Grenoble - Briançon (28 mars 2009)

 

Ligue Magnus - Finale - Match n░4.

Après leur victoire arrachée hier 3-1, les Brûleurs de Loups sont en position de force pour remporter leur sixième titre de champion de France. Il ne reste en effet plus qu'une manche à remporter et ils ont l'occasion d'en finir sur leur glace. Pour Briançon en revanche, le but est de l'emporter ce soir pour ramener la série dans les Hautes-Alpes et y disputer un cinquième match décisif où le leader de la saison régulière aurait la faveur des pronostics. Dos au mur, les Diables Rouges jouent leur dernière carte ce soir.

Grenoble contre le cours du jeu

Et cela se voit dès l'entame du match. Après quelques minutes d'observation relativement équilibrées, le jeu se déplace progressivement dans la zone grenobloise. Les Diables Rouges ont du mordant dans ce premier tiers-temps et Dufour offre la première occasion du match à Edo Terglav, finalement aligné malgré sa blessure la veille, mais le capitaine des visiteurs manque sa reprise. Le pressing briançonnais est récompensé par une pénalité de Teddy Trabichet, suivie une minute plus tard par une seconde de Wallin, victime comme hier de la sévérité de M. Barbez pour avoir tenté de soulever la crosse d'un adversaire. Briançon bénéficie ainsi d'une double supériorité numérique d'une minute, une situation idéale pour débuter le match. Mais comme hier dans une situation similaire, les Diables Rouges manquent le coche. Milovanovic puis Ladanyi ont beau s'employer sur des tirs de loin, Eddy Ferhi constitue une muraille infranchissable en ce début de rencontre, même pour Terglav à bout portant. Damien Raux rate l'immanquable en mettant le palet au-dessus d'une cage grande ouverte.

Les dix premières minutes sont difficiles pour Grenoble qui souffre le martyr dans sa zone défensive. Mais la défense iséroise fait le dos rond pendant le temps fort briançonnais. Les minutes passent, le score reste vierge et Grenoble peut tenter quelques incursions en zone d'attaque. Sur une mauvaise relance de Szelig, Fleury récupère le palet et sert Sivic positionné derrière la cage de Satosaari. Le Slovène centre en retrait pour Alexandre Rouleau dont le tir instantané dans le trafic est dévié involontairement par la défense briançonnaise, permettant à Grenoble d'ouvrir le score (1-0, 13'16"). Un but empreint de réalisme tant les occasions grenobloises étaient rares depuis le début de la rencontre.

Briançon ne renonce pas pour autant et repart à l'abordage des buts de Ferhi grâce à la seconde pénalité du tiers de Trabichet. Le palet circule bien dans la zone grenobloise, notamment grâce aux accélérations de Ladanyi, mais les Diables Rouges ne marquent toujours pas... En plus, Briançon s'expose aux contres des rapides Hammar et Fleury qui obligent Satosaari à rester vigilant. Ce dernier se fait une dernière frayeur sur une nouvelle mauvaise relance de Szelig qui est bien près de profiter à Mitja Sivic. Malgré une écrasante domination pendant vingt minutes, les hommes de Basile rentrent au vestiaire avec un compteur bloqué à 0, Grenoble réalisant un mini hold-up.

Wallin assomme Briançon

Lors du premier tiers-temps, il semblait que Briançon avait parfaitement retenu les leçons de la veille en restant notamment ultra discipliné puisqu'aucun Diable Rouge n'a été pénalisé dans le premier vingt. La tendance change rapidement en début de deuxième tiers-temps avec Groleau pénalisé d'entrée pour avoir balancé Jan Hammar. La sanction ne met pas longtemps à tomber : un violent slap de Broz côté droit est repoussé par Satosaari côté gauche, Wallin récupère et ajuste la mire, trouvant la lucarne d'une splendide reprise de volée (2-0, 21'49").

Grenoble ayant fait le break dans la rencontre, Briançon se doit de réagir. Brian Lee crée le surnombre en attaque, obtient une faute de Bergström qui l'accroche mais fait une nouvelle fois preuve d'indiscipline avec un geste d'énervement qui lui vaut d'accompagner le Suédois en prison. Point de supériorité numérique pour les Diables Rouges qui deviennent de plus en plus nerveux et commencent à perdre le contrôle, à l'image d'une grosse charge avec la crosse de Milovanovic sur Manavian qui aurait pu lui valoir dix minutes de méconduite. Nouveau power-play grenoblois, et la sanction est la même avec Wallin à la conclusion, cette fois avec un tir précis ras de glace qui passe au ras du poteau (3-0, 24'11"). Sentant son équipe lâcher prise, Luciano Basile n'a d'autre choix que de demander un temps mort.

Les Brûleurs de Loups peuvent désormais se contenter de laisser venir leurs adversaires. Timo Seikkula sonne la révolte d'un puissant tir repoussé par Ferhi. Mais les possibilités de contre se multiplient pour Grenoble avec notamment un tir de Hammar repoussé par la jambière de Satosaari, Tartari manquant de peu le rebond. Puis c'est au tour de Fleury de buter sur le portier finlandais. Lorsqu'ils sont dominés, les hommes de Mats Lusth ne s'embarrassent pas du palet et multiplient les dégagements interdits. La prise de risque est minimale pour les Isérois.

Seikkula effectue un bon raid vers la cage de Grenoble et obtient une pénalité de Ludek Broz. En contestant cette pénalité, Manavian prend dix minutes de méconduite. Mais le power-play briançonnais semble impuissant à trouver le décalage dans une défense grenobloise très bien en place. Forsander aurait même pu se procurer une échappée mais il est repris in extremis par Ladanyi. Ferhi est solide dans ses buts et préserve sa cage inviolée. Satosaari est sollicité à son tour par Mitja Sivic et doit sortir une belle mitaine pour éviter le naufrage complet à son équipe.

Briançon ne trouve toujours pas la solution. Un lancer lointain de Rohat au milieu du trafic provoque un instant de panique dans la défense grenobloise. Quelques frictions s'ensuivent entre Fleury et Szelig mais l'attaquant grenoblois ne répond pas aux provocations et regagne le banc. Les charges briançonnaises sont de plus en plus violentes à l'image de celle de Vas sur Broz qui méritait d'être sanctionnée. Le centre tchèque mettra quelques secondes avant de se relever.

La fin du tiers est marquée par les relations tendues entre Satosaari et M. Barbez. Le portier briançonnais se fait d'abord sanctionner pour avoir laissé traîner sa crosse, ce qui est interprété comme un accrocher. Comme Chauvel se distingue par un grossier coup de coude sur Ludek Broz, Grenoble peut finir le tiers à cinq contre trois. La pression est énorme sur le portier finlandais qui s'oppose à des lancers de Rouleau et Forsander tandis que Krayzel manque sa reprise en excellente position. Il n'en finit pas moins de pester contre M. Barbez, écope d'une méconduite et se retrouve proche de l'expulsion lorsqu'il envoie un palet en direction de M. Barbez lequel demande à Luciano Basile de calmer son joueur en envoyant le capitaine lui parler. C'est dans ce climat délétère que se termine ce deuxième tiers avec un avantage confortable de trois buts pour Grenoble qui n'est plus qu'à vingt minutes de la coupe Magnus.

Les Diables Rouges sont maudits

Briançon doit marquer rapidement en troisième période pour conserver un mince espoir de revenir dans le match. Du côté grenoblois, on garde en tête l'improbable come-back de Morzine il y a deux ans qui avait fait trembler Pôle Sud jusqu'au bout. Les Brûleurs de Loups ne parviennent pas à tirer profit du double avantage numérique malgré un premier tir de Bergström et un lancer cadré de Fleury. Les coéquipiers d'Edo Terglav semblent résignés en ce début de période et n'y croient plus beaucoup.

Groleau n'arrange pas les affaires briançonnaises en se faisant sanctionner pour une charge contre la bande pas forcément évidente. Les Brûleurs de Loups jouent prudemment le power-play sans trop s'exposer. Brian Lee arrive même à lancer sur Ferhi mais un accrochage de Milovanovic sur Broz prolonge l'infériorité numérique briançonnaise. Satosaari est alors beaucoup plus sollicité et sort trois gros arrêts, notamment face à Rouleau. Mais il finit par s'incliner lorsque Krayzel effectue le tour de la cage et sert Wallin, arrivé lancé, qui marque son troisième but de la soirée avec la complicité du poteau (4-0, 48'49").

Après une longue interruption liée au retour sur la glace de Seikkula (qui avait purgé les dix minutes de méconduite de Satosaari, alors que celui-ci avait pris deux minutes juste avant avec un autre substitut...), la défense grenobloise se déconcentre pour la première fois du match : Mickaël Perez prend de vitesse Trabichet et marque en lucarne opposée (4-1, 49'09"). Ce but permet à Briançon de sauver l'honneur et prive Eddy Ferhi d'un deuxième blanchissage dans la série.

Petite frayeur pour Martin Masa qui est projeté les mains en avant dans la balustrade par Milovanovic. On craint une blessure au poignet pour le Tchèque qui reprendra finalement sa place. Briançon essaie tant bien que mal de réduire le score par Seikkula puis Roussin, présent au rebond sur un tir de Szelig mais à chaque fois Ferhi tient le choc.

Dernière opportunité pour Briançon : une pénalité de Fleury qui permet à Luciano Basile de jouer son va tout à six contre quatre en sortant son gardien. Ses joueurs poussent pendant deux minutes mais rien n'y fait : le lancer de Terglav n'est pas cadré, celui de Vas heurte la barre transversale et celui de Lee... le poteau ! Tout un symbole. Incroyable manque de réussite pour Briançon, à croire qu'une malédiction plane décidément sur les Diables Rouges, si malheureux dans leurs finales. Mis sur orbite par Forsander, Fleury parachève la victoire grenobloise en marquant dans la cage vide (5-1, 56'47").

Grenoble complète son "grand chelem" avec un sixième titre !

Briançon n'a pas trouvé les ressources pour contrarier les plans des Brûleurs de Loups dans cette rencontre et forcer la tenue d'un cinquième match. Et pourtant les Diables Rouges ont tout essayé lors du premier tiers à la sortie duquel ils pouvaient légitimement espérer mener de deux buts au moins. Au lieu de ça, ils n'ont pas trouvé la faille dans la muraille Ferhi et ont pris un but sur une des seules occasions grenobloises du tiers. Ce fut dur à encaisser pour les hommes de Luciano Basile qui ont paru par la suite moins concentrés, commettant plus de fautes et en cédant plus facilement en infériorité numérique que la veille. À l'image de Satosaari, une nouvelle fois trahi par ses nerfs, les Briançonnais sont parus plus fragiles mentalement que leurs adversaires, enchaînant les indisciplines au mauvais moment.

Briançon a encore perdu une finale, et au moment de reconstruire son équipe, Luciano Basile, s'il reste en place, devra forcément se pencher sur le pourquoi de l'inefficacité de son attaque : seuls Ladanyi et dans une moindre mesure Terglav se sont montrés dans le "money time". Dufour et Roussin ont été trop discrets et l'effet "quatre lignes" n'a pas fonctionné, Briançon n'arrivant pas à prendre le pas physiquement sur Grenoble dans cette série alors que les Brûleurs de Loups n'évoluaient qu'à trois lignes. Briançon se consolera avec sa première place de la saison régulière qui lui vaudra certainement une participation en Coupe continentale... en attendant d'essayer de décrocher enfin un titre l'an prochain.

Les Brûleurs de Loups ont réussi leur pari : remporter leur sixième titre de champion de France et leur quatrième trophée cette saison ! Le dernier match fut peut-être le plus facile de la série avec une avance de trois buts avant la mi-match. Les Grenoblois n'ont eu ensuite plus qu'à gérer leur avance, s'appuyant sur leur défense de fer et un power-play très efficace ce soir, en partie grâce à un Viktor Wallin en état de grâce avec un hat-trick à la clé.

Bergström hier, Wallin et Rouleau aujourd'hui : les défenseurs artilleurs grenoblois ont fait beaucoup de mal à Briançon, marquant les six buts inscrits lorsque Satosaari était dans la cage. Ils ne sont pas pour rien dans la nette amélioration du power-play grenoblois cette année. N'oublions pas non plus de saluer leur rôle défensif : Ferhi, sur une autre planète lors des trois derniers matchs, et sa défense, n'ont encaissé que deux buts lors des trois dernières rencontres. Grenoble a bâti son succès sur une défense de fer et une infériorité numérique redoutable avec le travail de l'ombre de Hammar, Nilsson ou Tartari, une ligne défensive si précieuse pour contrer les meilleurs joueurs adverses. Après avoir tout gagné en France, Grenoble va maintenant se frotter à ce qui se fait de mieux en Europe... En attendant, Pôle Sud peut célébrer ses champions, auteurs d'une saison vraiment exceptionnelle !

Désignés meilleurs joueurs du match : Calle Bergström (Grenoble) et Tommi Satosaari (Briançon)

Compte-rendu signé Christophe Laparra

 

Commentaires d'après-match (à l'antenne de Sport + et dans Le Dauphiné Libéré) :

Luciano Basile (entraîneur de Briançon) : " On marque deux buts dans les trois dernières manches, on ne peut pas gagner. On domine aux tirs, on a des poteaux, un but non alloué hier, et on tombe sur un grand Ferhi, avec une bonne défense. Dufour, le meilleur pointeur de la saison, a été muet dans cette finale. [...] La suite, je ne sais pas. Le président n'a parlé à aucun joueur, on n'a aucun joueur sous contrat la saison prochaine. C'est toujours comme ça à Briançon. ça fait 5 ans et demi que je suis là, mais ce n'était pas un projet de cinq ans, c'était cinq projets d'un an."

Mats Lusth (entraîneur de Grenoble) : "On a tout gagné, je ne pouvais pas rêver mieux, non ? Et nos trois derniers matchs sont nos trois meilleurs de l'année. On en voulait un peu plus qu'eux, les gars se sont sacrifiés, ils ont mis leur corps sur la route du palet."

Antonin Manavian (défenseur de Grenoble) : "C'est exceptionnel, depuis que je suis arrivé, je ne sais même plus combien j'ai de titres, franchement je ne sais plus quoi dire."

 

Grenoble - Briançon 5-1 (1-0, 2-0, 2-1)

Samedi 28 mars à 20h00 à la patinoire Pôle Sud de Grenoble. 3500 spectateurs

Arbitrage de Nicolas Barbez assisté d'Éric Bouguin et Pierre Dehaen.

Pénalités : Grenoble 22' (6', 4'+10', 2'), Briançon 24' (0', 10'+10', 4').

Tirs cadrés : Grenoble 25 (6, 14, 5), Briançon 32 (10, 10, 12).

Engagements gagnés : Grenoble 36 (13, 16, 7), Briançon 34 (15, 12, 7).

Évolution du score :

1-0 à 13'16" : Rouleau assisté de Sivic et Fleury

2-0 à 21'49" : Wallin assisté de Broz (sup. num.)

3-0 à 24'11" : Wallin assisté de Broz (sup. num.)

4-0 à 48'49" : Wallin assisté de Krayzel (sup. num.)

4-1 à 49'09" : Perez assisté de Roussin et Larsson

5-1 à 56'47" : Fleury assisté de Forsander et Nilsson (cage vide)

 

Grenoble

Gardien : Eddy Ferhi.

Défenseurs : Alexandre Rouleau - Calle Bergström ; Viktor Wallin - Antonin Manavian ; Baptiste Amar (C) - Teddy Trabichet.

Attaquants : Martin Masa - Mitja Sivic - Damien Fleury ; Ludek Krayzel - Ludek Broz (A) - Johan Forsander ; Jan Hammar - Christophe Tartari (A) - Anders Nilsson.

Remplaçants : Lucas Normandon (G), Jason Crossman, Maxime Moisand, Julien Baylacq, Raphaël Papa, Nicolas Arrossamena. Absents : Martin Jansson (genou, saison terminée).

Briançon

Gardien : Tommi Satosaari [sorti de 55'10" à 56'47"].

Défenseurs : Brian Lee - François Groleau ; Viktor Szelig - Jakob Milovanovic ; Gary Levêque - Johan Larsson.

Attaquants : Jean-François Dufour (A) - Timo Seikkula - Edo Terglav (C) ; Balazs Ladanyi - Marton Vas - Cédric Boldron (A) ; Mickaël Perez - Damien Raux - Dany Roussin ; Brice Chauvel - Greg Owen - Sébastien Rohat.

Remplaçants : Andy Foliot (G), Sébastien Dermigny, Jérémy Gonnet.

 

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