Grenoble

Chapitre V - Une lente descente aux enfers

 

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Il aura fallu attendre l'âge de la majorité et les 18 ans du club, pour que les BDL soient enfin sacré champion de France après avoir frôlé le titre à de multiples reprises. Une fois la quête du Graal obtenue, le réveil va être pénible avec une longue descente vers l'enfer... qui s'arrêtera aux portes du purgatoire.

Jamais après-guerre; à part Chamonix, l'extra-terrestre du hockey français; une équipe n'a réussi à remporter trois titres consécutifs : Saint-Gervais s'est arrêté à deux en 1974 et 1975, tout comme Gap en 1977 et 1978. Grenoble, vainqueur les deux dernières saisons, aimerait bien sûr faire cette passe de trois historique.

Pour cela, Serge Bocquet et Robert Le Blond, les deux présidents, se dirigent à nouveau vers la Tchécoslovaquie pour, après Adolf Sprincl, dénicher un entraîneur de talent : Josef Horesovsky. "L'un des meilleurs entraîneurs que j'ai eu" rappelle Bernard Le Blond. Ce pur produit du Sparta de Prague, connaît Grenoble pour y avoir disputé les Jeux olympiques en 1968 en tant que défenseur et donc en tant que glorieux vainqueur des Soviétiques lors du match mythique.

Cela signifie que Gary Brown redevient simple joueur et que Jean-Claude Sozzi part comme entraîneur à Limoges, 20 ans après son arrivée à Grenoble !

Arrêt également de la compétition pour Dany Grando, dix ans à Grenoble, sept aux Brûleurs de Loups, succédant à trois à l'AS Grenoble : "J'avais 35 ans et vraiment des problèmes à la hanche qui m'empêchait de continuer..." Dany qui estime avoir passé à Grenoble : "Mes années en or, Grenoble est devenu ma ville, c'est une ville ouverte, avec beaucoup de brassage de gens divers, l'équipe est à son image, les Brûleurs de Loups sont vraiment un club de légende avec une très forte culture de hockey, sans cette culture d'ailleurs, le club serait mort depuis longtemps et n'aurait pas pu survivre à de nombreux écueils..."

Un autre joueur arrête également sa carrière, mais pour raisons professionnelles : André-Marc Belli-Riz, le buteur venu de Croix et de Gap se consacre entièrement à l'architecture. "J'en avais assez de cumuler le travail et le hockey, cela faisait trop de contraintes, je ressentais une usure morale. Bien sûr, ensuite, on regrette de ne pas avoir fait une saison de plus, d'ailleurs j'ai rechaussé les patins l'année suivante pour quelques matches."

Le mot fin également pour Jean-Charles Piccinini : "J'avais été gravement blessé la saison passé, mais de toutes façons, je n'arrivais plus à concilier le travail en cuisine dans mon restaurant et le hockey. Et puis, je m'arrêtais sur un titre de champion, alors..."

Autre départ d'un élément indispensable dans la conquête du deuxième titre : l'attaquant international Jean-Paul Farcy. Il n'a pas d'ailleurs pas le choix, puisqu'il avait été prêté par son club Amiens qui monte cette saison en nationale A et qui veut impérativement le récupérer alors que l'intéressé serait bien resté pour la défense du titre... Il reviendra d'ailleurs un an plus tard ! "Quand je suis venu à Grenoble en 1981, j'étais junior, je n'avais pas fait de demande de transfert, car la date limite était dépassée et de toutes façons, le président d'Amiens m'avait dit que ce n'était pas la peine, que j'avais sa parole qu'il me laisserait à Grenoble, j'avais confiance... Et j'étais naïf, car il m'a forcé à revenir à Amiens." À Tours, Antoine Richer est d'ailleurs dans le même cas qui lui aussi doit rentrer à Amiens.

Pour le remplacer, Daniel Grillon, formé à Reims et en provenance de Chamonix. Ce joueur doté d'un patinage et d'une volonté hors norme parviendra d'ailleurs à mener de front une carrière de hockeyeur de haut niveau, championnat élite à Grenoble et équipe de France, avec une superbe carrière de journaliste à Grenoble au Dauphiné Libéré puis à Radio France Isère et ensuite au niveau national.

Autre arrivée celle d'un défenseur de Valenciennes, mais formé à Amiens, Robin Dauphin, le bien nommé pour jouer en Dauphiné !

Enfin à signaler la montée en équipe première de jeunes comme Stéphane Vissio, Olivier Mutin, Pena ou Valchera. Pour Stéphane Vissio, après les apparitions dans l'équipe première la saison dernière, c'est désormais l'intégration dans le groupe de l'équipe première : "Ça y est, j'étais dans le groupe, j'aurai voulu jouer un peu plus, mais j'ai compris plus tard qu'il fallait faire d'abord sa formation..."

Même Bilbao bat Grenoble...

Le championnat de Nationale A 1982/83 est passé à douze équipes. Les doubles champions de France débutent leur saison par un match amical le dimanche 12 septembre avec une victoire 14-3 contre les Espagnols de Jaca. Mais le véritable coup d'envoi a lieu le 25 septembre en championnat avec la réception de Chamonix. Une équipe toujours entraînée par le Canadien Bernard Noreau qui enregistre le retour après sa blessure de Luc Tardif qui récupère donc sa place de renfort étranger auprès de Rick Bourbonnais. L'équipe chamoniarde enregistre en revanche l'arrêt de son gardien mythique Bernard Deschamps.

Côté grenoblois, trois joueurs sont absents : Philippe Treille opéré de la malléole, Antoine Sangiorgio qui souffre de problèmes de vertèbres cervicales et Robin Dauphin qui ne peut encore faire ses débuts sous ses nouvelles couleurs à cause de problèmes de licences entre son club Amiens et Grenoble.

Une ouverture totalement ratée par les Grenoblois qui se réveillent trop tard, dans les cinq dernières minutes, ne suffisant pas à éviter la défaite 11-9. Une semaine plus tard, les Brûleurs de Loups ont l'occasion de se reprendre en recevant une équipe de bas de tableau, Lyon. Philippe Treille fait son retour, pour un large succès 9-0.

Mais il faut confirmer avec la première manche du derby disputé à Villard-de-Lans. Pour ce match toujours aussi chaud, les Grenoblois peuvent enfin compter sur Robin Dauphin dans une rencontre où chaque camp est entraîné par un Tchèque : Josef Horesovsky à Grenoble et Vaclav Libora à Villard. Un match, une nouvelle fois, extrêmement disputé avec de nombreux accrochages pour un nul 2-2. Ce qui ne fait pas les affaires de Grenoble, seulement sixième avec trois points alors que Saint-Gervais caracole en tête.

Trois jours plus tard, les Brûleurs de Loups retrouvent la coupe d'Europe... et comme l'an passé les Espagnols de Bilbao. Un match aller disputé au Pays Basque à un horaire pour le moins étrange : midi moins le quart ! Avec un accueil "Coupe d'Europe de foot" : bruit toute la nuit sous les fenêtres de l'hôtel et nourriture disons... surprenante !

En tout cas, sans que cela ne constitue des excuses, les Brûleurs de Loups sont balayés 7-2 par une équipe qu'ils avaient largement dominée l'an passé... "On était trop confiant après la victoire de l'année passé" pense aujourd'hui Daniel Maric, Jean Le Blond ajoute : "On a pris trop de buts, on aurait du fermer la porte beaucoup plus tôt".

Il ne faut pas laisser s'installer le doute lorsque quatre jours après la déroute espagnole, le CSGG reçoit Megève. Mission à moitié réussie avec un difficile succès 5-2.

Il est donc important le prochain match puisque c'est un déplacement chez le leader Saint-Gervais, avec sa jeune génération qui va marquer le hockey français : Christophe Ville, Franck Ganis, Christian Bozon, Stéphane Botteri ou encore Jean-François Ribordy. Ces jeunes pousses entraînées par le Québécois haut en couleur Jacques Tremblay tombent le champion de France 5-4. St-Gervais, cinq matches, cinq victoires, enfonce encore plus les Brûleurs de Loups. Et cela ne s'arrange pas trois jours plus tard à Grenoble où les Brûleurs de Loups sont totalement asphyxiés par leurs cousins dauphinois de Gap 9-4 !

Le rythme de deux rencontres par semaine se poursuit avec le match retour de coupe d'Europe le mardi 27 octobre 1982 à Clémenceau. Pour ce match qui a attiré la grande foule et que l'on espère être du rachat, les champions de France sont privés de Jean Le Blond, mais bénéficient de la part du règlement du renfort de deux Canadiens supplémentaires, empruntés en Nationale B : le défenseur de Méribel, Michel Brousseau, et l'attaquant d'Annecy, Jean Poiré. Mais les Basques, entraînés par le futur entraîneur de Saint-Gervais et du HC Mont-Blanc, Louis Chabot, sont sur leur nuage, bien emmenés par leurs deux mêmes renforts étrangers que l'an passé : Rob Romanchuk et Les Grauer.

Et cela part... de la pire des manières avec quatre buts basques dans la première demi-heure : Del Saz (4e), Enrique (11e), Munitiz (30e) et Del Saz (33e)... 0-4 à la mi-match pour une équipe qui a déjà cinq buts à rattraper. Antoine Sangiorgio marque enfin à la 39e, mais Del Saz encore lui enfonce le clou (40e). Jean-François Beaudoing redonne des couleurs aux siens à vingt minutes de la fin (2-5) avant que l'inévitable Del Saz n'inscrive son quatrième but de la soirée à la 52e. Un dernier sursaut grenoblois par Bernard Le Blond (55e) et Philippe Treille (57e) ramènera cette déroute à de plus justes proportions : 4-6.

Mais reste que pour la première fois, un club français est éliminé d'une compétition européenne par un club espagnol ! Pas glorieux, à l'image d'un début de saison totalement raté par les champions de France...

Ce n'est pas fini, les Brûleurs de Loups descendent encore plus bas avec une défaite à Viry-Châtillon, 4-2, ce qui ne leur était pas arrivé depuis longtemps. Et voilà Grenoble éliminé sans gloire de la coupe d'Europe et neuvième au classement avec cinq points alors que Saint-Gervais et Chamonix en comptent douze... Pour Bernard Le Blond : "On avait fait beaucoup de travail physique en Tchécoslovaquie et on le payait."

Quand Clémenceau grogne

Et quoi de mieux que la venue de Tours pour se remettre dans le sens de la marche ? Certes, cette équipe a eu du mal à se remettre de son échec de l'an passé, le deuxième consécutif, et a perdu beaucoup de joueurs à l'intersaison : Roland Cloutier, Michel Lussier, Jean-Yves Decock, Guy Galiay, Serge Evdokimoff et Lachance. Elle est également privée en ce 6 novembre de Christophe Pasquier et Marc Audisio suspendus respectivement pour quatre et cinq matches. En revanche, Tours évolue bien avec son nouveau renfort Canadien Patrick Daley. Les Brûleurs de Loups sont eux au complet, sauf Wilfrid Girod, et ils ont une énorme envie de réussir. Ils vont y parvenir 4 à 1 dans un match où les Tourangeaux chauffent le banc des prisons avec 41 minutes dont une pénalité de match et deux de méconduite...

Les Grenoblois affrontent ensuite les trois promus à la suite. Amiens et Briançon sont facilement battus, et les Brûleurs de Loups terminent par un déplacement à Épinal, qui accède pour la première fois à l'élite sous la houlette de... Pete Laliberté ! Les champions de France souffrent pour s'imposer 4-3 devant une équipe soutenue par plus de 2 000 supporters dans une patinoire de Poissompré pleine à craquer. Après la phase aller, Grenoble est modestement sixième avec treize points alors que Saint-Gervais et Chamonix mènent la danse cinq points devant.

Jeu, set et match

Alors que Grenoble se passionne pour la finale de la Coupe Davis de tennis au Palais des Sports entre la France de Yannick Noah et les États-Unis de John Mac Enroe, les Brûleurs de Loups attaquent les matches retour chez le co-leader Chamonix par une nouvelle défaite 4-3 après avoir été mené 4-0. Et de trois matches consécutifs à l'extérieur avec un court déplacement à Lyon. Une équipe lyonnaise prête à tout pour éviter la Bérézina de l'an passé et qui y parvient puisque les Grenoblois ne s'imposent que 4-3. Il faut un Daniel Maric exceptionnel pour éviter une mauvaise surprise, avec cependant un but parfaitement valable refusé à Grenoble à cause d'un filet percé dans la cage lyonnaise...

Une bonne nouvelle quand même en cette fin d'année 82, la naturalisation française de Larry Huras. Le CSGG termine donc cette saison sans joueur étranger...

Reste que les Brûleurs de Loups sont scotchés à la sixième place et qu'il va bien falloir remonter vers l'air pur... C'est le cas le 11 décembre 1982, date anodine, sauf que c'est le jour de dépôt de la candidature de la France pour l'organisation des Jeux olympiques d'hiver par Albertville pour 1992...

En attendant, on s'apprête du côté de Grenoble a recevoir avec les égards qu'il mérite son voisin de Villard-de-Lans. Les Brûleurs de Loups réalisent enfin leur premier match parfait de la saison ! Un succès large 7-2 qui fait enfin gagner une place au classement aux Grenoblois et cette image d'Antoine Sangiorgio marquant un but en récupérant le palet en sortant de prison sous les clameurs de la foule ! Confirmation de ce retour grenoblois, à Megève, avec un succès 3-1.

Mais c'est le mardi 21 décembre que les Brûleurs de Loups signalent leur retour dans la course pour défendre leur titre. Ce soir-là, ils passent à la moulinette le leader Saint-Gervais. Les Haut-Savoyards ne tiennent que huit minutes : 7'05 but de Bernard Le Blond, 7'35 égalisation de Jean-Michel Boissonier et c'est tout.

Ensuite, Grenoble empile huit buts à la suite : Jean Le Blond (20e), Gary Brown (21e), Daniel Grillon (30e et 40e), Bernard Le Blond (42e), Gary Brown (48e) et Philippe Treille (53e et 55e) et encore, les Grenoblois vont se permettre de rater deux pénalties aux 34e et 60e minutes ! Finalement, le dernier mot étant pour St-Gervais avec un ultime but pour l'honneur de Franck Ganis ramenant son équipe à 9-2... Et cela continue, cinquième victoire consécutive juste avant Noël à Gap 7-4.

Finalement la trêve arrive trop tôt pour une équipe qui a enfin trouvé sa vitesse de croisière et qui se voit coupé dans son élan par le Père Noël... Le gros travail physique imposé par Josef Horesovsky commence à porter ses fruits.

Une trêve mise à profit pour assister à trois jours de hockey non stop au Palais des Sports. Deux tournois internationaux au menu : le tournoi international de Noël pour les séniors avec les Soviétiques du Khimik Voskresenk, les Finlandais de l'IFK Helsinki et une sélection de joueurs canadiens évoluant en Europe et un tournoi cadet avec les Autrichiens d'Innsbruck, les Allemands d'Essen, une sélection québécoise et le CSGG.

Et dans cette équipe cadette on remarque une belle ligne d'attaque (Jean-Luc Chapuis, Hervé Réolon, Jean-François Pointet), un défenseur d'avenir Jean-Marc Lonjon et un gardien de talent Jean-Marc Djian.

Jean-François Pointet, trop tôt disparu, est d'ailleurs un bel exemple de ces joueurs formés à Grenoble et qui ensuite ont fait une belle carrière partout en France (Nîmes, Avignon et Dijon). L'occasion d'honorer sa mémoire avec ses souvenirs enregistrés il y a une dizaine d'années : "Je suis né à Nouméa en Nouvelle-Calédonie, alors le hockey au départ... mais après les Jeux de 68, mes parents sont venus à Grenoble et ils voulaient absolument que je fasse du hockey, de plus j'habitais en face de la patinoire et mes meilleurs copains jouaient au hockey, alors il aurait été difficile de résister... J'ai débuté avec Pete comme entraîneur, il était vraiment génial pour faire aimer ce sport. Avec Hervé Réolon et Jean-Luc Chapuis nous jouions ensemble une année sur deux dans les catégories de jeunes, et c'est vrai que c'était une ligne qui marchait bien avec Hervé comme très gros patineur et Jean-Luc comme technicien. Ce tournoi cadet de Noël reste un super souvenir, car j'avais été choisi pour un reportage sur le hockey par [la chaîne de télévision] FR3 ! C'est vrai que ce club de Grenoble n'est associé pour moi qu'à des bons souvenirs, c'est un grand club et j'aimerai rendre hommage à notre entraîneur Noël Roudet qui s'occupait de nous comme un père". C'est nous qui te rendons hommage, Jeff...

En ce qui concerne le tournoi sénior, Le Khimik et l'IFK font match nul 5-5, les Finlandais battant les Canadiens 5-1 et les Russes en faisant de même 7-2 après une éblouissante démonstration du beau jeu soviétique...

Le début 1983 ressemble à la fin 1982 pour le CSGG qui engrange une sixième victoire de rang. Le 8 janvier, Grenoble prend la troisième place après sa victoire 7-1 contre Viry-Châtillon. Mais la belle série s'arrête brutalement à Tours avec une défaite 5-0, même si deux jours plus tard, le lundi (!) 17 janvier les Brûleurs de Loups passent leurs nerfs et dix buts à Amiens (10-2)..En revanche, nouvelle contre performance avec un nul 2-2 à Briançon. Heureusement, c'est beaucoup plus simple à la maison, avec un carton devant Épinal 13-1 !

Danse avec les Brûleurs de Loups

Voilà donc la première phase qui s'achève pour des Brûleurs de Loups rassurés après un début de saison proche de la catastrophe... Les play-offs débutent d'ailleurs par l'un des matches les plus spectaculaires de l'histoire du club peut être même qu'il pourrait rentrer dans un éventuel top 10 des plus beaux matches des Brûleurs de Loups. En tout cas, le genre de rencontre dont on se rappelle toute une vie !

Le CSGG reçoit ce soir-là le Gap HC. La partie est importante entre deux équipes traditionnellement en lutte pour le titre. Les Brûleurs de Loups ouvrent la marque rapidement par Larry Huras, dès la 3e minute, mais Philippe Combe inscrit deux buts avant que Bernard Le Blond en fin de tiers ne renvoient les deux équipes aux vestiaires à égalité deux partout. Même scénario en deuxième période avec Bernard Le Blond, encore lui, qui répond à Roland Cloutier : 3-3.

Mais alors que le match est conforme à ce que l'on attendait c'est-à-dire indécis, quelle mouche pique les Grenoblois dans la dernière période ? Quelle chose extraordinaire a eu lieu dans les vestiaires ? En tout cas, les champions de France réalisent le tiers-temps de leur vie ! Nicolas Ménage ouvre la danse des Brûleurs de Loups (41'25). Et c'est parti pour la folie ! Philippe Treille 5-3 à la 43e, Patrick Faure 6-3 à la 44e, Jean Le Blond 7-3 à la 45e, Patrick Faure de nouveau 8-3 à la 46e, Philippe Treille encore 9-3 à la 48e. Six minutes de répit pour les Gapençais et 10-3 par le défenseur Christian Billièras, puis 11-3 à trente secondes de la fin du match par un autre défenseur, Olivier Girod !

Les Brûleurs de Loups viennent d'une autre planète, la leur, capables de toucher le sublime comme de "ramer" dans un match qui ne les inspirent pas. Une véritable équipe d'artistes qui fait rêver la ville ! En effet, ce même soir, il y a un derby Grenoble-Thonon en deuxième division de football, à une époque où Thonon domine la D2, et bien il y a plus de monde à la patinoire qu'au stade municipal, à quelques encablures !

Quant aux Gapençais, ils n'ont toujours pas compris pourquoi le ciel leur est soudainement tombé sur la tête alors qu'il n'y avait pas le moindre nuage à l'horizon... Bernard Le Blond concède que cette équipe "avait parfois des moments de folie où tout marchait..."

C'est donc la tête dans les nuages que les Brûleurs de Loups se rendent le mardi suivant à Villard-de-Lans. Les Grenoblois réalisent à nouveau un match parfait, à l'échelle du derby bien sûr, où il n'est pas question qu'une équipe de craque totalement au risque d'en entendre parler pendant vingt ans... Le CSGG domine cette rencontre de la tête et des épaules, 7-1, Guy Dupuis privant Daniel Maric d'un blanchissage à deux minutes de la fin. "Une fois assimilé ce que demandait Josef Horesovsky il n'y avait plus de problème" se souvient Jean Le Blond.

Et les Brûleurs de Loups ont l'occasion de confirmer cette superbe entrée en matière en recevant leur meilleur ennemi de ces dernières années : Tours. Certes, les Tourangeaux ne sont plus aussi forts que les saisons passées, mais cela reste une superbe affiche. La preuve : 2 000 supporters s'entassent dans Clémenceau pour une rencontre tendue qui s'achève sur un score de parité 5-5. Malheureusement, au classement général, cela fait un point de perdu sur Saint-Gervais...

Le miracle ne siffle pas trois fois

Un pays du Mont-Blanc que les Brûleurs de Loups visitent avec un déplacement dans le magnifique Palais des Sports de Megève pour un beau succès grenoblois 5-3. Revoilà le CSGG dans le sens de la marche surtout que c'est Viry-Châtillon qui vient à Grenoble. Une équipe castelviroise renvoyée à ces chères études 7-2 (l'équipe de l'Essonne est composée en grande partie d'étudiants...).

Avec un seul point perdu depuis le début des play-offs et huit matches consécutifs sans défaite, le CSGG est prêt à aller défendre chèrement son titre chez le leader : le Hockey Club de St-Gervais. La patinoire sangervollaine est pleine à craquer (avec de nombreux supporters dauphinois) et les deux équipes savent que le titre se joue maintenant.

Dans une ambiance électrique, les locaux ouvrent la marque par André Péloffy dès la 5e minute. Les Dauphinois égalisent à la 24e minute par Wilfrid Girod, ce qui donne le coup d'envoi de la course-poursuite. Trois minutes à peine et André Péloffy, redonne un but d'avance aux siens, suivi une minute plus tard d'un troisième but haut-savoyard par André Leprégassin. Mais les Brûleurs de Loups recollent à la mi-match par Daniel Grillon puis à vingt secondes de la fin du tiers par Jean-François Beaudoing. 3-3, tout se joue dans l'ultime période...

Mais il faut attendre les cinq dernières minutes avec un but de chaque côté Patrice Alotto puis Philippe Treille, 4-4, rien n'est fait. Sauf qu'à... dix secondes seulement de la fin de la rencontre, André Péloffy inscrit son troisième but de la soirée et crucifie les Grenoblois.

Ce soir-là, le sentiment de frustration est immense dans le camp grenoblois, tout le monde sentant bien qu'une page s'est tournée... Pour dix petites secondes, il n'y a pas eu de troisième miracle en trois ans. "On a manqué de métier, on s'est fait avoir par l'expérience des Peloffy et consorts, c'est rageant de perdre son titre comme cela" se souvient Daniel Maric.

Et en effet, le titre de champion de France est parti pour de longues saisons dans la région de St-Gervais-Megève...

Goulasch saumâtre

En attendant, place à la trêve pour permettre à l'équipe de France de partir aux championnats du monde du groupe C qui se déroulent cette année-là à Budapest en Hongrie.

Les Grenoblois sont les plus nombreux avec six joueurs sélectionnés par Jacques Tremblay et Pete Laliberté. Il y a bien sûr dans les cages Daniel Maric, un petit nouveau en défense, Joël Chapuis, et quatre attaquants classiques  Jean et Bernard Le Blond, Philippe Treille et Gary Brown.

Les Français réalisent un parcours bien moyen, terminant cinquièmes. Bref, la France est encore engluée pour de longues années dans les marécages du groupe C... Un Mondial mi-figue mi-raisin pour les Grenoblois, Philippe Treille n'a pratiquement pas joué, blessé au genou, les frères Le Blond ont été critiqués par l'entraîneur national (et de St-Gervais) Jacques Tremblay.

"Le courant ne passait pas du tout avec lui et avec certains Franco-Canadiens, il y avait même deux clans. En tant que capitaine, je l'ai ouverte et cela s'est terminé en engueulade", explique Jean Le Blond avant de préciser : "En arrivant, je savais de toutes façons que c'était mon dernier Mondial". Il ajoute même une pique : "Si l'on avait eu de meilleurs entraîneurs, on serait même monté plus tôt en groupe B."

En tout cas, les retrouvailles avec Jacques Tremblay seront animées lors des prochains Grenoble - Saint-Gervais, que voulez-vous, quand le courant ne passe pas... Philippe Treille confirme ces mauvais rapports : "Ce Mondial a été une catastrophe, ensuite on a été évincés de l'équipe de France pour être remplacés par une vague de joueurs naturalisés..."

En revanche, Daniel Maric a joué tous les matches dans les cages tricolores et le jeune Joël Chapuis a été très bon. Joël dont se sera cependant le seul mondial senior et pour une raison toute simple : "J'ai commencé ensuite à travailler, un travail de paysagiste très physique, neuf heures par jour, avec les entraînements et les matches, j'étais épuisé et mon niveau s'en est ressenti. Avec du recul, j'aurais bien aimé tenter l'expérience de ne faire que du hockey pour voir quelle carrière j'aurai pu faire en équipe de France. J'ai été contacté par de nombreux clubs, mais j'ai opté pour le boulot, poussé par mes parents..."

Si près si loin

En attendant les splendeurs retrouvées de l'équipe de France et avant le retour au championnat de Nationale 1A, les Grenoblois retrouvent le rythme avec une victoire en amical 6-4 face à Villard.

Les play-offs reviennent avec la réception à Clémenceau de Chamonix. L'occasion de jeter dans le grand bain des jeunes comme Jean-François Pointet, Régis Chapuis ou Olivier Mutin. Daniel Grillon, lui, est absent... Mais il a une bonne excuse, il se marie chez lui à Reims ! Une équipe chamoniarde qui ne pèse pas lourd, devant encore 2 000 spectateurs, avec un succès grenoblois 6-3. Au classement, cela se resserre, Grenoble est troisième à trois points de Chamonix et à quatre de St-Gervais qui a encaissé un très surprenant 16-4 à Viry-Châtillon !

Les Brûleurs de Loups ont cependant encore la flamme dans ces play-offs, ils enchaînent les larges succès, comme lors des deux dernières années où ils ont fini à chaque fois sur les chapeaux de roues. Une victoire 6-3 à Gap mais où tout était joué avec un 4-0 dès le premier tiers. Le tout enchaîné avec une claque 8-1 infligée aux Ours du Vercors. Il faut dire que la semaine précédent ce derby, les Ours ont perdus leur pièce maîtresse, l'attaquant Guy Dupuis, reparti au Canada car blessé. Un départ dans l'incompréhension mutuelle, puisque l'on annonce déjà la signature de Guy Dupuis à St-Gervais pour l'année suivante...

Les Brûleurs de Loups planent en cette fin de saison et gagnent leurs trois rencontres suivantes. Malheureusement, devant au classement, Saint-Gervais ne cède pas non plus. Le titre se joue véritablement lors de l'avant-dernier match de la saison et la venue à Grenoble du leader St-Gervais devant près de 3 000 spectateurs. Sauf que les Grenoblois chutent lourdement 6-2. C'est fini, les Brûleurs de Loups perdent leur titre. Pas de passe de trois. Gary Brown peut alors déclarer dans les colonnes du Dauphiné Libéré : "Je suis déçu, car je n'aime pas perdre chez moi.".

Avouons cependant que cette équipe de Saint-Gervais 1983 a fière allure avec 14 internationaux : quatre en séniors, cinq en juniors 20 ans et cinq en juniors 18 ans.

Cependant pour Larry Hura, il n'aura pas manqué grand-chose aux Brûleurs de Loups, juste que le changement d'entraîneur se fasse mieux en début de saison : "C'était un choix curieux de Serge Bocquet de changer d'entraîneur à l'intersaison, car cela se passait très bien avec Gary. Je pense que Serge a voulu passer un cran supplémentaire. Le problème était que Josef ne parlait pas français et donc la communication ne passait pas bien. Il parlait en allemand, je traduisais, mais ni lui ni moi ne parlions très bien cette langue. En fait, il nous a manqué tout simplement du temps cette année-là pour mettre les choses en place..."

Gary précise : "Ce changement de style nous a certes fait perdre quelques matches en début de saison, mais d'un autre côté, on a tellement appris avec Josef, qui était un entraîneur très compétent... Alors, peut-être que Serge aurait dû le faire venir juste un an plus tard, après un troisième titre, et pas quand l'équipe n'était pas encore en fin de cycle."

La saison s'achève par une autre mauvaise nouvelle, Larry Huras quitte les Brûleurs de Loups après trois ans au club. "Je ne cherchais pas à partir, et puis Gap, comme j'étais devenu Français, m'a fait une très bonne offre qu'ils n'ont d'ailleurs pas totalement tenue puisqu'ils m'avaient promis un travail pour ma femme... Serge (Bocquet) a dû croire que je faisais juste monter les enchères... Cela s'est finalement passé sans que ni moi ni Grenoble ne souhaitions vraiment nous séparer !" Son cadeau d'adieu aura été deux buts inscrits pour son dernier match à Chamonix.

Larry, de son propre aveu, "ne garde que des bons souvenirs de ces trois ans à Grenoble. On était un très bon groupe de copains qui s'amusaient beaucoup, une équipe avec beaucoup de têtes de mules, mais des super gars. D'ailleurs on reste en contact, cela nous arrive également de se retrouver totalement par hasard, comme un été, au fin fond de la Finlande, où j'étais avec Zurich pour un match amical et où je suis tombé sur la famille Treille au grand complet avec les deux fils Yorick et Sacha !" Le monde est tellement petit que l'on retrouvera peut-être un jour Larry à Grenoble !

Buteurs en championnat 1982/83 : Bernard Leblond 34, Philippe Treille 30, Jean Leblond 27, Daniel Grillon 23, Jean-François Beaudoing 20, Gary Brown 19, Larry Huras 16, Patrick Faure 13, Nicolas Ménage 12, Antoine Sangiorgio 7, Bernard Séguy 5, Christian Billiéras 3, Wilfrid Girod 2, Robin Dauphin 2, Olivier Girod 2, Daniel Grando 2, Joël Chapuis 1.

Buteurs en Coupe d'Europe 1982/83 : Jean-François Beaudoing 2, Bernard Leblond, Antoine Sangiorgio, Larry Huras et Philippe Treille 1.

 

En queue de poisson

On pouvait croire, après le titre manqué d'un cheveu, que les BDL étaient toujours capables d'être champions... On se trompait. Des changements d'importance dans l'effectif grenoblois en cette saison orwellienne.

Les vice-champions de France ont donc perdu un grand bonhomme en défense, Larry Huras parti à Gap.Pour des raisons financières, pas de renfort étranger, il faut faire confiance à la formation. Stéphane Vissio est désormais titulaire : "J'étais dans le grand bain, titulaire toute l'année !"

Mais c'est l'attaque qui est la plus transformée avec le retour d'Amiens de l'international Jean-Paul Farcy, qui a tant manqué l'an passé, mais qui ne revient pas dans les meilleurs conditions : "Je suis revenu un peu hors de forme, car j'étais à l'armée, je n'ai donc pas pu faire le camp d'entraînement avec l'équipe et il n'y avait pas de glace au Bataillon de Joinville. Je n'ai donc pas pu jouer en début de saison. Bernard Le Blond m'avait prévenu que l'année de l'armée était difficile, malgré tout je pense avoir fait une bonne année, car c'est bien revenu ensuite."

Pour compléter l'effectif, on incorpore de jeunes attaquants du club comme Hervé Réolon, Olivier Mutin ou Jean-Luc Chapuis, le cousin du défenseur Joël : "J'avais 16 ans, j'arrivais dans une équipe au sommet avec des joueurs bien installés. Cela s'est très bien passé, car j'ai joué avec deux super joueurs, Willy Girod et Jean-François Beaudoing, et ça a payé puisque j'ai inscris onze points en onze matches."

Arrivée en gare de Grenoble du Trans-Bohémien-Express en provenance de Plzen !

Mais la plus grosse sensation, c'est le renfort en attaque - et le mot renfort n'est pas faible - de Bohuslav Ebermann. Celui que l'on surnomme "Boja" est une véritable star internationale. 195 fois international tchécoslovaque, deux fois champion du monde en 1976 et 1977, six fois vice-champion du monde, trois fois médaillé aux Jeux Olympiques dont l'argent en 1976, champion d'Europe junior, vainqueur du tournoi des Izvestia à Moscou où il a donné le tournis au grand Tretiak lui-même, deux fois champion de Tchécoslovaquie sénior, meilleur joueur tchécoslovaque aux championnats du monde 1977, 1978 et 1979, dans l'équipe-type des championnats du monde 1978, porte-drapeau de la délégation tchécoslovaque aux Jeux Olympiques de Lake Placid en 1980... N'en jetez plus !

C'est le plus beau palmarès de toute l'histoire du championnat de France ! Bohuslav Ebermann est une légende vivante dans sa ville de Plzen où il a toujours été fidèle au club local, le Skoda Plzen, mais également dans son pays. Alors, certains disent en cette avant-saison : oui, mais il a 35 ans...

Ces gens-là n'ont pas encore vu en action le "Trans Bohémien Express" qui va enrhumer pendant sept ans toutes les défenses de France et devenir l'idole de Clémenceau. Le plus grand depuis un certain Pete Laliberté.

C'est d'ailleurs dans le pays de Boja que les Grenoblois se rendent (en car !) pour leur stage de préparation estivale : à Hradec-Kralove, au cœur de la Bohême. Un programme de fer concocté par Josef Horesovsky : trois heures de glace, autant de musculation et de condition physique par jour. Un rythme soutenu qui se solde par de belles victoires en amical lors du retour à Grenoble, 9-1 contre les Nottingham Panthers et 11-6 face au Genève-Servette.

Le calendrier n'a pas été trop méchant pour les vice-champions de France qui débutent la saison 1983/84 en recevant le promu Caen et ses trois recrues : l'attaquant canadien Benoît Gosselin, l'attaquant en provenance de Chamonix Jean-René Tapia et le gardien Jean-François Druel qui arrive de Gap. Une entrée en petite foulée avec un succès 6-1, avec déjà Boja Ebermann présent sur quatre des six buts : un but et trois assistances !

La deuxième rencontre est franchement beaucoup plus difficile avec un déplacement à Gap, le soir où la France, d'un certain âge quand même, pleure la mort de Tino Rossi... La nouvelle équipe de Larry Huras a des ambitions pour cette saison avec les arrivées du gardien villardien Patrice Gervasoni, de l'attaquant slovaque naturalisé français Peter Almasy et le retour de l'entraîneur tchèque Zdenek Blaha. Les Brûleurs de Loups s'inclinent d'ailleurs de peu 7-6. Mais bon, cette défaite n'est pas trop grave, car les Dauphinois ont autre chose en tête.

Le retour de la vengeance

Cette autre chose, c'est la réception de Saint-Gervais, le champion de France, qui enregistre deux arrivées de marque, les Canadiens de Villard, Guy Dupuis en attaque et François Ouimet en défense. Les Brûleurs de Loups ont encore en travers de la gorge leur défaite l'an passé dans la course à leur troisième titre consécutif. Ce match, ils en rêvent depuis le stage de préparation... Et bien, ils ne vont pas le rater !

Vous savez, ces matches où Clémenceau bascule dans quelque chose qui ressemble à de l'irréel, où l'on a l'impression que rien ne peut arriver aux Brûleurs de Loups. Le champion est laminé par le vice-champion 9-1 ! Avec en prime, le retour en défense de Philippe Muscara, l'ancien international grenoblois qui avait arrêté la compétition après le deuxième titre. Le tout dans une ambiance aussi chaude qu'un bain turc... On commence même à noter un groupe d'étudiants particulièrement bruyants qui investissent à chaque rencontre la tribune G...

Le Dauphiné Libéré, sous la plume de Jean-Loup Dalaison, peut titrer "Grenoble roulait au super !" et préciser dans l'article "Grenoble : une équipe avec un E capitale !". Quant à Jacques Tremblay, le coach de St-Gervais, il est devenu la véritable tête de turc du public de Clémenceau, surtout depuis qu'il a écarté de l'équipe de France les idoles de Clémenceau que sont les frères Le Blond.

La machine est lancée. Cela se confirme par quatre nouveaux succès, dont un 4-2 contre Chamonix qui a engagé le Canadien Louis Coté en défense et qui a vu Luc Tardif devenir français. Les Grenoblois sont premiers au classement avec un point d'avance sur Gap et Chamonix et deux sur Saint-Gervais.

La Boja dépendance

L'impression de puissance en attaque et de flottements en défense (Larry Huras est quand même parti) se confirme lors de la venue de Tours avec son nouvel attaquant franco-américain Jacques de Saint-Phalle (10-8). Cela fait 7 victoires en 8 matches et 66 buts inscrits (8,25 par match !) dont 18 rien que pour Boja et encore, on vous fait grâce de ces innombrables assistances.

Mais Boja ne peut pas tout faire, lors du premier derby de la saison, sur le plateau, il inscrit certes un but et fait une passe décisive à Philippe Treille à deux minutes de la fin, mais c'est insuffisant et les Brûleurs de Loups s'inclinent 3-2... Un match placé sous le signe de la Tchécoslovaquie avec deux entraîneurs de ce pays : Josef Horesovsky à Grenoble et Vaclav Libora à Villard-de-Lans et avec les deux attaquants vedettes également issus de ce grand pays de hockey, et d'ailleurs amis dans la vie, Boja et Jiri Novak. Les deux hommes se séparant sur un score de parité dans leur duel personnel : un but et une assistance chacun.

Le déplacement suivant est aussi perdu d'un but avec un revers 3-2 à Viry-Châtillon. Une équipe castelviroise emmenée par son nouveau défenseur américain Bruce Raboin, mais surtout entraînée par Pete Laliberté en provenance d'Épinal... On se dit qu'une visite chez le promu Caen va faire oublier tout cela... Et non, nouvelle déception avec un nul peu glorieux 5-5. Il faut quand même préciser que durant la semaine, on avait changé d'entraîneur à Caen : Jean-René Tapia remplaçant Claude Dolbec, le fameux déclic psychologique !

Mais l'on touche le fond avec une défaite à domicile, et large en plus, 6-2 devant Gap, le leader pour un match dans une patinoire archi comble, où l'on avait fermé les guichets...

Tiens, revoilà l'homme au chapeau

Alors, bon, cela commence à bien faire, voilà donc l'heure de la rébellion avec un déplacement à Saint-Gervais, le 10 décembre. Dans les colonnes de l'Équipe Magazine, l'entraîneur canadien de Saint-Gervais et de l'équipe de France, Jacques Tremblay, l'homme à l'éternel chapeau sur la tête, a déclaré qu'il ne rêvait que de revanche depuis le 9-1 encaissé à Grenoble, qu'il n'en dormais plus, en attendant le match retour... Déclaration bien imprudente, qui a le mérite de réveiller l'orgueil d'un groupe à côté de ses patins depuis un certain temps. Les Dauphinois retrouvent leur hockey et dominent pour la seconde fois de la saison le champion de France, en s'imposant 7-4.

Mais le malade n'est pas encore totalement guéri. La preuve, après avoir fait le plus difficile le samedi, il échoue le mardi suivant devant le plus facile, et s'incline à domicile 4-3 face à un mal classé, Briançon. Dire que rien n'a marché ce soir-là est un euphémisme. Le CSGG passe pratiquement 55 minutes sur 60 dans le camp briançonnais pour ne marquer que trois fois dont le dernier à la 59e minute...

Impression de malaise confirmée à Chamonix, co-leader avec Gap, avec cinq points d'avance sur les Grenoblois. Les Grenoblois retrouvent certes la "pêche" en attaque en marquant huit buts, mais une nouvelle fois, la défense pèche en encaissant également huit buts... Une fois encore, tout s'est joué en toute fin de match avec trois buts grenoblois entre la 51e et la 57e, avant qu'un certain Yves Crettenand n'égalise pour les Chamoniards...

C'est Amiens qui paie la note

Deux victoires en huit matches, l'excellent début de saison est bien loin. D'ailleurs Boja Ebermann, le thermomètre du club, n'a marqué que cinq fois au cours de cette mauvaise période. Il est donc impératif de se reprendre avec la venue d'Amiens. Et les Picards paient pour les autres avec l'une des plus larges victoires de l'histoire du club : 16-0. Vous avez bien lu ! Boja Ebermann marque un quadruplé et Hervé Réolon son premier doublé.

Juste après Noël, en guise de cadeau, les amateurs de hockey ont la joie de voir évoluer à Clémenceau les redoutables Tchèques du TJ Motor Ceske Budejovice, troisièmes de leur championnat national, qui s'imposent 7-5. Les internationaux grenoblois sont eux à Copenhague avec l'équipe de France.

6-2 à Épinal, c'est le premier résultat de 1984. Un match durant lequel Wilfrid Girod est expulsé, alors qu'il a auparavant reçu un coup de crosse au menton. Une embellie de courte durée qui s'achève par une défaite "journées portes ouvertes" 11-7 à Tours.

Si tu recules...

Bref, ce n'est pas encore le Pérou ! Surtout que voilà les Ours du Vercors qui sortent de leur tanière pour venir dans la vallée... Ils avaient remporté le match aller chez eux et comptent bien profiter de la période tristounette de leurs voisins. Les Villardiens ouvrent la marque dès la première minute par Derek Haas, Boja égalise une minute plus tard, les Ours reprennent l'avantage à la 9e par Jean-Yves Pesenti. En début de seconde période, les Brûleurs de Loups inscrivent trois buts consécutifs par Wilfrid Girod (23e), Bernard Le Blond (25e) puis Daniel Grillon (29e) pour mener donc 4-2, mais Derek Haas égalise à lui seul (31e et 45e). Mais au final, Grenoble tue le match en deux minutes à la 46e par Wilfrid Girod et à la 48e par Gary Brown. Ensuite, comme à son habitude dans les grands moments, Daniel Maric ferme la boîte.

"Et Villard recula..." titre le lendemain le Dauphiné Libéré. Un titre qui entraîne une guéguerre interne au journal. Le correspondant villardien du quotidien n'apprécie pas le jeu de mots (Villard-Reculas est le nom d'une station de l'Oisans) et réplique deux jours plus tard dans l'article dit de "retour", en titrant lui : "Villard n'a pas reculé"... Le derby également dans la presse !

En eau de boudin...

Témoin d'une saison qui commence à tourner en eau de boudin, en cette fin janvier, l'entraîneur Josef Horesovsky écarte du groupe le défenseur Robin Dauphin pour indiscipline. Il ne viendrait pas assez à l'entraînement, d'après le technicien tchèque. Comme si cela ne suffisait pas, Bernard Le Blond se fracture le péroné à l'entraînement suite à un slap de son coéquipier Joël Chapuis.

Seule bonne nouvelle, le premier but en équipe première de Jean-Luc Chapuis contre Viry-Châtillon (9-3).

La première partie de la saison se termine donc pour des Brûleurs de Loups en dents de scie : remarquable au début sur leur lancée de leur stage de préparation en Tchécoslovaquie puis en chute libre avant de relever un peu la crosse.

Les hommes de Josef Horesovsky attaquent cependant la phase finale avec sept points de retard sur Gap et trois sur Saint-Gervais. Des play-offs qui débutent par une visite à la tanière de l'ours... Une tanière que les BDL dévastent allégrement avec l'une des plus larges victoires grenobloises sur le plateau de la longue histoire du derby. Ils s'imposent 11-4 sous les chants de leurs nombreux supporters et avec un chaleureux "Merci les gars" scandé par Gary Brown alors que les Grenoblois sortaient de la glace sous une haie d'honneur. Seul bémol, les 31 points de suture pour Jean-Paul Farcy suite à un coup de crosse de Daniel Germani.

Le match suivant, les Grenoblois l'attendaient depuis longtemps. Ils n'avaient pas apprécié leur défaite à domicile lors de la première phase contre Briançon après avoir dominé comme il n'était pas possible de le faire. Ils se vengent 11-1 avec un festival de la doublette Treille-Ebermann, six points chacun.

Cette poule finale 1984 démarre bien avec un autre succès 6-2 à Chamonix. Un match décalé de quelques jours suite à une grève des routiers bloquant la vallée de Chamonix et l'accès au Tunnel du Mont-Blanc.

Mais il faut confirmer et surtout rattraper les points perdus lors de la première phase en accueillant le CS Megève qui reste sur douze matches sans défaite. Il faudra se contenter d'un nul 4-4 et d'un poteau de Jean-Paul Farcy à deux minutes de la fin...

Qu'à cela ne tienne, les hommes de Josef Horesovsky enchaînent les succès. Tout d'abord, le 6 mars, St-Gervais qui s'incline pour la troisième fois en trois matches, pour le retour de blessure de Bernard Le Blond ! Une victoire à Grenoble 7-5, qui fait encore s'étouffer de rage Jacques Tremblay, pas vraiment apprécié du public grenoblois, toujours aussi taquin...

Ensuite à Viry-Châtillon avec un (petit) succès 3-2. Le but de la victoire étant inscrit à deux minutes de la fin du match, alors que sur l'attaque précédente, Daniel Maric arrête un palet très chaud... Enfin à Gap, 5-4, sans Josef Horesovsky, rentré à Prague d'urgence suite au décès accidentel d'un membre de sa famille.

Rien ne remplace l'Amitié

En cette année olympique, les grandes nations sont aux Jeux de Sarajevo en Yougoslavie.

Les Français n'étant pas qualifiés pour le tournoi dans la capitale bosniaque, ils doivent se contenter du tournoi de l'amitié (trophée Thayer Tutt) qui regroupe les équipes des groupes B et C non qualifiées. Un tournoi de "remplacement" puisqu'il n'y a pas à l'époque de championnats du monde en année olympique.

Or, ce "tournoi de l'amitié", de haut niveau quand même, se dispute cette année à Grenoble et Villard-de-Lans.

Les Tricolores (avec trois Grenoblois : Daniel Maric, Philippe Treille et Jean-Paul Farcy) le préparent avec deux victoires, à Grenoble 7-4 le 13 mars contre les Canadiens de Sherbrooke puis à Villard, contre les Pays-Bas 7-5.

Le tournoi de l'amitié débute le mardi 20 mars à Grenoble avec France-RDA. Les Allemands de l'est qui avaient atomisé les Français 20-0 il y a quatre ans lors du précédent tournoi de l'amitié, se "contentent" d'un 6-3 cette année... Le lendemain à Villard, les Français concèdent le nul 4-4 face aux Roumains, avant le choc à Grenoble contre l'ogre suisse. Les Coqs se font voler dans les plumes 7-2, même s'ils menaient 2-1 jusqu'à la 42e minute... Il faudra attendre le dernier match le jeudi 29 mars pour voir une victoire française, 7-3 devant la Chine, que les Tricolores laissent à la dernière place, à égalité de points.

Seule consolation pour les Bleus, Daniel Maric est élu meilleur gardien du tournoi... Pour Jean-Paul Farcy également, ce "tournoi de l'amitié" reste "un bon souvenir, j'avais fait un bon tournoi".

Après l'amitié, Villard

Le championnat reprend à Clémenceau contre Villard, histoire de rester dans l'amitié, une victoire 4-1. Les Villardiens avaient ouvert la marque dès la 3e minute avant de s'éteindre. Malheureusement cette série exceptionnelle de victoires en championnat, cette remontée vers les sommets s'interrompt, comme lors de la première phase, contre Briançon. Une défaite 7-6, malgré un triplé de Boja Ebermann. Serge Bocquet, le président du CSGG, peut se déclarer "très déçu" le lendemain dans le journal.

Les Brûleurs de Loups maintiennent la flamme en battant Chamonix 8-6 suite à un combat de rue avec 58 minutes de prison distribuées au premier tiers. Mais ce week-end là, on fête avant tout les jeunes pousses du club, puisque les poussins sont sacrés champions de France pour la première fois. Ils ont remporté leurs trois matches du tournoi final disputé à Clémenceau : 9-0 contre Conflans-Sainte-Honorine, 4-3 devant Reims et 11-0 face à Épinal. Dans cette équipe championne, quelques noms : Huet, Carry, Bourgey, Tartari, Fontanel, Novella...

Pour leurs aînés, il ne reste que quatre matches et tout peut arriver, même le crash... Un crash qui se produit d'entrée lors d'un déplacement capital chez le leader Megève dans son palais des sports archicomble. Les Brûleurs de Loups veulent reprendre leur couronne nationale, ils vont connaître un véritable cauchemar. Une défaite 11-2 qui sonne comme la fin d'un chapitre brillant.

Le dernier combat, perdu, d'une génération qui aura tant gagné. Il y aura un avant et un après Megève-Grenoble 84. D'ailleurs, dès le surlendemain, le titre du Dauphiné Libéré est clair: "Tout baigne dans l'huile... rance !".

Lors de ce match, Josef Horesovsky s'est passé de trois joueurs clés : Philippe Treille, Daniel Grillon et Jean-Paul Farcy. Il a également fait rentrer le gardien remplaçant, le junior Jean-Marc Djian à la place de Daniel Maric au troisième tiers. Les noms d'oiseaux ont volé dans le vestiaire... Aujourd'hui, avec le recul, Daniel Maric regrette que cela ce soit terminé comme cela avec son club formateur : "On a tous fait beaucoup de bruit pour rien dans cette histoire, cela ne valait pas la peine de s'énerver comme cela."

Une terrible soirée, Stéphane Vissio se souvient : "Nous, les jeunes, on était tous à fond derrière Josef, on l'adorait, c'est pour moi le meilleur entraîneur que j'ai eu, ses entraînements étaient très physiques et on aimait ça. Mais c'est vrai que ce match à Megève reste un très mauvais souvenir, je me casse la malléole et le genou et on perd le titre ! Ce fut le premier moment vraiment difficile de ma carrière."

Un ressort est brisé, cela se sent dès le match d'après où, enfin, St-Gervais prend sa revanche en battant Grenoble en Haute Savoie 9-5. Oh, il y aura bien ce dernier soubresaut avec ce 11-0 à domicile contre Viry-Châtillon, mais c'est fini. Le dernier match de l'année se termine par une défaite à la maison, 6-4 contre Gap, comme une annonce des années difficiles à venir.

"On avait peut-être moins envie après nos deux titres, explique Jean-François Beaudoing, en plus, c'est une période charnière dans le hockey français avec l'arrivée, parfois massive dans certains clubs, de Franco-Canadiens. Le niveau de ces équipes à donc monté et comme nous, on avait gagné nos titres d'extrême justesse, il était un peu logique que l'on recule au classement."

Une saison abordée dans l'euphorie et qui s'achève par des grimaces, à la quatrième place. C'est Megève qui est champion pour la première fois de son histoire.

Ne me parlez pas de Paris !

Les nouvelles sont mauvaises, les nuages noirs s'annoncent. L'équipe connaît une hémorragie, en particulier en direction de Paris où les Français Volants renaissent de leurs cendres avec d'énormes moyens, un gros sponsor, la radio Europe 1, et un outil exceptionnel : le Palais omnisports de Paris Bercy et ses 14 000 places. Ils sont trois Grenoblois et pas des moindres a succomber aux chants des sirènes de la capitale.

Daniel Maric : "Financièrement, c'était intéressant, mais quel dommage que le club parisien ait aussi mal géré la grosse somme d'argent qu'il avait et que les autres clubs se soient ligués contre les Volants. Le hockey français a raté une belle occasion de rentrer dans le professionnalisme."

Bernard Leblond : "Ils m'ont contacté durant l'été. À Grenoble c'était pratiquement amateur, j'avais donc un travail. Les Volants, c'était l'occasion de tenter l'aventure du professionnalisme. Cela m'a d'ailleurs relancé puisque j'ai pu revenir en équipe de France."

Jean-Paul Farcy : " Je voulais rester à Grenoble, mais j'avais arrêté mes études et il fallait donc que je vive."

En revanche, Philippe Treille refuse de partir aux Volants : "Je n'avais pas envie de devenir une sorte de mercenaire, j'étais bien à Grenoble avec ma famille. Pour moi, le hockey a toujours été un plaisir, pas un travail, je gagnais ma vie en dehors du hockey, alors, pourquoi partir ?"

Un véritable choc, en tout cas, pour le supporter qui a du mal à voir partir des joueurs aussi importants dans l'histoire du club. Il faut se faire à cette douloureuse idée : pendant quelques saisons, Grenoble ne pourra plus lutter pour le titre.

Pourtant, se souvient Daniel Maric, "Cette équipe de Grenoble, c'était une vraie bande de copains, on s'entendait tous très bien et s'il y avait des coups de gueule, c'était juste à cause de grosses personnalités. Tout le monde était très sérieux et motivé sur la glace, sans se prendre au sérieux hors glace, une vraie équipe avec du caractère !" Belle description et bel hommage à ses anciens coéquipiers.

Pour Bernard Leblond il s'agit "des bonnes années de [sa] carrière avec vraiment une super ambiance dans ce club." Quant à Jean-Paul Farcy, lui qui était arrivé d'Amiens pour être champion de France, il ne conserve que des bons souvenirs de Grenoble : "Ce sont des souvenirs magnifiques avec des joueurs exceptionnels, dont mon ami Philippe Treille, ainsi que le regretté président Serge Bocquet. En plus, c'est vraiment une ville de hockey et un lieu très agréable à vivre avec la montagne et la mer pas loin et des gens sympa, vraiment c'était parfait..."

Qu'ajouter ?

Buteurs en championnat 1983/84 : Bohuslav Ebermann 48, Philippe Treille 39, Jean Leblond et Jean-Paul Farcy 22, Wilfrid Girod 19, Gary Brown et Daniel Grillon 18, Jean-François Beaudoing 16, Bernard Leblond 12, Bernard Séguy, Joël Chapuis et Stéphane Vissio 4, Robin Dauphin, Patrick Faure, Hervé Réolon, Jean-Luc Chapuis, Christian Billiéras et Olivier Mutin 2.

 

La jeunesse pour sauver ce qui peut l'être

Pour remplacer les éléments de valeur partis aux Français Volants, la direction du club n'a pas d'autre choix financier que de faire confiance aux jeunes. Les Brûleurs de Loups 1984-85 comptent onze internationaux juniors et une moyenne d'âge de 22 ans seulement.

Un à un les "anciens" s'en vont, c'est le cas d'Antoine Sangiorgio, arrivé en équipe première des Brûleurs de Loups en 1972 et qui met un terme à sa carrière : "Suite à un coup de crosse, j'ai dû m'arrêter un an et demi, j'ai bien essayé un peu de rejouer, mais ce n'était plus possible..." Antoine Sangiorgio, deux titres de champions et douze saisons chez les Brûleurs de Loups !

On retrouve dans les cages Jean-Philippe Schoch, formé à Strasbourg et gardien de l'équipe de France junior : "À Saint-Gervais, avec Jean-François Ribordy, on était deux pour le poste de gardien. Le président Bernard Goy voulait nous faire signer tous les deux en disant, on débute d'abord la saison et on verra ensuite pour les conditions de contrat et de jeu ! Je ne voulais bien évidement pas de cela. Or, j'avais fait une demande pour rentrer dans l'école de kiné de Grenoble. Mon dossier a été accepté et le même jour, Serge Bocquet, me demandait de venir justement à Grenoble... C'était donc parfait !"

Jean-Philippe Schoch est secondé par l'inamovible Serge Djian, son frère Jean-Marc étant parti à Villard : "Cela s'est passé bizarrement, comme un chassé-croisé durant l'été. Au départ Daniel Maric restait à Grenoble, donc j'avais pris des contacts avec Villard car j'estimais que la place de second gardien à Grenoble revenait naturellement à mon frère Serge et puis, Daniel est finalement parti à Paris, j'aurai donc pu rester et jouer avec mon frère, mais j'avais déjà donné ma parole à Villard, alors..."

Autre départ à Villard, celui de l'attaquant Jean-François Beaudoing : "Une page s'était tournée à Grenoble, il y avait moins d'esprit d'équipe et de feu sacré. Ce n'était plus le Grenoble que j'avais connu. En partant chez les Ours, je voulais retrouver cet esprit de clocher que je ne retrouvais plus à Grenoble". Mais évidement, le hockey mineur, cinq années en équipe première et deux titres de champions de France, ça marque : "Grenoble, cela reste une excellente période de ma vie, avec que des bons souvenirs : le jeu, l'ambiance, les copains... Il n'y avait pas encore d'argent dans le hockey mais beaucoup d'amitié."

En défense, issu des rangs juniors du club, Eric Kull, et en provenance d'Annecy, un autre junior, Lionel Riotton. Pour les encadrer, un ancien, Christian Billièras, et des jeunes avec de l'expérience comme Bernard Séguy et Joël Chapuis; plus l'international junior Stéphane Vissio qui avait déjà fait une année en sénior.

Des nouveaux venus donc d'ailleurs. Frédéric Pelissier, champion de France avec Megève : "J'avais envie de découvrir autre chose que mon village. Grenoble c'était l'occasion de connaître la ville. D'ailleurs, lors du départ pour le stage, je suis arrivé le premier, tout seul devant la patinoire du boulevard Clémenceau, je n'en menais pas large ! Mais heureusement, je connaissais pas mal de joueurs issus de l'équipe de France junior et l'intégration a été vraiment géniale !"

Arrivée également de Pierre-Yves Gerbeau, formé aux Français Volants mais pas retenu dans l'équipe de "vedettes" qui doit briller à Bercy : "Lors du Mondial junior de Caen, j'avais décidé de jouer un an avec mon copain Fréd Pélissier. Comme lui ne souhaitait plus rester à Megève et que Serge Bocquet nous avait contactés, on est venu avec plaisir à Grenoble. Je voulais en plus absolument entraîner des jeunes et Grenoble me proposait de prendre les poussins et benjamins, ce fut un vrai plaisir, car, en plus, ils étaient très forts, il y avait quand même Cristobal Huet, Stéphane Arcangéloni ou Stéphan Tartari. La seule chose qui était un peu difficile, c'était de rentrer à Paris tous les trois mois pour passer mes examens en LEA à la Sorbonne !"

Autre arrivée, celle d'Éric Mindjimba, formé à Dunkerque et frère du jeune gardien de Saint-Gervais, Antoine Mindjimba : "Je jouais à Dunkerque et j'avais donc envie de découvrir l'élite, j'ai été contacté grâce à mes matches en équipe de France junior, c'était vraiment sympa à Grenoble, avec un mélange entre anciens et plus jeunes qui a facilité l'intégration. Il y avait une ambiance exceptionnelle et un super esprit de groupe, grâce en particulier grâce à Boja. Dommage que je me sois blessé au genou lors du stage de préparation à Plzen."

Ajoutez deux autres jeunes déjà intégrés l'an passé, Jean-Luc Chapuis ("Ce fut une année très sympa, avec beaucoup de joueurs de la même génération") et Olivier Mutin, et vous comprendrez que les quelques anciens qui restent, Boja Ebermann, Philippe Treille, Jean Le Blond, Daniel Grillon, Nicolas Menage ou Gary Brown, vont avoir du travail...

"L'équipe a été constituée tard, se souvient Jean-Philippe Schoch, je rentrais d'un camp d'entraînement au Canada, chez les Castors de Saint-Jean, lorsque je croise à l'aéroport Éric Mindjimba. Je lui demande où il joue cette saison. Il me répond Grenoble ! Je lui réponds : moi aussi ! À peine le temps d'arriver devant la patinoire que l'on était déjà dans le bus pour partir en stage d'avant saison en Tchécoslovaquie !"

Et pourtant, cette équipe de "Marie Louise" va réaliser un début de saison incroyable en surprenant tout le monde et en mettant le feu à Clémenceau... "Avec aussi peu de moyens financiers, par rapport aux grosses écuries, on a fait une saison incroyable" rappelle Pierre-Yves Gerbeau. Malheureusement, cette équipe n'aura pas assez de réserves pour tenir toute une saison...

Une saison préparée donc en Tchécoslovaquie, dans la ville natale de Boja, où les Brûleurs de Loups ont toujours autant de (bons) contacts : "Un super souvenir, ce stage, se rappelle Stéphane Vissio, on avait très bien bossé." Un stage où Josef intègre donc des jeunes, comme Lionel Barin, "prédestiné" à faire du hockey : "Mon père était volontaire pour les JO de Grenoble et il était tombé amoureux du hockey, comme ma mère était enceinte, il avait décidé que si c'était un fils, il jouerait au hockey." Et comme il a eu deux fils, Lionel et Stéphane ont fait, plutôt bien d'ailleurs, du hockey !

Lionel se souvient de ce stage à Plzen "et de cette masseuse tchèque, du genre lanceuse de marteau, qui faisait tellement mal, elle ne connaissait que deux mots, cool et relax... mais on avait plus mal après qu'avant.." Lionel Barin qui retrouve en équipe première son copain du mineur Hervé Pasini.

Les jeunes, ça part à fond, à fond, à fond

La saison 1984/85 débute par un succès à Tours, une victoire 9-4 sur la glace, transformée par le Comité National de Hockey sur Glace, au bout de l'hiver, en une victoire sur tapis vert 5-0, pour des licences pas encore "au point".

Les Tourangeaux avaient recruté sec avec Marcel Dumais et Bernard Dumais d'Epinal, Sylvain Locas de Strasbourg, Stéphane Botteri de St-Gervais et les deux frères grenoblois Wilfrid et Pierre-Eric Girod, ce dernier arrivant de Strasbourg. Willy Girod avait voulu tenter une autre expérience hors de Grenoble : "Je n'avais pas profité financièrement des retombées des deux titres, Grenoble ne jouant pas la carte de la reconnaissance auprès des joueurs formés au club, alors pourquoi pas Tours...".

Le journaliste tourangeau suivant le match pour le Dauphiné Libéré avait bien raison en résumant la rencontre ainsi : "Il ne fallait ni enterrer trop vite Grenoble, ni placer trop vite Tours sur un piédestal."

Les BDL le démontrent en dominant 5-4 Chamonix, où un certain Gérald Guennelon arrive en équipe première. Un match ou Stéphane Vissio est blessé à l'œil et où deux jeunes du club font leurs apparitions sur la feuille de match : Éric Peyrot et Fabrice Texier. Ce dernier a débuté le hockey en 1973, sous les ordres de Jimmy Biguet, et a fait son mineur en compagnie de Jean-Marc Lonjon, Hervé Pasini ou encore Christophe Bourillon avec de bons souvenirs comme "avoir marqué les huit buts d'une victoire 8-1 contre Villard en benjamin, ou avoir été sacré meilleur centre du tournoi Nicouleau."

Pour Frédéric Pelissier, ce premier match à domicile est une confirmation de la justesse de son choix : "Quand j'ai vu la patinoire pleine à craquer avec autant d'ambiance, j'ai compris que j'avais eu raison. Surtout que je jouais avec deux grands joueurs, Jean Le Blond et Philippe Treille, de quoi être très à l'aise tout de suite."

Une rencontre où l'on remarque également le nouveau gardien des Brûleurs de Loups. Celui qui à le difficile privilège de remplacer un certain Daniel Maric. Jean-Philippe Schoch a 18 ans, il est né à Colmar, mais a grandi à Strasbourg où il débute le hockey à 7 ans avant de partir en cadet au "sport étude" de Saint-Gervais pour trois ans : "J'ai découvert le hockey par hasard, en allant chez un copain qui s'apprêtait à partir s'entraîner, je l'ai accompagné, lui a vite abandonné, moi j'ai continué. Au bout de quelques entraînements, il manquait un gardien, je me suis proposé. À la fin de la séance, mon entraîneur, le docteur Franck, m'a dit : Tu as bien travaillé, je te paie une glace ! Une vocation était née... peut-être pour une glace !" Jean-Philippe est champion de France poussins avec Strasbourg en compagnie d'un autre futur international : Pierre Pousse. Cette saison, il partage la place de gardien de l'équipe de France junior avec Jean-Marc Djian.

Confirmation de ces belles dispositions, lors du déplacement à Villard-de-Lans, où cette année on a fait venir, outre les Grenoblois Jean-François Beaudoing et Jean-Marc Djian, qui se blesse à l'épaule au cours de ce match, les Canadiens Ron Davidson et Alan Crawford, ce dernier bénéficiant d'un passeport français. Premier gros test pour cette jeune équipe, passé correctement avec un beau nul 5-5.

Troisième déplacement en quatre matches et encore une belle performance à Viry-Châtillon renforcé cette saison par le Canadien Guy Fournier, son compatriote de Conflans-Sainte-Honorine, Alain Rioux, ainsi que par deux joueurs d'autres clubs franciliens, Sylvain Lobjois de Deuil-la-Barre et Marc Chauvière de Courbevoie. Le CSGG s'impose, sans soucis, 6-3 le long de la nationale 7, avec quatre buts de Boja Ebermann.

Deuxième rencontre de la saison à domicile et les jeunes Brûleurs de Loups ne font qu'une bouchée des Briançonnais 15-7. Le premier tiers étant particulièrement renversant avec un 7-0. Sept buts inscrits en dix minutes seulement ! "On avait un groupe parfaitement soudé, explique Frédéric Pélissier, tout le monde mouillait le maillot avec une très grande solidarité entre nous."

La fièvre de Bercy

Quatre victoires et un nul en cinq journées avouez que cela est surprenant pour une équipe promise aux affres du maintien en début de saison...

Mais là, ce n'est pas la même chose, il s'agit d'aller dans l'antre ultramoderne des Français Volants de Paris, au POPB de Bercy... Impressionnés par le lieu et l'effectif adverse (arrivées de Denis Perez de Caen, Franck Fazilleau de Tours, Olivier Pousse de St-Gervais, Antoine Richer et Jean-Vital Stinco de Tours, Stéphane Arfi de Lyon, le Canadien Larry Skinner et nos trois Grenoblois, le tout sous la houlette de l'entraîneur canadien Mike Fedorko, encore un homme au chapeau...), le CSGG a du mal en début de rencontre encaissant un lourd 3-1 au premier tiers, seul Boja Ebermann montrant la voie au bout de 20 secondes seulement.

Mais la suite est somptueuse : Les Dauphinois égalisent à la fin du deuxième tiers avec deux buts de Frédéric Pelissier et Pierre-Yves Gerbeau, particulièrement motivé face à son ancien club, et prennent le large grâce à Hervé Réolon, Philippe Treille et Frédéric Pélissier : 6-3 !

Qui l'eût cru ? Les Brûleurs de Loups premiers et invaincus au bout de six rencontres, se payant sur la bête des Volants surmédiatisés dans leur tanière de Bercy ?

Et ils confirment contre Amiens (8-3). Dans ce match, Eric Mindjimba fait ses débuts sous les couleurs grenobloises, ses six semaines de blessures étant enfin un mauvais souvenir. Le jour où l'on apprend la mort de François Truffaut qui avait tourné dans la région grenobloise...

Tout va bien dans une équipe où l'ambiance est incroyable, une véritable "bande de jeunes" qui s'éclate. "En plus, rajoute Eric Mindjimba, le public était vraiment très sympa, même dans les moments difficiles, le genre de public qui marque dans une carrière".

Success story des Eighties

Alors, bien évidement, les grosses écuries commencent à se méfier de ces gamins impertinents. C'est ainsi que les Brûleurs de Loups tombent logiquement à Megève (8-4). Coup d'arrêt ? Tu parles ! Les jeunes pousses du CSGG n'arrêtent pas pour si peu ! Ils font lourdement chuter l'un des favoris surarmés pour le titre, St-Gervais, 5-1 avec un but d'Eric Mindjimba : "Mon premier avec Grenoble, mon premier en élite et le premier après une longue blessure, alors je m'en rappelle, je déborde sur le côté gauche, pique au centre et marque d'un tir du poignet." Et Grenoble pointe à la seconde place à un point du leader Saint-Gervais.

À l'extérieur, depuis le coup de Bercy, c'est quand même beaucoup plus difficile, l'effet surprise ne joue plus. Cela est le cas à Gap, où les Grenoblois se prennent une bâche à la Blache (7-3).

En revanche, à Clémenceau, c'est carnaval ! Caen en fait l'amère expérience en s'inclinant 10-5 avec six (!) buts de Boja qui mérite plus que jamais son surnom de Trans Bohémien Express ! À la fin des matches aller, les jeunes Grenoblois sont de surprenants troisièmes avec huit victoires, un nul et seulement deux défaites. Ils possèdent la troisième attaque et, chose à peine croyable, la meilleure défense !

"J'étais un jeune gardien, se souvient Jean-Philippe Schoch, beaucoup d'attaquants adverses expérimentés essayaient de me déstabiliser, j'ai dû me faire respecter. J'ai pris beaucoup de dix minutes de méconduite, mais petit à petit ça s'est calmé et j'ai pu faire une bonne saison".

"C'était le travail de Josef", précise aujourd'hui Stéphane Vissio. Pour maintenir le rythme toute la saison, cela risque quand même d'être plus difficile ! D'ailleurs, les matches retour débutent par la première défaite à la maison. C'est Tours, au bord du dépôt de bilan durant la semaine, qui vient gagner 6-5 à Clémenceau.

Début d'une période plus difficile pour les Brûleurs de Loups avec une seule victoire en cinq journées. Mais la victoire est contre les Ours, alors cela vaut bien tout l'or du monde ! Un succès 4-3 acquis à neuf minutes de la fin grâce à un but de Bernard Séguy dans une ambiance qui surprend Frédéric Pélissier : "Je découvrais d'autres derbies contre Villard ou Gap, moi qui étais habitué à ceux contre Chamonix ou St-Gervais. J'avoue que contre Villard, c'était quand même quelque chose !"

Mais cette victoire ne sera pas confirmée avec deux nuls consécutifs. 2-2 contre Viry-Châtillon, deux buts de Boja, et 8-8 à Briançon, quatre buts de Boja, où Philippe Treille se blesse à la cheville pour dix jours.

Le génie des Monts de Bohème

Quoi qu'il en soit, si les Dauphinois gagnent moins, ils ne perdent plus... Sauf que vogue vers Clémenceau la Grande Armada des Français Volants. Des Parisiens revanchards après leur humiliation subie à Bercy et un match bien à part pour les trois anciens Brûleurs de Loups devenus Parisiens. Pour Bernard Leblond, c'est même la première fois de sa carrière qu'il joue à Clémenceau contre Grenoble, contre son frère et devant sa famille, dont son père Robert, président des BDL ! "Ce fut étrange comme sensation. En plus lors du match, à un moment, ça frotte dans la balustrade avec un joueur, mais je ne vois pas lequel... Manque de chance, c'est mon frère ! Et voilà le public qui me chambre en me traitant de faux-frère !"

Un match disputé dans une patinoire pleine à craquer et avec autant de pression que dans une cocotte-minute. Une rencontre illuminée par le talent, touchée par la grâce, éclaboussée par l'art d'un génie du hockey : Bohuslav Ebermann ! "Un joueur exceptionnel et un être humain d'un grande gentillesse, humilité et sympathie." Un hommage signé Frédéric Pélissier.

Boja donne le tournis à la défense parisienne pendant 60 minutes. Peut-être, le plus beau match de sa carrière à Grenoble. Le Trans Bohémien Express siffle six fois aux oreilles de Daniel Maric, le portier des Volants. Six buts et deux assistances, Bohuslav Ebermann a cloué au sol les Volants pour un 10-3 mémorable. L'un de ces matches qui ont fait la légende de Clémenceau. "Boja me rendait fou, même aux entraînements, c'était l'enfer" avoue aujourd'hui Daniel Maric. "De toutes façons, je n'aimais pas revenir jouer à Grenoble, j'étais stressé !"

Finalement, c'est le gardien de l'équipe de France junior, Jean-Philippe Schoch, avec trois breaks arrêtés au cours du dernier tiers sur Larry Skinner, qui vole la vedette au gardien de l'équipe de France sénior, Daniel Maric. "Les Volants au tapis", titre le Dauphiné Libéré au lendemain de cette victoire de légende.

Après un séjour au nirvana, difficile de prendre le chemin du hangar servant de patinoire à l'époque aux joueurs d'Amiens... Il faut cependant rester dans le rythme, c'est fait avec un tranquille succès 6-3 en Picardie.

De leur côté, les poussins, avec Antoine Huet et Hugues Moreaux entre autres, gagnent le prestigieux tournoi de Lahr en Allemagne en battant les Néerlandais de Geleen, les Allemands de Bad Nauheim, les Français de Strasbourg et les petits Canadiens de la base de Lahr... Presque une affiche de la Coupe Internationale des années 60-70...

Lent retour sur terre

Malheureusement, la fin de cette première phase est plus difficile pour les jeunes Brûleurs de Loups. Cela commence par un nul 2-2 à Grenoble, pour la rentrée de Jean Le Blond, contre le champion Megève. Cela se poursuit par deux défaites importantes face à des gros clients 7-5 à St-Gervais devant 4 200 spectateurs et 9-5 à la maison devant Gap.

Trois matches qui plombent le classement des Grenoblois qui terminent quand même cette première phase par une large victoire à Caen 10-3 avec cinq buts de Philippe Treille.

Voilà donc les Brûleurs de Loups cinquièmes sur six équipes qualifiés pour les play-offs avec 28 points, soit dix de retard sur le premier St-Gervais, cinq sur le second Gap, quatre sur le troisième Megève et un sur le quatrième Paris.

Les play-offs débutent par une courte défaite 6-5 à Chamonix. Autre match qui se joue à rien le samedi suivant à Clémenceau contre Gap devant 3 000 spectateurs. Les Brûleurs de Loups ouvrent la marque à la 23e minute par Boja Ebermann, les Gapençais égalisent une minute plus tard grâce à Alain Pivron puis prennent le large par Thierry Chaix et Peter Almasy. Mais les Isérois inscrivent trois buts en 30 secondes par Daniel Grillon, Jean Le Blond et Boja Ebermann. Victoire ! Grenoble remonte à la quatrième place.

1-6, 2-6, 0-6, set, match... et plouf !

Mais cela ne dure pas, en trois coups de cuillère à pot, Grenoble prend trois claques : 6-1 contre Megève, 6-2 à St-Gervais et 6-0 à Bercy face aux Volants. "La revanche de Maric", affirme le Dauphiné Libéré.

Le CSGG se retrouve donc sixième lorsqu'il reçoit son compagnon d'infortune dans ces play-offs, Chamonix, également détaché de la tête du classement et c'est encore une défaite 3-2.

Bon, alors, il serait quand même temps de prendre un petit point ! C'est fait avec un nul 4-4 à Gap. Pendant ce temps, à quatre journées de la fin, St-Gervais est sacré champion de France après son nul 6-6 contre les Français Volants de Paris.

Des Parisiens qui viennent quand même s'imposer à Clémenceau 5-2 quatre jours plus tard dans un match heurté avec 42 minutes de prison pour Grenoble et 40 pour les Volants. C'est ensuite aux nouveaux champions de venir gagner à Clémenceau, St-Gervais s'imposant 7-5. Le championnat s'achève par une nouvelle défaite pour les Brûleurs de Loups qui s'inclinent 6-4 à Megève, permettant ainsi aux Boucs d'être vice-champions de France. Finalement sixième, Grenoble régresse donc dans la hiérarchie, et ce pour de longues saisons.

Pour Joël Chapuis : "C'était vraiment frustrant après avoir connu le haut du tableau, l'esprit de victoire était parti, la bonne humeur aussi parfois avec le départ du boute-en-train Bernard Le Blond. Les Grenoblois du titre commençaient à perdre leurs marques dans cette nouvelle équipe."

Mais, pour les jeunes arrivés au club cette année-là, l'expérience a été bénéfique. Pierre-Yves Gerbeau : "Cette super année grenobloise m'a énormément servi pour aller vers le haut niveau. Le club était vraiment sympa, c'était le bonheur de l'amateurisme mais avec derrière une bonne structure. En plus, l'ambiance entre joueurs était parfaite, Philippe Treille en particulier m'a beaucoup appris." P.Y. qui ensuite a fait un sacré chemin de Disneyland au Dôme de Londres !

Un Mondial et des As

La saison n'est pas pour autant terminée. Il y a le Mondial C dans le Mont-Blanc à Megève, St-Gervais et Chamonix. Les joueurs de Paul Lang et Patrick Francheterre parviennent enfin à s'extirper du groupe C et accèdent au Groupe B. Historique !

Nettement moins "glamour", la Coupe des As, sorte d'ancêtre de la Coupe de la Ligue, mise en place pour meubler la fin de saison. Les Brûleurs de Loups se classent deuxièmes de leur poule, devancés seulement au goal-average par Briançon. Les Grenoblois remportent leurs trois matches à domicile : 11-9 contre Gap, 10-2 devant Villard et 6-5 face à Briançon, font deux nuls 3-3 à Gap et 6-6 à Villard et perdent 10-1 à Briançon.

Buteurs en championnat 1984/85 : Bohuslav Ebermann 51, Philippe Treille 19, Frédéric Pélissier 18, Gary Brown 14, Daniel Grillon 13, Jean Leblond et Pierre-Yves Gerbeau 9, Bernard Séguy 6, Hervé Réolon et Stéphane Vissio 4, Jean-Luc Chapuis, Éric Mindjimba et Christian Billiéras 2, Joël Chapuis, Lionel Riotton et Éric Kull 1.

 

La Nouvelle Vague

Plusieurs nouveautés à Grenoble à l'été 1985.

Tout d'abord la création du premier club entièrement féminin de hockey en France, le Hockey Club Féminin de Grenoble, les autres équipes féminines françaises n'étant que des sections des clubs masculins. Le HCFG deviendra le tout premier champion de France féminin de l'histoire moderne avant de connaître le succès au sein des BDL.

Et puis, en ce qui concerne le CSGG, grande nouveauté, avec l'arrivée d'une nouvelle direction. De jeunes dirigeants, parents de joueurs ou anciens joueurs, emmenés par Jacques Fouletier, nouveau président de la section hockey, écartent Serge Bocquet, le président historique restant à la tête du CSGG général.

Jacques Fouletier, Jean-Pierre Gallet, Thierry Ladakis, Marcel Réolon, Antoine Sangiorgio, Daniel Tartari et Claude Wild prennent en mains le destin des BDL avec un constat : la ville de Grenoble se désintéresse du hockey, il faut donc trouver rapidement de l'argent ailleurs. La subvention municipale est de 405 000 francs en 1983, puis de 375 000 francs en 1984 pour remonter très légèrement à 381 000 francs pour cette année.

Mais comme les organisations des Tournois de Noël et de l'Amitié ont été lourdement déficitaires avec 150 000 francs à rembourser pour le premier et 97 000 pour l'autre, le club connaît un trou de 410 000 francs. Il faut donc faire des économies et trouver du financement privé.

"Les difficultés financières pesaient sur l'équipe, se souvient Jean-Philippe Schoch. Avec Serge Bocquet, c'était l'ancienne manière, une ambiance très familiale. Le discours des nouveaux dirigeants était plus moderne, axé sur le sponsoring et l'image du club, il y avait donc plus de pression pour les résultats. Le seul problème, c'est que l'argent n'est pas plus rentré qu'avant, et que Jacques Fouletier a dû personnellement se dévouer pour le club, car il était profondément droit et voulait respecter ses engagements."

Exodus

Juste financièrement, le club doit laisser encore partir du monde.

Éric Mindjimba s'en va à Amiens : "Je m'étais encore blessé et comme j'avais reçu une proposition intéressante d'Amiens, ça a été l'occasion de revenir près de Dunkerque, mais je garde un souvenir génial de Grenoble, c'était à la fois la découverte du monde extérieur, loin du cocon familial et du haut niveau, le tout dans une ambiance exceptionnelle, j'ai découvert ce qu'était un derby contre Villard, ça je ne pouvais pas imaginer à quel point cela déclenchait les passions, ou encore de grosses affiches contre les Volants, le tout dans une région que j'ai beaucoup aimée. On était vraiment une équipe de copains qui se voyaient beaucoup en dehors, j'ai même fait du baby-sitting pour garder Yorick Treille, pendant que ses parents sortaient !"

Pierre-Yves Gerbeau part lui à Megève et le contrat de Joesf Horesovsky se termine.

Il faut donc intégrer de jeunes comme Jean-Marc Lonjon en défense (aujourd'hui avocat !), Fabrice Texier ou Lionel Fine en attaque, mais aucun renfort n'arrive à Grenoble cette année-là...

Gary Brown est entraîneur-joueur et c'est Bernard Séguy qui se voit confier le brassard de capitaine : "Cela n'a pas été toujours facile ces années-là, car on était en retrait après nos deux titres, mais on a quand même vécu de belles choses, en particulier humainement avec de très bons amis comme Stéphane Vissio ou Joël Chapuis, l'ambiance était remarquable dans l'équipe et en plus, j'avais des responsabilités dans l'équipe."

Un match amical perdu 5-2 contre les Tchécoslovaques de Rokycany, près de Plzen, la ville natale de Boja, et c'est parti pour une année difficile en Nationale 1A.

Où est notre gloire d'antan ?

Le championnat 1985/86 débute par un déplacement à Chamonix, équipe promise comme Grenoble au bas de tableau. Un match tendu où les deux équipes se courent après, les Brûleurs de Loups débutent quand même par un bon nul à l'extérieur 2-2. À domicile, la saison commence par la réception d'Amiens, qui s'impose tranquillement 5-2. Au cours de ce match, le jeune attaquant grenoblois Fabrice Texier est victime d'un traumatisme crânien qui l'éloigne trois semaines des patinoires : "Je suis parti à la renverse lorsque l'attaquant franco-canadien d'Amiens, Michel Galarneau, m'a fait trébucher ! C'était mon premier match comme titulaire !"

Cela n'arrange pas les affaires des brûleurs de Loups qui doivent se rendre chez l'une des terreurs du championnat Briançon pour une lourde défaite 8-2. Avec un seul point en trois matches, cela ne part pas vraiment fort !

Et c'est Rouen qui se pointe à Clémenceau pour la première fois. Un promu entraîné par Serge Evdokimoff, ancien joueur de Tours de la grande époque, et qui a beaucoup recruté. Une première victoire 5-2 permet de remonter à la septième place. Pourtant, nouvelle désillusion à Viry-Châtillon où les Grenoblois sombrent 10-3, un match haché avec beaucoup de bagarres et Daniel Grillon blessé au genou.

Paris gagne, mais Mike perd son... chapeau !

C'est donc l'inquiétude pour la réception des Français Volants de Paris. Une équipe parisienne encore renforcée à l'intersaison par Christophe Ville et Pat Daley. Un match à rebondissements où, portés par leur public, les BDL rendent coup pour coup. C'est l'ancien de Tours, Jean-Vital Stinco, qui ouvre la marque à la 4e pour les Parisiens, mais Boja égalise trente secondes plus tard. Jean-Paul Farcy redonne un but d'avance aux Volants à la 10e, Patrick Faure égalise à la 13e. Sur pénalty en tout début de second tiers, Daniel Grillon donne l'avantage à Grenoble pour la première fois, joie de courte durée avec l'égalisation d'Antoine Richer cinquante secondes plus tard. Le dénouement intervient à la 52e minute avec le but de la victoire parisienne 4-3 grâce au Canadien Larry Skinner.

De dépit et par défi, un supporter chipe le célèbre chapeau de l'entraîneur canadien des Volants Mike Fedorko. De rage, le coach parisien poursuit son "voleur" dans toute la patinoire, sous les rires et quolibets de la foule...

Le problème est que les Grenoblois, battus 6-3 à Gap, tombent onzièmes, en position de relégables.

Les dirigeants savent pertinemment que cette équipe est juste, mais les finances n'autorisent pas les folies. Cependant arrive un attaquant en provenance de St-Pierre-et-Miquelon, Rémy Arrossamèna, le premier St-Pierrais de l'histoire des Brûleurs de Loups.

Un joueur costaud et un personnage attachant et sympathique qui laissera de bons souvenirs à Grenoble. "J'avais été contacté par Daniel Tartari qui était à l'époque dirigeant du club, je suis arrivé le 15 octobre. Au début, c'était difficile, car la saison n'avait pas encore commencé à St-Pierre et je ne m'étais donc pas encore entraîné, et puis ensuite cela à bien marché... J'ai marqué et je me suis retrouvé sur les supériorités et infériorités numériques."

C'est pourtant un tout petit CSGG qui perd à domicile contre les Ours du Vercors. Raoul Garric ouvre la marque à la 13e avant que Daniel Grillon n'égalise quatre minutes plus tard. Mais les Ours remettent le couvert avec Jean-Yves Pesenti au bout de 20 secondes dans le second tiers, Daniel Grillon, encore lui, égalise à la 24e, mais c'est tout côté Brûleurs de Loups. Les Villardiens inscrivent deux autres buts par Alan Crawford à la 26e et Derek Haas à la 30e. Pas de buts dans le dernier tiers, la messe est dite, Grenoble s'incline 4-2.

Gary bouc émissaire ?

Bref, c'est la crise et le début d'une grosse confusion. Dans un premier temps, le président Jacques Fouletier décide de forcer Gary Brown a ne plus être joueur pour se concentrer sur son poste d'entraîneur. Mais dans un second temps, lors d'une réunion, agitée, entre joueurs et dirigeants, Gary réintègre sa place sur la glace sous la pression de ses coéquipiers.

Aujourd'hui Gary relativise : "Bien sûr que cela a été difficile, tu veux toujours être champion, surtout quand tu as déjà connu ça, mais cela a été une accumulation de circonstances contraires, changements de dirigeants, manque d'argent, joueurs qui font faux bond au dernier moment, comme Stéphane Lessart qui, au moment de partir en stage de préparation en début de saison, nous annonce que finalement il part à St-Gervais. Tout cela a fait que petit à petit, on a dégringolé dans la hiérarchie, et dans ces cas-là, c'est toujours l'entraîneur qui trinque..."

Pourtant, le groupe reste soudé et s'impose 9-6 dans un match important à Tours, le dernier. Grenoble revient dixième et reprend une bouffée d'oxygène.

Le problème est qu'il faut confirmer à la maison et là la pression est souvent trop forte pour les Dauphinois. C'est donc l'inquiétude avant de recevoir Megève. Les joueurs, qui ont fait bloc derrière leur entraîneur contre leurs dirigeants, doivent prendre leurs responsabilités. Et ils y parviennent : 6-2 avec un quadruplé du grand Philippe Treille et un doublé de Boja Ebermann.

Pour tenter de renouer le dialogue au sein du club et de comprendre ce qui ne va pas, un psychologue travaille désormais avec l'équipe première... Et il va avoir du boulot, le psy, le samedi suivant avec la venue de St-Gervais. Le leader se méfie après cette victoire grenobloise contre Megève. Devant 2 000 spectateurs médusés, c'est la Bérézina, Trafalgar, soit la plus grosse défaite à domicile de toute l'histoire du club : 0-15 ! 0-2, 0-5, 0-8, les Champions de France n'ont pas vraiment levé le patin au fur et à mesure...

Et il faut, (étrangeté du calendrier) retourner dans ces conditions à Megève où bien sûr, les verts se vengent de la défaite d'il y a quinze jours (6-3). Et l'on reste au pied du Mont-Blanc pour des retrouvailles angoissées avec St-Gervais. Mais cette fois-ci, les Haut-Savoyards ne sont pas inquiets et en plus ils viennent de se qualifier pour le troisième tour de la coupe d'Europe, ce qui est une première pour un club français, en éliminant les Polonais de Sosnowiec. Alors, forcément, les "petits" Brûleurs de Loups ne sont pas une priorité pour les hommes de Louis Chabot. C'est donc au petit trot qu'ils battent les Grenoblois 6-2.

Ceci dit, il faut également songer à engranger des points pour l'hiver. Le mercredi 27 novembre se pointe à Clémenceau un sacré client : Briançon. Une équipe haut-alpine trop confiante qui tombe de haut face à la hargne grenobloise : 10-5 et encore trois buts de Philippe Treille.

Mais cette saison, que voulez-vous, à l'extérieur, ce n'est pas ça... Les Dauphinois tiennent deux tiers à Rouen, et mènent même 2-0, pour au final s'incliner 4-3 malgré le premier but grenoblois de Rémy Arrossaména

Après avoir écarté Viry-Châtillon 9-3 à Clémenceau, c'est le derby de la peur dans l'antre des Ours. Les Grenoblois sont neuvièmes et les Villardiens dixièmes ! Gare au vaincu ! Les deux équipes, crispées, se neutralisent au premier tiers à 2-2, mais ensuite la machine grenobloise se dégrippe pour un large succès 9-4 sur le plateau. Fabrice Texier qui réalise ce soir-là un excellent match se souvient : "J'évoluais avec Rémy Arrossaména, ça aide pour progresser..."

Même scénario le samedi suivant contre Gap. Le score est de 2-2 à la fin de la première période, mais ensuite les Grenoblois inscrivent un 8-0 dans les deux derniers tiers avec Rémy Arrossaména qui marque désormais à chaque match : "Une fois le rythme pris, tout allait bien, surtout que l'intégration dans l'équipe et le club c'était super bien passé." C'est en tout cas la troisième victoire consécutive d'une équipe certes toujours neuvième, mais désormais à un seul point du huitième Rouen.

On passe à la télé !

La sérénité est donc de retour avant d'affronter les Français Volants au POPB. Une rencontre retransmise en différé le soir même sur FR3 ! Au premier tiers, les Dauphinois mènent 3-1 avec un défenseur Stéphane Vissio à un but par match : "J'étais un bon passeur et j'avais un bon lancer, et comme j'étais titulaire et confiant, ça marchait très fort". Le réveil parisien est brutal avec un 8-0 au second tiers, avant de replonger dans la léthargie et de permettre à de valeureux Grenoblois de revenir dans la partie pour une honorable défaite 11-8.

Il faut impérativement décoller. C'est en bonne voie en dominant Tours 8-2 et Chamonix 15-5. Les attaquants s'en sont donné à cœur joie avec un triplé pour Frédéric Pélissier : "Ce sont vraiment mes meilleures années, j'étais très bien dans cette équipe." Du coup, les Brûleurs de Loups remontent à la huitième place à un point seulement du sixième et dernier qualifié pour les phases finales : Amiens, où se rendent les Brûleurs de Loups pour la dernière journée.

Pour se qualifier, les Grenoblois doivent impérativement s'imposer. Et cela part bien avec deux buts de Daniel Grillon et Jean-Luc Chapuis, mais les Picards marquent ensuite cinq buts consécutifs et s'imposent finalement 5-3. Les Brûleurs de Loups devront se contenter de la poule de relégation.

"C'était l'inconstance de la jeunesse, admet Stéphane Vissio, il n'y avait pas grand monde dans l'équipe d'assez solide et expérimenté pour tenir la baraque, en particulier en défense où Bernard Séguy avait 22 ans et moi 21 ans".

Privés de poule finale pour la première fois

Pour les supporters, cette non qualification est incompréhensible. Ça boude. Ils ne sont que 400 spectateurs pour l'ouverture de la poule de relégation, face à Viry-Châtillon. Les rares supporters repartent quand même satisfaits après une victoire 7-4.

C'est ensuite le dernier du classement, Tours qui se pointe en Dauphiné, avec cinq nouveaux joueurs recrutés durant la trêve : un Franco-Canadien, Réal Boisvert, et quatre joueurs de St-Pierre-et-Miquelon, Claude et Thomas Levavasseur, Jean-Claude Vigneau et René Pla. Cela n'empêche pas un large succès grenoblois 8-5 avec un quadruplé de Boja Ebermann. Les Dauphinois se détachant dans le dernier tiers avec un 4-0 détonant !

Les Brûleurs de Loups confirment en s'imposant 12-8 à Rouen, Frédéric Pélissier jouant les goleadors avec quatre buts, puis 7-5 contre Chamonix. Ils sont premiers de cette poule de relégation, en revanche les voisins de Villard-de-Lans luttent pour assurer le maintien. C'est donc très remontés... qu'ils descendent dans la vallée pour une nouvelle manche du derby éternel. Les Ours marquent deux buts d'entrée par Alan Crawford et Jean-Yves Pesenti aux 5e et 9e minutes. Les Brûleurs de Loups égalisent par Fabrice Texier et Boja Ebermann aux 29e et 34e. Mais les Villardiens sont plus motivés et inscrivent deux nouveaux buts par Alan Jacob et Derek Haas (46e et 54e), le dernier mot sera pour Philippe Treille à trois minutes de la fin, mais c'est insuffisant pour éviter une défaite 4-3.

Bohuslav Ebermann est largement au-dessus des autres avec trois buts à Viry-Châtillon (9-6) et encore deux buts à Tours (6-4). C'est donc le match pour la première place de la poule de relégation qui se tient à Clémenceau entre le CSGG et Rouen. Un début de match avec une volée de buts : quatre de chaque côté ! Mais, les Normands se détachent 7-4 à la fin de la deuxième période et s'imposent 12-8, comme Grenoble à Rouen à l'aller. C'était le dernier match à domicile de la saison. Reste donc à terminer le championnat "sur la route".

Tout d'abord à Chamonix avec une victoire 7-6 grâce à Daniel Grillon, puis à Villard. Sauf que Boja est blessé, sauf que si les Grenoblois s'imposent, ils précipitent leurs voisins en Nationale B ! Les Ours gagnent donc 9-3. Les Villardiens évitent la relégation directe, ils doivent passer par deux matches de barrages contre Bordeaux. Ils perdent en Gironde 5-4 avant de triompher au retour 7-3... en présence de nombreux supporters Grenoblois venus aider le meilleur ennemi face à la plaine menaçante ! Une sorte de monnaie de la pièce lorsque Villard avait battu Tours permettant aux Grenoblois d'être de nouveau champions en 1982...

Petit à petit, la chute se poursuit

Grenoble termine donc ce championnat en huitième position, soit deux places de moins qu'il y a un an.

Pourtant, Rémy Arrossaména estime aujourd'hui que cette équipe valait beaucoup mieux : "On a tout simplement manqué de temps pour aller plus loin, l'équipe a mis trop longtemps a se mettre en marche, en plus moi, j'étais arrivé en cours de saison".

Pour Stéphane Vissio, le mal était plus profond : "Le club avait un peu délaissé sa politique de formation, il y avait des trous dans les générations et en plus l'intégration des jeunes en équipe première ne s'est pas très bien faite, il y a certains joueurs qui n'ont peut-être pas assez joué."

Et comme la saison dernière, ce n'est pas encore les vacances, puisque l'on retrouve la Coupe des As. Grenoble domine sa poule contre Bordeaux (9-1 et 10-2) et Tours (3-5 et 9-3) avant d'échouer en quart de finale contre Briançon (9-9 et 2-3). Pour cette épreuve, les Grenoblois ont fait jouer un défenseur suédois Jacobson, mais ce n'est pas lui qui sera le défenseur étranger des Brûleurs de Loups pour la saison 86-87. Le CSGG signe en cette fin de saison l'arrière tchécoslovaque Vladimir Kostka.

La saison qui s'achève cependant en apothéose pour quatre juniors grenoblois, Jean-Luc Chapuis, Fabrice Texier, Jean-Marc Lonjon et Jean-Philippe Schoch, sont champions du monde juniors 1986 du groupe C, à Gap. "J'ai été élu meilleur gardien du mondial le jour de mes vingt ans, le 27 mars" précise Jean-Philippe Schoch.

Pour Fabrice Texier, c'est également un grand moment : "Au départ, je ne devais pas jouer et puis l'entraîneur Dany Grando me fait confiance, je marque plusieurs buts contre la Chine et je me retrouve en première ligne avec Christian Pouget ! Ce fut super enrichissant". Une performance dans ce Mondial qui n'échappe pas à certains recruteurs canadiens...

La fête à Bill et Gary

Et puis, pour que la fête soit totale, avec une grosse dose de nostalgie, le mardi 22 avril 1986, on célèbre le jubilé de deux grands joueurs du club : le défenseur Christian Billièras et l'attaquant Gary Brown qui arrêtent leur carrière. Ils reçoivent tous deux la médaille de vermeil de la ville pour l'ensemble de leur œuvre au sein des Brûleurs de Loups et en particulier les deux titres de champions en 1981 et 1982.

Pour l'occasion, il y a du beau monde sur la glace contre le CSGG 86 : Daniel Maric, Jean-Claude Sozzi dans les cages, Philippe Muscara, Larry Huras, Bernard Noreau et François Ouimet en défense, Bernard Le Blond, Jean-Charles Piccinini, Daniel Grando, Antoine Sangiorgio, Jean-Paul Farcy, Jean Vassieux, Luc Tardif, André Péloffy et Roland Cloutier en attaque et un certain Gaëtan Laliberté dit Pete comme coach...

Les deux héros de la soirée passent d'une équipe à l'autre au cours du match.

Les Brûleurs de Loups n'oublieront jamais ces numéros 12 et 4 portés de si longues années par Christian Billièras et Gary Brown. Le premier, formé au club, débarquant en équipe première alors qu'il était cadet en 70/71, soit 15 ans de fidélité, le second arrivant de son Québec natal en 1979-80 pour donc sept saisons de choix comme joueur et entraîneur-joueur, la saison prochaine il ne sera plus qu'entraîneur.

Merci messieurs.

Buteurs en championnat 1985/86 : Bohuslav Ebermann 35, Philippe Treille 29, Daniel Grillon 26, Frédéric Pélissier 20, Gary Brown 16, Jean Leblond 13, Rémy Arrossaména et Bernard Séguy 10, Fabrice Texier 8, Jean-Luc Chapuis 7, Patrick Faure et Stéphane Vissio 4, Joël Chapuis et Nicolas Ménage 2, Hervé Réolon 1.

 

Comment éviter de couler

Les finances empêchent le club de viser le haut du classement. En fait, c'est simple, devant la fuite en avant de nombreux clubs, Grenoble reste sage, même si cela l'empêche de jouer un rôle actif sur le marché des transferts. Peter Almasy et Serge Djelloul, approchés durant l'intersaison, ne viendront pas. À la place, on l'a déjà dit, on signale l'arrivée du défenseur tchécoslovaque Vladimir Kostka. C'est le fils du président de la fédération tchécoslovaque de hockey sur glace ! Il évoluait les saisons précédentes à Cortina d'Ampezzo en Italie et au Partizan de Belgrade en Yougoslavie.

Cinq autres recrues arrivent cependant en Dauphiné.

Il y a déjà un sacré retour, celui de Guy Galiay qui avait fait ses débuts en France à Grenoble en 1973, il y a déjà 14 ans ! "Grenoble a été mon premier et dernier club en France ! Serge Bocquet m'avait souvent demandé de revenir. Et puis cette année-là par l'intermédiaire de Daniel Tarari, qui était dirigeant, je me suis décidé."

Il y a l'arrivée d'un sacré buteur, le Franco-Canadien Sylvain Locas, anciennement l'un des meilleurs juniors dans son pays d'origine. Et puis trois joueurs de 20 ans, Éric Gusse de Megève, Michel Tavernier de Morzine et Philippe Badin de Dunkerque.

Rémy Arrossaména est reparti à St-Pierre-et-Miquelon pour l'un des deux clubs de l'archipel, les Cougars du Club de Hockey St-Pierrais, l'autre étant les Missiles du Hockey Sporting Club. Il qui se souvient avec émotion de son année à Grenoble : "Ma femme avait pris une année de disponibilité, il fallait donc rentrer. De plus j'avais construit ma maison à St-Pierre, mais la décision de quitter Grenoble a quand même été difficile à prendre. On l'a d'ailleurs un peu regretté ensuite. Cela a été une très bonne expérience sportive et humaine. J'avais vraiment de très bon rapports avec le public, ce sont des très bons souvenirs familiaux en plus, avec ma femme et notre fille qui à l'époque avait 18 mois seulement. Je n'oublierai jamais Grenoble, on y est d'ailleurs retourné en vacances en 1993 et j'ai été très surpris de constater que les gens ne m'avaient pas oublié, beaucoup de monde voulait même me voir, c'était vraiment très sympa". Bon vent Rémy... en attendant Nicolas, le fiston, pas né à cette époque.

Cette saison 1986/87, la formule de nationale A change. Il n'y a plus que dix équipes, et on supprime les play-offs pour un double aller et retour soit 36 matches. Autre nouveauté, deux étrangers sont désormais autorisés par équipe. Enfin, les deux anciens clubs champions de France, Saint-Gervais vainqueur en 1983, 1985 et 1986 et Megève en 1984, fusionnent pour créer le Hockey Club du Mont-Blanc, grandissime favori pour un nouveau titre.

Les BDL dans la difficulté

Le championnat débute par un déplacement à Viry-Châtillon, avec l'ancien Grenoblois Pierre-Yves Gerbeau. Pour cette ouverture, les Grenoblois sont privés de quatre défenseurs. Stéphane Vissio fait ses classes à l'armée : "Ça a été une année difficile, entre l'armée et de nombreuses blessures je n'ai pas beaucoup joué. J'avais un peu perdu la confiance de Gary, alors qu'à l'entraînement avec Lionel Fine, on se baladait...". Vladimir Kostka, Bernard Séguy et Jean-Marc Lonjon sont blessés. De plus le jeune attaquant Fabrice Texier est parti au Canada, aux Titans de Laval en junior majeur, sur les conseils de Steven Woodburn, après son excellent championnat du monde junior à Gap. Peut-être des explications (excuses ?) à cette défaite 10-9.

Et c'est une grosse équipe qui vient à Clémenceau pour le premier match à domicile. Briançon qui conserve Michel Leblanc, Petri Ylönen, Benoît Laporte ou Dennis Murphy et qui enregistre l'arrivée de Robert Boileau, un défenseur canadien. Bref, c'est un peu trop pour des Brûleurs de Loups, qui s'inclinent 8-4.

Pas le temps de souffler et voilà le nouveau et redoutable Hockey Club du Mont-Blanc avec ses Péloffy, Bordeleau, Côté, Lessart, Pousse ou Botteri... Pas de miracles pour une équipe grenobloise privée de son capitaine Bernard Séguy plâtré pour un mois et dont les cages sont gardées ce soir par Serge Djian qui alterne avec Jean-Philippe Schoch. La lanterne rouge s'incline devant le leader 8-4.

Et comme cela ne suffisait pas, il faut aller à Paris dans l'immense antre de Bercy. Ce n'est pas un match, juste un gigantesque cauchemar. Un seul but marqué par Guy Galiay, et 14 encaissés. Ce qui n'empêche pas les supporters grenoblois présents de faire du bruit toute la rencontre, et même d'envoyer un fumigène à la fin du match, à la plus grande frayeur de la sécurité de Bercy, pas habitué à cela avec le très calme public des Volants...

Reste qu'il ne faut pas rester sur ce que Sylvain Locas appelle dans le Dauphiné Libéré "une honte". Sauf que le CSGG joue encore à l'extérieur à Rouen, mais comme l'an passé en poule de relégation, Grenoble s'impose en Normandie, 9-6.

Bons derniers

C'est donc plein d'espoir que les Brûleurs de Loups retrouvent leur public et leurs voisins de Gap. Un match avec une collecte au profit de Charly Masse, le joueur gapençais paralysé lors d'un match à Villard. Privés de Michel Tavernier blessé au fémur, les Grenoblois débutent bien avec un score de 1-1 à la fin du premier tiers avec un but de Daniel Grillon... Mais ensuite, cela tourne une nouvelle fois mal avec un 8-1, en faveur des visiteurs, dont quatre buts rien que pour le jeune attaquant gapençais de 20 ans Christian Pouget. À la fin de ce match, Grenoble se retrouve dixième et dernier, une place confirmée après une défaite 9-0 à Amiens.

Et c'est le derby qui s'approche ! Cette année, les Villardiens ont cassé leur tirelire avec cinq Canadiens ou naturalisés ! Gaston Therrien, entraîneur-joueur, Derek Haas, Louis Côté, Patrick Dunn et Patrick Emon. Bref, les deux voisins ne patinent pas dans la même catégorie et c'est le village qui a la grosse équipe professionnelle et la ville une équipe modeste ! Cela se confirme sur la glace avec des Villardiens qui s'imposent 7-1 à Grenoble, et en prime, une blessure au dos pour Sylvain Locas.

Pour finir, la première série aller, les Grenoblois reçoivent Chamonix. Et le jour où l'on apprend que la France organisera les Jeux olympiques en 1992 à Albertville, les Grenoblois s'imposent enfin 7-5, pour la première fois de la saison à domicile. Avant la rencontre, on respecte une minute de silence en mémoire du papa de Daniel Maric.

Un moineau fait-il le printemps en automne ?

C'est le mardi 21 octobre 1986 que tombe la grande nouvelle. Les Brûleurs de Loups enregistrent une arrivée de poids en défense. Celle de Jean-Philippe Lemoine, élu meilleur défenseur du Mondial B l'an passé à Eindhoven aux Pays-Bas. Formé à Villard-de-Lans, il était reparti au Canada, mais souhaite revenir en France en vue des Jeux de Calgary, afin de ne pas être trop loin des yeux du sélectionneur Kjell Larsson. Problème, sa licence appartient toujours à son dernier club français, Saint-Gervais.

Mais comme le Mont-Blanc est complet en défense, le club haut-savoyard est d'accord pour le prêter, à condition que cela ne soit pas dans un club luttant contre lui pour le titre. Ce sera donc soit Grenoble, soit Rouen. Chez lui à Villard, il réfléchit. Philippe Treille lui téléphone pour le convaincre de rejoindre le CSGG.

Le soir de Grenoble-Chamonix, Rouen joue à Villard, les dirigeants normands font donc le "siège" de Jean-Philippe. Mais, ce dernier signe finalement à Grenoble : "J'avais eu des contacts avec les Red Wings de Detroit pour participer à un camp d'entraînement, mais cela n'a pas marché, alors comme les Jeux de Calgary approchaient, j'ai décidé de rester en France."

Jean-Philippe a débuté le hockey vers 5 ans à Villard-de-Lans, avec comme premier entraîneur le Québécois Germain Bourgeois. Il évolue en hockey mineur à Villard avec des joueurs qui feront une belle carrière en élite comme les frères Frédéric et Jean-Noël Bonnet ou Bruno Pesenti.

Mais très vite, Guy Dupuis, à l'époque joueur des Ours et de l'équipe de France, lui conseille d'aller tenter sa chance au Québec : "Comme je n'avais pas d'argent pour cela, j'ai travaillé pendant trois étés, à faire les foins, comme boulanger ou à travailler à la scierie Eymard. Quand, j'ai eu enfin de quoi me payer le billet d'avion, je suis parti, à 14 ans, sans aucun contact de club, juste une adresse d'une école de hockey !"

Mais le jeune Villardien fait son trou : "C'est Guy Marcotte, le propriétaire de l'école de hockey, qui s'est occupé de moi. Il m'a permis de jouer tous les soirs, après l'école de hockey, avec les meilleurs minimes du Québec. Il m'a trouvé une pension et une équipe de hockey et je suis resté, au grand dam de ma mère ! J'ai d'abord joué en première année cadet à Rosemond, puis aux Gouverneurs de Sainte-Foy, en fait je suis resté cinq ans au Canada, avant que Guy Dupuis ne me fasse revenir en France, à St-Gervais en 1984."

Dopé par leurs premiers succès à domicile et par la venue très médiatique du grand Jean-Phi', les Grenoblois écrasent Viry-Châtillon 11-2 avec un quadruplé de Sylvain Locas et un triplé de Boja Ebermann. Jean-Philippe Lemoine évolue sur la première ligne défensive avec Bernard Séguy et donne même l'assistance sur le premier but grenoblois marqué par Philippe Treille.

Autre arrivée en forme de retour du Canada, celle de Fabrice Texier : "C'était super au niveau du hockey, mais cela a été la grosse galère pour le reste. Le départ s'était fait précipitamment et je n'avais pas de visa étudiant. Je n'avais donc accès à aucune école, aucune université, je ne pouvais rien faire. Dommage, car j'ai été impressionné par le côté professionnel du junior majeur, c'est vraiment l'antichambre des pros. C'est très physique comme jeu, mais cela reste une bonne expérience."

Les Brûleurs de Loups confirment avec un exploit 4-3 devant 2 500 Briançonnais médusés. Les voilà remontés à la sixième place. Ceci dit, il faut aller à Megève, affronter le Mont-Blanc et ses douze victoires en douze journées. Une équipe qui écrase tellement le championnat qu'elle lasse y compris ses propres supporters, qui ne sont que 200 ce soir-là dans l'immense Palais des Sports de Megève... Il faut dire que lesdits supporters n'ont pas apprécié cette fusion, et qu'au pays de Clochemerle, la rivalité entre Saint-Gervais et Megève reste plus forte que les victoires d'une équipe du Mont-Blanc où les enfants du pays se comptent sur les doigts de la main. Ceci dit, le CSGG réalise un bon match, ne s'inclinant que 7-5, et conserve sa sixième place.

Ça, c'est Paris !

Cette année-là, une seule équipe est en mesure d'inquiéter le Mont-Blanc, ou tout du moins de s'en approcher, c'est bien sûr Paris. Mais pour cela, les Volants doivent réaliser un parcours parfait et donc éviter les catastrophes régulières à Grenoble ! Et ça part vite : quarante secondes de jeu et 1-0 pour Philippe Treille, puis 2-0 par Daniel Grillon, 3-0 et 4-0 par Boja Ebermann ! Cela fait même 7-3 à la fin de la deuxième période avec trois nouveaux buts pour Hervé Réolon, Daniel Grillon et Philippe Treille, et 9-4 à la fin de la rencontre après deux autres buts de Bernard Séguy et encore Philippe Treille. Une habitude !

Pendant ce temps, Villard change l'un de ces Canadiens. Patrick Emon repart au Canada, victime du mal du pays. Pour le remplacer, les dirigeants villardiens ne font pas dans la demi-mesure avec l'arrivée de Jere Gillis, un ancien de NHL aux Buffalo Sabres, et qui joue en Suisse à Sierre. À peine arrivé qu'il repartira déjà, non sans avoir marqué 9 buts et 12 assistances en 7 matches !

Mais les Grenoblois ne s'occupent pas de leurs voisins et poursuivent leur bonne série en recevant Rouen qui rode à deux points derrière. Avec un gros match de leur gardien Jean-Philippe Schoch, les Brûleurs de Loups "explosent" les Normands 10-3. Une rencontre où le CSGG perd quand même son attaquant Hervé Réolon victime d'une fracture de la mâchoire.

Si les Brûleurs de Loups veulent décoller de leur sixième place, ils doivent ramener plus de points de leurs déplacements, et le suivant est à Gap. Mais la Blâche, c'est toujours l'enfer pour les adversaires. Et cela se confirme avec quatre buts d'entrée par Thierry Chaix, Roland Cloutier, Franck Saunier et Christian Pouget. Mais les Grenoblois réduisent le score à la dernière minute du premier tiers par Jean-Luc Chapuis. Ils reviennent à 4-2 à la mi-match grâce à Jean-Marc Lonjon. Pas pour longtemps, trois minutes après, Thierry Chaix redonne de l'air aux siens 5-2. Le troisième tiers est grenoblois avec tout de suite Boja Ebermann dans ses œuvres (5-3), puis deux minutes plus tard, Daniel Grillon (5-4) avant l'égalisation à quatre minutes de la fin de Frédéric Pélissier !

Deuxième match nul consécutif le samedi suivant avec la venue à Grenoble des Renards de Picardie. À l'inverse de Gap, ce sont les Grenoblois qui font un départ canon en menant 3-0. Ils mènent encore 8-4 à la fin de la deuxième période, les Amiénois inscrivent leurs trois derniers buts aux 57e, 58e et 60e minutes, égalisant à sept secondes de la fin plus précisément...

À signaler le lendemain, le premier match féminin à Grenoble contre Gap. Quant à leurs homologues masculins, ils retombent dans leurs travers à l'occasion de leur premier déplacement de la saison à Villard. Comme à l'aller, ils s'inclinent 7-1, seul Boja Ebermann sauvant l'honneur en fin de rencontre.

Le CSGG perd ensuite 3-2 chez la lanterne rouge Chamonix et est septième à mi-championnat. Il doit se reprendre et s'impose de peu 4-3 à Viry-Châtillon grâce à un but victorieux de Frédéric Pélissier à quarante secondes de la fin ! Mais, ça chauffe autrement plus sévèrement, juste à côté, à Paris ce soir-là et les manifestations étudiantes qui dégénèrent avec la mort de Malik Oussékine, 22 ans seulement.

Et le Mont-Blanc céda... presque

Autant dire que personne ne donne la moindre chance aux Brûleurs de Loups lorsqu'ils se rendent à Saint-Gervais pour y affronter le HC Mont-Blanc et ses 19 victoires de suite. Ils ne sont d'ailleurs que 400 spectateurs à assister à l'incroyable ! Les leaders ouvrent la marque à la 8e par Steve Salter, mais Frédéric Pélissier égalise à la 27e. Pierre Pousse repart aussitôt à 2-1, mais Michel Tavernier égalise neuf minutes plus tard. Première minute du troisième tiers et Michel Baumann redonne un but d'avance au Mont-Blanc, mais même scénario trois minutes plus tard avec l'égalisation de Boja Ebermann. Encore plus fort, ce sont cette fois les Grenoblois qui prennent l'avantage à la 49e par Guy Galiay. Ce sont donc aux ténors de faire pour la première fois de la saison la course au score. Ils n'égalisent qu'à cinq minutes de la fin par Pierre Pousse, mais doivent laisser, à domicile qui plus est, leur premier point de la saison. Dans les cages grenobloises, Jean-Philippe Schoch a été parfait : "J'étais toujours motivé quand je jouais à St-Gervais, mon ancien club..."

"Tonnerre sur le Mont-Blanc" peut, le lendemain, s'exclamer le Dauphiné Libéré. Un - quasi - succès qui regonfle le moral des troupes de Gary Brown. Les Brûleurs de Loups le démontrent quatre jours plus tard en recevant Briançon, classé juste derrière eux. Pourtant, il manque Fabrice Texier, blessé au poignet à l'entraînement. Mais les BDL ne tremblent pas et s'imposent 6-2.

Présent dans l'enceinte, l'entraîneur national Kjell Larsson déclare au Dauphiné Libéré "avoir toujours cru en Grenoble dans ce match". Le Suédois a particulièrement aimé; chez les Brûleurs de Loups, Jean-Philippe Lemoine et Michel Tavernier. Quand à Boja Ebermann, l'avis de l'entraîneur de l'équipe de France est sans nuances : "C'est un grand, un très grand joueur !". Là dessus, tout le monde est d'accord, surtout les défenses adverses...

En cette fin d'année 1986, Grenoble est donc en pleine forme. Cela se voit encore lors de la venue des Français Volants de Paris où tout se joue dans les dix dernières minutes. Les Parisiens mènent 4-3, mais Frédéric Pélissier égalise. Cinq minutes plus tard, Daniel Grillon donne l'avantage aux siens, puis Bernard Séguy et Philippe Treille portent l'estocade 7-4. Les Brûleurs de Loups ont une fois encore terrassé les Volants ! Dernier match de championnat en apothéose avant la trêve.

Une trêve qui sera consacrée à la Coupe des Alpes, prélude de la Coupe de France en fin de saison. Les Brûleurs de Loups, en vacances, s'inclinent 10-3 à Gap et 12-5 à Villard. La suite de cette épreuve aura lieu après le championnat !

Un championnat où Grenoble ne renoue avec la victoire que le 17 janvier, dans un match sous le signe de la solidarité. Toute la recette de ce Grenoble-Chamonix est versée à l'association "En Avant la Région", une initiative du journaliste du Dauphiné Libéré Paul Dreyfus, en faveur de la recherche contre le cancer. À cette occasion, joueurs des deux équipes, arbitres, dirigeants, personnels de la patinoire, journalistes paient leur entrée. Avec les spectateurs, cela a fait 38 000 francs de récoltés pour le financement d'un imageur de type "Orion".

Pourtant, ce geste humanitaire n'a pas empêché la rencontre de dégénérer en combat de rue suite à un coup de crosse du Canadien de Chamonix Pierre Aubry sur le genou de Philippe Treille. Ce dernier fou de rage, répond d'un violent coup de crosse qui enlève quatre dents audit Aubry. En tant que capitaine, Bernard Séguy intervient dans la mêlée. Résultat, il est suspendu pour trois matches fermes et trois avec sursis, l'arbitre s'étant trompé sur l'auteur du coup de crosse ! On croit rêver ! Sur le plan sportif, Grenoble s'impose sans soucis 10-4.

Tabernacle ! Gary s'en va !

Cette semaine-là, on apprend que le contrat d'entraîneur de Gary Brown ne sera pas reconduit et qu'après huit ans au club, Gary va devoir s'en aller... Pour le remplacer, on parle, à cette époque, d'un Suisse, de Bienne, Jean Helfer, mais cela n'ira pas plus loin...

Gary n'oubliera jamais Grenoble : "Ce sont les meilleurs souvenirs de ma vie ! Parfois, je m'abstiens d'y penser, car la nostalgie revient très vite. C'était tellement merveilleux. Mais ici au Québec, je ne peux pas en parler, car personne ne peut comprendre qu'en France, il existe une telle culture hockey ! Pendant des années, j'ai attendu chaque année le tournoi pee-wee de Québec et la venue de l'équipe grenobloise pour en reparler avec Chico (Sangiorgio), Bill (Billièras) ou Jean (Le Blond), ça m'a toujours fait du bien de replonger dans cette époque avec mes copains ! En plus cela m'a permis de découvrir l'Europe et même le monde avec l'équipe de France, ou encore de jouer avec l'un des plus grands joueurs européens : Boja Ebermann. Après mon travail ici au Québec, j'aimerais vraiment revenir à Grenoble, pour donner un coup de main au hockey mineur." Gary qui est depuis revenu donner le coup d'envoi d'un match des BDL, ce qui lui a permis de découvrir Pôle Sud.

Mais pas le temps de s'attendrir, car il faut se rendre sur le plateau du Vercors ! Et cette année, les matches contre Villard sont à sens unique. Confirmation avec une large victoire des Ours 8-3, et un 5-0 dès le premier tiers...Un répit avec un succès 8-4 contre Viry-Châtillon et une nouvelle raclée 14-3 face au Mont-Blanc.

Cette semaine-là, les Benjamins partent pour le traditionnel tournoi Pee Wee au Canada, véritable championnat du monde officieux des clubs de cette catégorie. Une équipe grenobloise emmenée par Pierre Bourgey, Maxence Fontanel, Jean-Christophe Rochas, Stéphane Tartari ou Nicolas Carry, aidés par des joueurs d'autres clubs alpins, qui coïncidence, porteront plus tard le maillot des Brûleurs de Loups comme les Gapençais Benjamin Agnel et Benoît Bachelet ou le Chamoniard Richard Aimonetto. Une équipe avec également le Mègevan Sébastien Bordeleau, fils de Paulin et futur attaquant en NHL...

Pour les plus grands, les défaites s'accumulent : huit de suite en fin de saison. Un véritable chemin de croix. Le championnat se termine donc avec cette sixième place que les Grenoblois auront occupée pendant quatre mois ! C'est bien sûr le Mont-Blanc qui est champion avec deux défaites seulement.

Mais comme les saisons précédentes, il faut en finir avec les Coupes ! D'abord la Coupe des Alpes avec deux succès contre Briançon 8-7 et 11-4, une victoire face à Villard 4-3 et une défaite devant Gap 10-7, puis ensuite la Coupe de France. Les Grenoblois éliminent Strasbourg (Nationale B) avant de s'incliner en quart devant les Français Volants.

Et les anciens arrêtent...

Mais la véritable information de cette fin de saison, outre le départ de Gary Brown, c'est l'arrêt de la compétition de l'un des plus grands joueurs grenoblois, fidèle toute sa carrière à son club : Jean Le Blond. L'ancien capitaine de l'équipe de France raccroche, pour se consacrer à son métier de médecin. Mais il reste proche du club, on en reparlera...

La saison s'achève également par un nouveau titre de champion de France. C'est l'équipe réserve qui est sacrée en division 3 après avoir dominé toute la saison.

Dans cette équipe, un ancien double champion de France en élite en 81 et 82 met également un terme à sa carrière après avoir toujours joué à Grenoble, l'ailier Nicolas Ménage : "J'ai arrêté pour faire de la musique professionnellement, même si au début c'est dur d'arrêter, car le sport est une vrai drogue. Mais, j'ai toujours continué à faire du patin. J'ai poussé mes gamins à faire du roller, et un jour en amenant ma fille à la patinoire, je me suis retrouvé patins aux pieds à jouer au hockey avec quarante gamins. Je me suis aperçu que je n'avais rien perdu et que j'aimais toujours autant ça !"

Nicolas Ménage se rappelle également ses grands entraîneurs : "Pete bien sûr en hockey mineur, qui était l'idole totale de tout un club, Adolf Sprincl ensuite qui m'a vraiment marqué, Alex Dick qui était un ami et Josef Horesovsky qui était très fort comme entraîneur". Une page se tourne avec l'arrêt des fidèles Jean Le Blond, Nicolas Ménage et Gary Brown.

Buteurs en championnat 1986/87 : Bohuslav Ebermann 34, Philippe Treille 24, Frédéric Pélissier 20, Daniel Grillon et Sylvain Locas 12, Jean-Luc Chapuis, Jean Leblond et Michel Tavernier 11, Bernard Séguy 9, Guy Galiay et Vladimir Kostka 8, Fabrice Texier, Hervé Réolon et Jean-Philippe Lemoine 4, Stéphane Vissio 3, Jean-Marc Lonjon 2, Philippe Badin et Éric Gusse 1.

 

La saison de tous les records

C'est une équipe des Brûleurs de Loups profondément modifiée qui entame sa quatorzième saison consécutive en élite. On l'a dit, des éléments clés ne sont plus là : Jean Le Blond à mis un terme à sa carrière et le contrat de l'entraîneur Gary Brown n'a pas été reconduit.

Guy Galiay a également renoncé à poursuivre sa carrière au plus haut niveau : "J'avais un contrat de deux ans, mais devant les problèmes financiers du club, j'ai préféré raccrocher et rentrer chez moi en Catalogne et jouer pour le plaisir à Font-Romeu."

Le club dispose donc financièrement de moyens toujours aussi limités, il a fallu se séparer de joueurs importants comme Jean-Philippe Lemoine parti à Tours, ou Frédéric Pélissier, auteur l'an passé de 20 buts et 13 assistances, parti lui aux Français Volants : "Je faisais mon service militaire à Paris et puis c'est vrai que le club connaissait des difficultés financières. En plus, avec les départs ou les arrêts de joueurs que j'aimais bien, c'était moins bien que lors de mes deux premières années. Ceci dit, j'ai vécu à Grenoble mes plus belles saisons de hockey, je les mets à égalité avec le titre de champion de Megève en 1984. J'étais très bien à la fois dans la ville et dans l'équipe. J'ai vraiment adoré ce club et ce groupe de joueurs."

En fait, c'est la mairie qui "conseille" au club de baisser fortement sa masse salariale. Du coup, il faut faire avec les moyens du bord tout en essayant de faire des bons coups.

On fait ainsi revenir Wilfrid Girod : "J'avais passé deux ans à Tours et je voulais revenir, mais cela n'avait pas été possible de trouver un accord avec Serge Bocquet, je suis donc allé passer un an à Villard. Et puis avec le changement de dirigeants à Grenoble, ce retour a été possible."

Le club se tourne vers le Canada avec un entraîneur, Luc Tremblay, deux attaquants Yves Lapointe et Serge Trépanier, un Franco-Canadien Karl Goupil et un Canadien en passe d'être naturalisé : le buteur de Viry-Châtillon, Guy Fournier.

Yves Lapointe a été contacté par le dirigeant grenoblois Claude Wild qui accompagnait les pee-wee grenoblois au Québec : "J'étais champion universitaire avec les Patriotes de Québec et l'idée de venir en Europe me plaisais, la seule chose qui m'inquiétais un peu c'était d'évoluer sur les grandes glaces européennes. Je connaissais quelques joueurs évoluant en France comme Franck Pajonkowski ou Guy Fournier contre qui j'avais joué au Canada, mais je ne connaissais pas le niveau des équipes. Quand à Grenoble, ma connaissance de la ville n'était que livresque..."

Mais ni Guy Fournier, ni Boja Ebermann, également en instance de naturalisation, ne peuvent disputer le début du championnat, car le nombre d'étrangers est limité à deux : Lapointe et Trépanier.

Bref, on est inquiet à l'orée de cette nouvelle saison. Il y a pourtant des éléments positifs comme pour la première fois le maintient de la mise en glace de la patinoire durant l'été qui a permis aux jeunes du club de s'entraîner sous la houlette d'Adolf Sprincl, de retour au club comme responsable du hockey mineur.

Et puis, il y a les matches de préparation qui sont encourageants : victoires contre Chamonix 4-1 et à Gap 5-3, nul 5-5 à Gap et courtes défaites 9-7 contre Villard ou 5-4 à Chamonix. Bref, on essaie de se rassurer...

Un départ catastrophe

D'autant plus que la bonne nouvelle arrive la veille du premier match du championnat 1987/88 contre Gap, Guy Fournier est devenu français, il peut donc jouer pour l'ouverture de la saison à Clémenceau. Pour Boja, il faut encore attendre, mais l'on nous assure que c'est pour bientôt, alors...

Le visiteur du soir est impressionnant. Certes, Gap a perdu Peter Almasy et Thierry Chaix, mais a récupéré le Polonais André Svitac qui arrive d'Anglet et le Franco-Canadien Pat Daley en provenance de Paris. Une équipe des Hautes-Alpes entraînée par un Tchèque du nom de Jaroslav Jagr... "Je n'ai pas reconnu l'équipe des matches amicaux..." dira Luc Tremblay après le match ! En effet, les Grenoblois sont totalement dépassés encaissant un cinglant 4-0 pour s'incliner au final 8-4 : ça part mal !

Premier déplacement, une semaine plus tard à Tours, le nouveau club de Jean-Philippe Lemoine. Une équipe a priori plus dans les cordes des Grenoblois... et une défaite encore plus lourde : 10-3. Même si Yves Lapointe précise : "L'adaptation a été très facile dans l'équipe, on a été très bien accepté et très bien reçu... Les soucis ont été sur la glace !".

Le deuxième match à domicile est un véritable test puisque c'est la venue du voisin villardien et sa pléiade de stars d'outre-Atlantique : Marc Gervais, Jean Poulin, Gaston Therrien ou Derek Haas, sans oublier les internationaux français comme Gérald Guennelon ou Jean-Marc Djian qui ce soir joue contre son frère Serge. Celui-ci se souvient : "Je ne lui pas dit que je jouais, je suis certain que cela l'a déstabilisé, en plus j'ai arrêté plusieurs breaks sur Pat Dunn, alors qu'il s'est fait troué par Sylvain Locas dès la 7e. J'ai fait un super match, alors que Jean-Marc a craqué, mais c'est normal, en fait je n'avais rien à perdre en tant qu'aîné et lui tout à perdre."

À quatre minutes de la fin, rien n'est joué, les Villardiens mènent 8-7. Jouant son va-tout, Luc Tremblay fait sortir Serge Djian, ce dont profite Jean Poulin pour inscrire le but de la victoire des Ours 9-7, son quatrième personnel, à vingt secondes de la fin. Les Grenoblois ont tout donné, mais ils ont perdu et se retrouvent au bout de trois journées, comme l'an passé, derniers avec zéro point dans la musette...

Et il faut se rendre, chez le champion en titre, le HC Mont-Blanc à St-Gervais... Un bon début, buts de Guy Fournier à la 5e et Serge Trépanier à la 23e... et une défaite logique 8-2, puis une autre 9-3 face à Briançon. Et les misères continuent, car il faut se rendre à Rouen, qui cette année encore s'est renforcé et le prouve en s'imposant 11-5... "On jouait avec la peur au ventre, se souvient Guy Fournier, tout s'enchaînait toujours très mal au cours des matches, un vrai effet boule de neige dont on n'arrivait pas à se sortir."

Alors, on se dit que la septième journée sera peut-être la bonne avec un déplacement chez un autre mal classé, Chamonix. Patatras, encore une déroute 8-4. Comble de malchance, le car oublie Sylvain Locas après le restaurant, il devra rentrer à Grenoble en taxi ! Note salée sur la glace et sur la route !

Mais qu'arrive-t-il au hockey grenoblois ? Sept matches, autant de défaites, 63 buts encaissés et 28 marqués, jamais le club n'avait connu cela. Le Dauphiné Libéré ouvre ses colonnes pour trouver des explications. Un supporter rappelle que depuis les départs successifs de Maric, Huras, puis Lemoine, on n'a jamais vraiment recruté dans le secteur défensif. Le président Jacques Fouletier plaide non coupable avouant que "personne ne pouvait prévoir que l'on en serait là", et avec l'entraîneur Luc Tremblay, il espère que "le retour de Boja débloquera la situation..."

Un seul être vous manque... et les cartons s'accumulent.

Lionel Barin se souvient : "Pourtant, on ne jouait pas si mal, mais on n'arrivait jamais à concrétiser, à réunir toutes nos qualités au même moment. C'était frustrant." Amiens se pointe à Clémenceau et en repart lui aussi avec une large victoire 7-3.

"On était fébrile, admet Jean-Philippe Schoch, on avait peur de gagner, comme si au moment de rentrer sur la glace on ne savait plus comment faire".

"On voulait trop en faire, rappelle Yves Lapointe, mais comme la confiance fuyait et que l'on avait des lacunes défensives, c'était dur de ne pas être découragé, et pourtant, on n'a jamais baissé les bras. C'est incroyable !"

Une suite désastreuse...

Ils prouvent leur envie une nouvelle fois en recevant les Français Volants de Paris, le coup (sic) d'envoi étant donné par le boxeur échirollois René Jacquot, à l'époque champion de France, en attendant beaucoup mieux.

Et ça part bien avec dès la première minute l'ouverture du score pour Sylvain Locas. 2-2 à la fin du premier tiers, c'est encore bon, 3-4 au début du dernier tiers, on peut encore y croire... mais à la fin, cela fait 3-8. Au cours de ce match, Philippe Treille est malade, mais il est quand même aux anges puisque cette semaine-là, il est papa de son second fils, Sacha.

Et l'on attaque les matches retour par un impossible déplacement à Gap. Un déplacement avec un nouvel entraîneur. Après neuf défaites en autant de matches, Luc Tremblay est démis de ses fonctions et remplacé par Boja Ebermann, qui a défaut de jouer pourra au moins donner des conseils. "Avec Luc, se souvient Stéphane Vissio, on ne faisait pas de physique, juste de la technique, Boja a commencé par nous remettre en forme". Mais il faut du temps, et comme au match aller, Grenoble sombre 8-4.

Un renfort ou un forfait ?

La défense étant visiblement juste, comme l'an passé pour la venue de Jean-Philippe Lemoine, le club se tourne vers la mairie pour demander une rallonge de 300 000 francs afin de faire venir un défenseur américain, Tim Thomas. Non seulement la mairie refuse, mais l'adjoint aux sports Yves Machefaux conseille aux dirigeants de déclarer forfait pour quelques matches, voire pour la saison, afin d'économiser de l'argent ! Consternation !

Les joueurs sont bien seuls pour tenter de sauver le club... Enfin, seuls, pas tout à fait, car le public ne va jamais lâcher les siens. Pour Yves Lapointe c'était même incroyable : "Les partisans sont toujours restés fidèles ! Pour eux, il n'était pas question de descendre, ils nous ont vraiment maintenu la tête hors de l'eau..."

Ils sont d'ailleurs encore nombreux pour ce qui apparaît comme le match de la dernière chance contre Tours, l'avant-dernier, qui compte déjà 8 points contre 0 à Grenoble. Au premier tiers, les deux équipes sont très tendues et le score reste vierge. Soudain, les Tourangeaux dégainent et inscrivent trois buts consécutifs. De quoi désespérer, mais sur l'engagement Philippe Treille ramène le score à 1-3. Rien ne bouge jusqu'à la 54e et un quatrième but tourangeau. On se dit que tout est fini, mais en quarante secondes à la 59e minute les Brûleurs de Loups inscrivent deux buts par Serge Trépanier et Philippe Treille. 3-4 à une minute de la fin, on sort le gardien pour tenter d'égaliser... et ce sont les Tourangeaux qui inscrivent un cinquième but dans la cage vide par Michel Mongeau.

"Ça aurait pu exploser dans l'équipe, précise Fabrice Texier. C'est d'ailleurs ce qui serait certainement arrivé dans un autre club, mais à Grenoble, il y a toujours eu une bonne ambiance, personne ne s'est tiré dans les pattes, la solidarité entre nous a été exemplaire."

Comment, cependant rester optimiste, quand il faut aller à Villard où l'équipe carbure au super. Une rencontre qui débute par une minute de silence en mémoire de Philippe Lemoine, le père de Jean-Philippe, qui était gendarme à Villard. Un match en forme de chemin de croix pour les Brûleurs de Loups qui plongent 13-3.

Et pourtant, il faut le répéter, cette équipe à une âme et elle y croit. Elle y croit même quand cela semble impossible comme quand elle reçoit le Mont-Blanc. Avec un Jean-Philippe Schoch déchaîné dans les cages, Grenoble se paie le luxe d'ouvrir la marque dès la première minute par Sylvain Locas et de tenir tout le premier tiers ainsi. Bien sûr la claque fini par arriver et le Mont-Blanc s'impose 5-2. Constat du Dauphiné Libéré : "Grenoble joue, le Mont-Blanc gagne."

"On descendait petit à petit la pente, sans trop savoir pourquoi, précise Joël Chapuis, pourtant on avait une belle équipe. Le plus dur était de se faire bouffonner par des équipes et des joueurs que l'on battait à l'époque où l'on était champions..."

Alléluia, Boja est là !

Il ne manque qu'un petit déclic, un petit quelque chose pour que la machine reparte. Cela arrive enfin à la toute fin novembre avec la naturalisation de Bohuslav Ebermann ! Boja est français, il peut jouer et redonner le moral à toute une ville. Boja le Messie !

"C'était tout simplement le meilleur joueur du championnat de France et cela a été un grand plaisir de jouer sur sa ligne", avoue Guy Fournier.

Le génial numéro 25 retrouve sa place en attaque le 1er décembre pour une mission impossible à Briançon. Cela commence difficilement pour les Brûleurs de Loups avec deux buts briançonnais, mais un certain... Boja Ebermann remet Grenoble dans le sens de la marche à la 19e, sauf que le Franco-Canadien François Perrault marque le but du 3-1 à 25 secondes de la fin du tiers. Ce n'est pas grave, Yves Lapointe ramène Grenoble à 3-2 dès la 24e, Paul Adey redonne deux buts d'avance aux Haut-Alpins, Sylvain Locas réplique à 4-3, puis 4-4 quelques secondes plus tard par Serge Trépanier qui donne même l'avantage aux Grenoblois 5-4. Grenoble mène au score !

Peu habitués à cela, les Brûleurs de Loups se déconcentrent et encaissent deux buts en trente secondes. Ils sont menés 7-5, mais il est dit qu'ils ne veulent pas mourir comme cela et reviennent une nouvelle fois par Yves Lapointe. 7-6 pour Briançon à neuf minutes de la fin, tout est encore jouable. Sauf que l'on en reste là... Défaite d'un petit but, mais l'on sent que quelque chose est en train de changer, comme une confiance qui revient...

Confirmation avec la venue de Rouen et une courte défaite 4-2 et un but refusé à Boja. Et pour couronner le tout, Serge Trépanier, l'un des buteurs de cette équipe, se blesse aux adducteurs, et le défenseur Philippe Badin se fracture le pouce, comme si le CSGG avait besoin de cela !

Mais, il faut y croire avec la venue de Chamonix. C'est encore une course poursuite, mais ce sont les Chamoniards qui s'imposent 5-4 sur un slap masqué de Nansen... Désolation.

La Méthode Coué ? Ça marche !

Cela fait seize matches de suite que les Dauphinois perdent et plus personne n'y croit lorsqu'ils se rendent à Amiens. D'autant plus que Philippe Treille et Serge Trépanier sont blessés et que les Picards doivent impérativement s'imposer pour se qualifier pour la poule finale.

D'ailleurs, la moitié du match est conforme "aux habitudes" avec un cinglant 5-2 en faveur des locaux... Et puis, le miracle ! Tout ce qui ne marchait pas les fois précédentes ce met à fonctionner ! Un quintuplé d'Yves Lapointe, un doublé de Guy Fournier ("C'était hors de question de baisser les bras"), un but de Boja Ebermann et un autre de Wilfrid Girod et les Grenoblois l'emportent 9-7 en terre picarde mettant fin à une incroyable série de seize défaites consécutives...

"À Amiens, on ne joue même pas mieux que d'habitude, se souvient amusé Stéphane Vissio. En regardant le tableau d'affichage, on n'y croyait pas, surtout que l'on prive Amiens des play-offs !"

Certes, la saison régulière s'achève par une autre défaite aux Français Volants 7-3, mais l'essentiel est ailleurs : les Brûleurs de Loups ont gagné un match contre une équipe qu'ils retrouveront dans la poule de relégation, alors pourquoi ne pas croire à un impossible retour pour éviter la dernière place synonyme d'une descente qui serait catastrophique vu le peu d'empressement des élus à soutenir le club.

Pas cap' ?

Les Brûleurs de Loups démarrent cette poule de relégation avec onze points de retard sur Tours et treize sur Amiens et Chamonix, mais il y a douze matches à disputer. "On a joué cette poule de relégation, uniquement à l'adrénaline, on en voulait encore plus qu'à la normale" estime Yves Lapointe.

Regonflés à bloc, les Dauphinois gagnent 8-5 à Chamonix, puis 7-5 devant Amiens. Yves Lapointe est en pleine confiance avec dix points inscrits en quatre rencontres ! Comme Chamonix à perdu 7-2 à Tours, les Brûleurs de Loups reviennent à neuf points de Chamonix et d'Amiens et onze points de Tours. "On était lancé, le déclic psychologique avait enfin eu lieu, désormais, les choses tournaient en notre faveur" se souvient Guy Fournier.

Alors, à qui le tour ? À Tours justement qui vient à Grenoble et qui est battu 6-4, avec un second triplé de suite pour Sylvain Locas. Chamonix continuant d'accumuler les défaites (7-5 ce soir-là à Amiens), les Grenoblois reviennent à sept points des Chamoniards... qui viennent justement à Grenoble le samedi suivant.

Devant une foule revancharde et face à une équipe chamoniarde en plein doute, d'autant plus que son attaquant canadien vedette Pierre Aubry est parti en Italie à Canazei, les Dauphinois font carton plein : 11-5 et encore quatre buts pour Yves Lapointe. Il y a même un pénalty refusé à Grenoble, le tir de Boja Ebermann étant trop puissant pour les réflexes de l'arbitre, seul à ne pas voir que le palet était rentré puis ressorti de la cage ! Grenoble revient à cinq points de Chamonix.

Une semaine plus tard, les Dauphinois continuent d'engranger en arrachant le nul 5-5 à Amiens en fin de match par l'indispensable Yves Lapointe ! Comme, dans le même temps, Chamonix a encore perdu 3-1 chez lui face à Tours, les Grenoblois n'ont plus que quatre points de retard.

Les Brûleurs de Loups, c'est "Sport"

Une remontée des Brûleurs de Loups qui intéresse même la presse nationale. Le quotidien le Sport publie un article intitulé "La folle poursuite de Grenoble". Un article de Pascal Irastorza qui commence par ces mots : "et si Grenoble n'était pas encore condamné à la rétrogradation en Nationale 1B ?" Dans cet article, le président Jacques Fouletier revient sur la présence sur la glace du sauveur Boja Ebermann : "C'est assez irrationnel, mais ils (les joueurs) ont l'impression que rien ne peut leur arriver, qu'Ebermann est là pour y veiller !"

Un "sauveur" qui explique modestement qu'en prenant l'équipe en main, il a "commencé par remettre tout le monde en condition physique, nous avons beaucoup patiné et c'est vrai que nous sommes plus rapides qu'en début de saison..." Et le président et l'entraîneur de rendre hommage au public grenoblois, qui n'a jamais déserté la patinoire et a continué à pousser les siens, même au pire moment de ces seize défaites de suite.

En attendant, c'est la trêve, puisque pour la première fois depuis 20 ans, les Tricolores sont qualifiés pour les Jeux Olympiques. Il n'y a pas de joueurs de Brûleurs de Loups à Calgary, mais le club est quand même indirectement représenté par un joueur formé au club, Jean-Marc Djian. Pendant cette trêve, le CSGG affronte et bat l'équipe de France junior 20 ans 7-5. Quant au match prévu pour le 20e anniversaire des Jeux de Grenoble entre les espoirs français France 92 et une sélection canadienne universitaire, il est annulé, les joueurs étant bloqués dans les embouteillages...

Mais ce qui compte vraiment en ce mois de mars 1988, c'est la survie du club. Une survie qui passe par la poursuite de cette incroyable remontée au classement. La rencontre chez le leader de la poule Tours est âprement disputée avec, au finish, une courte victoire dauphinoise 6-5 grâce à un dernier but lumineux d'Yves Lapointe, le serial-buteur. Un super Jean-Philippe Schoch fermant la boutique dans les dernières minutes et hop, le CSGG revient à deux points seulement de Chamonix qui a encore perdu, sa septième défaite de suite, 3-2 à la maison face à Amiens.

Ça y est ? C'est bon ? Eh non ! Pas encore !

Et justement, trois jours plus tard, les Chamoniards viennent à Grenoble. En cas de victoire, les Brûleurs de Loups reviennent, enfin, à égalité de points avec leurs rivaux. Et cela démarre très vite avec l'ouverture du score dès la vingtième seconde par Bernard Séguy. Les Chamois égalisent à la 22e minute par Stéphane Lessart, mais en moins d'une minute à la 29e les Grenoblois inscrivent deux buts par Bernard Séguy encore et Sylvain Locas pour mener 3-1. Pas pour longtemps, deux minutes plus tard, Stéphane Lessart ramène Chamonix à 3-2. Le dernier tiers est terrible ! À peine trois minutes et les visiteurs égalisent par Jean-Yves Audibert, puis prennent l'avantage à trois minutes de la fin, une nouvelle fois par Stéphane Lessart !

La fin de la rencontre est très houleuse, avec de nombreuses bagarres, mais plus rien ne sera marqué et les Grenoblois perdent 4-3 le match qu'il ne fallait pas perdre. Les Chamoniards sortent de la glace en faisant des bras d'honneur au public, persuadés d'avoir sauvé leur saison en reprenant quatre points d'avance sur les Dauphinois.

Sauf qu'il reste encore cinq journées à disputer...

Alors, c'est mort ? Devine !

Trois jours après la désillusion chamoniarde interrompant une série de six victoires de suite, il faut se remettre au travail en recevant Amiens. Malgré toute leur envie, les Brûleurs de Loups s'inclinent 8-6, en dépit d'un triplé d'Yves Lapointe. Et la mauvaise passe se poursuit avec une troisième défaite consécutive, cette fois-ci beaucoup plus lourde, 10-5. La mort est certes proche, mais pas encore certaine puisque Chamonix s'est aussi incliné à deux reprises.

En revanche, plus de droit à l'erreur, à trois journées de la fin en se rendant à Chamonix. Une défaite serait cette fois-ci irrémédiable. Même pas peur ! Les Brûleurs de Loups réalisent le match parfait de bout en bout : 6-2 à la fin du match. Il y a des bras d'honneur qui se regrettent parfois...

Allez, plus que deux points de retard et deux matches à jouer ! Pour cette avant-dernière journée, les Grenoblois se déplacent à Amiens et les Chamoniards reçoivent Tours. En terre picarde, Grenoble donne tout, marque huit buts, mais en encaisse dix. Pour les joueurs et supporters ayant fait le déplacement, se sont de longues, très longues minutes, au bar de la patinoire picarde à attendre le résultat de Chamonix-Tours. La patinoire de Chamonix ne répond pas... et pour cause, on fini par apprendre que Chamonix s'est incliné 7-5.

Immense ouf de soulagement, Grenoble a toujours deux points de retard, mais un meilleur goal-average direct avec Chamonix, tout se jouera lors de la dernière journée...

Roulette russe à Clémenceau

Les choses sont claires en ce samedi 16 avril 1988, pour se maintenir, Grenoble doit battre Tours en espérant que Chamonix perde à domicile contre Amiens. Tout autre scénario est à exclure pour les Brûleurs de Loups...

Pas de but au premier tiers, puis c'est la gâchette Guy Fournier qui tire en premier : 1-0 à la 24e, les Tourangeaux égalisent par un futur Grenoblois, Christian Bozon à la 32e, mais une minute plus tard, Serge Trépanier redonne des couleurs aux Rouges et Bleus, bientôt suivi à la 39e par Sylvain Locas. 3-1 à l'entame du dernier tiers. On reste longtemps sur ce score jusqu'à la 53e où le Tourangeau Raphaël Marciano ramène dangereusement les siens à un but. La délivrance intervient deux minutes plus tard par Jean-Luc Chapuis, marquant son seul le but de la saison, mais le plus important de tous, pour une victoire 4-2.

Succès important, certes, mais pas suffisant, il faut également que Chamonix perde... Une attente insoutenable, puis une clameur : Chamonix a perdu 5-3. Grenoble est sauvé !

Ils l'ont fait !

La fête dure toute la nuit, à la hauteur de l'incroyable soulagement qui a succédé à une immense peur d'une descente qui aurait été certainement fatale au club dans les circonstances financières de l'époque.

L'équipe est restée soudée et motivée jusqu'au bout, soutenu par un public d'une incroyable fidélité.

"Personne dans l'équipe ne s'est tiré dans les pattes. L'ambiance est toujours restée très bonne entre nous, précise Guy Fournier. Je sais que c'est difficile à croire quand on voit nos résultats, mais je suis toujours venu à la patinoire avec plaisir, même aux entraînements. Quand je suis arrivé à Rouen, les gens venaient me voir avec un air désolé, en me disant, mon pauvre, comme tu as dû souffrir, mais je leur répondais, pas du tout, j'ai adoré mon année à Grenoble !"

Confirmation avec Yves Lapointe : "C'est vrai que du point de vue hockey, ça a été difficile, surtout que j'avais toujours joué dans des équipes de haut de tableau, mais je vous assure que cette année-là a été une fabuleuse expérience de vie, une année vraiment extraordinaire du point de vue humain".

Yves qui repart au Québec pour reprendre ses études avant de travailler pour le gouvernement québécois et de rester en contact avec des auteurs de cette saison hors norme, en particulier son ami Joël Chapuis.

"On s'est arraché, serré les coudes, match par match, se souvient Stéphane Vissio, et à la fin, c'est comme si on avait gagné un titre, dommage que Serge Trépanier ait été malade toute l'année. Avec lui et Yves Lapointe en forme toute l'année, on n'aurait pas vécu une telle galère, car c'était deux bons joueurs. Sur le plan personnel, j'avais fait une grosse saison et avait même reçu pour cela l'hommage de Guy Fournier, ce qui m'avait touché de la part d'un tel grand joueur".

Jean-Luc Chapuis garde également un excellent souvenir également de cette saison galère : "On a avait tellement bavé toute l'année à aller chercher des points que la fête a été à la hauteur de notre frayeur et de notre souffrance."

Il y avait cette année-là Jean-Philippe Schoch et Serge Djian dans les cages.

Bernard Séguy, Wilfrid Girod, Stéphane Vissio, Joël Chapuis, Éric Kull, Éric Gusse, Jean-Marc Lonjon et Philippe Badin en défense.

Boja Ebermann, Philippe Treille, Guy Fournier, Serge Trépanier, Yves Lapointe, Sylvain Locas, Fabrice Texier, Jean-Luc Chapuis, Lionel Barin, Hervé Pasini, Stéphane Barin et Pierre Villesoubre en attaque.

À tous, messieurs, merci !

Et puis une autre bonne nouvelle pour finir, les minimes sont champions de France 1988. La relève arrive avec entre autres Cristobal Huet, Stéphane Tartari, Pierre Bourgey, Maxence Fontanel ou Jean-Christophe Rochas... Leur entraîneur Willy Girod est aux anges : "Quelle saison folle ! En senior, on se sauve à la dernière journée, après une saison très forte humainement et une joie finale aussi intense que pour un titre de champion. Et en mineur on ramène encore un titre pour le club."

La preuve, cette année a vu les premières apparitions en équipe première de Stéphane Barin, le frère de Lionel : "J'ai joué quelques matches pendant six mois, avant d'être interdit de jouer, car il fallait, d'après la fédération, avoir 16 ans révolus pour évoluer en nationale A..."

Stéphane a découvert les BDL à 6 ans : "J'accompagnais mon frère aux entraînements, et je patinais dans un coin pendant ce temps... Ensuite l'année d'après j'ai vraiment débuté avec Jimmy Biguet comme entraîneur, puis Noël Roudet et Dany Grando avec qui on a gagné la coupe de France des benjamins à Lyon aux tirs aux buts contre Amiens. Une équipe avec Antoine Huet, Jean-François Corront, Jérôme Schwerdel, Stéphane Baills, Alexis Boccard ou Olivier Serpollier..."

Heureusement que Grenoble a son hockey mineur...

Buteurs en championnat 1987/88 : Yves Lapointe 30, Guy Fournier 28, Serge Trépanier et Sylvain Locas 23, Philippe Treille 19, Bohuslav Ebermann 8, Bernard Séguy 5, Wilfrid Girod et Stéphane Vissio 2, Jean-Luc Chapuis, Éric Kull, Éric Gusse, Lionel Barin et Karl Goupil 1.

 

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