Mannheimer ERC

Chapitre II - Un second départ

 

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Allemagne, année zéro. Après la folie nazie, tout une nation est à reconstruire, matériellement et moralement. Mannheim est en ruines, comme le pays entier. Le hockey sur glace n'est bien entendu pas une priorité, et le club ne reprend ses activités qu'en 1949. Il ne reste plus qu'un joueur de l'époque, le défenseur Wolfgang Lehr, qui devient "à l'ancienneté" le nouvel entraîneur. Ce second départ est bien moins enthousiasmant que le premier. C'est alors le SG Mannheim qui est le meilleur club de la région. Le MERC ne dispute le plus souvent que des matches amicaux de piètre niveau, comme ce derby contre Grün-Weiß Mannheim qui se transforme bien vite en foire d'empoigne. Il n'y a que la visite des Preußen Krefeld et Bad Nauheim pour rompre la monotonie et attirer à nouveau cinq mille spectateurs. Mais un conflit entre la société qui gère la patinoire du Friedrichspark et la fédération régionale de Bade empêche que soit renouvelée l'expérience. Il faut attendre qu'un contrat soit finalement signé entre les deux parties pour que le MERC puisse reprendre complètement ses activités, en 1951, alors que Lehr cède la double casquette d'entraîneur-joueur à un autre défenseur, Anton Kartak, qui lui même la donne en 1953 à un Autrichien plus expérimenté, Kurt Kurz.

Mannheim, qui dispose alors de bons attaquants avec Erich Schif et Heinz Schneekloth, a en revanche de gros problèmes de gardien. On comptait sur le gardien de l'équipe nationale hongroise, Erdesz, mais celui-ci n'obtient pas sa licence. Il faut donc trouver une solution de rechange, et Lenhard se retrouve dans les buts contre Preußen Krefeld. En neuf tirs, le pauvre suppléant laisse passer six buts. On le remplace alors par le jeune Florschütz (17 ans), qui encaisse pour sa part trois buts en trois lancers. Ce jeune joueur aura l'occasion de faire un apprentissage accéléré sur le tas lors des matches suivants, avant que le club ne trouve un gardien plus expérimenté, Morsch.

Une remontée pas si facile

En 1952/53, le MERC est devancé par Weßling et Rot-Weiß Berlin dans le tour de promotion, mais, emmené par Lödermann, un attaquant venu de Riessersee, il y revient la saison suivante. Dans cette poule de trois équipes, les trois formations (MERC, Berliner SC et Rosenheim) terminent à égalité de points. Mais la différence de buts n'est pas prise en compte, heureusement pour Mannheim, qui avait perdu 3-6 contre Berlin et n'avait battu Rosenheim que 2-1. Il faut donc tout reprendre à zéro, et cette fois le MERC écrase Berlin 10-4. Devant six mille personnes, il arrache ensuite un match nul 1-1 contre Rosenheim grâce à un but précieux de Schumacher. Désormais, la différence de buts est prise en compte, et, puisque Rosenheim s'est contenté d'un 6-4 contre les Berlinois, Mannheim est champion de Landesliga, ce qui lui ouvre les portes de l'Oberliga, la première division de l'époque, qui compte huit équipes. Parmi les artisans de cette montée, on retrouve Werner Lorenz, dix-sept ans seulement mais déjà bâti comme une armoire à glace, et dont le lancer est aussi puissant que son gabarit impressionnant le laisse présager.

L'effectif reste inchangé dans cette nouvelle division, si on excepte l'arrivée du gardien Wesselowski, nouvel entraîneur-joueur. Mais la différence de niveau s'avère importante, comme le montre rapidement un 22-1 encaissé à Krefeld contre le KEV. L'équipe a du mal psychologiquement à s'adapter à cette nouvelle situation, et le maintien, objectif affiché, est raté, puisque les deux rencontres directes contre le précédent promu Weßling sont perdues (3-5 et 1-4). Mannheim n'a remporté aucune victoire dans ce championnat et n'a arraché qu'un match nul, contre l'autre équipe de Krefeld, les KTSV Preußen.

Mannheim ne reste pas sur cet échec, et en 1955/56 arrivent Bruno "Bubi" Guttowski et Erich Konecki. Ce dernier, qui s'appelait alors Eriks Koneckis, a été quinze fois international pour la Lettonie alors que celle-ci était encore indépendante en 1939, à l'âge de dix-huit ans, et a fait partie des exilés arrivés à Augsbourg pendant la guerre. Défenseur tactiquement intelligent, efficace mais toujours fair-play dans son marquage, Konecki était le meilleur joueur du championnat il y a encore quelques années, sans plus pouvoir représenter une équipe nationale. Guttowski, également défenseur, est un ancien international junior allemand au style plus physique. Ces deux joueurs transférés ne sont pas autorisés à jouer en match officiel pour l'instant, mais ils participent à l'imposant programme de matches amicaux et, surtout, ils font profiter Mannheim de leur expérience aux entraînements et derrière le banc. Le championnat régional n'est qu'une formalité, et ni le champion de Bavière, Kaufbeuren, balayé 6-0 avec un grand match du gardien Wargenau, ni Cologne, laminé 8-2 et 8-1, ne peuvent s'opposer à la remontée de Mannheim. Il semble désormais clair que la place du club est en élite.

Mannheim s'installe en élite

Pas question pour autant de tout chambouler sous prétexte qu'un effectif inchangé avait échoué deux ans auparavant. Dans l'ensemble, Mannheim souhaite conserver une bonne stabilité, qualité qui fait la force des équipes bavaroises qui dominent alors le hockey allemand. Certes, les départs des anciens Schumacher et Tessarek sont bien compensés par l'arrivée de Schoor et la qualification de Konecki et Guttowski. Mais le reste de l'équipe ne bouge pas, et compte encore sur les services des expérimentés Lödermann, Schif, Kartak et même Lehr, toujours présent. La principale différence avec la précédente montée est que le MERC a désormais plus de métier. Rapidement, il apparaît effectivement que le maintien ne posera pas de problème. Dans la poule nord, Mannheim ne subit plus les cartons adverses, et il prend même sa revanche sur le KEV, le mauvais souvenir d'un 22-1 étant balayé 5-2 et 5-0. Des victoires tout aussi convaincantes contre des équipes plus expérimentées comme Düsseldorf ou les Preußen Krefeld lui permettent de se qualifier, derrière Bad Nauheim, pour une poule finale où ils rencontreront les trois meilleurs du sud.

Les clubs bavarois, Füssen, Riessersee et Bad Tölz, sont tout de même une classe au-dessus, et les deux nordistes Mannheim et Bad Nauheim n'ont plus qu'à se disputer les miettes. Le club de la Hesse semble prendre avantage un avantage définitif dans les confrontations directes (5-4 et 1-1), mais il reste un match à jouer et le MERC n'abdique pas. Il réussit ainsi l'exploit de terminer par une victoire à Bad Tölz (7-4). Cette persévérance lui permet de devancer Bad Nauheim à la différence de buts - sans l'avoir battu de la saison en quatre matches - et de prendre du coup une très encourageante quatrième place.

Quatrième, c'est encore la position de Mannheim en 1957/58. Un classement à double tranchant : certes, le MERC réussit à s'imposer comme le premier club hors de Bavière, mais il doit toujours contempler le podium d'assez loin. L'équipe parvient pourtant à se renforcer. Transféré de Füssen depuis quelque temps déjà, Kurt Sepp peut enfin jouer avec ses coéquipiers. Il était en effet sous le coup d'une longue suspension l'année précédente, et n'avait pu que participer à quelques matches amicaux en fin de saison grâce à une dérogation accordée par la fédération. On comprend que les clubs bavarois soient frustrés : le MERC réussit encore à gagner à Bad Tölz (3-2) avec 3 buts de Siegfried Mayr... qui vient justement de ce club un peu trop endetté.

Les passions continuent de se déchaîner au Friedrichspark où de cinq à neuf mille personnes se pressent pour voir jouer leurs protégés dans les bons et les mauvais moments. Ceux-ci sont tout de même assez nombreux : par exemple, ce match où l'imbattable champion Füssen est mené 2-0, mais où Mannheim se fait remonter et s'incline finalement 2-4, après un malheureux but dévié contre son camp par Guttowski. Du point de vue des spectateurs, on peut aussi y ranger le match contre Düsseldorf (même s'il a été remporté 2-1) car il était difficile de voir grand-chose au palet sous la neige - la patinoire n'était pas couverte en ce temps-là. Mais le point noir de la saison reste le dernier match scandaleux contre Riessersee, où des bouteilles volent sur la glace et où l'arbitre Klopfer est agressé par Werner Lorenz, qui sera suspendu un an.

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