Tours - Briançon (5 octobre 2004)

 

Match comptant pour la sixième journée de Ligue Magnus.

Au coup de sirène final, c'est une grosse déconvenue. Tours vient de s'incliner sur sa glace, 3 à 4, devant les Diables rouges de Briançon. Après un déplacement victorieux à Morzine, dans des conditions difficiles mais qui avaient démontré toute la solidarité tourangelle, l'ASGT pouvait s'attendre à disputer un match "dans ses cordes". Mais c'est un faux-pas. Sans grande conséquence ? Peut-être. Plus inquiétants sont les blessures et le manque de discipline de certains joueurs pendant le match.

Dans un effectif un peu chiche, après Benoît Paillet, toujours absent, le défenseur Marcel Simak, pilier avec Frantisek Pulscak de l'arrière-garde de Tours depuis trois ans, est victime d'une luxation du poignet. C'est toute la base défensive de l'ASGT qui est ébranlée même si l'arrivée de Poznik est venue pallier un peu les carences dans ce secteur.

Ce mardi, c'est une faillite collective qui n'est finalement que l'aboutissement de ce que l'on pressentait depuis quelques matches. L'ASGT a un peu, beaucoup, perdu de son jeu léché des matches de préparation. Jusque-là, elle s'en sortait par le talent individuel des attaquants. Contre Briançon, ça n'a pas suffi, d'autant plus que les pénalités infligées justement par l'arbitre sont venues affaiblir encore plus une équipe déjà éprouvée.

"Nous avons peut-être été un peu fragiles au début" dira Millette à la fin de la rencontre. Doux euphémisme. 0-3 en neuf minutes. L'ASGT n'est encore pas rentrée dans le match. Le ton était donné d'entrée de jeu par Terglav et Kramny (40") sur deux lancers déviés par Sopko. Les Diables rouges ne sont pas venus faire de la figuration. L'ASGT répond par un tir de Bohunicky, arrêté sans problème par Beaubien. La première pénalité est sifflée contre Briançon (Borgnet pour charge avec la crosse, 2'09). Mais Tours ne parvient pas à s'installer et c'est même Bohunicky qui prend à son tour deux minutes pour crosse haute (3'50). L'arbitre est encore sollicité sur une obstruction de Divisek (4'36). La rencontre ne débute pas sous les meilleurs auspices. Le temps de voir Eizenman lancer sur le gardien (4'52), imité un peu plus tard, à deux reprises, par Simko, que Sadoun part à son tour se reposer pour deux minutes (accrocher, 5'37). La défense tourangelle, bien aidée par ses attaquants, tente de protéger son but. Mais la sanction ne tarde pas : Jean-François Jodoin, ex-Tourangeau, propulse le palet moins de vingt secondes plus tard au fond des filets de Sopko, sur la sortie de prison de Peter Bohunicky (0-1, 5'57).

L'ASGT est à côté de son sujet. Pas de jeu collectif, des joueurs qui semblent sans ressort. Les attaquants tentent bien quelques exploits personnels (Gillings, 6'35) mais la plupart du temps le jeu de Tours se résume à un travail derrière la cage, le long des bandes. Devant des équipes bien regroupées et concentrées, ce n'est pas toujours la tactique payante. Et ce qui faisait la force de Tours devient également l'arme décisive de ses adversaires. Julien Desrosiers, également ex-Tourangeau, se rappelle au bon souvenir du public : il hérite d'un palet à la bleue, file au but. Il échoue dans un premier temps sur Sopko qui laisse un rebond. Le Canadien le reprend du bout de sa crosse pour doubler la marque (0-2, 7'18).

Les coéquipiers du capitaine Gleize ne se regardent plus entre eux. Chacun rejoint le banc, tête basse. C'est mou. Et Jodoin, encore lui, en profite. Il réalise tranquillement son doublé (0-3 à 9'22) en profitant de ses anciennes marques à la bleue. Le coach Bob Millette décide de faire rentrer Vladimir Hiadlovsky. Ramon Sopko n'a pas grand-chose à se reprocher. Il a été lâché par l'équipe, inexistante sur ces dix premières minutes.

L'ASGT tente de se relancer. Après tout, il reste encore beaucoup de temps de jeu. La première réaction, timide, intervient sur une combinaison entre Jo Roy et Rob Millar (9'54). Les Diables rouges de Briançon laissent un peu plus venir. Frédérik Beaubien, leur gardien, écope de deux minutes pour obstruction (10'16). Sur une des - trop - rares installations correctes du jeu de puissance, Alon Eizenman le déjoue en plaçant le palet sous la barre transversale après une très belle accélération tout en dribble (1-3, 11'01). Enfin ! Et, ragaillardis par ce but, les Tourangeaux accélèrent et emballent la rencontre, poussant Briançon à la faute (2' de pénalité pour Trabichet). Une fois n'est pas coutume, l'ASGT parvient rapidement à s'installer dans la zone. Le palet circule entre Eizenman-Gillings et Poznick. Ce dernier envoie un missile le long du montant droit de Beaubien. Ajustement parfait (2-3, 12'14).

La confiance semble revenue du côté des locaux. La prise d'initiative est pour eux, Briançon doute et se montre fébrile, provocateur. Stepan (13'42) puis Millar (14'42) préparent le terrain pour François Gleize, à la conclusion d'une action rageuse de Loïc Sadoun, qui se sort d'un âpre combat derrière la cage pour servir son capitaine (3-3, 15'56). Le plus dur semble fait. On remet les compteurs à zéro. L'impression, vu des tribunes, est que le "vrai" match va enfin commencer. D'autant plus que Briançon, vexé d'avoir été rejoint au score, continue de commettre des fautes (Desrosiers pour crosse haute, 16'06). Ce sont des conditions favorables pour enfin passer en tête et ruiner définitivement le moral des joueurs de Luciano Basile.

C'est là que l'ASGT manque de maturité. Dans un contexte favorable, rien n'oblige Peter Bohunicky à faire cette charge contre la bande (18'02), rien n'oblige Kent Gillings (19'15) à faire cette charge avec la crosse. Résultat, Briançon termine le premier tiers sur deux grosses occasions de Kramny puis Filip.

À la reprise, Briançon se dit qu'il y a un coup à jouer. Cédric Boldron part seul, Hiadlovsky sort à sa rencontre : tout le monde retient son souffle, quand on connaît les sorties hors de ses bases de l'ex-n°1 de Tours ! L'arbitre siffle, pensant que le gardien a gelé le palet, qui continuait pourtant de se balader librement (21'39).

L'ASGT a pourtant des occasions de faire la différence : Pousset (23'07), Divisek (24'07 puis Jodoin (25'10) se mettent à la faute. Perricone, Pulscak, Millar, Philippe Roy ont leur chance. Sans succès. Pire, les Diables noirs, non seulement ne profitent pas de ses avantages, mais commettent eux aussi des fautes : Poznik et surtout Perricone (2'+10' pour charge dans le dos). Rien ne va vraiment dans cette soirée.

Même le jeune Gaël Cler manque un breakaway incroyable. Alors qu'il rejoint le banc après avoir fait comme d'habitude le substitut en prison, le palet lui revient dans la crosse. Sur le coup, ça a fait marrer tout le monde sur le banc. Une telle occasion, si elle avait été transformée, aurait peut-être changé le cours du match (29'06). Nul ne pensait alors à l'importance de cette action au décompte final.

À partir de ce moment, inexplicablement, Tours subit le match. Bohunicky repart en prison (34'09), et Hiadlovsky est sauvé une première fois par le manque de réalisme des attaquants de Briançon (34'45). Le deuxième tournant du match intervient sur un tir de pénalité accordé par M. Calamoneri (36'51). Jo Roy s'élance, feinte ; Beaubien fait le premier geste et l'attaquant n'a plus qu'à lever le palet pour passer au-dessus de la jambière du gardien. Mais c'est raté.

Et Tours continue de manger son pain noir : Radek Stepan, jusque là bien tranquille, en remet une bonne couche dans un contexte qui ne le méritait pas. Résultat 5'+20', on n'en parle plus, aux petits copains de se débrouiller désormais pour terminer la rencontre. La défense de Tours, c'est désormais Fort Alamo. Dans le même coup, Jo Roy récolte 2'+2' pour dureté emmenant avec lui Terglav (37'29). Et le second tiers se termine par une occasion nette pour Cédric Boldron, mais Hiadlovsky ne se laisse pas surprendre.

À la reprise du dernier tiers, Divisek allume le premier feu (41') avant de prendre 2'+10' pour charge dans le dos (44'18). En position de supériorité numérique, les joueurs de Millette sont totalement en panne d'inspiration. Ils ne parviennent pas à développer une quelconque tactique. Il faut une chevauchée désespérée de Pulscak pour tenter de décanter les choses, mais c'est bien insuffisant.

La rencontre n'est pas très savoureuse ; ça ronronne, il y a beaucoup de déchet technique. Briançon attend et se prend à rêver sur un nouveau lancer de Martin Filip. Hiadlovsky laisse un rebond et Edo Terglav reprend (3-4, 46'43). Il règne alors une curieuse atmosphère dans les travées. Pas de rébellion ouverte, comme une sorte de fatalisme.

Au lieu de se concentrer sur son sujet, l'ASGT balbutie son hockey. Jo Roy, peu inspiré, prend une nouvelle pénalité avant que sa ligne ne remette un peu Tours en selle un peu plus tard (49'20). On a retrouvé l'espace d'un instant, d'une occasion, le jeu entrevu pendant les matches de préparation. Cette fraîcheur, cette spontanéité, le coup d'œil servi par une technique sans faille. Tout ce qui nous avait séduit en ce mois d'août...

Il est facile d'imaginer que la fin de rencontre est à l'avantage des Tourangeaux (Poznik à 52'39, Simko à 53'55 puis Sadoun et Pulscak de loin). Une ultime supériorité numérique et la partie se termine sur un lancer de Loïc Sadoun. Briançon était présent, encore dangereux, et Hiadlovsky n'a pu sortir de sa cage que quelques secondes avant le coup de sirène final.

C'est donc la première défaite des Diables noirs cette saison, face à une équipe briançonnaise appliquée et solidaire. Plus que le score, c'est surtout la manière et le comportement de l'équipe tourangelle qui sont inquiétants. À l'issue du match, les joueurs et le coach s'accordent à trouver des points positifs. Revenir de 0-3 à égalité "à la manière d'une grande équipe" dixit Millette, "cela peut avoir du bon " dira François Gleize. L'avenir nous le dira mais il y a quand même de petits clignotants oranges allumés depuis quelques rencontres.

Compte-rendu signé E. O'Grady

 

Tours - Briançon 3-4 (3-3, 0-0, 0-1)

Mardi 5 octobre 2004 à 20h00 à la patinoire municipale de Tours. 1100 spectateurs.

Arbitrage de Thierry Calamoneri assisté de Thibaud Juret et Laurent Antunes.

Pénalités : Tours 55' (8', 10'+10'+5'+20', 2'), Briançon 34' (10', 10', 4'+10').

Tirs : Tours 33 (17, 8, 8), Briançon 30 (11, 11, 8).

Évolution du score :

0-1 à 05'57" : Jodoin assisté de Gélinas

0-2 à 07'18" : Desrosiers (sup. num.)

0-3 à 09'22" : Jodoin

1-3 à 11'01" : Eizenman assisté de Sadoun (sup. num.)

2-3 à 12'14" : Poznik assisté de Gillings et Eizenman

3-3 à 15'50" : Gleize assisté de Sadoun et Simko

3-4 à 46'43" : Terglav assisté de Filip 

 

Tours

Gardien : Ramon Sopko puis Vladimir Hiadlovsky à 09'21".

Défenseurs : Radek Stepan - Philippe Roy (A) ; Anton Poznik - František Pulscak (A) ; Robert Fail - [P. Roy].

Attaquants : Éric Perricone - Jonathan Roy - Rob Millar ; Peter Bohunicky - Alon Eizenman - Kent Gillings ; Jan Simko - François Gleize (C) - Loïc Sadoun ; Gaël Cler.

Briançon

Gardien : Frédérik Beaubien.

Défenseurs : Tomas Kramny - Michal Divisek ; Jean-François Jodoin - Jasmin Gélinas ; Nicolas Pousset - Gary Levêque.

Attaquants : Jonas Lund - Martin Filip - Edo Terglav ; Cédric Boldron - Julien Desrosiers - Eric Blais ; Arnaud Blanchard Cyril Trabichet - Frédérick Borgnet - Yannick Maillot.

Remplaçants : Sébastien Muret (G), Olivier Vandecandelaere, Sébastien Rohat. Absents : Emmanuel Giusti, Lionel Orsolini (blessés).

 

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