Interview de Marc Fornaguera

 

Le président du Montpellier Agglomération Hockey Club, champion de division 3 en titre et qui poursuit son ascension en D2, répond aux détracteurs du club héraultais.

- Qu'est-ce qui a conduit Montpellier à accumuler une centaine de milliers d'euros de déficit en 2002 alors que le club n'était encore qu'en D3 ?

Il faut poser la question à Michel Riedel. J'ai découvert ce déficit lorsque j'ai décidé de rejoindre l'équipe dirigeante présidée par Michel en juillet 2002. Au-delà des chiffres, je pense que la situation s'est dégradée lorsque l'ancienne patinoire a fermé .Il a fallu, pendant des mois, transporter toutes les équipes à Nîmes. La nouvelle patinoire a surgi, un outil magnifique, qui a donné envie de faire enfin émerger le hockey aux dirigeants de l'époque. Le problème a été sans doute culturel. On ne passe pas d'un club qui vivote à un club capable de s'extraire de la D3 sans changer les mentalités à tous les niveaux, à l'intérieur comme à l'extérieur. Des cotisations inadaptées, des produits mal anticipés, un discours peut-être mal perçu par les collectivités, des dépenses mal contrôlées, ont vraisemblablement creusé le trou.

- Comment avez-vous été amené à prendre la présidence du club de Montpellier ?

Lorsque Michel Riedel a démissionné, nous étions quelques uns à avoir rejoint le club pour l'aider à se structurer. Dans un premier temps, nous avons décidé de présenter un plan de résorption des dettes et de poursuivre l'aventure en D2, qu'il était possible de rejoindre grâce à notre place au tournoi final de D3. La commission de Contrôle nous a, justement, recalé, nous restions en D3. Dès lors, nous avons décidé de déposer le bilan et de repartir à zéro. La communauté d'Agglomération nouvellement créée nous a fait deux cadeaux. Un nom, le Montpellier Agglo HC, et sa confiance. Alain Depres a accepté de faire un intérim comme président. Mon travail a consisté à m'occuper de l'équipe senior. Après le titre de champion de France D3, je me suis présenté en remplacement d'Alain Depres, qui est resté avec nous.

- Quels ont été les priorités du nouveau club ?

Définir une politique. Nous voulions tout. Une équipe senior performante et une véritable politique de formation pour notre hockey mineur .Nous croyons vraiment que l'une est indissociable de l'autre. Avec Pascal Ryser, notre manager sportif engagé par M. Riedel, nous avons posé deux principes simples pour le hockey mineur. Une véritable équipe d'entraîneurs et deux équipes de niveau par catégorie. Le coup de chance a été la venue de quelques jeunes de Nîmes, vingt-cinq, qui sont venus nous rejoindre après la fermeture de leur patinoire. Ils ont amené avec eux Alexandre Coccallotto, BE1, un jeune Nîmois motivé et capable qui a pris en charge avec Pascal Ryser nos deux cents jeunes.

Des moyens. Les premiers à participer ont été les licenciés. Cotisations revues à la hausse à travers des abonnements à l'équipe senior qui ont fait couler beaucoup d'encre. Lorsqu'ils ont compris ce que nous faisions, la majorité des licenciés a adhéré. Fort de l'application de l'adage "aide toi, le ciel t'aidera", nous avons revu les collectivités. Avec succès. Nous sommes allés chercher des partenaires privés. À Végapolis, la mayonnaise a pris, Pascal a fait un super boulot auprès des médias (sans parler du titre), le public est venu. Les comptes ont été équilibrés. Nos minimes sont montés en élite Rhône-Alpes-Provence-Côte d'Azur et nous avons préparé sereinement l'accession en D2.

- D'où vient la mauvaise réputation que traîne Montpellier depuis la division 3 ? (dégradation des vestiaires à Grenoble...)

Grenoble... Un spectateur, père d'un des joueurs grenoblois, a eu des propos et un comportement vraiment indignes vis-à-vis d'un des joueurs de Montpellier. Ses coéquipiers ont réagi. Sachez juste que lors du tournoi final, toujours à Grenoble, les officiels présents de la FFSG ont tenu à s'excuser, ainsi que le club de Grenoble, devant témoins, pour les propos et le comportement de ce spectateur. Preuve que certaines valeurs ne se perdent pas. Vous jugerez ce que ces propos devaient être pour que l'on éprouve le besoin de faire de telles excuses. Ils sont la cause de la réaction de nos joueurs. Je n'en dis pas plus, le sujet me blesse encore. Pour le reste, Montpellier n'est pas loin de Sète, où Brassens chantait La mauvaise réputation...

- Un contentieux est-il en train de voir le jour entre les clubs de Montpellier et Toulouse ?

Il n'y a pas d'antagonisme avec le club de Toulouse dont je connais le Président depuis quinze ans. Il y a eu un accident malheureux lors d'un match de préparation, nous avons perdu Lubomir Ctvrtnicek, gravement blessé à un il. Cela a pu faire penser à un contentieux. C'est idiot. Les joueurs, l'entraîneur et les dirigeants, ici à Montpellier, n'ont rien à faire de querelles de clochers ou de suprématie régionale ou de vengeance débile. Et ce ne sont pas des commentaires et des appréciations de forum qui changeront cela. Le match aller s'est bien passé, il y juste a eu quelques échauffourées à la sortie de la glace. À la décharge des jeunes de Toulouse, prendre trois buts en trois minutes peut en énerver de plus matures.

- Dans quelles conditions et sur quels critères s'est fait le recrutement de joueurs étrangers ?

Il faudrait demander cela à Pascal Ryser, mais je peux affirmer sans le trahir que le premier critère a été leur capacité à se fondre dans la vision qu'il avait du profil de l'équipe, de leur complémentarité avec les joueurs qui sont avec nous. J'avoue ne pas bien comprendre la polémique sur les étrangers. Nous avons fait une analyse simple. Le club de Montpellier, version ancienne, n'a pas formé des cohortes de joueurs. Nous avons décidé d'avoir une équipe qui puisse présenter à Végapolis un bon niveau de hockey. Les joueurs français qui nous rejoignent sont tous d'accord pour penser que leur avenir professionnel n'est pas dans le hockey, quels que soient par ailleurs leur talent et leur rigueur. Ils ne sont donc pas payés. Ils bossent. Comme des vrais gens, des vrais boulots. Ils ne touchent rien pour jouer mais ils sont là à tous les entraînements, s'excusent quand une obligation les retient. J'ai beaucoup de respect pour eux et pour leur talent. Nous en aurions plus s'il y avait eu plus de candidats sérieux. Il y a les joueurs payés, tous Slovaques (cinq), nous n'aimons pas les Tours de Babel. Le secret de la cohésion de l'équipe, c'est l'estime que les joueurs "payés" ont pour les joueurs "non payés", et vice versa. C'est ce qui fait que ce groupe est un bloc aussi solide que celui que peuvent former des joueurs qui jouent ensemble depuis des années. J'oubliais notre junior québécois, Maxime Villaggi, qui bosse lui aussi, venu là pour découvrir à quoi ressemblait le hockey français. Pour nous, pour eux, il n'y a plus d'étrangers et de Français. Ils sont tous des Vipers (le surnom de l'an passé, les Mustangs, avait été déposé à l'INPI par le football américain de Montpellier, ce qui nous a contraint de nous renommer). Comme le seront les jeunes issus du club qui vont désormais être intégrés soit à l'équipe première, soit à l'équipe de D3 que nous formons avec Nîmes.

- On entend souvent dire que Montpellier ne vaut que par ses étrangers. Pouvez-vous présenter les joueurs français de votre équipe ?

Est-ce à moi de les présenter ? Ils se présentent bien assez tout seuls ! Demandez donc à ceux qui les ont eu en face, comme attaquants, défenseurs et gardiens, de quelles façons nos joueurs "français" se présentent en général... Penser que l'on fait une équipe performante en D2 avec 5 Slovaques et 15 nuls est une ineptie. Ces garçons ont du hockey et sont suffisamment bien dans leur tête pour sourire des commentaires en montrant sur la glace leur talent. À Gap, Dunkerque, Amiens, Valence, Nîmes, Amnéville, Nantes et Montpellier, on sait qui ils sont.

- Les premiers pas du MAHC en division 2 ont été marqués par une succession de victoires parfois très larges. Vous attendiez-vous à un tel parcours ?

On connaissait mal le niveau de la D2. Quelques matchs amicaux contre Toulon, Toulouse et Avignon nous avaient donné quelques indications. Notre objectif de promu, sans faire de "guyrouerie", est la participation aux play off. Hormis l'ACBB, notre parcours est assez ordinaire, la préparation avant-saison a sans doute joué un rôle prépondérant. Les gars étaient prêts.

- Montpellier a concédé son premier point ce week-end à Toulon. Faut-il y voir une baisse de régime ?

On peut y voir plein de choses, la faute à pas de chance, vu les circonstances de nombreux buts qui, avec le recul, prêtent assez à sourire. Sans parler d'un missile qui traverse la cage... On oublie aussi que Toulon n'est pas à sa place. Sortir Valence de la coupe, résister deux tiers à Anglet... Voyons ce que feront les autres devant eux, maintenant qu'ils prennent leur allure de croisière. Il y a sûrement eu un petit problème de concentration. Cette intensité obligatoire à tous les tiers donne toute sa valeur à ce championnat de D2 où, à la moindre faille, les positions sont remises en question.

- Le match au sommet de la poule sud de D2 opposera samedi Montpellier à Viry. Quelle importance accordez-vous à ce match et comment l'abordez-vous ?

Avec le sérieux requis. Tous les matchs sont importants dans un championnat qui est construit de telle façon que toutes les rencontres avec les adversaires potentiellement présents aux play off valent quatre points. Ce sont tous de vrais matchs de coupe.

- Considérez-vous que le MAHC soit le favori pour la montée en D1 ?

Il est bien trop tôt pour parler de favori. L'alchimie fonctionne bien, mais que sera demain ? Tout cela est si fragile. Le sport est tout sauf une science exacte. Les adversaires sont de valeur. La poule nord n'a pas livré tous ses secrets. Ce sera, de toutes façons, une lutte de longue haleine, pour nous tous.

- Quelles sont les ambitions de Montpellier à moyen terme dans le hockey français ?

Faire partie du décor. La pérennité. Devenir, avec nos amis de Nîmes qui verront leur patinoire bientôt rouvrir, un coin de hockey.

- Montpellier est une ville sportive, quelle place le hockey sur glace peut-il y prendre ?

Exister à Montpellier, en tant que sport, est un challenge de tous les jours. Ligue 1 en foot, Top 16 en rugby, Champion d'Europe en hand, plus le volley en élite, le water-polo, le basket féminin en pro A, etc. Nous avons choisi d'être en phase avec notre patinoire "fun" Végapolis. Environner notre sport comme un spectacle. Donc, pom-pom girls payées, DJ qui mixe entre les tiers, effets de lumière, présentateur vedette de Fun Radio comme animateur. Bref, proposer une alternative aux chants de supporters de la Mosson et faire passer un bon moment aux spectateurs. Ça marche pas mal... Radios, télé, presse, les gens suivent les Vipers qui se font un nom. Modeste... mais 700 à 1000 spectateurs de moyenne, c'est pas mal. En tout cas, les joueurs apprécient de jouer devant un tel public. La place que prendra le hockey sera celle que les autres sports en salle auront laissé, la compétition est féroce. Elle dépend donc de nous et de l'image que donne au plan national notre sport.

- Que pensez-vous justement de la mise à mort du Directoire du hockey à l'Assemblée Générale de Lyon ?

Je vais vous dire franchement, lorsque j'étais à l'AG de Reims, la question de savoir si le directoire avait sa place dans le paysage ne me paraissait pas se poser, tant l'implication de Luc Tardif, de Bernard Bourandy (pour ne citer qu'eux) était forte dans le débat. La participation de Didier Gailhaguet et Jean-Louis Millon se faisait en harmonie avec les interventions des gens du directoire. Je vais vous sembler naïf, mais j'ai aimé voir ces gens qui semblaient tous animés d'une même volonté, faire avancer le truc. Pour moi, la mise en place d'un championnat stable et d'une commission de contrôle indépendante suffisait à donner les bases sur lesquelles tout dirigeant peut travailler. Je n'ai pas eu connaissance de cette assemblée de Lyon. Je le dis d'autant plus franchement que, même si j'en avais été informé, je n'y serais pas allé, sauf si l'enjeu réel avait été explicité. Ce que je ne comprends pas, c'est que le Directoire n'ait pas informé les présidents de clubs du hockey. Un mail, un simple courrier expliquant les enjeux, quelques jours avant, aurait suffi. Quand l'on se sent en danger, pourquoi ne pas sonner l'alarme ?

- Le Montpellier Agglomération Hockey Club va-t-il adhérer à l'Association pour l'Avenir du Hockey Français (AAHF) créée par Luc Tardif ?

J'ai adhéré, à titre personnel, à l'AAHF, espérant qu'elle devienne une force de proposition, sans esprit polémique, car pour moi le hockey n'a pas les moyens d'une guerre de tranchées, mais il n'a pas non plus les moyens de faire l'économie d'un vrai débat. Où va-t-on ? Je crois qu'il y a une vraie aspiration pour ce sport à se prendre en charge. La FFSG met en place une coordination, je regarderai avec attention les orientations prises, sans a priori. Notre Comité Directeur sera interrogé sur la participation du M.A.H.C. à l'AAHF.

Propos recueillis le 19 novembre 2003 par Marc Branchu

 

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