Mannheimer ERC

Chapitre VII - La fuite en avant

 

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Pour digérer le départ d'Olejnik, Mannheim effectue un grand ménage. Bien sûr, il faut trouver un nouvel entraîneur, et l'on opte pour Claes-Göran Wallin, préféré au légendaire hockeyeur tchèque Vaclav Nedomansky. L'entraîneur de l'équipe national junior suédoise semble en effet le meilleur candidat pour s'occuper des jeunes joueurs recrutés à l'intersaison. C'est que les changements ne concernent pas uniquement le coaching : Lothar Mark se retire de la présidence du club car il a été nommé adjoint au maire chargé des sports, de l'éducation et de la culture, et il laisse donc sa place à Jochen Engel, un entrepreneur quarantenaire de Karlsruhe.

Le processus de rajeunissement annoncé n'est pas couronné de succès, et Claes-Göran Wallin, malgré sa bonne volonté, échoue dans sa mission de faire progresser un Sepp Wassermann ou un Marcus Bleicher. Quant à Wittbrock, Vath et Fonso, il les relègue carrément sur le banc. Décidément, la malédiction se poursuit, comme si aucun joueur n'arrivait à percer sous le maillot de Mannheim. Après cinq ans mitigés, Andreas Volland quitte ainsi le club à la fin de la saison pour Munich.

Pourtant, il y a une exception qui confirme la règle : l'ailier Toni Krinner, recruté en division inférieure, est la sensation de la saison 1989/90, au cours de laquelle son tir puissant trouve dix-neuf fois le chemin des filets, ce qui lui vaut sa première sélection en équipe nationale lors du tournoi des Izvestia. Sa ligne avec le toujours enthousiaste Marcus Kühl et le décisif Peter Draisaitl est la seule satisfaction de l'année, avec les vaillants Harold Kreis et Peter Schiller.

Le transparent et le bellâtre

Ils permettent au MERC d'atteindre quand même les play-offs, même s'il y subit une élimination prématurée (encore contre la bête noire Cologne), bien loin des ambitions annoncées. Principal responsable, le faible rendement des deux renforts étrangers. La motivation et le travail de Paul Messier sont remis en question, alors que le recrutement de Kraig Nienhuis est un ratage complet. Dès la mi-novembre, le second Canadien est remplacé par Ron Duguay, douze saisons de NHL et une Coupe Canada - le désastre de 1981 - au compteur. Mais celui qui avait été élu le joueur le plus beau de NHL a encore une haute opinion de lui-même, et le club cède à toutes ses exigences en lui louant une grande villa pour sa famille et ses deux gros chiens. Mais le retour sur investissement est plus que douteux.

Longtemps, Claes-Göran Wallin, qui stigmatise le manque de travail et de professionnalisme de ses joueurs, en particulier de Messier et Obresa, bénéficie du soutien des dirigeants. Mais lorsque l'entraîneur suédois se rompt le talon d'Achille lors d'une partie de squash début février, les joueurs profitent de l'occasion pour monter au créneau et demander que son absence momentanée soit définitive.

Wallin retournera à Södertälje et Mannheim cherche alors un entraîneur capable de faire revivre sa gloire passée. Olejnik n'étant plus disponible, on remonte encore plus loin dans le temps en allant chercher Heinz Weisenbach. Mais le revival a ses limites, et l'homme qui avait conduit le MERC à son unique titre ne peut plus accomplir de miracles dix ans après. Il n'empêchera pas l'élimination et Mannheim se rend compte de visu qu'il est temps de construire l'avenir au lieu de songer au passé.

Plus cher, plus haut ?

Comme d'habitude, on se prend à rêver d'une nouvelle patinoire, mais en attendant, aucun projet n'est sur les rails, et ce sont les supporters qui paient les pots cassés avec des augmentations substantielles de tarifs, censées correspondre aux hautes ambitions du club. Halte aux jeunes talents, on cherche désormais le succès immédiat et on recrute des vétérans combatifs comme Manfred Wolf et George Fritz.

Mais tout ne se passe pas comme prévu, en partie à cause d'un manque de réussite offensif qui coûte la victoire dans quelques matches serrés, en partie à cause de multiples problèmes en défense. Les blessés sont en effet nombreux, et la recrue Stefan Königer a du mal à se remettre dans le bain après sa période à Düsseldorf où il a eu un faible temps de glace. Harold Kreis doit donc comme d'habitude être au four et au moulin dans une défense parfois renforcée de l'attaquant canadien Dale Krentz, un joueur complet qui a su en même temps marquer des buts. Ça n'a malheureusement pas été le cas du deuxième étranger, Jonas Bergkvist, le champion du monde suédois qui n'a pas pu répondre à tous les espoirs placés en lui.

Les dirigeants accablent les joueurs en distribuant un blâme général lors du mois de décembre. Les supporters ne tardent pas à réagir à cette situation ubuesque, affirmant leur soutien à leur chouchou Manfred Wolf soudain déclaré transférable : "Si Mannix s'en va, nous aussi". Il n'y aura finalement aucun bouleversement, mais Mannheim terminera à la cinquième place une saison 1990/91 sans éclat.

Les affluences ayant été inférieures de cinq cents personnes en moyenne par rapport aux estimations optimistes, on s'attend à ce que le MERC se serre enfin la ceinture. Tout au contraire, le club profite de la disparition de la section hockey de l'Eintracht Francfort pour offrir des contrats de trois ans à trois grandes stars, Jiri Lala, Roger Nicholas et Jaroslav Mucha. On préfère encore les vétérans au jeune international Toni Krinner, dont le club décide de se séparer après une saison en demi-teinte.

"Il nous restait le choix entre réduire notre budget et rester compétitifs", assure le président Hans-Joachim Engel, qui assure pouvoir tenir la concurrence sportive et financière du Hedos Munich ou des Preussen Berlin, qui dépensent à tout va, grâce à une nouvelle société de marketing appartenant au club, qui doit amener de nouveaux sponsors, quitte à satisfaire toutes leurs exigences, comme l'abandon des maillots traditionnels à dominante noire, remplacées par de nouvelles couleurs (bleu, blanc, rouge) voulues par le fabricant d'auto-radios Clarion.

Le flop des vétérans

Mais la troupe des vieillards, comme ne tarde pas à la surnommer les supporters adverses, met du temps à se mettre en route. Elle manque de condition physique et ses prestations catastrophiques à domicile coûtent la tête de l'entraîneur Olle Öst après seulement onze journées. Il lui est reproché son incapacité à faire régner la discipline dans l'équipe, certains joueurs allant en discothèque jusqu'aux aurores sans subir de sérieuse réprimande.

Le trio de super-vétérans se révèle un trio de super-flops. Le premier, Roger Nicholas, se rend vite compte qu'il n'a plus la forme d'autrefois et décide de lui-même d'aller jouer trois divisions plus bas, avec le nouveau club de Francfort, les Lions. Manfred Wolf se laisse convaincre de le suivre alors que le décevant Königer est envoyé à Krefeld. Le second vétéran, Jaro Mucha, meilleur défenseur offensif du championnat la saison précédente, arrive à Mannheim avec quelques kilos de trop. Il les perd peu à peu mais est licencié le 1er février en raison d'absences non justifiées à l'entraînement. Quant à Jiri Lala, il se fait deux fractures de la main à deux mois d'intervalle et manque quinze matches.

Comme nouvel entraîneur, les dirigeants retiennent la candidature de Jiri Kochta, revenu au hockey sur glace après avoir fait une pause pour s'occuper de la carrière tennistique de sa fille Marketa, qui est rentrée dans le top 100 mondial. Il réussit à redresser l'équipe après sa participation à la Coupe Spengler (quatre défaites) et à la qualifier de justesse pour les play-offs 1991/92, avec quelques jokers mais aussi des jeunes étonnants comme le joueur formé au club Mario Gehrig, pied-de-nez à la politique de recrutement. Une quatrième place inespérée est au bout du tunnel après une rare victoire en quart de finale contre Cologne. Le "sauveur" voit son contrat reconduit, et donne des regrets à Munich qui a consommé trois entraîneurs dans la saison et qui avait abandonné trop négligemment la piste Kochta.

Le budget augmente malgré la dette

Cependant, malgré les dénégations de la direction qui fait valoir des recettes de sponsoring sans précédent, la dette s'est creusée jusqu'à atteindre 4,1 millions de marks (2 millions d'euros). La licence de Mannheim est en suspens pendant trois semaines. Quand le club est assuré de sa participation à la Bundesliga, il attise la polémique en recrutant deux joueurs de Rosenheim, l'excellent défenseur germano-canadien Mike Heidt et le puissant Venci Sebek.

Comme si de rien n'était, Mannheim augmente encore son budget de 25 %, ramène Peter Draisaitl au club, et recrute quelques espoirs bavarois comme Markus Neumüller (Landshut), Ales Volek (Augsbourg), et surtout Alexander Serikow (17 ans, Landshut également). Les deux premiers ne resteront que quelques mois.

Une page se tourne avec le remplacement du gardien Beppo Schlickenrieder par Peter Franke à la fin de la saison régulière 1992/93, mais le club croit fermement que les succès des années 80 seront bientôt dépassés, et la troisième place finale est vue comme un signe très positif d'une renaissance. La défaite en demi-finale est ainsi fêtée dans la joie par les supporters de Mannheim en compagnie de leurs vis-à-vis de l'éternel rival Cologne.

Deux des plus grandes figures du club prennent leur retraite à l'issue de la saison. Peter Obresa, à qui on proposait un contrat avec de sévères clauses de performance, prend à son tour la direction de Francfort après quatorze années sous les couleurs du MERC. Le meilleur joueur jamais formé à Mannheim, Marcus Kuhl, exceptionnel attaquant spécialiste de la passe qui tue, met lui aussi fin à sa carrière, mais pour devenir manager au sein du club. Il a des raisons de se réjouir en voyant les moins de dix-sept ans du club remonter en Bundesliga avec dans leurs rangs un international junior très prometteur, Jochen Hecht.

Mais Marcus Kuhl commet une erreur classique du manager débutant : trop faire confiance à ses amis, sans savoir s'ils sont vraiment les mieux placés pour un poste précis. Il choisit ainsi comme entraîneur son ancien compagnon de ligne à Cologne, Craig Sarner. Mais il ne s'imposera jamais vraiment et sera contesté tout au long de la saison 1993/94. Dans les buts, ni Peter Franke ni le jeune Joachim "Bibi" Appel ne parviendront à s'affirmer comme des titulaires indiscutables. L'élimination en quart de finale est la conclusion logique d'un championnat décevant. Craig Sarner annonce alors son retrait, mais se ravise ensuite en expliquant qu'on l'a mal compris, s'accrochant à son poste avant d'accepter une rupture de contrat.

Mais l'évènement est que l'équipe dirigeante et son président Jochen Engel reconnaissent enfin l'état réel de la dette du club : non pas deux ou trois millions comme ils voulaient le faire croire, mais bien huit millions de marks. Pendant toutes ces années, le trou financier n'aura fait que se creuser dans l'aveuglement le plus total, alors que le club se lançait dans une escalade financière complètement vaine et sans aucun résultat sportif probant. Trente arrivées et trente-neuf départs en quatre ans, ce n'est pas comme ça que l'on construit un club...

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