URSS - Canada (24 septembre 1972)

 

Sixième match de la série du siècle.

Gilbert Perreault est lui aussi rentré au pays comme son coéquipier de Buffalo, Richard Martin, avant lui. On évoque des pressions du manager des Sabres, Punch Imlach, pour rappeler ses joueurs auprès de lui au détriment de la sélection. En revanche, Serge Savard revient dans l'équipe, la douleur de sa cheville fracturée redevenant supportable. Il sera très utile à son équipe pendant les infériorités numériques, par sa conservation du palet qui permet de gagner du temps.

Or, les Canadiens se retrouveront très souvent dans cette situation de jeu. Ils ont clairement décidé de durcir le jeu, et cela aboutit à de bonnes mises en échec de Brad Park, mais aussi à des gestes peu recommandables et à des mauvais coups. Phil Esposito prend une double mineure pour une charge incorrecte sur Yuri Shatalov, mais les Soviétiques n'en profitent pas.

Après une première période timide et tendue, les joueurs se lâchent au deuxième tiers-temps. En mal pour ce qui est de l'agression délibérée de Bobby Clarke sur le meilleur joueur soviétique Valeri Kharlamov, et en bien pour ce qui est des buts. Ken Dryden est masqué sur l'ouverture du score de Yuri Liapkin, mais Dennis Hull parvient à se défaire de Tretiak pour égaliser quatre minutes plus tard. Dans la foulée, Yvan Cournoyer intercepte un palet et donne l'avantage au Canada, puis Paul Henderson s'échappe sur l'engagement à peine quinze secondes plus tard, et Tretiak laisse filet le palet entre ses jambières sur son tir de dix mètres... Les visiteurs se sont détachés en à peine une minute et demie, et les 2500 supporters canadiens chantent "Da, Da, Canada, Niet, Niet, Soviet"...

Aleksandr Yakushev réduit toutefois le score dans une mêlée de joueurs alors que Hull est en prison depuis neuf secondes pour cinglage. Sur cette action, Phil Esposito est furieux, car il reproche à l'arbitre d'avoir lâché le palet à l'engagement alors qu'il était en train de parler à un de ses coéquipiers. Le capitaine canadien prend une pénalité majeure trente secondes plus tard à cause d'une crosse haute qui a laissé Ragulin le visage en sang. Le coach John Ferguson est fou de rage et traite les arbitres de tous les noms, écopant d'une pénalité de banc mineur.

Mais, et c'est sans doute le tournant du match, le si efficace jeu de puissance soviétique ne parvient pas à profiter de cette opportunité. Les Canadiens résistent, et leur gardien Ken Dryden est héroïque. Il fait ainsi taire toutes les critiques qui lui reprochaient de ne pas supporter la pression d'un match international, d'après ses deux précédentes sorties dans cette série soldées par autant de défaites. Celui qui s'était brusquement révélé dans les play-offs 1971, en amenant Montréal à la Coupe Stanley alors qu'il était quasi-débutant, connaît bien le hockey international. Il était deuxième gardien du Canada aux championnats du monde 1969, et avait surtout passé toute la saison suivante avec le Team Canada, où il avait été aligné pour une cuisante défaite 3-9 contre l'URSS. Fort de ces expériences malheureuses, il a su faire évoluer son jeu pour l'adapter aux Soviétiques et être décisif.

Contraint de gagner ses trois dernières rencontres, le Canada a déjà franchi la première étape, non sans incriminer les arbitres ouest-allemands, qui ont sifflé trop de fautes contre eux. Il est vrai qu'ils ont signalé des hors-jeu inexistants sur deux 3 contre 1, encore les insuffisances du système international à deux arbitres. De leur côté, les Soviétiques accusent leurs adversaires de jeu dur, notamment à cause du cinglage de Clarke sur Kharlamov à la mi-match, avec intention de blesser. Objectif atteint car le joueur russe a la cheville fracturée.

Élus meilleurs joueurs du match : Ken Dryden et Gary Bergman pour le Canada, Vladimir Lutchenko et Aleksandr Yakushev pour l'URSS.

 

Commentaires d'après-match

Ken Dryden (gardien du Canada) : "J'ai dû changer tout mon jeu. Je joue d'habitude loin du filet pour couvrir les angles, mais j'ai dû reculer ma position. La raison en est l'habileté des passes russes. Si je m'avançais pour couvrir un angle, ils feraient une passe derrière mon dos et il n'y aurait plus qu'à pousser le palet pour marquer. Quand je suis dans mon filet, il faut qu'ils me battent. On l'a vu en fin de deuxième tiers quand nous étions en double infériorité. Mikhaïlov a décalé Kharlamov, mais j'étais placé. Il a pris le tir, je l'ai repoussé, et la rondelle a rebondi contre le poteau jusque dans ma mitaine."

Harry Sinden (entraîneur du Canada) : "Ce sont deux des pires arbitres que j'ai vu diriger un match de hockey dans toute ma carrière. Nous pensons que les arbitres étaient incompétents. Nous veillerons de très très près à ce que les deux qui ont officié ce soir n'arbitrent plus dans cette série, et nous rencontrerons les organisateurs dans ce but. Cet arbitrage est le produit du système de M. Bunny Ahearne, le président de l'IIHF."

Boris Kulagin (co-entraîneur de l'URSS) : "Les Canadiens ont oublié qu'ils jouent selon les règles internationales. Nous avons testé quelques-uns de nos jeunes joueurs. S'ils avaient constamment attaqué les arbitres, nous aussi, nous aurions joué en infériorité. Nous ne nous sommes pas plaint des arbitres au Canada. [...] Si nous avons perdu, c'est que les Canadiens nous étaient très supérieurs dans certaines composantes du jeu."

 

URSS - Canada 2-3 (0-0, 2-3, 0-0)

Dimanche 24 septembre 1972 au Luzhiniki de Moscou (URSS). 15000 spectateurs.

Arbitrage de Josef Kompalla et Franz Baader (RFA).

Pénalités : URSS 4' (0', 4', 0'), Canada 31' (6', 8'+5'+10', 2').

Tirs cadrés : URSS 31 (6, 13, 12), Canada 25 (9, 7, 9).

Évolution du score :

1-0 à 21'12" : Liapkin assisté de Yakushev et Shadrin

1-1 à 25'13" : Hull assisté de Gilbert

1-2 à 26'21" : Cournoyer assisté de Berenson

1-3 à 26'36" : Henderson

2-3 à 37'11" : Yakushev assisté de Shadrin et Liapkin (sup. num.)

 

URSS

Gardien : Vladislav Tretiak.

Défenseurs : Aleksandr Ragulin - Guennadi Tsygankov ; Yuri Liapkin - Vladimir Lutchenko ; Yuri Shatalov - Valeri Vassiliev.

Attaquants : Valeri Kharlamov - Aleksandr Maltsev - Vladimir Vikulov ; Aleksandr Yakushev - Vladimir Shadrin - Aleksandr Volchkov ; Aleksandr Bodunov - Vyacheslav Anisin - Yuri Lebedev ; Vladimir Petrov - Boris Mikhaïlov.

Remplaçant : Aleksandr Pashkov (G).

Canada

Gardien : Ken Dryden.

Défenseurs : Pat Stapleton - Brad Park ; Gary Bergman - Bill White ; Guy Lapointe - Serge Savard.

Attaquants : Jean-Paul Parisé - Phil Esposito - Rod Gilbert ; Red Berenson - Jean Ratelle - Yvan Cournoyer ; Ron Ellis - Bobby Clarke - Paul Henderson ; Pete Mahovlich - Dennis Hull.

Remplaçant : Tony Esposito (G).

 

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