Russie 2014/15 : présentation

 

La KHL a allongé sa saison régulière à 60 matches entre septembre et février, ce qui la rend extrêmement condensée et astreignante pour les organismes, compte tenu de la longueur de voyages. Il faut en effet y ajouter 4 tours de play-offs, et une présaison où l'on joue souvent trois jours de suite dans les tournois, ce qui a conduit le syndicat des joueurs à suggérer un jour de repos obligatoire entre chaque rencontre. Les équipes alterneront de longues séquences à domicile et de longues tournées à l'extérieur.

Pour arriver à tenir cette cadence, on continuera à jouer pendant les trêves internationales, sauf pendant le tournoi moscovite de décembre : les rencontres internationales organisées à l'étranger sont évidemment moins importantes... du point de vue russe. La KHL jure ses grands dieux qu'elle respectera les règlements IIHF et que les joueurs seront libérés même en plein championnat, mais on peut en douter en pratique.

Surtout que cette saison régulière n'est plus sans enjeu : le titre officiel de champion de Russie sera attribué au meilleur club russe classé, sans attendre les play-offs. La Coupe Gagarine constituera un trophée séparé de vainqueur de la KHL. C'est le même système qui existait au milieu des années 90... L'équité du titre national ne sera cependant pas assurée, car dans ce nouveau format, les clubs rencontrent plus souvent les adversaires de leur propre division et n'ont donc pas le même calendrier.

Le plafond salarial a été réduit à 1,1 milliard de roubles (22,5 millions d'euros), mais les clubs pourront le dépasser à condition de payer 20% de taxe de luxe au fonds de développement de la KHL, utilisé pour les situations d'urgence, comme l'an passé pour permettre au Spartak Moscou (victime de la banqueroute de son sponsor bancaire et non partant cette saison) de finir le championnat. Autres changements : le quota de deux jeunes joueurs sur la feuille de match a été aboli, et les citoyens biélorusses ne sont plus considérés comme des étrangers.

Conférence Ouest

Division Bobrov : SKA Saint-Pétersbourg, Jokerit Helsinki, Dinamo Riga, Medvescak Zagreb, Slovan Bratislava, Dynamo Minsk, Atlant Mytishchi.

Division Tarasov : Dynamo Moscou, CSKA Moscou, Lokomotiv Yaroslavl, Torpedo Nijni Novgorod, Severstal Cherepovets, Vityaz Podolsk, HK Sotchi.

Conférence Est

Division Kharlamov : Ak Bars Kazan, Metallurg Magnitogorsk, Traktor Chelyabinsk, Neftekhimik Nijnekamsk, Yugra Khanty-Mansiysk, Avtomobilist Ekaterinbourg, Lada Togliatti.

Division Chernyshev : Avangard Omsk, Salavat Yulaev Ufa, Barys Astana, Sibir Novosibirsk, Admiral Vladivostok, Metallurg Novokuznetsk, Amur Khabarovsk.

 

 

Division Bobrov (Conférence Ouest)

 

Depuis leur renvoi de l'équipe nationale en 2011, Vyacheslav Bykov et son adjoint Igor Zakharkin ont pris le temps de se faire désirer. L'idée de les réengager a germé dans bien des têtes, mais leurs exigences salariales ont dissuadé maints prétendants. Ils n'ont pas perdu tout contact avec le métier en s'occupant en passant de la Pologne. Ils ont attendu le bon moment, arrivé maintenant que leur successeur en sélection Zinetula Bilyaletdinov a connu à son tour un échec olympique.

Le défi au SKA Saint-Pétersbourg ressemble à celui de la Russie en 2006 au moment de l'arrivée de Bykov : un cimetière d'entraîneurs où personne n'a réussi à mener à la victoire suprême des joueurs talentueux individuellement. Quand la Russie reprise en main est remontée sur la plus haute marche du podium (Québec 2008), l'auteur du but décisif se nommait Ilya Kovalchuk. Arrivera-t-il aussi à conduire le SKA vers son premier titre de champion ?

C'est spécifiquement pour la ligne de Kovalchuk qu'a été embauché Jimmie Ericsson, un tempérament de vainqueur : l'ancien capitaine de Skellefteå a conduit le club de sa ville natale de l'anonymat de la deuxième division jusqu'à deux titres de champion de Suède. Il est resté fidèle jusqu'à ce départ tardif à 34 ans pour un ultime défi. Il est aussi polyvalent que le troisième homme de cette première ligne Viktor Tikhonov, extatique aux derniers championnats du monde. Le trio étranger Thoresen-Mårtensson-Cervenka est toujours là, et Evgeni Dadonov arrive pour former une troisième ligne Panarin-Shipachev-Dadonov très créative et rapide dans ses passes.

La défense n'est pas en reste puisqu'Anton Belov, que Bykov a connu au CSKA, fait son retour en Russie après seulement un an en NHL et forme une paire potentiellement internationale avec Maksim Chudinov. Renvoyé du club au printemps après un retard coupable en équipe nationale, Evgeni Ryasensky a été pardonné et reste présent dans des lignes arrières qui ont elles aussi de la profondeur. Reste à gérer les egos pour former une vestiaire uni. C'est en cela que l'on compte sur la gestion humaine de Bykov.

 

Le SKA Saint-Pétersbourg a récolté un rival à sa mesure avec les Jokerit Helsinki. Si le club finlandais est orphelin de sa rivalité face au HIFK, le derby le plus évident en KHL est celui qui l'opposera au club russe situé au fond du golfe de Finlande. Outre la (relative) proximité géographique, la confrontation aura un intérêt sportif puisque les deux équipes sont clairement les plus fortes de leur division.

La prise de contrôle par des investisseurs russes venus de Saint-Pétersbourg (Guennadi Timchenko et les frères Rotenberg) de 100% de la Hartwall Arena et de 49% des Jokerit a été bouclée l'an dernier, mais entre-temps, l'attitude de la Russie dans la crise ukrainienne a entraîné des mesures de rétorsion contre les oligarques les plus proches de Vladimir Poutine. Premiers visés dans les cercles intimes, Timchenko (par les sanctions américaines) et Arkadi Rotenberg (mais pas son frère Boris) qui est sur la liste noire de l'Union Européenne : l'Italie vient de geler 40 millions de dollars de biens immobiliers lui appartenant. Et c'est dans ce contexte de " guerre froide " que les Jokerit intègrent la KHL !

La KHL tient certainement avec les Jokerit, un des clubs les plus prestigieux du continent, sa plus belle prise : elle dépouille ainsi une des grandes ligues d'Europe, pour la ringardiser avant de la vassaliser. La Liiga a compris le danger mais n'a rien pu faire, sinon bloquer par pur esprit de revanche la participation des Jokerit à la Ligue des Champions, ce qui a donné un prétexte à la KHL pour snober une compétition qui échappe à son contrôle et à ses plans.

Dans ses projets de suprématie européenne, la KHL a un point faible : les affluences, où elle ne compte qu'un seul club dans le top-10 du continent, le SKA Saint-Pétersbourg (troisième). Aujourd'hui, elle en a donc acquis un second, les Jokerit (neuvièmes), qui disposent de la troisième plus grosse patinoire de KHL, derrière la Minsk Arena et l'Arena Zagreb. En plus, les recettes n'ont rien à voir : comme le niveau de vie du pays n'est pas le même, les billets à Helsinki sont les plus chers de la ligue, tout en restant tout à fait dans les normes finlandaises (25 euros en place centrale et 17,5 pour le billet moins cher pour le match de base). Mais les supporters suivront-ils et rempliront-ils sa patinoire ?

Le pari des Jokerit est d'avoir "retourné" l'opinion initialement hostile. C'est avec cet objectif qu'ils ont engagé l'icône absolue Jari Kurri comme manager, le sélectionneur national Erkka Westerlund comme entraîneur, et des internationaux finlandais bien connus tels que la première ligne Niklas Hagman - Niko Kapanen - Juhamatti Aaltonen. Il ne manque donc que l'adoré Teemu Selänne pour gagner instantanément les cœurs, mais les ponts d'or n'ont pas suffi à le faire renoncer à sa décision de retraite.

 

Dans le contexte de tensions entre l'Union Européenne et la Russie, le Dinamo Riga, qui a toujours le fessier posé entre deux chaises, n'a pas lui non plus la partie facile. Il est toujours accusé de faire le jeu de Moscou et d'être un simple pion dans la stratégie russe.

L'intersaison a été inquiétante car le club a connu des difficultés de financement. Il n'avait presque personne sous contrat, et la trentaine de joueurs qui a fait le camp de présaison était majoritairement à l'essai. Pour autant, le niveau des Baltes n'a pas varié : l'effectif se rapproche même plus que jamais de l'équipe nationale.

Il faut bien dire que les hockeyeurs lettons n'ont pas le choix : ils ne sont guère courus en KHL, où ils peinent à justifier un poste d'étranger. Mikelis Redlihs (8 points seulement à Yaroslavl) est ainsi rentré à la maison. Plus étonnant encore, le gardien Edgars Masalskis, qui avait attendu janvier pour décrocher un contrat la saison passée (en Extraliga slovaque), est revenu au Dinamo, quatre ans après, alors qu'on pensait les ponts irrémédiablement coupés. Même si le Dinamo ne roule pas sur l'or, cet entre-soi pourrait former un groupe plus soudé que jamais, dans lequel Aleksandrs Nizivijs a raccroché les patins pour rejoindre le panel des entraîneurs.

À première vue, on pourrait donc s'étonner de la présence de l'ancien capitaine de l'équipe nationale de Russie, le héros tragique des Mondiaux 2007 Piotr Schastlivy, sous le maillot grenat, a fortiori en ces temps troublés. Mais il s'agit là encore d'un lien affectif, et le plus fort qui soit : s'il est arrivé à Riga, c'est parce que son épouse n'est autre qu'Ineta Radevica, championne du monde du saut en longueur en 2010 pour la Lettonie, et depuis retraitée.

 

Le Slovan Bratislava avait bâti son succès en KHL sur la tactique défensive de son entraîneur tchèque Rastislav Cada, mais cela n'avait pas suffi lors de la seconde année. On a ressenti comme un changement cette année : plus de mobilité, plus d'agressivité. Le coach est pourtant le même... Ah, pardon, était le même. Cada a remis sa démission après seulement six matches, trois victoires suivies de trois défaites. Petri Matikainen a été engagé pour le remplacer, et le Finlandais s'est rapidement orienté sur l'amélioration de l'attaque, surtout dans l'enclave.

Les nouveaux visages apparus à l'intersaison devraient aider à ce changement de stratégie. Le buteur-né Ladislav Nagy est évidemment la recrue-phare, qui apporte une bonne dose de talent offensif et remplace le meilleur marqueur Michel Miklík parti à Khabarovsk. Mais l'injection est aussi nord-américaine avec le centre créatif Matt Murley, l'ancien défenseur de NHL passé par Zagreb, Kurtis Foster, et de manière plus anecdotique Patrick White, un Américain méconnu révélé en Extraliga slovaque. Surtout, le club slovaque a réussi les deux tiers d'un gros coup en rassemblant deux des trois éléments de la ligne ultra-complémentaire de la Slovénie, Rok Ticar et Ziga Jeglic (le troisième larron Sabolic est au Sparta Prague). Leur énergie ébouriffante pourrait convenir au nouveau style.

L'attaque, qui ne comptait que deux Tchèques, en recense un troisième avec Vaclav Nedorost, privé de contrat en plein été par le forfait du Donbass Donetsk, en plus des quatre nouveaux étrangers cités. De fait, les Slovaques sont maintenant minoritaires en attaque, et on ne peut plus dire que le Slovan prépare une base pour la sélection nationale, à part dans le fait de rassembler les deux vétérans, Nagy et le capitaine Milan Bartovic, à qui on ne fait pas injure en disant que leurs heures de gloire sont derrière eux.

Dans le même ordre d'idées, Jaroslav Janus, titulaire dans la cage depuis deux ans, doit maintenant subir la concurrence de l'expérimenté gardien suédois Johan Backlund. Cela n'est pas non plus une bonne nouvelle pour une équipe nationale de Slovaquie aux choix restreints. Néanmoins, le Slovan n'a jamais vraiment prétendu incarner un projet d'intérêt national. Et il ne fait aucun doute qu'il redevient ainsi un candidat aux play-offs.

 

Fin avril, la KHL a publié sur son site internet une information selon laquelle trois des quatre meilleurs marqueurs du Medvescak Zagreb, Jonathan Cheechoo, Bill Thomas et Charles Linglet, avaient prolongé leur contrat d'un an. Cela pouvait paraître étrange car le club croate avait quant à lui diffusé le même jour la re-signature de cinq joueurs, mais pas les mêmes. Et dix jours plus tard, Cheechoo et Linglet ont signé à Minsk ! La source la plus officielle qui soit, le site de la ligue, était donc trompeuse. Seul l'Américain Bill Thomas est resté.

Le Medvescak doit donc reconstruire, surtout que son entraîneur Mark French est rentré au pays. Un autre coach d'AHL, Chuck Weber, deux fois champion en ECHL en 2008 et 2010, lui succède. Il reste certes le gardien Barry Brust et pas mal de joueurs, mais les principales armes offensives sont parties.

Les Croates ont donc cherché des remplaçants, qui ont tous un point commun toujours aussi net : le défenseur Andrew Hutchinson, les attaquants Jason Krog et Pascal Pelletier étaient tous dans la première équipe-étoile d'AHL en 2007/08 (Krog étant aussi le joueur de l'année), Darren Haydar et Martin Saint-Pierre les avaient précédés un an plus tôt. La réputation du Medvescak - être un all-star-team d'AHL - ne se dément donc pas. La plupart de ces vétérans d'AHL ont cependant l'avantage d'avoir déjà l'expérience des glaces européennes. L'exception est Mike Hedden, décisif au printemps dans la conquête de la Coupe Calder par les Texas Stars.

Il s'agit dans l'ensemble d'attaquants de petit gabarit, assez techniques pour briller sur les grandes glaces russes, mais assez rompus au jeu nord-américain pour pratiquer du forechecking sur le petite glace de Zagreb. Et s'il y a besoin de hausser le ton dans les mises en échec, les 105 kilos de l'ancien joueur de NHL Anthony Stewart sont là pour ça. Le Medvescak n'a donc rien perdu pour sa deuxième saison. Sauf une chose : l'effet de surprise. Le chien nord-américain dans le jeu de quilles russes est cette fois attendu, et un retour en play-offs ne sera pas si aisé.

 

Le Dynamo Minsk est tombé à la dernière place de la Conférence Ouest la saison passée, et quand son manager a déclaré qu'il fixait à 800 000 dollars annuels le salaire maximum qu'il était prêt à donner à une recrue, on s'est dit qu'il aurait peu de chance de retrouver les play-offs.

On peut cependant douter que les Nord-Américains aient effectivement signé à ce prix-là. La ligne Charles Linglet - Ryan Vesce - Matt Ellison est connue comme le loup blanc dans toute la KHL. Elle a joué ensemble à Nijni Novgorod en 2010/11 (66 buts à eux trois) et à Zagreb l'an passé (32 buts). Sa complémentarité n'est un secret pour personne. Et même si les trois hommes avaient pu rentrer sous ce plafond auto-déclaré parce que leurs performances sont décroissantes, ce n'est assurément pas le cas de Jonathan Cheechoo, l'ancien meilleur buteur de NHL qui a prouvé sa valeur au Medvescak.

Cheechoo mène la première ligne aux côtés de son compatriote canadien Paul Szczechura (ex-Riga) et du capitaine Aleksei Kalyuzhny, qui est donc le seul Biélorusse sur un top-6 offensif nord-américain. Curieux alors qu'on a notifié au Dynamo Minsk qu'il devait préparer les joueurs à l'équipe nationale ? Non, car cette préparation peut revêtir plusieurs formes.

Tout en disant s'opposer aux naturalisations en masse, le club suit l'exemple de Platt et Lalande aux derniers Mondiaux et souhaite incorporer de nouveaux Nord-Américains : c'est pourquoi Charles Linglet fait son retour (il avait passé un an et demi à Minsk, insuffisant pour être sélectionnable), et c'est aussi pourquoi le petit défenseur américain Nick Bailen, révélé en Finlande avec Tappara, a accepté de prendre la nationalité biélorusse. Objectif donné aux deux joueurs : la qualification aux prochains Jeux Olympiques de 2018.

 

C'est bien connu, le malheur des uns fait le bonheur des autres. En l'occurrence, le retrait du Lev Prague, en mettant vingt joueurs sur le marché en plein été, a fait beaucoup d'heureux. À l'échelle de ce bonheur, l'Atlant Mytishchi a sans doute occupé le barreau le plus élevé. Encouragé dans ses démarches par les dirigeants du Lev, il a engagé trois joueurs simultanément : le gardien finlandais Atte Engren, le défenseur Ondrej Nemec et l'attaquant Jakub Vrána. Même s'ils n'ont pas signé ensemble puisque les contrats ont été négociés par deux agents différents, Vrána et Nemec se connaissent depuis quinze ans et les deux Tchèques prendront donc du plaisir à se retrouver.

Sitôt les Tchèques embauchés, l'Atlant a mis fin aux négociations avec le vétéran un peu en disgrâce Aleksandr Frolov. Le club de la banlieue de Moscou a en effet subi une coupe budgétaire et doit négocier au plus juste. Il a trouvé un accord pour racheter la dernière année de contrat du colosse Evgeni Artyukhin, devenu trop cher pour ses moyens actuels.

La défense, qui tenait surtout par le gardien Galimov (parti au CSKA) et le pilier physique Rafael Batyrshin (parti à Magnitogorsk), a été notablement renforcée par deux recrues supplémentaires en plus de Nemec. Le défenseur américain de 30 ans Matt Gilroy, ancien joueur universitaire de l'année, a perdu sa place en NHL après une blessure fin novembre et a donc décidé de poursuivre sa carrière en Russie. Même choix pour le grand défenseur international biélorusse Dmitri Korobov, qui a appris à mieux utiliser son physique pendant deux ans en AHL, mais n'a été appelé que l'espace de trois rencontres en NHL par Tampa Bay. Il a donc décliné la proposition de prolongation et arrive au meilleur âge à 25 ans.

On n'en dira pas autant de Vyacheslav Kozlov, mais le double vainqueur de la Coupe Stanley a vite établi un record avec son nouveau club : l'attaquant de 42 ans et 4 mois vient de devenir le plus vieux joueur à marquer un but en championnat de Russie. De quoi faire patienter en attendant le retour de Vrána et Korobov, qui ont commencé la saison à l'infirmerie.

 

 

Division Tarasov (Conférence Ouest)

 

Malgré l'élimination au premier tour, le Dynamo Moscou aimerait croire que rien n'a changé. Oleg Znarok a été appelé à prendre en mains l'équipe nationale, et son éternel adjoint Harijs Vitolins sort de l'ombre et débute comme coach principal officiel. Les méthodes d'entraînement sont inchangées. Le traditionnel camp d'été à Pinsk mêle toujours quotidiennement cross, musculation et séances sur glace pour une charge inégalée ailleurs.

En plus de Martins Karsums, Vitolins peut maintenant s'appuyer sur un second compatriote letton en attaque, Kaspars Daugavins. Vu son intensité de jeu, l'ancien joueur des Sénateurs d'Ottawa puis de Genève-Servette est censée remplacer le principal partant, "l'agent provocateur" Leo Komarov, l'international finlandais qui est retourné à Toronto.

La recrue-phare, c'est Aleksei Tereshchenko. Il faisait partie des six joueurs piochés par Kazan dans l'équipe du Dynamo Moscou championne 2005, qui avaient permis aux Tatars de remporter le titre l'année suivante. L'international a donc passé ses meilleures années dans la Conférence Est, les poches bien remplies des pétro-roubles de Kazan et d'Ufa, mais est surtout riche d'un prodigieux palmarès de cinq championnats russes et trois médailles d'or mondiales. Le retour de Tereshchenko permet à son club formateur d'avoir trois centres de confiance avec le double champion du monde Konstantin Gorovikov et le fidèle Aleksei Tsvetkov.

La recrue la plus inattendue, c'est Nikolaï Zherdev. L'ex-espoir, dont les talents se sont plus déployés dans les tabloïds que sur la glace, obtient une énième chance là où on s'y attendait le moins, dans un club sans star où le collectif prime toujours. Avec les deux Lettons, le meilleur marqueur de l'an passé Maksim Karpov et les finisseurs expérimentés Maksim Pestushko et Konstantin Glazachev, le Dynamo ne manque pas non plus de talent à l'aile. Sergei Soin et Denis Kokarev, les attaquants défensifs qui avaient été convoqués aux JO de Sotchi avant de se blesser, sont également toujours là. Le contingent bleu et blanc est donc resté homogène.

Le défenseur slovaque Dominik Granak a été remplacé par Mat Robinson, autre petit gabarit, qui tire en revanche de la droite avec un gros slap. Mais la nouvelle première paire Novak-Robinson n'est-elle pas trop attirée vers l'avant ? Le gardien Aleksandr Eremenko peut-il retrouver sa confiance perdue depuis le début de l'année ? Et les cadres champions en 2012 et en 2013 ne manifestent-ils pas des signes avant-coureurs de déclin ?

 

Un déclin dynamiste pourrait coïncider avec une inversion du pouvoir dans la capitale. C'est ce sur quoi se bat le CSKA Moscou depuis la "démilitarisation" post-soviétique, mais l'ancien club de l'armée rouge n'est jamais parvenu à ses fins jusqu'ici.

L'an passé, l'espérance avait pour nom Aleksei Morozov, et elle a été déçue. Le club a mis fin à son contrat, et après un mois de réflexion, Morozov a mis un terme à sa carrière à 37 ans. Possible meilleur joueur du championnat de la dernière décennie, il restera dans l'histoire comme le capitaine qui a ramené la Russie sur le toit du hockey mondial après 16 ans d'attente.

L'expérience si controversée d'un coach américain a elle aussi été rangée au placard. Le nouvel entraîneur Dmitri Kvartalnov pourra mettre en place son style de jeu bâti sur une défense rigoureuse et des contre-attaques rapides. Un style qui pourrait ouvrir des espaces à Stéphane Da Costa. Son talent jamais vraiment exploité à Ottawa a été révélé au monde par le parcours de l'équipe de France en mai. Il a choisi la KHL et ne doit pas la regretter car il a été placé sur une meilleure ligne qu'il n'en a eu l'occasion en NHL : il a été placé sur le premier trio entre Igor Grigorenko et la star Aleksandr Radulov (capitaine en alternance avec le meneur défensif Denis Denisov).

La moindre erreur de Da Costa était observée à cette position de centre de la première ligne, car c'était celle du jeune espoir Nikolaï Prokhorkin l'an dernier (un Prokhorkin dont les lamentations publiques sur un soi-disant départ forcé en Amérique n'étaient comme on l'avait supposé qu'un moyen de négociation avant de re-signer un contrat lucratif). Mais les journalistes suivant le CSKA, tout chauvins qu'ils soient, ont compris l'intérêt de développer une deuxième ligne autour de Prokhorkin, avec Jan Mursak : l'international slovène avait peiné à s'adapter en arrivant en pleine saison en janvier et n'avait pas mis un seul but, mais cette fois il a très vite fait trembler les filets dès la pré-saison.

Le recrutement offensif a été complété par une recherche de suprématie physique avec les 120 kilos d'Evgeni Artyukhin, recordman des pénalités de KHL depuis deux ans, et les 105 kilos de Ben Eager, recordman des pénalités de NHL en 2007 mais aussi vainqueur de la Coupe Stanley en 2010 avec Chicago.

Le CSKA recommence à faire peur, et le point faible dans les cages semble oublié. Ilya Proskuryakov, qui a joué la moitié des rencontres la saison dernière, n'est plus que numéro 3 après les arrivées de Stanislav Galimov, l'ex-titulaire de l'Atlant, et de Kevin Lalande, le Canadien devenu international biélorusse. Galimov a vite pris les devants, et le CSKA a commencé le championnat par trois victoires pour la première fois depuis la chute de l'URSS. Enfin le retour à la gloire ?

 

Le Lokomotiv Yaroslavl a réussi à maintenir la deuxième meilleure défense de KHL (virtuellement la première car elle n'était devancée que par "feu le Donbass Donetsk"), y compris le duo de gardiens expérimenté Curtis Sanford - Vitali Kolesnik. Ces bases arrières sont un modèle de leadership et d'expérience avec l'excellent capitaine de 37 ans Ilya Gorokhov, l'ancien capitaine de la Suède championne du monde 2013 Staffan Kronwall, le Norvégien aux déjà neuf championnats du monde Jonas Holøs ou encore l'ex-international russe (formé en Ukraine) Vitali Vishnevsky.

Jusqu'ici, cependant, l'attaque ne valait que par la jeune ligne Plotnikov-Apalkov-Averin, pleine d'énergie à l'instar d'un Sergei Plotnikov exceptionnel en mai pour son premier Mondial. Cette année, Jiri Novotny et Martin Thörnberg, deux joueurs-clés habilement récupérés au Lev Prague, apportent leur expérience : eux aussi ont été champions du monde, et cette équipe fait une collection de médailles d'or.

Mais si on attend que le Lokomotiv Yaroslavl soit beaucoup plus fort offensivement, c'est surtout par un changement d'état d'esprit. Dave King n'était qu'une étape intermédiaire entre l'adepte de l'ultra-défense Piotr Vorobiev et le nouvel entraîneur Sean Simpson, l'homme qui a décomplexé la Suisse. Simpson a d'abord couronné les ZSC Lions champions d'Europe en battant Magnitogorsk (puis les Chicago Blackhawks en Coupe Victoria). Il a ensuite amené la "Nati" à une incroyable médaille d'argent au Mondial 2013. Son goût du forechecking devrait libérer le potentiel offensif de Yaroslavl, du moins si les défenseurs, plus âgés que les avants, arrivent à suivre le rythme de ce système plus exigeant.

 

L'ancien gardien letton Peteris Skudra, jeune entraîneur déjà très coté, a dû modifier son staff au Torpedo Nijni Novgorod après le départ d'Andrei Skabelka au Sibir comme coach principal. Il l'a remplacé par un autre adjoint biélorusse, Aleksandr Makritsky, rencontré à un séminaire d'entraîneurs pendant les championnats du monde de Minsk. Il a aussi développé une vision du hockey commune avec Artyom Chubarov, côtoyé en NHL à Vancouver, qui commence sa reconversion : il sera envoyé en tribune pendant le match pour transmettre un point de vue différent.

Il y a donc plus de mouvement en coulisses que sur la glace, où le recrutement a été limité mais ciblé. Le Torpedo a renoncé à répondre à la surenchère d'Omsk sur Denis Parshin, car il considère que cette individualité peut être bien substituée par le Biélorusse Sergei Demagin, qui doit mieux s'intégrer au système. Les Finlandais (Jarkko Immonen, Sakari Salminen et le défenseur Juuso Hietanen) restent les piliers de l'effectif, et un quatrième arrive avec le centre défensif Petteri Nokelainen.

Skudra avait en fait une priorité dans le recrutement et a été entendu : il a obtenu Anton Babchuk. Que ce soit en NHL ou en KHL, ce défenseur n'a jamais joui d'une haute réputation de fiabilité dans sa zone, mais son slap surpuissant de la droite est connu de tous. Le calcul du Torpedo, c'est que l'agrandissement des zones offensives va donner plus de temps aux joueurs à la ligne bleue et faire d'un tel canonnier une arme fatale. Si le raisonnement est bon, Nijni Novgorod fera aussi bien que l'an passé et sera confortablement en play-offs.

 

Éliminé des play-offs l'an passé, le Severstal Cherepovets a la ferme intention d'y retourner et a donc nommé comme entraîneur Nikolai Solovyov, qui officiait comme simple consultant la saison dernière. Parmi les cinq étrangers, seul le gardien tchèque Jakub Stepanek a été conservé.

Il n'y a plus que deux étrangers en défense, deux Suédois de 23 ans revenus d'Amérique du nord, l'excellent passeur Adam Almqvist et le physique Alexander Urbom. Les lignes arrières ont quand même perdu en expérience, malgré le retour du vétéran de 33 ans Andrei Shefer, qui revient une quatrième fois au club dont il n'est jamais parti plus de deux ans.

Par contre, en attaque, où Linus Videll était un peu seul, il y aura désormais deux renforts extérieurs, David Ullström et Marek Kvapil, pour amener un peu plus de technique. L'autre arrivée marquante est celle de Dmitri Kagarlitsky, parti de son club formateur à 17 ans et révélé seulement cinq ans plus tard à Novokuznetsk avant de rejoindre le Donbass Donetsk.

Mais le joueur à suivre, c'est la nouvelle pépite locale Pavel Buchnevich, très attendu par les New York Rangers qui l'ont apprécié à leur camp de prospects et espèrent le faire venir dès l'an prochain. Buchnevich a déjà la complainte facile du junior russe qui cherche à mettre une pression médiatique sur son club : pendant la tournée au Canada de l'équipe russe des moins de 20 ans, il s'inquiétait publiquement dans la presse de perdre sa place au Severstal et de se retrouver sur la "cinquième ligne" à son retour. En fait, il a au contraire été immédiatement sur le premier trio, comme il le sera certainement en sélection aux prochains Mondiaux juniors. Ses intéressants 18 points de l'an passé devraient se démultiplier.

 

C'est le plus jeune entraîneur de la ligue, Oleg Orekhovsky, qui a pour mission d'amener le Vityaz Podolsk dans ce monde inconnu depuis 2007 : les play-offs. Il a été flanqué d'un assistant expérimenté avec Ravil Yakubov, qui était l'adjoint de Vladimir Vujtek à Yaroslavl quand il était devenu le premier entraîneur étranger champion de Russie au début du siècle. Ce nouveau staff a commencé par mettre en place une préparation estivale très intense qui a beaucoup fait suer les joueurs.

Promu capitaine en milieu de saison dernière, Maksim Afinogenov a été confirmé à ce poste. Un autre trentenaire a été engagé en défense avec l'ex-international Denis Grebeshkov, qui - comme on le craignait - n'a pas réussi son retour en NHL, encore moins avec le handicap d'une blessure en présaison.

Pour le reste, la priorité a été donnée à la tranche d'âge 23-27 ans, qui doit franchir un palier, voire s'établir en élite. Incapable de s'établir chez lui à Ekaterinbourg, ni même en Extraliga tchèque lors d'une expatriation insolite, Dmitri Tsyganov a ainsi révélé ses qualités en "reculant" d'une division. En VHL au Titan Klin, il a épaté par ses 22 buts et saisit pleinement sa chance au niveau supérieur.

Dans cette équipe homogène, la principale arme offensive annoncée est Mario Kempe, le Suédois qui n'a pourtant jamais dépassé les 27 points dans son championnat. Il a désarçonné les journalistes russes lors de la présentation officielle de l'équipe en expliquant que, ayant grandi à Stockholm, il était content de vivre près de la capitale et saurait trouver les endroits où sortir à Moscou. Pas vraiment le discours politiquement correct attendu dans un hockey russe où l'on aimait bien historiquement cloîtrer les joueurs...

 

C'était l'étape suivante annoncée dans la conquête du sud par le hockey russe. Pour que les grandioses installations olympiques ne soient pas totalement inutiles sitôt la cérémonie de clôture achevée, un club résident a été installé au Palais des sports Bolchoï : le HK Sotchi. Il est construit en partant de rien, comme les sites olympiques, sans la moindre histoire du hockey au bord de la Mer Noire.

L'entraîneur Vyacheslav Butsaev a eu comme première mission de former une équipe. Beaucoup de joueurs ont été mis à l'essai, et les lignes changeaient sans cesse d'un jour à l'autre pour trouver le fonctionnement optimal. Il y a aussi eu un contretemps : Mike Leighton, le gardien venu du Donbass Donetsk, a rompu son contrat pour "problèmes de santé"... et a signé aux Chicago Blackhawks. C'est le Tchèque Tomas Pöpperle qui le remplace.

Il n'y a pas que des jeunes qui ont été testés, bien au contraire. Se cherchant des cadres, Sotchi a semblé se faire une spécialité de récupérer d'anciens internationaux célèbres en fin de carrière, qui ont beaucoup décliné ces dernières saisons. Oleg Saprykin, 33 ans, peut-il au moins se rapprocher de son niveau de 2009 ? La question ne se pose même plus au sujet du défenseur Vitali Proshkin et du centre Sergueï Zinoviev, qui n'ont pas été conservés (de sa propre initiative selon Zinoviev).

En revanche, l'essai a été concluant pour Mikhaïl Anisin, qui n'a que 26 ans mais a bien failli lui aussi être jugé "fini". Huit mois après le scandale filmé de ses frasques à l'hôpital d'Ufa, le petit chanteur a fini de porter sa croix de bois : il peut entamer sa rédemption et tenter de devenir la figure charismatique du nouveau club.

 

 

Division Kharlamov (Conférence Est)

 

Le champion, le Metallurg Magnitogorsk, n'a pas l'intention de se reposer sur ses lauriers. L'entraîneur Mike Keenan s'en est assuré en durcissant la préparation pour mettre vite tout le monde au travail.

Le capitaine Sergei Mozyakin a été prolongé jusqu'en 2018 et a l'intention de rester à Magnitogorsk où son fils de 13 ans brille déjà dans sa classe d'âge. Il a aussi tenu à préciser qu'il n'avait jamais abandonné l'équipe nationale et qu'il était prêt à venir à chaque tournoi, malgré son refus monté en épingle en mai. La ligne Zaripov-Kovar-Mozyakin a encore inscrit presque tous les buts en présaison et est absolument intouchable, en interne comme par les adversaires.

Le reste de l'effectif n'a presque pas varié, car la stabilité doit être la clé pour établir une dynastie. Le Metallurg Magnitogorsk a eu l'opportunité de récupérer un marqueur secondaire régulier, Maksim Yakutsenia, pendant l'année sabbatique du Donbass Donetsk. Les places sont très ouvertes derrière la première ligne, et c'est une chance pour le technique et physique Vladislav Kamenev de se faire une place au centre de la deuxième ligne : ce joueur de tout juste 18 ans, formé dans le club voisin d'Orsk (300 km plus au sud le long de l'Oural), est traité à égalité avec l'ex-joueur de NHL Tim Brent.

Le Metallurg continue donc de faire confiance aux jeunes, et l'a déjà prouvé avec Viktor Antipin : le fils de Vladimir Antipin, international du Kazakhstan et auteur du but historique qui a sacré Magnitogorsk champion d'Europe en 1999, est arrivé au club à quatre ans et demi avec son père et y a été formé. Ce défenseur de taille modeste n'hésite pas à aller de l'avant et a épaté face aux meilleures lignes adverses. Sa prochaine étape cette saison est certainement son premier test en équipe nationale.

 

Depuis la catastrophe nationale des Jeux olympiques de Sotchi en février dernier, Zinetyula Bilyaletdinov est honni de toute la Russie. Toute ? Non. Une République d'irréductibles Tatars résiste encore et toujours à la facilité de l'opprobre généralisée. Ici, Bilyaletdinov est toujours l'ancien entraîneur d'Ak Bars Kazan pendant sept ans, l'homme qui a conduit la panthère blanche à trois titres de championne de Russie. En mars, il avait donc été accueilli à bras ouverts, sans même lui lancer de tomates, comme vice-président et directeur général.

Pour cette nouvelle saison, il a retrouvé sa place originelle de coach. Valeri Belov, qui lui avait succédé, a été gentiment prié de redevenir son adjoint, comme si rien n'avait changé depuis 2011. Sauf que tout a changé, et en particulier l'équipe.

S'il y a bien un nom que l'on pensait indissociable de Bilyaletdinov, c'est bien le centre Aleksei Tereshchenko qui l'avait suivi du Dynamo à Kazan en 2004. Et pourtant, il a participé à la décision collégiale du club de s'en séparer. Ak Bars espérait faire jouer la clause de compensation de la nouvelle convention collective, mais celle-ci n'est valable que pour les contrats signés depuis le 30 avril. Pour les contrats anciens, les clauses restent applicables, le syndicat des joueurs l'a fait remarquer et la KHL l'a confirmé. Kazan a donc finalement dû payer 900 000 euros pour racheter les deux ans de contrat de Tereshchenko, sachant que l'économie nette réalisée sur son salaire ne paye même pas l'indemnité-record de transfert de son remplaçant Fyodor Malykhin. N'est-ce pas un peu cher pour substituer une valeur sûre par un joueur, certes plus jeune, mais qui a encore tout à prouver après une seule très bonne saison ?

Le démantèlement des joueurs-clés de la dynastie championne en 2010 et 2011 est en tout cas assumé : après les départs du gardien Barulin, des ailiers Zaripov et Morozov, du centre Tereshchenko, il ne reste plus que le défenseur Ilya Nikulin, resté mais "dégradé". Il n'est plus capitaine : les joueurs ont élu à sa place Aleksandr Svitov, centre qui utilise son gabarit dans les duels et pour masquer le gardien en supériorité numérique.

Kazan ne se repose donc plus sur des cadres russes qui peuvent former la base de l'équipe nationale : les postes-clés sont désormais confiés à des étrangers, en incluant dans cette catégorie l'international biélorusse Sergei Kostsitsyn même s'il ne rentre pas dans le quota. La recrue majeure est le double champion suédois à Skellefteå, le très convoité Oscar Möller (les Los Angeles Kings, le SKA Saint-Pétersbourg et le Salavat Yulaev Ufa étaient aussi sur les rangs). Le Canadien Justin Azevedo, meilleur buteur des play-offs de KHL, devra confirmer son "printemps de Prague". Et le prometteur gardien Emil Garipov, champion du monde junior 2011, risque de retourner sur le banc car le nouveau venu, l'international suédois Anders Nilsson, sera difficile à déloger de sa cage avec ses 195 cm et 103 kg.

Bilyaletdinov ne fera donc pas plaisir à l'opinion russe... mais il sait maintenant que c'est une cause perdue.

 

Une seconde absence du Traktor Chelyabinsk en play-offs serait impardonnable. Le mauvais départ a donc immédiatement mis la pression sur Karri Kivi. L'entraîneur qui a conduit la Finlande à un étonnant titre de championne du monde junior en janvier dernier a convaincu les dirigeants par son approche énergique et professionnelle jusque dans les moindres détails. Il leur a demandé de filmer les matchs de préparation avec quatre caméras au lieu d'une pour analyser les actions sous différents angles. Et il a même mesuré la distance entre le vestiaire et la glace pour calculer les temps de trajet. Il n'en reste pas moins que Kivi est le premier entraîneur étranger à Chelyabinsk, ville plutôt fermée et conservatrice. Certes, le rival ouralien Magnitogorsk est devenu champion avec un coach canadien, mais Kivi aura peu le droit au pardon.

Or, l'effectif à sa disposition pose question. Le Traktor a fait revenir Deron Quint, le défenseur américain avec qui il avait atteint la finale en 2013. Mais cet honorable vétéran, qui n'a pas rajeuni et a maintenant 38 ans, est-il adapté aux nouvelles règles avec une zone neutre réduite, qui favorise les transitions rapides ? L'interrogation vaut aussi pour Oleg Piganovich, ancien joueur de Chelyabinsk entre 2007 et 2010, plus connu pour son slap que pour sa vitesse, et pour l'ex-international Vitali Atyushov, qui a beaucoup décliné la saison passée à l'Atlant. Déjà jugée lente et vieillissante il y a deux ans quand elle avait surpris jusqu'en finale de KHL, la défense a plus accentué que corrigé ce défaut. En plus, tous les arrières tirent de la gauche, ce qui ne paraît pas non plus équilibré.

L'attaque a plus de qualités, si plusieurs joueurs arrivent à se réhabiliter. L'éternelle énigme Andrei Kostsitsyn doit enfin tirer le meilleur de son talent. Stanislav Chistov, doté de mains d'or, a dû s'excuser auprès du président de ses fautes disciplinaires (alcool...) pour garder sa place dans l'équipe. Konstantin Panov, joueur-modèle cité en exemple en 2012/13, avait perdu la sienne quelques mois plus tard parce qu'il ne s'engageait plus dans les duels comme avant, alors que son physique est son principal atout.

Le Traktor aura d'autant plus besoin d'eux que, outre la pépite locale Evgeni Kuznetsov, le meneur offensif Petri Kontiola est aussi parti en NHL, mais sans prévenir de ses intentions les dirigeants qui l'ont appris par son agent. Les deux recrues étrangères ne semblent pas du niveau du centre finlandais. Ni Kyle Wilson, le meilleur marqueur du Dynamo Riga qui a signé pour deux ans. Ni Martin Ruzicka, le joueur dominant de l'Extraliga tchèque qui n'a jamais transposé ses succès en compétition internationale.

Après une finale puis une non-qualification, le Traktor semble simplement redevenu un club moyen, destiné à une élimination anonyme au premier tour.

 

Après huit présences consécutives en play-offs, le Neftekhimik Nijnekamsk vient de les manquer deux fois en trois ans. La mission est donc claire pour le Finlandais Kari Heikkilä, officiellement entraîneur depuis mars, qui en est déjà à son quatrième club en KHL. Il semble plus facile de se qualifier cette saison car un gros concurrent, le Torpedo Nijni Novgorod, est retourné dans la Conférence ouest.

Les principaux atouts ont été conservés. Le meilleur marqueur Egor Milovzorov et le pilier défensif Nikolai Belov, qui avaient été prêtés au grand frère tatar Kazan en janvier. Maksim Rybin, ancien chouchou du Spartak, arrivé en novembre dernier, a été promu capitaine.

Le départ du défenseur Renat Mamashev, qui n'avait pas du tout confirmé son exceptionnelle saison 2012/13, avait été annoncé dès le mois de février : il a surpris en tentant sa chance à 31 ans au camp de pré-saison des New Jersey Devils (où il a tenu deux semaines, restant donc sans club). Il a été remplacé à Nijnekamsk par un autre défenseur offensif ayant connu une saison de gloire (quand il a battu le record du monde du slap le plus puissant en 2012), Aleksandr Ryazantsev.

Alors que les nationalités des étrangers étaient très dispersées, le Neftekhimik a désormais clarifié les rôles : des Finlandais derrière (le jeune gardien Ville Kolppanen et le défenseur Teemu Eronen), des Américains devant. Le rapide Dan Sexton, arrivé en janvier, a en effet été rejoint par un autre petit gabarit, l'international Tim Stapleton qui reste sur trois bonnes saisons (27 points en NHL, puis 40 et 33 points en KHL), et par Josh Hennessy. Les Yankees donneront-ils au club tatar ce punch à l'attaque qui lui faisait défaut ?

 

Dmitry Yushkevich, qui avait été entraîneur-chef pendant une demi-saison à Novosibirsk, a mûri comme adjoint pendant deux ans à Yaroslavl avant de se voir offrir sa seconde tentative par le Yugra Khanty-Mansiysk. Le jeune coach se voit confier la tâche de rajeunir le style après des années sous la conduite d'un trio expérimenté mais vieillissant.

Ville la plus septentrionale de la KHL, Khanty-Mansiysk n'a d'autre attrait que pétrolier et les volontaires pour se déplacer dans le Grand Nord sont rares. L'équipe a toujours été constituée de sans-grade. L'an dernier, le meilleur marqueur était un parfait inconnu, Mikhaïl Zhukov (23 points), parti à Nijnekamsk. On est d'autant plus surpris de voir débarquer Nikita Filatov, l'ancien n°6 de draft parti aussi sec en NHL, qui est déjà en recherche d'une dernière chance à 24 ans après une dernière saison moyenne à Ufa.

Les étrangers sont aussi un peu plus prestigieux que d'habitude. Libéré par le retrait du Donbass, Lukas Kaspar a été champion du monde en 2010, année où il évoluait aux Kärpät Oulu avec Yushkevich dont c'était la dernière année de carrière comme joueur. Le centre canadien Ben Maxwell arrive directement des Kärpät puisqu'il a été champion avec eux au printemps. Le petit et vif Toni Rajala était le meilleur marqueur du Mondial U18 en 2009, il pourrait connaître sa grande percée cinq ans plus tard. Le relanceur avisé Philip Larsen est le premier joueur du Danemark en KHL, en provenance directe de NHL. Enfin, le déménageur Ilari Melart, prêté par Columbus en cours de saison dernière, est resté en Sibérie occidentale.

Pour une fois, le Yugra Khanty-Mansiysk pourrait donc passer pour un prétendant légitime aux play-offs sur ses seules qualités individuelles. À Yushkevich d'insuffler la dynamique adéquate.

 

L'Avtomobilist Ekaterinbourg a fait doucement ricaner dans les isbas en déclarant viser le titre. À quoi bon s'engager si ce n'est pour gagner, a rétorqué le gouverneur local aux sceptiques. Une attitude plus fidèle au baron de Coubertin aurait le mérite d'être un peu plus lucide... L'équipe ne s'était qualifiée en play-offs qu'avec un apport exceptionnel (24 buts, 24 assists) de Fyodor Malikhin. Mais celui-ci a refusé la prolongation de contrat et le club n'a eu d'autre choix que de le vendre au plus offrant.

On ne peut en tout cas pas accuser l'Avtomobilist de ne pas savoir négocier : la compensation versée par Kazan (115 millions de roubles, soit 2,3 millions d'euros) est tout simplement la plus grosse indemnité de transfert jamais vue dans l'histoire du hockey sur glace. Dans ce sport, un système des transferts comparable au football a toujours été battu en brèche par la NHL qui veut imposer son modèle - prévoyant des compensations 20 fois inférieures - pour bénéficier sans trop payer des joueurs européens.

Sans Malikhin, l'Avtomobilist devra compter sur des recrues étrangères en attaque : le Tchèque Jakub Petruzalek et l'inattendu Gilbert Brulé. Ce numéro 6 de la draft NHL 2005, avait refusé d'être envoyé en AHL le 31 décembre dernier. Brian Maloney, le manager de Phoenix, avait alors expliqué : "Il a décidé qu'il ne voulait plus vivre avec sa valise, il en avait marre de vivre dans les hôtels, il m'a dit qu'il arrêtait le hockey et deviendrait peut-être pompier. [...] J'ai mentionné que c'est dur de gagner l'argent qu'il se fait dans le monde réel, mais il le découvrira assez vite." C'est apparemment le cas, puisque Brulé, sur le point de venir en KHL l'été dernier, a franchi le pas et veut rechausser les patins. Même volonté de retour chez Viktor Kozlov, qui rechausse les patins à 39 ans après une saison blanche sur blessure.

Si l'on veut bien remiser au placard les doux rêves de titre, on constatera qu'il reste une clé de réussite de l'Avtomobilist : que le gardien international tchèque Jakub Kovar continue de fricoter avec les 93% d'arrêts...

 

Le Lada Togliatti fait son grand retour en KHL. Exclu il y a quatre ans parce qu'il n'avait pas de capacité suffisante d'accueil du public, il a entre temps obtenu une nouvelle patinoire de 6122 places, son sésame pour revenir au haut niveau, comme cela lui avait été promis.

Pour autant, le Lada repart de presque rien. En VHL - la division inférieure - il figurait dans le ventre mou du classement. Pour être compétitif, il faut donc rebâtir une équipe. Et la façon la plus simple est de rappeler ceux qui avaient vécu les dernières heures avant l'exclusion de la ligue, comme si rien n'avait changé. Première étape, l'entraîneur : Sergei Svetlov avait été le dernier coach du Lada Togliatti en KHL en 2010, et il sera aussi le premier coach de la "résurrection".

Les inséparables Yuri Petrov et Aleksandr Chernikov, deux joueurs formés ensemble à Togliatti, sont aussi revenus après avoir passé les quatre années "transitoires" dans les mêmes clubs (deux ans à Novosibirsk puis deux ans à Yaroslavl). Ils y jouaient un rôle mineur, mais revenus chez eux, ils prennent des responsabilités offensives majeures. Le Lada ne compte en effet qu'un seul étranger en attaque, l'international tchèque Martin Zatovic.

Sachant qu'il serait le petit poucet, le Lada a surtout cherché à blinder sa défense avec un Tchèque (Jiri Hunkes) et deux Slovaques (Peter Podhradský et Karol Sloboda), devant le gardien canadien Jeff Glass. Mais ce dernier n'est déjà plus seul, car rapidement, le SKA a expédié son gardien Ilya Ezhov, qui ne jouait plus, afin qu'il puisse avoir sa chance comme titulaire.

La religion née du temps de Piotr Vorobiev (priorité à la défense et priorité à la formation locale) reste donc bien ancrée à Togliatti. C'est la seule route vers le succès pour le Lada.

 

 

Division Chernyshev (Conférence Est)

 

La KHL se plaisait généralement à marquer les esprits par un transfuge-phare de NHL chaque été. La situation économique peu favorable en Russie a un peu calmé ses ardeurs, et aucune star à la Kovalchuk n'a été annoncée cette fois. Par contre, un joueur intéressant, jouissant d'une réputation sans tache en NHL, constitue sans doute la recrute de l'été : Vladimir Sobotka arrive à l'Avangard Omsk .

Sobotka est déjà un des meilleurs attaquants tchèques, même s'il est moins connu car il n'a débuté qu'aux derniers Mondiaux après avoir manqué les JO sur blessure à la rotule. Centre très complet et solide dans les deux sens de la glace, meilleur pourcentage de toute la NHL aux mises au jeu, il n'a pas les atours d'une vedette, mais ses qualités sont reconnues de tous. La seule raison pour laquelle il n'est pas resté en NHL, c'est que Saint Louis était coincé par le plafond salarial. Étant agent libre "restreint", il ne pouvait signer ailleurs... sauf à partir dans une ligue où on pouvait le payer à sa juste valeur. Pour garder ses droits, les Blues sont allés jusqu'au bout de la procédure d'arbitrage "par contumace" (Sobotka avait déjà signé à Omsk), et si le Tchèque revient en NHL, ce sera pour un contrat de 2,7 millions de dollars par an, proposition de la franchise du Missouri actée par le juge. Cela risque de ne pas favoriser son retour, car ce salaire risque de s'éloigner de sa valeur réelle déjà plus élevée.

L'Avangard, qui a fait signer Sobotka pour trois ans, s'en frotte les mains. Il a été placé entre le champion du monde Sergei Shirokov et le nouveau venu Denis Parshin, deux joueurs qui avaient déjà évolué sur la même ligne au CSKA et qui ont immédiatement retrouvé leur entente mutuelle sur la glace. Un autre trio d'attaque majeur est constitué du néo-international Dmitri Kalinin, plus jeune capitaine de KHL à 23 ans, et des désormais ex-internationaux Aleksandr Perezhogin et Aleksandr Popov. L'Avangard Omsk a donc un des meilleurs top-6 offensifs de la ligue, en y utilisant un seul étranger.

L'entraîneur finlandais Raimo Summanen compte sur la créativité de ces deux lignes pour faire la différence, et sait disposer aussi de joueurs de devoir comme le centre défensif suédois Tom Wandell. Un des meilleurs gardiens russes, Konstantin Barulin, a été embauché pour tenir le fort.

Reste la défense, dont le leader désigné sur la glace et dans le vestiaire devait être Kristian Kudroc. Le géant slovaque a subi une sévère commotion cérébrale en août lors de la pré-saison, on ne sait pas quand il pourra reprendre le jeu, et le club a préparé une séparation amiable. Cela accroît les responsabilités sur l'autre recrue défensive, le plus petit et plus offensif Erik Gustafsson, qui a choisi de quitter la NHL cet été parce qu'il voulait plus de temps de jeu qu'à Philadelphie.

 

En juillet 2015, la ville d'Ufa accueillera le sommet des nouvelles puissances économiques, les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du sud). Elle fait l'objet de grands travaux d'embellissement : trottoirs en granit, massifs de fleurs. Mais le nouvel étendard à l'entrée de la cité, ce sont les minarets de la nouvelle mosquée, qui porte évidemment le nom - comme le club de hockey et à peu près tout le reste - du héros national bachkir Salavat Yulaev. Elle a été définie par ses promoteurs comme la plus grande mosquée d'Europe.

D'Europe ? Et oui. Au milieu de la très asiatique Division Chernyshev, le Salavat Yulaev Ufa est le seul club à l'ouest de l'Oural. Autant dire que le nouveau calendrier de KHL, qui accroît les rencontres intra-division et diminue les confrontations avec la Conférence ouest, ne lui a pas plu. Le club a dénoncé une ligue à deux vitesses, entre les équipes de l'est sans cesse en avion et les celles de l'ouest qui peuvent prendre le bus, et ses avocats ont rédigé un courrier aux dirigeants de la KHL. En vain.

Ce calendrier très exigeant sera épargné aux plus anciens puisque le Salavat Yulaev Ufa s'est séparé de trois vieux défenseurs, Vitali Proshkin (38 ans, après sept saisons au club), Brent Sopel (37 ans) et Anton Babchuk (30 ans). Il a engagé la révélation du dernier championnat du monde Aleksandr Kutuzov (Sibir), et le Finlandais Ilkka Heikkinen (Lugano) pour sa solidité mais aussi pour l'aspect offensif. Ces lignes arrières paraissent très équilibrées, bien qu'elles ne comptent plus qu'un seul trentenaire, le gros pointeur Kirill Koltsov.

Cette sécurité défensive est importante car Ufa conserve son style traditionnel, un hockey offensif et spectaculaire, où font merveille la créativité d'Aleksei Kaïgorodov et la vitesse d'Antti Pihlström. Il manque peut-être juste un vrai scoreur de renom.

La perte majeure de l'intersaison, c'est le gardien Andrei Vassilievsky, à peine révélé à sa dernière saison junior et qui a déjà cédé aux sirènes nord-américaines (alors que l'AHL est invéitable à son âge). Son remplacement par le déclinant international biélorusse Vitali Koval, en disgrâce à Nijni Novgorod, a fait nombre de sceptiques. Encore plus quand Koval a raté son début de saison, remplacé dès le troisième match par le local Vladimir Sokhatsky après deux buts en trois minutes. Le club a fini par recruter un Canadien, Leland Irving, et... Koval a aussitôt réagi par deux blanchissages consécutifs ! Trois gardiens, n'est-ce pas trop ? On croit dans la concurrence à Ufa : lors des deux saisons couronnées par un titre, un compétiteur étranger était arrivé en cours de saison pour titiller les deux gardiens russes en place.

Mais la perspective d'un troisième titre est-elle encore réaliste ? Le budget est moindre aujourd'hui, puisqu'on s'est allégé du dernier gros salaire Zinoviev, et il risque encore de baisser avec le gel des avoirs du fonds d'investissement "Ural", organe majeur de financement du hockey en Bachkirie dont plusieurs dirigeants sont accusés de blanchiment d'argent...

 

Lorsque le Donbass Donetsk a demandé une année sabbatique pour cause d'instabilité politique et de patinoire incendiée, un des plus médiatiques entraîneurs de KHL, Andrei Nazarov, se trouvait libre. Le Barys Astana a sauté sur l'occasion et l'a embauché avec ses deux adjoints. Un coup double, car comme en Ukraine, Nazarov s'occupera aussi au Kazakhstan de l'équipe nationale en parallèle.

Dès la présaison, Nazarov a commencé à faire parler de lui. Un discours enregistré dans le vestiaire à la pause d'un match a fait le tour de l'internet russophone. Son "vocabulaire de travail" est en effet si fleuri que ceux qui ont diffusé la vidéo y ont apposé la mention "interdit aux moins de 18 ans". Mais quand Nazarov a joint le geste obscène à la parole lors d'un match à Vladivostok où il s'estimait volé par l'arbitrage, la KHL lui a tout de même infligé 7 matches de suspension. Son discours cru rend plutôt Nazarov sympathique auprès des supporters du Barys, mais certains ne sont en revanche guère enthousiastes envers le style défensif qu'il impose. Le gardien slovaque Jan Laco, qu'il a amené de Donetsk, sera la clé de voûte de l'équipe.

Nazarov a aussi une autre réputation, celle d'être attaché à la formation des jeunes. Il a ainsi fait débuter en KHL deux joueurs locaux de 19 ans formés à Karaganda, l'agile attaquant Nikita Mikhaïlis et le rugueux défenseur Madiar Ibraybekov, qui seront deux grands atouts pour le Kazakhstan au Mondial junior IB (où il sera favori devant la France).

Même si Nazarov parle beaucoup des jeunes, dans les faits, la répartition des rôles n'a pas changé à Astana. Le temps de jeu est toujours essentiellement confié à la première ligne nord-américaine Dustin Boyd - Nigel Dawes - Brandon Bochenski, avec le soutien du défenseur offensif Kevin Dallman, l'ex-capitaine qui fait son grand retour après une seconde saison ratée à Saint-Pétersbourg.

 

Normalement, aucun club n'a le droit de s'engager en KHL s'il n'a pas d'abord réglé les salaires de la saison précédente. C'est la théorie. En pratique, la règle a toujours été foulée aux pieds. Le Barys n'avait rien versé en avril, et a attendu six mois pour honorer ses promesses. Le Sibir Novossibirsk a lui aussi attendu le mois d'octobre, mais ses dettes ont été connues plus tôt, et les doutes émis sur sa participation pendant l'été ont fait trembler son public inconditionnel. Le soutien budgétaire n'est cependant à la hauteur de cet enthousiasme, malgré les démarches des dirigeants de la KHL envers les autorités régionales.

Avec son petit budget, le Sibir est donc toujours condamné à l'audace. Il s'est notamment fait une spécialité de servir de tremplin à de jeunes entraîneurs (Yushkevich, Skudra, Kvartalnov). Il donne maintenant sa chance à Andrei Skabelka, ex-international du Bélarus qui était devenu sélectionneur de secours de son pays en 2012/13, sans contrat en bonne et due forme. Une situation qui explique aussi ses piètres résultats, la non-qualification olympique et la quatorzième place aux Mondiaux. Après avoir servi d'adjoint de Skudra à Nijni Novgorod pendant un an, il est certainement un des entraîneurs les moins chers de KHL.

Le Sibir a par ailleurs perdu ses deux joueurs-clés, le défenseur international Kutuzov et le meneur offensif et chouchou du public Jori Lehterä : l'international finlandais est parti en NHL, où il s'est immédiatement imposé chez les Blues de Saint Louis... où il remplace directement un certain Sobotka et joue sur la ligne de son ex-coéquipier Vladimir Tarasenko (né à Novosibirsk). La boucle est bouclée ! Sauf peut-être pour le Sibir...

Pour compenser ces départs, la filière suédoise a été choisie grâce au nouvel entraîneur-adjoint Igor Matushkin, qui a vécu 20 ans en Suède et qui aide donc aux contacts, aux négociations et à l'adaptation. Le défenseur Patrik Hersley, soudainement révélé par ses 25 buts à Leksand qu'il avait fait monter de deuxième division en élite suédoise, a été évidemment recruté pour ses boulets de canon de la ligne bleue. L'ailier Andreas Thuresson amène son sens du positionnement dans le slot, dans un style moins créatif mais plus physique que Lehterä. Impatient d'en découdre ("Enfin de retour à la vie normale", a-t-il tweeté le jour du début de saison), Thuresson a marqué six buts à ses quatre premières rencontres et s'est vite imposé.

 

Contrairement à la plupart des "petits clubs", l'Admiral Vladivostok a pu conserver tous ses joueurs-clés. Le duo suédois Niclas Bergfors et Richard Gynge mène toujours l'offensive. L'ancien capitaine Enver Lisin est revenu après son échange au CSKA en décembre (le joueur qui avait été échangé contre lui, Ilya Zubov, est par contre resté et est même devenu capitaine !

Il en manquait cependant un : Felix Schütz. L'Allemand étant devenu un étonnant meilleur marqueur pendant son contrat d'un an, il a pris de la valeur. L'Admiral gardait ses droits pour la KHL a essayé de les faire fructifier en le vendant 700 000 dollars à des clubs de la conférence ouest. Schütz n'a pas trouvé preneur à ce prix-là, et pour rester, il exigeait une augmentation. Privé d'entraînement, il a dû signer et jouer à Munich - avec une clause de sortie en KHL - pour forcer la main des dirigeants de Vladivostok. Ils ont trouvé une entente de deux ans, mais toute la pré-saison a été perdue, plus six semaines de championnat.

Il est important d'avoir pu conserver les cadres, car l'Admiral n'a plus droit qu'à 5 étrangers comme tout le monde, et non plus 7 par dérogation comme à sa première saison. Il n'a donc plus le droit à l'erreur. Si le solide Tchèque Jan Kolar (Donbass Donetsk) s'est imposé en défense, le gardien finlandais Ari Ahonen a raté ses premières sorties et a été sacrifié pour préparer le retour de Schütz. L'Admiral s'était auparavant arrangé pour se faire envoyer Ilya Proskuryakov, qui ne jouait plus au CSKA Moscou, en abondance avec trois gardiens.

Maintenant que Schütz est enfin revenu, l'entraîneur Dusan Gregor doit rattraper le temps - et les points - perdu(s). Champion dans la ligue inférieure (VHL) avec la multinationale kazakhe du Sary-Arka Karangada, le coach slovaque a emmené dans ses valises son meilleur joueur Konstantin Makarov, le MVP de ces play-offs VHL qui a déjà une longue expérience en KHL. Il bénéficie de trois autres transfuges de division inférieure, Aleksandr Goroshansky, champion un an plus tôt à Neftekamsk, et les jumeaux Ushenin, chouchous du public chez le club-partenaire Perm.

 

Cela fait sept ans que le Metallurg Novokuznetsk n'a pas joué les play-offs. Par quel miracle ferait-il mieux ? Le meilleur marqueur, le grand gabarit Evgeni Lapenkov, a quitté le club pour la troisième fois, et les jeunes générations fournissent moins de pépites qu'il y a quelques années. De toute façon, les vrais grands talents ne restent pas longtemps de toute façon, suivant le chemin pris par Bobrovsky et ses confrères.

Le nouveau Bobrovsky est-il déjà dans les murs ? Ilya Sorokin a été choisi au troisième tour de la draft NHL en juin par les Islanders. Ce gardien junior a débuté plus jeune que Bobrovsky, et comme son aîné, il est en train de s'imposer titulaire alors qu'il est seulement d'âge junior, une gageure. Sorokin n'est pas un pur produit de Novokuznetsk comme "Bob", il a été formé dans son jeune âge au Vimpel de Mezhdurechensk, ville située à 77 km en aval de la rivière Tom. Enfin, la notion d'aval n'est pas toujours évidente pour un cours d'eau gelé six mois par an...

Ce n'est pas le climat qui effraiera les quatre Américains débarqués dans le bassin minier du Kuzbass, puisque trois d'entre eux sont originaires du Minnesota. Des profils d'une valeur inhabituelle pour un club désargenté depuis des années : tous ont joué en NHL et sont au meilleur âge entre 25 et 28 ans. Le robuste arrière Matt Lashoff est le seul à avoir joué en Europe, mais il n'a mis qu'un but en deux saisons en Suède et en Suisse alors qu'il avait une réputation de défenseur offensif. Les autres arrivent directement d'AHL, dont le petit défenseur Cade Fairchild, que son excellent patinage rend intéressant pour les patinoires russes.

L'intérêt de ce recrutement américain est qu'il renforce les positions traditionnellement faibles en Russie. Deux d'entre eux renforcent le poste important de centre, même s'ils étaient plus polyvalents en Amérique : Ryan Stoa apporte son gabarit de finisseur dans l'enclave, et Jim O'Brien et précieux en infériorité avec son dévouement sans faille. La greffe inattendue a donc l'air de prendre.

 

Dernier de KHL l'an passé, l'Amur Khabarovsk peut-il avoir une autre ambition que d'éviter la lanterne rouge ? De ses huit meilleurs marqueurs de la saison passée, deux seulement sont restés, Dmitri Lugin et le capitaine Dmitri Tarasov, les seuls qui soient originaires de la ville. Les joueurs venus d'ailleurs ne supportent pas longtemps les longs voyages qu'implique la vie de hockeyeur en Extrême-Orient.

Quels étrangers ont cette fois accepté cette grande aventure ? Deux Finlandais peu connus (Tommi Taimi et Jesse Niinmäki) et trois Slovaques qui évoluaient déjà en KHL. Il s'y distingue le nom de Michel Miklik, qui n'avait jamais quitté son pays. L'Amur a en fait eu la chance de faire signer l'attaquant du Slovan Bratislava juste avant qu'il ne joue les meilleurs championnats du monde de sa carrière, finissant huitième compteur !

L'effectif est cependant limité et inexpérimenté. On y recense une curiosité avec Ruslan Bashkirov, qui fut une star en junior pendant un an aux Remparts de Québec sur la ligne de son frère jumeau Roman et de l'actuel Grenoblois Félix Petit. Son buteur et sa hargne lui valaient l'intérêt des recruteurs de NHL, et il fut choisi à la fin du deuxième tour alors qu'il avait déjà choisi de rentrer en Russie. Il tenait en effet à jouer avec son jumeau (qui a depuis arrêté le hockey), mais ne s'est jamais établi au plus haut niveau. Et puis, à 24 ans, l'attaquant quasi-oublié est soudain devenu meilleur marqueur de VHL dans son petit club de Ryazan. Il tient donc sa dernière chance en élite, mais paraît pâtir de la différence de niveau... ou de son inconstance chronique ?

Khabarovsk n'a donc guère d'arguments pour être compétitif, mais la dernière place a conduit les dirigeants à licencier Yuri Leonov mi-octobre. Au moment où la mode des entraîneurs finlandais touche à sa fin en KHL avec plusieurs licenciements et de nombreuses critiques de la presse, l'Amur est allé à rebrousse-poil en recrutant Jukka Rautakorpi, qui a conduit Tappara à cinq finales en Finlande, dont une seule gagnée en 2003 pour la dernière année de carrière d'Aleksandr Barkov (senior). Il a donc pris cette vieille connaissance comme adjoint pour se faire enseigner le hockey russe.

 

Marc Branchu

 

 

Retour à la rubrique articles