Grenoble

Chapitre IV - En route vers les sommets

 

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Finalement, Grenoble a fini par digérer la fin des paillettes internationales, le départ de Pete Laliberté et l'intégration à l'élite. Une fois que tout a été en place, le titre suprême national ne pouvait être bien loin. Cela va être la quête d'une génération en or.

Après deux échecs consécutifs dans la course au titre, il faut des changements. Ces dernières saisons, le club avait perdu des joueurs clés sans les remplacer. Il est temps d'étoffer l'effectif. Pour cela, il s'agit tout d'abord de faire revenir quelques "vieux guerriers" au club. On rappelle donc Jean-Claude Sozzi, parti trois ans à Tours. "J'avais pris un bar à l'Île Verte à Grenoble, avec l'idée d'arrêter le hockey. J'avais 35 ans, mais Serge Bocquet m'a demandé de rejouer...". On signale également le retour de Jean-Charles Piccinini après une saison et demie d'arrêt à cause de son métier de chef cuisinier.

Arrivée également de l'attaquant André-Marc Belli-Riz en provenance de Croix. Il restera ensuite fidèle au club et en sera même, en 1992, le vice-président. Il réside toujours dans la région grenobloise où il exerce son métier d'architecte. "J'ai débuté le hockey à Gap en 1970, à l'âge de treize ans. Au départ je suis allé à la patinoire pour accompagner un copain et puis cela a été le coup de foudre, la passion totale et absolue. J'étais raide dingue de hockey. J'ai donc joué trois ans en hockey mineur à Gap avec Camille Gélinas comme entraîneur, avant de suivre mes parents mutés à Lille."

Les débuts sont difficiles dans la capitale des Flandres : "Il n'y avait qu'une toute petite patinoire, mais heureusement on nous a indiqué qu'à Croix, il y avait une vraie patinoire, une patinoire privée de 60 mètres sur 30, où j'ai pu continuer le hockey au C.P.M. Croix, le Cercle des Patineurs de la Métropole". Ensuite, il suit encore ses parents qui sont mutés à Grenoble, d'où la famille était originaire. "Je connaissais bien les joueurs de Grenoble, déjà pour les affronter avec Croix en championnat et ensuite pour être même un jour rentré sur Grenoble avec eux en avion après un match à Croix !".

En revanche, un monument de l'histoire du club prend une semi-retraite : Jean-Claude Laplassotte part jouer dans l'équipe réserve, quinze ans après être arrivé à Grenoble : Autre départ, celui du buteur Didier Fassi qui retourne chez lui à Nice après deux saisons en Dauphiné.

L'homme de la situation

Mais le plus important est au niveau de l'entraîneur. Après ces deux échecs dans la course vers les sommets, les dirigeants ont décidé de se séparer d'Alex Dick qui repart à St-Gervais. Ils engagent à la place quelqu'un qui va durablement marquer ce club, le Québécois Gary Brown. Il a 29 ans lorsqu'il vient faire des essais dans l'équipe de Grenoble durant l'été contre Gap et Villard-de-Lans. C'est le club qui l'a contacté, repérant son nom parmi les statistiques des joueurs universitaires. Mesurant 1m77 pour 78 kilos, cet attaquant est né à La Tuque, près de Trois-Rivières, où son père était le chef de la police ! Il commence le hockey à dix ans à la Tuque avant d'être remarqué à seize ans par le club de NHL des Maple Leafs de Toronto. Après son junior majeur à Trois-Rivières, les Maple Leafs l'envoient en pro dans les circuits américains, à Tulsa dans l'Oklahoma, à Jacksonville en Floride et à Johnstown en Pennsylvanie. Barré pour accéder à la NHL, il préfère revenir à Trois-Rivières pour reprendre ses études à l'université et jouer dans des équipes québécoises, les Castors de Matane, puis les Patriotes de Québec.

D'une grande gentillesse, Gary Brown débarque à Grenoble au cours de cet été 78, sans savoir qu'il va y rester près de dix ans et s'y faire que des amis : "Il était très jovial précise Joël Chapuis. Il faisait beaucoup pour que l'ambiance soit bonne. On se voyait souvent en dehors de la glace". Antoine Sangiorgio précise : "Il était simple, honnête, avec un énorme esprit d'équipe. C'est l'entraîneur le plus important que l'on ait eu à Grenoble". Il sera en tout cas celui qui amènera, enfin, le C.S.G.G. vers le titre. "Il nous apportait plus de professionnalisme, se souvient Franck Avenel. Alex Dick était peut-être un peu trop copain avec nous". Gary Brown n'est cependant pas rassuré lorsqu'il débute : "Je n'avais jamais été entraîneur-joueur et j'ai vite réalisé qu'il ne fallait pas que je me rate, car c'était un club avec une histoire et des gens importants qui étaient passés par-là, comme Pete ou Adolf. Je me devais donc impérativement d'être à la hauteur. En plus, j'avais été agréablement surpris du bon niveau de jeu de l'équipe. Il y avait beaucoup de talents dans cette équipe, il n'était donc pas question de le gâcher. C'était une sacrée responsabilité."

Avec une bonne nouvelle pour commencer. La municipalité ouvre la patinoire beaucoup plus tôt cet été afin de permettre aux hockeyeurs grenoblois de mieux se préparer. Deux matches amicaux internationaux de haut niveau permettent même de peaufiner les derniers réglages. Le 16 septembre, coucou les revoilou ! Nos amis des Diavoli de Milan. Le club transalpin repart cette année après avoir arrêté toute activité durant deux saisons. Une équipe milanaise, huit fois championne d'Italie, toujours aussi redoutable, qui obtient le nul 3-3 à Grenoble. Et puis, cinq jours plus tard, venue à Clémenceau des Suisses de Fribourg. La rencontre ne va pas à son terme. Les Suisses quittent la glace dès la troisième minute du dernier tiers alors qu'ils mènent 4-3...

Tout est prêt pour un championnat nouvelle formule. La première phase se déroule à dix clubs en aller et retour, les six premiers refont ensuite une série aller et retour pour l'attribution du titre. On repart dans les play-offs avec la moitié des points acquis lors de la première phase.

Le championnat de nationale A 1978/79 débute avec la venue de Chamonix. Une partie longtemps très serrée mais qui se solde par une victoire des visiteurs 5-2. "Nous avons manqué de cohésion" déclare au Dauphiné Libéré Gary Brown après son premier match comme entraîneur-joueur du CSGG. Une semaine plus tard, les Grenoblois se rendent chez le promu parisien qui évolue à l'époque dans la patinoire de Montparnasse avec ses 1 200 places... et un orgue électrique qui joue comme au forum de Montréal. Les supporters isérois ont fait le déplacement avec départ devant la patinoire de Grenoble à 10h le matin même. Les Dauphinois s'imposent dans la douleur 9-8 chez les Français Volants : "On s'en est pris plein la g..." raconte dans le Dauphiné Libéré Bernard Leblond auteur de quatre buts.

Ambiance chaude à Milan et à Clémenceau...

Après le match suivant à Megève (perdu 8-4), les Grenoblois ne rentrent pas à la maison. Ils franchissent la frontière italienne, en cette semaine d'élection du Pape Jean-Paul II, pour aller rendre visite aux Diavoli de Milan. Des Dauphinois qui enregistrent le retour de Philippe Muscara en défense qui avait songé un temps aller jouer à Nice et qui finalement reste au CSGG. En tout cas, dans une ambiance surchauffée les Grenoblois s'imposent 3-2. Il faut l'intervention des Carabinieri pour que la rencontre se termine à peu près normalement, tellement les tifosi sont déchaînés.

Comme le début de championnat n'est pas des plus réussis, les Grenoblois doivent absolument se reprendre avec la venue à Clémenceau du double champion gapençais. Devant une foule très nombreuse et dans une ambiance extraordinaire, ils balaient Gap 14-4 avec un mémorable 6-1 dès le premier tiers. Philippe Treille inscrit quatre buts : "Les frères Leblond et Philippe Treille avaient un potentiel énorme, se souvient Franck Avenel. Ils étaient capables à eux seuls de faire tourner un match". Quelle cruelle humiliation, en tout cas, pour le champion de France qui comme l'an passé a complètement cédé face à la furia grenobloise. Une équipe grenobloise totalement retrouvée, qui a droit à une très longue ovation en fin de rencontre et à cet hommage, dans les colonnes du "DL", de Pete présent dans les tribunes : "Le hockey grenoblois se porte bien, son niveau est vraiment de qualité.". Malheureusement si cette équipe peut être magique dans les matches de gala, elle a encore du mal à retrouver toutes ses qualités dans les rencontres a priori plus facile. Ce défaut lui joue encore des tours en recevant Viry. Quelle douche froide. Les Grenoblois s'inclinent sèchement 7-2. Les deux équipes peuvent ensuite aller refaire le match autour d'un verre au Palais des Sports, où elles sont invitées à une soirée des 6 Jours cyclistes de Grenoble.

Ce n'est pas en gagnant un match sur deux que le C.S.G.G. va enfin décrocher son premier titre ! Il faut absolument remporter le derby des derbies, avec la réception des Ours. Ce sont pourtant les Villardiens qui tirent les premiers et mènent 3-1 après deux tiers. Mais le réveil grenoblois arrive dans l'ultime période, et quel réveil ! 8-5 au final et une quatrième victoire consécutive des Grenoblois dans le derby isérois. Un troisième tiers totalement hallucinant et disputé dans une ambiance survoltée.

Les frères Girod

Cette saison voit l'arrivée régulière en équipe première de Wilfrid Girod (16 ans) au sein de la défense : "J'ai d'abord joué au rugby, au F.C.G. jusqu'à l'âge de 10 ans. Mais j'étais ami avec Nicolas Ménage qui jouait au hockey et mon père, ancien rugbyman, aimait aussi beaucoup le hockey qu'il allait voir du temps de la coupe des Pays-Bas. En plus on était voisin de Jimmy Biguet". Difficile de ne pas attraper le virus du hockey ! Et Willy d'ajouter : "J'ai donc pris une licence le jour de mes 11 ans, pour faire en plus comme mon grand frère Pierre-Éric. De plus, lors de mon premier match en poussin, j'ai déjà connu toutes les sensations du hockey : on perd 3-1, mais je marque le seul but, je prends deux minutes de prison et en fais prendre deux à l'adversaire !". Wilfrid Girod, dont le petit frère Olivier jouera également en équipe première des Brûleurs de Loups, a eu Gilbert Maldéra comme premier entraîneur et a passé son hockey mineur avec Serge Djian et Patrick Faure, toujours en surclassé, parfois même en double surclassement... Wilfrid joue à la fois en cadet, junior, sénior B et sénior A !

Le CSGG se rend à Croix et confirme son retour en forme en se vengeant des deux défaites de la saison passée face aux Nordistes (7-2). Et ce sont les Tourangeaux qui viennent à Clémenceau en ce 18 novembre 1978 avec la troisième place comme enjeu. Une équipe tourangelle, seule grande équipe de "plaine", jalousée partout où elle passe car composée pratiquement d'aucun joueur originaire du club, avec quatre joueurs formés à l'étranger et une structure qui préfigure le "professionnalisme" à venir. Une rencontre au sommet qui, en tout cas, ravit les très nombreux spectateurs. Un excellent Jean-Claude Sozzi, face à ses anciens coéquipiers, permet aux Dauphinois de s'imposer 4-2. Un match passionnant, qui "prend aux tripes".

La rencontre suivante est face à une équipe sangervollaine emmenée par un Alex Dick revanchard face à son ancien club. Mais avec un très bon Pierre-François Couderc dans les cages, félicité en personne par Jean-Claude Sozzi, les Grenoblois gagnent 6-2.

Le congrès de la CGT s'amuse

Cette semaine-là voit se disputer un match très particulier à la patinoire de Grenoble. Une rencontre "privée" en marge du congrès national de la C.G.T. qui se tient à Grenoble. Le syndicat a invité une équipe des "pays frères" : le Skoda Pilsen, l'un des meilleurs clubs tchécoslovaques. Un match fermé au public et réservé aux congressistes ! En tout cas au cours de ce "match privé" entre le Skoda Plzen et le C.S.G. Grenoble, remporté par les Tchèques 9-6, on remarque un certain Bohuslav Ebermann auteur de deux buts.

Après avoir fait trébucher le troisième Tours et le deuxième St-Gervais, Grenoble se rend chez le premier Chamonix mais rate totalement son match, encaissant un sévère 8-4. C'est une équipe grenobloise diminuée qui reçoit une semaine plus tard les Français Volants de Paris. Il manque Pierre Martin malade, Philippe Muscara accidenté sur la route en défense et Jean-Charles Piccinini en attaque qui doit une nouvelle fois arrêter le hockey à cause de son métier de chef cuisinier qui l'entraîne à Paris. Pourtant, les Dauphinois s'imposent 5-3 et se retrouvent seuls à la troisième place. À l'issue de cette rencontre, trois Grenoblois, les frères Leblond et Philippe Treille, partent en équipe de France disputer deux matches contre le Danemark dans le nouveau Palais des Sports de Copenhague, remplit à ras bord de supporters vikings. Les Français remportent la première rencontre 8-6 et perdent la seconde 9-3.

Retour au championnat de France avec la réception de Megève, une équipe qui lutte pour terminer dans les six premiers. Les Grenoblois ne connaissent pas trop de difficultés pour gagner 7-4. Mais cette équipe qui remonte à la deuxième place à égalité avec St-Gervais a décidément du mal à être constante. Une semaine plus tard, elle s'incline 3-1 à Gap, le septième. Les Grenoblois replongent à la troisième place à la trêve de Noël.

Dix ans déjà...

Une trêve mise à profit pour célébrer le dixième anniversaire des Jeux de Grenoble. Le Palais des Sports accueille un tournoi international avec trois équipes de très haut niveau. On retrouve l'équipe nationale du Canada qui prépare les Jeux de 1980 à Lake Placid aux États-Unis, le club tchécoslovaque du T.J. Motor Ceské Budejovice et le club suédois du Färjestads BK. Ce sont finalement les Canadiens qui s'imposent en battant Färjestad 7-4 et Ceské Budejovice 5-1.

Pendant ce temps et beaucoup plus modestement, l'équipe de France reçoit deux fois son homologue yougoslave à Gap et Briançon. On ne patine pas dans le même monde.

Le championnat de nationale A reprend avec un déplacement difficile à Viry, qui s'est fait cette saison une spécialité de faire tomber les "gros" dans son hangar de la nationale 7. Les Dauphinois récupèrent Christian Billièras dont la suspension a été ramenée à un an : "J'avais été gracié pour bonne conduite, mais je suis resté quand même bagarreur... Enfin, un peu moins...". Le C.S.G.G. coule 8-3 et plonge à la quatrième place.

Et revoilà les Brûleurs de Loups

Cela fait donc près d'un mois que Grenoble n'a pas gagné lorsqu'il se rend en ce 13 janvier 1979 à Villard. Une équipe villardienne qui n'a pas battu Grenoble depuis une éternité, le 18 novembre 1976. Sans Jean-Claude Sozzi blessé, c'est Pierre-François Couderc qui garde les cages grenobloises avec Serge Djian en substitut. À signaler qu'à l'occasion de ce derby, Jean-Loup Dalaison fait revivre le surnom des Brûleurs de Loups dans les colonnes du Dauphiné Libéré. À partir de ce moment-là, on parle à nouveau, et pour toujours, des Brûleurs de Loups pour les joueurs de Grenoble. Mais ce retour à ce surnom trouvé en son temps par Albert Fontaine ne porte pas chance aux Grenoblois, balayés 5-2 par une équipe villardienne beaucoup plus motivée. "La hargne n'y était pas", avoue Gary à la fin de la rencontre.

Le bilan n'est pas terrible et il va falloir y remédier en recevant la lanterne rouge Croix. Pour cette rencontre, Gary fait jouer Willy Girod à l'avant, où il effectuera la suite de sa carrière : "J'étais capable de jouer en défense ou en attaque. Toujours à l'aile, alors que j'aurais voulu être centre. Aucun entraîneur n'y a pensé, sauf Dany Grando en équipe de France junior". C'est d'ailleurs Wilfrid Girod qui ouvre la marque, suivi de cinq autres buts grenoblois ce qui porte la marque à 6-1 après quarante minutes. Mais comme d'habitude cette saison, l'équipe est inconstante et se relâche dans le dernier tiers qui voit Croix revenir à 6-4. Le CSGG remonte cependant à la quatrième place. Mais on attend encore la confirmation, qui arrive lors du déplacement suivant en Touraine.

Les Grenoblois enregistrent le retour de Jean Leblond qui a purgé sa suspension. Un Jean Leblond explosif qui est sur cinq des six buts de la victoire grenobloise 6-5, malgré 2 200 Tourangeaux déchaînés : "C'était un gros match", se souvient-il. Très bien regroupés autour de Pierre-François Couderc, les Brûleurs de Loups ont obtenu ainsi leur qualification officielle. Il ne reste qu'une seule rencontre à disputer, contre St-Gervais (9-3). Les Brûleurs de Loups finissent troisièmes de cette première phase avec l'un de leurs meilleurs matches depuis bien longtemps. De quoi redonner le moral avant les play-offs.

Le même cauchemar, un an plus tard

Les Brûleurs de Loups débutent chez le leader et favori pour le titre, Chamonix. Une rencontre qui voit le retour dans l'équipe d'Antoine Sangiorgio après un an et demi d'arrêt : "Je ne m'entendais pas vraiment bien avec Alex Dick. J'avais préféré me concentrer sur mon travail. Avec l'arrivée de Gary, je suis revenu". Les Dauphinois tiennent le choc et obtiennent un très bon nul 2-2. Ça y est, les Brûleurs de Loups sont de nouveau sur les rails du succès. Ils le confirment en battant Tours une semaine plus tard 9-6. On sent que les rêves de titre peuvent revenir peupler les nuits des Brûleurs de Loups.

C'est donc remontés à bloc que les Brûleurs de Loups se rendent chez le nouveau leader St-Gervais. Et cela commence le mieux du monde avec l'ouverture du score par l'inévitable Wilfrid Girod dès la deuxième minute... Mais comme l'an passé, la malchance frappe une fois encore à St-Gervais. Jean Leblond a une fracture du nez, mais surtout l'entraîneur-joueur canadien Gary Brown est victime d'une entorse des ligaments internes du genou gauche. En clair : 45 jours de plâtre : La même mésaventure à un an de distance ! Après Alex Dick, c'est Gary Brown qui ne se relève pas de St-Gervais ! Médusés, les Grenoblois s'effondrent dans le dernier tiers et s'inclinent 6-2 : "Je m'en rappellerai toute ma vie ce match, précise Gary Brown. Sans ce coup du sort, on aurait pu être champions dès ma première année à Grenoble !".

Un petit match amical perdu contre les Suisses de La Chaux-de-Fonds emmenés par cette vieille connaissance de Gaston Pelletier et une victoire 4-1 pour oublier face à Viry, et place ensuite à la trêve à l'occasion du championnat du monde du groupe C à Barcelone. Un Mondial dont les Français reviennent avec une médaille de bronze derrière l'Italie et la Yougoslavie. Il y a quatre joueurs formés à Grenoble dans cette sélection tricolore : Jean et Bernard Leblond, Pascal Del Monaco et Daniel Maric.

Deux arrêts de marque

Retour au championnat le mercredi 28 mars avec la venue de Megève et la première apparition en équipe première du défenseur Paul Ruccione à la place de Philippe Muscara malade. Les Brûleurs de Loups s'imposent sans soucis 9-3. De quoi bien aborder le choc contre Chamonix trois jours plus tard, toujours à Grenoble. Malheureusement, les Dauphinois, toujours handicapés par les absences, s'inclinent 9-6. Même punition une semaine plus tard à Tours avec une autre défaite 9-6. Une rencontre que n'a pas joué Daniel Grando et pour cause, ce jour-là est né son fils Willy.

Un match particulier puisque c'est le dernier des deux défenseurs gapençais Pierre Martin et Franck Avenel qui arrêtent le hockey après respectivement six et quatre ans à Grenoble : "J'avais fini mes études, précise Franck Avenel. Le club n'a pas pu me trouver un stage d'expert comptable, j'ai donc arrêté à 24 ans, car il n'était pas question de joueur ailleurs qu'à Grenoble, même à Tours qui proposait de l'argent à l'époque. En plus, la vie de famille me prenait de plus en plus de temps. J'ai trouvé du travail à Gap, où je suis retourné, mais sans jouer pour Gap bien sûr. J'ai un peu regretté ensuite d'avoir arrêté, surtout à cause de l'extraordinaire ambiance de Grenoble, une équipe dont la force résidait vraiment dans la joie que l'on avait à être ensemble". Pierre Martin confirme : "Je suis certain qu'il n'y avait aucun club où l'ambiance était meilleure qu'à Grenoble. Je n'avais aucune envie d'aller ailleurs. Mais l'année précédente, j'avais été gravement blessé à Villard avec un coma, et depuis je ne jouais plus de la même façon. Et puis c'était une période charnière avec l'arrivée d'un début de professionnalisme et deux matches par semaine, ce que je ne pouvais pas faire avec mon travail. En fait, j'avais envie de faire autre chose, même si j'ai arrêté à 27 ans seulement. J'ai d'ailleurs rêvé de hockey presque toutes les nuits pendant sept ans. Cela m'empêchait d'aller à la patinoire. J'y suis retourné en 2000 avec ma fille. Cela m'a fait un bien fou, j'avais l'impression de revenir chez moi :".

Pierre Martin habite toujours à Grenoble, il a été le premier capitaine gapençais des Brûleurs de Loups, premier d'une belle série avec Christian Pouget et Benoît Bachelet...

Le ressort est cassé

Quoi qu'il en soit, les Brûleurs de Loups sont cinquièmes et la fin du championnat ne sert plus à grand-chose. D'ailleurs une semaine plus tard, les Grenoblois, peu concentrés, s'inclinent à domicile 4-3 devant St-Gervais.

Le 21 avril, c'est enfin le retour au jeu de Gary Brown après deux mois d'absence, pour un déplacement à Viry. Un match qui n'aura jamais lieu. Les Brûleurs de Loups sont déclarés forfait pour être arrivés sur la glace à 20h20 et non 20h15 comme le précise le règlement. Dany Grando se souvient : "J'étais arrivé par mes propres moyens à Paris et j'avais tout fait pour convaincre le président Pourtanel de Viry d'accorder un petit délai à mes coéquipiers puisqu'ils avaient téléphoné en disant qu'ils arrivaient. Il n'a rien voulu savoir. Trop content de profiter de l'aubaine pour prendre quatre points sans efforts..." Cinq minutes qui coûtent une défaite sur tapis vert 5-0 pour avoir été bloqué dans les embouteillages. Sympa les Castelvirois ! Surtout qu'ils demandent ensuite aux Grenoblois, pour ne pas perdre la recette, de faire un match amical... Gonflé ! Il reste une journée à disputer, celle qui va attribuer le titre entre les trois premiers qui se tiennent en trois points : Chamonix, St-Gervais et Tours.

Pour corser le tout, les Chamoniards reçoivent leurs voisins. ils s'imposent d'ailleurs de justesse 5-4 et sont sacrés pour la trentième fois champions de France de hockey sur glace. Un record bien évidement jamais égalé et le dernier titre jusqu'à présent pour les joueurs de Haute-Savoie.

Quant aux Grenoblois, ils terminent leur saison en recevant Megève. Un match des adieux pour quatre joueurs qui arrêtent le hockey : les défenseurs Pierre Martin et Franck Avenel dont on a déjà parlé, mais également le gardien Pierre-François Couderc qui va pouvoir se consacrer à la photographie, domaine dans lequel il excelle autant que dans les cages, et Dany Grando. Une rencontre débridée avec un score de 6-6 à l'entrée de l'ultime minute... juste avant que Frédéric Favre ne donne le but de la victoire aux Mégevans qui ternissent ainsi la soirée grenobloise. En tout cas, une nouvelle fois, les blessures au plus mauvais moment ont gâchés le potentiel des Brûleurs de Loups. Ceci dit, ce n'est pas possible, cela va bien finir par passer un jour...

Buteurs en championnat 1978/79 : Jean Leblond 29, Gary Brown 26, Bernard Leblond 24, Philippe Treille 21, Daniel Grando et Wilfrid Girod 9, Joël Surle et Jean-Charles Piccinini 4, Joël Chapuis et André-Marc Belli-Riz 3, Nicolas Ménage et Jacques Carminatti 2, Pierre Martin, Franck Avenel, Philippe Muscara et Antoine Sangiorgio 1.

La saison de la poisse

Pour préparer la dernière saison d'une décennie sans titre, les Brûleurs de Loups, toujours sous la direction de Gary Brown, partent en stage d'été au Canada où ils affrontent des équipes junior majeur B. Une fois rentrée en France, l'équipe dispute son premier match amical en recevant les Italiens de Torre Pellice qu'ils étrillent 16-1. Une équipe 1980 sans changements, exceptés les arrêts annoncés en fin de saison dernière. On retrouve donc trois gardiens de but : Jean-Claude Sozzi en numéro un avec pour le suppléer, soit Serge Djian soit Pierre-Eric Girod. En défense : Christian Billièras, Gilbert Maldèra, Joël Chapuis, Philippe Muscara, à l'armée cette année avec ses classes bien loin de Grenoble à Mourmelon, et Paul Ruccione. Et puis en attaque : Philippe Treille, Jean Leblond, tout deux également militaires, mais avec seulement cinq semaines au Bataillon de Joinville à Fontainebleau avant de rejoindre les Pupilles de l'Air à Grenoble, Bernard Leblond, Gary Brown, Wilfrid Girod, Antoine Sangiorgio, André-Marc Belli-Riz, Nicolas Ménage, Joël Surle, Jacques Carminatti et Patrick Carminatti.

À signaler que l'équipe réserve, toujours engagée en nationale B, aura un entraîneur-joueur canadien, Pierre Gingras, qui lors du match d'ouverture contre Clermont-Ferrand contribue à la victoire 16-2 en inscrivant neuf buts ! Enfin, le club a un nouveau sponsor maillot : Coca-Cola, ça va pétiller !

Le championnat 1979/80 débute avec la venue de Megève. Et l'ancienne bête noire des Dauphinois ne pèse pas lourd, balayée 5-1. C'est donc sans complexe que les Grenoblois se rendent chez la terreur tourangelle. Il s'inclinent 9-7 mais en ayant fait plus que douter l'ogre du championnat. Seule ombre au tableau, la grave blessure de Christian Billièras : humérus fracturé et trois mois d'absence. "Il ne restait que deux minutes à jouer, Joël Chapuis se blesse, je le remplace donc sur sa ligne, mais au moment où je monte sur la glace, je me fais envoyer dans la balustrade. On a dû m'amener à l'hôpital avec mon équipement. J'ai atterri ainsi au service maternité, le service radiologie étant en panne ! Je suis ensuite rentré à Grenoble en train et en survêtement, pour voir ma femme m'attendre à la gare... le pied dans le plâtre, car elle aussi s'était blessée !"

Le 20 octobre, c'est un classique du championnat avec la venue de St-Gervais. Un match au suspense incroyable. Ouf ! Grenoble s'impose 2-1 lors d'un match où l'attaquant Jean-François Beaudoing fait ses débuts en équipe première. "L'intégration se faisait le plus naturellement du monde à l'époque pour les jeunes du club. Tout le monde se connaissait, car il y avait très peu de transferts. Un jour, Gary m'a demandé de venir m'entraîner avec l'équipe première, et c'est parti...". Jean-François qui a débuté le hockey à l'âge de 9 ans, à Annecy, avant de venir en cadet à Grenoble.

Dany Grando II, le retour !

En revanche, c'est une équipe fortement handicapée par les blessures qui s'incline 4-1 contre Gap. Devant ces difficultés, le président Serge Bocquet demande à Dany Grando de rechausser les patins, ce qu'il fait à partir du match contre Chamonix, où en plus Antoine Sangiorgio se blesse ! Résultat, seul Philippe Treille parvient à marquer et les Brûleurs de Loups trop justes s'inclinent 5-1. Quatre buts inscrits et dix encaissés en trois matches, trois défaites en cinq rencontres, le bilan est bien maigre en ce début de saison, même si une nouvelle fois une "épidémie" de blessures s'est abattue sur cette équipe.

Et ce n'est pas fini. Le 10 novembre, c'est pratiquement la réserve qui doit recevoir Caen. Wilfrid Girod, Antoine Sangiorgio et Christian Billièras sont toujours blessés, Jean Leblond, Philippe Treille et Philippe Muscara sont retenus par l'armée. Ils doivent défiler pour le 11 novembre, les deux premiers à Paris, le troisième à Mourmelon... Et pourtant, avec les tripes, les Brûleurs de Loups arrachent le nul 7-7... à la dernière seconde (si !) par Bernard Leblond. Ce dernier a tenu son équipe à bout de crosse en inscrivant cinq buts !

Trois joueurs font heureusement leur retour dans l'effectif une semaine plus tard sur la patinoire de la Gaité Montparnasse contre les Français Volants de Paris. Il s'agit des trois militaires "libérés" de leurs obligations de défiler. Une rencontre incroyable entre deux équipes à égalité à la sixième place. Une course-poursuite qui s'achève par une victoire grenobloise 9-7. Mais comme souvent, les Parisiens ont confondu jeu physique avec violence. Gary Brown a le métacarpe fracturé par Marc Desmolliens, et Paul Ruccione est victime d'un traumatisme crânien. Quand l'autre équipe parisienne, l'Olympique Hockey Club de Viry, se pointe à Clémenceau, les Grenoblois sont une nouvelle fois victimes de coups défendus puisque Philippe Treille reçoit un coup de crosse sur la main. Cependant, les Dauphinois gagnent sans soucis 6-2 avec un doublé pour André-Marc Belli-Riz, auteur d'un excellent début de saison : "Ça marchait vraiment bien. Mais il faut avouer que je jouais sur une super ligne avec les frères Leblond, ça aide !"

Et c'est au tour de Sozzi...

Le C.S.G.G. pointe en cinquième place après ce match, ce qui n'est pas encore l'assurance de jouer les play-offs. Alors quoi de mieux pour se remettre vraiment dans le bain qu'un bon vieux derby. Surtout que Gary effectue son retour, même si Jean Leblond est à son tour blessé, pouce cassé avec l'équipe de France. Devant plus de deux mille spectateurs, les Brûleurs de Loups se détachent petit à petit pour s'imposer dans un match très accroché 5-3 avec un triplé de Bernard Leblond. Ils respirent en remontant à la troisième place. Mais en cette saison, les Dauphinois n'arrivent pas à faire deux bons matches de suite et surtout n'ont jamais leur effectif au complet. Ils se rendent à Megève sans Jean Leblond toujours blessé, et ils perdent lors de l'échauffement physique Philippe Muscara qui chute lourdement dans les escaliers, puis André-Marc Belli-Riz touché au genou au cours du match et qui devra être plâtré durant 45 jours. Si cela ne s'appelle pas de la poisse...

L'équipe tourangelle se déplace dans la capitale dauphinoise avec ses méthodes professionnelles. Elle arrive la veille du match, en passant la nuit au Novotel de Voreppe. Les Grenoblois résistent deux tiers, avant de s'incliner 9-6. Ils se reprennent contre St-Gervais lors d'un match très tendu avec le retour de Philippe Muscara remis de sa chute dans l'escalier. Les Grenoblois résistent et gagnent d'un but 4-3 dans un match peut-être décisif en vue de la qualification. C'est une véritable explosion de joie qui marque le retour des joueurs aux vestiaires.

On peut espérer que la nouvelle année 1980 apportera plus de chance aux Brûleurs de Loups. Honnêtement, on peut en douter après le premier match à Gap. Le gardien Jean-Claude Sozzi doit être opéré du ménisque, saison terminée. C'est le junior Serge Djian qui doit terminer cette saison. "Je ne me suis pas posé de questions. Je n'ai d'ailleurs pas eu le temps de réfléchir. Ce n'est pas de débuter en équipe première qui est difficile, c'est de confirmer. Je n'avais rien à perdre".

De plus, Gary Brown a le nez cassé suite à un palet reçu en plein visage, et Philippe Treille se fait expulser pour avoir donner un coup de crosse à un adversaire : "J'avais reçu un coup de crosse dans le bas-ventre. Au lieu de s'excuser, il s'est moqué de moi, je l'ai donc frappé...". Les Brûleurs de Loups menaient bien 6-5 au début du dernier tiers, mais devant tant d'éléments contraires, ils craquent dans l'ultime période et s'inclinent finalement 9-6. Et cela continue une semaine plus tard (pourquoi la scoumoune s'arrêterait-elle d'ailleurs ?) lors de la réception de Chamonix. Il manque cinq titulaires indiscutables et Grenoble craque dans les dernières minutes pour perdre 6-4.

Bernard Leblond sauve Grenoble

Les Brûleurs de Loups sont désormais sixièmes, soit la dernière place qualificative. Attention danger ! Il faut impérativement rapporter la victoire du long déplacement de Caen. C'est avec seulement onze joueurs et deux lignes d'attaque que les Dauphinois se rendent en Normandie. À la suite d'une rencontre extrêmement prudente de leur part, avec un super Serge Djian dans les cages, les Brûleurs de Loups dos au mur gagnent 8-5. Au cours de cette période difficile, Bernard Leblond a maintenu le bateau grenoblois à flots en inscrivant pas moins de dix buts en quatre rencontres.

Il faut confirmer en remportant au moins deux des trois dernières rencontres. Le premier de ces rendez-vous impératifs a lieu le 26 janvier à Clémenceau contre les rugueux Parisiens des Français Volants. Pour ce match, Philippe Treille est à la fois suspendu et... blessé aux reins ! Mais Bernard Leblond est lui toujours dans une forme étincelante. Il inscrit un nouveau triplé, pour une victoire importante 7-4. Cela ne suffit pas. Il faut encore une ultime victoire dans l'une des deux dernières rencontres pour se qualifier. Grenoble à l'occasion de le faire en se déplaçant à Viry. Un déplacement une nouvelle fois sans beaucoup de joueurs, du coup c'est un autre blessé, Christian Billièras, qui fait le coach : "Je venais même à tous les entraînements dans le plâtre. C'était impensable de laisser les copains. J'ai même été gardien remplaçant sur une feuille de match !". Les Brûleurs de Loups s'arrachent pour gagner 6-5, remportant par là même leur billet pour les play-offs et en envoyant les Castelvirois en poule de promotion/relégation. Une fois encore, c'est Bernard Leblond qui a montré la voie en inscrivant son troisième triplé consécutif.

Un derby pour du beurre ? Jamais !

Il ne reste qu'une seule rencontre à disputer dans cette première phase. Un match pour du beurre entre une équipe qualifiée et une autre éliminée... sauf que c'est un Villard-Grenoble ! Alors, enjeu ou pas, c'est l'honneur qui est en cause. Un derby qui va encore faire parler de lui pendant un long moment. Eh oui, vous l'avez deviné, cela s'est, une fois de plus, mal passé...

On entame la dernière minute, le score est de 5-5. On se dirige donc vers un nul qui contente tout le monde, lorsqu'à 17 secondes de la fin, l'arbitre, Monsieur Demma, accorde un but totalement imaginaire à Georges Bonnet. Les images de FR3 sont claires, le tir du Villardien a heurté le poteau et n'est jamais rentré dans la cage de Serge Djian : "J'ai pété un plomb. Tout le monde, les joueurs grenoblois et les spectateurs présents derrière les cages, m'affirmaient qu'il y avait poteau. C'était flagrant. Dommage !". Est-ce besoin de préciser que les supporters grenoblois vont "légèrement" gronder et un petit peu "accompagner" l'arbitre jusqu'à son vestiaire ? Heureusement que les Brûleurs de Loups étaient déjà qualifiés pour les play-offs, car sinon...

Serge Djian, la fidélité aux couleurs

Les play-offs s'annoncent très difficiles pour le C.S.G.G. qui compte onze points de retard sur le leader Tours et sept sur le deuxième Chamonix. La première rencontre, le 16 février contre Caen, voit le retour sur la glace de Philippe Treille après neuf matches d'absence. Le "grand", comme on le surnomme, se rappelle au bon souvenir des défenses en marquant deux des huit buts de ce succès 8-5.

Il faut certes confirmer, mais le prochain match s'annonce presque impossible avec un voyage à Tours. Pour cette rencontre, l'un de nos militaires, Philippe Muscara, arrive directement de Mourmelon (en Champagne) pour jouer... Faut aimer le hockey ! Les Brûleurs de Loups craquent en fin de rencontre pour finalement s'incliner 12-7 avec un nouveau triplé de Bernard Leblond qui réalise peut-être sa meilleure saison. Quoi qu'il en soit, les Tourangeaux ont mérité leur succès avec 66 tirs sur la cage de Serge Djian ! Serge qui se souvient : "J'ai craqué au dernier tiers, victime de crampes épouvantables..."

Serge Djian, qui éclate cette saison au plus haut niveau, est né à Tunis le 25 mai 1961 d'un père médecin. Mesurant 1m65 pour 63 kilos, il a débuté le hockey sur les conseils du Professeur Butel (dont le fils Jean-Luc jouait déjà au hockey) car il souffrait des chevilles. Le médecin pensait que le patinage serait bon pour lui. Il demande alors à Pete d'intégrer les minimes, et comme l'équipe à besoin d'un gardien, la chose est faîte. Une saison 1979/80 qui reste son meilleur souvenir : "Je regrette juste de ne pas l'avoir vécue avec plus d'expérience. Cela m'aurait peut-être permis d'aborder les play-offs plus sereinement". Serge a un jeune frère. Prénommé Jean-Marc, il a 14 ans et garde lui aussi les cages grenobloises...

Et c'est un Serge Djian en grande forme qui fait de son mieux le mercredi 27 février en recevant Gap. Malgré ses prouesses dans les cages, les Brûleurs de Loups perdent à la maison 1-3 et s'éloignent du titre bien sûr, mais également du podium en pointant à la quatrième place. Cela ne s'arrange pas le samedi suivant avec une lourde défaite 10-5 à St-Gervais.

En roue libre

1980 est une année olympique, et la France, bien sûr, n'est pas qualifiée. Comme en année olympique à cette époque il n'y a pas de championnats du monde, les équipes non retenues pour les Jeux disputent ce que l'on appelle le tournoi de l'amitié. Un joli nom pour une compétition qui ne sert pas à grand-chose. La France part donc en Yougoslavie, à Ljubljana, la capitale de la Slovénie, pour disputer ce tournoi. Les Coqs ne font pas de miracles. Deux victoires pour quatre lourdes défaites, dont un... 20-0 contre la RDA ! "On les a regardés jouer" précise aujourd'hui Philippe Treille. Le chemin est encore long vers le haut niveau.

Le 22 mars 1980, le championnat de nationale A reprend ses droits avec la réception à Clémenceau du champion en titre. Chamonix part très fort, menant à la fin du premier tiers 3-0. De mauvais souvenirs pour Serge Djian : "Ivan Guryca me met deux fois sa spécialité du tour de cage. Grando vient alors me dire que l'on travaillera cela à l'entraînement... (rires)". Mais c'est connu, Grenoble a du coeur et obtient un nul 8-8.

C'est encore une équipe fortement incomplète, mais on a fini par avoir l'habitude cette saison, qui se déplace à Caen. Heureusement, les Normands, tout juste promus, ne sont pas encore des foudres de guerre, et les Brûleurs de Loups peuvent revenir en Dauphiné avec un succès 11-7... et un nouveau festival Bernard Leblond qui inscrit carrément quatre buts. À signaler également les sept assistances de Gary Brown, pas loin d'un record également !

Le mercredi 2 avril, le CSGG accueille Gap, qui repart de l'autre côté du Col Bayard avec un succès 5-2. Il ne reste que trois matches dans ce championnat et pas grand-chose à espérer pour les Brûleurs de Loups, qui en ce 5 avril 1980 reçoivent le nouveau champion de France. L'ASG Tours gagne 10-6 avec en particulier la doublette André Peloffy - Joe Fidler, auteur de 80 buts cette saison. Une équipe tourangelle où l'on retrouve le défenseur Pascal Del Monaco, premier jouer formé à Grenoble à être sacré champion de France. Au cours de ce match, Bernard Leblond, sérieusement blessé à l'arcade, part dans les vestiaires se faire recoudre avant de revenir dans l'arène. Un véritable combattant : "C'est mon père qui m'a recousu", précise Bernard. Il faut préciser que Robert Leblond, en plus d'être le président de la section hockey du CSGG, est médecin.

Le 12 avril 1980, les Brûleurs de Loups disputent leur dernier match à domicile de la saison en recevant St-Gervais. Grenoble s'incline 11-7, Philippe Treille inscrivant quatre buts a lui tout seul. À la mi-match, Thierry Servoz-Sozzi, le fils de Jean-Claude Sozzi, est rentré dans les cages à la place de Serge Djian. Il est temps en tout cas que le championnat se termine... C'est chose faite le 19 avril avec une dernière défaite 9-2 à Chamonix. Grenoble termine cinquième de cette saison où les blessures, la malchance... et l'armée auront eu raison du talent grenoblois. Bernard Leblond, impérial toute la saison, qui a porté l'équipe à bout de bras dans les pires moments où ses camarades étaient à l'infirmerie ou à la caserne, est logiquement élu joueur français de l'année. Pour les récompenses collectives, rassurez-vous, l'heure de la revanche totale est proche... très proche. Patience !

Buteurs en championnat 1979/80 : Bernard Leblond 44, Philippe Treille 29, Gary Brown 17, Jean Leblond 15, Daniel Grando et André-Marc Belli-Riz 8, Nicolas Ménage 7, Jean-François Beaudoing 6, Patrick Carminatti et Antoine Sangiorgio 5, Gilbert Maldéra, Patrick Carminatti, Philippe Muscara, Joël Chapuis et Wilfrid Girod 1.

Larry Huras, du Canada à Grenoble

Finalement, ces années 70 auront été assez agaçantes ! Toujours placés, jamais gagnants, les Brûleurs de Loups ont que trop longtemps attendus leur heure. En ce changement d'ère où le hockey français se structure de plus en plus, il est temps de passer à la vitesse supérieure et d'affirmer la place prépondérante de Grenoble au sommet du hockey français. Pour cela, les dirigeants du C.S.G.G. toujours sous la houlette de Serge Bocquet, le président général, de Robert Leblond, le président de la section hockey, et de Jimmy Biguet, le secrétaire, font appel à cinq nouveaux joueurs pour l'équipe première.

Deux sont issus des rangs juniors, les défenseurs Olivier Girod, frère de Wilfrid et de Pierre-Olivier, et Bernard Séguy. Un autre revient dans son club d'origine, le talentueux jeune gardien international Daniel Maric après six saisons chez le voisin et "légèrement" rival : "Cela avait beaucoup changé à Villard. De nombreux joueurs d'expérience avaient arrêté. L'équipe commençait à stagner. Moi-même, je m'endormais. J'ai donc contacté mon club d'origine pour revenir". Une aubaine pareille, cela ne se refuse pas ! Un autre pur produit de l'école de hockey grenobloise retourne à la compétition après trois saisons en pointillé à cause de son travail, le talentueux attaquant... et cuisinier Jean-Charles Piccinini : "J'avais gardé une bonne condition physique, alors même si je n'ai pas retrouvé le niveau de mes 18 ans, je ne m'en suis pas si mal sorti pour ce retour". C'est le moins que l'on puisse dire !

Enfin, débarque du Canada un défenseur de 25 ans qui va faire une carrière "royale" de joueur puis d'entraîneur en Europe. Larry Huras est ce que l'on appelle un sacré gabarit : 1m92 pour 90 kilos. Il est né le 8 juillet 1955 à Listowel dans l'Ontario. Il patine dès l'âge de quatre ans et débute le hockey à six à l'école. À 20 ans, il évolue dans la ligue pro de l'AHL (American Hockey League), mais ne fait que deux matches de NHL chez les New York Rangers. Larry se souvient de ses débuts sur le vieux continent, à Grenoble donc : "Je jouais donc en pro aux États-Unis, mais je n'avais pas réussi à prendre en marche le train de la NHL. J'ai pensé alors venir en Europe. J'ai envoyé mon C.V. à 72 clubs partout en Europe ! Trois m'ont répondu. Un club danois, Villard-de-Lans et Grenoble. Je ne connaissais que Grenoble à cause des Jeux Olympiques. J'ai donc contacté Grenoble. Serge Bocquet m'a alors envoyé des photos de la ville, des montagnes, pour finir de me convaincre de venir." Comme on a le droit qu'à un seul étranger, Larry Huras évoluera en équipe B en attendant la naturalisation française de Gary Brown qui ne devrait tarder... "J'ai su trois jours avant le début de la saison que je devrais attendre que Gary soit naturalisé pour pouvoir jouer en nationale A. Serge Bocquet m'avait dit que c'était juste une question de deux ou trois semaines..."

Arrivée également cette année en équipe première d'un jeune défenseur qui va profondément marquer le club : Bernard Séguy. Il a débuté le hockey en 1970, sous la houlette de Pete, à l'âge de 7 ans, pour rejoindre son cousin, l'attaquant Patrick Faure, qui jouait depuis un an déjà. Bernard Séguy prend en sénior le numéro 2 qu'il ne quittera pas durant sa carrière. Il évoluera cette saison avec Christian Billièras et Larry Huras. En tout cas, pas de problème pour son intégration en première : "À cette époque, c'était naturel que les jeunes du club montent en première. Il n'y avait pas d'argent dans le hockey, donc un jeune était perçu comme un plus pour l'équipe et non pas comme un concurrent". Les Brûleurs de Loups disputent trois matches amicaux de préparation qu'ils remportent tous : 4-0 à Gap, 6-0 à Grenoble contre Gap et 6-1 face à Lyon. L'équipe est prête et ambitieuse.

Un derby en ouverture

Les responsables du calendrier ont eu l'idée saugrenue de faire débuter le championnat 1980/81 par le derby. C'est donc l'équipe de Villard-de-Lans qui se pointe à Clémenceau, entraînée par Adolf Sprincl qui vient d'amener Tours au titre suprême. En s'imposant 2-0, les Ours ravissent leurs cinq cents supporters descendus du plateau qui peuvent s'époumoner "on a gagné" au plus grand agacement bien sûr des deux mille Grenoblois. Pour ajouter à "l'énervement" grenoblois, un but a été refusé à Joël Chapuis pour un patin en zone. Gary Brown tente bien de relativiser dans les colonnes du Dauphiné Libéré ("C'est un accident de parcours..."), certains joueurs grenoblois ont bel et bien pleuré de rage dans leurs vestiaires. Un derby, ce n'est pas une mince affaire. En tout cas, c'est bien connu, la machine grenobloise à toujours du mal à se mettre en route, comme un bon vieux diesel.

La preuve, les Brûleurs de Loups enchaînent avec un petit match nul 7-7 chez le promu lyonnais. Un mauvais match et puis voilà. De toute façon, Grenoble n'aime pas les matches a priori faciles. Daniel Maric se souvient : "Je n'étais pas très bon au début de ce championnat. Il y avait plein de choses à régler, mon nouvel équipement, le temps d'adaptation à une nouvelle équipe, même si l'on se connaissait depuis l'enfance", avant d'ajouter sur ses relations avec Jean-Claude Sozzi : "On se partageait les matches au début. Il m'a beaucoup appris, ça a été mon professeur". Bel hommage entre deux gardiens grenoblois qui ont marqué l'histoire du club et de l'équipe de France.

En revanche, pas besoin d'aller chercher bien loin la motivation lors de la venue de Tours. Mis en confiance par un Daniel Maric impérial dans les cages, les Brûleurs de Loups sont déchaînés. Ils mènent 4-1 et résistent dans les dernières minutes au retour tourangeau pour finalement battre le champion de France 4-3 après une rencontre héroïque où l'on a vite compris que le Grenoble 80-81 peut faire nettement mieux que la cinquième place de l'an passé. Trois jours plus tard, c'est encore un sommet à gravir qui est proposé aux Brûleurs de Loups avec le déplacement chez le leader invaincu St-Gervais, qui s'impose d'ailleurs 8-6. Mais les joueurs ne doutent pas, Bernard Leblond se souvient : "On était bien préparé physiquement, donc on était confiant, et en plus, on avait trois bonnes lignes, ce qui était rare à l'époque. Alors, comme l'ambiance était toujours aussi parfaite, il fallait juste attendre."

Il faut cependant se reprendre et confirmer le potentiel entrevu face à Tours. Ce n'est fait qu'à moitié avec la venue de Caen. Les Brûleurs de Loups jouent mal mais finissent par gagner quand même 7-5.

Sortir du noir

Le premier jour de novembre, les Brûleurs de Loups sont à Chamonix... et c'est une très mauvaise soirée ! Une défaite 6-2 qui fait dire à Gary Brown dans les colonnes du Dauphiné Libéré : "Je n'y comprends plus rien. Je suis dans le noir...".

C'est un surprenant leader qui rend visite à Grenoble en ce 8 novembre : Viry ! Des Castelvirois qui font la nique aux favoris en ce début de saison. Les banlieusards parisiens mènent la danse 3-2 à l'entrée de l'ultime période. Mais il arrive des moments où il faut arrêter la plaisanterie. Sous les ovations de leur fidèle public, les Brûleurs de Loups passent enfin la vitesse supérieure pour un large succès 7-3. Mais pourquoi donc faut-il toujours que cette équipe soit dos au mur pour montrer ce qu'elle est capable de faire ? Une constante sur l'ensemble de l'histoire de ce club, comme un gène qui se transmettrait de génération en génération...

André-Marc Belli-Riz précise : "On restait serein. On ne se posait pas de questions. On savait que le système basé sur la défense prôné par Gary était le bon, et comme les attaquants s'appliquaient dans leur jeu défensif, cela allait finir par payer". Quoi qu'il en soit, Grenoble est toujours septième et c'est... Villard qui est le nouveau leader avec huit points d'avance sur le C.S.G.G.

Deux victoires supplémentaires, et trois places gagnées, remettent en confiance les Brûleurs de Loups au moment de se rendre... à Villard : Une équipe grenobloise revancharde qui offre le car gratuit à ses supporters pour monter sur le plateau. Comme à l'accoutumée le match est très serré, et bien évidemment engagé et accroché. Les Brûleurs de Loups mènent 3-2. Les Ours s'accrochent, et malgré un quatrième but grenoblois d'Antoine Sangiorgio, c'est finalement Villard qui s'impose 5-4.

Pourtant, malgré cet accroc, la santé du hockey grenoblois est florissante. Pas moins de douze Brûleurs de Loups sont retenus dans les diverses équipes de France. En sénior, ils sont cinq (Maric, Muscara, Jean et Bernard Leblond et Piccinini) a être sélectionnés par Pete Laliberté, qui reprend en main la sélection tricolore, en vue du mondial C qui se déroulera... en Chine : "Un beau voyage, mais une vraie galère pour jouer. Il a déjà fallu encaisser neuf heures de décalage horaire" se souvient Daniel Maric. "L'horreur, ajoute Jean Leblond. En plus certains joueurs étaient en terrain conquis... et on s'est fait battre, même par les Chinois, que certains Franco-Canadiens regardaient un peu trop de haut". Cinq internationaux grenoblois et pas six, car Philippe Treille renonce à la Grande Muraille : "J'étais en deuxième année de fac, pas question de rater les examens...". En Juniors 20 ans, ils sont deux, les duettistes Wilfrid Girod et Jean-François Beaudoing. En juniors 18 ans, on retrouve le défenseur Olivier Girod et le gardien Thierry Servoz-Sozzi. Enfin en cadets, il y a le gardien Jean-Marc Djian et le défenseur Éric Kull. Pas mal non ?

Un Tours pendable

Les Grenoblois inaugurent le mois de décembre en se rendant à Tours. Un match contre le champion de France dont on continue à parler le soir autour d'un verre 20 ans plus tard tellement qu'il a été, disons, mouvementé ! L'ultime période est épique. Gary Brown égalise à 3-3 dès la première minute. Les Tourangeaux pensent avoir gagné en inscrivant un quatrième but. C'est sans compter sur Bernard Leblond qui égalise à deux minutes de la fin du match alors que les Grenoblois évoluaient à trois joueurs de champ contre quatre. Bernard Leblond est magique ! Sauf qu'éclate alors une bagarre générale devenue quasi-historique ! Des joueurs grenoblois ont des "démêlés" avec le public. Philippe Muscara donne un coup de pied (avec patin...) au c... de Jean Stinco, mais il a été frappé dans le dos auparavant. Quant à l'arbitre, il doit sortir de la patinoire... dans un panier à salade pour éviter le courroux des spectateurs tourangeaux.

Pour son geste, Philippe Muscara est en tout cas suspendu pour six rencontres. Les Tourangeaux finissent la partie avec 58 minutes de prison, les Grenoblois avec 62. Un match de hockey, c'est 60 minutes ! Reste qu'aujourd'hui qu'il y a prescription, ces débordements, bien mauvais exemples pour la jeunesse, n'en finissent pas de faire sourire les acteurs de ce pugilat à grande échelle ! Un "témoin" raconte. Il s'agit de Bernard S., défenseur et porteur du numéro 2 : "Je m'étais blessé au deuxième tiers. J'étais donc au bout du banc avec Christian B. (numéro 12, également défenseur). Lorsque la bagarre est devenue générale sur la glace, les spectateurs sont descendus des tribunes pour foncer sur notre banc. Il est vrai que l'on s'est défendu avec ce que l'on a trouvé sous la main... c'est-à-dire des crosses !". En rugby, on appelle cela, un match à l'ancienne !

La machine est (enfin) lancée

Bon, ce n'est pas tout ça, mais il faut encore se qualifier pour les play-offs. Ce qui serait quand même la moindre des choses. Sauf que cela se complique avec une défaite à domicile 6-5 pas franchement la bienvenue, contre St-Gervais. Il reste cinq matches à disputer. Grenoble ne va plus en perdre un...

"Il nous fallait un certain temps de rodage, convient Jean Leblond. On avait un jeu technique qu'il fallait mettre en place, mais une fois lancés...".

En cette fin d'année, les Brûleurs de Loups ont du coeur puisqu'ils organisent un match aux Deux Alpes au profit de Perce-Neige, l'association caritative de Lino Ventura, une rencontre amicale entre Grenoble A et Grenoble B.

L'année 1981 débute par un déplacement toujours difficile à Viry-Châtillon. Les Brûleurs de Loups s'imposent 4-0 et obtiennent leur ticket pour les play-offs. Comme tous les ans, c'est vrai, mais cette année avec des réelles ambitions. La réserve est également qualifiée pour les play-offs de la nationale B en terminant quatrième.

En ce qui concerne l'équipe fanion, il reste cependant deux rencontres à disputer pour cette première phase. Les Brûleurs de Loups arrachent le nul 7-7 de Gap avec deux buts de Nicolas Ménage et Gary Brown en 40 secondes dans les ultimes minutes. Les Grenoblois étaient menés 6-1 et il n'y avait plus grand-chose à faire. Jean-Claude Sozzi demande alors à Gary Brown de monter sur la glace à la place de Daniel Maric pour tenter quelque chose, un déclic psychologique. Jean-Claude se souvient : "On n'avait plus grand-chose à perdre. Sur la première action, j'arrête un break et l'on marque ensuite sur la contre-attaque. Tout s'est ensuite décanté. On a beaucoup gagné avec ce nul ce soir-là..." Enfin, trois jours plus tard, on en termine avec cette première partie avec un "carton" 11-4 contre Megève.

Les Brûleurs de Loups terminent donc quatrièmes et se qualifient pour les play-offs en compagnie de Villard-de-Lans, Tours, Chamonix, Viry et Megève. St-Gervais, Gap, Caen et Lyon devant se contenter de la poule de maintien en compagnie d'Epinal et Meudon, les vainqueurs des deux poules de nationale B. Meudon renonçant finalement a cet honneur.

Larry Huras, enfin...

L'autre bonne nouvelle, en plus de cette qualification, arrive le 11 janvier à la page 448 du Journal Officiel : Gary Brown est naturalisé français. Larry Huras, qui se morfondait en équipe réserve, peut faire son entrée en équipe première et donner un sacré coup de fouet à la défense grenobloise en vue de la course au titre.

Larry Huras commençait à trouver le temps long : "Cela n'a pas été trop difficile en arrivant en équipe première, car je m'entraînais avec la nationale A. Et j'avais tellement envie de jouer !".

Gary Brown a fait le choix de devenir français, il souhaite donc être sélectionné le plus rapidement en équipe de France. Cela fait donc sept Brûleurs de Loups chez les Tricolores. Il pose dans le Dauphiné Libéré avec un béret, une bouteille de vin et une baguette, symbole de sa nouvelle nationalité !

Cette naturalisation de Gary et cette arrivée de Larry, voilà le déclic.

C'est donc avec Larry Huras et Philippe Muscara - qui a purgé sa suspension - que les Brûleurs de Loups attaquent les play-offs à... Villard-de-Lans, le leader après la première phase ! Remontés à bloc après les bons résultats de décembre et la naturalisation de Gary, les Grenoblois réalisent pratiquement le match parfait (9-2). Un véritable récital qui pousse les supporters grenoblois, au nirvana, à faire une haie d'honneur à leurs joueurs lors du retour aux vestiaires. Adolf Sprincl, l'entraîneur villardien qui (pour cause) connaît bien les Grenoblois, l'avoue au Dauphiné Libéré : "Grenoble était meilleur dans tous les compartiments du jeu. Ce n'est pas la peine de se chercher des excuses." Et c'est vrai que les soirs où ils jouent comme cela, les Brûleurs de Loups n'ont pas d'adversaires en France.

Un Grenoble-Tours historique

Une semaine après leur sommet villardien, les Brûleurs de Loups reçoivent Tours. Une rencontre attendue de part et d'autres depuis la dernière confrontation, le mot n'est pas trop fort, en Touraine lors de la première phase.

Il flotte une atmosphère de victoire finale. Le Dauphiné Libéré l'annonce d'ailleurs le matin du match : "En pensant au titre !". Et les 2 200 spectateurs ont le titre en tête. Eux qui assistent à un premier tiers réussi comme rarement. Dès la troisième minute, Philippe Treille allume la première fusée, 1-0, puis Gary Brown double la mise sept minutes plus tard. Trente secondes s'écoulent et Bernard Leblond marque encore. Le numéro 6 grenoblois se précipite alors vers le banc des pénalités où se trouvait le Canadien Paulin Bordeleau pour lui hurler des gentillesses. Des tribunes, on ne voit que sa célèbre mentonnière qui s'agite, témoignant d'une intense activité verbale. Il ne faut pas chercher Bernard Leblond ! Il tourne encore longtemps, tel un requin cherchant sa proie, vers le banc des visiteurs à pratiquement chaque arrêt de jeu. Les escarmouches se poursuivent jusqu'à l'expulsion de Paulin Bordeleau qui a fini par craquer ! Aujourd'hui les Grenoblois avouent : ils ont fait tourner en bourrique Paulin Bordeleau ! Daniel Maric explique : "Il arrivait du Canada. Il était respecté et n'avait pas l'habitude de se faire chahuter. Je l'ai piqué avec ma crosse et il s'est énervé !". Jean Leblond dans le même registre : "Je l'ai provoqué ! Ça a marché !" Et son frère Bernard de conclure : "C'était un grand joueur, mais il lui arrivait de perdre son sang froid"...

Ce n'est pas fini dans ce premier tiers. Philippe Treille inscrit un quatrième but. Puis, c'est au tour de Gary Brown de porter la marque à 5-0 à la mi-match. Les Tourangeaux reviennent à 5-1 à deux minutes de la fin de la deuxième période, mais dans le dernier tiers, Philippe Treille porte l'estocade en inscrivant le sixième but du triomphe grenoblois. Ce soir-là le torero dauphinois a eu droit aux oreilles et à la queue sous les vivas et les olé du public en transe : "C'est le déclic de la saison, ce match" se rappelle Daniel Maric. L'arrivée de Larry Huras et le retour de Philippe Muscara ont stabilisé la défense autour d'un Daniel Maric imperator. La belle victoire à Villard a servi de détonateur à la mise à feu des Brûleurs de Loups. Grenoble se retrouve donc deuxième à deux points du leader Chamonix et avec deux points d'avance sur Tours.

Vedettes du petit écran

Le jeudi 29 janvier, Grenoble se rend à Megève pour une rencontre retransmise à la télévision sur Antenne 2 avec des commentaires de Léon Zitrone et Alain Bozon. Pour leurs débuts sur le petit écran, les Brûleurs de Loups ne se ratent pas et gagnent 7-4.

Trois jours plus tard, retour dans le pays du Mont-Blanc avec un match au sommet entre le premier Chamonix et son dauphin Grenoble. Il n'y a que deux points d'écart. Une partie du titre se joue certainement là. Les supporters dauphinois ne s'y trompent pas et viennent à deux cars. Les Brûleurs de Loups font très forte impression ce soir-là, et obtiennent le nul 3-3. Ils ont pourtant marqué un quatrième but en toute fin de rencontre. L'arbitre, Marcel Guadaloppa, l'accorde puis le refuse pour crosse haute. Bernard Leblond est formel : "J'ai d'abord marqué et ensuite levé la crosse de joie."

Quoi qu'il en soit, à six journées de la fin, il reste trois équipes en course pour le titre. Chamonix avec 39 points, Grenoble et Tours avec 37 points. Malheureusement, les Dauphinois font une mauvaise opération en recevant Viry, pourtant venu avec douze joueurs seulement. Les Grenoblois tirent 39 fois sur la cage de Laurent Dentz pour ne marquer qu'une seule fois par Wilfrid Girod à la 10e minute et concéder un nul 1-1 de mauvais aloi. Les Brûleurs de Loups font une nouvelle fois preuve d'inefficacité offensive en recevant Villard. Pourtant, ce n'est doublement pas le moment. Le titre est en jeu et c'est contre Villard ! Les Grenoblois mènent 4-0 et se font remonter à 4-4. Pourtant ils ont tiré 35 fois contre 17 aux Villardiens. Mauvaise performance et mauvaise opération au classement avec Tours qui se détache avec 45 points devant Grenoble 41 et Chamonix 39, et il faut aller à Tours !

Le titre s'envole ?

Pour mettre toutes leurs chances de leur côté lors de ce déplacement capital, les Brûleurs de Loups sont partis la veille en car couchettes. Mais, ils sont attendus par près de 4 000 supporters tourangeaux et des joueurs assoiffés de revanche. Tours s'impose 7-3 et s'envole vers son deuxième titre. Tout le monde en est persuadé. Le Dauphiné Libéré affirme : "Le titre en vue pour Tours". La presse tourangelle est d'accord : "Les chances de titre sont maintenant des plus sûres". Même Gary Brown affirme publiquement : "Maintenant, il faut viser la deuxième place." Tours compte en effet six points d'avance sur Chamonix et huit sur Grenoble, chaque match de phase finale valant quatre points.

Oui, oui, tout cela c'est bien beau, mais mathématiquement cela n'est pas fait du tout, et au goal-average direct, en cas d'égalité, c'est Grenoble qui gagne en ayant remporté le match aller de cinq buts d'écart (6-1) et perdu le match retour de quatre buts (3-7). Alors, si Grenoble gagne ses trois derniers matches contre Megève, Chamonix et Viry et que Tours n'en gagne qu'un contre Viry, Villard et Chamonix, ce sera Grenoble champion. Et contrairement à ce que dit officiellement Gary, les Brûleurs de Loups ne sont pas prêts à se contenter d'une deuxième place. Le podium, ils connaissent, ils ont trop attendu ce titre pour laisser tomber comme cela.

Le célèbre diable vauvert

Premier de ces trois travaux d'Hercule, la réception de Megève. Pas vraiment un problème avec un succès 13-3. Le rêve prend forme puisque dans le même temps, Viry surclasse Tours 5-1. Grenoble revient à quatre points, soit une victoire, à deux journées de la fin. Samedi 21 février, il s'agit d'éliminer définitivement le troisième larron, Chamonix qui vient à Clémenceau. C'est en plus le dernier match de l'année à Grenoble, autant dire qu'il y a un "peu" de monde ! Les Brûleurs de Loups réalisent un sans-faute, un match parfait : 9-1. Yves Crettenand, jeune attaquant chamoniard sur le banc ce soir-là car blessé à la jambe, se souvient : "On n'avait pas vu le jour. C'était un ouragan dans les tribunes et sur la glace".

Rien à redire... sauf que Tours a battu Villard 4-1. Tout se jouera lors de la dernière journée. En attendant, décrassage et magnétoscope pour les Grenoblois.

Ah, ce mardi 24 février 1981, date à jamais gravée en or dans la mémoire collective des Brûleurs de Loups. Ce soir-là, ils se rendent à Viry-Châtillon où ils doivent impérativement s'imposer en espérant une défaite de Tours à Chamonix. Ils sont tellement sereins que leur président Serge Bocquet leur offre un restaurant de grande renommée : "L'espérance", à St-Pierre-sous-Vezelay en Bourgogne, trois étoiles au Michelin s'il vous plaît ! La veille du match ! "Un menu diététique", précise cependant le cuisinier des Brûleurs de Loups, l'attaquant Jean-Charles Piccinini ! Unique quand même comme préparation...

Mais ça marche car les Brûleurs de Loups réalisent un match parfait de sérénité et de maîtrise. Trois buts en trois minutes au premier tiers par Antoine Sangiorgio (12e), Bernard Leblond (13e) et Philippe Treille (15e), puis trois buts en six minutes au deuxième tiers par Bernard Leblond (34e), Philippe Treille (36e) et Larry Huras qui marque son premier but grenoblois à la 40e, et le tour est joué. Le C.S.G. Grenoble s'impose 6-1 sur la glace de l'O.H.C. Viry. Mais si cela est indispensable, cela n'est pas suffisant. Et rapidement, au fur et à mesure que le score enfle, les Grenoblois ne s'intéressent plus vraiment à leur match et passent leur temps à demander : "Alors, ils font quoi, Tours ?". Jusqu'au moment, béni, historique, tant attendu, où la nouvelle tombe officiellement, dans un immense moment de bonheur absolu : Tours à perdu 7-2 à Chamonix devant les caméras d'Antenne 2 qui s'était trompé de match du sacre.

Larry Huras se souvient de ce moment unique : "J'étais en prison lorsque quelqu'un de Viry est venu me dire que Tours avait perdu. Je me suis donc mis à hurler, car le banc des pénalités était de l'autre côté de la glace, en face du banc des joueurs. Mais personne ne comprenait ce que je disais. Ils me voyaient gesticuler et m'ont pris pour un fou. N'empêche que je suis le premier joueur à avoir su que l'on était champions !".

La légende dit également que le président Serge Bocquet le savait, mais qu'il n'avait pas voulu l'annoncer tout de suite à ses joueurs pour ne pas les déconcentrer. Pour la première fois de son histoire, à l'âge de 18 ans, le hockey grenoblois est sacré champion de France de hockey sur glace !

Le triomphe d'une génération

"Le titre tant attendu" peut aligner sur toutes ses colonnes le Dauphiné Libéré. Sous les ovations du public castelvirois, les Brûleurs de Loups sont enfin champions. Oubliées, les années où il ne manquait pas grand-chose, où les blessures, au pire moment, venaient tout gâcher, où la malchance s'en mêlait.

"Tours a complètement craqué, alors que nous sommes restés sereins" analyse aujourd'hui Daniel Maric. "On avait une équipe homogène, régulière et soudée, précise Daniel Grando, et l'on était l'une des rares équipes de l'époque à jouer avec trois blocs performants".

"On était une véritable équipe de copains, complète Joël Chapuis. C'est ça qui nous a permis d'être champions. On était tout simplement moralement imbattable". Une solidarité reconnue par tous : "Le plus important dans cette équipe c'était le collectif" ajoute Jean-Charles Piccinini. Pour Christian Billièras : "Il n'y avait pas de différence entre les vedettes et les plombiers. Ce fut une apothéose, avec un esprit de camaraderie incroyable. Ce titre est l'oeuvre de Gary Brown et de Serge Bocquet, notre père à tous". Serge Bocquet trop tôt disparu. Gary qui, comme à son habitude répond modestement : "Honnêtement, c'est l'arrivée de Larry Huras en défense qui a été capital".

Bref, c'est "l'aboutissement d'une carrière" pour Antoine Sangiorgio ou encore "une reconnaissance" pour Wilfrid Girod. Alors comment dans un pareil moment ne pas penser à un homme qui ce soir-là doit être tellement fier : Gaëtan Laliberté, dit Pete, bien sûr. Le fondateur du hockey grenoblois, celui qui a formé cette génération exceptionnelle des Treille, Leblond, Maric ou Piccinini. C'est certain, il doit avoir la larme à l'il, en souvenir de toutes ses années passées à Clémenceau. Et Jean-Claude Sozzi alors, ce fidèle parmi les fidèles, qui faisait partie de la première équipe grenobloise en 1963 et qui est encore dans l'effectif 18 ans plus tard !

Et les supporters alors ? Eux aussi attendaient ce titre depuis si longtemps. Ils ont passé la soirée au Santana, le bar de Daniel Tartari en face de la patinoire, à téléphoner pour avoir les scores. Il n'y avait pas encore de radio en février 81 pour retransmettre les matches. Des supporters qui après une courte nuit ont confectionné des banderoles pour accueillir les héros à la descente du car. Jean-Claude Sozzi en tête arrosant de champagne les supporters à l'arrivée du bus devant la patinoire. Avant une équipée dans les rues de Grenoble sur la surfaceuse... devenue rituelle lors des titres suivants !

Seul regret, que toute l'équipe n'ait pu revenir ensemble à Grenoble, les internationaux devant immédiatement partir après le match à Caen avec l'équipe de France. Mais cela a quand même eu un petit goût sucré... lorsque les internationaux grenoblois retrouvent leurs homologues tourangeaux. "On avait franchement un petit sourire en coin, se souvient amusé Gary. C'étaient eux les pros, c'étaient eux les favoris, c'étaient eux qui sur le papier qui devaient gagner le championnat... et les champions c'étaient nous !". Ce premier titre grenoblois était la preuve qu'avec une équipe comportant 17 joueurs formés au club sur 21, on pouvait encore en 1981 battre une équipe composée de joueurs presque tous importés. Grenoble l'a fait...

Buteurs en championnat 1980/81 : Philippe Treille 35, Gary Brown 25, Bernard Leblond 21, Jean Leblond 19, Jean-Charles Piccinini 18, Daniel Grando et Antoine Sangiorgio 10, Jean-François Beaudoing 9, Philippe Muscara, Nicolas Ménage et Bernard Séguy 4, André-Marc Belli-Riz, Joël Chapuis et Woilfrid Girod 2, Christian Billièras et Larry Huras 1.

Débuts européens à l'heure espagnole

Les caméras de FR3 Alpes sont venus jusqu'à Villars-sur-Ollon en Suisse en cet été 81 pour voir les champions de France de hockey sur glace préparer leur nouvelle saison. Au menu des Brûleurs de Loups, des séances d'éducation physique tôt le matin avant le petit déjeuner puis de la musculation et une heure de glace. C'est ensuite le repas de midi, la sieste et deux heures et quart de glace.

Une arrivée "externe" en attaque dans le groupe champion de France, celle de Jean-Paul Farcy en provenance d'Amiens : "C'est Wilfrid Girod, avec qui j'étais en équipe de France junior, qui m'avait parlé de venir à Grenoble. J'avais donc contacté le président Serge Bocquet qui m'avait dit de venir lors du stage en Suisse et que l'on verrait bien. Après le stage, Gary m'a demandé de rester. L'intégration s'est très bien passée, car c'était un groupe avec des gens de valeur et un très bon esprit."

À signaler quand même le départ pour Villard de Joël Surle qui jouait désormais avec la réserve de Grenoble. Joueur "historique" du club, arrivé en équipe première grenobloise en 65, Joël explique ce choix : "J'avais construit ma maison à Lans-en-Vercors, Villard manquait de joueurs, alors qu'à Grenoble, il y avait plein de jeunes qui poussaient..."

On retrouve toujours dix équipes en nationale A 1981/82, mais changement cette année avec un play-off qui se disputera à huit équipes, et une poule d'accession qui permettra de passer à douze clubs l'année suivante. En ce qui concerne l'attribution des points, on revient à quelque chose de classique avec deux points la victoire, un point le nul et zéro la défaite. Les Brûleurs de Loups avaient conquis leur titre à Viry, ils commencent leur première saison de champion en titre... à Viry ! Une entrée en matière sans trop de soucis avec une victoire 5-1. Ils enchaînent avec deux autres succès sans frayeurs.

Mais ils ont déjà les yeux tournés vers le 14 octobre et leur premier match de Coupe d'Europe des Clubs Champions face aux Espagnols de Bilbao ou plus exactement du Plantilla Viscaya HC Bilbao. Une équipe basque sous les ordres de l'ancien entraîneur national roumain Stefan Ionescu avec deux renforts américains, Romanchuk et Grauer. Comme on a le droit à deux étrangers, c'est le Canadien de la réserve Pierre Gingras qui renforce les champions de France.

Ce match aller se dispute à Grenoble devant une patinoire archi-comble, preuve que le public est en manque de rencontres internationales depuis l'abandon de la coupe internationale des Pays-Bas. Les Brûleurs de Loups ne ratent pas leurs débuts dans cette coupe d'Europe. 6-2, cela s'annonce bien pour le match retour dans quinze jours au Pays Basque.

En revanche, c'est beaucoup plus coton trois jours plus tard avec un déplacement... à Tours où les Brûleurs de Loups sont "légèrement" attendus. Surtout que le début de saison des vice-champions de France est laborieux et que l'entraîneur Richard Jamieson vient d'être remercié dans la semaine et remplacé par le Grenoblois Pascal Del Monaco. Vous n'allez pas le croire, mais les pénalités sont très rares dans ce match. Cependant les Dauphinois s'inclinent logiquement 6-3.

Les deux oreilles à Bilbao, la queue basse à Villard

La victoire avec la manière, c'est pour le beau 9-4 à la maison contre Megève. Un match parfait pour se préparer à se rendre dans l'arène. Le 28 octobre, les Brûleurs de Loups se rendent à Bilbao devant 2 000 aficionados en délire total. Mais ils maîtrisent la situation, nos champions de France, en marquant un but par tiers. Pierre Gingras au premier, Antoine Sangiorgio au second et Bernard Leblond au troisième contre une seule réalisation espagnole par Solozabal peu avant la mi-match. 3-1. Voilà donc les Grenoblois qualifiés pour le tour suivant... Olé !

Mais la vraie corrida, elle est pour le retour en France, trois jours plus tard, avec la venue à Clémenceau de Villard. Une corrida avec ours, ce qui est plus original. En fait, on assiste à une rencontre exceptionnelle, au suspense incroyable. Comme quoi, il n'est pas obligatoire de s'étriper lors d'un derby (même si c'est également appréciable...) on peut également jouer du beau hockey. Les Brûleurs de Loups mènent 2-0, mais se font remonter petit à petit pour s'incliner 3-2 en toute fin de match. La doublette Jean Vassieux - Guy Dupuis réalise un match exceptionnel. À tel point que lorsque Jean Vassieux, l'un des tout meilleurs joueurs jamais formés en France, se retrouve devant Daniel Maric, on sait déjà que c'en est fini des chances grenobloises de succès : "un coup dur pour le moral" déclare Gary à la fin du match. Coup de massue également pour les supporters des Brûleurs de Loups dont certains restent longtemps dans les tribunes désertées et sans lumières sous le choc de cette prouesse de la merveille villardienne Jean Vassieux. Le soir de la mort de Georges Brassens, il était normal qu'un artiste fasse son numéro...

Suspense et but encaissé dans les dernières minutes, encore, à Gap. À dix minutes de la fin, les Grenoblois ouvrent enfin la marque d'un match bloqué grâce à Bernard Leblond, mais Gap égalise à deux minutes de la fin. D'un autre côté, l'arbitre a refusé un but pourtant parfaitement valable aux Gapençais, alors...

Les champions de France se retrouvent cinquièmes seulement après sept journées mais à uniquement à deux points des leaders tourangeaux. "On n'avait pas eu de glace durant l'été. Nous avions donc commencé très tard notre entraînement, ce qui explique ces retards à l'allumage" se souvient Philippe Treille. La venue de Chamonix, qui compte juste un point d'avance sur les Brûleurs de Loups, est l'occasion parfaite pour revenir dans le coup. Et c'est un magnifique spectacle, digne d'une équipe qui maîtrise parfaitement son art, pour un superbe succès 6-3. Tout comme la semaine suivante à St-Gervais avec une victoire 5-3. Cette cuvée grenobloise du début des années 80 a longtemps mûrie pour arriver à maturation. Jamais dans l'histoire de ce club prestigieux, une telle génération est allée ensemble aussi haut !

C'est la fin des matches aller et le C.S.G.G. est premier à égalité avec Tours et Villard, les deux clubs "préférés" des supporters. "Il fallait juste que la mayonnaise prenne et être patient" se souvient Jean-Paul Farcy.

On en profite dans le Dauphiné Libéré pour parler d'avenir avec une photo d'un jeune hockeyeur grenoblois de huit ans (et demi quand même), Stéphan Tartari, fils de Daniel la patron du Santana... On devrait en reparler. En attendant, il porte déjà le numéro 4 comme son idole, Gary Brown.

Les Bavarois moins digestes que les Basques

Les matches retour débutent par la venue de Viry. Et comme d'habitude, les Grenoblois n'aiment pas les matches où ils sont largement favoris. C'est en baillant que les champions de France gagnent 4-2. Et encore, les deux derniers buts sont marqués dans les trois ultimes minutes. Pas terrible, terrible, mais cela fait deux points de plus. En revanche, du spectacle en voilà, avec en ce 25 novembre, la venue des champions d'Allemagne en huitième de finale aller de la Coupe d'Europe. Le SC Riesersee, club de Garmisch Partenkirchen en Bavière. Une équipe qui compte dans ses rangs le mythique gardien slovaque Vladimir Dzurilla, qui gardait les cages tchécoslovaques à Grenoble en 1968 ! Bien qu'il soit proche de la quarantaine, il reste un monument du hockey européen.

Certes, les Brûleurs de Loups ouvrent la marque à la quatrième minute par Gary Brown, mais ensuite ils regardent passer les trains avec un cinglant 8-1. Dany Grando s'en souvient encore : "J'ai raté un break devant Dzurilla... et je me suis fait siffler par le public pendant cinq minutes." Clémenceau est impitoyable ! Quant à l'entraîneur allemand, il la joue très condescendant : " Il y a une trop grande différence de niveau entre les deux équipes. J'ai dû faire jouer beaucoup de juniors..." Danke !

"On était beaucoup trop tendu, on manquait de confiance et on a fait un complexe d'infériorité" analyse aujourd'hui Daniel Maric.

Le match retour étant prévu quatre jours seulement plus tard, les Grenoblois passent leurs nerfs sur la route de la Bavière en s'arrêtant disputer un match de championnat à Lyon. "Les joueurs lyonnais ont certainement eu envie de déchirer leurs licences après le match..." Ce sont les premiers mots du compte-rendu de la rencontre par le correspondant lyonnais du Dauphiné Libéré ! Car autant le dire, les Brûleurs de Loups ont fait payer (cher !) aux Lyonnais la raclée allemande. Une victoire 20-1 ! À l'extérieur qui plus est, record en nationale A, Bernard Leblond en inscrivant sept à lui tout seul ! Cependant, pas besoin de le cacher plus longtemps, le lendemain à Garmisch Partenkirchen, ce n'est plus la même chanson...

Plutôt une chanson à boire dans les tavernes pour rigoler des malheurs des hockeyeurs français. Dans un match retransmis en direct à la télévision bavaroise, la Bayerische Fernsehen, et malgré une grosse volonté grenobloise, les Allemands se promènent, font rentrer les jeunes, laissent Vladimir Dzurilla sur le banc et s'imposent 11-4. Le public bavarois ne s'y est d'ailleurs pas trompé, ne venant qu'à un petit millier. Comme d'habitude, le champion de France, pays du groupe C, ne dépasse pas les huitièmes de finale de la Coupe d'Europe 1981/82... Bon vent à Riesersee, qui finira à une excellente troisième place de la compétition.

Le capitaine Jean Leblond n'est pas allé en Allemagne. Il est suspendu par son club : "Je m'étais sérieusement fâché avec Serge Bocquet. À tel point que cela n'a tenu qu'à un cheveu que je parte... à Villard en cours de saison !". Vous imaginez la stupeur des supporters, si Jean Leblond, pur produit du club grenoblois, fils du président de la section hockey du CSGG, passait avec armes et bagages à l'ennemi ? Enfin, Jean est resté à Grenoble jusqu'à sa retraite sportive !

En tout cas, ce match à Garmisch Partenkirchen est épique. C'est le capitaine d'un soir Dany Grando qui raconte : "D'abord, j'ai gardé la feuille de match, car je marque un but et deux assistances ! Mais surtout, on a été coincé dans une tempête de neige sur une route pas dégagée. Nous avons dû faire chasse neige avec nos crosses devant le bus ! On a mis deux heures pour faire cinq kilomètres !"

En France, c'est plus facile

Comme après le match aller, où les Lyonnais s'en étaient rendu compte, les Brûleurs de Loups tiennent à rappeler qu'en France, ils sont des ténors. Ils reçoivent Caen, et cela se termine par une raclée (11-0). "On avait le rythme coupe d'Europe. Comme quoi cela sert d'affronter des grosses équipes, même si l'on prend des raclées..." avoue Daniel Maric. Un match qui voit la rentrée en équipe première du jeune attaquant Patrick Faure, cousin de Bernard Séguy. Et comme Villard a perdu à Chamonix, Grenoble se retrouve en tête avec Tours.

Et justement, c'est au tour de Tours (!) de venir à Clémenceau. Devant plus de 2 500 spectateurs et dans une ambiance plus que chaude, les Dauphinois écartent leurs rivaux et prennent seuls la tête du championnat de France. "C'était très physique, les rencontres face à Tours, se rappelle Larry Huras, presque la guerre !". Les Brûleurs de Loups ouvrent la marque dès la douzième par Antoine Sangiorgio qui récupère un palet en sortant de prison. Les Tourangeaux égalisent quelques secondes avant la fin du tiers. Au deuxième tiers, Grenoble reprend un but d'avance par André-Marc Belli-Riz, puis deux juste après par Bernard Leblond, avant que Tours ne revienne à un but. Mais remarquablement regroupé autours d'un Daniel Maric une nouvelle fois impérial, les Brûleurs de Loups tiennent bon. Rien n'est plus marqué lors des 22 dernières minutes. Grenoble s'impose 3-2 après un match haletant.

Petite pause équipe de France en cette mi-décembre où le Canadien Jacques Tremblay, l'entraîneur de St-Gervais et nouveau coach des Tricolores, sélectionne six Grenoblois pour affronter la Bulgarie à Villard-de-Lans. Devant 600 spectateurs seulement, Daniel Maric, Jean et Bernard Leblond, Gary Brown, Philippe Treille, Philippe Muscara et les autres Français battent facilement les Bulgares, compagnons d'infortune du groupe C, 8-3.

La pause bulgare avalée, retour quatre jours plus tard à la nationale A avec un déplacement à Megève. Longtemps, le score est serré : 3-2 pour Grenoble à la quarantième minute, et puis... et puis les champions de France tutoient la perfection et gagnent 11-2.

La bûche de Villard

Ce n'est pas parce qu'un derby à lieu le lendemain de Noël qu'il faut s'attendre à des échanges de cadeaux ! Faut pas non plus exagérer. Surtout que c'est ce jour-là, au hasard contre Grenoble, que les Villardiens ont choisi de célébrer les 50 ans du club du Vercors, histoire de motiver encore un petit peu les troupes. "On ne va quand même pas perdre contre Grenoble le jour de nos 50 ans ?" Et bien non, mais cela a été juste... et extrêmement houleux. 3-3 à quatre minutes de la fin, on se dirige vers le nul, sauf que c'est ensuite que cela se gâte ! Les Brûleurs de Loups marquent un but... refusé par l'arbitre. Contestation, discussion, et juste après, Daniel Maric prend deux minutes de prison, ce dont profite Thierry Holzer pour inscrire le but victorieux 4-3 pour les Ours dans les dernières secondes.

Est-il besoin d'ajouter que les supporters grenoblois sont furieux et que quelques projectiles fusent sur la glace... Mais on n'a pas tous les jours 50 ans ! "Ça n'a jamais été un match comme les autres contre Villard, précise Bernard Leblond. C'était toujours très spécial. Il y avait énormément de pression. On ne parlait que de cela longtemps avant dans les vestiaires..."

Il ne reste que trois rencontres avant les play-offs, mais contrairement aux années précédentes, les Brûleurs de Loups sont sans soucis pour la qualification. Ils sont dans le peloton de tête du championnat ! En plus, ils font le spectacle, avec un 10-2 contre Gap. Quatre jours plus tard, le spectacle permanent des Brûleurs de Loups est en visite chez le leader Chamonix qui possède un point d'avance sur Grenoble. Les artistes sont privés de Nicolas Ménage (entorse), de Christian Billièras (suspendu) et d'Olivier Girod, mais enregistrent l'arrivée pour la première fois en équipe première du jeune défenseur Stéphane Vissio : "Il n'y avait que trois défenseurs disponibles, mais cet après-midi-là, j'étais allé au ciné. Il a fallu que l'un des mes frères vienne me chercher dans la salle pour me dire d'aller jouer à Cham ! Je n'avais que 17 ans, mais je m'entraînais avec l'équipe première et Larry était mon entraîneur en junior, donc cela s'est bien passé...".

Les Dauphinois ne connaissent pas de grosses frayeurs pour repasser devant au classement et régaler le public avec de nombreux buts (7-4). Grenoble termine en tête de cette première phase après une nouvelle belle et ample victoire contre Saint-Gervais 9-6.

Une mauvaise passe au mauvais moment

Les play-offs de la défense du titre débutent par la réception de Megève. Une ouverture sans problème et un succès 6-2. Jean-François Beaudoing, qui marque à chaque match, se souvient de cette bonne période personnelle : "À Grenoble, on faisait confiance aux jeunes. Ils étaient très nombreux à sortir du réservoir du club. C'était donc plus facile d'éclore dans ces conditions".

Mais la bonne nouvelle du soir vient de St-Gervais où Tours a concédé le nul 6-6 et perd donc un point dans sa lutte à distance contre le CSGG. Tours où se rend Grenoble une semaine plus tard pour une joute à la vie à la mort pour le titre. Une équipe tourangelle privée de son gardien titulaire, Charles Thillien, remplacé par un jeune de 19 ans, Chevallier, qui dispute son premier match. Les Brûleurs de Loups mènent au score pendant la plus grande partie du match (5-3 puis 7-5), mais à chaque fois les Tourangeaux reviennent. Tout se joue dans les ultimes minutes. Marc Audisio inscrit le but du 8-7 visiblement hors-jeu. Jean-Claude Sozzi, le coach grenoblois, joue le tout pour le tout et fait sortir Daniel Maric. Malheureusement, les Tourangeaux marquent dans la cage vide. Grenoble perd une bataille importante 9-7. "On a tout simplement été mauvais ce soir-là" se souvient Daniel Maric. "Mais, on y croyait toujours, ajoute Jean-Paul Farcy. J'ai toujours été convaincu que l'on allait être champions !"

Les champions de France se rattrapent en écrasant Gap, mais perdent leur troisième derby de la saison à Villard-de-Lans. Cela ce complique encore plus lorsque le C.S.G.G. doit se contenter d'un match nul 4-4 à Viry en se payant le luxe de rater un penalty. Du coup, Tours prend deux points d'avance. Visiblement, les Dauphinois traversent une mauvaise passe, car le match suivant à Clémenceau tourne au cauchemar. Quelle catastrophe ! St-Gervais mène 6-1, le réveil grenoblois a bien lieu, mais il est insuffisant. Les Brûleurs de Loups viennent mourir à un but (6-5). Bien sûr, durant une saison, chaque équipe connaît un passage à vide, mais les Grenoblois se permettent de l'avoir au pire moment, au début des play-offs avec deux victoires seulement en six rencontres. Tours en profite pour prendre quatre points d'avance et le Dauphiné Libéré titre : "Fin de règne ?". Heureusement qu'il y a le point d'interrogation...

C'est le public qui va jouer un rôle capital dans le renversement de situation. Grenoble entame une série impressionnante en gagnant tous ses matches jusqu'à la dernière journée. Un public qui met une pression énorme, colossale, sur l'équipe chamoniarde à Clémenceau. "On avait un public vraiment d'enfer, rappelle Jean-Paul Farcy. La patinoire était toujours pleine". Chamonix, deuxième avec Grenoble et qu'il faut donc éliminer de la course au titre.

Durant tout le dernier tiers, le public conspue les Chamoniards, dans un bruit infernal, dès qu'ils touchent le palet. Une bronca comme rarement entendu qui fait totalement craquer l'équipe adverse. Transportés par la foule, les Grenoblois se déchaînent, oublient leur méforme des derniers matches et passent neuf buts aux Chamoniards. Entre la 55e et la 58e minute, pendant que la foule tangue encore très fort, les Brûleurs de Loups inscrivent trois buts et s'imposent 9-4, achevant les espoirs de Chamoniards se demandant les raisons d'une telle conduite de Grenoble.

Naissance d'une vocation ?

"On travaillait beaucoup à l'entraînement, on patinait énormément, précise Jean-Paul Farcy. Larry aidait Gary, on se corrigeait à la vidéo, ce qui ne se faisait p

as beaucoup à l'époque. Je suis certain que c'est là que Larry à commencé à s'intéresser au travail d'entraîneur..."L'intéressé confirme : "Au départ, je ne pensais pas forcément devenir entraîneur, mais j'aidais Gary, sans que cela ne soit d'ailleurs totalement officiel, et j'entraînais les jeunes et puis j'y ai pris goût....". Voilà comment naissent les grandes carrières au plus haut niveau européen !

Juste avant le Mondial, il reste à disputer une journée de championnat et Grenoble la joue à Megève. Les Brûleurs de Loups restent en course avec un succès 4-2. S'ensuit donc une grande trêve durant tout le mois de mars pour permettre à la France de disputer le Mondial C en Espagne. Le 7 mars à Grenoble, l'équipe de France affronte devant plus de 2 200 spectateurs une sélection de Canadiens d'Europe où l'on retrouve Larry Huras, Paulin Bordeleau, Roland Cloutier et François Ouimet. Des joueurs à la feuille d'érable qui s'imposent 8-4. Ensuite, les Tricolores s'envolent pour Budapest pour deux matches contre la Hongrie à l'occasion de l'inauguration du nouveau palais des sports de la capitale hongroise. Devant 6 000 spectateurs à chaque fois, les Français s'inclinent lourdement contre une équipe qu'ils retrouveront aux championnats du monde.

Le mondial C se tient donc pour la troisième fois ces dernières années en Espagne. Après Las Palmas aux Baléares et Barcelone en Catalogne, c'est Jaca dans les Pyrénées qui organise ce tournoi. Pete Laliberté et Jacques Tremblay ont sélectionné sept Grenoblois : record pour le club. Daniel Maric dans les cages, Philippe Muscara en défense, et cinq attaquants : Jean Leblond (capitaine tricolore), Bernard Leblond, Philippe Treille, Gary Brown et Jean-Paul Farcy.

Les Coqs terminent quatrièmes. Philippe Treille est exceptionnel lors de ce Mondial avec six buts en sept matches : "Je jouais avec deux excellents joueurs, André Péloffy et Harry Perreault, ça aide", précise-t-il modestement.

Qui va craquer ?

Le retour au championnat se fait directement dans le vif du sujet, avec la venue de Tours à Grenoble. Craignant quelques débordements, la Ligue Nationale des Arbitres de France a fait venir un arbitre... suisse, ce qui s'appelle avoir confiance en ses troupes.

Les Brûleurs de Loups doivent impérativement s'imposer pour garder leurs chances dans la course au titre. Ils y parviennent sans trop de difficultés puisqu'ils mènent 7-4 à deux minutes trente secondes de la fin. Mais à ce moment-là, Antoine Richer ramène Tours à 7-5, puis Bernard Séguy commet une faute sur Marc Audisio : penalty, transformé par l'ex-Grenoblois Guy Galiay (7-6). Il ne reste qu'une minute trente à jouer : le suspense est insoutenable, car en cas de match nul, le C.S.G.G. aura du mal à conserver son titre. Mais cette année-là, Daniel Maric est un mur dans ses cages et plus rien ne rentre. Grenoble s'impose et revient à égalité de points à la première place avec Tours. Il reste cinq matches à jouer, le premier qui perdra une rencontre sera mort...

Trois jours après ce choc de titans, le C.S.G.G. se rend à Gap, où il n'est jamais facile de gagner. Grenoble gagne de nouveau 7-6, avec encore Daniel Maric qui ferme la boîte en toute fin de match. De son côté, Tours a gagné à Viry...

On continue au rythme de deux matches par semaine avec Villard-de-Lans qui descend de sa montagne pour voir son cousin de la ville. Mais les Brûleurs de Loups ont plus à défendre que la rivalité régionale, ils ont un titre à conserver. Ils mènent 4-1. Les Villardiens s'accrochent et reviennent à 4-3, mais Bernard Leblond n'attend que dix secondes après le troisième but des Ours pour enfoncer le clou à 5-3. Les Villardiens ne s'en remettent pas et Grenoble conclut (7-3). Mais la foule immense - on a refusé du monde - n'attend qu'une seule chose, l'annonce que Tours a trébuché à Chamonix. Espoir déçu. Les Tourangeaux ont gagné 6-5.

Retour à la lutte à distance avec Grenoble qui reçoit Viry et Tours qui accueille Gap. Et cela commence par une mauvaise surprise avec les Castelvirois qui mènent 2-0 au bout de trois minutes ! Toujours cette manie grenobloise dans les matches qui ne sont pas de "gala". Heureusement, Philippe Treille ramène Grenoble à 2-1 à la fin du premier tiers avant les avalanches dans les deux dernières périodes pour un succès 9-3. Et Tours ? Eh bien Tours a également gagné, 9-6.

Hasard du calendrier, les deux rivaux, qui s'affrontent à distance, sont à côté le 24 avril. Les Brûleurs de Loups à St-Gervais et les Tourangeaux à Megève ! Ce soir-là, Grenoble, qui a souvent connu des difficultés contre St-Gervais, réussit certainement son plus beau match dans cette patinoire. Un festival 10-2 dont les supporters grenoblois présents se rappellent encore avec délice. Seulement, à quelques kilomètres de là, Tours a gagné 8-3 à Megève.

Merci qui ? Merci Villard... Comment ? Bon d'accord, Merci Villard !

Il va bien falloir départager Tourangeaux et Dauphinois, car en ce vendredi 30 avril, c'est la dernière journée. Une bien drôle d'idée d'ailleurs de faire disputer cette ultime rendez-vous un 30 avril, car le lendemain, 1er mai, il n'y a pas de journaux. Comment les fans de hockey vont apprendre qui est champion de France ? Ils devront attendre le dimanche matin. Pas très malin.

Bref, les Grenoblois sont à Chamonix et les Tourangeaux à Villard-de-Lans. Si les deux équipes gagnent, elles restent à égalité, mais c'est Tours qui est champion au goal-average direct pour un but (9-7 à Tours et 6-7 à Grenoble). En revanche, la moindre équipe qui perd un point peut sortir ses mouchoirs. Les supporters grenoblois se sont partagé le travail. Une partie à Chamonix et une autre à Villard pour conspuer les Tourangeaux et pour une (unique) fois soutenir les Ours !

Le début de rencontre à Chamonix est tendu. Les Grenoblois semblent crispés par l'enjeu. Ils ne montrent pas grand-chose, jusqu'à la 10e minute où Gary Brown libère son monde en ouvrant la marque. Mais il faut pratiquement attendre la mi-match, pour voir les Dauphinois doubler la mise par le défenseur Bernard Séguy, avant qu'un certain Yves Crettenand ne ramène Chamonix à 2-1. Le suspense est franchement insupportable. Il faut attendre les dix dernières minutes pour respirer enfin avec des buts de Philippe Treille (50e) et Jean-François Beaudoing (57e). 4-1, cette fois, c'est fait, Grenoble a gagné. Mais Tours ? Eh oui Tours ? Eh bien, on ne sait pas. La rencontre à Villard n'est toujours pas terminée. On a pris beaucoup de retard, preuve que le match est tendu, voire plus.

Et c'est vrai qu'il y a de la pression à Villard, de l'ébullition même. La cocotte-minute est prête à exploser. Aucun but n'est inscrit au premier tiers. Tout s'accélère à la repriseavec deux buts villardiens en 43 secondes qui font se lever toute la patinoire. Mais les Tourangeaux ont des réserves et marquent trois buts en six minutes. À ce moment-là, Tours est champion. Il reste un tiers à disputer. Au bout de huit minutes dans cette dernière période, nouvelle explosion de joie des supporters dauphinois avec l'égalisation des Ours. Grenoble est de nouveau champion. Pas pour longtemps. Quatre minutes plus tard, Tours reprend un but d'avance. Il ne reste que huit minutes à jouer, Tours ne va pas lâcher la couronne !

Eh bien si, les Tourangeaux ne résistent qu'une petite minute. À la 53eme minute, Thierry Holzer égalise à 4-4. Grenoble est champion grâce à son rival de toujours, Villard-de-Lans ! La liesse est indescriptible à Villard. Les médailles et la coupe de champion, amenés pas très diplomatiquement dans le Vercors par la fédération, montrant ainsi qu'elle ne croyait pas aux chances grenobloises, sont subtilisées par les Villardiens qui se les auto-remettent symboliquement ! "Après tout, en tant que Grenoblois, j'y avais un peu droit", rigole Joël Surle, le plus Brûleur de loups des Ours, se rappelant cet épisode. Du coup, fous de rage, les Tourangeaux détruisent complètement leur vestiaire. Ils ne supportent pas de s'être fait chiper le titre deux ans de suite à la dernière journée, grâce à la solidarité alpine : Chamonix en 81, Villard en 82. C'en est trop pour leurs nerfs.

Pendant ce temps à Chamonix...

... Les Grenoblois attendent toujours le résultat villardien : "C'était insoutenable. Déjà que l'on avait été tendu toute la journée" se souvient André-Marc Belli-Riz. "On était certain, vu la si longue attente, que l'on avait perdu le titre et que les dirigeants n'osaient pas nous le dire !" précise Serge Djian.

Quand soudain, les joueurs, ivres de bonheur, reviennent sur la glace, certains sortant à moitié nus de la douche, pour hurler aux fans tétanisés par l'attente insupportable : "4-4, on est champions, on est champions !". Le champagne peut couler à flots et la tension accumulée lors de l'attente du soir, et de ces semaines d'égalité entre les deux clubs, se transforme en une gigantesque java dans le bar de la patinoire chamoniarde. "Ça a vraiment été la grosse fête à Chamonix, confirme Jean-Paul Farcy. Avant le défilé dans les rues de Grenoble sur la surfaceuse : le délire de Gary !"

"Une fête incroyable" confirme Serge Djian avant d'ajouter "Certains ont même pris la cuite de leur vie !" Larry Huras en perd son latin, ou du moins son début de français, en criant aux supporters à travers le bar : "On est championnat de France, euh non, champions !"

La génération grenobloise inégalée

Pour Daniel Maric : "On a été plus forts, plus réguliers cette année-là que lors du premier titre", le capitaine, Jean Leblond ajoute : "Plus forts surtout dans la tête, le premier titre nous avait donné confiance" et Larry Huras complète : "On avait une équipe bien équilibrée et très solide en défense." Pour André-Marc Belli-Riz : "Cette équipe arrivait vraiment à maturité. On avait 23-24 ans de moyenne d'âge, et comme il y avait eu très peu de changements à l'intersaison, la cohésion était là. Je pense que l'on était plus fort que lors du premier titre."

Confirmation de cette maîtrise grenobloise sur le hockey français, pour la troisième année consécutive, après Bernard Leblond en 1980, Philippe Treille en 1981, c'est encore un Grenoblois formé au club qui est élu meilleur joueur français de l'année. Il s'agit de Daniel Maric, et pour la première fois, c'est un gardien qui est récompensé.

Quelle année, cette année-là ! Nicolas Ménage l'exprime très bien quand il se remémore ces saisons de triomphe : "C'était une vraie bande de copains. C'est ce qui nous a aidés à gagner. C'était pourtant une période charnière avec Tours qui passait au professionnalisme, alors que nous étions toujours amateurs, avec juste des primes de match. Mais nous avions une équipe solide, équilibrée, avec un mélange de gens d'origines sociales différentes, mais très soudés".

Et Philippe Treille de préciser : "Ce n'est pas toujours le plus riche qui gagne ! On n'était pas les meilleurs sur le papier, mais on jouait pour le plaisir, par pour l'argent. Presque tout le monde dans l'équipe travaillait ou étudiait. Mais Gary a réussi exploiter notre potentiel ". Gary qui livre son "secret" : "J'étais copain après les matches et même boute-en-train pour les fêtes, mais j'étais très sérieux lors des entraînements. Je me devais de toujours donner l'exemple". Cela s'appelle le sens du devoir...

Même si tous les titres sont des moments inoubliables, celui de 1982 reste, pour les supporters des Brûleurs de Loups, particulièrement magique. La consécration d'un club, d'une équipe de copains d'enfance, d'une âme, d'un maillot.

Buteurs en championnat 1981/82 : Philippe Treille 39, Bernard Leblond 28, Jean Leblond 23, Jean-Paul Farcy 21, Gary Brown 18, Larry Huras 14, Antoine Sangiorgio et Wilfrid Girod 13, André-Marc Belli-Riz 12, Daniel Grando et Jean-François Beaudoing 7, Bernard Séguy 5, Jean-Charles Piccinini, Joël Chapuis et Patrick Faure 2.

Buteurs en Coupe d'Europe 1981/82 : Bernard Leblond et Gary Brown 3, Antoine Sangiorgio 2, Larry Huras, Daniel Grando, Jean-François Beaudoing, Philippe Treille et Pierre Gingras 1.

Chapitre suivant (Une lente descente aux enfers)

Bruno Cadène

 

 

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