Canada - URSS (6 septembre 1972)

 

Troisième match de la série du siècle.

À une victoire partout, les deux adversaires se retrouvent pour un troisième match à Winnipeg, où le plus célèbre joueur de l'équipe locale est en tribunes. Il s'agit de Bobby Hull, le recordman des buts et des points dans l'histoire de la NHL, qui a pourtant décidé de ne pas inclure dans l'effectif ce "renégat" passé dans la ligue concurrente, la WHA (World Hockey Association). Même s'il fait moins chaud qu'au premier match à Montréal (27C) ou même qu'à Toronto, la glace n'a été installée ici que trois jours plus tôt, et elle n'est pas dans un excellent état. En plus, des mouches bourdonnent dans la salle, héritage d'un spectacle équestre qui s'y est tenu la semaine dernière.

La lenteur de la glace n'est pas forcément une très bonne nouvelle pour les Soviétiques. La puissance de feu des Canadiens s'y exprime mieux, ils ont l'explosivité pour prendre les rebonds, comme le fait Jean-Paul Parisé dès la deuxième minute de jeu sur un lancer de la bleue de Bill White, et exploiter la moindre opportunité. Le Canada domine donc le premier tiers-temps, mais il n'arrive pas à creuser l'écart, car Vladimir Petrov profite d'une hésitation de Frank Mahovlich à la bleue pour s'échapper en infériorité numérique. Jean Ratelle parvient toutefois à lui redonner l'avantage. Harry Sinden peut se féliciter d'avoir réintégré le centre québécois qui était passé à côté du premier match, il s'est bien repris aujourd'hui et a déchargé les autres centres d'une partie de leurs responsabilités, d'autant que Mikita a été diminué par une bonne mise en échec en début de match.

Un nouveau bon travail de Parisé semble permettre à Phil Esposito de mettre les Canadiens à l'abri, mais ils se font à nouveau piéger quand ils s'y attendent le moins, alors qu'ils sont en supériorité numérique, cette fois par Valeri Kharlamov. Il a le toupet de sortir de sa zone alors que le jeu de puissance canadien y est installé... et il a raison car Tsygankov parvient à récupérer le palet et à le lui transmettre via un rebond contre la bande. Il part dans le dos de Brad Park qui ne peut le rattraper et réalise une feinte magistrale sur le gardien Tony Esposito. Le culot a payé.

Paul Henderson est là pour remettre le Canada dans le droit chemin. Il fait peut-être le meilleur match de sa carrière jusqu'ici, avec une agressivité insoupçonnée chez lui et trois mises en échec fracassantes. Il marque le but du 4-2, mais les Soviétiques n'ont pas encore lâché prise. Bobrov a en effet aligné un nouveau bloc, composé de Viacheslav Anissine, Aleksandr Bodunov et Yuri Lebedev, trois jeunes joueurs des Krylia Sovietov qui représentent l'avenir du hockey russe et donnent le tournis aux hockeyeurs canadiens, qui leur donneront vite le surnom de "ligne des maux de tête" (headache line). Ce jeune trio déjà vu aux Universiades de Lake Placid quelques mois plus tôt inscrit deux buts en l'espace de cinq minutes, par Lebedev qui dévie avec un brin de chance un tir de Vassiliev, puis par Bodunov.

Le troisième tiers-temps donne lieu à un bras de fer entre deux gardiens. Vladislav Tretiak, qui n'était pas censé avoir une bonne mitaine selon les espions canadiens, prouve le contraire à Henderson. Son vis-à-vis Tony Esposito n'est pas en reste, et la seule fois où Valeri Kharlamov peut avoir la cage ouverte, il manque la cible. On en reste là, sans Wayne Cashman qui avait voulu tenter les mêmes coups vicieux qu'avant-hier mais que l'arbitre n'a pas laissé donner un coup de crosse au casque de Shatalov, testant ces curieuses coiffes que portent les Soviétiques. Match nul, palet au centre. Ce sera ce coup-ci à Vancouver, puisqu'on poursuit la traversée du Canada d'est en ouest. Ce sera sans doute sans Guy Lapointe, qui a un hématome à la jambe, et sans Serge Savard, qui s'est fêlé la cheville lors de l'échauffement d'avant-match.

Élus meilleurs joueurs du match : Paul Henderson pour le Canada et Vladislav Tretiak pour l'URSS.

 

Commentaires d'après-match

Harry Sinden (entraîneur du Canada) : "Je n'ai pas vu un seul Russe qui n'aurait pas sa place en NHL. J'ai beaucoup appris en voyant jouer l'URSS. J'ai noté quelques bonnes idées. Ils font beaucoup de choses que nous ne faisons pas, et je ne vois aucune raison pour ne pas les appliquer en NHL. Chaque match ici a été une tâche monumentale, et non, je ne pense pas encore au retour en Russie."

Pat Stapleton (défenseur du Canada) : "Je l'ai gâché. J'ai gâché la chance de gagner. J'ai eu trois énormes occasions mais Tretiak a fait les arrêts. Il est aussi bon que tout ce que j'ai pu voir jusqu'ici."

Vsevolod Bobrov (entraîneur de l'URSS) : "Nous avons aligné la ligne Lebedev-Bodunov-Anisin pour donner de l'expérience à ces jeunes joueurs. C'est pourquoi nous les avons amenés avec nous. Notre but n'est pas uniquement la victoire. Nous avons laissé d'autres jeunes à Moscou qui joueront avec nous au retour... et ils seront plus forts."

 

Canada - URSS 4-4 (2-1, 2-3, 0-0)

Mercredi 6 septembre 1972 à Winnipeg (CAN). 9800 spectateurs.

Arbitrage de Gord Lee et Leo Gagnon (CAN).

Pénalités : Canada 18' (4', 0', 4'+10'), URSS 8' (2', 4', 2').

Tirs cadrés : Canada 37 (15, 16, 6), URSS 25 (9, 8, 8).

Évolution du score :

1-0 à 01'54" : Parise assisté de White et P. Esposito

1-1 à 03'16" : Petrov (inf. num.)

2-1 à 18'25" : Ratelle assisté de Cournoyer et Bergman

3-1 à 24'19" : P. Esposito assisté de Cashman et Parise

3-2 à 32'56" : Kharlamov assisté de Tsygankov (inf. num.)

4-2 à 33'47" : Henderson assisté d'Ellis et Clarke

4-3 à 34'59" : Lebedev assisté de Vassiliev et Anisin

4-4 à 38'28" : Bodunov assisté d'Anisin

 

Canada

Gardien : Tony Esposito.

Défenseurs : Pat Stapleton - Bill White ; Gary Bergman - Brad Park ; Guy Lapointe - Serge Savard.

Attaquants : Jean-Paul Parisé - Phil Esposito - Wayne Cashman ; Ron Ellis - Bobby Clarke - Paul Henderson ; Frank Mahovlich - Jean Ratelle - Yvan Cournoyer ; Pete Mahovlich - Stan Mikita.

Remplaçant : Ken Dryden (G).

URSS

Gardien : Vladislav Tretiak.

Défenseurs : Vladimir Lutchenko - Guennadi Tsygankov ; Aleksandr Gusev - Viktor Kuzkin ; Yuri Shatalov - Valeri Vassiliev.

Attaquants : Valeri Kharlamov - Aleksandr Maltsev - Boris Mikhaïlov ; Aleksandr Yakushev - Vladimir Shadrin - Vyacheslav Solodukhin ; Aleksandr Bodunov - Vyacheslav Anisin - Yuri Lebedev ; Vladimir Petrov - Evgueni Mishakov.

Remplaçant : Viktor Zinger (G).

 

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