France - Allemagne (28 avril 2009)

 

Championnats du monde, premier tour, groupe B.

La dernière confrontation officielle entre les deux équipes avait eu lieu au Coliséum d'Amiens, à l'occasion des Mondiaux B de 2006. L'Allemagne avait imposé sa densité d'effectif et son impact physique pour balayer les Bleus (5-0) et rejoindre l'élite où elle est à sa place. Les Bleus l'y ont rejointe depuis et ont prouvé, au courage contre la Suisse, à l'audace et à l'abnégation contre la Russie, qu'ils n'y sont pas importuns. Il faudra un peu de toutes ces qualités aux hommes de Dave Henderson pour vaincre la Mannschaft de Krupp et s'éviter ainsi une poule de relégation où la Hongrie ne sera pas une victime expiatoire. Pas plus que l'Autriche (probablement) ou le perdant de la rencontre Norvège-Danemark.

Baste, demain viendra bien assez tôt et les Bleus doivent aborder ce match comme s'il s'agissait du dernier. Les Allemands, après tout, n'ont pas à craindre la relégation puisqu'ils organiseront le prochain Mondial même si ne pas finir dans le top 12 mondial à douze mois de cette échéance ferait mauvais genre.

Les dés sont donc lancés et le puck aussi sur la glace de la PostFinance Arena où les spectateurs ont à peine eu le temps de s'asseoir que les Bleus ont ouvert le score ! Lussier profite d'un palet contré en zone neutre pour s'insérer entre Butenschön et, surtout, le Senator Christoph Schubert qui a raté le palet, avant de tromper Pätzold entre les jambières (1-0, 03'50"). Quinze secondes plus tard, l'avantage est mis en péril par un 2'+2' infligé à Kévin Hecquefeuille pour crosse haute sur Hospelt, plus saignement. On ne chatouille pas impunément un aigle : Bakos envoie un slap de la bleue que Jochen Hecht dévie dos au but. Le centre doit avoir des yeux dans le dos car le palet file dans le plafond de la cage de Lhenry sous le regard d'Amar et Bachet, impuissants (1-1, 04'22"). Il reste deux autres minutes au cours desquelles les Allemands ne sont pas dangereux. On remarque au passage que les Bleus répondent au duel physique sans rechigner.

La preuve : Manavian et Seidenberg se caressent l'un l'autre, Ullmann et Quessandier sont plus brutaux dans leurs échanges et partent en prison. À quatre contre quatre, il y a des espaces et Bellemare en profite pour chatouiller Pätzold. Dans un duel de numéros 26, Lussier accroche Kreutzer en zone offensive, histoire de tester à nouveau le 5 contre 4 allemand. Heureusement, Lhenry a le gant solide sur un slap envoyé par Schubert dans la même position que Bakos tout à l'heure. La souffrance est abrégée par un retenir de Hackert sur Amar. Une minute de supériorité se profile pour les Bleus. On apprécie la tentative bleue de s'installer dans la zone allemande mais c'est une action individuelle de Baptiste Amar qui fait se lever la patinoire. Il feinte deux adversaires mais ne parvient à surprendre Pätzold du revers.

Au retour à la cinq, le rythme s'élève, d'une cage à l'autre, avec peu de temps morts. On aime ces Bleus audacieux ! Une excellente situation de trois contre deux voit ainsi Meunier décaler Rozenthal pour un lancer qui lèche le poteau droit, avant une réplique du Morzinois et un nouveau slap de Mille. Il reste cinq minutes et les Allemands soufflent comme des phoques. Seidenberg lance à côté mais Hecquefeuille répond en contre et lance dans la mitaine de Pätzold. L'édifice allemand vacille, Meunier intercepte une mauvaise passe de Frank Hördler, rate son contrôle mais insiste, invente un rebond que Tardif transforme en but (2-1, 16'48"). Mauvais réflexe, les Bleus concèdent immédiatement une pénalité (Yorick Treille), puis deux (Rozenthal). Maudite indiscipline ! Au courage, ils vont tenir, Lhenry manger sa dose de caoutchouc galvanisé, mais le tiers est atteint sur un avantage d'un but... au prix d'une grosse débauche d'énergie.

À cinq contre cinq, les Bleus sont supérieurs. Ils le prouvent au cours des cinq premières minutes du tiers médian en maîtrisant l'Allemagne, ne concédant que deux lancers (dont un non cadré). Première frayeur à la sortie de ces cinq minutes, une passe bleue interceptée dans la neutre permettant à Michael Wolf de menacer Lhenry d'un slap direction mitaine.

Les aigles allemands tentent de reprendre le match dans leurs serres, le slot bleu rougit, le palet circule latéralement devant la cage mais aucun lancer dangereux n'est pris. Mi-match est là et l'avantage persiste, la France matoise dans sa position de chasseur, l'Allemagne qui flotte dans un costume - trop grand - d'équipe qui doit faire le jeu, surtout quand l'opposition ne concède plus de pénalités. Tout cela sent bon, Lhenry a la botte solide sur un lancer de Mulock et le quintal de Manavian fait exploser Osterloh contre la bande. Le défenseur de Francfort en est tout étourdi. Même les mauvaises relances françaises, trop nombreuses pourtant, ne sont pas exploitées.

Les derniers instants du deuxième tiers offrent une supériorité aux Allemands, Zwikel partant en zone pour faire trébucher, verdict sévère alors que quelques minutes auparavant, Butenschön s'est offert un cinglage sur le poignet Meunier sans être sanctionné. Peu importe, les hommes de Krupp décident de rater entièrement ce tiers et ne font absolument rien de cette supériorité numérique, y concédant même un dégagement interdit. Il y a quelque chose de cassé dans les casques allemands.

Le troisième tiers démarre sur le même mode détendu. Est-cela qui incite Lhenry à prendre une relance par-dessus la jambière ? Plus de peur que de mal, la frayeur se finit par un amas de patineurs dans la cage bleue. Rozenthal répond d'un lancer dans les bottes de Pätzold. Non, à un quart d'heure du buzzer final, les Bleus ne faiblissent pas malgré la hausse (relative) de rythme imprimée par les Allemands. S'ils restent disciplinés, la surprise sera réalité.

Discipline, dites-vous ? Gogulla part en prison pour retenir alors que ses partenaires venaient de récupérer le puck. Bonne occasion de gagner deux minutes et d'enfoncer le clou, peut-être ? Bellemare est tout proche d'exploiter un rebond sur lancer de Meunier avant qu'Ullmann ne profite d'une inattention dans la défensive bleue pour se présenter face à Lhenry et viser la balustrade. Ce match vaut plus par sa tension que sa qualité technique, ce qui n'incommode pas les Français, calmes et lucides. Quessandier dément et balance un palet tiède au-dessus du plexi. Les deux minutes qu'il concède ne réservent qu'un moment fort, le break de Hecquefeuille qui lance dans le plastron de Pätzold. Bellemare traînait par là mais n'exploite pas le rebond.

Il reste cinq minutes et les Allemands, méconnaissables, commettent trop d'erreurs pour espérer revenir. Est-ce la même équipe qui livra ce beau combat aux Suisses dimanche ? Uwe Krupp lui-même semble incrédule. Dave Henderson, lui, perd son flegme quand François Rozenthal intercepte le palet alors que Yorick Treille, obligé d'anticiper le changement de ligne pendant la possession allemande en raison d'une crosse perdue, n'a pas encore rejoint son banc. Naïveté fatale ? Cette fois, les Allemands s'installent vite et Ullmann chauffe la plaque de Lhenry avant qu'Amar ne sorte la palet. C'est encore le numéro 27 bleu qui, crosse perdue, ira tuer les derniers instants de la pénalité en coinçant la rondelle le long de la bande. Que seraient les Bleus sans lui, sans Lhenry, sans leur poteau, sans cet esprit de corps forgé sur les glaces de Qiqihar, Eindhoven, Zagreb, au cours de victoires petit-bras arrachées à la Grande-Bretagne, aux Pays-Bas.

Meunier est pénalisé pour une crosse haute inutile loin du jeu et part, furieux, s'asseoir en prison avec une méconduite. Il reste moins de deux minutes et Krupp sort Pätzold. Six contre quatre, les Bleus jouent leur avenir en soixante-dix secondes. Un lancer frappé de Butenschön est détourné par Lhenry juste à côté de la cage. La dernière mise au jeu dure une éternité, Zwikel est renvoyé et remplacé par Treille, mais finit par dégager au loin. Henderson se jette dans les bras de Pierre Pousse. La PostFinance Arena est bleue, notre coeur aussi.

Désignés meilleurs joueurs du match : Laurent Meunier (France) et Alexander Barta (Allemagne).

Compte-rendu signé François Borel-Hänni

 

Commentaires d'après-match :

Uwe Krupp (entraîneur de l'Allemagne) : "Je félicite l'équipe française, elle a combattu tout le match et très bien défendu. Nous n'étions pas en mesure aujourd'hui de marquer les buts nécessaires pour gagner ce match, nous avons pourtant eu suffisamment de bonnes occasions à mon goût. Le gardien français a très bien tenu dans les moments importants et nous avons parfois manqué de chance. Mais je ne veux pas éroder la performance des Français, ils ont bien joué, ils étaient efficaces en contre avec des transitions rapides de la défense à l'attaque. Ils ont tiré le maximum d'un petit nombre de bonnes occasions et ils ont montré combien les équipes sont proches dans le hockey international."

Dave Henderson (entraîneur de la France) : "On a travaillé cinq ans pour ça. L'expérience de l'an dernier nous a servi, la qualification olympique manquée aussi. Les frères Treille avaient manqué au tournoi de qualification olympique par leur gabarit et leur sens du jeu. Yorick gratte énormément de palets dans les bandes. Dans ce championnat, les blessures de Besch et Trabichet ont permis à d'autres de jouer. On commence à avoir un petit noyau de défenseurs capables de jouer. Il y a un peu plus de concurrence et ce n'est pas un mal. On est libéré maintenant, on n'a pas de crainte particulière, c'est du bonus. Damien Raux s'est blessé à l'épaule au troisième tiers, on l'a remplacé par Stéphane Da Costa une ou deux fois. Mais un jeune comme ça, il ne faut le pousser trop vite, ça peut le bloquer s'il fait une erreur qui nous coûte un but. Maintenant il y aura moins de presson, il était notre treizième attaquant, il devient notre douzième."

 

France - Allemagne 2-1 (2-1, 0-0, 0-0)

Mardi 28 avril à 20h15 à la Postfinance Arena de Berne. 9956 spectateurs.

Arbitrage de Vladimir Baluska (SVK) et Brent Reiber (CAN) assisté de Christian Kaspar (AUT) et Andryi Kicha (UKR).

Pénalités : France 30' (12', 2', 6'+10'), Allemagne 12' (4', 0', 2').

Tirs cadrés : France 26 (12, 8, 6), Allemagne 31 (16, 9, 6).

Évolution du score :

1-0 à 03'50" : Lussier

1-1 à 04'22" : Hecht assisté de Bakos (sup. num.)

2-1 à 16'48" : Tardif assisté de Meunier

 

France

Gardien : Fabrice Lhenry.

Défenseurs : Baptiste Amar (A) - Vincent Bachet (A) ; Mathieu Mille - Antonin Manavian ; Thomas Roussel - Benoît Quessandier.

Attaquants : Damien Raux - Laurent Meunier (C) - Yorick Treille ; François Rozenthal - Laurent Gras - Anthoine Lussier ; Pierre-Édouard Bellemare - Kévin Hecquefeuille - Damien Fleury ; Sacha Treille - Jonathan Zwikel - Luc Tardif jr ; Stéphane Da Costa.

Remplaçants : Eddy Ferhi (G) Kevin Igier. En réserve : Henri-Corentin Buysse (G), Cyril Papa, Gary Levêque.

Allemagne

Gardien : Dimitrij Pätzold.

Défenseurs : Chris Schmidt - Michael Bakos (A) ; Sven Butenschön - Christoph Schubert ; Sebastian Osterloh - Moritz Müller ; Andreas Renz (C) - Frank Hördler.

Attaquants : Philipp Gogulla - Michael Hackert - Michael Wolf ; Yannic Seidenberg - Christoph Ullmann - Jochen Hecht (A) ; Sven Felski - Alexander Barta - Travis Jason Mulock ; Patrick Hager - Kai Hospelt - Daniel Kreutzer.

Remplaçant : Dimitrij Kotschnew (G).

 

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