Rouen - Amiens (1er février 2005)

 

Match comptant pour la vingt-quatrième journée de ligue Magnus 2004/2005.

Sacrément gaillards

Dans un match où les Dragons avaient bien plus à perdre que les Gothiques, Rouen, à l'énergie et dans la souffrance, a pour le moment rempli son pari. Amiens, on le sait depuis la nouvelle année, jouera sa qualification samedi prochain contre Dijon. Tandis que les Normands, qui se sont donnés comme objectif de terminer à une des deux premières places, ne pouvaient se permettre le moindre faux-pas afin de rester en embuscade derrière Tours, Mulhouse et Grenoble.

Après leurs victoires dans leur forteresse face aux Scorpions et aux Diables Noirs, les joueurs du tandem Fournier-Pajonkowski ont réalisé un troisième tour de force en dominant Amiens, le champion en titre et "meilleur ennemi", une autre "terreur" de la Ligue Magnus. Les Dragons ont acquis de hautes luttes la victoire dans ce "derby". Avec pour qualité première une immense solidarité qui leur a permis d'endiguer le cadenas et les assauts picards. Même si l'équipe d'Antoine Richer n'a jamais été en ligue Magnus un épouvantail, elle en demeure pas moins, le temps du "derby", une redoutable machine à mettre du rythme, à pousser, à trancher, bref, à déjouer les plaisirs rouennais.

Pendant cinquante-deux minutes, les Amiénois, remarquablement organisés pour tenir en respect l'armada normande, ont forcément cru qu'ils pouvaient imiter Anglet venu l'emporter à l'île Lacroix. Et puis, Jean-Philippe Paré s'est arraché de la bande et de Vincent Bachet pour venir provoquer latéralement Denis Perez et Antoine Mindjimba. En déplacement, le gardien n'a pu que freiner la rondelle passant sous ses jambières. Coup de massue sur la tête des Picards ! Formidable libération pour le RHE et son public quasiment muet d'anxiété et d'indifférence !

Les Dragons ont enduré du très gros temps pendant le deuxième tiers. Menés au score par un but contre le cours du jeu, inscrit en première période grâce à un exploit individuel de Laurent Gras, ils ont plusieurs fois échappé au naufrage. Jonathan Zwikel manque le palet lorsque François Rozenthal lui offre un but pendant une double supériorité (17'27). Quelques minutes plus tard, c'est aux Gothiques de jouer en infériorité et c'est encore Rozenthal qui démarque Zwikel. Le joueur de centre manque le cadre (22'32). Puis François Rozenthal plus précis touche un montant de la cage d'Éric Raymond (28'25). Une minute plus tard, Brice Chauvel est à un puck de trouver les filets normand. Raymond dévie sa tentative (29'27). Finalement, François Rozenthal double la marque. Après une accélération sur la gauche, Jonathan Zwikel sert dans le haut de l'enclave Mathieu Jestin qui exécute un lancer, dont le rebond laissé libre est repris par le meilleur buteur des Gothiques (0-2 à 35'05). Les visiteurs ne s'arrêtent pas en si bon chemin. Un hors-jeu (bien jugé ?) de François Rozenthal, un arrêt spectaculaire de la mitaine d'Éric Raymond face à Richard Aimonetto (36'55), deux énormes imprécisions de Julian Marcos (38'09 & 38'36) - dont une sur une cage ouverte servie avec pertinence par Denis Perez - et la poisse de Vincent Bachet (38'42) sauvent les Dragons du naufrage durant le vingt médian. Un manque de maîtrise qu'Amiens regrettera. La victoire était peut-être à leur portée. Les Gothiques ont raté le coche, ça ne pardonne pas. Pas à l'île Lacroix ! Les Rouennais ont tenu à la faveur d'une solidarité illustré par un brillant retour défensif de Sami Karjalainen (23'10) et par le dévouement de Benoît Pourtanel (27'10). Malgré la parfaite occupation de la glace et le pressing haut annihilant toute relance normande, exercé par Amiens au cours de ce deuxième tiers, les "Noirs et Jaunes" sont tout de même parvenus à réduire le score. Guillaume Besse, (volontairement ?) discret une bonne partie du temps, est sorti de sa boîte à point nommé. Ludek Broz, d'une longue maître passe de gauche à droite, le trouve démarqué. Besse parvient, au ras de la glace, à réduire le score en fin de période médiane (2-1 à 37'31).

Avant et après ces excès de fébrilité, les Dragons ont été un modèle de générosité. Une équipe lucide et besogneuse. La première moitié du premier tiers en dépit d'une alerte accidentelle d'Anthony Mortas à bout portant (1'39), a été à l'avantage des joueurs locaux. Déjà, déniché par Adrien Dufournet, le capitaine des Rouennais avait touché la barre de Mindjimba (0'43). Les Gothiques ont vite orienté physiquement leur jeu avec des charges de Vincent Bachet sur Robitaille et de Brice Chauvel sur Briand, ainsi qu'une faute de Perez sur Broz non sanctionnée. Néanmoins, comme contre Tours, les Normands sortaient leur épingle de ce jeu viril. Alexandre Lefebvre, démarqué par Pierre Edouard Bellemare malgré une faute de Willman (impunie), s'offrait une belle occasion (5'28). Puis, c'est Adrien Dufournet, récupérant le disque dans les crosses adverses, qui manquait le cadre alors qu'il ajustait Mindjimba à bout portant (6'16). Ensuite, le rythme rouennais fut interrompu par une échauffourée et quelques pénalités données aux Dragons. Ces derniers se déconcentraient offensivement à cause des nombreuses fautes amiénoises restées impunies, dont des obstructions non sifflées. Cependant, en défense, les équipiers d'Éric Raymond restaient clairvoyants, à l'image de Nicolas Besch excellent dans son duel avec Laurent Gras (11'15). Dès lors qu'il faisait preuve d'abnégation offensive, le RHE se montrait royal, comme sur une action hargneuse à la mise à feu et subtile à la conclusion, avec deux lancers d'Arnaud Briand et de Stéphane Robitaille. Le dernier tir étant détourné par Antoine Mindjimba ayant laissé un rebond sur le premier (14'59).

Les Dragons ont repris leur envol dans la dernière période. Ils ont un peu joué à quitte ou double. Une attaque de Laurent Gras servi par Luc Chauvel aurait sans doute été irrémédiable si la rondelle n'avait pas été stoppée avec brio par Raymond (46'13). Tout comme sur une action picarde enrayée par Arnaud Briand impérial (47'16). Néanmoins, les Rouennais étaient de nouveau conquérants. Tristan Lemoine faisait son retour sur la ligne d'attaque normande à l'aube d'un tiers qui allait rentrer dans la légende éternelle des confrontations amiéno-rouennaises. Le junior apporte du tranchant et de l'explosivité à sa ligne. Il aurait même pu engendrer un filet. Ayant été servi de belle façon par Ludek Broz, l'ailier du CHAR faisait briller ce diable de Mindjimba qui ne cédait aucun rebond depuis le début du match (41'03). Les coéquipiers de Guillaume Besse pressaient haut, acceptaient et s'exposaient davantage aux charges pour relancer plus rapidement leurs offensives (Besch à 45'40). Sur la brèche, dans les flammes des Dragons, Amiens s'usait à petit feu à l'image de Willman devant endurer, sans contester, un tampon de Pierre-Édouard Bellemare (49'19). Sans cesse sollicitée, la défensive amiénoise pliait. Jonathan Zwikel était pénalisé d'un mauvais geste (49'27). Pendant ce jeu de puissance, Denis Perez désarçonnait Arnaud Briand parti en break de la ligne bleue sans que l'arbitre ne bronche (50'21). À un joueur de moins, les Amiénois parvenaient à sauver leur avance. Cependant, les trois lancers rouennais largués sur Mindjimba prouvaient toute la détermination des joueurs de Franck Pajonkowski. C'est cette volonté, plus charismatique sur la troisième ligne du RHE, qui permet aux Dragons d'égaliser. Au grattage dans la bande, Jean-Philippe Paré, en compagnie d'un coéquipier mais aussi avec Vincent Bachet et Denis Perez sur le dos, parvient, avec sa science des combats de tranchées, à extirper le puck au milieu des crosses et des patins. Au tirage, le joueur de centre domine Antoine Mindjimba - qui a peut-être poussé la rondelle bloquée sous une de ses jambières en se redressant à la fin de son mouvement ? (2-2 à 52'03). Les Dragons vont alors exprimer le besoin de souffler. Amiens, abasourdi après l'égalisation perçue, s'en rend compte au bout de quelques minutes avant de mettre à profit le répit normand. Le délicat revers de la crosse de Vincent Bachet ne trouve pas le pardon de la faute d'avoir laissé échapper le Dragon compensateur (55'21). L'arrière international lance la vive réaction de ses partenaires. Denis Perez, son binôme, touche un poteau lors d'un lancer sur la cage vide (55'58). Le but de Brice Chauvel inscrit du patin est refusé (56'57). Cette annulation n'est pas anecdotique car, sur l'action, toute la défensive rouennaise était battue. Amiens a, pour la seconde fois de la partie, manqué de réalisme, laissé passer sa chance. L'effervescence picarde ranime les Dragons. Personne ne peut reprendre Kimmo Salminen. Il ouvre en grand. Le méandre improvisé, créé par l'énorme tour de cage du Finlandais, libère Arnaud Briand de tout marquage dans l'enclave. Le numéro 8 récupère la rondelle et la balaye dans l'abysse suprême. Éphémère nirvana ! Un torrent de jubilation et d'euphorie inonde les gradins. Trente-cinq secondes plus tard, Jean-Philippe Paré est à deux doigts d'inscrire un nouveau but (18'02). François Rozenthal commet une faute pleine d'insatisfaction. L'ailier frustre les dernières chances amiénoises en étant envoyé en prison (58'40). Antoine Richer demande un temps mort et sort son gardien. En vain.

Rouen est décidément de nouveau une terrible machine. De dangereuse au début du match (quatre occasions), puis opportuniste (Guillaume Besse) dans une période laborieuse, à l'efficacité du dernier tiers (deux buts), les Dragons éprouvent leurs qualités complémentaires, leurs ressources et leurs déterminations malgré un public bien tiède. Vaincre deux fois les références de la ligue Magnus (Amiens et Grenoble sont les deux finalistes de la saison dernière), et dernièrement les outsiders Mulhousiens et Tourangeaux tous deux à plate couture. À domicile, Rouen lance environ deux fois plus que ses quatre adversaires et se crée un tiers de plus d'occasions de buts. Face à ses quatre concurrents, l'équipe rouennaise se montre plus efficace en marquant le double de buts, pour un même nombre de lancers. Amiens de son côté a sauvé la face à défaut de sauver sa saison. Les Gothiques ont tenu le choc avec beaucoup de patinage, d'abnégation et de discipline à défaut de réalisme. D'aucuns souhaitent la qualification d'Amiens. Si c'est pour qu'un quart de finale soit ce derby, the "Full Monty", la revanche de 2003, beaucoup d'amateurs rouennais iraient blasphémer au Coliseum encourager les Gothiques contre Dijon... Chiche !

Compte-rendu signé Thierry Frechon

 

Rouen - Amiens 3-2 (0-1, 1-1, 2-0)

Mardi 1er février 2005 à 21h00 au centre sportif du Docteur Duchêne. 3000 spectateurs.

Arbitrage de Frédéric Bachelet assisté de Damien Bliek et Savice Fabre.

Pénalités : Rouen 10' (8', 0', 2'), Amiens 8' (2', 2', 4').

Tirs : Rouen 37 (14, 11, 12), Amiens 24 (8, 12, 4).

Occasions de but : Rouen 9 (4, 1, 4), Amiens 12 (2, 7, 3).

Évolution du score :

0-1 à 12'49" : Gras assisté de B. Chauvel et Karrer

0-2 à 35'05" : Rozenthal assisté de Jestin et Zwikel

1-2 à 37'31" : Besse assisté de Broz et Quessandier

2-2 à 52'03" : Paré

3-2 à 57'30" : Briand assisté de Salminen

 

Rouen

Gardien : Éric Raymond 22/24 (92%).

Défenseurs : Nicolas Besch - Jonas Elofsson ; Stéphane Robitaille - Benoît Quessandier ; Daniel Carlsson - Benoît Pourtanel.

Attaquants : Kimmo Salminen - Arnaud Briand - Sami Karjalainen ; Guillaume Besse - Ludek Broz - Adrien Dufournet [puis Tristan Lemoine à 40'00"] ; Alexandre Lefebvre - Jean-Philippe Paré - Pierre-Édouard Bellemare.

Remplaçants : Stéphane Burnet (G), Simon Doreille.

Amiens

Gardien : Antoine Mindjimba 34/37 (92%).

Défenseurs : Timo Willman - Mathieu Jestin ; Denis Perez - Vincent Bachet ; Michal Vrabel - Guillaume Karrer.

Attaquants : Julian Marcos - Jonathan Zwikel - François Rozenthal ; Richard Aimonetto - Anthony Mortas - Élie Marcos [puis Simon Petit à 55'43] ; Luc Chauvel - Laurent Gras - Brice Chauvel.

Remplaçants : Jérôme Plumejeau (G), Lionel Wiotte et Julien Lefranc.

 

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