URSS - Canada (26 septembre 1972)

 

Septième match de la série du siècle.

Toujours aussi difficile à bouger devant le but, Phil Esposito ouvre le score après un bon travail dans les coins de Ron Ellis et Brad Park. Mais c'est ce même Park qui tombe au moment de se retourner à la ligne bleue, permettant à Aleksandr Yakushev, bien lancé par Shadrin, de s'échapper seul pour l'égalisation. C'est encore l'infortuné Park qui dévie malgré lui du patin un palet qui atterrit sur Vladimir Petrov, démarqué en supériorité numérique, qui feinte Esposito et tire en lucarne. Mais Serge Savard, qui joue toujours avec un os de la cheville fêlé, gagne un palet dans le coin et permet, via un relais de Parise à la bleue, à Phil Esposito d'égaliser dans une forêt de jambes.

Les deux équipes n'arrivent toujours pas à se départager en deuxième période, et les vingt dernières minutes sont donc haletantes, avec un jeu rapide et physique. Rod Gilbert arrive de derrière le but pour tromper Tretiak du revers. Mais les Soviétiques réagissent rapidement. Retenu par Bergman, Aleksandr Yakushev se fait justice lui-même en marquant sur la pénalité.

Le Canada a toujours beaucoup de difficultés dans la construction du jeu, mais ses mises en échec sont de plus en plus efficaces pour contrer le jeu russe fait de courtes passes. L'URSS a eu pour claire consigne de la part de Bobrov et Kulagin de ne pas répondre aux provocations canadiennes. Mais cela n'est pas forcément du goût du "guerrier" Mikhaïlov. Les Canadiens l'ont fait rentrer dans leur jeu, et il se bat avec Gary Bergman. Mais les bagarres n'existent pas dans le hockey russe, et Mikhaïlov ne respecte donc pas les "règles" telles qu'elles sont admises outre-Atlantique. Il choque ainsi Bergman en lui donnant un coup de patin qui transperce sa jambière. Les deux joueurs sont exclus de la rencontre, selon le règlement international.

Il ne reste guère plus de deux minutes à jouer, et Canadiens et Soviétiques sont toujours dos-à-dos. Arrive alors le coup de génie de Paul Henderson, radicalement transformé dans cette série où il devient capable de changer le cours d'un match par un exploit individuel. Il fait face à deux défenseurs russes, mais part en diagonale pour qu'ils intervertissent leurs positions, puis glisse le palet entre les jambes de Guennadi Tsygankov. Là où un défenseur canadien aurait joué l'homme, le Russe s'applique à arrêter le palet. Mais celui-ci lui échappe et rebondit sur l'arrière de la lame de son patin. Henderson est ainsi passé dans le dos de la défense, et même si celle-ci revient en catastrophe, il parvient à envoyer le palet dans le haut du filet alors qu'il est en déséquilibre.

C'est le but vainqueur, même si la lumière signalant le but ne s'allume qu'avec retard. L'entraîneur-adjoint canadien John Ferguson craint pour cette raison une possible réclamation et demande à ses joueurs de se ruer sur la glace pour féliciter Henderson. C'est un vieux truc qu'il tient de son ancien coach aux Canadiens de Montréal, Toe Blake, afin d'influencer l'arbitre lors d'un but litigieux. Mais les Russes ne protestent nullement, le but est bel et bien valable, et la série est en passe d'être renversée. Les deux nations en sont à trois victoires chacune (pour un nul), et le public canadien est désormais entièrement convaincu que son équipe va s'imposer, maintenant qu'elle a l'élan de la victoire pour elle.

Élus meilleurs joueurs du match : Boris Mikhaïlov et Aleksandr Yakushev pour l'URSS, Phil Esposito et Bill White pour le Canada.

 

Commentaires d'après-match

Paul Henderson (buteur décisif du Canada) : "De tous les buts que j'ai inscrits, je n'ai jamais ressenti une telle satisfaction. J'aurais souhaité que cela arrive plus tôt. Je peux vous dire que ça fait quelque chose d'avoir dix-huit joueurs comme ceux qu'il y a dans cette équipe qui vous congratulent. Cette sélection du Canada est meilleure qu'une équipe de club. Je ne pense vraiment pas que les Boston Bruins [derniers vainqueurs de la Coupe Stanley] auraient fait mieux contre eux, pas plus que n'importe quelle autre équipe de NHL. Ces bâtards sont aussi bons que tous les adversaires que j'ai jamais eus. Ils n'abandonnent jamais, ils reviennent toujours à la charge."

Harry Sinden (entraîneur du Canada) : "Nous avons reporté la décision jusqu'au huitième match, qui pourrait bien être le match de hockey sur glace le plus passionnant jamais joué. [...] L'arbitrage était meilleur qu'avant-hier, mais nous avons toujours des difficultés à comprendre l'interprétations des règles dans le hockey international."

Vsevolod Bobrov (entraîneur de l'URSS) : "Notre défense a bien joué, mais Tsygankov nous a coûté ce match. [...] Oui, les arbitres ont fait certaines erreurs durant ces rencontres. Cette série est difficile à arbitrer."

 

URSS - Canada 3-4 (2-2, 0-0, 1-2)

Mardi 26 septembre 1972 au Luzhiniki de Moscou (URSS). 15000 spectateurs.

Arbitrage d'Uve Dahlberg (SUE) et Rudolf Batja (TCH).

Pénalités : URSS 17' (6', 6', 5'), Canada 25' (6', 10', 4'+5').

Tirs cadrés : URSS 29 (12, 8, 9), Canada 22 (7, 8, 7).

Évolution du score :

0-1 à 04'09" : P. Esposito assisté d'Ellis et Henderson

1-1 à 10'17" : Yakushev assisté de Shadrin et Lipakin

2-1 à 16'27" : Petrov assisté de Vikulov et Tsygankov (sup. num.)

2-2 à 17'34" : P. Esposito assisté de Parisé et Savard

2-3 à 42'13" : Gilbert assisté de Ratelle et Hull

3-3 à 45'15" : Yakushev assisté de Maltsev et Lutchenko (sup. num.)

3-4 à 57'54" : Henderson assisté de Savard

 

URSS

Gardien : Vladislav Tretiak.

Défenseurs : Aleksandr Ragulin- Guennadi Tsygankov ; Aleksandr Gusev - Viktor Kuzkin ; Yuri Liapkin - Vladimir Lutchenko ; Valeri Vassiliev.

Attaquants : Aleksandr Maltsev - Evgueni Mishakov - Vladimir Vikulov ; Viktor Blinov - Vladimir Petrov - Boris Mikhaïlov ; Aleksandr Yakushev - Vladimir Shadrin - Vyacheslav Anisin.

Remplaçant : Aleksandr Sidelnikov (G).

Canada

Gardien : Tony Esposito.

Défenseurs : Pat Stapleton - Brad Park ; Gary Bergman - Bill White ; Guy Lapointe - Serge Savard.

Attaquants : Jean-Paul Parisé - Phil Esposito - Yvan Cournoyer ; Ron Ellis - Bobby Clarke - Paul Henderson ; Dennis Hull - Jean Ratelle - Rod Gilbert ; Pete Mahovlich - Bill Goldsworthy.

Remplaçant : Ken Dryden (G).

 

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