Épinal - Dijon (13 septembre 2008)

 

Ligue Magnus - premère journée.

Le vent a tourné

Cela ressemble à une première journée, ça en à même le goût mais ce derby toujours passionné aura un fort goût de déjà vu. Un sentiment amer restant en travers de la gorge des Spinaliens. Une frustration même, exacerbant une rivalité teintée d'un farouche esprit de revanche. Il faut dire que Shawn Allard et les siens, du moins les "survivants" de ces fameux quarts de finale, ont encore de quoi ruminer leur sortie prématurée. Battus quatre fois lors d'épiques confrontations la saison passée, les Dauphins savent donc à quoi s'attendre de ces Ducs devenus, en quelques mois, leur nouvelle bête noire...

Après l'humiliation subie cette semaine en Coupe de la Ligue (1-8 devant Amiens), où la faillite défensive suivit celle de l'irrégulier Stanislav Petrik, le forfait administratif du jeune finlandais Eero Väre renverra le Slovaque dans la mêlée. Une bonne occasion, pour lui, de se racheter. Ou de définitivement sombrer. Vous avez dit pression ?

Forts d'un contexte plus serein, avec un récent succès face au Mont-Blanc en Coupe de la ligue (4-1), les Ducs retrouvent ce soir la moitié de leur brigade défensive, absente face aux Avalanches. Les retours conjoints de Juraj Senko, Boris Zahumensky et Marek Jancek étaient essentiels pour que le CPHD puisse s'investir sans compter. Même la suspension de Miroslav Kristin, qui courait depuis une bagarre initiée face à Tours, est présentement levée. Rajoutant une corde de plus à l'arc offensif des Ducs. L'occasion est donc là pour que Dijon démontre ce soir toute l'étendue de ses ressources offensives.

On prend les mêmes...

Ce ne sera pourtant pas vraiment le cas, malgré des efforts désordonnés. Tellement qu'ils se font rapidement piéger, oubliant leurs fondamentaux défensifs après une entame résolument tournée vers l'avant. Cette audace initiale leur coûtera cher, tout comme ce marquage lâche permettant à Peter Slovak de se frayer un chemin dans le slot. D'un petit revers, Jan Plch ouvre la marque (1-0 à 01'39").

Conscients de l'influence stratégique qu'à la ligne de parade locale sur le rendement de l'équipe, les Bourguignons connaissent trop bien la menace pesant sur eux. Celle d'un Jan Plch parfait catalyseur de ses compagnons de route. Et si ces derniers ratent des montagnes en powerplay, Ilpo Salmivirta, pour sa part, y va de son écran gagnant pour masquer la vue de Radovan Hurajt, sur un slap à mi-distance de Jan Plch (2-0 à 04'10").

Le scénario n'est pas sans rappeler celui de l'automne passé, où les Dauphins n'avaient pas su gérer leur avance pour mieux s'effondrer en fin de partie. Mais c'est bien connu, la foudre ne tombe jamais deux fois au même endroit. Est-ce aussi valable à Poissompré ?

Cela en prend le chemin, les leçons du fiasco amiénois ayant visiblement été retenues vu l'assiduité affichée par les boys d'Allard. Et comme les Ducs, un temps sous l'emprise de la furia locale, desserrent doucement l'étreinte, la défense se met au diapason d'un Stanislav Petrik retrouvé.

Véritable baromètre de l'offensive ducale, Miroslav Kristin semble être pour se part le seul à pouvoir contrarier cette base solide. Mieux que cela même, l'imprévisible plaque tournante slave des Ducs est dans tous les bons coups. À l'affût dans l'enclave, il tente même, en finaud qu'il est, de glisser la rondelle entre les bottes de Petrik (06'26"). Peine perdue, le box-play vosgien, autrement plus consistant que mardi, tient la baraque.

Ce n'est pas d'ailleurs pas une impression isolée, les Ducs s'empêtrant fatalement dans une zone neutre devenue hostile. En net manque d'inspiration, les visiteurs se heurtent à une meilleure organisation collective disposant, en plus de cela, d'individualités tranchantes. Les hommes de Daniel Maric se veulent malgré tout entreprenants mais ne possèdent pas d'autres alternatives à Kristin. À la merci des contres vosgiens, ils se contentent surtout de lancers en entrée de zone dictés par un jeu offensif poussif et une transition perfectible.

Flanqué d'un symbolique numéro quatre-vingt huit, Luc Mazerolle ne déroge pas à la règle et dénote la sympathique entrevue qu'il accorda cette semaine dans les colonnes du Bien Public. Retrouvant chez les Ducs un plaisir évident (mais perdu lors de son dernier mandat spinalien), l'Outaouais, qui aspire à retrouver son sens du but, traverse pourtant le match comme une ombre. Au contraire d'un Stanislav Petrik résolument capable du pire comme du meilleure. Redevenant, ce soir, "petrikéen" comme à ses plus belles heures. Et contagieux par dessus le marché, affectant également le renouveau d'un Stéphane Gervais jadis déréglé. Le sniper franco-ontarien, retrouvant toutes ses sensations, bombarde ainsi Hurajt d'un slap croisé à mi-distance. En supériorité numérique de surcroît (3-0 à 17'02").

Bref, rien ne semble réussir aux Dijonnais, empreints de maladresse et de frustration devant un Petrik chassant du bout de la mitaine une touche de Kévin Dugas. Il faut donc attendre l'entracte, et un coup de génie de Kristin, pour qu'ils retrouvent tout leur aplomb. Authentique contre poison, Kristin, d'une rapide montée du disque, décale à sa gauche Anthony Guttig. Lequel pousse Petrik à concéder un inquiétant rebond plein axe. Une chance que Vladimir Sabol ne laisse pas filer, le fusillant d'une reprise foudroyante à bout portant (3-1 à 20'55").

Cela peut paraître redondant mais ce diable de Kristin s'affirme définitivement comme le meilleur atout offensif des blancs. Et lorsqu'il se voit lancé vers la terre promise, par une interception du revenant Juraj Senko en désavantage numérique, le Slovaque cultive son instinct de buteur et résiste au retour de Gervais pour mieux confondre Petrik d'un revers plein de sang-froid (3-2 à 23'23").

Forts d'une confiance retrouvée, les Côte d'Oriens inversent lentement la tendance. Des vertus retrouvées, comme ce plongeon de Stephen Dugas dans les patins d'Ilpo Salmivirta (25'34"), accentuent sensiblement leur renouveau. Oui, les Bourguignons sont désormais au pied du château !

Jusqu'à ce que Kristin, encore lui, ne goûte à la médecine de Caicco. Chargé à la bleue, le play-maker slovaque est retrouvé gisant au sol, engendrant l'exclusion de l'Italo-Canadien (27'40") mais revenant bientôt au jeu pour mieux tourmenter ses vis-à-vis.

Voilà de quoi faire basculer ce derby dans l'indiscipline de masse. Surtout à Dijon, accusant jusqu'à quatre hommes au cachot. De quoi, aussi, annuler la pénalité majeure et faire briller Hurajt, aux réflexes salvateurs devant Chipaux (34'07") et les siens. Cette nervosité palpable et plus ou moins contenue finira toutefois par éclater, la moutarde montant au nez de Benoît Quessandier et Luc Mazerolle. Entre néo et ancien Dauphin, les gants tombent et Mazerolle, déjà transparent, ne brillera pas davantage dans cet exercice (38'29").

L'ICE (et par conséquent un Fabien Leroy relativement brouillon dans ses transmissions) perd l'un de ses piliers défensifs. Ce qui n'est pas pour arranger des rotations amoindries par les blessures (Allard, Papelier) et les méconduites de match (Caicco en plus de l'ancien Rouennais). Pour faire face, Shawn Allard doit ainsi mixer ses lignes. Daniel Maric réactivant pour sa part et sur de rares séquences le duo Bochna-Kristin. Comme au "bon vieux temps"...

Aux assauts répétés de Dijonnais parfois désordonnés répondent des contres locaux eux-aussi imprécis. Mais comme Petrik est dans un bon soir, la victoire prend bonne tournure. Solide de la botte droite devant Kristin (49e) et chanceux sur un tir dévié de Sabol (49'29"), le Slovaque cueille aussi de sa mitaine l'essai de Gillet (49'50") pour tuer une pénalité décisive.

Petrik ? Petrak ? Patatrac pour les Ducs !

Bousculés dans les corps à corps et les duels, les Ducs ont surtout souffert d'un manque criant de diversité offensive. Et pourront surtout regretter une entame ratée qui aura conditionné une impossible course-poursuite. Le vent a changé. Tout simplement. À l'avantage de Spinaliens démontrant tout l'éventail de leurs ressources offensives. Parmi elles Michal Petrak, l'infatigable stakhanoviste, volontiers chambreur mais parfait renard des surfaces. Au rebond d'un lancer de Stéphane Gervais, le Tchèque catapulte à son tour le puck dans un trou de souris (4-2 à 53'28").

Contrairement à la saison dernière, les Dijonnais n'auront pas su tirer de l'arrière pour réediter leurs récents exploits. Le réalisme étant spinalien, Guillaume Chassard ne leur épargnera même pas un dernier goal, à la conclusion d'une montée latérale d'Ilpo Salmivirta (5-2 à 59'43"). Sur ce coup, Radovan Hurajt est rentré pour rien, lui qui avait préalablement déserté son filet...

Comme dans tout derby digne de ce nom, la gestion des pénalités, couplée à la forme des unités spéciales, fut essentielle pour des Dauphins remettant proprement les pendules à l'heure. Davantage d'application défensive et collective auront également rassuré un Stanislav Petrik revigoré après la débâcle picarde. La concurrence d'Eero Väre semble avoir déjà porté ses fruits. Enfin l'appoint du petit centre slovaque Marek Grill, qui possède un petit vécu dans les deux Extraliga, devrait prochainement solutionner l'absence d'un centre de métier assigné au deuxième trio.

Compte-rendu signé Jérémie Dubief

 

Commentaires d'après-match (dans le Bien Public)

Daniel Maric (entraîneur de Dijon) : "C'est tout un collectif qui a failli. On a été catastrophiques. On savait comment battre Petrik. Ce n'était pas compliqué. Or, on n'a rien fait pour. On a gâché un nombre incroyable de deux contre un, et sur les supériorités, on est resté statiques. À chaque fois que l'on avait la possibilité de revenir, on a pris des prisons stupides."

Aymeric Gillet (défenseur de Dijon) : "Tu reviens dans le match et puis tu repars en taule. Psychologiquement, c'est dur à gérer. J'en suis le premier responsable même si pour moi, certaines sont injustifiées. Quand on a été en powerplay, on n'a pas shooté. C'est comme l'an passé. On joue à la passe à dix. Celui qui n'a pas le palet n'est pas prêt, si bien que l'on passe à côté de rebonds."

 

Épinal - Dijon 5-2 (3-0, 2-0, 0-2)

Samedi 13 septembre à 20h15 à la patinoire de Poissompré. 996 spectateurs.

Arbitrage de M. Colléoni assisté de MM. Furet et Cregut.

Pénalités : Épinal 67' (6', 10'+5'+20+20', 6') ; Dijon 46' (6', 14'+20', 6').

Tirs : Épinal 36 (16, 9, 11) ; Dijon 35 (12, 13, 10).

Évolution du score :

1-0 à 01'39" : Plch assisté de Slovak

2-0 à 04'10" : Salmivirta assisté de Plch (sup. num.)

3-0 à 17'02" : Gervais assisté de Plch (sup. num.)

3-1 à 20'55" : Sabol assisté de Kristin

3-2 à 23'24" : Kristin assisté de Senko (inf. num.)

4-2 à 53'28" : Petrak assisté de Gervais (sup. num.)

5-2 à 59'43" : Chassard assisté de Salmivirta (inf. num.)

 

Épinal

Gardien : Stanislav Petrik.

Défenseurs : Peter Slovak - Stéphane Gervais (A) ; Benoît Quessandier - Fabien Leroy ; John Paulson - Borislav Ilic.

Attaquants : Jan Simko - Michal Petrak - Jan Plch (C) ; Ilpo Salmivirta - Ryan Caicco - Guillaume Chassard (A) ; Tarik Chipaux - Erwan Agostini - Lionel Simon ; Anthony Pernot.

Remplaçant : Nicolas Ravel (G). Absents : Shawn Allard (cheville), Guillaume Papelier (blessé), Eero Väre, Mathieu Perrin (licences).

Dijon

Gardien : Radovan Hurajt.

Défenseurs : Juraj Senko, Boris Zahumensky, Marek Jancek, Vladimir Sabol, Aymeric Gillet (A), Martin Balcik.

Attaquants : Stephen Dugas (C) - Miroslav Kristin - Anthony Guttig ; Tomas Janak - Erik Bochna - Ondrej Prokop ; Kévin Dugas - Luc Mazerolle - Thomas Decock ; David Dauphin - Mathieu Séguy - Antoine Cohen.

Remplaçant : Julien Roullier (G).

 

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