KHL 2012/13 : bilan

 

Résultats du championnat russe

 

Dynamo Moscou (1er) : l'autorité martiale

Premier titre en club pour Aleksandr Ovechkin ! Le meilleur joueur de NHL de la saison a en effet obtenu un titre de champion de Russie, où il a joué jusqu'en janvier. Son nom a été gravé sur la Coupe Gagarine, tout comme celui de Leo Komarov... mais pas celui de Niklas Bäckström, le troisième joueur passé pendant le lock-out. Pour beaucoup, c'est une vraie injustice envers le Suédois, qui est resté plus longtemps que Komarov, coincé initialement en AHL pour ne pas troubler les relations avec son nouveau club Toronto. Mais c'est apparemment un choix interne au vestiaire, où Komarov est certainement plus adopté que Bäckström : il reviendra d'ailleurs l'an prochain, ayant décidé de quitter la NHL où son rôle habituel d'attaquant défensif aura pourtant été apprécié durant ces quelques mois, notamment en infériorité numérique.

Pour être accepté au Dynamo, il faut rentrer dans le moule, et ne surtout pas discuter l'autorité martiale. Après sa bouderie salariale de l'été et son arrivée tardive, le petit Mikhaïl Anisin a été recadré par l'entraîneur Oleg Znarok qui ne le faisait plus jouer qu'en quatrième ligne, sans temps de jeu en supériorité. Quand il a été envoyé en équipe-ferme, il a craqué : il a déclaré que le Dynamo n'appartenait pas à " un ou deux Napoléons " (Znarok et le manager Safronov, qui l'isolaient et le présentaient comme un égoïste) et a refusé de se présenter. Il a alors été licencié pour absentéisme : ce n'était pas au club de l'indemniser, mais au contraire à lui de payer les deux tiers du montant restant de son contrat (600 000 euros) ! Finalement, Anisin s'est excusé de ses mots prononcés sous le coup de la fièvre, et son ex-entraîneur Nazarov l'a sauvé en le recueillant à Cherepovets.

Znarok n'en était que conforté dans son autorité sans faille. Le joker tchèque Jakub Petruzalek, arrivé en janvier dans un échange tripartite, a pu s'en apercevoir. Il a été le meilleur marqueur de l'équipe en play-offs, mais quand il a reculé dans un duel par peur du colosse du SKA Artyukhin, Znarok l'a vu et l'a sorti de l'effectif au match suivant. On ne badine pas avec le combat au Dynamo, équipe de grognards durs au mal dont le meilleur défenseur Ilya Gorokhov a fini les play-offs avec une fracture de la cheville. Ici, les vedettes sont les anonymes, à l'instar d'Aleksei Sopin, qui a passé toute l'année avec la réserve avant d'être appelé juste avant les play-offs et d'y marquer 10 points.

Les deux joueurs-phares de l'équipe, ce sont Denis Kokarev et Sergei Soïn, les travailleurs de la quatrième ligne de l'équipe nationale de Russie. Soïn a fait son retour en championnat du monde après dix ans d'absence, grâce à sa grande utilité démontrée en play-offs : il a neutralisé Radulov dans le derby contre le CSKA, puis a fait de même avec les stars du SKA.

Il restait donc la finale contre le champion de la Conférence Est, le Traktor Chelyabinsk. Un journaliste suicidaire a tenté d'interroger Znarok à l'idée de croiser cet adversaire familier de sa ville d'origine. La réponse fut lapidaire : " C'est ma ville natale, mais l'équipe m'est étrangère ! " Znarok avait quitté le Traktor à 19 ans pour Riga et avait alors été suspendu un an avant de pouvoir rejouer. C'est donc sans pitié et sans la moindre émotion (ces mots ne font pas partie de son vocabulaire) que Znarok et son style défensif ont battu l'équipe au jeu le plus attrayant, comme l'an passé avec Omsk. L'histoire se répète et le Dynamo reste champion.

 

Traktor Chelyabinsk (2e) : les étoiles filantes

Le Traktor Chelyabinsk, sous la houlette du vieil entraîneur "tarasovien" Valeri Belousov, est une des dernières équipes de KHL à pratiquer un hockey soviétique, en essayant d'entrer en zone offensive par des passes et des combinaisons, au lieu d'envoyer le palet au fond. On ne lui prédisait pourtant pas un grand destin en play-offs à cause d'une défense sans joueur flamboyant : la première paire d'arrières Dmitri Ryabykin - Deron Quint n'est plus très mobile à 36 ans chacun.

Certes, le Traktor dispose d'une authentique star locale : Evgeni Kuznetsov, dont on attendait déjà qu'il mène l'attaque à l'âge de 20 ans. Lors du match des étoiles de KHL organisé à Chelyabinsk, le héros de la ville, qui avait été battu d'un centième de seconde par Mikelis Redlihs l'an passé, s'est adjugé le record du tour de piste. Mais en championnat, il a parfois peiné à assumer les responsabilités. Bien qu'il fût le meilleur marqueur de son équipe, il s'est morigéné du bilan négatif de son premier trio (avec le centre tchèque Jan Bulis et l'autre ailier formé au club Stanislav Chistov) alors que les attaquants de la deuxième ligne Petri Kontiola et Maksim Yakutsenia ont offert un total exceptionnel de +32 chacun en incluant les play-offs !

Au début de ces play-offs, le ciel est d'abord tombé sur la tête de Chelyabinsk ! Il y eut tout d'abord cette pluie de météorites sur toute la région qui a endommagé beaucoup de bâtiments, dont l'Arena Traktor - un trou sans gravité. Puis il y eut deux défaites à domicile contre le Barys pour commencer le premier tour des play-offs. Belousov indiquait alors que le gardien Michael Garnett " n'avait pas le droit d'encaisser de tels buts ", mais quelques semaines plus tard, il le complimentait pour la meilleure saison de sa carrière... Entre-temps, Garnett a établi un record de 211'41" d'invincibilité contre Omsk en demi-finale de conférence.

La révélation de ces play-offs fut un gamin qui y a fêté ses 18 ans, Valeri Nichushkin. Intégré dans l'équipe première depuis seulement quelques mois, il a commencé à marquer des buts importants, avec un salaire ridiculement bas pour la KHL (100 000 euros annuels...). Ce grand ailier doté d'une puissance de jambes phénoménale a attiré l'attention des recruteurs mondiaux. Le Traktor se doutait déjà qu'il ne le conserverait pas, et qu'il fallait profiter au maximum de ces semaines où il a explosé : ensuite l'équipe se disperserait, puisque la moitié des joueurs était en fin de contrat.

Or, Nichushkin était évidemment convié pour les Mondiaux des moins de 18 ans, qui commençaient sur le site olympique de Sotchi... en même temps que la finale de la Coupe Gagarine ! Comment imaginer que le Traktor se prive d'un tel joueur alors qu'il finissait déjà chaque match à trois lignes ? La profondeur de banc n'était pas son point fort, surtout depuis la perte au deuxième tour de Konstantin Panov : ce combattant qui avait pris énormément de muscle à l'intersaison est tombé sur les fesses, et l'hématome est descendu sur toute la cuisse jusqu'à bloquer son genou et empêcher son retour. Nichushkin était indispensable pour l'équipe nationale U18, et l'était devenu à Chelyabinsk : on se l'arrachait ! La fédération a accepté qu'il manque la préparation, à condition qu'il soit là pour le premier match de la compétition. Il n'aurait donc pas pu jouer un septième match de la finale... mais le Traktor a perdu en six manches. C'est alors le jet privé du président de la KHL Aleksandr Medvedev qui a amené Nichushkin à Sotchi le lendemain matin... Mais on y a retrouvé un joueur épuisé, surtout mentalement, par la défaite en finale et le tourbillon soudain autour de sa personne.

 

SKA Saint-Pétersbourg (3e) : le pragmatisme finlandais

Dans une ville dominée sportivement par le football, le SKA Saint-Pétersbourg a réussi à se faire une place en quelques années avec de gros investissements et un marketing très efficace. Si autrefois la patinoire était à moitié pleine, aujourd'hui on se rue sur les billets. Le public a de quoi être alléché par les stars et par le spectacle offert par la meilleure attaque de la ligue.

Mais c'est justement ce jeu spectaculaire qui a coûté sa place à l'entraîneur tchèque Milos Riha fin novembre. Le comité directeur craignait qu'une fois de plus l'équipe domine la saison régulière mais se fasse éliminer en play-offs par son incapacité à protéger le résultat. Plutôt qu'un passionné comme Riha, le club recherchait un tacticien plus pragmatique. Il a donc engagé Jukka Jalonen, lui faisant quitter son poste de sélectionneur de la Finlande en fin de saison. Très méthodique, Jalonen a regardé en vidéo tous les matches du SKA depuis deux ans et a mis en place un système de jeu précis. Le SKA a gagné 18 des 22 dernières rencontres de saison régulière. Était-il donc enfin taillé pour les play-offs ?

Il restait quand même un problème : le SKA devait remplacer les trois joueurs arrivés pour le lock-out (Ilya Kovalchuk, Vladimir Tarasenko et le gardien Sergei Bobrovsky). Le cas du portier était sans doute le plus épineux. Après un but-gag sur un dégagement adverse en janvier, Ilya Ezhov aurait-il les nerfs pour être titulaire ? Le club s'est couvert en engageant Ivan Kasutin en joker, et Jalonen n'a jamais choisi entre ses gardiens. Lors de la finale de Conférence Ouest contre le Dynamo Moscou, revanche de l'an passé, Kasutin a encaissé 3 buts en première période et a été remplacé par Ezhov au deuxième match.

En attaque, les différents jokers (Mikhaïl Varnakov, Artemi Panarin, Teemu Ramstedt) ont intensifié la concurrence toujours vive dans une équipe qui ne manque pas de ressources humaines. Des joueurs de renom comme Fedor Fedorov, Maksim Rybin et le vieillissant Maksim Afinogenov - qui a fini avec une fiche négative au sein de la meilleure équipe de la ligue - ont parfois suivi le match en tribunes. Mais le plus mécontent était encore Evgeni Artyukhin, qui voulait finir sa carrière à Saint-Pétersbourg mais qui a vu son temps de jeu réduit à 12 minutes sous Jalonen. Il s'épanchera en fin de saison après son départ : " Un Finlandais est arrivé et il a tué tous mes rêves. [...] Nous avons lutté toute la saison, et ensuite des gens sont arrivés et ont commencé à jouer dans les deux premières lignes. Ils ont eu un temps de jeu dingue, et n'ont rien montré. Le seul qui s'est battu, c'est Misha Varnakov. Le reste... Ils ont joué pour eux-mêmes, et c'est tout. "

Sauf que tous ses joueurs ont statistiquement été plus utiles qu'Artyukhin, le pire bilan du club (-7). Malgré sa timidité finlandaise et son intégration pas évidente dans un vestiaire russe, c'est bien Teemu Ramstedt qui a pris la parole quand le SKA a été mené 3 victoires à 0 par le Dynamo, pour évoquer l'incroyable remontée de ses Espoo Blues dans la même situation l'an passé en SM-liiga. Il a assez inspiré l'équipe pour qu'elle remonte deux victoires... mais pas trois.

Le but éliminatoire face au Dynamo a été inscrit pendant une pénalité de Viktor Tikhonov, ce qui est assez cruel pour le petit-fils du légendaire entraîneur de l'URSS. Il a en effet travaillé fort toute la saison, s'adaptant à chaque position pour le bien de l'équipe. Après avoir passé l'essentiel de la saison au centre, il est passé ailier droit en play-offs, aux côtés de Patrick Thoresen et de Tony Mårtensson sur la première ligne, et y a été le meilleur joueur pétersbourgeois avant cette prison fatale.

 

Ak Bars Kazan (4e) : le collectif pantouflard

Après la mauvaise expérience du précédent lock-out, Kazan a pris gare à ne pas déstabiliser son collectif en s'aveuglant d'étoiles. Un seul joueur a débarqué, le défenseur Aleksei Emelin, qui reste considéré comme un membre de l'équipe même s'il est parti depuis quelques années à Montréal. La clé de Kazan est la complémentarité de l'effectif : quand Morozov et Zaripov étaient blessés en début de saison, les Finlandais (Janne Pesonen, Jarkko Immonen et Niko Kapanen) ont mené l'équipe à leur manière, dans la discrétion.

Le modèle collectif de Kazan est aussi dû au fait que les hockeyeurs sont hébergés dans des appartements au voisinage direct de la patinoire. Certains arrivent même à l'entraînement en chaussons, puisqu'ils ont juste un ascenseur à prendre. Les joueurs n'ont pourtant pas pantouflé : ils ont dominé la Conférence Est.

C'est une équipe sûre d'elle qui a abordé les play-offs : les lignes, stables, n'ont été modifiées qu'une fois, pour le retour de blessure de Danis Zaripov. Il a été le meilleur joueur du match 7 contre Ufa avec un but et une assist. Un septième match qui avait fait le plein, puisque les places se vendaient au triple du prix au marché noir. Mais le reste du temps, la Tatneft Arena peinait à se remplir en play-offs, les tarifs (10 à 25 euros) étant élevés pour le pouvoir d'achat des Tatars.

En finale de conférence face au Traktor Chelyabinsk, Zaripov était encore au centre de l'attention : il a été formé à l'autre club de la ville ouralienne, le Mechel. Il a été le joueur-clé des deux premiers succès à domicile, puis a marqué le but en prolongation au match 4. Menant trois victoires à une, Kazan était tout proche de la finale... mais s'est fait remonter par un adversaire plus joueur et plus entreprenant. Les schémas de jeu de Valeri Belov, hérités de l'actuel sélectionneur national Bilyaletdinov, ne sont donc plus garants de réussite. C'est sur cette frustrante élimination qu'une page se tourne à Kazan : Danis Zaripov et Aleksei Morozov quittent le club après respectivement 12 et 9 ans de loyaux et services, et trois titres de champion de Russie.

 

Avangard Omsk (5e) : les printemps ne se ressemblent pas

Finaliste sortant de la KHL, l'Avangard Omsk s'est retrouvé dernier de sa division après une série de cinq défaites en septembre. Il a alors promptement évacué vers le Lev Prague le vieux défenseur tchèque Martin Skoula (-7 en 8 rencontres) et a utilité le montant du transfert pour racheter à Kazan les droits de Nikita Nikitin. Si les Tatars voulaient limiter les pigistes, les Sibériens avaient bien besoin de ce défenseur pour la durée du lock-out. Le champion du monde 2012 Nikitin a confirmé être un arrière sans point faible, formant une paire solide avec Anton Belov : conservé par le club malgré l'affaire de dopage de la dernière finale, ce dernier a démenti la théorie russe selon laquelle les hockeyeurs sont moins performants l'année de leur mariage. Il a signé avec Edmonton en NHL pour l'an prochain.

Le talon d'Achille de l'Avangard a été celui du hockey russe tout entier : le poste de centre. Sergei Kalinin puis Anton Kuryanov, qui a dû être opéré de la main en Allemagne, ont été absents jusqu'à la trêve de novembre. Il ne restait plus que trois centres, et l'ailier Aleksandr Popov a encore dû être déplacé par force majeure. Mais comme on a pu le constater ensuite aux championnats du monde, ce n'est pas sa position. Omsk a donc recruté le défensif Matti Kuparinen, ex-coéquipier du buteur slovaque Tomas Zaborsky aux Ässät, puis a essayé de se tourner vers le "pays des centres", le Canada. Claude Giroux a brusquement réévalué ses prétentions à la hausse en pleine négociation (avant de signer à Berlin pour bien moins), puis Andrew Ladd s'est rétracté après avoir signé le contrat parce qu'il " avait réfléchi et préférait rester auprès de sa femme enceinte ". Il se dit que la veuve de Ruslan Salei - décédé dans le crash de Yaroslavl - a téléphoné aux joueurs canadiens pour les dissuader d'aller jouer en KHL...

Via l'entraîneur-adjoint (et ex-sélectionneur du Bélarus) Eduard Zankovets, les Sibériens se sont rabattus sur un ailier très créatif, Sergei Kostitsyn. Lui aussi est reparti en NHL avec des louanges : " nous avons invité un joueur et nous en avons obtenu trois ", a commenté un dirigeant, faisant allusion au regain de forme de ses compagnons de ligne Dmitri Syomin et Aleksandr Frolov. Le capitaine Frolov, qu'un mémo affiché dans le vestiaire du Dynamo pendant la finale 2012 décrivait comme " un joueur qui ne va pas au combat ", a été remis en confiance cette saison, mais il est tombé malade au début des play-offs et a alors rechuté.

Omsk a laissé beaucoup de plumes dans un derby physique contre Novosibirsk, décidé au septième match sur un slalom gagnant d'Aleksandr Perezhogin. On croit alors retrouver le héros du printemps 2012... mais ce but restera le seul et il disparaîtra de nouveau au deuxième tour contre le Traktor. L'élimination a donc été bien plus rapide que l'an dernier.

Conséquence : le manager Vladimir Kapulovsky a dû remettre sa démission. Outre les vraies-fausses arrivées des centres canadiens, on lui reproche que les jokers arrivés en cours de saison (Oleg Piganovich et Sergei Gusev) n'ont pas stabilisé la défense. Le nouveau manager sera Yuri Karamnov, qui tenait cette position pendant trois ans au CSKA avant de s'occuper du recrutement du Lokomotiv.

 

CSKA Moscou (6e) : abandon de la tradition

Il était fréquent ces dernières années de voir le CSKA Moscou concéder des 2 contre 1 ou des breakaways à ses adversaires. Valeri Bragin y a mis fin en adoptant une tactique avec priorité à la défense. Tous les supporters n'appréciaient cependant pas cette rupture nette avec la tradition du club militaire : la stratégie défensive, c'est bon pour le Dynamo, le rival de toujours ! Ce manque de respect pour l'héritage du club, qui s'est aussi traduit par la ré-attribution scandaleuse du numéro retiré de Sergei Makarov, explique que les spectateurs n'aient pas été plus nombreux malgré l'adjonction temporaire d'attaquants spectaculaires comme Mikhaïl Grabovsky et Pavel Datsyuk, avec ses gestes de classe et ses pénaltys de rêve.

Un troisième joueur est arrivé pendant le lock-out, mais c'est un cas à part, dans tous les sens du terme. Après une visite et une photo en scaphandre, le gardien lunatique Ilya Bryzgalov a fait se tordre de rire ses coéquipiers en leur conseillant sérieusement de se préparer au centre d'entraînement des cosmonautes pour progresser en condition physique. La presse russe s'est emparée de l'anecdote et affuble depuis lors Bryzgalov du sobriquet de "cosmonaute". Il a eu plus souvent la tête dans les étoiles que les pieds sur la glace, car il s'est montré incapable de déboulonner le titulaire slovaque Rastislav Stana, plus motivé que déstabilisé par la concurrence. Bryzgalov a ainsi mal commencé une saison parsemée d'échecs : il a peut-être perdu sa place en équipe de Russie et a vu son contrat en or racheté par Philadelphie.

Le CSKA, pour sa part, gagnait sans son aide : il était tranquillement installé dans le top-4 de l'ouest quand son entraîneur Valeri Bragin fut licencié à la surprise générale. "Il y a de bonnes raisons. le temps et les évènements le diront", prétendait le manager Sergei Fedorov. Aucune explication n'a été donnée à cette décision, même avec le recul.

Fedorov a embauché à la place son vieil ami connu à l'école du CSKA, Vyacheslav Butsaev. Celui-ci a conservé un jeu défensif, avec un accent encore plus prononcé sur la discipline interne. Le plus malheureux en a été Aleksandr Radulov, sevré de sa liberté d'action. La star capricieuse a même été renvoyée une semaine pour violation disciplinaire ! Avant le dernier match de la saison régulière, ce fut au tour de Sergei Shirokov d'être puni en se voyant retirer le capitanat. Le "C" a ensuite été confié en play-offs... au toujours indispensable Radulov, pour qui la roue avait tourné !

"L'original est toujours meilleur que la copie", disait autrefois Anatoli Tarasov, qui inventa le style soviétique au CSKA. Le Dynamo l'a démontré en demi-finale de conférence ouest : il maîtrise les fondamentaux défensifs depuis longtemps et sait bien mieux travailler collectivement et neutraliser les meilleurs joueurs adverses. Son métier reste supérieur à celui du CSKA. Les vétérans de sa génération que Fedorov a recrutés en cours de saison pour encadrer l'équipe (Daniil Markov, Viktor Kozlov) n'auront pas apporté grand-chose de ce point de vue..

 

Salavat Yulaev Ufa (7e) : les millionnaires fatigués

e Salavat Yulaev Ufa comptait 19 joueurs avec des contrats de plus d'un million de dollars. Beaucoup trop. La deuxième masse salariale de KHL était plombée par des vedettes en grand déclin. L'étoile au centre Sergei Zinoviev a pâli depuis longtemps, mais la palme du joueur le plus inutile était remise par les supporters à Oleg Saprykin, qui ne s'est jamais vraiment remis de sa non-sélection olympique en 2010 et a carrément disparu de l'effectif. Quant à Igor Grigorenko, loin de son poids de forme, il a été envoyé à l'automne retrouver son ex-partenaire Radulov au CSKA en retour de Denis Parshin... qui ne jouait plus en fin de saison à cause d'un conflit avec le nouvel entraîneur .

Ufa a en effet encore changé de coach en cours de saison. Vener Safin a tenu moins de 14 mois et a été viré le 24 décembre, juste avant la Coupe Spengler. Le club, profitant de son séjour suisse, espérait alors désespérément convaincre Slava Bykov, l'homme qui l'avait conduit au titre, mais celui-ci n'a pas pardonné les circonstances de son départ et n'avait aucune intention de revenir. Vladimir Yurzinov junior a donc repris l'équipe en mains, n'hésitant pas à se priver des vétérans prestigieux pour introduire les jeunes dans l'effectif.

Une nouvelle dynamique s'est alors emparée du Salavat, jusqu'à faire dire au capitaine Vitali Proshkin avant les play-offs que " l'objectif minimal est une finale ". Cette déclaration présomptueuse a fait gloser sur internet, mais elle a été partiellement suivie d'effet. Ufa, qui n'avait jamais figuré dans le top-4 de sa conférence, s'est qualifié contre l'avantage de la glace face à Magnitogorsk et s'est ouvert la voie à un duel contre Kazan, premier à l'Est.

Les duels contre le représentant de la république voisine enflamment toujours la Bachkirie. C'est d'ailleurs un comportement déplacé lors de ce derby qui a provoqué la dissolution du fan-club officiel en début de saison. Grâce à un tir puissant à mi-distance du joker Brent Sopel, le Salavat s'est offert un septième match à l'extérieur, comme au tour précédent. Avec la fatigue accumulée, se qualifier deux fois de suite dans ces conditions aurait relevé du miracle. Ufa espère cependant que ce redressement en fin de saison augure d'un grand retour.

 

Severstal Cherepovets (8e) : pas de limite aux compliments

Que ce fût le Traktor ou le Vityaz, les équipes entraînées par Andrei Nazarov avaient toujours terminé parmi les deux plus pénalisées. Quelle surprise donc de voir le Severstal finir quatrième cette année au classement du fair-play. En fin de compte, Nazarov a très peu utilisé Pakhrudin Gimbatov, le lutteur du Caucase qui avait fait tant causer durant la pré-saison. En dernier recours, il l'a ressorti de sa boîte quand son équipe était au bord de l'élimination contre le SKA : abattant sa dernière carte, il l'a envoyé en chasse du colosse adverse Artyukhin. Non seulement ce dernier a refusé les invitations à se battre, mais en plus il a mis le dernier but pendant que Gimbatov croupissait en prison.

De toute manière, un monde sépare les deux clubs, puisque la masse salariale du SKA vaut plus du triple que celle du Severstal. Il aurait fallu des exploits du gardien Vassili Koshechkin, or celui-ci a encaissé autant de mauvais buts dans cette demi-finale de conférence que durant le reste de la saison. A-t-il atteint ses limites physiques et mentales ? Comme il l'avait annoncé, Nazarov a fait de Koshechkin son seul titulaire et lui a appris à enchaîner les rencontres sans répit. Le gardien géant a tenu le choc au point que toute la Russie se demandait s'il réussirait l'exploit de jouer l'intégralité de la saison régulière. Mais avec l'équipe nationale en plus, cela faisait beaucoup. À son retour de sélection en février, Koshechkin a été enfin reposé, au cinquantième match de championnat. La fatigue détectée alors a peut-être pesé en play-offs.

" Notre héros ", c'est ainsi que Nazarov se référait à Koshechkin. Il n'a cessé de mettre en avant ses jeunes joueurs, qui sont selon lui les véritables vedettes de la KHL, plutôt que les oiseaux de passage dont la presse fait ses choux gras. Quand il s'agit de compliments, Nazarov fait rarement dans la demi-mesure. Il a ainsi déclaré en janvier de son meilleur marqueur Vadim Shipachyov qu'il est " le meilleur n87 au monde, avec tout le respect dû à Sidney Crosby qui retrouve juste sa condition physique ".

Cette attitude tranche avec la tradition russe, dans laquelle on recommande de remettre à leur place les jeunes freluquets. C'est pourquoi Nazarov, qui s'était occupé de Mikhaïl Anisin au Vityaz, a insisté pour le recruter au moment où le Dynamo claironnait qu'aucun club n'en voulait. Il a ainsi relancé la carrière du petit chanteur sans croix de bois. Comme preuve qu'à Cherepovets on ne met aucun frein à l'ego des joueurs, on a accepté de lui donner le numéro 99 ! Anisin a gardé la forme pendant les semaines de conflit et a mené la deuxième ligne, constituant une alternative précieuse au duo offensif Shipachyov-Ketov.

Cela s'est avéré utile en play-offs quand Vadim Shipachev est tombé malade. Privé de son partenaire, le capitaine Evgeni Ketov a quand même été décisif contre le Lokomotiv : il a donné un but en troisième prolongation à Denis Kazionov et a inscrit les deux buts au dernier match. La qualification ainsi obtenue parmi les huit meilleurs constitue la meilleure performance du Severstal Cherepovets depuis cinq ans, et sans doute la meilleure avant longtemps... Les principaux joueurs vont partir, et Nazarov ne sera resté qu'un an : il a racheté la seconde année de son contrat car le Donbass lui offre un pont d'or.

 

Metallurg Magnitogorsk (9e) : éliminé par son propre joueur-symbole

La coïncidence était presque trop belle pour être vraie. En donnant l'occasion au meilleur joueur du monde Evgeni Malkin de revenir dans son club formateur, le lock-out NHL permettait de former une ligne de rêve Mozyakin-Malkin-Kulemin dont les initiales (MMK) sont celles du combinat métallurgique de la ville (Magnitogorsky Metallurgichesky Kombinat) et principal bailleur de fonds du club ! Ce trio avait de quoi faire trembler toutes les défenses de la KHL. Mais quand la NHL a repris, Sergei Mozyakin restait le seul attaquant dangereux après le départ de ses deux partenaires.

Malkin laissait un vide d'autant plus grand que l'international canadien Ryan O'Reilly se mettait finalement d'accord sur son contrat avec Colorado et repartait à son tour. Magnitka a alors cherché de nouveaux meneurs offensifs en recrutant Aleksandr Korolyuk, qui avait constitué un duo productif avec Mozyakin à Mytishchi, et Milan Gulas. Ce Tchèque a amené de l'impact physique et des mises en échec, mais a connu une longue disette offensive avant de se débloquer au cinquième match des play-offs contre Ufa et d'enchaîner par un doublé le surlendemain. Mais les faits sont têtus : après le départ de Malkin, le Metallurg n'a inscrit qu'une seule fois plus de trois buts dans un match.

Cette attaque autrefois crainte a donc été finalement éliminée au premier tour des play-offs sur un but en cage vide d'Aleksei Kaïgorodov, meilleur joueur de ce septième match. Or, Kaïgorodov avait commencé la saison à Magnitogorsk (où il a passé presque toute sa carrière de 5 à 29 ans), avant que l'entraîneur canadien Paul Maurice ne le laisse en tribune pour dix rencontres, le poussant à aller voir ailleurs. La prise de risques de Kaïgorodov, style unique qui avait fait sa gloire en éliminant le Canada en quart de finale du Mondial 2011, ne correspondait plus au hockey plus intensif que Maurice a été chargé de mettre en place. Le coach lui reprochait sa méforme physique et un manque de travail à l'entraînement. Après cette éviction, c'est un Kaïgorodov très motivé qui a pris sa revanche dans ce septième match, devant son ancien public.

En se privant de ce centre créatif, Maurice a mal anticipé la période post-Malkin, tout comme il a négligé le développement des jeunes pendant que la ligne MMK monopolisait le temps de jeu. Le club paraissait prêt à le conserver, mais le coach le mieux payé de KHL (on parle de 2 millions de dollars) ne reviendra finalement pas.

Magnitogorsk s'est aussi séparé de ses deux gardiens. Il les avait placés dans des conditions de performance en engageant un entraîneur spécifique célèbre, Tom Barrasso, ancien double vainqueur de la Coupe Stanley. À raison de mille lancers par séance, la préparation intensive devait permettre aux portiers de progresser. Ari Ahonen était initialement titulaire grâce à une meilleure maîtrise technique, mais les adversaires ont étudié le jeu du petit Finlandais et ont souvent cherché le contact en forçant le passage au premier poteau. Georgi Gelashvili a pris le relais au deuxième match des play-offs grâce à une présence plus imposante, mais il a été blessé ensuite par un slap puissant de Proshkin et n'a pu contribuer à la qualification. Le Metallurg veut libérer une place pour donner un peu plus sa chance au troisième gardien, le local Sergei Pechursky.

 

Lokomotiv Yaroslavl (10e) : reconstruction intelligente

La reconstruction du Lokomotiv Yaroslavl, après le crash qui a décimé l'équipe précédente, avait été réalisée par la base, en l'occurrence par la défense. L'équipe réengagée cette saison dans la VHL (en remerciement de l'accueil en cours de championnat 2011/12 même si le club supprimera cette réserve l'an prochain) a ainsi été confiée au grand spécialiste du hockey défensif Piotr Vorobiev. La nouvelle équipe de KHL a aussi été bâtie sur la défense, autour du futur capitaine des champions du monde Staffan Kronwall mais aussi du rugueux Mikhaïl Pashnin, qu'on a commencé à comparer à Kasparaitis en raison de ses mises en échec méchantes.

La différence est que le style du "Loko-1" était d'inspiration plus canadienne, sous la conduite du coach Tom Rowe. Cela n'était pas pour déplaire à Artyom Anisimov, qui reconnaissait des systèmes de jeu voisins de ceux qu'il connaissait aux New York Rangers. L'arrivée d'un centre avec l'intelligence de jeu d'Anisimov a eu pour grand bénéficiaire Sergei Plotnikov. Cet ailier de 22 ans formé à Khabarovsk évoluait l'an dernier sur la troisième ligne de l'Amur, et il ne trouvait pas plus le chemin des filets à son arrivée à Yaroslavl en septembre. Dès qu'il a été placé sur le trio d'Anisimov, Plotnikov s'est mis à marquer régulièrement et a été repéré pour la première fois par le sélectionneur national.

Contrairement à Magnitka, le Lokomotiv a eu l'intelligence de ne pas se rendre dépendant du lock-out. Il a aussi fait revenir ses joueurs formés au club, mais il a su mettre en place une équipe capable de survivre à leur départ. Les lignes offensives avaient des rôles interchangeables, et le départ du gardien Semyon Varlamov, même s'il a été très bon, n'a pas posé problème : Curtis Sanford, arrivé directement de NHL, était également fiable, et il avait encore une doublure avec le portier numéro 1 du Kazakhstan, Vitali Kolesnik.

Le jeu de Yaroslavl, très efficace pour protéger un score, paraissait taillé pour les play-offs. Mais le Loko a perdu ce jeu de patience au terme d'une prolongation record contre le Severstal (119e minute, match 4) et a fini par se faire éliminer en six manches après avoir perdu l'avantage de la glace au premier match. Le bilan a quand même été jugé satisfaisant pour un club qui avait dû repartir de zéro. Confiance a donc été maintenue dans l'entraîneur Rowe et dans son système.

 

Barys Astana (11e) : dans l'intérêt de l'équipe nationale

Le Barys Astana avait promis de donner plus de temps de glace aux joueurs locaux pour permettre à l'équipe nationale du Kazakhstan de se qualifier pour les Jeux olympiques (raté) et de remonter parmi l'élite mondiale (réussi). Les cadres de la sélection nationale Talgat Zhailauov et Vadim Krasnoslobodtsev ont ainsi doublé leur production.

Cette politique "made in Kazakhstan" s'est aussi appliquée à faire revenir deux joueurs que le pays avait un peu perdu de vue. Konstantin Rudenko, formé à Ust-Kamenogorsk, a fait toute sa carrière en Russie et avait laissé tomber sa nationalité. Quant à l'ex-international junior Viktor Aleksandrov, il a retrouvé le fil de son jeu sous les ordres de Vladimir Krikunov, qui l'a aussi intégré à la sélection nationale.

Mais même avec aux commandes un Krikunov qui n'a jamais eu la réputation d'être tendre avec les étrangers, le trio canadien a encore bénéficié d'une carte blanche offensive. Nigel Dawes, Dustin Boyd et Brandon Bochenski ont formé une ligne agressive sur le palet et sur la cage adverse. Dawes est ainsi devenu le premier joueur à inscrire quatre buts dans un match de play-offs de KHL. Astana a donc poussé le Traktor Chelyabinsk - futur finaliste - dans ses derniers retranchements au premier tour.

Le club de la capitale du Kazakhstan n'a en fin de compte dû rendre les armes qu'à cause de la scoumoune qui s'est abattue sur sa cage. Teemu Lassila, qui n'atteignait déjà plus le niveau des saisons précédentes, a été le premier sur la touche. Le gardien international Vitali Eremeïev s'est ensuite blessé après le quatrième match de play-offs, et c'est le numéro 3 de départ Pavel Poluetkov (21 ans) qui a fini la série. Il a remporté la sixième manche, mais a totalement craqué dans le match décisif et a été sorti. Les joueurs d'Astana se sont battus tant qu'ils ont pu, mais ont été éliminés avec dans les filets... leur quatrième gardien Vladimir Kramar.

 

Sibir Novosibirsk (12e) : du spectacle pour se réchauffer

Le nouvel entraîneur Dmitri Kvartalnov a amené à Novosibirsk un style plus offensif et plus agressif. Tant mieux pour ce spectacle et pour les attaquants finlandais Jori Lehterä et Jonas Enlund, qui s'en sont donné à cur joie. Le Sibir a même brièvement pris la première place de toute la KHL. Après la série de six victoires, les défaites sont devenues plus fréquentes, mais les Sibériens avaient assez de points d'avance pour laisser leurs cadres souffler, ce qui a démontré une certaine faiblesse du banc.

La perspective d'un derby contre Omsk au premier tour des play-offs a enflammé l'hiver sibérien. La foule a fait la queue pour acheter les billets par une température de -35C. On a alors ouvert une aile de la patinoire pour que les supporters puissent au moins attendre au chaud.

La comparaison entre les deux effectifs était néanmoins sans appel : sans Lehterä suspendu, le Sibir a été balayé 5-0 au premier match. Pire, le meneur de jeu finlandais n'est pas revenu au jeu par la suite, se plaignant de maux de tête à la suite d'une commotion cérébrale pendant la saison. La presse russe a été prompte à pointer du doigt le "déserteur", mais Lehterä était sérieux et on sait combien le sujet des chocs à la tête est sensible aujourd'hui dans le hockey. Il a ensuite manqué les championnats du monde pour la même saison. Novosibirsk pouvait toujours compter sur son gardien canadien Jeff Glass, décisif dans les trois victoires obtenues contre Omsk. Mais il en aurait fallu quatre pour se qualifier...

La belle saison de Novosibirsk a en tout cas attiré les convoitises. Le Torpedo Nijni Novgorod a essayé de recruter à tout prix Dmitri Kvartalnov, quitte à ce que celui-ci verse l'indemnité de rupture prévue pour se sortir de sa seconde année de contrat. Le Sibir ne s'est pas laissé faire et gardera finalement son jeune entraîneur.

 

Slovan Bratislava (13e) : une prolongation de cinq ans pour l'entraîneur

La présence en play-offs du Slovan Bratislava, avant-dernière masse salariale de la KHL, est considéré comme une surprise. Même s'il compte de nombreux joueurs de l'équipe nationale de Slovaquie, ce sont souvent des internationaux de fraîche date. Vu de Russie, l'effectif ne compte donc aucun grand nom, hormis les défenseurs Lubomir Visnovsky et Andrej Sekera pendant le lock-out.

Un environnement familier, voilà ce que le Slovan, à défaut de millions, " vend " aux joueurs slovaques. Plus gros temps de toute la KHL, Visnovsky a même annoncé vouloir finir la saison commencée avec le Slovan et profiter de son pays natal avec sa famille au lieu de rentrer en NHL lorsque celle-ci a repris. Un choix personnel qui aurait pu redéclencher une guerre des ligues, car Visnovsky avait un contrat valide (à 3 millions de dollars) avec les New York Islanders). La KHL a refusé qu'il continue et il est retourné en Amérique quelques jours plus tard.

Le départ de ses défenseurs-vedettes n'a pas empêché le Slovan de rester difficile à jouer. La tactique très conservatrice de Rastislav Cada, avec quatre joueurs à la ligne bleue, a parfaitement fonctionné. L'entraîneur tchèque a donc vu son contrat prolongé... jusqu'en 2018. Une durée de cinq ans extrêmement rare pour un entraîneur ! " Quand j'ai lu ça sur hokej.cz, j'ai pensé que c'était une faute de frappe. Je suis allé sur le site internet du Slovan et il y avait la même information ", s'est étonné le défenseur tchèque Tomas Mojzis.

Pour expliquer cette confiance en Cada, le manager Maros Krejci a cité l'exemple d'Alex Ferguson, l'entraîneur de Manchester United qui a pris sa retraite après 27 années en fonction. Krejci a-t-il oublié que Ferguson avait aussi la double fonction de manager ? Pour que l'analogie soit complète, il faudrait donc qu'il lui cède également son propre poste...

 

Neftekhimik Nijnekamsk (14e) : les premiers pas adultes de Yakupov

Confronté à la blessure pour deux mois de deux attaquants, Maksim Pestushko et Jan Kolar, le Neftekhimik a vu comme une opportunité providentielle le retour de Naïl Yakupov, le numéro 1 de la draft NHL, dans sa ville natale Nijnekamsk. Il a joué deux matchs... avant que l'IIHF n'annule soudain son transfert. L'agent du joueur, Igor Larionov, avait certes obtenu l'accord des Edmonton Oilers, qui avaient tout intérêt à ce que leur prospect soit ainsi confronté pour la première fois au hockey adulte. Mais comme le camp d'entraînement n'avait pas eu lieu, Yakupov n'était pas encore un joueur de NHL. Son équipe junior, les Sarnia Sting, en réclamaient encore la propriété. Comme le junior majeur est affilié à la fédération canadienne, celle-ci a fait bloquer le transfert international après avoir reçu une protestation.

Le cas a fait du bruit, et pas qu'en Russie. Le syndicat des joueurs de junior majeur (CHLPA) a accusé Sarnia de prendre Yakupov en otage pour profiter de l'argent russe. Il faut préciser que les équipes de la CHL reçoivent déjà un financement de la part de la NHL pour la fourniture régulière de joueurs. Une compensation supplémentaire pour une pige en KHL aurait donc constitué une double rémunération. Le plus étrange n'est pas que l'affaire se soit résolue (tout le monde y avait intérêt), mais la façon dont elle s'est résolue : le contrat signé avec Sarnia à 17 ans par Yakupov a été annulé parce que le joueur était mineur et qu'il n'avait pas été assisté par un conseil indépendant. On croirait entendre un motif de récrimination fait aux clubs russes, que les Nord-Américains accusent parfois de faire pression sur les jeunes ! Yakupov s'est avéré rapidement efficace offensivement avec le Neftekhimik, mais un peu moins défensivement. Le même constat prévaudrait ensuite pour ses débuts en NHL...

Ce pur talent offensif ne correspondait pas tellement, en fin de compte, au profil dominant de Nijnekamsk. Les principaux buteurs y sont en effet l'attaquant défensif tchèque Petr Koukal et le colosse finlandais Oskar Osala. Le meilleur pointeur est même un défenseur, Renat Mamashev, qui a fini 15e marqueur de KHL et premier arrière. Mamashev, revenu à Nijnekamsk car il n'a pas réussi à s'imposer à Magnitogorsk, a ainsi réussi la meilleure saison de sa carrière à 29 ans.

À Nijnekamsk, on reste persuadé qu'Omsk a fait exprès de perdre ses deux dernières rencontres à domicile pour éviter de recroiser au premier tour le Neftekhimik, qui l'avait éliminé deux ans plus tôt. Au lieu d'une revanche, il y a donc eu un derby sibérien d'une part, et un derby tatar Kazan-Nijnekamsk d'autre part, dans lequel la capitale régionale a fait prévaloir ses droits. L'élimination face au grand frère n'a rien de déshonorant, mais pour autant l'entraîneur Vladimir Golubovich ne s'est pas vu proposer de nouveau contrat.

 

Lev Prague (15e) : quand il y en a pour deux, il y en a pour trois

Le marché du hockey à Prague s'est avéré capable d'entretenir une troisième équipe, le Lev, sans nuire à l'affluence des deux clubs traditionnels engagés en Extraliga (Sparta et Slavia). La O2 Arena de 17 000 places a été réservée pour quelques grosses affiches (SKA, Dynamo, CSKA et Slovan) et les joueurs de NHL ont été utilisés comme têtes d'affiche pendant le lock-out : en plus des attaquants Roman Cervenka - qui a finalement remplacé Jiri Hudler blessé aux adducteurs - et Jakub Voracek, le géant slovaque Zdeno Chara a été recruté en défense.

Les débuts de Chara ont été compliqués : après un début de saison réussi sans lui, les six premières rencontres après son arrivée ont été perdues. Même s'il n'était pas dans sa meilleure forme, les difficultés offensives ne pouvaient tout de même pas lui être imputées.

Ce mauvais mois d'octobre a finalement conduit à la sortie du coach Josef Jandac. Le Lev a alors trouvé un arrangement pratique avec son partenaire le Sparta, dont il occupe la patinoire : un échange d'entraîneurs, moyen pratique d'économiser les indemnités de licenciement.

Le nouvel homme fort sur le banc, Vaclav Sykora, s'est heurté au même problème que son prédécesseur : plusieurs cadres offensifs produisaient beaucoup moins que dans leurs précédents clubs. Petr Vrana (ex-Khabarovsk) se tourmentait psychologiquement de sa réussite perdue, mais il a assez travaillé pour gagner sa place aux championnats du monde avec la République Tchèque. Quant à Marcel Hossa, faute d'effort et d'implication physique, il n'exploite toujours son potentiel qu'à moitié.

Le Lev suivait encore une route relativement tranquille vers les play-offs quand une nouvelle série de cinq défaites a remis la qualification en cause. Elle a finalement été obtenue à la septième place de la conférence ouest, avant une élimination logique au premier tour contre le CSKA Moscou.

 

Atlant Mytishchi (16e) : moi je me bats pour le futur, quelle aventure

L'Atlant a rencontré très rapidement des problèmes défensifs. Comme un nouvel arrière offensif avait été recruté pour le powerplay (Sandis Ozolins), le champion du monde 2011 Janne Niskala, en déclin (fiche de -7), a été échangé à Minsk contre le défenseur défensif Jonas Frögren. Un compatriote de plus pour l'entraîneur suédois Janne Karlsson... mais pour quelques jours seulement. Viré le 20 octobre, celui-ci n'aura pas même pu fêter son premier anniversaire aux commandes de l'équipe. " Je ne vois pas de progrès dans le jeu, surtout tactiquement ", a commenté le directeur sportif Andrei Populaïev. Il était par exemple reproché à Karlsson d'avoir fait jouer l'attaquant-vedette Nikolai Zherdev dans six compositions de trios différentes au cours de ce mois d'octobre.

Après l'intérim de l'adjoint Aleksandr Smirnov, c'est Sergei Svetlov qui a été embauché et a immédiatement mis fin à une terrible série de onze défaites consécutives. Il a mis les joueurs au travail et a peu utilisé Nikolai Lemtyugov, pourtant le meilleur buteur de l'équipe sous l'ère Karlsson : l'ailier rentrera finalement dans son club formateur Chelyabinsk, où il ne jouera presque pas.

Le principal changement pour le club est cependant l'arrivée au 1er décembre d'un nouveau manager, Aleksei Zhamnov, déplacé du Vityaz. Le président de la région de Moscou, Amir Gallyamov, l'a présenté comme chargé d'une mission ambitieuse, faire de l'Atlant un candidat au titre dans les prochaines années. " Je suis venu pour construire une équipe pour l'avenir et je ne regarderai pas comment l'Atlant joue dans le prochain mois. L'important pour moi est ce qu'il sera dans le futur. ", a confirmé Zhamnov. Il n'a donc pas hésité à échanger ses deux principaux attaquants, Jonas Andersson (à Nijni Novgorod, un concurrent direct) et Nikolaï Zherdev (à Kazan, un prétendant à la Coupe Gagarine).

Normalement, c'est l'attitude d'un club qui a tiré une croix sur la saison en cours. Mais c'est exactement le contraire qui s'est produit ! Ayant perdu ses principales individualités, Mytishchi a mis l'accent sur la discipline et les quatre lignes ont toutes pris leurs responsabilités. Dès le départ de Zherdev, l'Atlant a enchaîné quatre succès et est finalement revenu prendre le dernier strapontin en play-offs. Le signe d'une équipe d'avenir ?

 

Yugra Khanty-Mansiysk (17e) : chacun se fond dans le collectif

Le Yugra Khanty-Mansiysk ne s'est pas qualifié en play-offs cette fois. Mais avec un nombre de points supérieur à l'Atlant (qualifié à l'ouest), il présente un bilan plus qu'honorable. Il a malheureusement perdu trop de points en début de saison où, tout en pratiquant son beau jeu habituel, il n'arrivait pas à concrétiser par des résultats.

Le club s'est fait une nouvelle spécialité de relancer des joueurs fameux en perte de vitesse, comme l'ex-international Anton But, qui n'était plus désiré à Magnitogorsk. Le Yugra a même obtenu, en échange d'un junior, rien de moins que le double champion du monde Denis Grebeshkov (29 ans), qui jouait de moins en moins au SKA Saint-Pétersbourg et qui a donc été dégraissé de l'effectif de la capitale des Tsars.

Même avec l'arrivée de ces grands noms en quête de seconde chance, l'équipe entraînée par Sergei Shepelev n'aura pas failli à sa réputation d'équipe travailleuse et discrète.

Son meilleur marqueur l'illustre parfaitement : le petit ailier Igor Skorokhodov est arrivé à Khanty-Mansiysk il y a cinq ans, quand le club jouait encore au niveau inférieur, et ils ont grandi ensemble. Il a inscrit 27 buts en saison régulière, le deuxième plus haut total de toute la KHL, et pourtant son temps de jeu se limitait à 15 minutes par match ! En effet, au Yugra, les quatre lignes tournent parfaitement et il n'y a vraiment aucune vedette mise en avant dans le collectif.

 

Donbass Donetsk (18e) : la Coupe Continentale pour l'instant

La Coupe Continentale. Voilà le trophée que le Donbass Donetsk conservera de cette saison, et il le chérira après l'avoir manqué l'an passé. Pour le reste, cette première année en KHL aura connu un dénouement frustrant, puisque la qualification en play-offs a été perdue d'un souffle dans le dernier week-end.

Les moyens n'ont pourtant pas manqué. Dans une équipe déjà dotée de trois gardiens internationaux (Laco, Ersberg et Goryachevskikh), mais ayant perdu Erik Ersberg qui devait se faire opérer, l'entraîneur slovaque a même fait venir à la fin des transferts Chris Holt, un portier dont il avait connu et apprécié la mentalité à Riga. En vain. Supler quittera le club après cet objectif raté.

On aura un temps cru que les ambitions du Donbass pourraient rejaillir sur l'équipe d'Ukraine. Elle a en effet remporté le tournoi de préqualification olympique avec le renfort d'Aleksei Ponikarovsky et Ruslan Fedotenko, qu'on n'avait plus vu sous le maillot national depuis dix ans. Mais pour la phase finale de qualification, les deux joueurs étaient repartis en NHL, les autres Ukrainiens n'ayant que des miettes de temps de jeu au Donbass. L'Ukraine a donc fini dernière de son groupe de qualification olympique, même si elle a assuré l'essentiel en remontant en division IA du championnat du monde, son niveau normal.

Quant au troisième pigiste engagé pendant le lock-out, Anton Babchuk (originaire de Kiev mais qui représente la Russie), il s'est blessé à l'épaule au Nouvel An et a donc perdu sa place de titulaire à Calgary quand la saison NHL a repris.

S'il y a un joueur qui peut tirer un bilan positif de la saison, c'est plutôt Vaclav Nedorost. Deuxième marqueur du club, le Tchèque a même fait un (bref) retour en équipe nationale, où il avait disparu depuis longtemps des tablettes. Il a signé un nouveau contrat de deux ans et semble donc un point d'ancrage dans la construction d'une équipe jusqu'ici créée de zéro ou presque..

 

Dynamo Minsk (19e) : des jeunes filles à consoler

" Après la sirène, j'ai regardé l'écran géant et j'ai vu des filles biélorusses en train de pleurer. Je saisis cette opportunité pour leur dire : ne pleurez pas ! Ce n'est que du hockey. " Telle fut la déclaration d'un joueur du Salavat Yulaev Ufa après le dernier match de saison régulière à Minsk. Il faut dire que le déroulement de la rencontre a mis les nerfs des jeunes filles à rude épreuve. Le Dynamo, qui devait gagner, se trouvait mené 0-2. Le gardien norvégien Lars Haugen sort à quatre minutes de la fin, il faut alors un miracle. Les défenseurs Cory Murphy et Janne Niskala marquent deux buts de suite, et Haugen ressort car il en faut un troisième... Minsk encaisse alors le but fatal en cage vide.

Pourtant, le Dynamo aura vraiment tout tenté pour se qualifier en play-offs. Il a bénéficié pendant le lock-out d'un des meilleurs gardiens du monde, Pekka Rinne, qui avait été formé par son entraîneur des gardiens Ari Hill et avait donc accepté de venir pour guère plus que le prix de l'assurance. Il a même engagé Evander Kane, la jeune vedette NHL de 21 ans, en se réjouissant qu'il compte dans le quota de juniors de la KHL ! Voilà ce qui s'appelle développer des jeunes... En plus, ce fut un échec complet. Kane ne s'est jamais adapté à la KHL, et après plusieurs entretiens sur son rôle attendu dans l'équipe, on s'est froidement séparé de lui. Il n'a inscrit que deux points en onze matches.

La gestion du Dynamo Minsk est surtout contraire aux intérêts du hockey biélorusse. Le club a procédé au premier licenciement de coach de la saison. Dès le 13 octobre, Kari Heikkilä a dû céder son poste à son adjoint Aleksandr Andrievsky. Comme Hanlon trois ans plus tôt, le Finlandais a alors quitté sa fonction parallèle d'entraîneur de l'équipe nationale, laissée à nouveau dans la panade à quelques mois d'une échéance cruciale : pas les JO cette fois, mais "seulement" les qualifications, qui ont - évidemment - été ratées.

Tout le monde a tremblé après cet échec car le président du pays Aleksandr Lukashenko s'est fâché dans une interview à l'agence Interfax. " Je suis doublement honteux du jeu du Dynamo Minsk et de ce qu'a fait l'équipe nationale. Que le Bélarus n'aille pas aux JO, c'est une disgrâce. Je vais parler au ministre des sports, à mon assistant et au vice-président du comité olympique. Et je leur demanderai où sont évaluées les actions. On discutera des salaires et on verra s'il faut un Dynamo Minsk en KHL. "

Les apparatchiks ont finalement décidé que le Dynamo Minsk continuerait à participer à la KHL. Par contre, il devra préserver le noyau d'internationaux et ne plus compter que sur sept étrangers.

 

Torpedo Nijni Novgorod (20e) : les conséquences d'un vestiaire fissuré

Le Torpedo Nijni Novgorod se voyait naturellement poursuivre sur la lancée d'une très belle saison 2011/12, où il avait remporté sa division. En début de championnat, le trio Dmitri Makarov - Mikhaïl Varnakov - Martin Thörnberg était en feu au point d'être le plus prolifique de KHL. Et même si les résultats à l'extérieur étaient médiocres, le trio offensif assurait le spectacle à domicile et régalait les spectateurs amoureux de hockey.

Seulement, le tout nouveau président Oleg Kondrashov avait décidé de marquer son arrivée par un coup d'éclat. Il a recruté deux joueurs de NHL à la faveur du lock-out. Le défenseur Anton Volchenkov s'est blessé dès son troisième match. Quant à l'attaquant Aleksandr Semin, arrivé hors de forme, il n'a pas démenti sa réputation. L'entraîneur Kari Jalonen, qui n'avait rien demandé, s'est retrouvé avec un "joueur à problèmes" et a sévi en le sortant de l'équipe pendant quelques jours.

Le ver était dans le fruit. Des fissures étaient apparues dans l'équipe si solidaire et unie de l'année dernière. Les Russes se plaignaient d'un entraîneur prenant ses aises et devenu plus rude à leur égard que l'an passé, mais plus complaisant avec les étrangers. Certes, l'attaquant suédois Robert Nilsson, à qui certains reprochaient de ne pas assez serrer les dents quand il était blessé, avait été renvoyé chez lui pour se soigner. Mais pourquoi ce Matt Ellison, pas plus performant que Semin, jouait encore autant ?

Quand surgissent ce genre de questions, que chacun regarde son voisin en coin, c'est que l'esprit d'équipe disparaît. Jalonen a " perdu le vestiaire " selon les morts du gouverneur régional Valeri Shantsev. Il a donc été licencié trois jours avant Noël, remplacé par un local, l'entraîneur des juniors Vyacheslav Ryanov. Le style offensif et agressif a disparu en même temps. Le Torpedo s'est mis à jouer comme la plupart de ses rivaux, avec prudence et en attendant l'équipe adverse. Mais il n'a pas redressé les résultats et a donc manqué les play-offs.

 

Metallurg Novokuznetsk (21e) : mon beau miroir, suis-je la plus pauvre ?

C'était le conte de fées du début de saison. Le Metallurg Novokuznetsk, club au bord de l'agonie depuis plusieurs années, était pendant deux mois en position de se qualifier pour les play-offs. Mieux, il réussissait ce tour de force en pratiquant un hockey spectaculaire et attractif. En l'absence d'un gardien de la trempe de celui de l'année précédente (Teemu Lassila), l'entraîneur Anatoli Emelin a tourné casaque. Formé aux valeurs sacrées de l'ultradéfense par Piotr Vorobiev, il a renié sa religion pour se convertir à l'attaque.

Le meneur de cette offensive est Dmitri Kagarlitsky, un technicien redoutable en pénalty qui ne jouait qu'en deuxième division il y a deux ans et qu'on a même aperçu cette saison en équipe nationale. Il a trouvé à ses côtés un pur attaquant, Aleksandr Bumagin, un ex-espoir qui s'était un peu perdu par des problèmes d'attitude et de régime de vie.

Tant au classement qu'en spectacle, le club était au pinacle de son attractivité. Il a alors envoyé un message à tous les entrepreneurs de la ville pour demander un soutien financier et/ou logistique. Après tout, le Metallurg n'était-il pas la seule éclaircie dans une ville glauque où les contes de fée sont rares ? Difficile de croire à Blanche-Neige à Novokuznetsk, où même la neige est noircie par les émanations des usines métallurgiques.

Mais cet appel à l'aide a résonné dans le vide. Et les résultats se sont infléchis dès la pause de novembre. Le manager Leonid Vaisfeld a donc été obligé de vendre ses meilleurs joueurs pour pouvoir simplement payer les autres. Kagarlitsky et l'international junior Anton Slepyshev ont été cédés contre compensation, et le vétéran canadien Randy Robitaille a même été envoyé gratuitement à Donetsk, juste pour économiser son salaire. Vaisfeld s'est lassé de devoir négocier des cessions et jamais d'acquisitions. Il a préféré partir à Ekaterinbourg, le dernier de la KHL. C'est dire si la situation à Novokuznetsk inspire confiance...

 

Vityaz Chekhov (22e) : ils troquent l'épée pour la charrue

Le Vityaz Chekhov a changé et a voulu le faire savoir. Il a même organisé des séances photos qui représentaient ses joueurs en laboureurs et en semeurs, les valeurs paysannes ayant apparemment remplacé celles de cape et d'épée (rappelons que Vityaz signifie "chevalier") ! Ce n'était pas seulement une question d'image ou de discours : l'équipe a réellement été assainie de ses mauvais penchants. Après seulement un mois de championnat, elle a même établi une performance historique dans un match à Donetsk : zéro minute de pénalité ! Inimaginable de sa part quelques mois plus tôt.

La transition vers le hockey créatif préconisé par le nouveau coach Yuri Leonov s'est donc faite sans encombres. Pour un vétéran formé à l'école soviétique comme le dribbleur Aleksandr Korolyuk, ce serait même un retour aux sources. Il restait certes deux enforcers dans l'équipe, mais les Nord-Américains ont une mentalité professionnelle et s'adaptent aux consignes, selon que se battre en fasse ou non partie. Jeremy Jablonski étant blessé et Trevor Gillies hors de forme, ils ne se sont guère fait remarquer de toute manière.

C'est pour les spectateurs que la transition a été difficile. Les supporters de Chekhov ont la réputation d'être spéciaux (et de plus aimer la baston que le hockey), et on a vu le public s'amoindrir au fil de la saison. Seules deux des nouvelles recrues ont été complètement adoptées : le défenseur américain Brian Fahey et le célèbre arrière Andrei Markov, qui a prouvé qu'il n'était plus un convalescent chronique, ce qu'il a ensuite confirmé en retournant chez les Canadiens de Montréal.

Il faut dire que le club a précipité ce désintérêt en soldant encore une fois ses meilleurs joueurs en janvier : le gardien Ivan Kasutin au SKA, l'attaquant Korolyuk au Metallurg, mais aussi les deux défenseurs les plus sûrs, Aleksei Troshchinsky (au Barys) et Daniil Markov (au CSKA). Le départ des vedettes a achevé de vider les tribunes.

 

Spartak Moscou (23e) : en panne de leadership offensif

Le Spartak Moscou s'est retrouvé d'emblée en panne d'autorité. Le capitaine et plus gros salaire Branko Radivojevic, relégué en quatrième ligne puis en tribune, symbolisait ce leadership disparu. Ses performances individuelles désastreuses (0 but et -11 en vingt rencontres) ont fini par provoquer la perte de l'entraîneur Andrei Sidorenko le 31 octobre. Fedor Kanareikin a donc été embauché - pour la troisième fois - à la tête du club rouge et blanc, et il a durci immédiatement le ton dans le vestiaire.

En vain. En décembre, le Spartak a battu un triste record du championnat russe en restant 317 minutes sans mettre le moindre but ! Incroyable disette d'une équipe qui, au début de saison, n'avait plus été blanchie depuis un an et demi ! La série noire (ou blanche...) précipita le départ "par consentement mutuel" du directeur général Igor Khokhlachev.

Les exemples des mauvais choix de Khoklachev ne manquaient pas. Premier exemple : le contrat de deux ans accordé au gardien Mike Murphy, fébrile dès la pré-saison, qui a vite perdu sa place de titulaire au profit de Sergei Borisov. Il a été remplacé par des portiers slovaques (Jaroslav Halak puis Jan Lasak). Autre exemple : Andrei Kuzmin a été payé afin de rompre son contrat, sous prétexte que personne ne voulait le racheter... mais une fois la prime de départ dans la poche, il a signé quelques heures plus tard au Yugra. Plus cruel encore : Stanislav Zhmakin, engagé pour deux ans puis très vite échangé à Ekaterinbourg, y a inscrit 15 buts, un total qu'aucun joueur n'a atteint au Spartak...

Après un changement d'actionnaires qui coïncidait avec la crise sportive, le club a clairement choisi les économies. Le défenseur international tchèque Jakub Nakladal (auteur d'une quantité inhabituelle d'erreurs) a été cédé à Prague contre une compensation financière. L'attaquant allemand Eduard Lewandowski, à l'impact de plus en plus limité, a aussi été libéré (il reviendra en fin de compte la saison prochaine). L'entraîneur Kanareikin y croyait encore : " Nous avons donné deux joueurs et nous ne laisserons partir personne d'autre. Il vaut mieux en parler aux dirigeants, mais je ne voudrais pas que quelqu'un d'autre parte. " Trois jours après cette déclaration, la vedette offensive Stefan Ruzicka était envoyée à Ufa contre une grosse somme d'argent...

Les Moscovites ont donc fini la saison avec un effectif composé pour moitié de joueurs de moins de 22 ans. Mais pour se préparer un bel avenir, il faudra aussi se montrer apte à se gérer financièrement comme un "petit club", car c'est que le Spartak est devenu face aux nouveaux riches de la conférence ouest.

 

Dinamo Riga (24e) : tant que reste l'espoir

" C'est tout ? " Tel est le message envoyé sur Twitter par l'entraîneur finlandais Pekka Rautakallio, exprimant un certain ras-le-bol après une énième défaite. Pour lui, oui, c'était vraiment tout : il a été démis de ses fonctions le 5 novembre, remplacé par son adjoint letton Artis Abols.

En fait, le Dinamo Riga ne s'est jamais vraiment remis du départ de ses cadres (Ozolins, Sprukts, Redlihs, Hossa). Privé de ses habituels partenaires de première ligne, Martins Karsums a piqué du nez. Les Nord-Américains Rob Schremp et Alexandre Giroux n'ont pas pu compenser, ils n'ont brillé qu'en pré-saison avant de s'éteindre.

Quant au gardien Chris Holt, qui s'était dit si triste de partir, il a vite été regretté : son inconstance parfois décriée n'avait rien à envier à celle de ses successeurs. Le second passage du Suédois Mikael Tellqvist a été encore moins bon que le premier. Son concurrent était cette fois Maris Jucers et non Holt, mais il a peiné à incarner la relève des gardiens tant attendue chez les gardiens lettons.

Le seul sourire de la saison, c'est Miks Indrasis : prêté ou laissé en junior l'an passé, il s'était révélé en première ligne aux championnats du monde à la surprise générale. Fleur de mai sans lendemain ? Non. Il a poussé tardivement mais a aussi pris directement sa place sur le premier bloc en club. Il ferait donc une tête d'affiche judicieuse pour la "Coupe de l'espoir", cette compétition pour équipes non qualifiées en play-offs que la KHL a organisée pour la première fois. Le Dinamo Riga en a été le premier vainqueur, et si c'est anecdotique, cela a au moins maintenu les internationaux lettons en rythme de compétition au lieu de les envoyer en vacances à mi-février. L'équipe nationale en a eu bien besoin pour se maintenir dans l'élite.

 

Amur Khabarovsk (25e) : langage fleuri mais pas de couronne

Alors qu'il était l'entraîneur-vedette de la KHL un an plus tôt (et qu'il avait vu son contrat prolongé de deux ans), Hannu Jortikka a été viré en décembre. Il avait eu de mauvais pressentiments au cours de l'été, lorsqu'on l'a privé de son adjoint Yuri Kuznetsov, avec qui il avait mis en place une politique de rajeunissement. Au lieu de ça, les dirigeants lui ont imposé le recrutement de trentenaires qui se sont pliés avec mauvaise grâce à ses entraînements exigeants. Kuznetsov a finalement été réembauché en octobre et les deux hommes ont élaboré plusieurs échanges et transferts pour reformer l'équipe plus à leur goût, sans grand succès. Et il y a eu un clash au passage : après avoir été renvoyé en novembre, Aleksei Kosourov (une des recrues trentenaires qui n'entrait pas du tout dans le système de jeu) s'est répandu sur internet à propos de la "russophobie" de Jortikka.

Le Finlandais a certes des abords un peu rudes. Il jure aussi souvent qu'un rappeur américain, ou que Jay Varady pendant un temps mort en finale de la Ligue Magnus. L'anglais n'étant pas sa langue maternelle, il l'a faite sienne pour s'y répandre en injures. Mais à part ça, la plupart des joueurs l'apprécient et aiment évoluer dans son système rapide et offensif. Jortikka avait aussi la cote auprès des supporters, qui ont déployé sa photo et chanté en son honneur après son départ. Ils étaient inquiets de cette décision, et la suite leur a donné raison. Jortikka puis Kuznetsov ayant été débarqués, Evgeni Popikhin est arrivé en janvier. Il est entré en fonction par une défaite 7-1 à Cherepovets, et n'a remporté qu'un match sur sept.

Même si Khabarovsk a perdu celui que la Finlande surnommait le "roi Midas", désormais sans couronne, il pourra se consoler en arrêtant de se sentir le mal-aimé dont la KHL voulait se débarrasser (même Jortikka avait pris une amende de la ligue pour avoir dénoncé le calendrier infligé à son club). Alors qu'elle semblait irrésistiblement attiré vers l'ouest, la KHL se redéploie en intégrant un second club d'Extrême-Orient, à Vladivostok. Nanti d'un "voisin" pour les derbys (à 650 kilomètres près), Khabarovsk sera moins isolé.

 

Avtomobilist Ekaterinburg (26e) : abonnés... à la défaite

L'Avtomobilist Ekaterinbourg, qui avait abusé sur sa politique tarifaire, a réduit d'un tiers le prix des abonnements et en a vendu plus d'un millier, presque deux fois plus que l'année précédente. Peut-être certains de ces abonnés espéraient-ils - en pure perte - un passage pendant le lock-out de l'enfant du pays Pavel Datsyuk, qui a choisi le CSKA. En fait de star, ils auront finalement eu Joffrey Lupul, un joueur qui tourne actuellement à un point par match en NHL, mais qui n'a pas laissé une empreinte si mémorable (9 rencontres, 1 but et 3 assistances, une fiche de -6).

Les abonnés ont finalement vécu une saison aussi morose que la précédente. L'entraîneur Andrei Shaïanov a été démis de ses fonctions en décembre après une série de cinq défaites. Son adjoint, l'ex-défenseur Igor Ulanov, lui a succédé, sans réussir à faire décoller l'équipe de la dernière place. Elle a alors laissé partir son gardien Chris Holt (Donetsk) et son capitaine et pilier défensif Sergei Gusev (Omsk). Heureusement que les fans n'ont jamais perdu le moral.

 

Marc Branchu

 

 

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