Medvescak Zagreb

 

Localisation : capitale de la Croatie, qui comptabilise quasiment 700.000 habitants. Zagreb est située au nord du pays, au pied du massif de Medvednica.

Nom du club : KHL Medvešcak Zagreb

Fondation du club : 1961.

Couleurs : Bleu et blanc.

Palmarès :

- Champion de Yougoslavie 1989, 1990 et 1991.

- Vainqueur de la Coupe de Yougoslavie 1988, 1989, 1990 et 1991.

- Champion de Croatie 1995, 1997, 1998, 1999, 2000, 2001, 2002, 2003, 2004, 2005, 2006, 2007, 2009, 2010, 2011, 2012, 2013.

 

Il y a parfois des trajectoires qui sont prédestinées. En 1961, le KHL Medvešcak Zagreb naquit tandis que, la même année, Youri Gagarine devint le premier homme de l'Histoire à effectuer un vol dans l'espace. En 2013, l'équipe obtient le droit de concourir au circuit de la KHL - la ligue russe qui ne cesse de s'étendre à travers l'Europe - et devient donc un nouveau prétendant à la Coupe Gagarine dédiée au célèbre cosmonaute. En vérité, contrairement aux préjugés qui pourraient coller au hockey croate, ce n'est guère surprenant de voir un club qui mêle culture, tradition, modernité, engouement populaire et sens du spectacle rejoindre ce nouveau parc d'attraction européen. Le KHL dans l'intitulé du Medvešcak signifie Klub Hokeja na Ledu, littéralement club de hockey sur glace. Une discipline découverte il y a plus d'un siècle dans les provinces d'ex-Yougoslavie.

L'introduction du hockey dans les Balkans

Cette découverte, elles la doivent à Franjo Bucar, écrivain et historien né justement à Zagreb en 1866 et père fondateur du sport croate, l'équivalent yougoslave de notre Pierre de Coubertin. Sa jeunesse, il la passa à Vienne et Stockholm, étudiant de nombreux sports sous toutes les coutures dont la gymnastique. À son retour, très impliqué dans l'amélioration de l'enseignement sportif dans les écoles, il introduit de nombreuses disciplines inconnues jusqu'alors : bien entendu la gymnastique, mais aussi le tennis, le football, l'escrime, le ski, le patinage, le hockey sur gazon et donc le hockey sur glace. Futur membre du Comité International Olympique, l'implication de Bucar sera l'élément déclencheur de la propagation du hockey sur glace à travers la Yougoslavie au tout début du vingtième siècle. Cette discipline importée, comme les autres, ne restera pas éternellement dans les cours d'école, les adultes vont rapidement se prendre au jeu. Le tout premier match officiel de hockey sur glace date de l'hiver 1916 mais il faudra attendre huit ans plus tard pour voir les règles canadiennes, avec six joueurs, s'appliquer et mettre fin à cette variante plus proche du bandy.

Tandis que les sections de hockey fleurissent dans différentes provinces de Yougoslavie dès les années 30, le premier championnat croate est organisé en 1938. Zagreb y figure logiquement aux côtés des clubs de Sisak, Karlovac et Varazdin. Le hockey est en croissance, il vit en Croatie, et survit même, car le pays va quasiment devenir le seul endroit où l'on pratique la discipline au cours d'une période tragique de l'Histoire.

Si la Seconde Guerre Mondiale se propage comme un virus, la nation croate est épargnée. Celle-ci, devenue indépendante, doit son autonomie au IIIe Reich qui en a fait un état-satellite depuis 1941 après avoir démantelé l'ensemble du bloc yougoslave. Sont au pouvoir les Oustachis, soutenus à la tête de l'État par les forces de l'Axe, qui procèdent au génocide "de toute communauté faisant obstacle à la création d'un pays ethniquement pur". Les Serbes, population plus particulièrement visée, seront endeuillés de plusieurs centaines de milliers de victimes.

La guerre finie, le temps est à la reconstruction, plongeant le hockey dans l'anonymat dans certains pays comme en France. Tout le contraire de la Croatie où il continue de se développer. Le Mladost Zagreb, grand-frère du Medvešcak et club académique, est créé en 1946. Un an avant le Hokej Kluba Zagreb, nouveau concurrent en ville, et deux ans avant la section hockey des Serbes du Partizan de Belgrade, son plus grand rival à cette période. Le Mladost s'illustre toutefois brillamment dans un championnat désormais à l'échelle yougoslave avant l'arrivée du mythe.

Petit ourson deviendra grand

1961 est une année fatidique pour le hockey à Zagreb. Au nord de la ville se développe le quartier de Šalata qui a le mérite de redynamiser le district, très historique, de Medvešcak. L'autre intérêt de cette partie de la cité, c'est que le sport y est roi grâce à un complexe créé en 1930. Une piste extérieure dédiée au hockey est d'ailleurs construite. Cette installation et la vitalité du quartier favorisent la naissance du KHL Medvešcak Zagreb, qui absorbe par ailleurs le HK Zagreb, en mauvaise santé financière. Pour le Medvešcak, le succès est immédiat et de nombreux habitués se pressent pour voir cette équipe qui sera hébergée pendant 10 ans à Šalata.

Le hockey sur glace devient même le deuxième sport le plus populaire de Zagreb derrière le football. Ébahis devant ce succès, les dirigeants du club de football du Dinamo Zagreb s'associent alors avec le Medvešcak pour livrer un calendrier complémentaire. Plusieurs milliers de Zagrébois commencent ainsi par les dieux du stade avant de finir leur soirée devant les Ours de la glace, dont les plus emblématiques furent à cette époque le défenseur Ivo Ratej et la paire offensive Miroslav Gojanovic - Boris Renaud (descendant d'un soldat de Napoléon qui s'est installé à Varazdin par amour pour une Croate), trois joueurs également efficace au sein d'une sélection yougoslave à forte consonance slovène. Plusieurs décennies plus tard, Renaud en gardera un souvenir impérissable, se remémorant cette ambiance si particulière, ces milliers de fans chantant, dansant, buvant le vin chaud et bataillant à boules de neige interposées durant les pauses ! Le rassemblement est familial, festif, rafraîchissant, rempli de bonne humeur.

Au début des années 70, le KHL Medvešcak Zagreb déménage plus à l'ouest, au Dom Športová, première patinoire couverte de la ville. Si la popularité du club est à son sommet, cet engouement va s'essouffler en raison des résultats décevants. Dans les années 80, l'équipe connaît à son tour des difficultés financières et flirte même avec la relégation dans le championnat yougoslave. Sans compter qu'il faut faire face à un nouvel adversaire de poids. Les basketteurs du Cibona Zagreb, alors renforcé par la légende Drazen Petrovic, ont désormais la préférence des Zagrébois qui ont les yeux rivés sur leur spectaculaire suprématie nationale mais aussi européenne, le Cibona s'adjugeant deux Euroligues consécutives. Le sport, qui a basculé dans l'ère du professionnalisme, est empli de passion quand il est spectacle. Le Medvešcak Zagreb est quant à lui malade, mis de côté, mais on va cependant venir à son chevet.

Le premier âge d'or

En 1986, Zdenko Gradecki est une des personnes les plus fortunées et les plus influentes de Zagreb. Sa société, Gortan Building, devient le principal sponsor du club. Le golden boy Ivica Šerfezi est, quant à lui, un chanteur extrêmement populaire et ouvre également son porte-monnaie. Les caisses du club sont de nouveau remplies et ce flot de billets verts va permettre un premier âge d'or. Le premier réflexe fut évidemment de regarder au delà des frontières ce qui permit, en 1988, de voir la première grande star étrangère débarquer : Vyacheslav Anisin, pur produit du CSKA Moscou, triple champion du monde et membre de l'équipe soviétique lors de la fameuse Série du Siècle de 1972.

Mais que l'on soit star confirmée ou pas, tout le monde est soumis à la sévérité du coach Anatoly Kostryukov, représentant de la rigueur soviétique - ses joueurs le surnommèrent Staline. La sévérité du patron porte ses fruits. Avec 55 points en seulement 31 matches, Anisin mène l'équipe à une première Coupe de Yougoslavie en 1989. La réussite est peut-être tardive pour l'organisation, Anisin n'est peut-être resté qu'une saison mais les dirigeants persévèrent dans la filière soviétique. Les Croates vont en outre s'attribuer les trois derniers championnats de Yougoslavie, celui de 1991 en est d'ailleurs symbolique étant donné le climat politique électrique vis à vis de la souveraine Yougoslavie. La domination nationale des Ours éclabousse de surcroît la scène européenne.

Éliminé dès le premier tour de la Coupe d'Europe 1989/90, le KHL Medvešcak connaît une expérience bien plus heureuse la saison suivante. En octobre, le déplacement à Bolzano semblait périlleux. Pourtant, les Ours mordent d'entrée les locaux (4-4) avant de disposer des Autrichiens de Feldkirch (8-5) et des Hongrois de Lehel (7-4). À la surprise générale, Zagreb termine en première position du groupe et se qualifie pour le second tour de la Coupe d'Europe, bien aidé par les successeurs d'Anisin sur le front de l'attaque : Mikhaïl Anferov, Sergei Stolbun et Vladimir Shchurenko, 206 points à eux trois dans le championnat yougoslave. Le second tour a lieu le mois suivant à Düsseldorf. L'effet de surprise ne fonctionne pas face à la DEG qui fait la loi à domicile (7-4). Néanmoins, les Croates sont loin de démériter. Les Dragons de Rouen vivent mal leur première Coupe d'Europe, les coéquipiers de Benoît Laporte n'ont plus aucun espoir de phase finale, la faute à ces maudits Ours des Balkans. Ceux-ci s'imposent 5-3 aux dépens des Rouennais avant de donner du fil à retordre au TPS Turku (1-3). Le Medvešcak quitte la scène européenne sur une bonne note, devenant la septième meilleure équipe du continent, avant de retomber dans l'anonymat.

Une intimité que l'on veut chasser

En 1991 débutent donc les conflits en Yougoslavie. Le gouvernement de Slobodan Miloševic accepte mal les crises identitaires et emploie la manière forte. La Croatie, comme la Slovénie et la Bosnie-Herzégovine, se soulève face à l'état yougoslave auquel les Croates ne souhaitent plus adhérer. La Guerre de Croatie durera jusqu'en 1995, les conflits d'ex-Yougoslavie ne prenant fin qu'en 2001. Le championnat yougoslave s'éteint, le KHL Medvešcak Zagreb évolue désormais avec des fréquentations modestes, 100 à 200 personnes, et se fragilise financièrement. Le sport n'est pas une priorité, la guerre retient évidemment toute l'attention. Bousculé par le KHL Zagreb au début des années 90, le Medvešcak retrouve pourtant son rythme de croisière et écraser toute concurrence au niveau croate, preuve en est sa série de 17 titres de champion de Croatie en 19 ans. Cependant, cette hégémonie est à relativiser car le championnat croate ne regroupe qu'une poignée d'équipes... quand ce n'est pas une série finale qui est disputée directement ! On peut comprendre que le plantigrade s'est retrouvé à l'étroit dans sa petite cage, qu'il rêvait des grands espaces, de se faire entendre.

Les années 2000 marquent le début du rayonnement du hockey slovène. Le HK Jesenice et l'Olimpija Ljubljana offrent des performances solides et l'équipe nationale fait un bond sur l'échiquier mondial, intégrant pour la première fois l'élite en 2002, douze ans avant ses premiers Jeux Olympiques. Les Slovènes, également alignés en Alpenliga qui regroupe des formations du massif alpin, ont compris depuis plusieurs années que l'isolement et le manque de compétition sont néfastes au développement du hockey national.

Zagreb, situé à 20 kilomètres de la frontière slovène, suivra le mouvement en 2000 en rejoignant l'Interliga, successeur de l'Alpenliga. Les confrontations deviennent alors bien plus alléchantes et les affluences du Dom Športová passent régulièrement le cap des 500. En 2007, les Croates adhéreront également au championnat de Slovénie, renforcés justement par un duo slovène redoutable, Dejan Zemva - Uros Peruzzi, auxquels se joindra par la suite leur compatriote et non moins redoutable Luka Zagar. Ils remporteront la saison régulière l'exercice suivant... sans avoir eu à affronter les deux pointures du pays que sont Ljubljana et Jesenice, qualifiés directement pour les play-offs car engagés dans la ligue autrichienne ! En effet, l'EBEL a elle aussi brisé ses frontières, rameutant quelques voisins. En 2009, le Medvešcak pose sa candidature. D'abord reçue avec scepticisme par les Autrichiens, le retrait d'Innsbruck les décrispe soudainement. Une adhésion qu'ils ne regretteront pas, tant les Croates vont dynamiser le circuit.

Début d'un second âge d'or

Damir Gojanovic devient président du club. Gojanovic est d'ailleurs un nom intimement lié à l'histoire de l'organisation. Miroslav, "Mimi", olympiste avec la Yougoslavie à Grenoble et Innsbruck, meilleur marqueur de l'histoire du club, a porté les couleurs des Ours dans les années 60. Un demi-siècle plus tard, le fils Damir, également ancien joueur et ce pendant 20 ans, reprend donc les rênes de l'organisation. Néanmoins, il sera épaulé par trois amis, trois autres anciens joueurs dans cette aventure : Markoantonio Belinic, Juraj Sinanovic et Antonio Zujic. Les quatre hommes, nostalgiques du premier âge d'or et convaincus de l'existence d'une culture du hockey à Zagreb, ont une philosophie commune : que le hockey redevienne populaire dans la capitale. Pour s'y employer, ils n'hésitent pas se former au management, ils apprennent, ils voyagent, notamment au Canada et aux États-Unis. Ils recrutent Ranko Vucinic et Ana Petricic Gojanovic (la femme de Damir) qui deviendront délégués aux relations publiques, aux médias et à la promotion du club, trois secteurs qui auront leur importance dans l'expansion du Medvešcak.

L'EBEL constitue forcément une opportunité alléchante, un circuit qui attire 750 000 personnes à l'année et dont les matches sont retransmis à la télévision. Le KHL Medvešcak Zagreb rentre alors dans une nouvelle dimension. Une vingtaine de nouveaux joueurs posent leurs valises dans la capitale croate, dont plusieurs justifient de la double nationalité et d'une importante expérience internationale. Deux conditions importantes pour se soumettre aux réglementation instaurées sur les joueurs étrangers dans le championnat autrichien tout en se donnant les moyens de rivaliser sportivement. Cette orientation est pleinement assumée par la direction qui favorise fils et petits-fils d'émigrants croates, dont beaucoup sont natifs d'Amérique du nord à l'image de Joel Prpic et John Hecimovic, artilleurs très respectés.

À travers toute la ville, des affiches "le hockey sur glace est de retour" envahissent la ville, le prix des places - dès 4 € - est très attractif. Le coup de publicité fonctionne, le public se presse et la fréquentation au Dom Športová explose, passant régulièrement la barre des 6 000 spectateurs. Il faut même s'y prendre plusieurs semaines à l'avance pour réserver sa place ! La piste extérieure de Šalata est également monopolisée le temps d'un week-end face à Villach et Vienne, Zagreb succombant également à la mode Winter Classic. Les 5 000 billets se vendront en... une heure !

L'objectif est atteint plus tôt que prévu par le quatuor d'administrateurs qui a réussi à s'attirer un public familial : 30% des spectateurs sont des femmes, 25% des enfants. Un résultat qui comble les attentes car l'ambiance du Dom Športová tranche sérieusement avec les autres sites de sport. Le hooliganisme est une plaie à Zagreb, notamment le clan redouté des Bad Blue Boys, bien connus - tristement - des supporters du Paris Saint-Germain, qui hante les matches du Dinamo. L'engouement de tous les publics pour le Medvešcak, c'est une révolte culturelle face aux brutes qui empoisonnent la ville. Surtout que la première saison autrichienne se termine en apothéose. Les Ours, huitièmes à l'issue de la saison régulière, atteignent les demi-finales en écartant Graz, le favori, dès les quarts.

Medvešcak, machine commerciale

Sportivement, l'organisation gravit une montagne dont on peine à voir le sommet. Son image et sa valeur commerciale évoluent également. Elle s'offre un nouveau partenaire, symbolique, l'Unicef. Une récompense logique au vu de son engagement associatif depuis quelques temps. Le club est à l'origine de nombreuses śuvres de charité et avait notamment opéré une campagne de soutien aux nombreuses victimes du désastreux séisme en janvier 2010 à Haïti. Le KHL Medvešcak Zagreb, club au grand cśur, devient donc un nouvel associé sportif de la fameuse agence de l'ONU dédiée à l'enfance, aux côtés des trois blockbusters du football mondial : le FC Barcelone, Boca Juniors et Manchester United.

Nous sommes la dernière semaine de janvier 2011. L'écran géant de l'Arena Zagreb s'allume. Joe Sakic, ou plutôt ici Joe Šakic, ancienne gloire du hockey canadien néanmoins bien loin d'oublier ses origines croates, livre son message devant 15 200 spectateurs que l'on imagine débordants de fierté : "Je suis désolé de ne pas être ici mais cela aurait été incroyable d'en faire partie... C'est une formidable nouvelle de voir autant de gens réunis en Croatie suivre le plus génial des sports..." Le Medvešcak évolue dans l'Arena Zagreb, enceinte moderne, à l'origine construite pour recevoir le Mondial 2009 de handball. Cela faisait plusieurs mois que le club cherchait à y jouer, le feu vert a finalement été attribué pour "Ice Fever", une série de quatre parties sponsorisée par la bière nationale Pan, qui obtient un succès retentissant à plus d'un titre. Le KHL Medvešcak retrouve définitivement la ferveur d'antan, le club bondit du 35e rang européen au top 15 en terme de fréquentation, permettant à l'EBEL de passer la barre symbolique du million de visiteurs à l'année. Les Ours sont affamés et deviennent même imprévisibles. Si la saga Ice Fever à l'Arena Zagreb est devenue un classique annuel, le sens du spectacle a atteint un autre sommet les 14 et 16 septembre 2012 avec une déclinaison nommée "Ice Fever Pula MMXII".

À l'extrême-ouest de la Croatie, à Pula, fut érigé au Ier siècle l'un des plus grands amphithéâtres romains sous le règne de l'Empereur Auguste, aujourd'hui encore dans un très bon état de conservation. Vingt siècles après les gladiateurs, les hockeyeurs zagrébois quittent pour quelques jours leur bastion de la Pannonie pour l'air méditerranéen de l'Istrie afin d'y défier Ljubljana et Vienne. En plus du cadre exceptionnel, malgré la pluie qui a détérioré la glace, malgré une défaite subie en deux matches, le spectacle et le succès populaire - 7 000 spectateurs - sont une fois de plus au rendez-vous. Entre l'image insolite de l'événement et 900 journalistes sur place venus du monde entier, le coup de publicité est remarquable. Fort de son improbable mais puissante percée sur le sol continental, poussée par une machine commerciale efficace, Zagreb franchira une nouvelle étape, ultime.

KHL : opération séduction réussie !

Depuis 2008, la Kontinentalnaïa Hokkeïnaïa Liga, d'origine russe, ne se contente plus de s'étendre aux pays d'ex-U.R.S.S. Son président, Aleksandr Medvedev, a clairement l'ambition de conquérir la face occidentale et même orientale du territoire eurasien et de concurrencer directement la National Hockey League, référence en la matière. Là encore, le club zagrébois procède par opportunisme et pose sa candidature plusieurs mois avant qu'elle ne soit acceptée. Cela tombe bien, Medvedev a des places à distribuer. L'opération séduction est permanente, le Medvešcak invitant même le Dynamo Moscou pour son cinquantenaire. Sa maîtrise des événements et son sens du spectacle jouent clairement en sa faveur, de même que sa base historique et structurelle déjà existantes, contrairement à certaines nouvelles franchises comme le Lev et Vladivostok qui ont dû partir de zéro. Le club se vend très facilement et obtient la validation du dossier pour une participation au deuxième meilleur championnat au monde, le 29 avril 2013. Alors que la Croatie devient la même année le vingt-huitième État à adhérer à l'Union Européenne, Zagreb réalise un des projets sportifs les plus ambitieux de son histoire.

Mais l'équipe pourra-t-elle rivaliser sportivement ? En 2012, le Medvešcak Zagreb a obtenu son meilleur résultat en EBEL, terminant au deuxième rang de la saison régulière de et se plaçant dans le dernier carré des play-offs. Le gardien slovène Robert Kristan, le défenseur Kenny MacAuley et l'attaquant canado-croate Ryan Kinasewich ont formé une solide colonne vertébrale. L'année suivante, les Croates ont une nouvelle fois terminé en deuxième position mais se sont fait surprendre dès les quarts de finale par le Red Bull Salzbourg.

Inéluctablement, une page se tourne. Le très populaire Kristan fait les frais de prestations parfois irrégulières et d'une affaire qui a fait polémique : il s'est présenté alcoolisé à l'entraînement ! Le gardien slovène, comme beaucoup, fait partie du grand balayage. Derrière le banc, Mark French, vainqueur de la Coupe Calder avec Hershey - filiale des Capitals de Washington - devient le premier entraîneur en chef de l'ère KHL, succédant à Marty Raymond, Ted Sator et Ennio Sacilotto, ses prédécesseurs depuis 2009. French aura pour adjoints Dean Fedorchuk - ancien dépisteur des Jets de Winnipeg et ancien coach de Laurent Meunier à Straubing - Don MacLean mais également Ivo Ratej, fils homonyme de l'ancienne gloire locale.

Pour assurer la transition, l'alignement a donc largement été renforcé par une pléthore de joueurs provenant d'Amérique du Nord. Sur l'effectif présenté, les joueurs présentent au total plus de 2 000 matches en NHL et 7 000 en AHL. Parmi les 25 nouveaux joueurs de l'équipe, on retrouve une personnalité, superstar NHL efficace avant qu'il ne se brûle les ailes. Jonathan Cheechoo fut meilleur buteur du circuit Bettman en 2006 avec 56 réalisations avant qu'il ne se transforme en un fantôme rapatrié un étage plus bas en AHL. Approchant la fin de sa carrière, il décide un dernier pari en traversant l'Atlantique. Pour exister. Indien de la communauté des Cris, Cheechoo a obtenu l'autorisation de sa nation pour rejoindre la Croatie. L'effectif a clairement le calibre KHL et il serait illusoire de croire que Zagreb ne ferait que de la figuration pour sa première expérience sur le circuit Medvedev malgré une carence indéniable.

De la petite trentaine de joueurs qui batailleront pour une place, aucun n'est un produit du club. À force de faire les yeux doux aux doubles passeports, ce qui lui avait permis de se soumettre aux limites instaurées par l'EBEL, le club a trop longtemps délaissé la formation. Le problème se pose d'autant plus avec la KHL qui a des règles bien plus souples pour les équipes étrangères : une limite d'au moins cinq joueurs nationaux est à respecter. Le genre de faveur qui est à double tranchant et qui peut encourager le plan à court terme grâce aux nombreux joueurs qui peuvent être assimilés croates. Ce point noir qui doit porter à réflexion pourrait s'estomper. On peut considérer la popularité exponentielle du hockey à Zagreb comme une base solide. La direction du club, toujours active en se déplaçant dans les écoles et en multipliant les opérations auprès des enfants ces dernières années, en est consciente et estime que les répercussions sur la formation ne se feront pas attendre.

De nouveau, le hockey a contaminé les cours de récré, là où tout a commencé en Croatie. Ce n'est pas un effet de mode mais bel et bien un juste retour des choses dû à la fulgurante ascension du KHL Medvešcak Zagreb sur la scène européenne. L'organisation connaît un modèle de développement grâce à un marketing inventif qui a su convaincre une population toujours attachée au long héritage et à la culture du hockey. Les Ours, insatiables, guidés par le fameux chant "Zig Zag Medvešcak !", sont désormais sur le sommet de leur montagne. Ils ne sauraient s'en satisfaire, leur éternelle soif les ayant toujours pousser plus loin.

 

Nicolas Jacquet

 

 

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