URSS - Canada (22 septembre 1972)

 

Cinquième match de la série du siècle.

Dans les deux semaines qui ont séparé la première partie de la série de cette seconde phase à Moscou, le Canada n'a pas chômé et s'est préparé intensivement. Mais les deux matches joués en Suède (4-1 et 4-4), marqués par de multiples accrochages entre les deux équipes, n'ont pas arrangé la réputation des professionnels canadiens en Europe, eux qui pensaient que les amateurs européens ne pourraient même pas rivaliser avec eux. De plus, ils ont perdu Wayne Cashman, qui s'est mordu la langue sur une crosse haute d'Ulf Sterner. Et trois joueurs frustrés de leur temps de jeu, Vic Hadfield (le "meneur" de la révolte), Richard Martin et Jocelyn Guevremont, ont même demandé à quitter l'équipe, ce que les entraîneurs ont accepté, conscients que l'effectif pléthorique posait des problèmes.

Du côté soviétique, Bobrov retire de sa composition Vyacheslav Starshinov, son capitaine du temps où il dirigeait le Spartak, mais n'a pas réintégré Firsov comme cela avait été évoqué au Canada. De même, Bobby Orr, toujours en convalescence après son opération du genou, est bien du voyage, mais il ne paraît toujours pas en état de jouer.

Phil Esposito, l'homme qui a secoué le Canada par son discours au quatrième match, se fait immédiatement remarquer par les Russes. Il glisse pendant la présentation des joueurs, et lorsqu'il se relève, il fait une révérence à la foule avec un grand sourire. Les deux équipes font une bonne première période et se créent de bonnes occasions. Tony Esposito ne cède pas et tient bien au chaud le palet dans sa mitaine sur un bon tir de Kharlamov. Ce sont les Canadiens qui ouvrent le score par Jean-Paul Parisé, après que Gilbert Perreault a débordé le défenseur Viktor Kuzkin.

Même si les Russes ont visiblement travaillé les mises au jeu, Bobby Clarke reste le meilleur dans ce domaine, et c'est ce talent qui lui vaut de marquer. Il gagne un engagement et s'appuie sur Henderson qui le redonne le palet pour le 2-0. Puis 3-0 lorsque Paul Henderson surgit au rebond d'un tir de Guy Lapointe. Le Canada gagne sur ses points forts. Les 3500 supporters qui ont accompagné l'équipe exultent. La cote des cartes des joueurs, que les fans visiteurs ont amené avec eux et qui intéressent fortement les spectateurs russes, est en train de monter. Les Soviétiques sont hors du coup dans cette deuxième période, face à des Canadiens qui patinent fort et qui rivalisent maintenant avec eux.

Même si Viktor Blinov parvient finalement à débloquer le compteur local en troisième période, la détermination canadienne semble supérieure, à l'instar de celle de Paul Henderson, l'ailier gauche qui prend de plus en plus d'importance dans l'équipe après les départs volontaires des capricieux Hadfield et Martin. Avant la pause, Henderson avait violemment percuté la balustrade, mais défiant les conseils des docteurs, il a tenu à revenir sur la glace, où il inscrit son deuxième but de la soirée dès sa première présence.

Pourtant, la physionomie du match change du tout au tout après le but de Vyacheslav Anisin, qui, dos au but, dévie un tir de la bleue de Liapkin en plaçant la crosse entre ses jambes. Une action que les Soviétiques avaient travaillé à l'entraînement et qui assomme les Canadiens. Huit secondes plus tard, Vladimir Shadrin vient contrer un défenseur canadien pour revenir à un but d'écart, et c'est Gusev qui se charge d'égaliser après une série de passes. Puis Rod Seiling, mis en difficulté par une mauvaise passe en retrait de Bobby Clarke, voit Vladimir Vikulov lui chiper le palet. Le Russe se présente en angle fermé et feinte joliment Tony Esposito, qui s'en veut d'avoir encaissé cinq buts en une période, pour le but de la victoire. Les dizaines de drapeaux canadiens sont en berne, les "Go-Canada-Go" sont rentrés dans la gorge des supporters. Ils réservent pourtant une acclamation aux joueurs à leur sortie, afin de leur donner un ultime encouragement. Le Canada n'a pas encore perdu la série, mais il n'a plus le droit à l'erreur dans les trois manches restantes.

Élus meilleurs joueurs du match : Tony Esposito et Paul Henderson pour le Canada, Vladimir Petrov et Aleksandr Yakushev pour l'URSS.

 

Commentaires d'après-match

Vsevolod Bobrov (entraîneur de l'URSS) : "Après le deuxième but canadien, notre équipe s'est comme désagrégée. Mais après la seconde pause, nous avons retrouvé la forme et mieux joué. Les Canadiens avaient dépensé beaucoup d'énergie dans les deux premières périodes. Nous avons changé notre tactique pour ce troisième tiers-temps. En quoi, ça, je ne le dirais qu'après le dernier match."

Harry Sinden (entraîneur du Canada) : "Quelle équipe de NHL a jamais pensé avoir une chance de revenir en étant menée 1-4 dans la dernière période. Mais, qu'ils aient trois buts d'avance ou de retard, ces Russes patinent exactement pareil."

Paul Henderson (deux buts pour le Canada) : "Mon cou est un peu raide et ils sont en train de me faire une minerve. Le second gardien Eddie Johnston m'a dit que quelqu'un m'a eu par derrière, mais je n'en sais rien. J'ai perdu l'équilibre et je savais que j'allais glisser contre la bande mais je ne pouvais rien y faire. J'ai vu des étoiles et ce genre de trucs. Le casque [Henderson est un des rares Canadiens à en porter] m'a sauvé, je pense. Il faut reconnaître leur mérite, la façon dont ils sont revenus est incroyable. Le hockey fermé n'est pas pour nous. Notre ligne est probablement la seule défensive, les autres sont offensives. Non pas que je porte la faute sur qui que ce soit, c'est juste que nous avons fait une erreur tactique."

Bobby Clarke (un but pour le Canada) : "Si vous regardez nos joueurs, il n'y en a pas beaucoup qui sont du genre à devenir défensifs. Ce n'est pas le style de cette équipe. Et pourtant, nous avons essayé de jouer défensif. Le but décisif est de ma faute. J'ai fait une passe en retrait à Rod, je n'aurais jamais dû tenter cela à ce moment du match, faire une passe vers notre propre zone. Le palet rebondissait et je ne sais même pas s'il a pu s'en saisir."

 

URSS - Canada 5-3 (0-2, 1-2, 2-1)

Vendredi 22 septembre 1972 au Luzhiniki de Moscou (URSS). 15000 spectateurs.

Arbitrage d'Uve Dahlberg (SUE) et Rudolf Batja (TCH).

Pénalités : URSS 10' (2', 4', 4'), Canada 10' (2', 6', 2').

Tirs cadrés : URSS 33 (9, 13, 11), Canada 37 (12, 13, 13).

Évolution du score :

0-1 à 15'30" : Parisé assisté de Perreault et Gilbert

0-2 à 22'36" : Clarke assisté de Henderson

0-3 à 31'47" : Henderson assisté de Lapointe et Clarke

1-3 à 43'34" : Blinov assisté de Petrov et Kuzkin

1-4 à 44'56" : Henderson assisté de Clarke

2-4 à 49'05" : Anisin assisté de Liapkin et Yakushev

3-4 à 49'13" : Shadrin assisté d'Anisin

4-4 à 51'41" : Gusev assisté de Ragulin et Kharlamov

5-4 à 54'46" : Vikulov assisté de Kharlamov

 

URSS

Gardien : Vladislav Tretiak.

Défenseurs : Aleksandr Ragulin - Guennadi Tsygankov ; Aleksandr Gusev - Viktor Kuzkin ; Yuri Liapkin - Vladimir Lutchenko.

Attaquants : Valeri Kharlamov - Aleksandr Maltsev - Vladimir Vikulov ; Viktor Blinov - Vladimir Petrov - Boris Mikhaïlov ; Aleksandr Yakushev - Vladimir Shadrin - Aleksandr Martyniuk ; Evgueni Mishakov - Vyacheslav Anisin.

Remplaçant : Aleksandr Sidelnikov (G).

Canada

Gardien : Tony Esposito.

Défenseurs : Pat Stapleton - Brad Park ; Gary Bergman - Bill White ; Guy Lapointe - Rod Seiling.

Attaquants : Jean-Paul Parisé - Phil Esposito - Rod Gilbert ; Frank Mahovlich - Jean Ratelle - Yvan Cournoyer ; Ron Ellis - Bobby Clarke - Paul Henderson ; Pete Mahovlich - Gilbert Perreault.

Remplaçant : Ken Dryden (G).

 

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