Canada - URSS (8 septembre 1972)

 

Quatrième match de la série du siècle.

Former une équipe n'est pas une tâche facile pour Harry Sinden. Ceux qui ne jouent pas font connaître leur mécontentement et troublent l'ambiance. Compte tenu également de la fatigue des titulaires, l'entraîneur canadien change l'effectif qui reste pourtant sur une victoire et un nul, quitte à former des lignes avec des joueurs qui ne se sont jamais entraînés ensemble. Cette perspective serait bien sûr impensable dans le camp soviétique, où les blocs travaillent très longtemps ensemble jusqu'à la cohésion parfaite, et où l'on est à l'abri de ces caprices de stars.

Entre des coéquipiers qui se connaissent et d'autres qui se cherchent, la différence ne tarde pas à apparaître. L'URSS mène 2-0 en moins de huit minutes sur deux buts au scénario similaire : pénalité contre Bill Goldsworthy, lancer de Vladimir Lutchenko en jeu de puissance, et déviation de Boris Mikhaïlov.

Il y a par contre un avantage au sang frais injecté par les Canadiens, c'est la motivation des entrants. Gilbert Perreault, qui ne joue que son deuxième match, est bien le seul à parvenir à virevolter dans zone soviétique, au point de désorienter la défense. Sa passe vers la cage est en effet malencontreusement déviée par un arrière russe dans sa propre cage.

Mais moins d'une plus tard, Vladimir Petrov et Yuri Blinov concluent un 2 contre 1 d'école qui redonne deux buts d'avance à l'URSS. Rod Gilbert dévie une passe de Hadfield dans les filets de Tretiak, mais le but n'est pas accordé car marqué du patin. C'était la dernière chance canadienne de réduire le score. Ensuite, la pression soviétique s'accentue et aboutit au quatrième but inscrit par Vladimir Vikulov.

La troisième période est dominée par les Canadiens. Ils multiplient les lancers sur Vladislav Tretiak, mais celui-ci résiste parfaitement. Les buts de Goldsworthy, au rebond d'un tir de Phil Esposito, et de Hull, encore sur une passe d'Espo, sont entrecoupés d'une réalisation de Shadrin qui permet aux Soviétiques de conserver une marge suffisante. Les joueurs locaux sortent sous les sifflets du public.

Supérieure dans le jeu collectif et la condition physique, l'URSS mène donc deux victoires à une (et un nul) après cette première partie de la série. Elle est donc en position de force avant d'aller jouer à domicile, à Moscou, sur une grande glace. Les changements n'ont pas entraîné l'amélioration attendue pour le Canada, à l'exception de Perreault, qui a beaucoup apporté offensivement par ses débordements. Les ailiers rentrés en jeu, quant à eux, ont été globalement inefficaces, hésitants dans leur positionnement tactique et dans leurs liaisons avec les centres. Cela plaide pour le retour de Parisé et Cashman, de repos ce soir, aux côtés d'Esposito.

Élus meilleurs joueurs du match : Phil Esposito pour le Canada et Boris Mikhaïlov pour l'URSS.

 

Commentaires d'après-match

Harry Sinden (entraîneur du Canada) : "Je ne suis pas de ceux qui pensent que c'est la faible qualité des tirs qui fait briller Tretiak. Je ne l'ai pas vu faire d'erreurs jusqu'à présent. Tant qu'il arrête le palet, vous devez dire que c'est dû à son talent. Il faut reconnaître le mérite du gardien, pas nier celui des tireurs."

Phil Esposito (capitaine du Canada) : "À tous les gens à travers le Canada, je veux dire que nous avons essayé. Nous avons fait de notre mieux. À tous ceux qui nous ont sifflés, nous avons tous vraiment le cur brisé, nous sommes désillusionnés et déçus par certaines personnes. Nous ne pouvons croire la mauvaise presse que nous avons eue, les sifflets dans nos propres patinoires. Si les supporters russes sifflent leurs joueurs comme certains des supporters canadiens - je ne dis pas tous - nous ont sifflés, alors je reviendrai et je m'excuserai devant chaque Canadien. Mais je ne pense pas qu'ils le fassent. Je suis très, très déçu, je ne peux pas le croire. Certains d'entre nous sont vraiment abattus. Bon sang, on fait du mieux qu'on peut. Ils ont une bonne équipe, il faut faire face à la réalité. Mais cela ne signifie pas que nous ne nous donnons pas à 150%. Nous tous, les trente-cinq gars qui sont venus jouer pour le Canada, nous l'avons fait parce que nous aimons notre pays et pour aucune autre raison. Ils peuvent jeter l'argent du fonds de pension des joueurs [le fonds de la NHLPA, l'association des joueurs professionnels de NHL, reçoit une manne sur les recettes aux guichets pendant la série] par les fenêtres, ils peuvent jeter ce qu'ils veulent par la fenêtre, nous sommes venus parce que nous aimons le Canada. Et bien que nous jouions aux États-Unis et que nous gagnions notre argent aux États-Unis, le Canada est toujours notre patrie, et c'est l'unique raison de notre venue. Et je ne pense pas qu'il soit juste de nous siffler."

Ron Ellis (attaquant du Canada) : "Je n'ai jamais joué sur une patinoire aux dimensions internationales, mais l'idée d'une glace plus grande me plaît. Cela me convient, du moment que nous ne passons pas la soirée à les poursuivre jusqu'à l'épuisement."

Aleksandr Ragulin (défenseur de l'URSS) : "Ces Canadiens sont très bons mais il y a eu d'autres équipes du Canada tout aussi bonnes. J'ai le sentiment que l'équipe que nous avons affrontée aux championnats du monde 1967 était du même niveau. Néanmoins, je ne dirais pas que je suis confiant au sujet d'une victoire finale à Moscou. Tout reste à faire."

 

Canada - URSS 3-5 (0-2, 1-2, 2-1)

Vendredi 8 septembre 1972 au Pacific Coliseum de Vancouver (CAN). 15570 spectateurs.

Arbitrage de Lee Gagnon et Gordon Lee (USA).

Pénalités : Canada 6' (6', 0', 0'), URSS 4' (0', 2', 2').

Tirs cadrés : Canada 41 (10, 8, 23), URSS 31 (11, 4, 6).

Évolution du score :

0-1 à 02'01" : Mikhaïlov assisté de Lutchenko et Petrov (sup. num.)

0-2 à 07'29" : Mikhaïlov assisté de Lutchenko et Petrov (sup. num.)

1-2 à 25'37" : Perreault

1-3 à 26'34" : Blinov assisté de Petrov et Mikhaïlov

1-4 à 33'52" : Vikulov assisté de Kharlamov et Maltsev

2-4 à 46'54" : Goldsworthy assisté d'Esposito et Bergman

2-5 à 51'05" : Shadrin assisté de Yakushev et Vassiliev

3-5 à 59'38" : Hull assisté de P. Esposito et Goldsworthy

 

Canada

Gardien : Ken Dryden.

Défenseurs : Pat Stapleton - Bill White ; Gary Bergman - Brad Park ; Don Awrey - Rod Seiling.

Attaquants : Dennis Hull - Phil Esposito - Bill Goldsworthy ; Vic Hadfield - Gilbert Perreault - Rod Gilbert ; Ron Ellis - Bobby Clarke - Paul Henderson ; Frank Mahovlich - Yvan Cournoyer.

Remplaçant : Tony Esposito (G).

URSS

Gardien : Vladislav Tretiak.

Défenseurs : Aleksandr Ragulin - Guennadi Tsygankov ; Vladimir Lutchenko - Viktor Kuzkin ; Evgueni Paladiev - Valeri Vassiliev.

Attaquants : Valeri Kharlamov - Aleksandr Maltsev - Vladimir Vikulov ; Viktor Blinov - Vladimir Petrov - Boris Mikhaïlov ; Aleksandr Bodunov - Vyacheslav Anisin - Yuri Lebedev ; Aleksandr Yakushev - Vladimir Shadrin.

Remplaçant : Viktor Zinger (G).

 

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