Perpignan

 

Localisation : ville de 150 000 habitants, préfecture des Pyrénées-Orientales.

Nom du club : Hockey Club de Perpignan

Fondation du club : 1987.

Disparition du club : 1992.

Couleurs : noir, rouge et jaune.

Surnom : les Castors.

 

L'histoire du hockey sur glace à Perpignan, qui a malheureusement disparu aujourd'hui, est un cas assez particulier. En effet, l'aventure des "Castors" n'aura duré que cinq ans seulement avant que le club ne soit contraint de mettre brutalement un terme à toutes ses activités. La cause de son existence très éphémère et de sa disparition soudaine fut pour le moins inattendue lorsque l'on sait que Perpignan se trouve dans une région réputée pour son climat méditerranéen particulièrement clément avec des hivers très doux (treize jours de gelée par an en moyenne et une neige rare), et des étés qui sont souvent très chauds. Pourtant, la patinoire de l'ancienne capitale du royaume de Majorque, tout proche de la frontière espagnole, a été contre toute attente la victime... d'une tempête de neige !

Un toit qui s'écroule sous la neige

En effet, le 22 janvier 1992 restera une date funeste à jamais gravée dans la mémoire des membres de l'ancien club de Perpignan. Ce jour-là un épisode neigeux exceptionnel se produisit dans le midi de la France. Une perturbation intense déversa ses flocons notamment au pied du massif du Canigou à la fois sur le département de l'Aude et sur celui des Pyrénées-Orientales. Un phénomène appelé "isothermie" se produisit et la densité des précipitations engendra un abaissement inhabituel de la limite pluie-neige jusqu'au niveau de la mer.

Le lendemain de ce phénomène météorologique très rare, c'est un spectacle étonnant auquel on assista dans cette région où les palmiers et les plantes exotiques servent souvent de décor avec des voitures ensevelies, des maisons surchargées par l'énorme couche de neige (plus de 60 centimètres) au point que certains habitants ne purent sortir que par les fenêtres ! Ce manteau neigeux lourd - 150 kg par m - et très humide paralysa complètement la région et provoqua de nombreux dégâts sur les bâtiments, notamment agricoles. Pendant la tourmente, la toiture de la patinoire de Perpignan, qui n'était pas prévue pour supporter un tel poids, et celle d'un supermarché n'y résistèrent pas... Cette épaisse couche de neige mettra à certains endroits plus d'une dizaine de jours avant de fondre complètement.

Lorsqu'en 1987, soit cinq ans avant cette tempête dévastatrice, deux chefs d'entreprise, M. Domenac et son associé Ribas, décidèrent de construire ensemble une patinoire artificielle à côté de la piscine du Parc des sports dans le quartier du Moulin à vent, ils n'imaginaient sûrement pas ce qui les attendait... Tout comme d'ailleurs les jeunes patineurs perpignanais qui devaient jusque-là monter en altitude dans la station de Font-Romeu distante de 90 kilomètres pour pouvoir pratiquer leur passion sportive.

Dès l'ouverture de la patinoire de Perpignan, si un club de patinage artistique vit le jour, les amateurs de hockey sur glace s'organisèrent également en créant de leur côté une section qui prit immédiatement comme surnom les "Castors". Sans doute pour faire référence à ces rongeurs qui peuplent les berges de la Têt ainsi que sur celles de son affluent, la Basse, deux rivières qui traversent la ville du Roussillon. Sans oublier plusieurs canaux d'irrigation qui alimentent également la ville en eau : au sud, par le biais de l'aqueduc des arcades, et au nord par le canal de Vernet-Pia qui prend sa source dans les terres.

Un club arrêté dans son élan

Trois présidents se succédèrent à la tête de l'éphémère club de hockey sur glace de Perpignan : Dominique Guimera, Yvon Lelièvre et Nicole Boitel. Le fils de cette dernière, Fabien Boitel, un joueur d'assez bon niveau, fut incontestablement une des figures marquantes de la courte histoire des Castors. L'ancien hockeyeur perpignanais, natif de la commune, raconte : "Je suis arrivé au club de Perpignan un an après l'ouverture de la patinoire car j'avais vu du patinage artistique à la télévision lors des Jeux olympiques d'hiver de 1988 à Calgary et ça m'avait beaucoup plu. Avec mes parents, nous sommes allés d'abord voir le professeur de patinage mais ce dernier, vu ma forte corpulence, m'a conseillé de m'inscrire plutôt au club de hockey sur glace."

Âgé de dix ans à l'époque, le jeune Fabien Boitel découvrit donc le hockey avec plusieurs camarades comme le gardien de but Laurent Croquet dont le père (Serge) était le coach du hockey mineur tout en travaillant à l'abattoir de Perpignan. Il avait également sous sa direction le jeune Ribas, fils de l'un des patrons de la patinoire, et son camarade Lelièvre, le fils du président du club. Les séniors, eux, participèrent pour la première fois au championnat de France de D3 de la ligue du Languedoc-Roussillon en 1989/90. Les débuts furent difficiles avec de sévères défaites comme à Toulouse (20-1) et à Font-Romeu (19-3).

L'entraîneur emblématique du club de Perpignan pendant sa trop courte existence fut un Canadien, Simon Genest, qui arriva en 1990/91 et endossa à la fois le rôle d'entraîneur et de joueur comme c'était souvent le cas à l'époque. Sous sa conduite, les joueurs catalans commencèrent à offrir une bien meilleure résistance à leurs adversaires en marquant par exemple neuf buts contre Font-Romeu (défaite 9-15) mais aussi en battant deux fois Montpellier et la réserve de Nîmes.

Lors de l'ultime saison de son histoire, celle de 1991-1992, l'équipe senior de Perpignan suscita beaucoup d'espoirs au sein de ses supporters puisqu'elle réussit même à se qualifier pour la phase finale du championnat de la Division 3 en compagnie de son voisin Font-Romeu. Malheureusement, on sait que le rêve se transforma brusquement en cauchemar puisque le club de Perpignan fut contraint de déclarer forfait pour la fin de la saison lorsque le toit de sa patinoire s'écroula sous le poids de la neige, c'était juste avant que ne débute la phase finale de la poule sud, comme le raconta Christophe de Carné de Carnavalet dans son interview à Hockey Archives, avec une erreur de quelques jours dans ses souvenirs.

"C'est juste au moment où nous commencions à progresser que tout s'est malheureusement arrêté d'un seul coup, regrette Fabien Boitel. Je me souviens que le jeudi, jour de la catastrophe, les séniors devaient s'entraîner, mais la séance avait été annulée au dernier moment à cause de la neige qui bloquait les routes. On a donc évité un drame car si nous étions venus à l'entraînement, la toiture de la patinoire nous serait tombée dessus !"

La patinoire étant définitivement inutilisable à cause de la tempête de neige, le club de Font-Romeu proposa aux hockeyeurs de Perpignan de continuer malgré tout à venir s'entraîner sur sa patinoire distante de 90 kilomètres et accessible uniquement par une route de montagne abrupte et sinueuse. Quelques joueurs, comme le gardien Laurent Croquet et Fabien Boitel, acceptèrent de faire le trajet en altitude et d'autres comme Ribas et Lelièvre préférèrent s'exiler dans d'autres clubs. Les autres membres de l'équipe senior arrêtèrent définitivement de jouer car la plupart travaillaient dans la région et ils ne pouvaient pas quitter Perpignan ou ses environs immédiats. Quant à l'entraîneur-joueur Simon Genest, il entraîna donc dans son sillage pendant trois mois seulement les aînés des "Aigles des Pyrénées" de Font-Romeu avant de laisser faire Guy Galiay.

Fabien Boitel fut le premier interne de la section sport-études de la station de Font-Romeu. "Avant que la patinoire de Perpignan ferme, je m'entraînais pendant toute la semaine à Font-Romeu et mes parents venaient me chercher uniquement pour redescendre le jour des matches de championnat." Devenu par la force des choses un nouveau joueur titulaire à Font-Romeu après la disparition de son club d'origine, Fabien Boitel fut victime d'un grave accident de jeu lors d'un match à domicile contre Villard-de-Lans puisqu'à la suite d'une mauvaise charge sa tête heurta violemment la glace. Victime d'une amnésie partielle, l'infortuné hockeyeur de Perpignan a cependant toujours gardé un souvenir bien vivace et triste de la fermeture définitive de l'ancienne patinoire de Perpignan où il avait effectué ses débuts...

Un projet pharaonique resté lettre morte

On notera qu'à l'époque de l'écroulement du toit de la patinoire de Perpignan, le maire Paul Alduy avait annoncé une "prompte reconstruction". Cependant, ce dernier a laissé ensuite les clés de la ville à son fils Jean-Paul. L'héritier va ainsi proposer en 1995 un projet de nouvelle patinoire en collaboration avec une société privée baptisée "Cur de glace", mais ce projet fut refusé par le Préfet.

Ce projet officialisé en 2004 visait la construction d'une patinoire olympique avec une galerie commerciale intitulée "Cur de glace" au Mas Guerido sur la zone industrielle et commerciale de Cabestany dans la banlieue de Perpignan. Sur un terrain de quatre hectares, L'ensemble, étagé sur trois niveaux, devait s'organiser autour d'une patinoire de 12 000 m, incluant deux pistes et pouvant accueillir jusqu'à 6000 spectateurs. Dans le projet, hormis la patinoire dont le promoteur avait prévu de conserver la gestion, les lots commerciaux devaient être cédés à des exploitants. Déjà 60% des 7 000 m2 d'activités commerciales avaient, paraît-il, trouvé acquéreurs. Parmi ceux-ci : deux établissements pour restauration rapide (2 restaurants), une brasserie, un magasin sportif, une halte garderie. À l'origine de ce programme d'initiative privée il y avait la SCI Los Lloberes, société dont le gérant Alain Rodriguez était le promoteur de ce complexe ludique. Il parla à l'époque de "Petit Bercy" pour cet ensemble qui avait été imaginé pour permettre la plus grande convertibilité en salles et espace de spectacles. Investissement : 15 millions d'euros... Le projet et la demande de permis de construire furent déposés le 10 mai 2005. La construction devait débuter au printemps, l'inauguration étant prévue fin septembre 2006 sous la direction de l'architecte perpignanais Roger Botella. Il y a eu donc un projet, mais il fut beaucoup trop gros et ambitieux au regard du Préfet car il visait à faire ni plus ni moins que la première patinoire de France !

Pour l'anecdote, rappelons que quatorze ans après la tempête de Perpignan, en janvier 2006, la presse annonça également l'effondrement du toit d'une patinoire à Bad Reichenhall, dans les Alpes allemandes, suite à de fortes chutes de neige. En janvier 2012, une patinoire s'est écroulée à nouveau à Namestovo en Slovaquie. Richard Zednik, une ancienne gloire du hockey sur glace, entraînait une équipe de jeunes dans la patinoire quand la toiture a commencé à bouger. Heureusement, toute l'équipe a eu le temps de sortir de la piste et de se mettre à l'abri avant l'effondrement.

Quant à la ville de Perpignan, une patinoire a été installée depuis au pied des remparts du Castillet, une occasion rêvée pour profiter du marché de Noël. Chaque mois de décembre, une petite patinoire démontable fait ainsi battre le cur des vitrines de Perpignan. Avec près de 40 000 spectateurs et 8 000 utilisateurs pendant les fêtes de fin d'année, elle est un déclencheur pour l'activité commerciale locale, car la patinoire permet de conduire le flux de clientèle et de le répartir sur tout le cur de ville. Malheureusement, depuis 1992, le hockey sur glace n'a plus droit de cité...

Concluons en faisant observer que Jérémie Paradis, jeune Perpignanais de naissance, aura joué malgré tout 114 matches pour les célèbres Rapaces de Gap, étant également assistant capitaine de la fameuse équipe des Hautes-Alpes qui évolue en Ligue Magnus.

 

Tristan Alric

 

 

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