Épinal - Briançon (5 décembre 2008)

 

Ligue Magnus - Quatorzième journée.

Jamais deux sans trois !

Croyez-le ou non, Poissompré est hanté. Pour Luciano Basile et sa bande, la vieille glace spinalienne est pleine de ces fantômes qu'il va falloir exorciser. Pour oublier cette demi-finale crève-cœur de janvier 2007 qui les priva de Bercy. Ou encore ce slap gagnant, dégainé voilà quelques mois par Stéphane Gervais en mort-subite. Oui, la bête des Vosges existe, et si elle n'a finalement pas eu raison des Dragons de Rouen en Coupe de la Ligue, elle a contrarié ces deux dernières années les desseins de Basile.

L'Italo-Canadien sait donc à quoi s'attendre de ce périlleux voyage dans le fief de Poissompré. Et que cette confrontation soit avancée d'un jour (festivités de la Saint-Nicolas oblige) ne change rien à l'affaire. Ses Diables rouges, souvent favoris, toujours placés mais jamais gagnants, ont de la monnaie à rendre.

Aussi "la bande à Basile" millésime 2008/09 est elle taillée pour la gagne avec ses internationaux de tous poils et son assise défensive, la plus réputée du circuit. Qu'on se le dise, la cité fortifiée de Vauban semble imprenable... même si les Vosgiens peuvent équilibrer la balance en opposant leur moral d'acier à cette défense de fer. Le point ramené d'Anjou samedi dernier témoigne ainsi de cette force de caractère. Alors que le blanchissage des Dragons (certes privés de Mallette et Thinel) sur la route de Méribel atteste de la solidité de l'armada alpine.

Le rouge est mis

Une boîte de Brian Lee sur Alexander Sundqvist donne le ton d'une entame appliquée et résolument énergique des Diables rouges. Après avoir rapidement pris possession des lieux, ils prennent d'emblée l'ascendant sur leurs hôtes d'un soir en s'engageant à fond dans les duels. Avec des pressings contrariants et une maîtrise totale de la rondelle. Les Dauphins n'en mènent pas large et mettent presque cinq minutes à retrouver quelques sensation, s'en remettant comme toujours à leurs individualités. Une première fois prise à défaut par la vitesse de Jan Simko (04'46"), l'arrière-garde rouge concède donc une première pénalité, mais on ne la fait pas à Tommi Satosaari, le pilier d'une défensive pour le moins chevronnée. Pas plus qu'à Viktor Szelig, le "ministre hongrois de la défense", n'hésitant pas à jouer les déménageurs aux côtés de l'offensif Jakob Milovanovic. Et avec de telles rampes de lancement, les contres ne sont jamais bien loin, surtout avec cette attaque multi-cartes.

Une des conséquence du match d'Angers (l'autre étant évidemment la suspension pour trois matchs de Fabien Leroy) est l'intronisation de Stanislav Petrik devant le filet bleu. Il s'agit là d'une dérogation à la règle préalablement établie par Shawn Allard puisque le Slovaque devait céder sa place à Eero Väre après la défaite concédée au Haras. La perspective d'affronter Briançon a toutefois poussé le coach local à aligner celui qui est considéré ici bas comme le seul titulaire légitime. C'est que l'homme masqué a du pain sur la planche et lui donne rapidement raison. Se montrant au besoin "petrikéen" en retardant plus d'une fois l'échéance. Car l'ouverture du score est inévitable. L'Américain Brian Lee, décalé à la pointe par le vétéran François Groleau, y va d'un slap que son déplacement latéral ne pourra couvrir (0-1 à 08'58"). La domination briançonnaise ne fait pas un pli et Sébastien Rohat, au rebond de Johan Larsson, double aussitôt la mise (2-0 à 09'20").

En fait, rien ne trouble le plan sans accrocs de Luciano Basile, excepté peut-être l'activité d'un Sundqvist bien seul à secouer le cocotier. Secoué par le rugueux Larsson (11'33"), le Suédois double ainsi l'avantage numérique des Dauphins sans que ceux-ci ne parviennent à déjouer Satosaari. La faute, notamment, à une fébrilité inhabituelle dans la finition. Briançon n'a pas ce souci et si Brice Chauvel rate la cible après un bon forecheck de Timo Seikkula (15'23"), les poignets d'un Mickaël Perez filant dans l'intervalle ne tremblent pas (0-3 à 15'45").

Partie prenante de cette entame parfaite, l'agressivité déployée par les Diables rouges confirme leur souveraineté dans le défi physique. Mais voilà, une telle rudesse dans le travail de sape ne peut que leur porter préjudice et finira par se payer en cachots sonnants et trébuchants. Une fois encore, l'ICE n'en profitera pas en restant trop altruiste dans le dernier geste, à l'image d'un Sundqvist qui avait pourtant fait le plus dur (16'50"). De quoi attiser la frustration locale vu la tournure des événements. D'autant que tous les duels sourient aux joueurs de la Ville-Haute. C'est dire s'il n'a pas fait bon flâner le long des balustrades !

Retour vers le futur

Si les bûcherons étaient de sortie à la fin du premier acte, les gâchettes prennent la relève à l'amorce d'un tiers médian débuté en supériorité numérique côté vosgien. Stéphane Gervais sera le premier à allumer la mèche avant qu'Ilpo Salmivirta n'y aille de sa déviation dans le slot (1-3 à 20'48"). Un classique du genre !

Bien décidés à prendre le diable par les cornes, les Lorrains lancent ainsi la course-poursuite. Une crosse haute de Perez sur Slovak (22'30") leur offre aussitôt de nouvelles munitions mais Gervais touche du bois à mi-distance (23'06"). Devant un Satosaari n'hésitant jamais à relancer rapidement, l'ICE piétine mais finira par trouver une nouvelle ouverture grâce à ce diable de Salmivirta, démarqué au second poteau par Petrak (2-3 à 25'18"). Jamais deux... sans trois ?

Puisque les mouches ont changé d'âne, les leaders du championnat subissent maintenant la furia locale et passent à un poteau du hat-trick d'Ilpo Salmivirta (25'51"). Satosaari brille en son filet en restant leur unique planche de salut. Mais le Finlandais, harcelé, va pourtant craquer en laissant filer un tir excentré de Guillaume Chassard (3-3 à 28'43"). Briançon a retrouvé ses vieux démons. L'histoire, c'est bien connu, n'étant qu'un éternel recommencement...

En guise de représailles, les visiteurs ruent dans les brancards mais constatent que Stanislav Petrik s'est mis au diapason de ses coéquipiers en sortant sa plus belle mitaine devant Greg Owen (29'06"). Le Slovaque ne pourra toutefois rien devant Jean-François Dufour, sorti de sa boîte pour scorer de près (3-4 à 30'30").

En persistant dans sa logique Briançon s'expose aux pénalités... et aux coups de patte de Jan Plch ! Le Slovaque a beau être matraqué sans relâche, son coup d'œil reste décisif sur jeu placé. Pour preuve Michal Petrak, à l'affût sur la gauche du gardien, n'a plus qu'à relayer le puck dans la cage vide (4-4 à 33'09"). Temps mort Briançon...

Meilleure attaque de Ligue Magnus, la "bande à Basile" possède quelques-uns des meilleurs francs-tireurs de l'Hexagone. Parmi eux Dany Roussin, le joker médical de Karl Gagné, est venu parce que sa carrière outre-Atlantique végétait après les fastes du junior majeur aux côtés de Sidney Crosby... Son association avec Mickaël Perez et Damien Raux est pourtant loin d'être aussi influente que la paire Dufour-Terglav. Et si le Slovène est maladroit à bout portant (35'13"), il va finalement rectifier le tir quelques instants plus tard, sur un centre de l'inévitable Jean-François Dufour (4-5 à 38'19"). Vas et Ladanyi ayant auparavant tergiversé à la conclusion d'un jeu à trois initié par Dufour.

Mal partis après une entame délicate, les "boys d'Allard" viennent de sortir le grand jeu pour relancer une partie très accrochée. Aussi Owen file-t-il à l'anglaise vers la case prison (42'46") pour donner une nouvelle chance au jeu de puissance local. Celui-ci doit toutefois manœuvrer dans un mouchoir de poche, faute d'espaces (quoi d'étonnant vu les gabarits de Szelig & cie), et pêche par manque de spontanéité devant Satosaari. Question sang-froid, Stanislav Petrik n'a vraiment rien à lui envier et contribue à calmer les ardeurs briançonnaises en sortant les arrêts qu'il faut.

Les efforts consentis de part et d'autres ont contribué à baisser un rythme jusqu'alors endiablé. Et même si Briançon possède une rotation supplémentaire, les initiatives locales restent les plus saignantes. En puisant tout au fond de leurs ressources, les Spinaliens démontrent leur panache habituel devant un Satosaari avare de rebonds. Celui qui a roulé sa bosse sur tout le Vieux continent va pourtant céder, à l'usure, en laissant filer entre ses bottes un tir à mi-distance de Guillaume Chassard (5-5 à 57'10").

Poissompré exulte, l'exploit est désormais à portée de crosses. Il aurait été trop bête que Jan Plch, pris par la patrouille pour avoir réagi à un coup de coude de Ladanyi (58'12"), ait plombé ce bel effort collectif. Mais qu'il se rassure, la pénalité concédée par le capitaine spinalien ne sera d'aucune incidence; ses partenaires se battant comme de beaux diables. Et jouant leur va tout sur deux derniers rushs de Jan Simko (60e). Comme d'habitude, le sort du match se jouera en prolongation !

Gervais, j'en r'veux !

Inspirée de dessocler sa cage devant Plch (60'22"), la défensive alpine n'est qu'au début de ses souffrances. Milovanovic, débordé par un Simko filant au but, est contraint d'employer les grands moyens (60'41"). Et pendant que le Slovène fait pénitence, le powerplay, certes privé de point d'ancrage par la sortie prématurée d'Ilpo Salmivirta, va buter deux minutes durant sur Tommi Satosaari. Avant que Stéphane Gervais, "once again", ne délivre Poissompré d'un plomb sous la barre dont il a le secret (6-5 à 62'42").

Alors que l'enceinte sombrait dans l'ivresse, la malédiction s'abattait une fois de plus sur Luciano Basile et ses Diables rouges. Le syndrome de Poissompré a encore frappé avec, à la clé, un fort goût de déjà vu. Les Alpins semblaient pourtant avoir le match en main, comme d'habitude, avant de payer au prix fort un engagement parfois excessif.

Une fois encore, l'enthousiaste public de Poissompré en aura eu pour son argent avec un match d'une rare intensité. Une fois encore, l'ICE aura su hausser son niveau de jeu pour renverser une montagne, raflant un énième succès de prestige. Peu d'équipes pourront se targuer d'en avoir passé six à la meilleure défense de Ligue Magnus. Reste maintenant à savourer cette performance exceptionnelle. Jamais deux sans trois qu'ils disaient !

Compte-rendu signé Jérémie Dubief

 

Épinal - Briançon 6-5 après prolongation (0-3, 4-2, 1-0, 1-0)

Vendredi 5 décembre 2008 à 20h15 à la patinoire de Poissompré. 1301 spectateurs.

Arbitrage de Nicolas Barbez assisté d'Adrien Ernecq et Nicolas Cregut.

Pénalités : Épinal 20' (6', 10', 4', 0') ; Briançon 32' (14', 12', 4', 2').

Tirs : Épinal 33(9, 14, 6, 4) ; Briançon 29 (8, 10, 9, 2).

Évolution du score :

0-1 à 08'58" : Lee assisté de Groleau (sup. num.)

0-2 à 09'20" : Rohat assisté de Larsson et Seikkula

0-3 à 15'45" : Perez assisté de Boldron et Groleau

1-3 à 20'48" : Salmivirta assisté de Gervais et Chassard (sup. num.)

2-3 à 25'18" : Salmivirta assisté de Petrak et Plch (sup. num.)

3-3 à 28'43" : Chassard assisté de Gervais et Petrak (sup. num.)

3-4 à 30'30" : Dufour assisté de Terglav (sup. num.)

4-4 à 33'09" : Petrak assisté de Plch et Salmivirta (sup. num.)

4-5 à 38'19" : Terglav assisté de Dufour et Vas (sup. num.)

5-5 à 57'10" : Chassard assisté de Sundqvist

6-5 à 62'42" : Gervais assisté de Plch et Petrak

 

Épinal

Gardien : Stanislav Petrik.

Défenseurs : Peter Slovak - Stéphane Gervais (A) ; Benoît Quessandier - Lionel Simon ; Borislav Ilic - John Paulson.

Attaquants : Jan Simko - Michal Petrak - Jan Plch (C) ; Ilpo Salmivirta - Alexander Sundqvist - Guillaume Chassard (A) ; Guillaume Papelier - Tarik Chipaux - Erwan Agostini.

Remplaçants : Eero Väre (G), Anthony Pernot, Ryan Caicco. Absent : Fabien Leroy (suspendu).

Briançon

Gardien : Tommi Satosaari.

Défenseurs : François Groleau - Brian Lee ; Viktor Szelig - Jakob Milovanovic ; Johan Larsson - Sébastien Dermigny.

Attaquants : Jean-François Dufour (A) - Greg Owen - Edo Terglav (C) ; Balasz Ladanyi - Marton Vas - Cédric Boldron (A) ; Dany Roussin - Damien Raux - Mickaël Perez ; Brice Chauvel - Timo Seikkula - Sébastien Rohat.

Remplaçant : Aurélien Bertrand (G). Absents : Karl Gagné (genou, saison terminée), Gary Lévêque (entorse du genou).

 

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