New York Rangers

 

Nom du club : New York Rangers.

Fondation du club : 1926.

Couleurs : Bleu, rouge et blanc.

Palmarès :

- Vainqueur de la Coupe Stanley 1928, 1933, 1940, 1994

- Vainqueur du trophée des présidents (meilleure équipe en saison régulière) 1992, 1994, 2015

- Vainqueur de la Coupe Victoria 2008

 

La couleur bleue, les lettres brodées à la diagonale, le mythique Madison Square, la sirène d'un vieux camion de pompier new-yorkais, la voix du commentateur Sam Rosen, bien des éléments ramènent à l'une des franchises historiques de la National Hockey League qui fête ses 90 ans d'existence à la rentrée 2016. Les Rangers de New York sont en effet la troisième équipe la plus ancienne de la ville (1926) après les Yankees (baseball / 1901) et les Giants (football américain / 1925). Malgré un palmarès moins fourni que les autres formations des "Original six", les Rangers furent la première équipe américaine à gagner la Coupe Stanley, brisant ainsi l'hégémonie canadienne. 1926-2016, survolons neuf décennies d'histoire des bleus new-yorkais.

Les Amerks avant les Rangers

L'histoire du hockey à New York ne débute pas avec les Rangers mais avec les Americans. Car il s'agit bien là du premier club de hockey sur glace de Big Apple, qui rejoint en 1925 la National Hockey League. Thomas Duggan et Bill Dwyer déboursèrent la somme de 75 000 dollars pour racheter l'effectif des Tigers d'Hamilton, la concession quittant la NHL pour un différend salarial. Un an avant, le circuit canadien avait ouvert ses portes au marché américain pour la première fois en invitant Boston avant d'ajouter sur sa liste les Pirates de Pittsburgh et les Americans de New York. Des "Amerks" qui vont avoir la chance d'évoluer dans une enceinte mythique. Duggan et Dwyer parvinrent à convaincre George Lewis "Tex" Rickard, promoteur de boxe réputé mais surtout propriétaire du Madison Square Garden, d'utiliser son bel écrin. En 1925, ce bâtiment n'était plus à Madison Avenue puisque la troisième version du "MSG" fut érigée au sud de Central Park, et non plus au nord. Le premier match des "Amerks" se déroula à domicile le 15 décembre 1925 face aux Canadiens de Montréal. Malgré la défaite 3-1, l'histoire retiendra que "Shorty" Green a permis aux "stars & stripes" d'ouvrir le score, devenant le premier hockeyeur à marquer un but au Madison Square Garden.

Les résultats des Americans sont convaincants pour une première saison. Mais ce qui étonne le plus, c'est la ferveur populaire que génère le hockey à New York. Cela n'échappe pas au maître des lieux. La relocalisation du "Garden" au centre de Manhattan s'est avérée gagnante, même pour une discipline inconnue jusque-là dans la "grosse pomme". Tex Rickard y voit un filon et veut à son tour sa propre équipe à New York, la NHL accepte. Rickard se rapprocha alors d'un soldat de l'armée canadienne - qui participa aux deux guerres mondiales - qui exerçait son savoir du hockey à l'Université de Toronto. Conn Smythe est l'homme sollicité et se voit attribuer une mission : traverser les états-Unis à la recherche de talents insoupçonnés qu'il aura à charge d'entraîner. Smythe parvient à ses fins mais certains de ses choix ne sont pas soutenus par la direction. Conn Smythe quitte le navire - et deviendra par la suite le légendaire propriétaire des Maple Leafs de Toronto. Lester Patrick, vainqueur de la Coupe Stanley en tant que joueur puis entraîneur et pionnier du hockey sur la côte Pacifique, le remplace. L'équipe est prête et les journalistes l'annoncent en parlant des "Tex's Rangers". Tex Rickard apprécie le jeu de mots avec les fameux policiers du Texas, le surnom restera : les Rangers de New York sont nés.

Un succès fulgurant

Le terme "original six" est quelque peu ambigu pour les Rangers, deuxième équipe new-yorkaise suite à un processus d'expansion, comme pour Boston, Chicago et Détroit, puisqu'elles sont apparues bien après la création de la ligue en 1917. Peu importe, pour Tex Rickard, le cur des New-Yorkais est à prendre et le grand amateur de boxe devenu féru de hockey entend bien mettre K.O. les Americans à ce jeu-là. Et le succès est immédiat. Les Rangers débutent le 16 novembre 1926 devant plus de 13 000 spectateurs au Madison Square Garden face aux Maroons de Montréal. Ils y remportent un premier succès grâce au seul but du match marqué par William "Bill" Cook, soldat qui participa à la bataille de la Somme en 1916.

Lester Patrick

Aligné avec son frère Frederick alias "Bun", Bill Cook devient la première grande star - et premier capitaine - des Rangers, finissant meilleur buteur de la ligue à l'issue de cette première saison. La deuxième sera (déjà) celle de la consécration puisque les fameux "Broadway Blueshirts" remportent leur première Coupe Stanley en 1928 en finale face aux Maroons de Montréal, pourtant favoris. Tex Rickard peut être fier, il a remporté son pari en conjuguant succès sportif et populaire. Il décéda un an après cette première Coupe Stanley à l'âge de 59 ans, des suites d'une complication d'une appendicectomie.

Le coach Lester Patrick marque l'histoire par ses aptitudes tactiques révolutionnaires, également pour avoir pris place devant les filets à... 44 ans. Lors du match 2 de cette première finale, Lorne Chabot reçoit un palet dans lil et doit quitter la partie. Patrick a deux options pour remplacer Chabot : Alex Connell, gardien d'Ottawa présent parmi les spectateurs, et Hugh McCormick, qui exerce dans une ligue mineure. Mais les deux propositions nécessitent l'aval de l'entraîneur adverse, Eddie Gerard, qui refuse. Lester opte alors pour la seule décision qui lui vient en tête : prendre lui-même place dans les filets... alors qu'il n'avait joué qu'au poste de défenseur durant sa carrière de joueur ! Durant quarante-cinq minutes, le coach n'encaissa qu'un seul but et préserva les chances de son équipe en prolongation, Frank Boucher inscrivant le but gagnant pour les Rangers au Forum de Montréal. Avec un nouveau gardien engagé pour la suite de la série finale - Joe Miller - les Rangers soulevèrent leur première Coupe Stanley. Jamais une équipe de la NHL n'a gagné le titre à sa deuxième année d'existence. Patrick, surnommé le "Silver Fox", demeure encore aujourd'hui le gardien le plus âgé de l'histoire à avoir participé à une finale de la Coupe Stanley. Il resta au chevet des New-Yorkais durant vingt ans, en tant qu'entraîneur et directeur général, et bouleversa la discipline avec plusieurs règles novatrices puisque vingt-deux d'entre elles furent retenues par la National Hockey League.

Incontestablement, les Rangers se démarquent de leur duel fratricide avec les Americans, sur la glace comme dans les tribunes. Les Blueshirts de Broadway ont conquis Big Apple, notamment grâce à une méthode marketing assez surprenante. Dans les années 20, les communautés juive et italienne représentaient alors une part importante de la population new-yorkaise. Pour attirer la foule, le publicitaire Johnny Bruno a eu la réflexion suivante : ni juif, ni italien dans l'équipe... autant en inventer ! Le Canadien d'origine finlandaise Oliver Reinikka devint Ollie Rocco et le Québécois Lorne Chabot vit son nom transformer en Chabotsky ! La foule mord à lhameçon dans une ville régie jusque-là par le baseball et la boxe.

Les Americans éclipsés

Et les bonnes performances se poursuivent grâce au nouveau gardien John Roach, qui a succédé à Chabot, et toujours au premier trio formé des frères Cook avec au centre Frank Boucher. La "Bread line" régale tout le monde au MSG. Pendant dix ans - et plus de 1000 points accumulés ensemble - ce trio devenu majeur en NHL permettra de nouveau d'atteindre la finale en 1929 puis en 1932. En 1933, les Rangers obtiennent leur revanche face à Toronto un an après l'échec face aux Maple Leafs. L'inévitable Bill Cook marqua le seul but du match 4 en prolongation face à son ancien coéquipier Chabot, qui avait déménagé en Ontario. Ce but décisif offre une deuxième Coupe Stanley aux Rangers alors qu'il s'agissait de leur quatrième finale en seulement sept années d'existence.

Déjà une deuxième coupe mais toujours pas l'occasion de la soulever à la maison. À cette époque, les finales de la Coupe Stanley se déroulaient en avril, au moment o le cirque, alors bien plus rentable qu'une équipe de hockey, débarquait à New York pour monopoliser le Madison Square Garden et l'attention des New-Yorkais, petits et grands. Le Barnum & Bailey Circus, véritable institution, est roi en ville et il faudra attendre 1967 et un nouveau sol en caoutchouc, plus facile à démonter, pour voir enfin les Rangers évoluer dans leur antre lors des séries éliminatoires sans avoir à s'exiler.

Bun Cook, puis son grand-frère Bill qui a établi un record de club avec 11 coups du chapeau avec les Rangers, quittent New York. Le gentleman Frank Boucher - récompensé à sept reprises par le trophée Lady Byng, un record - ne s'est jamais éloigné du Madison Square Garden. Après treize années en tant que joueur, Boucher entraînera l'équipe durant douze ans avant de devenir directeur général jusqu'en 1955. Dès sa première saison en tant que coach, Boucher mène son escouade vers un nouveau triomphe en 1940 : les Rangers déjouent une fois de plus les Maple Leafs de Toronto et remportent leur troisième Coupe Stanley. Dave Kerr, qui a eu la joie de soulever la coupe chez lui à Toronto, devint le premier gardien Ranger à recevoir le trophée Vezina remis au meilleur gardien de la NHL après une saison extraordinaire. Kerr, porte d'acier qui n'a manqué qu'un seul match entre 1934 et 1941 (!), a connu une série de 19 parties sans connaître la défaite. Entre 1926 et 1942, les Rangers de New York n'auront été exclus des playoffs qu'une seule année (1935-36), participant à six finales dont trois conclues par la coupe. Toutefois, certains joueurs seront par la suite indisponibles, partis en guerre avec les Alliés, dont le talentueux Bryan Hextall (senior). L'un d'entre eux, Red Garrett, ne reviendra pas. Ce membre de la Marine royale canadienne mourut le 25 novembre 1944.

En 1943, un camp de détection est organisé à Winnipeg o plusieurs talents sont invités sous les yeux des recruteurs des Rangers. Un jeune garçon de 15 ans est présent mais cette expérience ne s'avère guère joyeuse pour lui. Il est l'objet de moqueries et son camp ne se passe pas comme prévu. Il aura davantage de réussite l'année suivante lors d'un essai à Détroit. Ce garçon s'appelle Gordie Howe, futur Mr. Hockey qui marqua la discipline, et qui passa donc entre les mailles new-yorkaises.

Un monument prend vie à New York avec les Rangers, un autre meurt. La Grande Dépression suite au krach boursier de 1929 fragilise l'économie américaine, et donc les clubs sportifs. Les Americans résistent mais la terrible concurrence des Rangers et la Seconde Guerre Mondiale éteignent la flamme en 1942. Entraîneur, manager puis propriétaire des "Amerks", Red Dutton, qui occupera la présidence de la NHL de 1943 à 1946, fut incapable de convaincre la ligue de ressusciter les Americans, accusant l'influence d'un lobby pro-Rangers. Les Rangers de New York ont désormais un boulevard pour écrire l'histoire du hockey new-yorkais et constitueront la seule équipe de hockey de la ville durant trois décennies.

Une période après-guerre délicate

Après la disparition des Americans, il reste six équipes en NHL qui batailleront ensemble pendant un quart de siècle avant la grande expansion de 1967. C'est l'ère des six équipes originales : les Canadiens de Montréal, les Bruins de Boston, les Red Wings de Détroit, les Maple Leafs de Toronto, les Blackhawks de Chicago et donc les Rangers. Cependant, après un départ explosif, les New-Yorkais vont connaître des temps difficiles avec seulement deux participations aux séries éliminatoires entre 1943 et 1955.

Frank Boucher a pourtant réalisé de bonnes acquisitions. En 1948, Buddy O'Connor, deux fois champion avec Montréal, s'adjugea sous le maillot bleu le trophée Hart remis du meilleur joueur de la saison, le premier Ranger à accomplir cette performance. Et il s'en est fallu d'un souffle pour que O'Connor remporte également le Art Ross du meilleur marqueur, devancé d'un point par Elmer Lach... ancien collègue de Montréal. En 1950, le gardien Chuck Rayner remporta à son tour le Hart grâce à des performances époustouflantes qui avaient permis aux New-Yorkais de réaliser un superbe parcours en playoffs en éliminant les Canadiens en cinq manches avant de pousser Détroit aux sept matchs en série finale. Les Blueshirts, une fois encore exilés à cause du cirque, sont proches de mettre la main sur le trophée suprême en menant la série 3-2. Détroit force néanmoins un match 7 qui s'avéra haletant. Nick Mikoski touche le poteau pour les Rangers durant la première prolongation mais c'est Pete Babando qui donne la victoire aux "ailes rouges" lors de la deuxième, trompant du revers Rayner. Battu mais remarquable, Chuck Rayner ne retrouvera jamais ce niveau de jeu exceptionnel, dissimulant longuement une blessure qui a fini par s'aggraver.

Si dans les années 50 et 60, les Rangers ne parviendront pas à se qualifier en finale, plusieurs figures marquent les esprits. Le gardien Lorne "Gump" Worsley, quadruple vainqueur de la Coupe Stanley avec Montréal, disputa plus de 600 rencontres avec New York. Le défenseur Harry Howell demeure encore aujourd'hui le joueur ayant joué le plus de parties en saison régulière avec la franchise de New York : 1160, soit 17 saisons consécutives. L'icône Andy Bathgate, décédé à l'âge de 83 ans le 26 février 2016, reste encore aujourd'hui un joueur marquant des Blueshirts, il remporta le trophée Hart en 1959 et devint le premier Ranger à atteindre le seuil des 40 buts cette année-là. Bathgate disputa également huit matchs des étoiles. Devenu indésirable à Montréal car membre de l'association des joueurs, Doug Harvey occupa le poste d'entraîneur-joueur le temps de la saison 1961-62 conclue par son septième trophée Norris, le titre de meilleur défenseur de la ligue. Malgré le talent indéniable de ces stars des fifties et des sixties, les Rangers de New York rateront les playoffs douze fois en seize ans entre 1950 et 1966.

Cependant, les New-Yorkais savourent en 1959 une expérience tout à fait insolite puisqu'ils vont réaliser une longue tournée européenne avec les Bruins de Boston, dont deux rencontres d'exhibition à Paris. La patinoire fédérale de Boulogne-Billancourt accueille les deux équipes américaines mais le public ne se presse pas pour voir le spectacle. À peine une centaine de Parisiens ont souhaité assister à chacune des deux rencontres, contre 11 000 à Genève. Les billets sont trop chers et la NHL était très peu connue à l'époque dans la capitale française, le club local de l'ACBB, acteur majeur du hockey français et européen, faisant bien plus recettes. En tout cas, ce n'était pas la première fois que deux équipes NHL s'aventuraient en Europe. Montréal et Détroit s'étaient déjà affrontés à Paris en 1938. 21 ans plus tard, le retraité du hockey suisse Othmar Delnon, aidé pour le financement par un vigneron helvète, organisa cette tournée longue de de 26 jours avec 23 parties au programme entre Rangers et Bruins dans six pays différents. Pour la plupart de ces joueurs, ce fut la première escapade en Europe, escapade qui a souri aux Rangers avec 11 victoires pour 9 défaites et 3 nuls.

Des ambitions retrouvées

Jean Ratelle

Une nouvelle ère se profile dans une NHL qui réalise en 1967 sa première expansion majeure, les équipes passant du simple au double, soit douze au total. Un an plus tard, les Rangers emménagèrent dans la quatrième et dernière version du Madison Square Garden, localisé encore plus au sud de Manhattan en lieu et place de la Pennsylvania Station qui n'était plus active. La formation new-yorkaise retrouve alors un nouvel élan qui lui permettra de participer aux playoffs durant neuf années consécutives entre 1967 et 1975 sous l'impulsion des deux Québécois Rod Gilbert et Jean Ratelle, Vic Hadfield, Bernie Geoffrion, Brad Park et du gardien Eddie Giacomin, dont les exploits devant la cage - 49 blanchissages en tant que Ranger - lui procurèrent une incroyable popularité. En 1972, les Rangers terminent la saison régulière avec 48 victoires dans la besace et éliminent Montréal puis Chicago en playoffs. La performance est d'autant plus remarquable que Ratelle, bien parti pour jouer un mano à mano en tête des marqueurs avec Phil Esposito, s'est gravement blessé à un mois des séries. Le Québécois reviendra tardivement en finale mais ne permettra pas à son équipe de rivaliser face aux Bruins de Boston du légendaire Bobby Orr et de... Phil Esposito.

Les 109 points de Jean Ratelle en seulement 63 parties de saison régulière resteront longtemps un record d'équipe, brisé 34 ans plus tard par un certain Jaromír Jágr. Gilbert détient toujours les records de points (1021, le seul à avoir passé le cap des 1000) et de buts (406) pour un joueur des Rangers en saison régulière. Ces deux amis d'enfance ont excellé à New York, en créant la "Goal a game line", la ligne "un but par match" aux côtés du capitaine Hadfield. Mais le destin les sépara. Si Gilbert joua l'intégralité de sa carrière NHL à Big Apple, Ratelle fut l'objet d'une transaction majeure le 7 novembre 1975 puisqu'il fut envoyé à Boston avec le défenseur très offensif Brad Park en échange de Carol Vadnais et... Phil Esposito, échange qui sera surtout profitable aux Bruins.

Dans les années 70, ce n'est pas seulement la NHL qui est en expansion, c'est le hockey de manière générale. Le succès de la série du siècle de 1972 entre le Canada et l'URSS incite à une multiplication des rencontres entre les blocs nord-américain et soviétique. Ainsi, le 28 décembre 1975, les Rangers de New York furent la première équipe NHL à affronter le CSKA Moscou à l'occasion de la Super Series'76. John Davidson témoignait d'une certaine décontraction dans le vestiaire new-yorkais : "Je ne me souviens pas d'une quelconque pression, nous ne savions pas ce qui nous attendait." Après seulement 21 secondes de jeu, Vladislav Tretiak est le premier à céder face à Steve Vickers ponctuant un très bon travail de Phil Esposito. Avant la démonstration de l'Armée rouge. Devant 17 500 spectateurs au Madison Square Garden médusés, le CSKA éblouit par son jeu de passes et ses exploits individuels, dont un but magistral de Valeri Kharlamov en solo qui mit dans le vent quatre joueurs des Rangers. New York s'inclina lourdement 3-7. Comme les Canadiens quelques années avant, Davidson et ses coéquipiers découvrirent la maîtrise du puck soviétique : "Nous avons été surpris par la technique qu'ils déployaient. Pas seulement le talent individuel, également le jeu collectif. Leur jeu de puissance était soigné, mis en pratique et remis en pratique, c'était une vraie machine." Entre 1975 et 1991, le CSKA et les autres équipes soviétiques comptèrent 58 victoires en 108 parties face à des équipes NHL. Défaits par le CSKA en 1975, 1979 (2-5), 1990 (1-6) et par les Krylia Sovietov en 1990 (1-3), les Rangers n'en gagnèrent aucune.

La rivalité à son summum

Et pendant ce temps, le monopole des Rangers est remis en cause. La NHL doit faire face à un nouveau concurrent : la WHA (World Hockey Association) dont les instigateurs, Dennis Murphy et Gary Davidson, avaient déjà cherché à concurrencer la NBA. New York est un marché stratégique et le tout nouveau Nassau Coliseum à Long Island attire les convoitises. La NHL devance la WHA en y installant le nouveau rival des Rangers, les Islanders. La WHA crée les Raiders de New York et se résout à les caser au Madison Square Garden. Un choix catastrophique car les Rangers y sont populaires depuis cinquante ans maintenant, les intrus vont vite déchanter avec de très faibles affluences. Les Raiders comme la WHA seront des échecs cuisants. Le champ est libre pour les Islanders d'offrir une rivalité digne de ce nom aux Rangers. En 1975, les deux adversaires s'affrontèrent pour la première fois en playoffs. Les insulaires remportèrent la manche décisive après... 11 secondes en prolongation. Le ton est donné.

Don Maloney

Nous sommes en 1978 et Sonny Werblin, propriétaire du Madison Square Garden, casse la tirelire dans le but de redonner aux Rangers leur rayonnement et d'entamer un nouveau cycle. Fred Shero, qui a conduit les Flyers de Philadelphie à deux coupes Stanley, prend place derrière le banc. Les Suédois Ulf Nilsson et Anders Hedberg sont achetés à prix d'or à Winnipeg et deviennent les joueurs les mieux payés de la ligue... avec Phil Esposito, déjà présent à New York. "Espo" était capitaine depuis son transfert des Bruins à l'âge de 34 ans. Il n'est plus aussi dominant mais en a toujours sous le capot, dépassant deux fois le seuil des 80 points avec New York. Ajoutez le pilier défensif Ron Greschner - un des meilleurs défenseurs de sa génération - les frères Dave et Don Maloney, Don Murdoch, Ron Duguay, Pat Hickey, Mike McEwen, Walt Tkaczuk et Davidson devant la cage, voilà une armada parée pour la coupe.

1979 avant de rencontrer les Canadiens de Montréal pour la première fois en finale de la Coupe Stanley. Et le 13 mai 1979, leur invincibilité se prolongea dans un Forum montréalais devenu silencieux. Mais le CH va rapidement mettre fin au rêve new-yorkais en remportant les quatre manches suivantes et donc une quatrième coupe consécutive, scellant de belle manière la carrière de joueur de Ken Dryden, Jacques Lemaire et Yvan Cournoyer. Ces étoiles quittent la sphère NHL mais question nouvelle génération, force est de constater que NYR est plutôt bien fourni. Don Maloney fut la révélation de ces playoffs 1979 avec 20 points en 18 matchs, un record pour une recrue à l'époque. À 20 ans, Don le rookie débute une carrière tambour battant, propulsé sur le trio avec Esposito et Murdoch. Et la précocité, c'est de famille semble-t-il. Son grand-frère Dave, lui défenseur devint durant cette saison 1978-1979 le plus jeune capitaine de l'histoire de la franchise à seulement 22 ans. Dave Maloney était déjà devenu en 1974 le plus jeune joueur de l'histoire à jouer pour les Rangers à 18 ans et 4 mois. Don & Dave, vraiment précoces les deux frangins.

La dynastie montréalaise conduite par Scotty Bowman s'achève mais une autre plus proche du Garden émerge : les Islanders de New York. Mike Bossy, Bryan Trottier, Billy Smith, Denis Potvin menèrent les insulaires à une incroyable série de quatre titres entre 1980 et 1983, puis une finale en 1984. Les rivaux vivent assez mal cette étonnante dynastie puisque les Rangers se feront éliminés systématiquement par les Islanders entre 1981 et 1984. Pourtant, les Blueshirts compteront neuf participations consécutives en playoffs avec bon nombre de talents comme les défenseurs Barry Beck et Reijo Ruotsalainen, les attaquants Mike Rogers, Mark Pavelich, Pierre Larouche et Jan Erixon. Porté par le jeune John "Beezer" Vanbiesbrouck devant les filets, les Rangers éliminent en 1986, Philadelphie puis Washington. Face aux Capitals, ils parviennent à briser leur malédiction de la prolongation après 21 rencontres sans succès depuis janvier 1985 : Brian MacLellan puis Bob Brooke marqueront en période supplémentaire durant cette série. Les performances remarquables de Vanbiesbrouck, seulement 22 ans, furent récompensées par le trophée Vezina mais un autre jeune gardien lui vola la vedette en finale de conférence de Galles : Patrick Roy, grand artisan de la qualification des Canadiens.

La star du micro

John Vanbiesbrouck

Durant ces années 80, un nouveau maître de cérémonie accompagne dès 1984 les New-Yorkais sur le réseau MSG. Une voix caverneuse et enthousiaste, celle de Sam Rosen est l'une des plus reconnaissables du petit monde de la NHL. Fils de parents polonais, Sam arriva à l'âge de 2 ans avec sa famille à Brooklyn. Rosen devient rapidement un inconditionnel des quatre grandes équipes-étendards de sa ville d'adoption - Rangers, Knicks, Yankees, Giants - et s'intéresse à un nombre incalculable de disciplines. Il rêve de devenir commentateur des Yankees mais doit "se contenter" des rois du palet, ce qui n'est guère un lot de consolation tant le personnage respire la passion du sport au micro de MSG depuis plusieurs décennies. D'abord avec Phil Esposito à ses côtés, puis son acolyte John Davidson pendant près de 20 ans, Joe Micheletti accompagne depuis 2006 les acclamations de Sam Rosen dont certaines répliques sont devenues cultes.

Et les Rangers continuent les bonnes performances. La saison régulière 1989-1990 est remarquable puisque NYR finit en première position de la Division Patrick. Bernie Nicholls, transféré de Los Angeles en cours de saison, termina sixième meilleur marqueur de la NHL. Les Islanders déchantent au premier tour mais Washington, même privé de son meneur Dino Ciccarelli, fait obstacle aux bleus new-yorkais en finale de division. Une chose est sûre, les Rangers de New York sont devenus désormais une institution. Le 27 septembre 1991, les Blueshirts furent conviés à un événement insolite : un match en extérieur à la demande du propriétaire des Kings de Los Angeles Bruce McNall organisé à... Las Vegas ! Sur le parking du célèbre Caesars Palace, une aire à 135 000 dollars fut construite pour accueillir 13 000 spectateurs lors de la première classique "hivernale" NHL de l'ère moderne. 29 degrés, une invasion de sauterelles en troisième période, un César brandissant une épée sur la surfaceuse, une Cléopâtre au micro pour chanter l'hymne national, une petite caméra fixée sur le casque du gardien californien Kelly Hrudey, cette rencontre d'exhibition remportée par les Kings 5-2 fut pour le moins étonnante !

À l'aube des nineties, Mike Gartner devient une des coqueluches du public. Cet ailier droit débarqua du Minnesota avec son patinage virevoltant et un sens du but inné. Le numéro 22 fut d'ailleurs le premier Ranger à connaître trois saisons consécutives de plus de 40 buts. Durant l'exercice 1991-1992, il réalisa une performance d'exception en devenant le seul joueur de l'histoire de la NHL à accumuler son 500e but, sa 500e assistance et son 1000e point au cours de la même saison. Mais Mike Gartner ne séduit pas seulement par ses qualités de hockeyeur, son implication dans diverses causes charme les habitués du Madison Square Garden, dont le développement du hockey à Harlem et un programme destiné à la prévention de la maltraitance sur mineur.

Les prémices d'une victoire tant attendue

Mark Messier

En 1991, les signatures d'Adam Graves et Mark Messier nourrissent de nouvelles ambitions et le coach Roger Neilson inculque à sa troupe un jeu spectaculaire. Comme deux ans auparavant, les Blueshirts terminent au sommet de leur division et s'adjugent même le trophée des présidents pour la première fois grâce au meilleur bilan de la NHL. Modèle d'engagement et de leadership, Messier finit sa première saison à New York avec les trophées Hart et Lester B.Pearson sous le bras, tous deux récompensant le meilleur joueur de l'exercice. La route des Rangers ne sera bloquée que par les Penguins de Pittsburgh en finale de division, certes privés de Mario Lemieux dont un os de la main fut fracturé par un coup de crosse de Graves. Le parcours est tout de même prometteur pour la suite... qui va s'avérer catastrophique. Ni Neilson, ni son remplaçant Ron Smith ne parvinrent à recréer cette dynamique de la victoire. Meilleure équipe de la ligue en 1992, les New-Yorkais terminèrent l'année suivante à une bien triste dernière place de la division Patrick. Une solution urgente est nécessaire, et elle s'appelle Mike Keenan.

L'option Keenan est vue comme un électrochoc, en référence à son caractère bien trempé. Et cela fonctionne. Après une saison noire, les Rangers remettent tout le monde d'accord en remportant un deuxième trophée des présidents en trois ans. Avec ses 52 buts, Adam Graves bat un record vieux de 22 ans, celui de Vic Hadfield. Autour de Messier et Graves, c'est un noyau qui s'est formé avec le gardien Mike Richter, le défenseur offensif Brian Leetch, le déménageur Jeff Beukeboom, d'autres ex-Oilers comme Esa Tikkanen, Kevin Lowe, les étoiles russes Sergei Zubov, Aleksei Kovalev, Aleksandr Karpovtsev et Sergei Nemchinov.

L'équipe semble particulièrement affûtée avant d'entamer les séries éliminatoires 1994. Mike Keenan ne semble pas totalement satisfait. À une douzaine de matchs de la fin de la saison régulière, l'organisation réalisr cinq transactions dont une extrêmement critiquée. Mike Gartner est très populaire à New York mais très peu apprécié par Keenan qui ne voit pas en lui un leader. Alors que les playoffs sont imminents, Gartner est envoyé à Toronto en échange d'un autre ancien joueur d'Edmonton, Glenn Anderson. Craig MacTavish - encore un ex-Oiler - Brian Noonan et Stéphane Matteau atterrissent également dans la grosse pomme. Un pari osé mais gagnant ? Ce grand chambardement ne disperse pas un groupe déterminé. Les Rangers écartent rapidement les Islanders et les Capitals respectivement en quatre et cinq manches avant de défier le rival du New Jersey en finale de conférence.

Deux finales mémorables

Mark Messier's guarantee

Avant même la grande finale, cet affrontement en finale de conférence marqua les esprits. Stéphane Richer, en échappée, donne la victoire en prolongation aux Devils en ouverture. Les Blueshirts alignent ensuite deux victoires mais New Jersey réplique et parvient à mener la série 3-2. Les Rangers sont au pied du mur mais le capitaine veut maintenir la mobilisation. "We'll win tonight", Mark Messier fait la Une en promettant la victoire au match 6. Sa phrase est affichée dans le vestiaire des Devils qui ne se sentent pas menacés. Pourtant, le célèbre numéro 11 va tenir sa promesse en signant un coup du chapeau en troisième période : le fameux "Messier"s guarantee", resté gravé dans les mémoires, assura un septième match décisif. Lors de cette dernière manche, Mike Richter et le jeune Martin Brodeur livrent un match de gardiens. Brian Leetch ouvre le score mais Valeri Zelepukin égalise pour les Devils à huit secondes de la fin. En double prolongation, Stéphane Matteau - qui l'avait promis quelques minutes avant dans le vestiaire à son coéquipier Ed Olczyk - permit la qualification des Rangers dans une atmosphère électrique parfaitement retranscrite par les exclamations du commentateur radio Howie Rose dont le "Matteau ! Matteau ! Matteau !" demeure lui aussi culte aux yeux (et surtout aux oreilles) des fans bleus. À l'issue de la rencontre, Matteau eut ses mots : "Je voulais sauter aussi haut que lors du troisième match - déjà un but gagnant en deuxième prolongation - mais j'étais trop épuisé. Ce fut la plus grande sensation de toute ma vie." Le tour de la cage de Stéphane Matteau offre une finale de Coupe Stanley à la ville qui ne dort jamais.

Sept parties dont trois décidées en double prolongation, la finale de conférence contre New Jersey fut épique. La finale de la Coupe Stanley face à Vancouver le sera également. Les Canucks prennent les devants grâce à un but gagnant de Greg Adams. Les Rangers remportent néanmoins les trois manches suivantes. Mike Richter multiplie les prouesses dont un arrêt de la jambière d'anthologie sur un tir de pénalité frappé par Pavel Bure dans le match 3, rencontre au cours de laquelle l'infatigable Leetch contribue aux cinq buts de son équipe. Les Rangers mènent la série 3-1 mais n'en ont pas fini pour autant. Dans le match 5, les Canucks ont un avantage de 3-0 avant la troisième période mais New York parvient à égaliser à 3-3. Le Madison Square Garden chavire... et son équipe de nouveau. Dave Babych redonne un avantage définitif 29 secondes plus tard, le doublé du défenseur Jeff Brown au match 6 permettant de forcer un dernier match décisif.

Greg Gilbert

Le 14 juin 1994 se tient ce dernier acte toujours électrique durant lequel NYR mènera 2-0 puis 3-1 grâce à Leetch, Graves et Messier, les trois grands piliers de la conquête avec Mike Richter. Ce dernier alloue un deuxième but de Trevor Linden dans le dernier tiers-temps, le suspense continue. La trentaine de secondes est interminable avec plusieurs dégagements interdits de la part des locaux, le public du Garden n'en peut plus. Il reste une seconde au tableau d'affichage, trop peu pour les Canucks avec leur but de retard. Sam Rosen scande "This one will last a lifetime" (celle-là va durer toute la vie), le MSG explose de joie. 54 ans après, les Rangers de New York sont de nouveau champions. Le très expressif Mark Messier, sautillant comme un gamin dès le retentissement du buzzer, devint à 33 ans le premier capitaine à remporter la Coupe Stanley avec deux équipes différentes. Karpovtsev, Kovalev, Nemchinov et Zubov furent les premiers Russes de l'histoire à soulever la coupe. La disette interminable prend fin et la célébration peut commencer. Près de 1,5 million de New-Yorkais assistèrent à la parade des gagnants sur Broadway.

La folie du hockey se propage à Big Apple mais retombe quelque peu lorsque Mike Keenan annonçe son départ de l'organisation après des tensions insolubles avec le manager Neil Smith. Beaucoup lui reprochent en effet des sautes d'humeur qui le rendent incompatible pour un travail à moyen ou long terme. La saison 1994-95 est raccourcie à cause du lock-out avec 48 parties et les Rangers se qualifient d'extrême justesse pour les playoffs. Au premier tour, les Nordiques de Québec revendiquent une première place à l'est mais échouent par manque d'expérience, deux gardiens - Jocelyn Thibault et Stéphane Fiset - qui peinent à convaincre, sans parler du contexte particulier. Le déménagement de l'équipe québécoise dans le Colorado paraît désormais inéluctable. Toutefois, New York ne pourra rien face à la "Legion of Doom" de Philadelphie - Renberg / Lindros / LeClair - puis la saison suivante face au duo Mario Lemieux / Jaromir Jagr qui planta 15 des 21 buts des Penguins lors de cette série..

Dernier défi pour "la Merveille"

Durant l'été 1996, le meilleur joueur de l'histoire du hockey est sur le marché. Dans l'impossibilité de trouver une entente avec les Blues de Saint-Louis qu'il renforça quelques mois, Wayne Gretzky, qui avait pourtant donné un accord verbal aux Canucks de Vancouver, accepta finalement le 21 juillet 1996 les 8 millions de dollars des Rangers de New York mais surtout de rejoindre son grand ami Mark Messier. "Mess" et "The Great One" lient une amitié très forte, ils ont joué neuf saisons ensemble à Edmonton o ils ont conquis quatre coupes Stanley. Et l'effet Gretzky fonctionne puisque les New-Yorkais éteignent le conte de fées de la saison précédente, les Panthers de Floride, avec notamment deux buts en prolongation d'Esa Tikkanen, attaquant finlandais plein de punch et à l'accent très (trop) prononcé pour se faire comprendre aux interviews. Les Rangers élimineront ensuite New Jersey en cinq manches et, comme en 1994, ce fut un tour de la cage en prolongation, cette fois-ci signé Adam Graves, qui élimina les Devils et un Martin Brodeur vous imaginez fou de rage. Mike Richter, Brian Leetch, Luc Robitaille, Adam Graves, Mark Messier et bien sûr Wayne Gretzky (20 points en 15 parties de playoffs dont deux coups du chapeau) permirent de prolonger l'aventure en finale de conférence. Jusqu'aux Flyers et un Eric Lindros au sommet de sa forme, ce qui n'a malheureusement pas été toujours le cas durant sa carrière. À l'issue de cet exercice 1996-97, Brian Leetch, probablement le meilleur arrière (joueur ?) de l'histoire de l'organisation, dix matchs des étoiles, fut de nouveau sacré meilleur défenseur en recevant un deuxième trophée Norris.

Wayne Gretzky et Mark Messier

Durant l'été 1997, le directeur général de Vancouver Pat Quinn, qui avait vu Gretzky lui passer sous le nez un an avant, parvient à s'entendre avec... Mark Messier, qui retrouve alors le coach Mike Keenan. Un mauvais choix assurément car "Mess" ne va pas y améliorer sa cote de popularité auprès des fans canucks, qui ont toujours à travers la gorge la finale perdue de 1994 et qui n'ont guère apprécié la rugosité de l'ex-capitaine de New York.

Wayne Gretzky, désormais sans son grand ami, poursuit sa production - deux ans de suite meilleur passeur de la ligue - même si les records se font plus rares. Le 26 octobre 1997, The Great One effectua tout de même sa 1851e assistance, amassant plus de passes en carrière qu'aucun joueur NHL n'a pu obtenir de points, le légendaire Mr. Hockey Gordie Howe ayant marqué 1850 points en saison régulière en NHL. La performance fut précisée sur l'écran géant du Madison Square Garden, ce qui permit à la foule de rendre un hommage appuyé. Avec ce "milestone", Gretzky prendrait presque une dimension divine.

Le 29 mars 1999, Gretzky marqua son 1072e but (saison régulière + playoffs) dépassant ainsi Howe, 1071 unités en NHL et WHA, ex-circuit concurrent. Ce but donne l'espoir d'une qualification en playoffs à huit journées de la fin, espoir qui ne se réalisera pas. Les rumeurs d'une retraite de Gretzky s'intensifièrent pour finalement se confirmer. Le 18 avril 1999, les Rangers accueillent les Penguins de Pittsburgh pour son dernier tour de piste. Une cérémonie d'avant-match se déroule avec à la baguette l'ex-gardien John Davidson, en présence de la femme de Wayne, ses enfants, son alter-ego Mario Lemieux et évidemment Mark Messier. Gary Bettman y annonce que le numéro 99 ne sera plus porté par aucun joueur NHL. Jaromír Jágr, assis sur la balustrade en souriant comme un enfant devant la cérémonie, marqua le but gagnant après seulement 82 secondes en prolongation pour Pittsburgh, comme une passation de pouvoir, Gretzky s'offrant malgré tout une 1963e assistance sur le but de Brian Leetch. Le plus grand joueur que le hockey ait connu, avec 61 records à son actif, s'en va, non sans avoir versé quelques larmes, restant en uniforme une heure après le match, saluant le public du Garden et répondant aux médias d'une voix tremblotante d'émotion. L'ère des grands marqueurs s'éteint définitivement dans une NHL o le jeu défensif a pris désormais une place considérable.

La page Gretzky se tourne mais l'organisation des Rangers continue de faire confiance aux grandes stars, certes aux qualités indéniables mais qui ne répondent pas forcément aux besoins de l'équipe. Une stratégie qui vampirise la masse salariale - une des plus importantes de la ligue - et qui s'oppose à une vraie politique à long terme. Après "la Merveille", débarqueront à Big Apple au fil des ans Theoren Fleury, Eric Lindros, Pavel Bure, le revenant Aleksei Kovalev, Jaromír Jágr, Brendan Shanahan, Markus Näslund, Scott Gomez, Marian Gaborik et Brad Richards. Les noms font rêver toutes les équipes mais la pression et les attentes élevées de New-York sont une difficulté majeure, si bien que certains d'entre eux ne pourront convaincre. Entre 1998 et 2004, NYR ne parviendra pas à se qualifier pour les playoffs.

En 2003, après plusieurs opérations au genou et deux commotions cérébrales, les pépins physiques de Mike Richter le forcèrent à stopper sa carrière à l'approche de ses 37 ans après 14 ans de bons et loyaux services aux Rangers. Après 17 ans à New York, Brian Leetch, devenu un vétéran trop cher, fut échangé à Toronto. Deux des grands piliers des années 90 qui ont empilé les records s'en vont mais un autre revient. Revenu en 2000 après trois années ratées à Vancouver, Mark Messier prit lui sa retraite en 2004 à 43 ans, jouant 10 de ses 25 ans de carrière NHL à New York. Avec 1887 points en saison régulière, "The Captain" aura eu le temps de devenir le deuxième joueur le plus prolifique de l'histoire, dépassant la légende Gordie Howe. Les numéros de Brian Leetch (2), Mike Richter (35), Mark Messier (11) et Adam Graves (9) seront immortalisés en étant hissés au sommet du Madison Square Garden aux côtés de Rod Gilbert et Eddie Giacomin. Ceux d'Andy Bathgate et Harry Howell ne les rejoindront que plus tard, en 2009.

Un roi à New York

Après une année paralysée par le lock-out, la National Hockey League reprit ses droits à la rentrée 2005. Jaromír Jágr, qui n'avait pas permis à Gretzky de finir sa carrière par une victoire, est désormais dans le camp new-yorkais. Avec ses 123 points en saison régulière, l'attaquant tchèque réussit sa meilleur saison en cinq ans et pulvérise par la même occasion le record de club de Jean Ratelle (109 points en 1972). Avec ses 53 buts, il bat un autre record, celui d'Adam Graves (52 buts en 1994). Jágr fut élu meilleur joueur à l'issue de la saison et permit aux Blueshirts de retrouver les playoffs huit ans après leur dernière apparition. Malheureusement, les Rangers furent rapidement sortis par New Jersey à cause d'un Jaromír Jágr diminué et des absences de Darius Kasparaitis, Martin Rucinsky et d'un nouveau prodige devenu cadre indiscutable, Henrik Lundqvist.

Henrik Lundqvist

Le gardien suédois, formé au Västra Frölunda de Göteborg, ne fut repêché qu'au septième tour en 2000. Avec un an de grève NHL, Lundqvist a eu le temps de parfaire son apprentissage dans son pays natal, raflant les trois derniers titres de meilleur gardien (trophée Honken) et élu meilleur joueur de Suède (Guldpucken) avant de s'envoler pour New York en 2005, alors âgé de 23 ans. Après les échanges de Leetch et Kovalev et les retraites en série de la génération dorée de 1994, l'arrivée de celui qui va rapidement hériter du surnom de "King Henrik" illustre un nouveau cycle. Kevin Weekes blessé, Lundqvist effectua rapidement son baptême du feu en se mettant en évidence. Ses débuts il les effectua le 8 octobre 2005 par une défaite en prolongation contre New Jersey. Mais neuf jours plus tard, Lundqvist signa son premier blanchissage contre les Panthers, le premier gardien recrue des Rangers à réaliser un jeu blanc depuis John Vanbiesbrouck en 1985. Et en février 2006, il démontra son talent à la face du monde en remportant la médaille d'or aux Jeux olympiques de Turin avec la Suède. Les New York Rangers font connaissance avec le meilleur gardien de leur histoire.

Lundqvist débute une longue série de succès mais ses suppléants Al Montoya et Steve Valiquette eurent au moins l'occasion de se partager un match à... Porto Rico ! En septembre 2006, la NHL décide d'organiser une rencontre d'exhibition entre les Panthers de Floride - qui ne sont qu'à 2h30 de vol - et les Rangers à San Juan o se situe le Coliseo, un complexe moderne capable d'accueillir environ 17 000 personnes. Dans cette île des Caraïbes, le hockey, contrairement au basket et au baseball, est exotique. Mais ce sont tout de même 5 000 spectateurs qui ont assisté au doublé de Petr Prucha et à la victoire 3-2 de ses coéquipiers new-yorkais, soutenus par la majorité des Porto-Ricains qui vivent o ont vécu à New York, ville o leur communauté est très représentée.

Depuis 2004, l'équipe est entraînée par Tom Renney, il a succédé à Glen Sather qui préfère se concentrer sur son poste de directeur général. Mais malgré un effectif de qualité, les Rangers font preuve d'inconstance. En 2007, la série face à Atlanta est une réussite, Lundqvist en profitant pour empocher son premier gain, son premier blanchissage et sa première série gagnante en playoffs de sa carrière. Mais le deuxième tour est un échec face à Buffalo, comme il le sera la saison suivante face à Pittsburgh. Cette inconstance chronique est frappante le 19 février 2008 en prenant la forme d'un match à Montréal. Les Blueshirts mènent 5-0 à la mi-match, la victoire est acquise... jusqu'à ce que les Canadiens se réveillent et parviennent à réaliser une remontée historique, s'imposant en fusillade. Le mental est fragile et, même si le jeu défensif est satisfaisant, l'animation offensive manque de liant et d'efficacité. Renney ne parvient pas à faire de ses individualités une équipe et son mandat prend fin durant la saison 2008-2009.

Tom Renney aura eu le mérite de remporter un trophée, la Coupe Victoria le 1er octobre 2008. Pour fêter le centenaire de la fédération internationale, une opposition fut organisée entre le champion d'Europe (Metallurg Magnitogorsk) et un club de la NHL. Les Rangers de New York sont choisis pour représenter le circuit et défier les Russes. Après avoir atomisé le CP Berne 8-1 la veille lors d'une rencontre préparatoire, les New-Yorkais se font surprendre par le Metallurg, grand représentant d'un nouveau circuit, la KHL. Les Russes mènent 3-0 à la mi-match mais les NHLers se réveillent par la suite, réussissant à revenir à 3-3. Et le futur capitaine Ryan Callahan assura la victoire à New York en marquant à... vingt secondes de la fin du match. Les Rangers remportèrent la Coupe Victoria - qui ne connaîtra que deux éditions - lot de consolation qui n'étanche guère la soif d'une Coupe Stanley.

La solution Tortorella

Vainqueur de la Coupe Stanley en 2004 avec le Lighting de Tampa Bay, John Tortorella fut nommé entraîneur en chef le 23 février 2009. Il est toujours difficile pour un coach de prendre le train en cours de route mais l'arrivée de Tortorella, dont les consignes sont surtout de mettre de l'impact dans les coins en développant un jeu physique, donne un second souffle aux Rangers qui frôlent la sensation au premier tour des playoffs en menant la série 2-0 puis 3-1 face à Washington, la deuxième meilleure équipe de l'est. Mais Varlamov, Ovechkin et les Capitals réussiront à inverser la tendance. Sergei Fedorov, qui effectua sa dernière saison en NHL, marque le but gagnant à cinq minutes de la fin du match 7 pour Washington. New York s'incline et peinera par la suite à se qualifier pour les playoffs. Acquis pour 7,5 millions de dollars sur 5 ans, Marin Gbork connut néanmoins la meilleure saison de sa carrière à Big Apple avec 86 points dont 42 buts marqués. Mais malgré la production de l'attaquant slovaque gêné ensuite par ses blessures récurrentes - et la solidité de Lundqvist, les Rangers rateront de peu les playoffs en 2010 la faute à une défaite en fusillade contre les Flyers et seront évincés dès le premier tour en 2011 par... Washington.

John Tortorella

Malgré tout, les bons moments se poursuivent pour Henrik "Henke" Lundqvist qui, le 30 septembre 2011, retrouve son ancien club de Frölunda à Göteborg à l'occasion d'un match amical, les NHLers s'imposeront 4-2. Le 2 janvier 2012, au Citizens Bank Park de Philadelphie, le roc suédois est héroque à l'occasion du Winter Classic face aux Flyers, réalisant 38 arrêts dont un dernier à 19,6 secondes de la fin sur un tir de pénalité de Daniel Brière et permettant aux New-yorkais de s'imposer 3-2. Enfin, affichant 93% d'arrêts sur toute l'année, King Henrik remportera à l'issue de cette saison son premier trophée Vezina, 26 ans après le dernier vainqueur Ranger en date, John Vanbiesbrouck. C'est une consécration individuelle pour Lundqvist, à défaut de pouvoir hisser les Rangers jusqu'à la Coupe Stanley.

Les séries éliminatoires 2012 furent particulièrement éprouvantes pour les Rangers, devant se débarrasser des Sénateurs d'Ottawa puis des Capitals de Washington en sept manches. Lors de ces deux premiers tours, quatre rencontres se termineront en prolongation. Celle du 2 mai 2012 fut interminable puisqu'une troisième période de temps supplémentaire fut nécessaire. À 0h14 (alors que le match avait débuté à 19h40 !), Gáborík reprit de volée devant le but un puck qui passa entre les jambes de Holtby, au grand désarroi des spectateurs des Capitals. Un coup dur pour les "Caps" qui s'inclineront définitivement dix jours plus tard au Garden. Rangers et Devils se retrouveront en finale de conférence pour la première fois depuis 1994. Les médias ne cessent de faire la comparaison mais Martin Brodeur, déjà présent devant les filets démoniaques 18 ans avant, obtient sa revanche. Le faible rendement offensif prive New York d'une finale de la Coupe Stanley, les arrivées de Brad Richards puis de Rick Nash l'année suivante n'étant d'aucune utilité dans ce moment fatidique. Éliminés par New Jersey en 2012, les Blueshirts seront mis dehors au second tour par Boston en 2013.

À défaut d'avoir des résultats, un noyau se forme autour du mur suédois Lundqvist avec Marc Staal, Ryan McDonagh, Dan Girardi, Derek Stepan, Chris Kreider, Mats Zuccarello, Derick Brassard ou Carl Hagelin. Mais les dernières performances laissent trop de place à l'amertume et les méthodes de Tortorella ne font plus l'unanimité, figure trop rigide pour ceux qui le côtoient et trop provocatrice pour les journalistes. Élu meilleur entraîneur de la NHL en 2007 avec Vancouver avant d'être congédié six ans plus tard, Alain Vigneault, au discours plus posé, devient le 35e entraîneur de l'histoire des Rangers de New York et va leur permettre, indiscutablement, de franchir un pas.

Dans les vestiaires, les joueurs poursuivent la tradition du Broadway Hat. L'histoire débuta à la rentrée 2011 lorsque les Rangers furent de passage en Suède avec une autre équipe NHL, Florida. Après avoir battu les Panthers 4-2, les joueurs new-yorkais décidèrent de décompresser dans un night-club de Göteborg. Une Suédoise portant un chapeau Borsalino noir attira l'attention, notamment celle de Brad Richards. Le centre des Rangers souhaita lui racheter, la jeune femme refusa mais Richards insista en proposant 100 dollars pour un chapeau qui coûtait en réalité 149 couronnes suédoises chez H&M... soit 18 dollars ! À ce tarif, impossible de dire non, le chapeau raccompagna les joueurs à Big Apple et devint l'objet d'un rituel. À certaines grandes occasions, le nouveau nommé "Broadway Hat" est décerné au meilleur joueur par le vainqueur précédent. Une belle habitude qui renforce forcément le groupe.

Nouveau coach pour une nouvelle finale

Vigneault veut préserver les solides fondations défensives mais veut rendre le fore-check constant et le jeu plus énergique. Son équipe termina deuxième de la Division métropolitaine à l'issue de la saison régulière 2013-2014, marquant notamment les esprits lors du NHL Stadium Series. Les 26 et 29 janvier 2014, les Rangers de New York sont conviés au mythique Yankee Stadium pour y disputer deux rencontres de saison régulière, les premiers matchs en extérieur de l'histoire de la NHL à New York. Devant 50 000 personnes venues braver le froid dans l'arène du club de baseball le plus populaire du monde, les Rangers corrigèrent les Devils 7-3 avant de battre trois jours plus tard les Islanders 2-1.

Martin Saint-Louis

Tout va pour le mieux pour l'équipe à l'approche des séries éliminatoires mais la direction se décide à opérer une transaction majeure en mars 2014 en obtenant le petit ailier Martin St-Louis en échange du capitaine Ryan Callahan et de deux choix de repêchage. Le marathon des playoffs peut commencer. Face aux Flyers, l'avantage de la glace prend tout son sens puisque Philadelphie répond du tac au tac, une septième manche décisive étant nécessaire au Madison Square Garden. Un mauvais signe pour les Pennsylvaniens puisque les Rangers y ont remporté les cinq matchs 7 précédents. Ils ne dérogèrent pas à la règle en gagnant 2-1. Au tour suivant, Pittsburgh mène la série 3-1 mais New York parvient à égaliser à 3-3. Le match 6 avait une saveur particulière puisque, le jour de la fête des mères en Amérique du Nord, Martin St-Louis rendit le plus bel hommage à sa maman, décédée soudainement à l'âge de 63 ans trois jours plus tôt : le vétéran québécois marqua après seulement trois minutes de jeu, dans un flot d'émotion absolu. Et avec un Lundqvist au sommet (35 arrêts lors du match 7), les Rangers se qualifièrent pour leur deuxième finale de conférence est en trois ans.

Contre Montréal, la tension est à son paroxysme. Les joueurs, les membres des staffs sont nerveux et les incidents se multiplient. Il faut dire que la blessure pour le restant de la série du gardien canadien Carey Price, heurté par Kreider au match 1, donna le ton. New York parvient tout de même à mener la série 3-1 mais ne réussit pas à la clore à Montréal. La sixième manche sera la bonne. Le blanchissage d'Henrik Lundqvist, revanchard après avoir été chassé du match 5, et le but de Dominic Moore, servi devant le but par Brian Boyle, permirent d'accéder, vingt ans tout juste après la dernière, à la finale de la Coupe Stanley. La folie du hockey se propage de nouveau à Big Apple, souligné par ce bon vieux Empire State Building dont le sommet sera illuminé à maintes reprises aux couleurs de l'équipe locale.

Los Angeles est devenu une puissance à l'ouest depuis le titre en 2012. Les Rangers réussiront à obtenir un avantage de deux buts lors des deux premières manches mais ces cartouches seront gaspillées par une réaction systématique des Californiens. Justin Williams et Dustin Brown furent les bourreaux en prolongation de deux défaites crève-cur pour New York. Le mental est atteint, incontestablement, et les Kings passent la vitesse supérieure en triomphant au MSG 3-0 : Los Angeles est à une victoire de la Coupe Stanley. Les Blueshirts sont au pied du mur, menés 3-0 dans la série mais rien n'est perdu. Los Angeles en sait quelque chose puisqu'ils se sont retrouvés dans une situation identique face à San José au premier tour avant de créer l'exploit. Malgré une large domination californienne mise à mal par King Henrik, New York survit par son succès 2-1 au match 4, le but de Martin St-Louis faisant la différence. Le match 5 sera lui épique. Les Rangers mènent 2-1 mais l'ex-New-Yorkais Marin Gbork égalise en troisième période. La prolongation est inévitable. McDonagh (sur le poteau), St-Louis, Zuccarello et enfin Nash - quelques centimètres au-dessus de la barre échouent. Le sauveur est dans l'autre camp. Après 95 minutes de jeu intense, Alec Martinez offrit une deuxième coupe en trois ans aux Kings de Los Angeles. Les deux premiers revers ont été lourds de conséquence pour New York même si Los Angeles semblait bien supérieur.

Une cinquième coupe qui s'éloigne

Tout est fait en sorte pour que le dynamique Vigneault ne s'écroule pas. En 2014, le défenseur Ryan McDonagh, apprécié pour son engagement, devient le 28e capitaine des Rangers qui vont réaliser le meilleur bilan de leur histoire. 113 points et 53 victoires, soit une de plus qu'en 1994, New York est au sommet de la NHL et peut donc s'adjuger un troisième trophée des présidents après ceux obtenus en 1992 et 1994. Même sans Lundqvist, longuement blessé au cou mais parfaitement secondé devant le but par Cam Talbot (24 départs consécutifs), les Rangers font des étincelles. Les Penguins en font les frais au premier tour - avant de prendre leur revanche un an plus tard - mais New York est privé des services de Mats Zuccarello pour la suite des séries éliminatoires. Lors du match 5, un lancer de McDonagh touche violemment la tête de "Zuke" qui doit se faire hospitaliser. Le bilan est lourd avec commotion et hémorragie cérébrale, plus aucune sensation dans le bras, ainsi qu'une perte de la parole pendant quatre jours qui nécessitera une rééducation. Auteur de 15 buts et 34 assistances lors de la saison régulière 2014-2015, l'indisponibilité du hobbit norvégien, ailier vaillant, vif et créatif, fut clairement un coup dur pour la suite de l'exercice.

Mats Zuccarello

Les playoffs continuent sans Zuccarello et Washington affichera une franche résistance. Les Capitals vont jusqu'à mener la série 3-1 mais se laissent remonter. La dernière manche décisive devra se régler en prolongation, Derek Stepan obtiendra un rebond chanceux pour battre Braden Holtby. Impossible pour les nostalgiques de ne pas penser à Stéphane Matteau en voyant Stepan sauter sur place vingt ans plus tard. La lutte sera également serrée en finale de conférence face à Tampa Bay, un adversaire inédit. New York se défend bien mais le Lighting parvient à mener la série 3-2 avant de recevoir à l'Amalie Arena. 36 arrêts de Lundqvist, 3 passes de Rick Nash et 5 points de Derick Brassard permirent une démonstration des Rangers 7-3 et donc de forcer une dernière manche décisive. Irrésistibles à Tampa, les Blueshirts ne le sont plus au Madison Square Garden car, après avoir laissé filer deux matchs à domicile, les New-Yorkais s'inclineront une troisième fois à domicile dans cette série. Battus 0-2, les Rangers perdent pour la première fois de leur histoire un match 7 à domicile et disent au revoir à une finale de la Coupe Stanley.

La victoire finale s'éloigne une fois de plus pour une équipe expérimentée désormais orpheline de Martin St-Louis qui tira sa révérence à 40 ans après un passage remarqué à Big Apple. Pour autant, la stratégie du succès immédiat chère au directeur général Glen Sather vacille, car désormais les très bons espoirs se font plus rares. Le fait que les Rangers n'ont pu intervenir durant la première ronde du repêchage entre 2013 et 2016 a limité la marge de manuvre. Il est temps que l'orientation de la direction change. En 2015, Sather cède son poste de directeur général, qu'il avait occupé depuis 2000 en même temps que la présidence, à Jeff Gorton, présent dans l'organisation depuis 2007.

Henrik Lundqvist continue lui de défier les lois de la statistique. Le 26 février 2016, le gardien suédois connut une soirée extraordinaire lors d'un succès contre les Blues de Saint Louis. Il devint seulement le troisième gardien de l'histoire de la NHL, avec Patrick Roy et Martin Brodeur, à remporter au moins 30 victoires durant dix saisons différentes. Il brisa également la même soirée le record du plus grand nombre d'arrêts pour un gardien des Rangers (17 378) détenu précédemment par Mike Richter.

King Henrik est toujours au sommet, guidant sereinement une équipe obligée de se renouveler pour exister. Il n'y a pas de recette miracle pour envisager une cinquième coupe, et compléter de nouvelles pages une histoire déjà riche des Rangers.

Nicolas Jacquet

 

 

Retour à la rubrique clubs