Rouen - Amiens (12 mars 2005)

 

Quarts de finale de la Ligue Magnus 2005, deuxième manche.

Rouen relève la tête

Une tentative d'union sacrée des tribunes accueille les coéquipiers de Guillaume Besse. Puis, dans les gradins, elle fait long feu bien avant les Dragons qui, eux, sauront se ressaisir.

Dans ce début de rencontre, pendant qu'Amiens collectionne les pénalités (Zwikel à 2'48 & Perez à 4'47), les Normands trouvent des solutions à la défense gothique. Un homme brille. Arnaud Briand. Le joueur de centre trouve même l'ouverture à sa troisième tentative. Sous la lucarne gauche, la rondelle rebondit sur les filets tendus au taquet et ressort de la cage ni vue ni connue à la barbe de Mindjimba et de l'arbitre (5'46). Aux aguets, seul un petit demi-quart de la patinoire était bien placé pour s'en apercevoir. Pas M. Durand à l'arbitrage moins permissif que celui de son confrère d'hier soir. Il faut dire que la partie est plus intense, plus électrique aussi. Surtout de la part des Dragons au caractère recouvré. S'étant adaptés au rythme de leurs adversaires et aux jugements du directeur de jeu, les Picards réagissent. Richard Aimonetto part en breakaway et force Éric Raymond à son premier arrêt délicat (5'56). Amiens presse fort et assez haut, ce qui gêne les Rouennais. Un peu déboussolés, ces derniers commettent des fautes mais annihilent assez facilement deux infériorités (9'15 & 13'09). Tout comme Amiens la sienne (16'23). Avant qu'une nouvelle sanction soit sévèrement attribuée aux noirs et jaunes (17'14). Sur ce jeu spécial, Guillaume Besse hérite du palet et part en échappée. Au patinage, l'ailier prend de vitesse Denis Perez qui doit s'étendre de tout son long pour stopper irrégulièrement (d'après le siffleur) le capitaine rouennais qui l'avait semé. M. Durand ordonne un lancer de pénalité. C'est la revanche de la veille entre Kimmo Salminen et le portier picard. Entre le lion finlandais et le rempart d'ébène. Mindjimba esquive et sort vainqueur de ce duel de titan (17'33). Réconfortés par la parade décisive de leur gardien, les Amiénois s'engouffrent dans la brèche que constitue toujours l'infériorité rouennaise. Ils ne sont pas loin d'ouvrir le score (18'54). Leur élan est stoppé par une nouvelle sanction à l'encontre de Laurent Gras qui se sert de sa crosse en hauteur au point de faire sauter le casque de Guillaume Besse comme il sabrerait une bouteille de champagne (19'00). Ce quatrième jeu de puissance est statistiquement le bon pour les Dragons qui ont toujours su manúuvrer dans cet exercice depuis hier soir. Aujourd'hui leur volonté semble différente. Elle est concrète. Et Kimmo Salminen d'y servir son compère de ligne, Sami Karjalainen, qui attendait de reprendre le palet au second poteau (1-0 à 19'27). Les Dragons voyaient leurs efforts du premier tiers justement récompensés.

Le début de la deuxième période amena son lot d'événements. D'abord défavorable au RHE. Ludek Broz se blessait à l'épaule droite, quittait la glace et sans doute les play-offs 2005 (22'03). Puis favorable. Amiens a tenu face à Rouen grâce à une remarquable discipline parfois aidée par un arbitrage indulgent, mais la rigueur d'un soir n'est pas celle du lendemain. Arnaud Briand profite d'un jeu de puissance et récidive son exploit (non formalisé) du premier tiers. Son tir ardent crucifie Mindjimba impuissant (2-0 à 23'10). Le feu jeté par les Dragons prend dans le territoire picard. Benoît Quessandier, une fois n'est pas coutume, appuie son attaque et permet à Tristan Lemoine, plein de culot, d'inquiéter, malgré un angle très fermé, un Mindjimba fébrile qui dû s'y reprendre à deux fois pour maîtriser la rondelle (27'11). Dans une mauvaise passe, entretenue par des Dragons alors insaisissables, les Amiénois craquent de nouveau à l'image de leur gardien désarmé. Daniel Carlsson envoie le caoutchouc dans le trafic qui masque le portier gothique et vient mourir dans la lucarne gauche de ses filets sans que le gardien ne puisse esquisser le moindre geste (3-0 à 27'14). Les Dragons relâchent alors leur pression offensive et semblent vouloir souffler. Mais le rythme des coéquipiers de Luc Chauvel le leur interdit et les Normands sont en retard. Ils commettent des fautes - Willmann ne se remettra pas d'une mauvaise charge contre la bande (29'51) - se font plus ou moins justice ou s'énervent. Ils subissent un cinq contre trois dont Vincent Bachet profite pour réduire la marque. Trouvé dans le haut du slot par Gras, l'arrière lance à ras la glace entre les jambières d'Éric Raymond (3-1 à 30'24). Les dix prochaines minutes sont dantesques. Le jeu va sans cesse d'un but à l'autre. Pierre-Édouard Bellemare, face au but dans l'enclave, manque une occasion (30'46). Il avait été adroitement servi par Jean-Philippe Paré qui à son tour se crée une chance lors d'un "trois-contre-deux". Son tir est dévié in extremis par une crosse adverse (32'36). Une situation identique (trois contre deux) est manquée par Brice Chauvel. Son lancer est paradé par un Éric Raymond rassurant (33'08). Gras, pendant qu'Amiens joue en infériorité, contre un envoi à sa ligne bleue et s'en va provoquer en duel Éric Raymond. Le gardien rouennais parvient à écarter le danger (33'37). Kimmo Salminen, dont c'est la première occasion de la partie, lors d'une contre-attaque à trois contre trois, bute sur sa bête noire (si l'on peut dire), un Mindjimba recouvré (36'12). En toute fin de période, les Dragons se retrouvent en double infériorité pendant plus d'une minute. Amiens monte un siège autour du but rouennais. Les Gothiques fusillent de partout mais aucun des nombreux tirs n'est cadré. Les Dragons en réchappent avec courage et humilité (39'09). Ils atteignent la pause avec deux buts d'avance. C'est mieux qu'hier soir.

La leçon d'hier est retenue dans les tribunes. Et lorsqu'une erreur de relance rouennaise permet à Gras de réduire le score au tout début du dernier tiers, tous les spectateurs se remémorent la mauvaise soirée d'hier soir, sauf pour la centaine de supporters picards ayant fait le court déplacement (3-2 à 42'30). La leçon a aussi été retenue sur la glace. Les Dragons continuent d'exercer une sacrée pression, illustrée par Pierre-Édouard Bellemare et Alexandre Lefebvre qui procurent une nouvelle occasion à Jean-Philippe Paré. Le cadre n'est pas trouvé (45'46). Puis Amiens se fait violence et bouscule des Rouennais sans doute harassés après avoir joué à quasiment deux lignes la seconde moitié de la période précédente après la sortie de Ludek Broz et les deux méconduites simultanées attribuées à Arnaud Briand (28'23) et Sami Karjalainen (29'51). Le duo Zwikel-Rozenthal fait vibrer toute la patinoire, soit de soulagement soit de déception, lorsque le dernier nommé ne cadre pas son tir (47'47). Derechef, les gradins tremblent des mêmes émotions lorsque Raymond parade un gros envoi de Perez (50'47). Il reste du temps aux Gothiques et le spectre de la soirée d'hier ne se dissipe pas quand Brice Chauvel (52'11) et Mortas (52'50) sont envoyés en prison car Rouen se positionne bien mais ne tue pas le match malgré 1'21" de double avantage numérique, un peu au même moment qu'hier (fin de troisième tiers). Une minute après que les Picards ont défait sans dommage ces infériorités, il faut tout l'à-propos à la fois de Daniel Carlsson et surtout de Stéphane Robitaille (excusez du peu) pour endiguer un "deux-contre-un" ravageur des joueurs d'Antoine Richer (55'47). Cependant, les poussées amiénoises offrent des espaces, et dans l'un d'eux, Arnaud Briand s'est engouffré pour, une fois passé l'obstacle d'une crosse lancée par Julian Marcos, aller provoquer en tête-à-tête Antoine Mindjimba. Tandis que le breakaway s'achevait sur l'arrêt du cerbère, l'arbitre sanctionnait le jeté de crosse de l'arrière amiénois par un lancer de pénalité (57'12). Imaginez l'ambiance, un mélange d'anxiété et de soulagement mêlés aux clameurs de chaque camp. Pour la troisième fois en moins de vingt-quatre heures, le buteur finlandais et le gardien picard ont rendez-vous avec le destin et possèdent celui de leur équipe. La confrontation entre les deux joueurs est titanesque, mythique désormais. Le grondement des tribunes accompagne Kimmo Salminen et celui-ci réussit son envoi (4-2 à 57'12). Comme la veille, Rouen mène de deux buts à moins de trois minutes de la fin. Comme la veille, Antoine Richer demande un temps mort et réitère le remplacement de son gardien par un attaquant (57'29). Amiens parvient à contenir la rondelle dans la zone offensive. Un cafouillage (57'50) puis Aimonetto (58'01) sont déroutés par deux arrêts faramineux d'Éric Raymond. Un autre désordre (59'24) et Julian Marcos (59'42) ne connaissent pas un meilleur sort. Contrairement à la veille, les Gothiques ne parviennent pas à trouver les filets rouennais, et sur un contre, Kimmo Salminen joue les briseurs de rêve. Après avoir joué autour du but vide d'Amiens et de Mortas, le Finlandais inscrit le cinquième but rouennais dans la cage délaissée (5-2 à 59'58).

Dans la fièvre d'un samedi soir qui entrera forcément dans la légende, les Rouennais ont rétabli l'équilibre et s'en iront à Amiens chercher au moins une victoire dans les deux prochains matches du Coliseum. Zwikel n'a dit au revoir qu'à ses supporters ce soir. Prémonitoire ?

Compte-rendu signé Thierry Frechon

 

Rouen - Amiens 5-2 (1-0, 2-1, 2-1)

Samedi 12 mars 2005 à 20h00 au centre sportif du Docteur Duchêne. 3200 spectateurs.

Arbitrage de Gilles Durand assisté de Damien Bliek et Steve Bataillie.

Pénalités : Rouen 40' (8', 12'+10'+10', 0'), Amiens 22' (10', 8', 4').

Tirs : Rouen 29 (12, 11, 6), Amiens 40 (11, 9, 20).

Occasions de but : Rouen 5 (2, 3, 0), Amiens 7 (2, 1, 4).

Évolution du score :

1-0 à 19'27" : Karjalainen assisté de Salminen (sup. num.)

2-0 à 23'10" : Briand assisté de Elofsson et Robitaille (sup. num.)

3-0 à 27'14" : Carlsson assisté de Paré

3-1 à 30'24" : Bachet assisté de Gras (double sup. num.)

3-2 à 42'30" : Gras assisté de B. Chauvel

4-2 à 57'12" : Salminen (tir de pénalité)

5-2 à 59'58" : Salminen assisté de Briand (cage vide)

 

Rouen

Gardien : Éric Raymond 38/40 (95%).

Défenseurs : Jonas Elofsson - Nicolas Besch ; Stéphane Robitaille - Benoît Quessandier ; Daniel Carlsson - Benoît Pourtanel.

Attaquants : Kimmo Salminen - Arnaud Briand - Sami Karjalainen ; Guillaume Besse [puis Adrien Dufournet à 22'03"] - Ludek Broz [puis Guillaume Besse à 22'03"] - Tristan Lemoine ; Alexandre Lefebvre - Jean-Philippe Paré - Pierre-Édouard Bellemare.

Remplaçants : Stéphane Burnet (G), Simon Doreille.

Amiens

Gardien : Antoine Mindjimba 24/28 (86%).

Défenseurs : Julian Marcos - Timo Willman [quitte la glace à 29'51", fissure de la rotule] ; Vincent Bachet - Denis Perez ; Michal Vrabel - Guillaume Karrer.

Attaquants : Élie Marcos - Jonathan Zwikel - François Rozenthal ; Laurent Gras - Anthony Mortas - Simon Petit ; Luc Chauvel - Richard Aimonetto - Brice Chauvel.

Remplaçants : Jérôme Plumejeau (G), David Hennebert, Mathieu Jestin, Lionel Wiotte, Julien Lefranc.

 

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