Grenoble - Mulhouse (7 décembre 2004)

 

Match comptant pour la dix-huitième journée de la Ligue Magnus.

Gros "choc" ce soir à Pôle Sud entre deux équipes ayant clairement annoncé leurs ambitions en début de saison. Deux prétendants au titre qui restent sur une impressionnante série d'invincibilité (depuis le 16 octobre pour Mulhouse et le 2 octobre pour Grenoble !). Logiquement, les 3500 places de Pôle Sud ont toutes trouvé preneur avant ce match au sommet si prometteur, véritable test pour les deux adversaires même si Mulhouse avec ses deux stars NHL et un effectif plus complet part avec un léger avantage dans les pronostics. À noter l'absence pour le moins surprenante sur le banc mulhousien de Christer Eriksson, retenu avec l'équipe de France des moins de 20 ans. Outre l'entraîneur mulhousien, les internationaux Nicolas Antonoff et Olivier Coqueux manquent également à l'appel.

Le match promettait d'être engagé et il le fut dès la première minute de jeu. M. Avavian se sentait obligé de sanctionner la première charge de la rencontre (en l'occurrence celle de Ballet) après seulement quinze secondes de jeu. Le temps pour les Brûleurs d'installer le jeu de puissance et à Pasi Järvinen de servir Josef Podlaha dont le one-timer trompait Lhenry, visiblement surpris (1-0, 00'41"). Début de match idéal pour Grenoble qui a pu apprendre à quel point il est important de ne pas laisser Mulhouse prendre les devants au tableau d'affichage. Les Scorpions se trouvaient donc dans l'obligation d'attaquer. Et c'est dans ce genre de situation qu'il est appréciable de pouvoir compter sur un attaquant de la trempe de Steven Reinprecht : une longue et précise transversale pour Hermanni Vidman arrivé lancé et les deux équipes étaient à nouveau à égalité après cinq minutes de jeu (1-1, 05'20"). Le doute aurait pu alors s'emparer des esprits grenoblois d'autant plus qu'Hämäläinen puis Meunier étaient sanctionnés par M. Avavian, ce qui plaçait Mulhouse dans des dispositions idéales pour prendre l'avantage au score. Les Brûleurs, Rolland en tête, tenaient le choc avec courage lors de ces deux infériorités, même s'ils commettaient un surnombre impardonnable lors du retour sur la glace de Meunier, ce qui venait annuler bêtement une pénalité concédée entre-temps par Maurice Rozenthal. Finalement, à cinq contre cinq, les débats s'équilibraient et les Grenoblois ne montraient aucun complexe face aux ogres mulhousiens. Après un premier tir sur le montant de Lhenry, la détermination des locaux finit par payer sur un gros pressing de la deuxième ligne offensive : une passe en retrait de Meunier derrière les buts trouvait Amar idéalement placé pour mettre le palet hors de portée de Fabrice Lhenry (2-1, 15'59"). Après ce but, l'intensité physique des débats montait encore d'un cran à l'image d'une petite altercation entre Favarin et Vidman, ce qui laissait augurer d'une deuxième période encore plus intense.

Mulhouse prenait logiquement le jeu à son compte dès les premières minutes à la reprise. Le pressing alsacien était constant mais peu efficace face à une défense grenobloise bien en place et à un Rolland présent dans les moments chauds. Une pénalité infligée à Roger Jönsson aurait pu permettre aux Scorpions de revenir à égalité mais ils laissaient s'échapper Deschaume bien lancé par Favarin. L'attaquant grenoblois remportait avec sang-froid son face-à-face avec Lhenry en glissant le palet du revers au-dessus de l'épaule du portier international (3-1, 26'11"). Les Grenoblois avaient fait le break ! Sentant l'issue du match leur échapper, les Mulhousiens remettaient du cœur à l'ouvrage, mais de manière bien confuse et pas vraiment dangereuse. Steve Montador ne servait pas la cause des siens en étant sanctionné pour deux charges qu'on a plus l'habitude de voir dans les patinoires nord-américaines que sur les glaces françaises, l'une d'entre elles secouant d'ailleurs assez sérieusement Petri Lehtonen. La tension montait à vue d'œil dans une patinoire chauffée à blanc et la petite étincelle qui manquait pour mettre le feu aux poudres allait finir par se produire : une charge bien malvenue de Day sur Rolland, Bonnard qui en rajoute une couche en chargeant Christie, et c'est parti pour la "baston de l'année" à Pôle Sud, Bonnard et Christie en venaient rapidement aux mains puis ce fut au tour de Meunier et Day de s'expliquer dans une bagarre sans concession dans le pur style nord-américain. Laurent Meunier repartait au vestiaire les bras en l'air, un chambrage pas du goût de Montador qui jetait sa crosse en direction du capitaine de l'équipe de France. Résultat des courses : cinq retours prématurés au vestiaire (Montador, Day et Christie pour Mulhouse, Bonnard et Meunier pour Grenoble) et le jeu reprenait enfin ses droits. Et visiblement les Grenoblois furent les premiers à retrouver leur concentration puisque Jönsson profitait de la pénalité majeure mulhousienne pour tromper Lhenry d'un tir subtil entre les jambes, mettant ainsi un terme à un tiers-temps de folie (4-1, 39'04").

Avec un passif de trois buts au début de la dernière période, tout espoir de retour s'avérait assez hypothétique pour les Scorpions. Il devenait quasi nul lorsque Laurent Deschaume, très à l'aise ce soir, profitait d'un gros travail de Papa pour expédier une nouvelle fois du revers la rondelle au fond des filets d'un Lhenry pas des plus inspirés ce soir (5-1, 41'50"). Il ne restait plus qu'aux Grenoblois à maîtriser le reste de la rencontre. Le match perdait de son intensité même si des pénalités continuaient à pleuvoir ici et là, sanctionnant des mauvais gestes de part et d'autre, signes d'une rencontre particulièrement engagée, pas toujours dans le meilleur sens du terme. Mais Steven Reinprecht ne voulait pas en rester là et la star NHL parvenait à déjouer la défense grenobloise d'une accélération foudroyante qui laissait tout le monde sur place (Amar compris) avant de tromper Rolland avec facilité (5-2, 51'49"). La classe quoi. Une classe qui ne sera finalement pas suffisante puisque plus rien ne sera inscrit dans cette rencontre qui s'achevait sur un large succès de prestige des Brûleurs de Loups face à "l'ogre" mulhousien.

Au final on retiendra une très grosse performance des Grenoblois qui ont réussi à reproduire durant trois tiers leur prestation convaincante du deuxième tiers face à Tours. Les Brûleurs de Loups ont décidément l'art de se mettre au niveau de leur adversaire cette saison : que ce soit en arrachant une victoire en prolongations à Gap ou en remportant haut la main et avec panache ce choc du championnat face à Mulhouse. Une équipe mulhousienne finalement assez décevante au vu de son effectif sur le papier, et dont l'absence du coach, Christer Eriksson, a pu avoir son importance. Les Alsaciens avaient peut-être aussi perdu l'habitude de se confronter à une telle opposition, et nul doute que ce "retour sur terre" devrait remobiliser les Scorpions dans les prochaines semaines. Quant aux Grenoblois, rassurés sur leur potentiel cette saison et plus ambitieux que jamais, c'est en nouveau leaders mais sans Meunier, suspendu, qu'ils iront défier un autre "ogre" samedi : les Dragons de Rouen, la seule équipe à les avoir battus cette saison. Joli défi en perspective !

Désignés meilleurs joueurs du match : Laurent Deschaume (Grenoble) et Steven Reinprecht (Mulhouse)

Compte-rendu signé Christophe Laparra

 

Commentaires d'après-match (dans Le Dauphiné Libéré) :

Benoît Bachelet (capitaine de Grenoble) : "On s'attendait à ce genre de défi physique et sans doute a-t-on su les prendre à la gorge pour qu'ils ne puissent pas développer leur jeu. On a réussi à être agressif tout en mettant en place notre système plutôt défensif. Leur entraîneur n'était pas là ce soir et ça les a peut-être gênés. À nous maintenant de reproduire ce genre de match. Toutes les autres équipes attendaient certainement ce résultat avec impatience, d'autant qu'on avait peut-être donné l'impression jusque-là d'être une formation toujours sur le fil, qui gagnait à l'arraché. Quand on gagne 5-2 contre Mulhouse, je crois que c'est un message très clair pour tout le monde, non ?"

Laurent Deschaume (attaquant de Grenoble) : "C'est un plaisir personnel mais je retiens d'abord la victoire car on s'attendait à une opposition très forte. Cette année je me sens assez bien, l'équipe est homogène et la concurrence joue à plein. Du coup, on n'a pas d'état d'âme et on donne son maximum à chaque fois sur la glace."

Maurice Rozenthal (attaquant de Mulhouse) : "On n'était pas prêt à jouer un tel match. Ce qui est sûr, c'est qu'on est passé à côté du début à la fin, ce n'était pas notre vrai visage. On les a laissés jouer, on a sans doute oublié le haut niveau, qui plus est dans une patinoire pleine à craquer. Ça va nous mettre un gros coup de pied aux fesses. Même s'il ne s'agissait que d'un match en saison régulière, cette défaite fait mal face à un prétendant au titre."

 

Grenoble - Mulhouse 5-2 (2-1, 2-0, 1-1)

Mardi 7 décembre à 20h15 à la patinoire Pôle Sud de Grenoble. 3500 spectateurs.

Arbitrage de Julien Avavian assisté de Gwilherm Margry et Damien Velay.

Pénalités : Grenoble 74' (10', 6'+5'+20'+5'+20', 8'), Mulhouse 93' (8', 6'+5'+20'+5'+20'+25', 4').

Évolution du score :

1-0 à 00'41" : Podlaha assisté de Järvinen et Lehtonen (sup. num.)

1-1 à 05'20" : Vidman assisté de Reinprecht et Kiviharju

2-1 à 15'59" : Amar assisté de Meunier et Sadoun

3-1 à 26'11" : Deschaume assisté de Favarin (inf. num.)

4-1 à 39'04" : Jönsson assisté de Hämäläinen (sup. num.)

5-1 à 41'50" : Deschaume assisté de Papa

5-2 à 51'49" : Reinprecht assisté de Ruokonen et Kiviharju

 

Grenoble

Gardien : Patrick Rolland.

Défenseurs : Tommi Hämäläinen - Pasi Järvinen ; Baptiste Amar (A) - Simon Bachelet ; Jean-François Bonnard (A) [puis Martin Millerioux à 36'38"] - Nicolas Favarin.

Attaquants : Roger Jönsson - Petri Lehtonen [puis Christophe Tartari] - Josef Podlaha ; Yven Sadoun - Laurent Meunier [puis Romain Bachelet à 36'38"] - Benoît Bachelet (C) ; Cyril Papa - Laurent Deschaume - Kévin Hecquefeuille.

Remplaçants : Cédric Dietrich (G), Timo Bayon. Absent : Nicolas Antonoff (genou).

Mulhouse

Gardien : Fabrice Lhenry.

Défenseurs : Steve Montador - Francis Ballet ; Miikka Ruokonen (A) - Jukka Hakkarainen ; Allan Carriou - Lilian Prunet (A).

Attaquants : Steven Reinprecht - Greg Day - Ryan Christie ; Maurice Rozenthal - Lionel Bilbao (C) - Steve Michou ; Juho Jokinen - Milos Palovcik - Pavol Segla ; Hermanni Vidman - Jani Kiviharju.

Remplaçant : Tom Charton (G). Absent : Olivier Coqueux.

 

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