.

Kummola est quelqu'un de cohérent puisqu'il a les mêmes idées sur le plan intérieur : là aussi, il est partisan d'une élite à 12. Sur ce point, par contre, la Suède servira d'exemple. Son Elitserien, avec son système de promotion/relégation efficace et très suivi médiatiquement, est le modèle à suivre. Jusqu'ici, la SM-liiga a freiné des quatre fers. Les intérêts de ses membres, les clubs ont consisté à défendre leur pré carré. Cependant, les mentalités évoluent. Car l'autre homme influent, Harry Harkimo, le propriétaire du Jokerit Helsinki, a récemment confessé que le système de ligue fermée qu'il avait fortement contribué à créer était sans doute une erreur.

Tout le monde se rend bien compte que cette ligue à quatorze perd chaque année en compétitivité par rapport à celle du voisin. Alors qu'en Suède le championnat gagne sans cesse en popularité et bat des records d'affluence, la SM-liiga a vu son public se tasser et se sclérose. Après une saison un peu folle, elle est redevenue prévisible cette année. Un club, bien mieux géré que les autres, est en train d'asseoir sa domination.

 

SM-liiga

 

Premier : Kärpät Oulu. Ce club, c'est évidemment Kärpät, reçu 10 sur 10 en play-offs. C'est une allusion au nombre de ses victoires, puisque l'hermine a filé droit au titre sans perdre un match. Avec ses quatre lignes fortes, elle avait déjà dominé la saison régulière. L'entraîneur Kari Jalonen a su maintenir le cap et façonner peu à peu son équipe en ne paniquant pas quand elle était déséquilibrée par les blessures. La plus marquante avait été celle de Hannes Hyvönen, dont le genou avait lâché dès le début de la saison. Ce joueur souvent controversé est revenu en forme, et il a semblé motivé comme jamais en finale où il a ouvert le score dans les deux matches à domicile. Hyvönen, qui a passé l'essentiel de sa carrière dans des grands clubs (TPS, HIFK, Färjestad...) sans jamais rien gagner, est donc finalement devenu champion en revenant dans sa ville natale ! Le défenseur vétéran Jouni Loponen, qui avait déjà connu trois titres en Suède et un en Finlande, lui a confirmé qu'il n'y a rien de plus savoureux que de gagner enfin avec son club formateur.

Sur la première ligne offensive, Hyvönen côtoyait deux autres joueurs formés au club, tous deux membres de l'équipe de Finlande vice-championne du monde à Moscou : Mika Pyörälä, un joueur complet qui a doublé son total de buts cette saison, et Jari Viuhkola, qui avait choisi de prolonger son contrat d'un an au lieu de partir en NHL. Viuhkola a ceci de particulier qu'il n'est pas du tout l'archétype du joueur finlandais : dans un pays où tous les attaquants sont avant tout d'excellents patineurs, ce centre très créatif a comme faiblesse sa lenteur. Son manque de patinage avait failli lui coûter sa place à une époque chez les juniors de Kärpät, mais aujourd'hui il est le capitaine et héros de l'équipe senior.

La meilleure ligne en play-offs a cependant été la deuxième ligne. Les Tchèques Viktor Ujcik et Michal Bros y côtoient Janne Pesonen, connu pour être un forcené de l'entraînement. Son travail a payé, y compris pour affiner son excellent tir du poignet, et il est devenu le meilleur marqueur de son équipe.

Mais la vraie surprise est venue de l'arrière. Jamais on ne pensait que Kärpät se remettrait d'avoir vu partir en NHL son gardien Niklas Bäckström plus trois arrières, dont la paire n1 Kukkonen/Lehtonen. Et pourtant... Le défenseur offensif Jukka-Pekka Laamanen, déjà champion l'an passé avec HPK, est un des joueurs qui a le plus progressé cette saison en SM-liiga. Quant au gardien Tuomas Tarkki, qui n'avait été pris qu'à l'essai en revenant d'Amérique du nord, il a vaincu les sceptiques. Même avec les meilleures statistiques en saison régulière, beaucoup, et en premier lieu les commentateurs télé, continuaient d'exprimer des doutes à son sujet. Il a pourtant tenu la baraque jusqu'au bout.

Avec ce troisième titre en quatre ans, la domination de Kärpät est faite pour durer. Le club a réalisé près de cinq millions d'euros de bénéfices depuis six ans qu'il s'est constitué en SA, alors que les autres clubs peinent à afficher des chiffres positifs. Il a distribué de gras dividendes à ses actionnaires, parmi lesquels le hockey mineur est le premier bénéficiaire des retombées. Il s'est offert un cube vidéo ultramoderne de 500 000 , construit par une entreprise locale, pour l'installer sous le toit de la patinoire. Et il est aussi premier dans le marchandising, avec près de 700 000  de recettes. C'est qu'il a des clubs de supporters actifs même dans le sud de la Finlande. Il fait surtout la fierté du nord et est le parfait symbole de la région d'Oulu, qui connaît la plus grande croissance économique et démographique du pays grâce à l'électronique et à l'informatique. Le début d'une domination écurante ?

 

Deuxième : Jokerit Helsinki. Depuis qu'ils ont été promus à la place du Kärpät en 1989, les Jokers ont vu les nordistes prendre leur revanche à chaque fois en play-offs, et ce fut encore le cas dans la finale. Ce n'est pas de sitôt que le statut de club le plus détesté passera de Jokerit à la nouvelle puissance régnante. L'équipe de la capitale reste à part dans ce domaine, et son budget qui lui permet de recruter gros chaque année fait toujours des envieux. Cette saison, il a misé sur Jani Rita. Ce leader naturel a constitué une excellente première ligne avec la révélation Kim Hirschovits et le légendaire Petri Varis, qui détient maintenant tous les records du club (matches joués, buts et points).

L'autre recrue-phare, c'était Juuso Riksman. Après les problèmes de gardiens qui avaient plombé d'entrée la saison précédente, on a compté sur lui pour partir au contraire très fort. Un nuage a plané quand Riksman a souffert du dos en novembre. Surtout quand les gardiens recrutés pour le remplacer, Chiodo puis Ahonen, se sont blessés à leur tour. Mais le junior Joonas Hallikainen (moins à son aise ensuite aux Universiades) a bien assuré l'intérim. Riksman est revenu en forme et, comme l'an dernier avec Ässät, il a su donner son meilleur en demi-finale : deux victoires en double prolongation, suivies d'un blanchissage pour couronner le tout la veille de son 30e anniversaire !

Hormis leur gardien, les Jokers sont arrivés là aussi par leur domination physique. Ils étaient en force dans les duels et ont su user les nerfs de l'adversaire. On a clairement senti l'influence nord-américaine, et ce n'est pas uniquement dû aux joueurs étrangers. On en a vu quatre, et les deux qui ont réussi ne sont pas les plus célèbres. Les deux noms les plus connus - pas toujours en bien - n'ont tenu que deux mois avant de prendre la porte. Ils sont les seuls joueurs de l'équipe à avoir eu une fiche négative : il s'agit de Pierre Dagenais, qui avait eu une brève heure de gloire en deuxième ligne des Canadiens de Montréal avec son ami Ribeiro dont il partageait certains vices, et du goon Ryan Vandenbussche, qui n'a fait parler de lui que pendant un derby houleux (voir anecdotes d'octobre). En revanche, le petit centre américain Tim Stapleton, qui n'avait joué qu'en université à part 13 matches en AHL, a fini troisième marqueur de l'équipe. Clarke Wilm, dont le rôle était confiné à se coucher devant les tirs en infériorité numérique l'an passé chez les Toronto Maple Leafs, a été un joker utile en retrouvant son ancien entraîneur en AHL Doug Shedden.

Car c'est bien Shedden qui a posé son empreinte sur cette équipe. Il a surtout été apprécié pour ses qualités de motivateur. En janvier, quand son équipe a traversé une mauvaise passe, il l'a convoquée sur une glace extérieure. Tout le monde s'attendait à un nouvel entraînement intensif, une séquence punitive de patinage, mais le Canadien a au contraire laissé le palet à ses joueurs pour qu'ils retrouvent les sensations de leur enfance.

C'est ce genre d'inspirations qui seront attendues la saison prochaine, puisque Doug Shedden sera pour un an le coach de la Finlande. Il gardera parallèlement son poste au Jokerit et aura comme adjoint à plein temps Jukka Jalonen, qui lui succèdera ensuite à la tête de l'équipe nationale.

 

Troisième : HPK Hämeenlinna. Ceci implique donc que Jukka Jalonen abandonne le HPK, cédant sa place à son ami Matti Alatalo (venu du JYP). Il conclut ainsi six années de collaboration fructueuse : cinq médailles, une en or et quatre en bronze.

Cette nouvelle troisième place est un moindre mal. La saison du champion avait mal commencé avec les blessures au genou des deux gardiens, Miika Wiikman pendant l'été puis Eero Väre à l'entraînement avant la troisième journée. Le HPK s'est fait prêter Aleksis Ahlqvist (HIFK) en urgence, puis a été obligé de payer cher un remplaçant recruté en catastrophe, Mika Oksa, qui a pris ensuite le meilleur sur le pauvre Miika Wiikman. Le gardien révélation de la dernière saison, Wiikman, gêné par des problèmes de cheville, a fini par devoir laisser la place de titulaire en play-offs à Andy Chiodo. Ce gardien canadien a enfin trouvé un poste fixe après ses essais infructueux avec Kärpät et Jokerit. Il aura donc joué cette saison avec les trois premiers du championnat ! Lui donnera-t-on les trois médailles ?

Le HPK est une équipe qui joue un hockey rapide et agressif. Elle forechecke beaucoup, du moins à domicile, pour prendre le contrôle de la glace. La meilleure illustration de ce style se nomme Antti Pihlström. Il ressemble de visu à ses coéquipiers, avec beaucoup de vitesse et un gabarit pas impressionnant pour deux sous, mais il se distingue par ses énormes mises en échec, les meilleures de SM-liiga selon un sondage effectué auprès des joueurs. L'ailier fort a été le seul joueur du HPK sélectionné aux championnats du monde. Deux de ses partenaires avaient espéré en être après avoir joué à ses côtés un excellent match contre la Lettonie : le centre Ville Leino, fameux pour les patins tout blancs qu'il porte parfois et pour ses excellentes passes, et l'ailier Janne Lahti, fort dans les coins, capables de mouvements inattendus et surtout de marquer des buts importants quand vient l'heure des play-offs (8 buts en 9 matches).

Malheureusement, à part ces trois joueurs, les autres attaquants ont été moins convaincants pendant les séries. Toni Mäkiaho, meilleur marqueur de l'équipe en saison régulière (51 points dont 31 en jeu de puissance), n'y a récolté qu'une maigre mention d'assistance. Or, la grande force du HPK est que le danger offensif vient habituellement de partout. Même de là où on ne l'attend pas...

La grande révélation de l'année a en effet été le défenseur offensif Mikko Mäenpää. Son potentiel ne s'exprimait pas en SM-liiga (0 buts et 5 assists en deux saisons), mais une saison en division inférieure à Mikkeli lui a fait beaucoup de bien. Il lui manquait simplement de l'expérience, et avec la confiance de son coach pour l'aligner même en jeu de puissance, il a totalement explosé (14+26 en saison régulière et 3+2 en play-offs). Si Jukka Jalonen continue à développer ainsi les qualités de ses joueurs, cela promet pour le futur de l'équipe de Finlande...

 

Quatrième : Blues Espoo. On avait fini par penser les Blues bons à une seule chose, jeter par les fenêtres l'argent de leur milliardaire de président. Et encore, celui-ci semblait avoir l'intention de limiter les frais cette saison. Le recrutement était beaucoup moins tape-à-l'il, avec des joueurs venus de championnats moins réputés et pris à l'essai, par exemple Patrik Valcak avec son seul passé en deuxième division tchèque. Le provocateur morave a fini la saison à Grenoble.

L'autre signe que la manne était tarie a eu lieu juste après le Nouvel An, quand l'entraîneur Kari Heikkilä a annoncé son retrait à la fin de la saison. À l'évidence, ce n'était vraiment pas le bon moment en plein milieu de la saison, mais il s'est empressé d'ajouter que ce n'est pas lui qui l'avait choisi. Il s'agissait plutôt d'un arbitrage financier, entre le salaire du coach et la possibilité de recruter quelques joueurs de meilleur calibre la saison prochaine.

Le seul endroit où Espoo a fortement investi cette année, c'est dans les cages. Les Blues ont a engagé un second gardien de haut niveau, Ari Ahonen, et ils auraient pu s'épargner cette peine. Inutile d'imposer cette concurrence à Bernd Brückler qui ne méritait pas cette marque de défiance. L'Autrichien est devenu un n1 incontesté en club. Même si son (désormais ex-)sélectionneur national Jim Boni s'est entêté à préférer Divis, ce dernier a annoncé sa retraite internationale. C'est donc Brückler qui sera titulaire pour faire remonter l'Autriche l'an prochain... sauf si les Blues sont en finale car les dates seront concomitantes avec la division I mondiale ! Ce n'est plus totalement une utopie. Car Espoo vient de vivre la seconde demi-finale de son histoire, neuf ans après.

Toujours pas de médaille au palmarès, cependant. Les Blues ont une équipe physique, mais elle a été prise à son propre piège par un Kärpät qui a su dépasser son image d'équipe technique en développant aussi des qualités de combattants. Dans la demi-finale, le futur champion a mis de grosses mises en échec aux joueurs de la première ligne, Ladislav Kohn, Kent Manderville et surtout Martin Kariya. Le plus jeune des trois frères Kariya avait terminé meilleur marqueur en saison régulière. Il manquait de la profondeur à Espoo qui tournait trop sur les mêmes joueurs, à l'image du défenseur Arto Laatikainen jouissant d'un temps de jeu considérable. C'est Jari Tolsa, le Suédois parti de son club formateur Frölunda, qui a soudain été le meilleur attaquant en play-offs quand le jeu a été plus intense. Mais avec une première ligne neutralisée, les Blues étaient moins menaçants, malgré les miracles de leur gardien autrichien.

 

Cinquième : Tappara Tampere. On prédisait le pire au nouvel entraîneur Rauli Urama. Il avait certes emmené les moins de 18 ans finlandais à un titre de vice-champion du monde, mais il débutait dans un club d'élite. Tous les observateurs avaient déjà parié qu'il ne pourrait pas obtenir les mêmes résultats que Rautakorpi, adepte d'un jeu défensif et accrocheur. Et pourtant, l'entraîneur inexpérimenté a surpris tout le monde. Il a trouvé en Tappara une équipe à son goût, avec une bonne condition physique, et capable de faire tourner quatre lignes avec le même rythme de jeu comme il l'avait fait avec les juniors nationaux.

Si Tappara a pour tradition d'aligner des équipes homogènes, elles comportent toujours un ou deux joueurs techniques qui sortent vraiment du lot. Le capitaine Janne Ojanen a longtemps été celui-là, et aujourd'hui il a un successeur plus que brillant avec Petri Kontiola. Toujours aussi créatif, gagnant en expérience défensivement, Kontiola se développe sur le tard et émerge à 22 ans comme le meilleur centre du championnat. Il a joué un rôle réduit aux Mondiaux, mais beaucoup de Finlandais auraient voulu le voir promu en première ligne plus tôt, et pas uniquement alors que la finale contre le Canada était presque perdue (c'est d'ailleurs lui qui y a marqué le but de l'espoir à neuf minutes de la fin).

Ce qui aura manqué à Tappara dans le quart de finale contre les Blues, c'est un gardien solide en play-offs. Bon en saison régulière, Tommi Nikkilä a connu un très mauvais jour lorsqu'il a été remplacé après deux périodes par sa doublure Mika Lehto lors d'un humiliant 1-7 à domicile contre les Blues.

 

Sixième : HIFK Helsinki. Le départ de Shedden chez les rivaux du Jokerit n'a en rien altéré le type de hockey très physique du HIFK, un style apprécié de ses supporters toujours prêts à pardonner les casiers chargés voire les haleines chargées. La rumeur fait pourtant de cette haleine une des raisons pour lesquelles Bob Francis, élu "entraîneur de l'année" en NHL en 2002, a été viré fin décembre, officiellement pour n'avoir "pas rempli ses obligations contractuelles". Ses problèmes de dos et surtout les résultats décevants de l'équipe sont d'autres motifs tout aussi valables.

Car au HIFK, on sait pardonner ce type d'écarts. Jere Karalahti, qui avait déjà "oublié" de venir au match pour la troisième place l'an dernier (sanction en fin de compte : perte du capitanat), a encore "oublié" de rejoindre l'équipe pour une tournée en Suède en pré-saison. Mais cette fois, le staff l'a juré : c'est le dernier des avertissements avant son exclusion. Le pire, c'est qu'il n'est même plus sûr que ses performances sur la glace justifient encore une telle indulgence ou un tel temps de jeu. C'est la ligue qui a fini par sévir lors des play-offs : pour une charge avec le genou qui a achevé la saison de Joonas Vihko, elle a sanctionné Karalahti de trois matches de suspension. En retour, le défenseur a déclaré dans le tabloïd Italehti que Muukkonen, le responsable de cette sanction disciplinaire, ferait mieux de changer de trottoir si jamais il le croisait. Cela lui a valu une amende de 5000  en plus. Sa saison s'est terminée là car le HIFK s'est fait sortir en cinq manches dans le quart de finale. Le seul match gagné, c'est celui où Karalahti s'est fait exclure, le match 2. Et le but de la victoire a été marqué par l'autre joueur au lourd passé, Billy Tibbetts, face à l'équipe du HPK qu'il avait quittée de manière assez cavalière (voir anecdotes de janvier).

La suspension de Karalahti est venue au mauvais moment car Paul Baxter - le nouvel entraîneur adepte d'un style défensif assez ennuyeux qui a redressé l'équipe - avait un nombre limité de joueurs de confiance à l'arrière. Le meilleur défenseur junior du pays, Teemu Laakso, était de ceux-là, et cela lui a permis de jouer presque la moitié des derniers matches de la saison, un temps de jeu presque semblable à celui de la star Cory Murphy.

Après un intermède suisse à Fribourg-Gottéron, le défenseur offensif Murphy était revenu en Finlande où il avait déjà passé quatre ans. On a pu mesurer les progrès accomplis entre-temps, qui ont été observés jusqu'en Amérique du nord. Remis de soucis d'adducteurs, Cory Murphy a été élu meilleur joueur de la saison régulière, a signé un contrat de NHL avec les Florida Panthers pour la saison prochaine, puis a été sélectionné en équipe du Canada, où il était le seul joueur évoluant en Europe. Non seulement il est devenu champion du monde, mais c'est lui qui a eu le meilleur +/- parmi les défenseurs canadiens, même si son temps de jeu a diminué en fin de Mondial quand il n'a plus été utilisé que comme spécialiste des supériorités numériques.

Sans vivre une telle saison de rêve, deux autres joueurs canadiens ont joué un rôle important pour le HIFK et ont obtenu une prolongation de contrat : Rem Murray, finaliste de la Coupe Stanley l'année précédente avec Edmonton, a été un des meilleurs attaquants défensifs du championnat, et Steve Guolla, qui avait pourtant laissé Kloten et Hanovre sur leur faim, a été un des meilleurs passeurs, exprimant mieux sa créativité qu'en DEL.

 

Septième : Ilves Tampere. Les lynx ont connu un début de saison catastrophique qui a vite coûté sa place à l'entraîneur Kari Eloranta. Il a été remplacé par Sakari Pietilä, qui avait abandonné la carrière de coach il y a sept ans, mais qui en avait assez du métier de scout (pour Chicago en NHL) toujours en déplacement. Il voulait revivre des émotions plus intenses en suivant une équipe au quotidien, et a très vite gagné le surnom de professeur dans les médiaux locaux avec son approche très analytique et ses diagrammes de jeu stricts. Pour reconstruire, Pietilä s'est appuyé sur l'autorité des piliers quarantenaires de l'équipe, l'inévitable Raimo Helminen, qui fait toujours sa part de travail en infériorité, et... le défenseur Jyrki Lumme, encore lui. L'actionnaire du club avait pourtant de nouveau raccroché les patins pendant l'été, mais il a fini par les (re-)remettre... à l'occasion d'un derby contre Tappara tant qu'à faire !

Ces deux joueurs sont une exception, car Ilves est surtout une équipe réputée pour ses nombreux jeunes. Le centre Perttu Lindgren, revenu d'un camp NHL avec Dallas où il a joué un match de pré-saison et marqué un but, n'a malheureusement pas confirmé ses performances de la saison précédente. Une blessure à la cheville l'a gêné et il a mis du temps à retrouver son niveau. C'est donc un autre junior qui a capté l'attention : le gardien Tuukka Rask, qui avait quitté sa ville de Savonlinna à 16 ans, s'est progressivement imposé dans les rangs juniors d'Ilves comme un des jeunes gardiens les plus prometteurs au monde. Rask, fantastique de souplesse, a passé la saison comme n1 incontesté en SM-liiga à 19 ans : cela en dit déjà long...

Non seulement Ilves a effacé son début de saison manqué en remontant à la neuvième place, mais il a ensuite passé le tour préliminaire pour accéder aux "vrais play-offs". Plus encore que les juniors Rask et Lindgren, le principal artisan de cette qualification a été un attaquant de 22 ans, Toni Koivisto. Il faut dire qu'il était particulièrement motivé puisqu'il affrontait dans cette série son ancien club Lukko.

 

Huitième : Pelicans Lahti. Depuis un an et demi que l'ancien sélectionneur national Hannu Aravirta a pris en main l'équipe, la transformation a été considérable. Les vilains petits canards de la ligue sont devenus des oiseaux presque majestueux, prêts à clouer le bec aux moqueurs. Le club fait maintenant des bénéfices, chose impensable il y a deux ans, et cette résurrection a changé son image. L'attaquant formé localement Marko Jantunen est même revenu finir sa carrière à Lahti... quatorze ans après être parti. Le vétéran a évidemment été un des leaders d'une équipe dont l'effectif n'a rien sur le papier rien d'exceptionnel.

La défense compte des éléments d'expérience, avec l'ex-joueur de NHL Sami Helenius, le futur Rouennais Jarkko Glad et bien sûr le capitaine Erik Kakko. Mais la surprise est venue de la recrue Ville Uusitalo, un arrière passé par la D2 française avec Brest il y a cinq ans et qui a eu de loin la meilleure fiche de l'équipe cette saison (+12). C'est un exemple de joueur inconnu totalement transformé par les Pélicans version Aravirta.

L'attaque ne compte pas de grand nom, hormis un Canadien assez doué offensivement. Patrick Yetman a quelques points communs avec le benjamin des Kariya : comme lui, il est petit avec un jeu très "flashy", et comme lui, il est venu en Finlande via le championnat norvégien. La différence, c'est qu'entre-temps il a tenté sa chance au camp NHL de Vancouver, sans succès. Pas étonnant : si Yetman a été élu comme joueur favori des supporters des Pelicans, c'était dans un vote très partagé avec 18% des voix. Les 82% restants ont sans doute regardé son jeu défensif très moyen...

En plus d'être compétitifs, les Pélicans ont croqué une belle cerise sur le gâteau en "pré-play-offs" en avalant le prestigieux TPS. Antti Niemi, le gardien de Vantaa lui aussi étonnant depuis deux ans à Lahti, n'y a encaissé qu'un seul but en deux manches. En quart de finale, l'hermine était cependant insaisissable : l'attaque des Pélicans a été blanchie trois fois sur quatre par le futur champion. Mais l'avenir appartient à ces drôles d'oiseaux, d'autant qu'ils ont été champions en juniors.

 

Neuvième : TPS Turku. Lors de cette élimination face aux Pelicans, le TPS a paru jouer sans entrain. Le seul but a été marqué par le vieux Kai Nurminen, qui avait vécu une seconde jeunesse à l'automne. Il était dans les meilleurs marqueurs du championnat avant de manquer tout le mois de janvier sur blessure. Son absence a peut-être coûté la qualification directe en quart de finale, et conduit à ce barrage face à une équipe n'ayant rien à perdre.

Dans une SM-liiga qui fait maintenant la part belle à l'intimidation, le hockey propre et calme de Turku est-il en retard sur son époque, bon à mettre à la corbeille ? Ici aussi, on a suivi la mode et on s'est mis à engager des Canadiens dans son équipe, mais cela n'a pas suffi. Le TPS n'aurait même jamais été si haut sans un tandem-clé : le gardien Jani Hurme et son protecteur attitré, le solide international Aki-Petteri Berg. Car il manquait aussi de créativité, avec une faiblesse au poste de centre.

L'entraîneur Hannu Jortikka en a tiré les conséquences. Il avait participé aux meilleures saisons du club, mais depuis son retour, il a aussi connu les deux plus mauvaises, c'est-à-dire les deux dernières. Sachant que d'autres années de vaches maigres l'attendaient, Jortikka ne trouvait plus lui-même la motivation et avait donc du mal à l'apporter à ses joueurs. Il a donc mis un terme à son contrat avec un an d'avance, en accord avec le club. Les temps changent : avec mille spectateurs de moins que ce qui avait été budgété, le TPS enregistre des pertes pour la seconde saison consécutive et va maintenant diminuer son budget et faire confiance aux jeunes, rares jusqu'ici.

 

Dixième : Lukko Rauma. Les déficits, ce n'est pas ce qui fait peur au Lukko. L'équipe de hockey avait connu une perte sèche d'un million d'euros l'an dernier (en comptant les travaux de rénovation de la patinoire), mais celle-ci avait aussitôt été effacée d'un coup d'éponge. Le club est en effet une branche de RTK-Palvelu, une société de nettoyage dont l'activité est par ailleurs très profitable et qui équilibre les comptes en cas de saison difficile.

On a donc pu tirer un trait sur le championnat 2005/06 raté et recruter deux joueurs capables de transformer l'équipe : le centre tchèque Josef Straka (ex-Sparta Prague) et l'ailier complet Juha-Pekka Haataja (ex-Kärpät) ont été les moteurs d'un jeu de puissance dévastateur. Le Lukko Rauma a donc pratiqué un jeu offensif qui a fait revenir le public en nombre. La défense, où Erik Hämäläinen a toujours été irremplaçable à 41 ans, n'était pas de la même valeur, et cela a posé problème en "pré-play-offs" face à une équipe d'Ilves globalement plus solide.

Le bilan est quand même satisfaisant, après le temps d'adaptation nécessaire pour le nouvel entraîneur Mika Toivola (pris chez les voisins d'Ässät). Surtout que, à Rauma, on juge surtout la valeur d'une saison à l'aune du rival de la côte ouest. En l'occurrence, la remontée de Lukko a croisé la dégringolade d'Ässät. Les derbys sont toujours l'évènement majeur, et l'un d'eux est devenu particulièrement chaud fin janvier. Après avoir salué leurs propres supporters comme il se doit, les joueurs de Rauma se sont en effet rendus vers la tribune adverse et ont pointé du doigt l'inscription "No Ässät" imprimée dans le dos des T-shirts qu'ils portaient spécialement. Cette provocation préméditée a déclenché quelques réactions enflammées de certains supporters d'Ässät. Pas sûr que ce soit une bonne idée que les joueurs outrepassent leur rôle ainsi et chauffent ainsi le public du rival...

 

Onzième : Saipa Lappeenranta. Même un très bon esprit d'équipe et une condition physique optimale ne pouvaient plus suffire pour que le SaiPa réédite ses étonnantes performances de l'an passé. Comme chaque année, il a perdu tous ses meilleurs joueurs à l'intersaison (Kudroc, Viitaluoma, Vihko).

Le défenseur suédois Henrik Petré, unique recrue un peu alléchante, a été blessé en janvier par Rahikainen, le bourrin de service du JYP. Finalement, la surprise est venue de Sami Ryhänen. L'ancien joueur de Strasbourg et de Clermont-Ferrand, avec une demi-saison de SM-liiga pour tout bagage, a été le deuxième marqueur de l'équipe derrière Kimmo Koskenkorva.

L'attaque, sans tête d'affiche, a finalement mis autant de buts que l'an dernier, mais la défense n'a pas suivi. Le gardien canadien Rob Zepp, en qui beaucoup voyaient la seule chance de l'équipe, a connu une saison difficile entrecoupée de blessures. Terminer onzième à seulement cinq points des pré-play-offs, c'était déjà le maximum que le SaiPa pouvait espérer.

 

Douzième : JYP Jyväskylä. On aurait par contre attendu mieux du JYP. Le capitaine Tommi Kovanen a carrément claqué la porte à l'automne, révélant un mal-être à l'intérieur de l'équipe. Le club de Jyväskylä a donc fini par lâcher prise, jusqu'à laisser partir son meilleur joueur Jyri Marttinen avant la clôture des transferts en janvier. Pour sa première expérience hors de son club formateur, il a été appelé pour sauver Malmö de la descente, sans y parvenir, mais a quand même décroché un contrat en Elitserien pour l'an prochain à Timrå. Le défenseur Marttinen, un bon relanceur qui donne le meilleur de lui-même, a longtemps mené le classement des marqueurs de son équipe, ce qui en dit long sur la qualité des attaquants.

Le JYP avait des muscles mais peu de talent offensif, et cela s'est traduit par le plus mauvais jeu de puissance de la ligue (11,4%). Il y a tout de même eu un recrutement judicieux en milieu de saison. Tommi Hannus ne pouvait pas exprimer son talent sur la troisième ligne du Lukko, qui avait par contre besoin d'un centre défensif. Le JYP a donc refilé un joueur qui lui était très peu utile, Tero Koponen, pour acquérir Hannus qui est quasiment devenu son meilleur attaquant. Malheureusement, ce genre d'échanges miraculeux sur une conjonction favorable ne se présentera pas tous les jours.

Après cette saison déclinante qui marque la fin d'un cycle, le JYP devra certainement se relancer avec une nouvelle génération. Il a embauché comme futur entraîneur un formateur reconnu, Risto Dufva du Jukurit Mikkeli.

 

Treizième : Ässät Pori. Ce porte-malheur d'as de pique a donc tiré le chiffre 13. Après le départ du gardien Riksman, on s'attendait à ce que la finale soit totalement impossible à rééditer, mais pas que la saison soit désastreuse à ce point. Le changement d'entraîneur (Juha Pajuoja a été remplacé par son assistant Jari Härkälä) a eu un petit effet avec trois victoires de suite, mais ça n'a pas duré. La dernière place n'a été évitée que de justesse. Pour la seconde année consécutive, Ässät a été l'équipe la plus pénalisée du championnat, et cette fois, cela a surtout traduit son temps de retard dans le jeu.

Le joueur majeur est toujours le petit Marko Kivenmäki. Quand il a été blessé, son collègue Kristian Kuusela n'arrivait plus à marquer, et cela paraissait une bonne preuve de sa dépendance aux passes de Kivenmäki. Pourtant, Kuusela est parti en janvier à MODO, et il a prouvé jusqu'en finale d'Elitserien qu'il était capable de mettre des buts dans un autre contexte.

La première ligne Häppölä-Kivenmäki-Kuusela a assuré le pointage, mais elle a aussi beaucoup encaissé. La deuxième ligne a été plus complète, grâce au bon centre défensif Matti Kuparinen, flanqué du grand espoir local Jesse Joensuu. C'est d'ailleurs quand le nouvel entraîneur Härkälä a mis Brandon Crombeen sur cette ligne qu'il a connu sa meilleure période. Cet ailier canadien, si décevant dans les premières semaines qu'il avait été sifflé par les supporters, a fini par enfiler treize buts grâce à son bon tir du poignet, mais le reste de son jeu a paru assez limité.

B.J. Crombeen a été prêté dans le cadre de l'accord de collaboration entre Ässät et la franchise de NHL des Dallas Stars, qui teste ainsi dans le championnat finlandais des joueurs de tous horizons qu'elle a draftés. Par exemple, le junior suédois Tom Wandell, très irrégulier pour sa première saison complète en senior. Au moins est-il resté une année entière.

Les autres joueurs refourgués par les Dallas Stars n'ont pas fait long feu. Le Russe Aleksandr Naurov quittait pour la première fois son pays et l'adaptation a été rude. Le seul fait notable de son séjour de onze matches en Finlande est son arrestation pour conduite en état d'ivresse, et Dallas l'a recasé en ECHL. Le Suédois Johan Fransson a juste fait un bref passage pour se changer les idées après son début de saison raté à Frölunda. Plus éphémère encore, le Canadien David Bararuk (ancien colocataire et compagnon de ligne de l'ex-Grenoblois Brett Draney en AHL) a perdu tous ses duels et n'était pas au niveau physique de la SM-liiga. Tout cela a peut-être permis à Dallas de se faire une idée plus précise sur le potentiel (ou le manque de potentiel) de certains joueurs, mais ça n'a pas aidé Ässät tant que ça.

 

Quatorzième : KalPa Kuopio. Pour sa deuxième saison dans l'élite, KalPa n'a pas décollé de sa place de serre-file, mais il y a bien eu amélioration. Ses 51 points, même convertis avec une victoire à deux points et divisés au nombre de matches, sont le meilleur total réalisé par une lanterne rouge depuis seize ans. L'équipe s'est soudain débloquée lorsque le jeune entraîneur des juniors Pekka Virta a remplacé Mika Pieniniemi très contesté en interne. Certains joueurs comme Hani Tuppurainen ont fait des progrès visibles dans leur jeu.

KalPa avait pourtant perdu son unique buteur Tomas Kurka pendant l'été. Mais c'est le joueur tchèque qui en a le plus souffert. Il est revenu au bout de quelques mois après avoir échoué à Ilves, mais sa relation magique avec les filets adverses, qui n'aura duré qu'une saison, a disparu dans l'intervalle.

L'équipe de Kuopio n'a pas mis longtemps à se trouver d'autres leaders. Tout juste arrivé, l'attaquant canadien de 28 ans Martin Sonnenberg (ex-NHL et AHL) était déjà bombardé capitaine de l'équipe. C'était une grande première pour un joueur étranger en SM-liiga, et cela tombe sur un nouvel arrivant dans le championnat. Sonnenberg n'a pas failli à sa réputation d'ailier utile, avec un temps de jeu conséquent toute la saison. Le meilleur élément du KalPa Kuopio a été son collègue du centre Timo Koskela, qui a réussi son retour au pays après cinq années passées comme maître à jouer de Herning, le meilleur club du Danemark.

 

 

Mestis

La Mestis n'est vraiment plus la tasse du thé du recrutement grenoblois, mais d'anciens Brûleurs de Loups qui y sont retournés s'y taillent un sacré succès. Tero Forsell, qui avait été le meilleur marqueur de l'équipe iséroise en 2004, en est resté à cette unique expérience loin de son TuTo Turku. Depuis qu'il est retourné dans son club formateur, il s'impose chaque année encore plus comme le joueur dominant du championnat. Il a encore battu le record de points de Mestis, avec 24 buts et 47 assists, et a cette fois, en plus, il a été élu joueur de l'année par ses pairs.

Petri Lehtonen (Jukurit Mikkeli), qui avait succédé à Forsell chez les BDL, est quant à lui le troisième marqueur du championnat. Mais la plus grande surprise pour ceux qui se souviennent de son passage en France, c'est que le meilleur défenseur de Mestis, selon le vote des entraîneurs, n'est autre que Pasi Järvinen. Oui, ce joueur qui reste en mémoire comme la recrue la plus ratée de ces dernières années à Grenoble, celui qui avait sans doute définitivement condamné par ses relances mal assurées la filière finlandaise sur les bords de l'Isère !

Le titre de champion de Mestis est revenu à un club que personne n'attendait : le Hokki Kajaani, quatrième en saison régulière, était l'équipe la plus inexpérimentée en play-offs, et elle a eu besoin d'aller jusqu'au match décisif en quarts de finale quand les trois favoris passaient en trois matches secs. Cela l'a mise en confiance pour la suite. Reine de la prolongation à l'extérieur, soudain poussée par son public à domicile où sa patinoire de 1500 places a affiché complet pour la première fois à partir des demi-finales, l'équipe emmenée par les frères Virtala a écrit la plus belle page de l'histoire du club. Celui-ci ne s'attendait pas à gagner la Mestis - une des deux poignées du trophée du vainqueur n'y a pas résisté - et n'était pas volontaire pour monter.

Car il y a maintenant une promotion possible. Ou presque. Le vainqueur de Mestis a le droit d'affronter au meilleur des sept manches la dernière équipe de SM-liiga... qui ne peut cependant pas être reléguée ! Si le prétendant réussit à prouver qu'il est meilleur, il gagne... le droit à ce que son dossier soit examiné ! Ces barrages à enjeu bancal, c'est le Jukurit Mikkeli, battu en finale par le Hokki, qui les a disputés. Au cas où le champion de cette année déclinerait, il était en effet prévu que le Jukurit puisse prendre sa place, puisqu'il avait remporté la Mestis l'an dernier sans possibilité de monter. Cette fois-ci, il a eu sa chance, du moins sur le papier. Pour beaucoup en Finlande, les barrages dans cette formule étaient en fait un attrape-nigauds ! Est-ce pour cela qu'ils ont basculé au premier match sur un but vraiment nigaud ? Face à un KalPa Kuopio peu concerné, le Jukurit l'a perdu en prolongation de façon étrange : son gardien Ari Reunanen a contrôlé un lointain tir adverse et essayé de donner le palet à son défenseur mais le caoutchouc a eu un ricochet néfaste et a fini dans les filets. Après avoir gaspillé trois buts d'avance au deuxième match, les joueurs de Mikkeli ont ensuite lâché l'affaire. Maintenant, ils espèrent comme leurs collègues l'instauration d'une vraie promotion/relégation avec une visibilité suffisante pour bâtir une montée.

Car il y a d'autres prétendants que le Jukurit, même si celui-ci a dominé la Mestis ces dernières années. À vrai dire, c'est le Sport Vaasa qui est le principal candidat à l'intégration en SM-liiga. Avec 2300 spectateurs de moyenne, il a de loin la meilleure affluence de la division, et il a dominé la saison régulière. À l'issue de la saison, il a créé un nouveau poste de directeur sportif pour son légendaire n45 Patrik Westerback, et il a confirmé ses entraîneurs et ses cadres pour retenter sa chance.

Le Sport avait recruté des jokers : le revenant de l'an passé Aniket Dhadphale, l'Américain passé par Villard-de-Lans où on n'a pas souhaité le prolonger au-delà de sa période d'essai, et Michael Madsen, le gardien du Danemark. Ce dernier a cependant eu un rôle limité : il a suivi les play-offs depuis le banc, et on ne l'a fait rentrer qu'au quatrième match de la demi-finale, alors que le titulaire Matti Höylä venait de se prendre deux buts en cinq tirs. Madsen a fait une bonne rentrée, n'encaissant qu'un but en vingt-huit tirs, mais cela n'a pas suffi. Son équipe n'a jamais pu remonter le score et s'est donc inclinée 3-1 contre le surprenant Hokki. L'expérience finlandaise du portier danois, destinée à garder le rythme avant les Mondiaux puisque son club Herlev avait raté les play-offs, s'est donc presque achevée sur ce seul match. Presque, car Madsen a ensuite réussi un blanchissage de 41 arrêts dans le match pour le bronze face au TuTo. Ah, si on l'avait utilisé plus tôt... On croirait entendre les supporters de l'équipe du Danemark pas toujours convaincus de leur titulaire Hirsch !

Le TuTo Turku espérait bien mieux que sa quatrième place. Le club de Forsell et Järvinen avait réalisé une formidable série de 19 victoires consécutives pour finir la saison régulière, et son gardien Juha Kuokkanen (dont Timo Kinnunen, cette saison au Mont-Blanc, n'était que la doublure l'an passé) était en grande confiance. Le problème, c'est que l'efficacité offensive du seul Tero Forsell masque une attaque globalement indigente, qui n'a jamais vraiment menacé Reunanen et son Jukurit en demi-finale.

Un système étonnant a été mis en place en Mestis : les quatre perdants des quarts de finale se trouvaient reversés en barrages de maintien ! Une formule qui peut constituer un vrai piège. Le KooKoo Kouvola par exemple, après avoir poussé le futur champion Hokki au cinquième match, a connu des difficultés imprévues pour se remettre en jambes ensuite face à la lanterne rouge Forssa. Tout aussi vexé, le Jokipojat Joensuu, qui s'estimait vraiment lésé par son élimination en quart de finale face au Jukurit : une première défaite en prolongation sur un palet qui a en fait frappé les deux poteaux sans rentrer sauf dans la vue du juge de but, une deuxième après avoir encaissé deux buts pendant une pénalité majeure contre Esa Lehikoinen, accusé d'avoir blessé par une charge un Ari Kovanen revenu d'entre les morts quelques minutes plus tard, et enfin une troisième défaite après une demi-heure de temps supplémentaire, sur un but d'Ossi Pellinen à 89'59".

Malgré tout, les quatre éliminés des quarts de finale ont su se remotiver. Ils ont tous gagné leur barrage de maintien sans perdre un match. Le HeKi Heinola, avec comme meilleur marqueur dans ces play-offs et barrages l'ex-Villardien Janne Sinkkonen, et le K-Vantaa, de l'ancien lutin spinalien Jussi Haapassaari, ont ainsi facilement écarté des équipes (le promu SaPKo Savonlinna et le Salamat Kirkkonummi où l'on a retrouvé la trace du Franco-Finlandais Timo Bayon, ex-international junior tricolore) qui étaient pourtant assez proches en saison régulière. Au bout du compte, ces barrages de maintien n'ont pas accouché de la moindre surprise. Les deux derniers de la saison régulière ont perdu les deux tours.

Le promu KOO-VEE Tampere, plus performant que prévu avec une équipe finalement physique et homogène, et le FPS Forssa, décevante lanterne rouge, devaient donc tous deux défendre leur place face à deux clubs de Suomi-Sarja, la troisième division. Et ils l'ont tous les deux perdue... Présent sans interruption au deuxième niveau national depuis 1978, le FPS a ruiné ces vingt années en accumulant douze défaites sur douze entre les barrages et la poule de promotion/relégation.

Une poule qui a par conséquent souri aux deux clubs de l'étage au dessous. L'ambitieux Titaanit Kotka, qui attirait déjà 1300 spectateurs au troisième niveau national, paraissait destiné à monter en Mestis. Ce n'est pas le cas du LeKi Lempäälä, qui a pourtant devancé à la dernière journée son voisin le KOO-VEE.

Marc Branchu

 

 

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