KHL 2014/15 : bilan

 

Résultats du championnat russe

Classement (saison régulière) : 1 CSKA Moscou, 2 SKA Saint-Pétersbourg, 3 Dynamo Moscou, 4 Ak Bars Kazan, 5 Jokerit Helsinki, 6 Metallurg Magnitogorsk, 7 Sibir Novosibirsk, 8 Avangard Omsk, 9 Dynamo Minsk, 10 Lokomotiv Yaroslavl, 11 Barys Astana, 12 Torpedo Nijni Novgorod, 13 HK Sotchi, 14 Salavat Yulaev Ufa, 15 Traktor Chelyabinsk, 16 Atlant Mytishchi, 17 Severstal Cherepovets, 18 Avtomobilist Ekaterinbourg, 19 Admiral Vladivostok, 20 Vityaz Podolsk, 21 Dinamo Riga, 22 Neftekhimik Nijnekamsk, 23 Lada Togliatti, 24 Medvescak Zagreb, 25 Yugra Khanty-Mansiysk, 26 Slovan Bratislava, 27 Metallurg Novokuznetsk, 28 Amur Khabarovsk.

 

CSKA Moscou (1er - finaliste Conférence Ouest) : champion sans l'être

Le vrai champion de Russie 2014/15, l'officiel, c'est le CSKA Moscou, titré pour la première fois depuis l'époque soviétique. C'était la volonté de la fédération de pouvoir organiser sa propre cérémonie, et donc de couronner son champion indépendamment des play-offs, à l'issue desquels la KHL remettrait son trophée à elle, la Coupe Gagarine. Cela fonctionnait déjà comme ça en 1994, 1996 et 1998, quand le champion était déjà sacré après la saison régulière et que les play-offs qui suivaient étaient une "coupe" distincte. Mais comment veut-on que le public comprenne que les règles d'attribution du titre ont changé alors que la formule est la même que la saison précédente ?

La réaction des joueurs est parlante : ils n'ont pas fêté le championnat, car juste après, il y avait les play-offs, qui sont le moment important de la saison de hockey partout ailleurs. La Russie ne peut pas fonctionner seule avec un système illisible et contradictoire avec tous les autres pays (moins la Grande-Bretagne, mais son carré final en deux jours n'est pas organisé comme les play-offs du reste du monde). Au regret de Tretiak et de quelques autres, les clubs ont décidé à l'unanimité de revenir au système antérieur l'an prochain et d'attribuer le titre de champion de Russie au vainqueur des play-offs. Si le CSKA n'a pas savouré ce titre attribué "par parenthèse", il ne le mérite pas moins. Sa domination sur la saison régulière a été la plus forte jamais vue depuis neuf ans (ce qui signifie accessoirement que le niveau de concurrence interne en KHL s'est affaibli en revenant à l'époque de la Superliga).

La saison commence avec 16 victoires pour 1 défaite, survenue le jour où l'entraîneur Dmitri Kvartalnov a choisi de reposer son gardien Galimov et de sortir a Costa de la première ligne. Cette période faste du CSKA est en effet celle du trio Igor Grigorenko - Stéphane Da Costa - Aleksandr Radulov, qui enchaîne les buts et domine la ligue, et de Stanislav Galimov, qui justifie pleinement les 100 millions de roubles (alors 2 millions d'euros) de son transfert, un montant raillé à l'intersaison. Cette phase idéale prend fin par une défaite chez le SKA Saint-Pétersbourg, déjà le seul rival pour le titre. Mais une série de 13 victoires en novembre-décembre, dont la revanche sur le SKA le jour de l'annonce du décès de l'entraîneur mythique Viktor Tikhonov, propulseront le CSKA en orbite sans qu'il puisse être rattrapé.

Le CSKA finira avec la meilleure défense du championnat, et pourtant il aura surtout fait parler de lui par ses stars offensives. Radulov (cheville) et Da Costa (hanche) ont chacun manqué le quart de la saison régulière, et pourtant ils ont fini 1er et 4e au classement des marqueurs de la KHL. Lorsque le Français est revenu, il a été placé sur une deuxième ligne "étrangère" avec l'international slovène Jan Mursak et avec le champion du monde 2013 Simon Hjalmarsson, récupéré en octobre après un camp NHL non concluant. C'était peut-être un mal pour un bien pour Da Costa, car il a prouvé qu'il pouvait être performant avec d'autres coéquipiers, pendant que le coach Kvartalnov changeait sans cesse de centre pour ses deux ailiers-vedettes.

La situation s'est encore compliqué dans "l'autre compétition", les play-offs. Le joker Andreas Enqvist, recruté pour pallier le manque de densité au centre dont se plaignait Kvartalnov, s'est blessé dès le premier match. Le jeune Igor Prokhorkin, qui centrait Grigorenko et Radulov l'an passé, était en conflit avec son coach pour des questions de discipline. Da Costa a été commotionné après une charge finlandaise au tour précédent. Lorsque se profilait la finale de Conférence Ouest, le choc ultime face au SKA, c'est donc l'habituel attaquant de quatrième ligne Roman Lyubimov qui était appelé aux côtés des vedettes Radulov et Grigorenko. Non sans réussite d'ailleurs.

Il faut dire qu'Aleksandr Radulov est redevenu ce leader d'exception, ce fauve déchaîné sorti de sa cage, capable de mener son équipe comme personne. Mais il n'aura pas suffi. Dans ce choc des titans, le CSKA a mené 3 victoires à 0... mais il s'est fait remonter à partir du moment où son gardien Galimov a commencé à faiblir. Excellent dans les trois premières rencontres, il a fini par se faire remplacer par Kevin Lalande, qui n'avait jamais été aligné contre le SKA pendant la saison (preuve qu'il n'était vraiment que numéro 2 dans la tête du coach). Le Canado-Biélorusse n'a cependant pas fait mieux, et la série a tourné. C'est ce dénouement frustrant que garderont en mémoire les supporters du CSKA, plus que le titre non célébré.

 

SKA Saint-Pétersbourg (2e - vainqueur Coupe Gagarine) : Bykov, l'homme qui donne confiance

Il est venu. Il a vu. Il a vaincu. Le retour de Vyacheslav Bykov et de son adjoint Igor Zakharkin en Russie a viré au triomphe. La parade a commencé dès le début de saison puisque le SKA Saint-Pétersbourg n'a connu la défaite qu'au 13e match. La petite crise automnale doit être relativisée parce que la meilleure paire défensive (Anton Belov - Maksim Chudinov) était alors blessée et que le trio Panarin-Shipachyov-Dadonov ne jouait pas non plus au complet.

Or, ce trio, c'est vraiment la grande découverte de Bykov. Il connaissait ces trois joueurs et il avait senti qu'ils fonctionneraient ensemble et se complèteraient idéalement : l'intelligence de jeu de Vadim Shipachyov pour les passes, le travail d'Evgeni Dadonov pour conclure les actions, et la technique incroyable d'Artemi Panarin qui ajoute l'émotion esthétique. Des joueurs qui prennent toute leur dimension collectivement et pas pris individuellement : ils ont en fait ressuscité les principes qui avaient fait la force du hockey soviétique. Une ligne créée en club, peaufinée toute l'année, et utilisée telle quelle en équipe nationale, y compris en utilisant exactement les mêmes systèmes qu'au SKA. Notamment le jeu de puissance avec deux joueurs derrière la cage, redoutable avec une unité aussi créative. Les trois hommes ont donc laissé une formidable impression, jusqu'aux championnats du monde. Mais on n'est plus à l'époque soviétique, et ce trio tombera-t-il dans l'oubli après le départ d'un des leurs (Panarin) en NHL ?

Malgré la qualité de jeu, le SKA suscitait toujours le doute avant d'aborder les play-offs. Le club le plus riche de KHL avait tellement l'habitude de s'y faire éliminer piteusement alors qu'il était favori... Lorsqu'il a été mené 3 victoires à 0 par le CSKA en finale de Conférence Ouest, les papiers des journalistes russes étaient déjà prêts. L'argumentation pouvait reprendre exactement les thèmes des années précédentes : ces joueurs étrangers qui ne produisent plus quand on a besoin d'eux, ce gardien étranger qui craque au pire moment (Mikko Koskinen ayant remplacé les Tchèques dans le rôle du bouc émissaire). Ajoutez-y un paragraphe majeur sur le cas Ilya Kovalchuk, la star déchue, qui avait perdu son hockey et ses nerfs, comme en témoigne son méchant coup de crosse par derrière dans la jambe de Radulov au début de la série, un geste comparé à un coup de tête d'un certain Zinedine Zidane...

Au quatrième match, Bykov a alors envoyé en tribune Viktor Tikhonov (peinant à retrouver son niveau de la saison précédente) et mis ses partenaires Patrick Thoresen et Tony Mårtensson avec l'énigmatique Ilya Kovalchuk. Le SKA, qui n'avait jamais remporté une série après avoir été mené, a réussi l'impossible en remportant les quatre victoires suivantes, et le si critiqué Kovalchuk s'est transformé au point d'être élu MVP des play-offs, un choix que l'intéressé a critiqué en expliquant que Dadonov (15 buts en play-offs, nouveau record) méritait mieux ce trophée.

Toujours pendant les festivités autour de la Coupe Gagarine, Kovalchuk a aussi publiquement remercié les dirigeants du SKA pour avoir invité Vyacheslav Bykov. Cet entraîneur au management humain sait donner confiance à ses joueurs comme personne, et c'est peut-être pour ça qu'il sait diriger les équipes de stars réputées ingérables. Après avoir conduit la Russie à un titre de champion du monde qu'elle attendait depuis quinze ans, il a donc fait gagner en seulement un an le SKA qui n'avait jamais connu la moindre finale. C'est pourquoi Saint-Pétersbourg a subi un choc en apprenant fin juin que Bykov rentrerait en Suisse pour raisons familiales...

 

Dynamo Moscou (3e - 2e tour) : amitié et fidélité

Dans une KHL qui s'est résumée à un "duel des étoiles" entre les deux anciens clubs de l'armée (CSKA et SKA) plus que jamais identifiés à leur symbole stellaire avec leurs "stars" qui attirent l'attention (Kovalchuk et Radulov), le Dynamo Moscou n'a pas vraiment pu rivaliser. Il n'a jamais pu se mêler à la lutte pour le titre, et il a aussi été éclipsé médiatiquement par ses rivaux. Ses valeurs collectives sont moins "vendeuses". L'ancien adjoint Harijs Vitolins n'a ni le charisme ni la moustache de son ami Oleg Znarok, même s'il en était le maître à penser tactique et a évidemment gardé un système de jeu aussi performant.

Le Dynamo Moscou, c'était peut-être l'équipe la plus homogène de la KHL, sans véritable star à paillettes (avec tout le respect que l'on doit à son meilleur marqueur, le Letton Kaspars Daugavins), mais avec des joueurs de qualité sur toutes ses lignes. Le meilleur symbole de ces joueurs de l'ombre, c'est sans doute le défenseur formé au club Andrei Mironov, néo-international russe de seulement 21 ans. Il n'est que le septième arrière de l'équipe (et a montré ses limites au Mondial quand les blessures de ses collègues l'ont contraint à un temps de jeu supérieur), mais ses charges à la hanche dans les derbys moscovites (sur Hjalmarsson et sur Radulov) étaient d'une telle beauté que les vidéos ont fait sensation jusqu'en Amérique du Nord.

Cette homogénéité, le Dynamo l'avait aussi dans les cages avec trois gardiens de valeur... tous trois prénommés Alexandre ! Aleksandr Eremenko, qui a retrouvé confiance, semblait devoir être titulaire en play-offs par la force de l'expérience, mais le malheureux s'est blessé avec l'équipe nationale en février. Sa doublure Aleksandr Lazushin l'a suppléé en jouant un rôle décisif pour éliminer le Lokomotiv Yaroslavl (son club formateur), mais il s'est tordu la cheville dans un choc avec son coéquipier Karsums au match 4 de la série suivante contre le SKA. Le troisième Aleksandr (Sharychenkov) avait réussi de bonnes prestations en saison régulière, mais c'était plus compliqué de rentrer en plein milieu d'une série face au futur champion. Logiquement éliminé en cinq manches, le Dynamo n'a pas à rougir, même si lors de ses titres 2012 et 2013 il s'était fait une spécialité d'éliminer la collection de stars de Saint-Pétersbourg.

Néanmoins, peut-il se contenter d'être valeureux et cohérent quand son rival de toujours, le CSKA, le dépasse et attire toute l'attention ? La légitimité du compétent mais discret Vitolins a été remise en cause. Et si Oleg Znarok s'est empressé de dire qu'il ne voulait pas cumuler son poste d'entraîneur national avec un poste de club - alors que personne ne lui avait rien demandé - il se dit que c'est pour protéger son fidèle collègue Vitolins. Certains nostalgiques pourraient être tentés de vouloir rappeler Znarok, qui avait conduit le Dynamo à deux coupes Gagarine, et il ne voulait pas être indirectement responsable du licenciement de son ami. Si les dirigeants dynamistes pensent vraiment qu'un autre entraîneur ferait mieux, ils devront assumer.

 

Ak Bars Kazan (4e - vainqueur Conférence Est) : l'ennui ne gagne pas toujours

L'ancien sélectionneur Zinetula Bilyaletdinov a bénéficié d'une certaine réhabilitation après avoir été le bouc émissaire de l'échec olympique. Revenu dans "son" club Kazan (depuis dix ans, puisqu'il avait passé toute sa carrière antérieure au Dynamo Moscou), il a appliqué son système de toujours. Pour les observateurs et journalistes, un seul sentiment lorsqu'ils couvrent Ak Bars : l'ennui. L'ennui sur la glace à attendre un but, mais aussi l'ennui en conférence de presse, où Bilyaletdinov a poussé à l'extrême le principe de la phrase bateau lapidaire répétée à chaque fois. En même temps, on comprend qu'il n'ait aucune envie de concéder la moindre phrase intéressante à une presse qui ne l'a pas épargné...

Même si elle ne suscitait guère de passion, beaucoup pensaient que l'Ak Bars Kazan pourrait gagner la finale de la Coupe Gagarine. Elle s'était qualifiée sans vraiment trembler à l'Est, disposant de cinq lignes complètes et d'une profondeur de banc à faire pâlir ses adversaires. C'était bien sûr différent face au SKA Saint-Pétersbourg, mais beaucoup se raccrochaient au vieux dicton selon lequel c'est la défense qui mène à la victoire dans des play-offs. Or, l'Ak Bars, qualifié après une série caricaturale face au Sibir (2-1 comme score le plus "élevé" et deux victoires 1-0 en prolongation pour finir), était le symbole du hockey défensif. En face, Bykov est considéré comme un apôtre du hockey offensif depuis ses débuts (l'intéressé attribue cependant aujourd'hui ses déclarations de l'époque à sa jeunesse). Les deux derniers sélectionneurs de la Russie incarnaient donc, malgré eux, deux philosophies opposées.

La finale a cependant tourné court. Kazan, ayant l'avantage de glace parce qu'il avait fini premier de sa Conférence en saison régulière contrairement au SKA, a été battu deux fois d'entrée à domicile. Le gardien suédois Anders Nilsson, qui a battu un record avec six blanchissages en play-offs, n'en a obtenu aucun en finale. On ne peut pas toujours gagner en visant le 0-0... Kazan était-il été capable de d'utiliser tous ses atouts offensifs ? Bilyaletdinov se permettait de laisser en tribune Sergei Kostsitsyn (payé près de 3 millions d'euros) et Fyodor Malikhin (dont le transfert en avait coûté deux à l'intersaison)... Laissait-il suffisamment de liberté à la première ligne Möller-Azevedo-Mirnov, capable de beaux jeux à une touche de palet ? Telle est la question. En tout cas, le tir du poignet d'Oscar Möller, précis, puissant et sans préparation, a souvent été décisif avec six buts gagnants en play-offs.

Outre Bilyaletdinov, un autre homme a été réhabilité après une saison olympique difficile : Ilya Nikulin, privé de son capitanat à l'intersaison. Il a repris le leadership de la défense, et a même eu droit à reprendre son "C" pendant la blessure de Svitov. Sa résurrection a coïncidé avec le relatif déclin de celui qui l'avait supplanté l'an passé, son collègue de la défense, Evgeni Medvedev, également né en 1982. Gêné toute la saison par des soucis d'épaule, Medvedev a tout de même décroché un contrat de 3 millions de dollars avec les Flyers de Philadelphie. Ce départ inattendu à un âge avancé est la conséquence de la dévaluation du rouble et le signe que les figures supposées éternelles de la KHL ne sont plus épargnées par la tentation de la NHL.

 

Jokerit Helsinki (5e - 2e tour) : ils croient ne pas avoir le " droit " de gagner

Pour leur intégration à la KHL, les Jokerit Helsinki ont réussi une très bonne saison juste derrière les cadors de Moscou et de Saint-Pétersbourg. Leurs bons résultats ont permis de neutraliser les critiques virulentes, le public finlandais oscillant entre curiosité et neutralité sceptique vis-à-vis de la KHL. Le club a quasiment atteint l'objectif ambitieux de 11 000 spectateurs qu'il s'était fixé, puisqu'ils étaient en moyenne 10 932. Un beau chiffre, sans battre toutefois le record de la première saison à la Hartwall Arena qui présentait elle aussi un "effet nouveauté" (12 232 en 1997/98).

En plus, le résultat financier a été presque équilibré avec un budget de 20 millions d'euros (dont la moitié pour la masse salariale). La structure reste donc bien plus saine que celle des clubs russes. Et paradoxalement, c'est un peu ce qu'on reproche aux nouveaux investisseurs russes... En octobre, le milliardaire Boris Rotenberg, proche de Poutine frappé par les sanctions occidentales à la suite de la crise ukrainienne, a vendu ses parts majoritaires dans les Jokerit (et dans leur Arena) à son fils Roman Rotenberg. Peu à peu celui-ci s'exprime plus que l'autre copropriétaire Harkimo sur les Jokerit, et devient donc le nouveau visage du club. Mais le problème, c'est que ce visage est aussi celui du vice-président du SKA Saint-Pétersbourg, un conflit d'intérêt secondaire pour l'intéressé, mais qui fait tiquer les Finlandais, surtout quand Rotenberg apparaît en tribune pendant la finale KHL.

Même si le SKA est financé par Gazprom et pas par les derniers personnels de Rotenberg, les supporters des Jokerit ont l'impression qu'on ne les laissera pas gagner la Coupe Gagarine. Certains préfèreraient être gérés "à la russe" - avec un généreux mécène dispendieux - pour avoir une chance de rivaliser avec les mastodontes de la KHL. Ils n'ont en particulier pas digéré que le sulfureux défenseur Jere Karalahti n'ait jamais été remplacé après avoir été viré à l'automne.

C'est maintenant que les rêves des supporters risquent d'être confrontés de manière plus dure à la réalité. En effet, les Jokerit ont dû leurs bons résultats à quatre joueurs, tous étrangers, le défenseur offensif américain Ryan Gunderson et le trio Omark-Koukal-Moses, qui a supplanté la première ligne officielle (et finlandaise) Hagman-Kapanen-Aaltonen. Il est donc surprenant qu'à l'issue de l'élimination au deuxième tour contre le CSKA Moscou, le manager Jari Kurri ait expliqué qu'il attendait mieux du trio Omark-Koukal-Moses : "il n'a pas montré son meilleur hockey, contrairement à Radulov et Grigorenko qui ont décidé du résultat des rencontres." Or, les trois hommes ont quand même mené tant bien que mal l'équipe en play-offs. Il faut dire qu'il n'y avait plus d'alternative avec la blessure au genou du capitaine Niko Kapanen au premier tour.

On a eu l'impression que le staff préparait l'opinion à ce qui allait suivre, le départ inévitable des meilleurs joueurs. L'entraîneur Erkka Westerlund déclarait quant à lui : "nous savons maintenant quels joueurs nous voulons, des joueurs qui vont à la cage dans un style plus direct. Une équipe plus dans le style des play-offs." Cette déclaration pourrait viser en creux un Linus Omark, mais le Suédois avait une option de prolongation de contrat activable par le joueur. C'est donc lui qui a décidé de quitter les Jokerit - et non l'inverse - parce qu'il pouvait obtenir un plus gros contrat au sein de la KHL, de même que Gudbranson. Quant au petit Steve Moses, dont la vitesse a excellé sur les grandes patinoires russes, il s'est mué de joueur anonyme en Liiga finlandaise à meilleur buteur de la KHL, et compte tenter sa chance en NHL avec ce nouveau statut. Le recrutement contredit un peu l'assertion de Westerlund, puisque le plus connu des futurs arrivants, Mathis Olimb, a justement la réputation en Suède de ne pas être un joueur de play-offs. Comme les Jokerit n'ont pas les moyens de se payer un Radulov, la compétition s'annonce encore plus dure, et le staff essaie de faire passer la pilule pour le masquer...

 

Metallurg Magnitogorsk (6e - 2e tour) : le cru 2015 était bouchonné

Vainqueur de la KHL avec une ligne dominante (Zaripov-Kovar-Mozyakin), le Metallurg Magnitogorsk n'a pas tardé à montrer ses limites à la reprise. Sergei Mozyakin a subi une commotion cérébrale en septembre, et comme c'est un joueur qui a peu eu l'habitude de se blesser durant sa carrière, il a un peu tardé à retrouver son niveau et a semblé accuser le coup psychologiquement. Il faut cependant relativiser ce qu'on appelle la " méforme " du trio magique : même dans une saison supposément moins bonne, les trois hommes tournaient tous à plus d'un point par match, ce à quoi parviennent seulement dix joueurs dans toute la KHL.

Si le moindre match sans marquer de la première ligne est observé à la loupe, c'est surtout parce le Metallurg n'a toujours pas trouvé un deuxième trio offensif digne de ce nom. Le vétéran Maksim Yakutsenia a été recruté pour ça, mais il a énormément déçu, surtout par son zéro pointé en play-offs. Et les jeunes attaquants locaux ne se sont malheureusement pas engouffrés dans la brèche. Vladislav Kamenev a certes encore battu un record de précocité de Malkin, en étant sélectionné à 18 ans et 2 mois, mais ce record est une illusion : Kamenev a été sélectionné en novembre parce que la KHL ne s'arrêtait pas pendant l'Euro Hockey Tour et que les joueurs majeurs de l'équipe de Russie avaient été laissés à leur disposition de leur club ; Malkin, lui, a été testé en avril après une saison à 32 points et a enchaîné avec les championnats du monde. Kamenev est très loin de soutenir la comparaison...

Les lignes à vocation défensive ont cependant fait leur boulot. Mike Keenan s'est ainsi félicité que son équipe soit la meilleure de KHL en infériorité numérique. Mais cela n'a duré que le temps de la saison régulière.

Les play-offs s'annonçaient sous de moins bons auspices pour le public ouralien. La KHL a en effet décidé que, pour favoriser la télévision, les rencontres jouées dans l'Oural et en Sibérie commenceraient à 16h30 heure de Moscou les jours de semaine. Cela fait 18h30 en heure locale à Magnitogorsk. Or, à cette heure, chaque soir, un gigantesque embouteillage s'est formé sur le point qui relie le combinat métallurgique, sur la rive gauche du fleuve Oural, aux quartiers d'habitation situés sur la rive droite. Et c'est justement au pied de ce pont que se situe l'Arena Metallurg... Les supporters de hockey devaient donc à cette décision imposée par la capitale d'arriver généralement en retard. C'est pourquoi les tribunes se remplissaient si lentement, et n'étaient pleines qu'en deuxième période...

Au match 4 du premier tour contre Ufa, le Metallurg a bien cru assister au réveil de son attaque endormie lorsque son capitaine Sergei Mozyakin a signé un triplé pour renverser le score de 1-3 à 6-4. Le trio était donc parti pour rappeler sa domination du printemps 2014... mais au tour suivant, il a été complètement étouffé par le Sibir. La série a encore basculé au match 4, mais cette fois, c'est sur une douteuse passe aveugle de Mozyakin, au tout début de la prolongation, qui a offert la victoire à l'adversaire. Les années ne suivent et ne se ressemblent pas...

 

Sibir Novosibirsk (7e - finaliste Conférence Est) : ici, on rase gratis

On ne donnait pas cher de la peau du Sibir Novosibirsk en début de saison. Le club avait reçu la visite des inspecteurs régionaux du travail, venus rappeler les dirigeants et à la loi car les salaires impayés se montaient déjà à plus de 8 millions de roubles alors que la saison n'avait commencé que depuis deux mois. Et avec la crise économique qui frappait la Russie victime des sanctions internationales à l'automne, le rouble valait de moins en moins et les joueurs étrangers ont commencé à râler.

Le gardien finlandais Mikko Koskinen avait vite fait ses calculs : son salaire annuel de 40 millions de roubles ne valait désormais plus 800 000 euros mais seulement 600 000. Si en plus il n'est pas sûr de les recevoir après les retards déjà constatés... Mécontent, il a alors lui-même appelé le SKA Saint-Pétersbourg, le club le plus riche de KHL, pour proposer ses services ! L'audace a outragé le public sibérien. Les clubs, eux, se sont entendus : Koskinen partait à proximité de son pays, et en retour, le gardien tchèque Alexander Salak est arrivé... Accueilli par une banderole de bienvenue dans sa langue natale, il a fini sa saison à Novosibirsk avec 94,4% d'arrêts ! Tout le monde a finalement gagné à cet échange de bons procédés (y compris Koskinen qui a soulevé la Coupe Gagarine).

Tout en maintenant la discipline défensive de son prédécesseur Kvartalnov, le nouvel entraîneur Andrei Skabelka a donné un plus de liberté d'improvisation en zone offensive et autorisé les défenseurs à se connecter à l'attaque (ce qui convenait parfaitement à la recrue suédoise Patrik Hersley). Alors même qu'il avait perdu son meneur offensif Jori Lehterä parti en NHL, le Sibir est carrément devenu la meilleure attaque de la Conférence Est, avec beaucoup plus de profondeur offensive : les autres joueurs ont tous pris plus de responsabilités offensives. La transformation la plus flagrante est celle du nouveau meilleur marqueur Dmitri Kugryshev, 24 ans : cet attaquant autrefois défensif a gagné en agressivité et est plus incisif dans ses assauts à la cage, même s'il lui manque toujours un lancer de qualité supérieure.

Sans jamais venir se produire une seule fois sur les deux patinoires de Moscou, du fait du nouveau calendrier de la KHL qui favorise les derbys, le Sibir Novosibirsk a remporté sa division Chernyshev, certes la plus faible de la ligue. Il avait donc l'avantage de la glace au deuxième tour contre le Metallurg Magnitogorsk, champion en titre et toujours favori.

Dans la vénérable patinoire à la charpente en bois, 7400 spectateurs euphoriques (ils étaient quatre fois de plus à vouloir des billets) voyaient leur équipe neutraliser le super-trio offensif du Magnitka dans une démonstration tactique. Dans l'Oural, l'équipe a d'abord donné l'impression de péter les plombs, avec l'exclusion de Salak pour une bagarre peu digne d'un gardien. Suspendu pour seulement 1 match (remporté grâce au "match de sa vie" de sa doublure Bespalov), le Tchèque est revenu qualifier son équipe dès le cinquième match. Laissons le mot à l'entraîneur battu Mike Keenan : "La clé de la série est l'excellente défense du Sibir. C'est très difficile de jouer contre eux à 5 contre 5, nous n'avons marqué que trois buts contre eux à compositions égales". Le manager Kirill Fastovsky a tenu sa promesse de se raser la tête, une promesse exécutée en direct à la télévision locale : son équipe a en effet atteint la finale de Conférence Est et connu la meilleure saison de son histoire.

 

Avangard Omsk (8e - 2e tour) : le terrible accident

Après une année catastrophique terminée hors des play-offs, l'Avangard Omsk a livré des prestations plus dignes d'un club oligarque, qui ne peut pas se plaindre de son propriétaire (Gazpromneft) qui compense les baisses de subventions publiques. Le début de saison a été prometteur. Les performances du nouveau premier trio, guidé par la recrue-vedette de l'intersaison Vladimir Sobotka, ont néanmoins fléchi lors de la blessure du champion du monde Sergei Shirokov, pourtant auteur de 22 buts dans une saison régulière presque raccourcie de moitié (c'est donc le seul à avoir dépassé la moyenne de buts de Stéphane Da Costa dans cette saison de KHL).

En janvier/février, l'Avangard a aussi traversé une mini-crise de 5 défaites consécutives à domicile, coïncidant avec la non-reconduction devenue presque officielle de l'entraîneur Raimo Summanen, qui a choqué la presse finlandaise. Ses dirigeants voyaient un niveau de jeu et une condition physique en berne, et leur coach qui, tenant à son autonomie de décision, s'en tenait à son plan. Certains joueurs étaient mécontents. Le gardien Konstantin Barulin digérait mal de voir sa place de titulaire remise en cause à chaque match par le junior Denis Kostyn, le coach finlandais tenant à rester imprévisible dans ses choix...

Summanen a minimisé cette question contractuelle et affirmé que cela avait peu d'importance. Il a rempli sa mission jusqu'au bout, et a même révisé certains de ses jugements. Il a ainsi avoué sa surprise d'apprendre que son joueur Ivan Fishchenko, qu'il utilisait moins de 4 minutes par match, était sélectionné dans l'équipe de Russie des moins de 20 ans. En le voyant se dévouer en infériorité numérique sous le maillot national, il a appris à apprécier son état d'esprit et son sang-froid.

Les play-offs ont cependant viré au drame pour l'Avangard. La qualification en sept manches contre le Barys Astana a été chèrement payée avec la perte de deux joueurs de première ligne (Sobotka et le meilleur compteur de l'équipe Denis Parshin), et surtout du capitaine Dmitri Kalinin, qui a perdu son casque juste avant de retomber lourdement après une mise en échec de Savchenko, coude trop levé. Sitôt au sol, le joueur s'est mis à convulser, l'adversaire le plus proche s'est mis à son chevet en appelant les médecins en urgence, et toute la Russie a tremblé pour et avec lui. Au match suivant, le staff de l'Avangard a vérifié que les jugulaires des casques de chaque joueur étaient correctement attachées pour qu'un incident aussi terrible ne se reproduise plus.

Au tour suivant, Omsk a encore perdu sur blessures son défenseur le plus sûr, le Tchèque Miroslav Blatak, le capitaine de remplacement Anton Kuryanov et enfin le troisième capitaine en dix jours, Vadim Khomitsky, prolongeant la malédiction à ce poste ! Ne marquant qu'un but lors des quatre dernières rencontres, l'Avangard avait peut-être la tête ailleurs... Sur le lit d'hôpital de Kalinin, qui en est heureusement ressorti peu après. En tout cas, l'objectif du club, la finale de Conférence Est, n'a pas été atteint, et Summanen n'a donc pas été reconduit, comme annoncé.

 

Dynamo Minsk (9e - 1er tour) : comment " acquérir " la place du Medvescak

Après deux saisons en dehors des play-offs, le Dynamo Minsk a fait un retour remarqué dans le haut du classement lors du championnat 2014/15. Il serait tentant de pointer la coïncidence avec la remontée dans la hiérarchie internationale du Bélarus, quart de finaliste des championnats du monde deux ans de suite. Ce serait pourtant trompeur.

La clé de la réussite est d'une simplicité presque dérangeante : le club biélorusse a recruté l'été dernier quatre joueurs nord-américains du Medvescak Zagreb, puisqu'il a plus de moyens que le club croate. Alors que le Medvescak s'est écroulé, ces quatre hommes, Charles Linglet, Matt Ellison, Jonathan Cheechoo et Ryan Vesce, ont mené leur nouvelle équipe au point de marquer la moitié de ses buts. En plus, ils ont tous nettement amélioré leurs statistiques par rapport à Zagreb. C'est en partie parce qu'ils ont eu du temps de jeu supplémentaire, surtout en supériorité numérique où on leur a laissé les clés.

Derrière les six meilleurs marqueurs tous nord-américains, les hockeyeurs biélorusses n'ont donc eu qu'un rôle d'appoint. Et comme le Dynamo Minsk va garder ses leaders - dont certains (Linglet et le défenseur Nick Bailen) sont naturalisés - il peut escompter que l'amélioration de ses performances se confirme. Maintenant qu'il a son propre entraîneur (Lubomir Popovic) et non plus un sélectionneur qui fait double emploi, il est déconnecté de la gestion parfois chaotique de l'équipe nationale et peut construire dans la durée.

 

Lokomotiv Yaroslavl (10e - 1er tour) : très cher changement d'avis

D'aucuns ont déclaré que le licenciement au bout de 9 matches d'un entraîneur aussi fameux que Sean Simpson (champion d'Europe avec Zurich et vice-champion du monde avec la Suisse) renforçait le prestige de la KHL. Une volte-face aussi rapide est surtout le signe d'un club qui ne sait pas ce qu'il veut, et qui a donc dû payer 1,8 millions de dollars d'indemnités de licenciement. Cela coûte cher de changer d'avis...

Le Lokomotiv a donc rappelé Dave King, à bientôt 67 ans. Le Canadien avait pris en main l'équipe l'hiver précédent en sachant que Simpson avait signé et que ce serait une mission de quelques mois. Il ne se doutait qu'il reviendrait six mois plus tard jouer à nouveau les pompiers de service. La tâche était difficile avec un gardien, Curtis Sanford, qui n'avait plus la même confiance (l'ancien portier de NHL a pris sa retraite à l'issue du championnat).

L'équipe de Yaroslavl n'était que neuvième de la Conférence Ouest - donc non qualifiée en play-offs - début décembre quand sont arrivés Andrei Loktionov - qui a terminé sa convalescence après sa blessure à l'épaule à sa première présence aux Mondiaux 2014 - et Petri Kontiola - l'international finlandais qui avait vainement tenté sa chance en NHL. Les deux hommes jouent habituellement au centre, mais Loktionov a été reconverti par King à l'aile, avec moins de tâches défensives. Dès lors, l'équipe semblait assez équilibrée, avec quatre bonnes lignes. Tout le monde a patiné et travaillé, même s'il manquait un peu de créativité et de volonté en zone offensive. Le Lokomotiv s'est donc qualifié confortablement, et il a même mené 2 manches à 1 contre le Dynamo Moscou avant de se faire corriger dans les trois rencontres suivantes.

Néanmoins, on a reproché aux entraîneurs canadiens de trop peu s'occuper de la relève. Les deux internationaux russes, l'attaquant Sergei Plotnikov et le défenseur Yegor Yakovlev, sont en fin de contrat et ne resigneront pas. Or, les juniors, parmi les meilleurs du pays, ont eu peu l'occasion de se montrer et de progresser, à l'instar de Vladislav Gavrikov, meilleur défenseur du Mondial U20 qui a peu joué en KHL.

 

Barys Astana (11e - 1er tour) : Nazarov fait jaser puis s'en va

L'arrivée du tumultueux entraîneur Andrei Nazarov au Kazakhstan a forcément capté toute l'attention. Comme à chacune de ses haltes, l'ancien enforcer n'a cessé de faire parler de lui. Il a enchaîné une suspension de 6 matches pour un geste obscène vers le public avec une autre de 4 matches pour un jet de bouteille vers Aleksandr Svitov, venu près du banc s'expliquer avec le coach sur la bagarre qui venait d'avoir lieu avec Damir Ryspaev. Ce junior kazakh dit n'avoir peur de personne, sauf bien sûr de son coach, qui l'utilise pour la bagarre et pour menacer les gros bras adverses dans la presse. Beaucoup de salive dépensée pour un joueur qui n'a joué que 7 matches (et 83 minutes de pénalité)...

Au-delà de ce folklore nazarovien, le Barys Astana a en fait gardé ses caractéristiques des saisons précédentes : une grosse ligne nord-américaine (le trio Boyd-Bochenski-Dawes complété de la paire défensive Lundin-Dallman) dotée de beaucoup de temps de jeu et chargée de l'essentiel de la production offensive. C'est pourquoi, lorsque le capitaine Brandon Bochenski s'est blessé au premier match des play-offs, on ne donnait plus cher de la peau du Barys. Son adversaire du premier tour, l'Avangard Omsk, avait remporté ses six confrontations en saison régulière. Et pourtant, l'international kazakh Konstantin Pushkaryov a remplacé Bochenski et l'équipe s'est transcendée pour pousser Omsk à un septième match. C'est d'autant plus admirable qu'ils n'avaient plus été payés depuis le début de l'année 2015... Des retards réguliers chaque année à Astana.

Sans salaire, les nombreux internationaux du Kazakhstan sont ensuite partis en Pologne pour le Mondial de division IA, toujours sous la férule de Nazarov. Ils ont remporté le tournoi avec un nouveau gardien titulaire, Pavel Poluektov, révélé au cours de la saison au Barys. En effet, le vétéran Vitali Eremeev, deux fois champion de Russie avec le Dynamo Moscou, a fini par prendre une retraite forcée par une blessure sans avoir joué depuis un an. Aleksei Ivanov, gardien parti au Spartak pour pouvoir jouer en KHL car on ne lui avait jamais donné sa chance à Astana, était revenu l'été dernier comme numéro 2, mais le jour où le titulaire Jan Laco était en Slovaquie auprès de sa femme qui accouchait, le malheureux Ivanov s'est blessé à l'échauffement. Et c'est ainsi que Poluektov a renversé la hiérarchie en s'imposant comme la doublure de Laco au Barys, et donc comme le n1 du Kazakhstan.

Un bilan honnête en championnat et une remontée dans l'élite : les dirigeants ont donc prolongé les contrats du sélectionneur national et coach de club Andrei Nazarov. Mais ni le contrat signé, ni la perspective d'intégrer la patinoire ultramoderne de 12 000 places d'Astana en septembre, ni les championnats du monde à Moscou sur le banc du Kazakhstan, n'auront été une motivation suffisante quand le SKA Saint-Pétersbourg, champion et plus gros budget de la KHL, a appelé Nazarov fin juin. Une proposition unique qui ne se refuse pas. Encore une fois, l'entraîneur-qui-fait-jaser ne sera resté qu'un an et change à nouveau de club...

 

Torpedo Nijni Novgorod (12e - 1er tour) : des casquettes pour un hat-trick... de pénaltys

Même s'il est tenace en zone neutre et en zone défensive, le Torpedo a gardé sa réputation d'équipe offensive et active. Il escomptait renforcer ce talent en attaque en octobre en récupérant dans un échange l'ancien capitaine de l'équipe junior russe Nikita Filatov. L'ex-numéro 6 de draft NHL a réussi des débuts idéaux contre Magnitogorsk puisque le public a jeté des casquettes pour fêter un "hat-trick"... dans la séance de pénaltys. Il a donc immédiatement démontré que sa technique était intacte... mais n'a marqué que trois buts dans le reste de la saison.

C'est tout le problème de Nijni Novgorod, qui était très dépendant de son premier trio. Les Finlandais Sakari Salminen et Jarkko Immonen y travaillaient pour le Canadien d'origine polonaise Wojtek Wolski, qui s'est décrit comme la "comète humaine de la ligue russe" après avoir remporté le concours de vitesse au All-Star Game de KHL. Les autres lignes étaient moins performantes, et le Torpedo n'avait donc que la dixième défense de la Conférence Ouest.

Le 22 janvier, après une série de 8 défaites, Nijni Novgorod tomba aussi à la dixième place de sa conférence. Avant le match, le président Oleg Kondrashov a précisé qu'inviter l'entraîneur Peteris Skudra était son idée, que la seconde saison était toujours difficile pour un coach, mais qu'il gardait patience car Skudra savait quoi faire. Une confiance méritée : le Torpedo a enchaîné avec une série de 8 victoires et s'est qualifié en play-offs. Il s'y est fait éliminer en cinq manches par le futur champion Saint-Pétersbourg.

 

HK Sotchi (13e - 1er tour) : remplir les sites olympiques

Le nouveau venu en KHL a bien rempli ses tribunes. Il faut dire que les tickets étaient cent fois moins chers qu'aux Jeux olympiques organisés dans cette même patinoire en février 2014. À huit euros pour les meilleures places en tribune centrale, les billets les moins chers de la KHL ont été conçus pour être attractifs : 7000 spectateurs en moyenne pour les 12000 places. Heureusement, car la fréquentation des patinoires est le seul élément qui contrebalance l'impression de vide laissée par nombre de sites olympiques un an après.

Cette volonté de donner un destin post-olympique au chantier pharaonique des JO explique évidemment la création imposée d'un club à Sotchi, sans le moindre hockey mineur (il a signé un partenariat avec le Berkut Kuban... qui s'est dissous en mai par manque d'argent). Il a connu la même réussite que tous les nouveaux clubs de KHL, atteignant les play-offs dès sa première saison. Cela n'avait pourtant rien d'évident, car le HK Sotchi a longtemps été dernier de la Conférence ouest en début de saison. Il est pourtant rentré dans la zone qualificative dès début décembre après une série de 10 victoires, en dépassant le Lokomotiv, qui s'est vengé en venant gagner 9-2 la confrontation directe. L'équipe de la Mer Noire a donc dû batailler jusqu'au bout pour prendre la huitième place qualificative à l'Ouest.

En tant que nouvelle équipe, elle s'est forcément appuyée sur ses joueurs étrangers, qu'elle avait le droit par dérogation d'aligner par 7 au lieu de 5 à ses rivaux. Le meilleur marqueur a pourtant été le trentenaire Ilya Krikunov (41 points), qui n'avait jamais dépassé 26 points et dont la carrière semblait perdue après avoir connu quatre équipes différentes en deux ans. La résurrection la plus attendue était cependant celle de Mikhaïl Anisin, l'ancien petit prince de Moscou, qui a connu six mois de " réflexion " après divers éclats extrasportifs, mais qui a progressivement retrouvé son niveau.

En play-offs, l'entraîneur Vyacheslav Butsaev avait le petit plaisir d'affronter le CSKA Moscou, qui l'avait licencié la saison dernière. Mais face à la meilleure équipe de la saison régulière, il n'y avait rien à faire et Sotchi a été balayé en quatre manches.

À cette époque, les joueurs n'étaient plus payés puisque les salaires de janvier et février n'ont été versés que... le 20 mai. Un délai expliqué par le changement de gouverneur du kraï de Krasnodar. Comme tout ce qui a trait aux investissements olympiques, la région reste sous perfusion artificielle et l'existence même du club reste une décision politique.

 

Salavat Yulaev Ufa (14e - 1er tour) - la disgrâce des anciens Maîtres

C'est la grande affaire économico-judiciaire de l'année en Russie : les tribunaux de Moscou ont déclaré illégale la privatisation de la compagnie pétrolière Bashneft. Pendant l'ère Eltsine, synonyme d'autonomie des provinces, la propriété de celle-ci a été transférée par le gouvernement central au gouvernement régional de la République autonome de Bashkortostan, dirigé par Murtaza Rakhimov. Celui-ci a ensuite privatisé Bashneft en 2003 vers des compagnies liées à son fils Ural Rakhimov, qui les a revendues en 2009 à l'entreprise Sistema. Depuis lors, Bashneft est une entreprise florissante et prospère. Trop ?

Selon beaucoup d'analystes, le procès en cours est téléguidé par la compagnie proche du pouvoir Rosneft, tout comme l'affaire Yukos il y a quelques années. Une fois de plus, un oligarque puissant s'est retrouvé en prison : Vladimir Yevtushenkov, président de Sistema, paraissant pourtant acheteur de bonne foi puisque la privatisation douteuse a eu lieu bien avant... Quant à Ural Rakhimov, il s'est réfugié en Autriche pour échapper à la justice russe, qui s'est attaquée aux diverses sociétés qui lui appartiennent (et qui portent son nom).

Quand la société Ural-Invest a été mise sous séquestre à l'automne, le fonds caritatif "Ural" a expliqué que le financement de grands projets risquait de s'arrêter : la construction de la nouvelle Grande Mosquée d'Ufa, un nouvel hôpital pour les vétérans de guerre... et le financement de l'équipe de hockey sur glace du Salavat Yulaev Ufa. En effet, depuis 2010 (depuis que la famille Rakimov ne dirige plus le Bashkortostan), le financement public du sport ne passe plus par le budget régional, mais par ce fonds "Ural". Celui-ci a alors tenté d'utiliser l'opinion publique à son avantage : des bannières avec des slogans en sa faveur dans la Ufa-Arena, et de nombreux articles de presse "sur commande" pour expliquer toutes les merveilleuses réalisations de l'indispensable fonds "Ural". En vain. En Russie, quand la machine judiciaire commence à broyer des hommes autrefois puissants mais en disgrâce, elle fait rarement marche arrière...

Un nouveau sponsor a été trouvé en fin de saison : Bashneft ! Entre-temps, comme la privatisation a été jugée illégale, la compagnie pétrolière est redevenue la propriété majoritaire de l'État russe. Le prochain manager sera le meilleur joueur jamais formé à Ufa, l'ex-international Aleksandr Semak, qui est député à l'assemblée régionale, mais qui était aussi interdit de patinoire depuis ans après être devenu le principal critique des dirigeants. La "révolution de palais" est ainsi complète.

Comment l'équipe a-t-elle vécu cette saison tumultueuse en coulisses ? Pour rassurer le public, ses membres ont précisé que rien ne changeait dans leur quotidien. Et il est vrai que la saison sportive a été plus calme. Les médias avaient annoncé la démission de l'entraîneur Vladimir Yurzinov en décembre : fausse information ! Il est resté jusqu'à la fin de saison.

Yurzinov n'aura pas à rougir de ses deux ans passés à la tête de l'équipe. Il aura pratiqué jusqu'au bout son hockey esthétique et créatif, que symbolise son meilleur marqueur, le défenseur très offensif Kirill Koltsov. Bien sûr, le Salavat Yulaev Ufa n'a pas réédité sa finale de 2014, mais il avait perdu deux joueurs-clés. Le duo offensif Kaigorodov-Pihlström était orphelin de son ancien partenaire Mirnov, ne trouvant jamais d'équivalent. Le gardien Andrei Vasilievsky, parti en NHL n'a pas non plus été remplacé, même si Vladimir Sokhatsky, également formé au club, a confirmé ses capacités au plus haut niveau.

Traktor Chelyabinsk (15e - 1er tour) : le nouveau manager a remodelé l'équipe

La saison du Traktor a commencé par des bruits de couloir étranges mais insistants : le défenseur vétéran Vitali Atyushov aurait demandé au vestiaire de faire en sorte que le nouvel entraîneur étranger - Karri Kivi - soit vite mis à la porte. C'est arrivé à l'oreille des dirigeants qui ont immédiatement affirmé leur soutien au Finlandais. Mais, au cours de ce même mois de septembre, le club a viré son vice-président Vladimir Krechina et a engagé comme nouveau manager Sergei Gomolyako. Celui-ci n'avait donc aucune responsabilité dans le recrutement passé et était libre de faire table rase.

Le pire début de saison de l'histoire du club lui en a donné l'occasion. Karri Kivi s'est fait virer le 22 octobre, mais il n'a pas été le seul. Dans la foulée, l'international biélorusse Andrei Kostsitsyn, présent depuis plus de deux ans mais qui présentait un bilan médiocre (4 points et une fiche de -12 en 13 journées), a été envoyé à Sotchi. Quant à Kyle Wilson, arrivé en tant que meilleur marqueur du Dinamo Riga mais très loin de ce niveau (6 points et une fiche de -14 en 22 journées), il était renvoyé d'où il venait.

L'équipe a alors été confiée à Andrei Nikolishin, ancien joueur respecté à Chelyabinsk mais débutant en tant que coach : on serait peut-être plus indulgent avec lui. Nikolishin a vite trouvé son style : autoritaire sur le fond, mais se montrant très proche des joueurs dans chaque exercice, quitte à courir avec eux. Il introduit aussi de la variété dans la préparation, avec du volley, du water-polo... Sa première saison peut être qualifiée de succès, puisqu'il a ramené l'équipe en play-offs.

Il compte modeler l'équipe à son image puisqu'il a promis de la rebâtir à 50%. Stanislav Chistov, qui a totalement changé d'attitude à l'entraînement depuis qu'il a été nommé capitaine, en restera un leader. En revanche, le gardien Michael Garnett, un des héros des podiums 2012 et 2013, ne sera plus prolongé : même si les supporters restent attachés à lui, on lui reproche de ne plus s'entraîner correctement et d'avoir failli en play-offs contre Novosibirsk. Le Traktor espère que le jeune gardien champion tchèque, Pavel Francouz, sera la clé pour revenir dans le haut du classement.

 

Atlant Mytishchi (16e) : un club meurt, un autre renaît

L'épée de Damoclès est restée pendue au-dessus de beaucoup de clubs de KHL cette saison, mais elle n'en a frappé qu'un : l'Atlant Mytishchi. Dès l'automne, le club était exsangue. Au centre de l'attention, son actionnaire majoritaire (à 65%) Anton Zingarevich. Ce fils de milliardaire était rarement à court d'idées pour dépenser l'argent de papa. Après avoir épousé une mannequin en lingerie, il avait acquis 51% des parts du club de football anglais de Reading en 2012... avant d'en repartir deux ans plus tard sans jamais avoir acheté le reste en dépit de ses promesses initiales. Entre-temps, il s'était donc mis au hockey, sport absolument pas rentable en Russie, et en étant incapable de financer le club. Pressé de toutes parts, il se contentait de répondre qu'il fera en sorte que l'équipe finisse la saison, en se gardant bien de formuler le moindre engagement au-delà. Et il ne fallait pas attendre sur la Région de Moscou, qui coupe dans les financements sportifs après des années d'excès, pour compenser.

Dans le même temps, le club vendait ses meilleurs joueurs à ceux qui avaient encore de l'argent. Les soldes se faisaient par paire : le meilleur marqueur Andreas Engvist et le capitaine Ondrej Nemec filaient au CSKA, l'attaquant tchèque Petr Vrana et le déclinant ex-capitaine du Bélarus Konstantin Koltsov prenaient la direction de Kazan.

Le sort du club était déjà scellé quand elle a commencé sa dernière longue tournée à l'extérieur fin janvier. Alors que tout était perdu, cette équipe s'est soudain mise à gagner, avec deux buts décisifs (à Bratislava et même à Saint-Pétersbourg) de Vyacheslav Leshchenko, révélation revenue en pleine forme du Mondial junior. Avec 29 points dans ses 13 dernières rencontres, l'Atlant est revenu à la surprise générale dans la course aux play-offs, échouant d'un rien. Est-ce la fin définitive de l'Atlant ? Zingarevich a accepté de "transférer la marque" au dernier club de la Région de Moscou (région qui ne comprend pas la capitale elle-même), le Vityaz, qui aura deux équipes juniors en MHL dont une sous la bannière de l'Atlant. Cela laisse un espoir de résurrection.

En attendant, c'est le Spartak de Moscou qui renaîtra... sur les cendres de l'équipe de Mytishchi. Son parrain ? Le SKA Saint-Pétersbourg qui a d'abord acheté une dizaine de joueurs en provenance de l'Atlant - lui donnant ainsi l'argent nécessaire pour finir le championnat - avant de les céder quelques mois plus tard au Spartak. Il s'agit essentiellement de jeunes comme Leshchenko et deux joueurs de 21 ans, Sergei Shmelyov, meilleur marqueur de l'équipe avec 37 points, ou encore Yaroslav Dyblenko, qui a passé la saison sur la première paire défensive. Ils ont pris des responsabilités inédites dans une équipe décimée... et c'est le Spartak qui pourrait bientôt tirer les marrons du feu.

 

Severstal Cherepovets (17e) : la discrétion n'empêche pas la formation

Il y a deux saisons, le Severstal Cherepovets avait eu le meilleur VRP pour dresser les louanges de ses qualités de club formateur : Andrei Nazarov, entraîneur à l'époque, avait décrit sa jeune star Vadim Shipachyov comme "le meilleur n87 du monde, avec tout le respect dû à Sidney Crosby"... Aujourd'hui, Shipachyov a gagné en galons, même si l'humiliation de l'équipe russe en finale des championnats du monde face au Canada du capitaine Crosby - premier affrontement entre les deux hommes - a rendu encore plus ridicule cette comparaison grandiloquente. Mais depuis deux ans que Shipachyov est parti au SKA Saint-Pétersbourg, le Severstal n'arrive plus à revenir en play-offs.

Le travail de formation se construit dans la durée, pas par un coach qui reste un an dans chaque club et en vante les mérites comme s'il s'identifiait totalement à la région. À l'époque, le volubile Nazarov se répandait aussi en compliments sur un gamin nommé Pavel Buchnevich, qui en avait déduit qu'il pouvait se permettre d'entrer dans le bureau de son coach pour réclamer plus de temps de jeu. Cela avait évidemment eu l'effet inverse...

L'entraîneur arrivé à Cherepovets l'été dernier, Nikolaï Solovyov, était d'un naturel moins expansif et plus prudent dans ses déclarations. Il ne cessait de rappeler que le talent ne fait pas tout, mais admettait que Buchnevich avait "passé l'examen de la vie" et beaucoup mûri. Pour sa dernière année junior, celui-ci a mérité la confiance de son coach, et démontre que le Severstal est toujours un club formateur. Mais les examens de la vie sont parfois plus rudes encore pour les entraîneurs : Solovyov a été viré au bout de six semaines de championnat, parce que la qualification en play-offs paraissait fragile. Son adjoint Igor Petrov est donc redevenu le chef, sans faire mieux.

Il était logique en un sens de retrouver un coach né à Cherepovets pour encadrer une équipe aussi locale. Trois des quatre meilleurs marqueurs sont en effet des natifs de la ville : c'est aussi le cas du massif (195 cm, 100 kg) Evgeni Mons, qui a enfin percé à 25 ans après trois saisons à moitié gâchées par des blessures, et bien sûr du meilleur marqueur Dmitri Kagarlitsky, rentré à la maison l'an passé après en être parti à 17 ans. Dans une KHL où les temps deviennent durs, le pôle formateur qu'est Cherepovets pourrait tirer son épingle du jeu car ces enfants du pays se montrent fidèles. On leur propose aussi moins de ponts d'or ailleurs.

 

Avtomobilist Ekaterinburg (18e - éliminé au 1er tour) : maillot géant pour joueur de petite taille

La perte de Fyodor Malikhin, l'enfant du pays " noyé " dans l'anonymat en partant dans un grand club (Kazan), n'a pas empêché l'Avtomobilist de retourner en play-offs. On comptait sur la recrue tchèque Jakub Petruzalek pour lui succéder comme meilleur marqueur, et il était bien parti pour, mi-novembre, avant de devoir rentrer au pays dans des circonstances tragiques, le décès brutal de sa petite amie. L'ailier américain Aaron Palushaj a été engagé pour le remplacer, mais sa contribution offensive a été bien plus limitée (9 points).

C'est encore un "local" qui a mené l'offensive. Le meneur de jeu Aleksei Simakov est en effet plus que jamais une idole dans sa ville natale. Lorsqu'un centre commercial d'Ekaterinbourg est entré au livre russe des records en accrochant dans sa galerie le plus grand maillot de hockey le plus grand, évidemment aux couleurs du club local, ce sont le numéro (14) et le nom de Simakov qui ont été choisis. Il s'agit d'un maillot "authentique", au sens qu'il est fait exactement des mêmes matériaux que l'original, avec des dimensions simplement agrandies à 7,2 mètres sur 3,8 mètres, mais évidemment pas d'un maillot porté en match. Le plus amusant dans cette histoire de maillot géant est que Simakov est justement connu pour sa petite taille puisqu'il fait 1m67 à peine !

Les autres attaquants majeurs viennent aussi de la région de l'Oural. Venu de Perm sur l'autre versant (occidental) de cette chaîne de montagnes qui marque la frontière entre Europe et Asie, Anatoli Golyshev a été la révélation du début de saison, même s'il est malheureusement rentré blessé du Mondial junior. C'est pour ça que le club s'est encore plus accroché à Anton Lazarev, essayant de résister - en vain - à sa sélection en équipe russe. Une première sélection, évidemment importante pour le joueur, mais un peu au rabais, puisque la Russie avait envoyé une équipe "bis" pour la circonstance, ce qui ne se reproduira plus (la KHL respectera de nouveau les trêves internationales après le capharnaüm de cette saison). Lazarev est originaire pour sa part de Chelyabinsk, qu'il avait quitté dans un scandale à 16 ans parce qu'il ne voulait pas signer pour 5 ans avec l'équipe première, comme c'était la règle pour les produits de l'école locale. Il avait filé à Mytishchi, dans la banlieue moscovite. Il y est resté... 5 ans, sans jamais percer. Mauvais choix ? Peu importe maintenant. Révélé sur le tard, Lazarev a connu une seconde vie à Ekaterinbourg où il a resigné pour deux ans... avant d'être échangé deux jours plus tard à Ufa.

Tout en assurant que le club continuerait à jouer, le gouverneur a en effet rappelé qu'il voulait un club moins dépendant du budget régional, et il faut donc se séparer régulièrement de joueurs-clés. Mais l'élément le plus important sera toujours là : Jakub Kovar, le troisième gardien de l'équipe nationale tchèque, à qui l'on doit, plus qu'à tout autre, la qualification de l'Avtomobilist en play-offs deux ans de suite. Une qualification due aussi à la faiblesse de la Conférence Est, car il y avait dix équipes bien meilleures à l'Ouest.

 

Admiral Vladivostok (19e) : ces terribles températures positives !

Le centre Ilya Zubov, dont la carrière stagnait au CSKA, est revenu en équipe nationale depuis son arrivée à Vladivostok quinze mois, même s'il n'a toujours pas connu de championnat du monde. Il a reçu une médaille... au Kremlin, parce qu'il a participé à la visite au Président après avoir été réserviste de l'équipe titrée à Minsk l'an passé. Cette année, il a été coupé encore plus tôt pendant la préparation aux Mondiaux, mais il a quand même pris du volume en devenant le capitaine exemplaire de l'Admiral.

Les trois autres joueurs-clés de l'équipe portuaire sont étrangers : les attaquants suédois Niclas Bergfors et Richard Gynge, ainsi que le solide défenseur international tchèque Jan Kolar. Solide, il fallait l'être pour affronter le climat de l'Extrême-Orient. Deux matches ont dû être reportés fin décembre parce que la moitié de l'équipe est tombée malade d'un adénovirus. Le médecin du club a expliqué que ses patients avaient sans doute mal supporté les brusques variations de température entre un jour à -25C et le suivant à +2C avec du fort vent. Voilà qui n'arriverait pas dans des villes sibériennes situées plus loin de la côte (et oui, là-bas, les températures sont plus stables et ne redeviennent pas positives l'hiver). Kolar migrera à Khabarovsk l'an prochain, et il ne sera pas le seul.

Une grande transhumance s'annonce en effet dans l'Extrême-Orient russe cet été. Beaucoup de joueurs suivent le curieux mouvement de leurs dirigeants mais aussi de l'entraîneur Sergei Shepelev, recruté en novembre à la place du Slovaque Dusan Gregor. On ne peut pas dire que ce changement de coach ait changé le destin de l'équipe : lorsque Shepelev l'a prise en mains, elle était un point derrière les play-offs, et trois mois plus tard, elle a fini... avec le même point de retard sur la qualification !

 

Vityaz Podolsk (20e) : des étrangers qui amènent des points et pas des poings

L'accompagnement musical à Podolsk est le plus original de la KHL, puisque ce sont des choristes qui y déclament des chants de hockey tout comme des chants patriotiques. Ils ont pu déclamer à pleins poumons, puisque le Vityaz a obtenu sa meilleure place en huit années de KHL.

Malgré ces vieilles rengaines patriotiques, le "chevalier" (Vityaz) avait un accent plus étranger que d'habitude. Jusqu'alors, pourtant, le meilleur marqueur du club avait toujours été un Russe. Il faut dire aussi que le club de la région de Moscou s'était spécialisé dans l'embauche de goons nord-américains qui remplissait surtout la colonne des pénalités. À l'exception de Chris Simon qui s'en approchait, aucun d'eux ne risquait de concourir pour la place de meilleur compteur. Cette année, ce sont deux étrangers qui ont le plus pointé, des novices en KHL qui plus est : l'ailier suédois Mario Kempe devant le centre tchèque Roman Horák. Ils ont tous deux prolongé.

En moyenne de points, un homme les a toutefois devancés, c'est Aleksandr Kucheryavenko, qui est arrivé au bout d'un mois. Celui qui était considéré comme le plus grand bourreau de travail du SKA Saint-Pétersbourg y aura passé sept ans, dont deux saisons dans la lumière à 23 et 22 points avec Jukka Jalonen comme entraîneur, mais ne jouait presque plus sous Bykov dans un effectif clinquant. Au bout d'un mois, Kucheryavenko a donc quitté la capitale des Tsars avec un autre joueur frustré de temps de jeu, Aleksei Semenov. Ce colosse de 1m98 et 116 kilos, qui a passé ses jeunes années en NHL, est tout de suite devenu le patron de la défense dans son nouveau club. Contrairement aux trois meneurs offensifs précédemment cités, Semenov ne restera pas à Podolsk car il a signé à Sotchi. Le Vityaz devra donc s'appliquer à reprendre du muscle. On n'aurait jamais imaginé il y a quelques années écrire un jour une phrase pareille...

 

Dinamo Riga (21e) : viré puis héros cinq mois plus tard

Pour la deuxième fois en sept années de KHL, le Dinamo Riga a raté les playoffs. Il n'a jamais vraiment été dans la course, et la sanction est venue fin décembre, aux deux tiers du championnat, avec le renvoi simultané de quatre joueurs. L'attaquant slovaque Marcel Hossa et le défenseur Grigorijs Pujacs ont été ainsi mis à la porte parce qu'ils avaient les pires fiches (-15). Le gardien Edgars Masalskis, avec seulement 87% d'arrêts, n'avait jamais concurrencé un Jakub Sedlacek devenu clairement numéro 1 dans les cages (l'autre portier concurrent Jeff Deslauriers sera lui aussi libéré début février). Quant à l'ex-international russe Piotr Schastlivy, son départ fut salué en ces termes : "I n'était pas moins bon qu'une large part de ceux qui restent, mais même s'il est le mari de [l'athlète lettone] Ineta Radevica, il est et reste un renfort étranger. Pour un centre de première ou de deuxième ligne, il était trop faible."

Il n'empêche que ces décisions n'étaient pas uniquement sportives mais avaient une motivation économique. Sinon, ces joueurs auraient tous été remplacés. Une recrue a certes embauchée au même moment, le Canadien Brock Trotter (0,81 point par match en AHL) qui avait déjà joué à Riga en 2010/11, mais après deux saisons de convalescence, il est aujourd'hui loin de son niveau d'antan (2 petits points en 16 journées).

Ce sont donc essentiellement l'attaquant suédois Linus Videll, meilleur marqueur, et le petit défenseur offensif Chay Genoway qui ont complété la colonne vertébrale des internationaux lettons, où Lauris Darzins augurait déjà de son bon championnat du monde.

Un championnat du monde où la Lettonie s'est maintenue in extremis, grâce à un Masalskis redevenu le héros de tout un peuple... cinq mois après avoir été renvoyé comme un malpropre.

 

Neftekhimik Nijnekamsk (22e) : le costume de sauveur n'est toujours pas délavé

Impossible de tomber plus bas : une dernière place et surtout une série de 22 matchs sans la moindre victoire dans le temps réglementaire. La solution du manager Rafik Yakubov - licencier le coach finlandais Kari Heikkilä et prendre lui-même sa place - n'avait pas permis d'arrêter la chute. Il a participé à la recherche d'un successeur, négociant avec Golubovich, mais a été doublé (puis remercié).

L'oligarque qui a fait monter le club de hockey à haut niveau après la chute de l'URSS, Vladimir Bulgakov, le directeur du combinat pétrochimique de Nijnekamsk, a en effet pris son téléphone et appelé - comme toujours - Vladimir Krikunov. Il sait que celui-ci ne refusera pas, et à 64 ans, le vieil entraîneur est donc re-re-revenu (!) dans "son" club d'adoption. Il y avait un petit détail : il venait de signer depuis deux mois pour redevenir le sélectionneur du Bélarus. Pas gênant pour Krikunov, qui était prêt à cumuler les deux postes, comme il le faisait déjà quand il avait atteint les demi-finales des JO 2002 de Salt Lake City. Sauf que la fédération biélorusse ne partageait pas ce point de vue et préférait annuler le contrat. Contraint de se consacrer uniquement à son nouveau travail en club, Krikunov a immédiatement endossé son costume de sauveur : dès son premier match, il a ramené le club à la victoire et mis fin à la série noire.

Néanmoins, le Neftekhimik s'est séparé de plusieurs bons éléments. Le joueur formé au club Piotr Khokhryakov, fort patineur et gros travailleur, a été envoyé à Saint-Pétersbourg où, de la quatrième ligne, il a soulevé la Coupe Gagarine. Le pilier Nikolai Belov, au club depuis 5 ans, a été lui aussi échangé au SKA contre un autre défenseur international de 27 ans, Evgeni Ryasensky (ancien de la dernière période faste 2008-2011 avec déjà Krikunov aux commandes), qui était mentalement dans le doute. L'international américain Tim Stapleton a aussi été envoyé à Magnitogorsk en décembre... mais il restait par contre l'autre petit gabarit rapide Dan Sexton, qui a clairement été le meilleur joueur de Nijnekamsk et a d'ailleurs "remplacé" Stapleton dans l'équipe des États-Unis.

Il était donc difficile de rattraper le début de saison raté. Krikunov a forcément fustigé la condition physique défaillante, puisque la préparation estivale n'avait pas été aussi soutenue qu'avec ses méthodes de fer. Il a aussi dû surmonter l'épidémie de rhinopharyngite qui a frappé 11 joueurs et 3 entraîneurs fin décembre, contraignant à reporter deux rencontres. Et enfin, il a dû aborder la dernière ligne droite avec quatre arrières blessés, dont Ryasensky qui avait vite retrouvé son rôle de leader défensif, mais qui s'est cassé la cheville. Malgré ce sort contraire, le Neftekhimik n'a rendu les armes qu'à son avant-dernier match, en perdant avec cette défense diminuée (4-5) contre son adversaire direct pour l'accès aux play-offs, l'Avtomobilist. Le résultat est donc honorable, et l'étoile de Krikunov reste au firmament du ciel (pollué) de Nijnekamsk.

 

Lada Togliatti (23e) - Gare à la somnolence au volant !

Même parti depuis cinq ans, l'entraîneur incarnant l'ultra-défense, Piotr Vorobiev, a laissé des traces dans l'esprit du Lada Togliatti. La priorité reste aux lignes arrières et cela s'est constaté dans la répartition des places d'étrangers. L'unique attaquant importé est Martin Zatovic, le dynamique joueur de quatrième ligne de l'équipe nationale tchèque. Sans être un pur joueur d'offensive, il a fini meilleur buteur avec 12 buts.

Les meilleurs marqueurs ont été Yuri Petrov, revenu dans sa ville natale (avant d'en repartir pour signer deux ans à Omsk) et Anton Shenfeld, prêté par son club formateur Magnitogorsk où il n'était que remplaçant. Mais ils n'ont totalisé que 21 points. On comprend donc, avec une offensive si timide, pourquoi le Lada a si peu fait parler de lui depuis son retour en KHL (après des années au purgatoire pour défaut de capacité de sa patinoire). Il a roulé pépère dans l'anonymat le plus total.

Les deux seules fois où l'on s'est souvenu de son existence, c'est quand il a échangé ses gardiens avec le bien plus médiatique SKA Saint-Pétersbourg. Arrivé juste après le début de saison, Ilya Ezhov est retourné dans la capitale des Tsars fin décembre en contrepartie d'Evgeni Ivannikov. Savoir qui a le plus gagné dans l'échange dépend des pondérations respectives de la prise de responsabilité individuelle et du palmarès. Ezhov a fini champion, mais en regardant ses équipiers sur le banc. Ivannikov a raté ce titre mais a connu une fin de saison solide à Togliatti avant de retourner à Saint-Pétersbourg. Pour le Lada, ces gardiens de passage changent finalement peu de choses.

 

Medvescak Zagreb (24e) - L'impossible rêve olympique de la Croatie

La deuxième saison est souvent la plus difficile, et l'aventure du Medvescak Zagreb en KHL n'a pas échappé à la règle. L'effet de surprise provoqué par un style complètement nord-américain, à rebours des concurrents, a beaucoup moins bien fonctionné. Le remplacement rapide de l'entraîneur Chuck Weber par Doug Shedden début octobre n'a rien changé à une saison passée en bas de tableau.

Pour les hockeyeurs croates proprement dits, le Medvescak ne sert plus à rien, car ils sont trop loin du niveau de la KHL. Mais les dirigeants du club sont devenus aussi ceux de la fédération de Croatie. L'état des championnats locaux et de la formation des jeunes est toujours aussi délabré, mais peu importe. Les règlements IIHF permettent à un joueur n'ayant porté aucun maillot national de devenir sélectionnable pour un pays dont il a la nationalité au bout de deux ans dans un club local. Or, au gré de ses pérégrinations dans des ligues transnationales, le Medvescak continue de délivrer des licences croates.

Après deux saisons au sein de la ligue russe, des "produits KHL" ont donc renforcé l'équipe de Croatie : l'attaquant canadien Mike Glumac et l'ex-joueur de NHL Andrew Murray, capitaine du Medvescak, qui a mis 8 points au Mondial D1B alors qu'il en a mis 6 et 7 en deux saisons de KHL... Avec sept Canadiens et deux Américains, la sélection croate s'est classée 4e de D1B... mais c'est encore 14 places derrière le niveau nécessaire à la qualification olympique, qui paraît très peu probable.

Cette quête olympique dépendra aussi de la pérennité de l'investissement du Medvescak. On a longtemps cru que le club croate se retirerait de la KHL. Les sponsors russes ont maintenu leur soutien, mais à leurs conditions, et selon la nouvelle politique de la KHL qui ne vise plus l'internationalisation à tout crin, mais privilégie les intérêts intérieurs de la Russie. Le Medvescak sera donc encore là, mais en recrutant désormais de jeunes joueurs russes. Quant à savoir s'ils porteront à terme l'uniforme de la Croatie, c'est une autre histoire...

 

Yugra Khanty-Mansiysk (25e) - Un salaire mensuel ? C'est écrit où ?

Jusqu'en décembre, la saison du Yugra Khanty-Mansyisk était à peu près normale. Le club se félicitait d'avoir recruté Lukas Kaspar et Ben Maxwell, deux joueurs qui ont aussi évolué au Kärpät Oulu au cercle polaire finlandais et qui ne craignaient donc pas le grand froid du "Edmonton russe". Mais le meilleur marqueur (21 buts et 16 assists) fut l'étonnant Nikita Gusev, un jeune Moscovite formé dans le petit club des Belye Medvedi avec la révélation de la saison NHL Nikita Kucherov, copain d'enfance qu'il appelle encore deux fois par semaine. Gusev a été invité au All-Star Game de la KHL et a fait sensation pendant la session des pénaltys.

Les play-offs restaient donc à portée, jusqu'à ce que les pensées des joueurs soient de plus en plus obnubilées par les retards de salaires. Ils croyaient de moins en moins aux promesses (jamais tenues), et l'équipe a forcément glissé au classement. À partir de janvier, les listes des rémunérations devaient être transmises au Département Régional des Sports, qui restait le seul à décider des transferts d'argent sur les comptes en banque. Le directeur de ce Département des Sports, Evgeni Redkin, champion olympique 1992 du 20 km de biathlon à Albertville (la ville pétrolière de Khanty-Mansyisk est aussi la capitale russe du biathlon), a développé une argumentation originale selon laquelle les contrats prévoyaient un salaire donné mais pas forcément des versements mensuels réguliers. En entendant cela, le sang du président du syndicat des joueurs de KHL Andrei Kovalenko n'a fait qu'un tour...

Il aura fallu attendre le 26 mars, après une réception chez le vice-gouverneur de la Région, pour que les salaires en retard soient enfin versés. Et Kovalenko de conclure : "Des gens respectés sont intervenus, et l'argent pour régler les dettes a été immédiatement trouvé. On a rappelé à des individus [NDLR : Redkin a les oreilles qui sifflent] qu'ils n'étaient ni des rois ni des dieux. Les relations avec les employés ne sont pas régulées par la bonne volonté d'un homme, mais par le code du travail et les règlements de la KHL [...] Il n'y a pas que dans la situation du Yugra qu'il a fallu une intervention d'en haut."

 

Slovan Bratislava (26e) - Beaucoup de bruit pour rien

Un des premiers clubs à tirer le signal d'alarme sur la situation financière est le Slovan Bratislava, par la voix de son manager Maro Krajci dès la mi-décembre. Comme tous les clubs étrangers de KHL, il est en effet très dépendant des contrats publicitaires avec des entreprises russes ou liées à la Russie. Même si sa patinoire de 10 400 places restent toujours bien remplie, cela ne suffit pas sans cette aide extérieur pour financer la saison.

Les espoirs sportifs de qualification en play-offs du Slovan Bratislava se sont envolés en décembre pendant la blessure à la cuisse du meilleur marqueur Ladislav Nagy, qui avait connu un excellent début de saison. Mais le principal motif d'inquiétude était le changement de président de la KHL. Aleksandr Medvedev, chantre de l'expansion internationale tous azimuts, a été remplacé par Dmitri Chernyshenko, qui avait dirigé le comité d'organisation des Jeux olympiques de Sotchi, et qui a annoncé une politique de consolidation intérieure face à la crise économique et aux sanctions internationales.

Sentant que le vent risquait de tourner, le club slovaque a cherché des solutions de repli. Il a sondé ses supporters sur l'intérêt manifesté pour rejoindre l'Extraliga tchèque et l'EBEL autrichienne. La conclusion était claire : si le Slovan quitte la KHL, ce serait uniquement pour retourner "à la maison", dans l'Extraliga slovaque. Néanmoins, le club a aussi réaffirmé que sa priorité était de rester en KHL. Il aura finalement été exaucé, et la ligue russe n'a donc perdu aucun club étranger pour cet été.

 

Metallurg Novokuznetsk (27e) : Nous partîmes cinq étrangers...

Pour la seconde année consécutive, Novokuznetsk termine avant-dernier de KHL (une fois de plus devant Khabarovsk), et personne ne s'en étonnera. L'entraîneur Herman Titov sera resté 18 mois en poste, et cette première expérience a même été jugée assez satisfaisante pour qu'on lui confie les commandes du Spartak Moscou qui renaîtra la saison prochaine. Le meilleur entraîneur du monde ne pourra en effet rien faire avec un effectif qui s'effiloche au fur et à mesure que la saison avance...

L'arrivée de quatre Américains en début de saison a été plutôt prometteuse, mais, après le Tchèque Tomas Rachunek dans une première charrette, deux d'entre eux, Matt Lashoff et Jim O'Brien, ont été écartés en décembre et sont retournés en AHL. Alors, bien sûr, le Metallurg Novokuznetsk a gardé ses deux meilleurs éléments (le gros attaquant Ryan Stoa et le petit défenseur Cade Fairchild, tous deux prolongés pour la saison prochaine) tout en se débarrassant des autres. Néanmoins, on ne fera croire à personne que ces choix étaient uniquement sportifs : sinon, les partants auraient été remplacés. Or, le Metallurg a fini la saison à deux étrangers et avec une voilure réduite. Ceci dit, mieux vaut ça que ne pas payer ses salaires : désormais, les mauvais élèves de ce point de vue se trouvent ailleurs...

Le Metallurg Novokuznetsk s'est aussi séparé du gardien Ilya Sorokin juste avant le Mondial junior en l'envoyant au CSKA : après avoir fait sensation à l'automne avec une première sélection en équipe de Russie à 19 ans, Sorokin a peut-être été porté aux nues trop tôt. Il a perdu sa place de titulaire lors des championnats du monde U20... et l'avait déjà perdue en club au profit de Rafael Khakimov, un gardien prêté par Ufa qui n'avait encore à 24 ans aucune expérience à ce niveau. Même s'il forme moins de jeunes qu'il y a quelques années, le Metallurg démontre donc au moins aux grands clubs qu'ils peuvent lui prêter des éléments pour les aguerrir avec du temps de jeu.

 

Amur Khabarovsk (28e) - Double culture et double charrette

Yuri Leonov paraissait bien malheureux à la tête d'un effectif limité qualitativement et quantitativement. Après une série de neuf défaites en octobre, l'entraîneur russe a donc été remplacé par Jukka Rautakorpi. L'Amur Khabarovsk se souvient en effet toujours du succès obtenu par un autre Finlandais, Hannu Jortikka, et rêvait un peu d'un second miracle. Rautakorpi, qui a conduit le Tappara Tampere à six finales de SM-Liiga (dont une seule victoire), a amené avec lui un adjoint de confiance, Aleksandr Barkov (senior), ancien joueur russe dont le fils est la nouvelle star de l'équipe de Finlande. Sa double culture semblait idéale pour servir de lien entre entraîneurs finlandais et joueurs russes.

La culture et la langue sont néanmoins des préoccupations secondaires lorsque l'argent manque et que l'équipe n'a pas le niveau requis. Même si Rautakorpi a aussi fait venir Tuukka Mäntylä, le défenseur-vedette du Tappara, l'Amur Khabarovsk n'a jamais pu quitter la dernière place. Le staff finlandais a donc été débarqué sans attendre que la saison ne s'achève.

En fait, si l'Amur s'est enfoncé dans les profondeurs de la KHL depuis deux ans, c'est parce qu'un nouveau club concurrent (l'Admiral Vladivostok) s'est créé en Extrême-Orient avec - ultime provocation - comme président désigné l'ex-star de NHL Aleksandr Mogilny, un natif de Khabarovsk. Mais la plaisanterie a assez duré. Le gouverneur de la région a annoncé avoir recruté Mogilny plus le vice-président et l'entraîneur de l'Admiral. Le balancier du pouvoir en Extrême-Orient devrait donc quitter la côte et revenir sur les bords du fleuve Amour...

 

Marc Branchu

 

 

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