Grenoble

Chapitre III - Tout reconstruire

 

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Terminées les années fastes des rencontres internationales, Grenoble doit réapprendre à vivre dans les limites de l'Hexagone. Mais pour cela, il faut tout reconstruire, en repartant de la deuxième série. Heureusement, le hockey mineur va fournir suffisamment de talents pour y parvenir.

De gros changements à l'été 1973 dans le hockey grenoblois. Tout d'abord, la Coupe internationale des Pays-Bas n'existe plus : trop cher. Pour la première fois depuis 1963, il n'y aura plus ces matches internationaux qui mettaient le feu à Clémenceau le vendredi soir. Que n'a-t-on pas dit sur ces fameuses tournées internationales épiques et sur ces tranches de rigolade "hénaurmes". Certaines histoires étant d'ailleurs, difficilement racontables, comme celle de ce journaliste célèbre suivant le hockey grenoblois à l'époque (difficile de faire plus clair) se déguisant en, disons, une spécialité hollandaise travaillant dans une vitrine avec une lumière rouge, et proposant ses services, dans la pénombre de sa chambre d'hôtel, à un dirigeant du club, avec toute l'équipe pouffant de rire derrière la porte !

Autre exemple du style potache, une composition d'équipe un peu fantaisiste lors d'un match dans une base en Allemagne. Mais laissons le "coupable" raconter : "Ces rencontres étaient diffusées sur les radios américaines et canadiennes en Allemagne, se souvient Michel Latour (eh oui, c'est lui !). Avant le match, le journaliste venait donc voir Pete pour lui demander la composition de Grenoble et la donner ensuite au speaker. Mais ce soir-là, Pete n'avait pas le temps et me confie donc cette "mission", ce que je fais très consciencieusement, sauf en transformant Laplassotte en La salope... Et mon Jean-Claude qui marque un but. Un but annoncé le plus sérieusement du monde dans toute la patinoire : "Goal for Grenoble, scored by number 14, La salope !" Il m'a fusillé du regard, ayant tout de suite compris de qui cela venait... Avant que l'on éclate de rire, sous le regard totalement incrédule des joueurs adverses...".

Bref, cela faisait assez ambiance colonies de vacances, mais ces grands mômes ne pourront plus faire leurs bêtises à quatre sous à travers l'Europe, une page se tourne, on se concentre désormais sur la France.

L'irruption du hockey moderne

Autre changement et quel changement, une véritable révolution dans le hockey français. Pour la première fois un club de l'Hexagone est entraîné par un Tchèque ! Adolf Sprincl, 49 ans, en provenance de Jihlava. Un sacré personnage, monsieur Adolf, il est l'un des huit seuls entraîneurs titulaires d'un diplôme de première série dans son pays.

Mais, ce qu'il découvre à Grenoble est "légèrement" différent de ses habitudes en Tchécoslovaquie : "J'ai trouvé une équipe faible, avec très peu de bases par rapport à ce que je connaissais. Pas de condition physique, pas de patinage, pas de jeu collectif. Il y avait juste des bons juniors, une génération très douée, sur laquelle je me suis appuyée immédiatement."

Mais comment, un tel personnage a-t-il pu débarquer à Grenoble ? C'est Jean-Loup Dalaison, à l'époque secrétaire du club, qui est à l'origine de ce transfert exceptionnel et inattendu. Notre confrère du Dauphiné Libéré se souvient : "C'était lors de la venue l'année précédente à Grenoble du Dukla de Jihlava que j'avais, sans me faire d'illusion, demandé à tout hasard aux dirigeants du club morave s'il était envisageable de faire venir à Grenoble un entraîneur tchécoslovaque. Et puis plus rien. Je croyais qu'il s'agissait effectivement d'une idée un peu trop folle. Mais au cours de l'été, la bonne nouvelle est tombée, la fédération tchécoslovaque nous envoyait Adolf !"

En tout cas, avec Adolf Sprincl, cela ne rigole plus : "Il nous a recadrés et beaucoup appris, à nous les jeunes. Il nous a apporté un système de jeu et on a même été parmi les premiers à jouer à trois lignes complètes" se rappelle Christian Billièras.

Impossible de reprendre l'entraînement avec quelques kilos de trop après le farniente estival comme les années précédentes ! Au menu dès septembre : préparation physique, course à pied, musculation, et entraînement physique tous les dimanches à 6 heures du matin le lendemain des matches ! Mais les joueurs adhèrent à ce programme un peu spartiate pour des hockeyeurs français. D'ailleurs, Jean-Claude Sozzi avoue son admiration : "C'est formidable, déclare-t-il dans le Dauphiné Libéré, la diversité des exercices fait passer le temps avec une extraordinaire rapidité !". Pour Jean Leblond : "Nous qui étions de la génération Pete, nous retrouvions un véritable entraîneur qui s'occupait de tout. Adolf est arrivé avec une méthode, il nous apportait la rigueur, Adolf, c'est l'irruption du hockey moderne à Grenoble." Daniel Maric confirme : "Il s'occupait de tout et de tous, comme entraîneur il était sévère, mais comme homme il était adorable, le message passait bien".

Repartir presque à zéro

Quelques changements dans l'effectif avec les départs de Greg Rivet ou du défenseur Stéphane Dudas, qui poursuit ses allers et venues entre Grenoble et ailleurs, en se rendant chez le champion de France Chamonix : "Il y avait plus d'argent à Cham, de meilleurs Canadiens et le club inspirait la crainte à ses adversaires". Guy Galiay est lui parti à Briançon car il regrettait "un manque de professionnalisme chez certains joueurs qui ne venaient pas tout le temps aux entraînements. Je n'étais pas habitué à cela au Canada, en plus, j'étais allé faire des matches amicaux à Briançon et cela m'avais plu." Mais, Guy Galiay reviendra à Grenoble, beaucoup plus tard !

Côté arrivées, en dehors des nombreux jeunes qui font leurs débuts en équipe première, on signale l'arrivée des frères Martin en provenance de Gap, Pierre le défenseur et Gérard l'attaquant. Ils viennent sur Grenoble pour leurs études. Pierre Martin, aujourd'hui ingénieur informaticien à Grenoble, se souvient de ses débuts au club : "En fait, cela faisait deux ans que je suivais mes études à Grenoble, d'abord en classe préparatoire à Champollion, puis à la fac. Mais j'en avais assez de faire les allers et retours pour jouer à Gap."

Pierre Martin qui trouve un club grenoblois en difficulté : "C'était un club moribond, avec très peu d'argent. On en était réduit à manger des sandwiches après les matches, le club ne pouvant pas nous payer le restaurant. Pareil pour les spectateurs, ils n'étaient plus que quelques centaines. Mais, en fait, tout va aller en s'améliorant les années suivantes, et du point de vue ambiance, c'était vraiment extraordinaire, il y avait des liens très solides entre nous".

L'objectif de ce collectif est clair : remonter en série A, l'élite du hockey français à six équipes. Grenoble est donc dans la nouvelle série B en compagnie de Megève, Briançon, Lyon, Croix, le Vésinet et l'A.S. Grenoble championne de France de deuxième série. À signaler qu'il y a un endroit à Grenoble où l'on va beaucoup parler hockey, c'est la "Poularde bressane", le restaurant de la famille Piccinini où sont engagés comme serveurs les deux gardiens Daniel Maric pour le CSGG et Patrick Partouche pour l'A.S.G. La rondelle va être au menu ! Jean-Charles Piccinini a débuté en équipe première à 18 ans, il est tombé à la fois dans la marmite et le hockey tout jeune. La restauration, spécialité familiale, et le hockey par amitié : "J'habitais la même allée que les Leblond. On passait notre temps à faire du patin à roulette dans la cour avec les frères Leblond et Philippe Treille." On peut faire pire comme sparring-partners !

Deux matches amicaux perdus 4-3 contre St-Gervais et les Diavoli et c'est parti. Le championnat débute le dimanche 14 octobre 1973, par la réception à Clémenceau de Briançon, les Grenoblois s'imposent sans trop de difficultés 8-5 ! Avec trois buts dans la même partie Christian Maillet s'est mis en évidence : "J'avais surtout des qualités collectives, mais comme j'avais une accélération et le sens du jeu, ça payait devant la cage". Encore un succès, le 21 octobre, le CSGG s'impose 8-1 à Croix. Le journaliste lillois qui résume le match pour le Dauphiné Libéré ne peut masquer sa déception et une pointe de jalousie : "Grenoble : des semi-pros qui multiplient les rencontres internationales alors que le C.P.M. Croix s'en tient au strict amateurisme, ne jouant que l'hiver, sans préparation intensive, alors..." Tss, tss, tss, ce n'est pas beau d'être aigri ! "De toutes façons, on n'aimait pas Croix, se souvient Pierre Martin. C'était très souvent des matches heurtés...".

Une petite promenade 16-1 contre Genève en amical, le 2 novembre à Grenoble, et nouveau déplacement en championnat contre le Vésinet. Une rencontre disputée dans la nouvelle et cossue patinoire de Neuilly-sur-Marne. Le Vésinet, un nouveau venu dans le hockey français, avec comme entraîneur-joueur quelqu'un de très connu à Grenoble : Burt Vuillermet ! Les Dauphinois triomphent sans douleur 10-3. Après un déplacement chez Burt, un chez Pete ! Le 25 novembre, Grenoble rend visite au C.P. Lyon et gagne également sans crainte 8-1.

Grenoble contre Grenoble

Cinq jours plus tard, c'est le match dont tout le monde parle. Durant toute la semaine, des articles animent la page sport du Dauphiné Libéré. C'est la première manche du derby Grenoblois entre le C.S.G.G. et l'A.S.G. Avec un effectif plus étoffé que celui du "petit frère", le club phare du C.S.G.G. s'impose 7-3.

Mais le premier vrai choc de cette Série B a lieu le 15 décembre avec la visite à Megève. Les supporters sont également venus en bus, c'est 25 francs, voyage et billet au match, le rendez-vous est à 15 h 30 devant la patinoire ! Megève, c'est l'ogre de ce championnat, une équipe qui est descendue en Série B in extremis l'an passé. Et les Grenoblois ne pèsent pas bien lourd au Palais des Sports de Megève en s'inclinant 7-3.

Revoilà la nostalgie avec la venue à Grenoble de l'A.C.B.B. Mais l'on se désespère à Boulogne-Billancourt, car l'équipe de l'A.C.B.B. des années 70 n'est plus que l'ombre de celle dominatrice des années 60, et Grenoble terrasse son rival 16-0 ! Adolf Sprincl peut partir tranquillement en vacances de Noël à Jihlava, le CSGG a rempli ses objectifs, il est deuxième à la trêve et peut donc toujours envisager la montée en Série A.

Sauf qu'après la trêve, le 12 janvier 1974, pour la reprise du championnat, c'est une bien mauvaise surprise qui attend Adolf avec la défaite 6-5 de ses troupes à Briançon, ce qui n'était pas dans les plans. Mais le propre de la jeunesse, c'est aussi de se remettre en question, et les jeunes joueurs grenoblois le font de la plus belle des façons, le 18 janvier pour un match amical contre les soldats américains basés en Allemagne à Zweibrücken.

Et comme dans le bon vieux temps, c'est Pete qui montre la voie en inscrivant trois des six buts de la victoire grenobloise 6-3 ! Trois buts à 43 ans ! Merveilleux homme, incroyable joueur ! Quand aux "gamins" ils ont parfaitement tenu le choc face aux rugueux "Boys". D'ailleurs, Albert Fontaine l'écrit le lendemain dans le Dauphiné Libéré : "Ce soir, les jeunes joueurs du C.S.G.G. sont devenus des hommes !". "Ce genre de match nous a fait progresser deux fois plus vite" se souvient Antoine Sangiorgio. Du coup, cela repart en championnat avec trois beaux succès 8-4, 9-1 et 5-1 contre Croix, le Vésinet et Lyon.

Cette année-là, la France organise les championnats du monde du groupe C à Grenoble, Lyon et Gap. À Grenoble, c'est au Palais des Sports. Du coup, on profite de la remise en glace de la grande enceinte olympique pour y disputer, juste avant le Mondial, le derby A.S.G.-C.S.G.G. ! Quelle bonne idée ! C'est d'ailleurs à cette date, le dernier match de championnat joué au Palais des Sports. Une rencontre très serrée avec un score final de 7-4 pour un C.S.G.G. que l'A.S.G. a fait longtemps douter.

Place donc aux championnats du monde avec un Grenoblois sélectionné, Jean-Claude Sozzi, inamovible gardien de l'équipe de France depuis plus de dix ans. La France est cinquième. Cinq jours après la fin du Mondial, le 22 mars, rencontre décisive à Grenoble pour la montée en Série A contre Megève. Mais une nouvelle fois, les Grenoblois craquent au deuxième tiers encaissant un 2-0 fatal pour une défaite finale 3-2. Un petit but comme l'an passé face à cette même équipe. Rageant ! Et surtout gênant, car désormais la montée directe est terminée, il faut assurer la place de barragiste. Cela est chose faite le 31 mars avec un large succès 9-0 à Boulogne-Billancourt avec Daniel Maric dans les cages.

Grenoble a la "Cote" en barrages

C'est donc l'heure des premiers bilans : St-Gervais est champion pour la deuxième fois de son histoire, Megève monte directement en Série A à la place de Viry qui descend. Grenoble jouera les barrages d'accession en série A contre l'avant-dernier de cette Série A, les Français Volants de Paris. Quand à l'A.S.G. dernière de Série B, elle est reléguée en deuxième série.

Ces barrages d'accession débutent le 20 avril à... Gap. La patinoire de Grenoble est déjà fermée à cette date ! Dommage, les Grenoblois auraient bien besoin de soutien, car les Parisiens sont largement favoris. Pourtant, aidés par un Jean-Claude Sozzi éblouissant dans ses cages, les Grenoblois font un incroyable premier tiers avec deux buts en vingt secondes dès la cinquième minute par Christian Billièras ("un slap de la rouge" se souvient l'auteur du but) et Didier Drablier.

Michel Latour se remémore ce match avec sa gouaille habituelle : "Avec Christian et Didier, on formait la troisième ligne. J'avais dit à mes jeunes coéquipiers de tout donner d'entrée pour impressionner l'adversaire et parce que je n'avais plus le rythme pour jouer à fond 60 minutes. Autant en profiter au début ! Donc, j'ai fait deux assists, ils ont marqué et je suis allé voir Adolf en lui disant : 'et voilà', et je suis allé me reposer quelques minutes sur le banc !"

Bernard Cot

Mais les Parisiens reviennent pour un score final de 4-3 en faveur de Grenoble. Un seul petit but avant d'aller à Paris pour le match retour, c'est bien maigre ! Mais pour ce match retour, les dirigeants grenoblois réussissent un coup de poker en faisant signer pour un seul match un joueur étranger ! Il s'agit de l'attaquant Canadien Bernard Coté qui vient de terminer sa saison à Lugano en Suisse. Adolf Sprincl doit alors composer au plus vite : "J'ai fait les lignes dans le bus. Mais j'avoue que Coté a un peu tiqué quand je lui ai annoncé qu'il allait jouer avec des juniors"...

Le choc se joue le 20 avril 1974 à Colombes. Cela commence pour le mieux avec dès la quarantième seconde un premier but grenoblois inscrit par Jean Leblond... mais cela se gâte avec trois buts parisiens dans cette première période ! Jean Leblond, encore lui, ramène Grenoble à 3-2. Antoine Sangiorgio égalise mais Kader Sadoun marque un but pour les Volants : 4-3 pour Paris et de nouveau égalité sur les deux matches ! Un Kader Sadoun redoutable qui met une incroyable pression sur la défense dauphinoise et sur Jean-Claude Sozzi qui a eu près de cent tirs à Gap à l'aller. Michel Latour décide donc de rentrer en scène : "J'ai mis K.O. Kader, après on a pu jouer plus tranquillement et Soz' (Jean-Claude Sozzi) a été plus soulagé..." Michel Latour qui joue les affreux !

Et la course-poursuite continue, 5-4 pour les Volants. Mais cette fois Bernard Coté, le renfort canadien, entre en scène : "Il nous encourageait en italien : Dai, dai ! Car il arrivait de Lugano !", se rappelle amusé Jean-Charles Piccinini. C'est lui qui égalise à 5-5 à la 42e. Lacarrière inscrit un sixième but ? Bernard Coté égalise ! Les Parisiens mènent 7-6 ? Coté marque encore : 7-7 ! Malheureusement Paul Lang inscrit un huitième but : 8-7 à la fin du temps réglementaire, cela fait égalité sur l'ensemble des deux matches. Prolongation ! La tension est à son comble ! Mais, Bernard Coté intervient une nouvelle fois et marque le huitième but grenoblois, son quatrième, 8-8. Grenoble grâce à son but d'avance du match aller remonte en élite, en Série A, comme on dit à l'époque. Quand à Bernard Coté, il est reparti tranquille au Canada, son chèque en poche !

Pour tous les joueurs, ce match est devenu mythique : "Toute l'équipe s'est transcendée" se souvient Christian Maillet. "Cela a été extraordinaire, un grand moment avec un match exceptionnel en particulier de Jean-Claude Sozzi et Pascal Del Monaco", rajoute Jean Leblond.

Quoi qu'il en soit Adolf Sprincl a réussi sa mission : ramener le hockey grenoblois dans l'élite française... Une élite que Grenoble n'a plus jamais quittée depuis, autrement que sur tapis vert.

Buteurs en championnat 1973/74 : Jean Leblond et Antoine Sangiorgio 16, Joël Surle, Jean-Charles Piccinini et Gérard Martin 11, Christian Maillet 7, Pascal Del Monaco et Michel Latour 6, Bernard Leblond, Bernard Nogaretto et Didier Drablier 5, Christian Billièras et Bernard Coté 4, Jean-François Maren et Pierre Martin 3, Patrick Herbrecht 2, Gilbert Maldéra et Philippe Duru 1.

Garde à vous !

Adolf Sprincl étant un entraîneur connu et respecté dans son pays, il en fait profiter les jeunes pousses du club grenoblois. C'est ainsi qu'en cet été 74, les cadets et juniors grenoblois partent en stage à Jihlava. Un stage sous la houlette de pas moins de quatre entraîneurs prestigieux : Pinter, l'entraîneur de l'équipe nationale, Nevesely, celui des moins de 23 ans tchécoslovaques, Klapas, l'international vedette du Dukla Jihlava qui cette année-là prend en main l'entraînement de l'équipe première, et bien sûr Adolf en personne. Un stage à la dure. Une heure et demie d'athlétisme et une heure de musculation le matin, deux heures de glace l'après-midi avec un match tous les deux jours contre des juniors tchécoslovaques. "Cela ne me gênait pas, se rappelle Christian Maillet. J'ai toujours adoré l'effort physique, j'ai même pratiqué le karaté en cachette de mes entraîneurs de hockey, puis le cross et le marathon..." Effectivement, vu sous cet angle !

Quand à l'équipe première, elle doit s'exiler à Lyon pour préparer sa nouvelle saison, la patinoire de Grenoble n'ouvrant que le 1er octobre. Déjà qu'elle était fermée le 20 avril pour le dernier match... Une équipe qui évolue donc en Série A.

L'effectif grenoblois, qui comprend beaucoup de cadets et juniors, connaît malheureusement des départs gênants, même s'ils le sont pour des raisons extra-sportives. Antoine Sangiorgio et Jean-François Maren partent faire leur service militaire en Allemagne. Grenoble était dans la zone où l'on envoyait les recrues en Allemagne. Ils ne pourront jouer que lors de leurs rares permissions. "Il y avait eu une erreur d'affectation, se souvient Antoine Sangiorgio, au lieu d'aller à Lyon comme prévu, je me suis retrouvé à Witlich, près de Trêves. Mais, ce ne fut pas trop difficile, j'ai été caporal-chef sans rien faire. La semaine j'étais secrétaire dans un bureau et le week-end je rentrais jouer avec l'équipe. Pour la condition physique, il y avait les célèbres footings de l'armée !". Jean-Charles Piccinini doit partir à Paris, pour raisons professionnelles, pour son année d'apprentissage de cuisinier et Gérard Martin s'en va étudier à Lyon. Daniel Maric part lui à Villard-de-Lans : "C'était surtout mon père qui m'avait incité à monter à Villard. J'avais un peu plus de chance de jouer à Villard qu'à Grenoble, même si à Villard il y avait un excellent gardien Jean-Réné Catier et que je m'entendais très bien avec Jean-Claude Sozzi qui a été mon professeur."

Pour compenser ces départs, le C.S.G.G. profite de la mort de l'A.S.G. Le club n'a pas survécu à la descente en deuxième série et à la mutation professionnelle de son président Robert Mégy. De plus, la fédération a fait passer une loi interdisant la présence de deux clubs de hockey dans la même patinoire. Il faut préciser que Serge Bocquet, le président général du C.S.G.G., est également dirigeant de la F.F.S.G. Comme en plus, R.M.O., le sponsor de l'A.S.G., se désengage du hockey... Cela fait beaucoup de raisons pour s'éteindre ! Le C.S.G.G. récupère ainsi trois glorieux anciens partis à l'A.S.G. : Jean-Claude Laplassotte, Jimmy Biguet et Bertrand Girard, sans oublier le gardien Patrick Partouche. Enfin, pour compléter cette équipe, Adolf Sprincl intègre en équipe première Bernard Leblond, le jeune et talentueux frère de Jean : "Cela s'est super bien passé. Entre les juniors, y compris l'équipe nationale, et les séniors, j'ai joué 120 matches cette année-là !". "Quand j'ai demandé un double surclassement, de cadet en senior, pour Bernard Leblond, tout le monde m'a pris pour un fou, se souvient en riant Adolf, et puis, vous avez vu sa carrière ?"

Grenoble 74-75 ressemble donc à ça. Dans les cages : Jean-Claude Sozzi et Patrick Partouche. En défense : Pascal Del Monaco, Jean-Luc Butel, Pierre Martin, Gilbert Maldéra, Philippe Duru, Christian Billièras et Jimmy Biguet. En attaque : Jean-Claude Laplassotte, Michel Latour, Jean et Bernard Leblond, Joël Surle, Bertrand Girard, Bernard Nogaretto, et selon le bon plaisir militaire, Antoine Sangiorgio et Jean-François Maren.

Un championnat plus médiatisé

Le championnat débutant le 12 octobre, le C.S.G.G. dispute deux matches amicaux de préparation remportés tous les deux d'ailleurs contre des équipes de Série B : 7-2 à Briançon et 4-3 contre Lyon. Un championnat de Série A qui, pour la première fois, devient vraiment une priorité absolue dans le hockey français avec un double aller et retour. Une véritable élite à six clubs : St-Gervais, le champion, Chamonix, Gap, Villard-de-Lans, Megève et Grenoble. Une élite qui ne compte que des clubs alpins, exit les Parisiens ! Il faut éviter la dernière place, synonyme de barrages avec le champion de Série B.

1974-75, c'est le premier championnat structuré de l'histoire du hockey français. La preuve, pour la première fois, le Dauphiné Libéré publie une présentation complète des effectifs de tous les clubs, comme cela se fait depuis.

Le championnat de Série A débute le 12 octobre avec un déplacement chez la bête noire de ces deux dernières saisons, le C.S. Megève. Une rencontre disputée à St-Gervais, car le Palais des Sports de Megève est indisponible, et arbitré par un Suisse, monsieur Magnerat. Et contre toute attente, et à la grande différence de ces dernières années, le C.S.G.G. gagne largement 6-2 avec un but d'un tout jeune joueur, son premier en équipe première, un certain Philippe Treille : "J'avais 16 ans, l'âge réglementaire pour débuter en équipe première. J'avoue que j'étais un peu perdu sur la glace, car ça allait très vite, mais Adolf savait donner de la confiance aux jeunes."

Philippe Treille qui fait partie de cette "génération 68", ces jeunes qui ont découvert le hockey grâce aux J.O. de Grenoble : "J'avais dix ans, j'étais allé voir un match des jeux entre la Norvège et le Japon, un copain m'a ensuite proposé de venir patiner. J'ai vu les joueurs s'entraîner, j'ai eu tout de suite envie de jouer. On s'est donc inscrit avec mon frère, mais lui n'est resté que deux mois...".

Une semaine plus tard et dans une patinoire de Grenoble qui retrouve les grosses ambiances du passé, c'est le derby contre Villard-de-Lans. Mais les Ours sont sans pitié et gagnent 7-0. Pas de miracle non plus à Chamonix avec une défaite 7-4 : "Le moral était toujours là, rappelle Christian Maillet. On aimait tellement le hockey que même en cas de défaite on se faisait plaisir !".

"C'était quand même notre apprentissage de l'élite" plaide Philippe Treille. Il faut cependant arrêter l'hémorragie. C'est fait le 31 octobre avec la venue de Gap devant un millier de spectateurs. Les Grenoblois attaquent patin au plancher et mènent 3-1. Les Gapençais reviennent dans la partie pour égaliser dans les ultimes minutes. Mais l'essentiel est sauf, Grenoble a marqué un point. Malheureusement, c'est difficile de confirmer, car le dimanche 3 novembre, Grenoble se déplace chez le champion en titre, St-Gervais. Eh bien, les jeunes Dauphinois passent à un cheveu de l'exploit en s'inclinant 3-2.

Le vendredi suivant, les Grenoblois ont une belle occasion d'écarter les Megevans dans la lutte pour éviter la sixième et dernière place. Les Dauphinois sont cinquièmes et les Haut-Savoyards juste derrière. Malheureusement, Grenoble n'arrive toujours pas à enchaîner deux matches corrects de suite et s'incline 4-2. Un C.S.G.G. beaucoup trop timoré au cours de cette rencontre avec seulement 14 lancers sur la cage megevane.

Un renfort canadien... vite blessé

Comme l'an passé, Grenoble évolue sans étranger, mais pour ne pas être obligé d'en trouver lors du dernier match, les dirigeants profitent d'un match amical, le 15 novembre contre Lausanne, pour essayer un étudiant canadien en provenance de Winnipeg, John Matas. Ce dernier est convaincant puisqu'il marque trois des six buts du succès grenoblois 6-2. Un John Matas qui est immédiatement dans le bain une semaine plus tard avec le derby contre Villard-de-Lans, dans le Vercors. Un derby évidement disputé devant beaucoup de monde. Et comme il se doit, la soirée se termine par de la boxe sur la glace et dans les tribunes... et une victoire des Ours 7-4.

Malheureusement, Grenoble a également perdu dans l'histoire son attaquant John Matas blessé. C'est l'une des explications de la déroute à domicile, une semaine plus tard, 0-10 contre Chamonix. À signaler que Patrick Partouche est dans les cages grenobloises au troisième tiers. Nouvelles défaites également à Gap, 8-6, puis 5-2 contre St-Gervais. Grenoble est dernier à égalité avec Megève. De quoi avoir des sueurs froides en songeant au maintien.

On peut même dire que le C.S.G.G. joue très gros lorsqu'il attaque la deuxième série de matches aller et retour à Megève. Avec huit défaites, un nul et une seule victoire, à Megève justement, le bilan grenoblois est inquiétant. Une nouvelle défaite au pays du Mont-Blanc serait catastrophique.

Les joueurs en ont parfaitement conscience. Des Grenoblois qui enregistrent le retour de leur Canadien John Matas et qui s'imposent 7-2, ouf ! C'est donc le moral regonflé à bloc que le 20 décembre 1974, Grenoble accueille Villard-de-Lans pour le troisième derby de la saison. Une rencontre beaucoup plus serrée que les deux précédentes avec une courte victoire villardienne 7-5.

"P'tit Blond" niveau international

Fin décembre, les différentes équipes nationales entrent en scène, les seniors sont au Danemark pour la Pondus Cup, les juniors sont eux en Allemagne au tournoi de Düsseldorf. Dans cette équipe de France junior, un joueur est en train d'éclater, comme il le fait au sein du C.S.G.G., il s'agit de Bernard Leblond. À 17 ans, ce poids plume (1m61 et 55 kilos) est en fait un véritable poison pour les défenses, sa technique, sa rapidité et sa rouerie en font un attaquant redoutable, en tout cas pour ses débuts internationaux juniors, il fait un malheur : cinq buts.

La nouvelle année 1975 débute difficilement pour nos jeunes Grenoblois avec trois défaites face aux ténors : 8-4 à Chamonix, 7-6 contre Gap et 4-1 chez le leader St-Gervais. Une semaine plus tard, le vendredi 24 janvier, les Dauphinois jouent le match le plus important de leur saison. Ils reçoivent Megève pour éviter la dernière place synonyme de barrages contre le champion de Série B. Pour cette rencontre, les Dauphinois sont privés de leur étranger John Matas blessé : "Dommage qu'il ait été souvent blessé cette saison-là, car c'était un bon joueur" se souvient Jean Leblond. Pour ce match décisif, c'est Megève qui fait le meilleur départ avec un but dès la cinquième minute d'Alain Bozon.

Il faut attendre la première minute du deuxième tiers pour l'égalisation grenobloise par Bernard Leblond. Cette deuxième période est entièrement dauphinoise avec deux nouveaux buts de Philippe Treille et Pierre Martin à quinze secondes de la fin du tiers. Les Megevans reviennent bien à 3-2 dans l'ultime période, mais le score en reste finalement là. Ouf ! Avec quatre points d'avance sur Megève, les barrages s'éloignent. Ce soir-là, St-Gervais est sacré champion de France pour la deuxième année consécutive suite à sa large victoire 6-2 à Villard-de-Lans. On apprend également la sélection de Jean-Claude Sozzi pour les championnats du monde du groupe C à Sofia en Bulgarie.

Une fois ce maintien assuré, les Grenoblois sont tellement soulagés qu'ils en oublient leurs obligations dans le derby contre Villard-de-Lans, le 1er février 1975. Ils sombrent 8-1, une nouvelle fois privés de leur attaquant John Matas. Il ne se remet pas d'anciennes blessures datant de l'an passé où il jouait en Allemagne.

Fin de saison sans Sozzi

Jean-Claude Sozzi est également absent suite à une hépatite virale. L'un des plus mauvais souvenirs du gardien grenoblois : "Je suis resté couché deux mois... et pas grand monde est venu me voir...". Six jours plus tard, le C.S.G.G. accueille dans son antre le toujours redoutable Chamonix. Pendant deux tiers, les jeunes Dauphinois tiennent mais ils craquent pour finalement s'incliner 7-4. En revanche, en junior, les Grenoblois battent facilement Chamonix 5-1. Ils sont sacrés champions des Alpes et se qualifient pour les phases finales du championnat de France.

Une semaine plus tard, le C.S.G.G. se rend à Gap. Patrick Partouche et Pierre-François Couderc se partagent la cage grenobloise et encaissent chacun cinq buts pour une défaite 10-4. Le dernier match de championnat est une rencontre de gala avec la venue à Clémenceau du champion St-Gervais. Les Sangervollans reçoivent d'ailleurs en début de match (une ruse de sioux du secrétaire général de la fédération et président de Grenoble Serge Bocquet pour les déconcentrer) la coupe et les médailles de champions de France. Patrick Partouche tient la baraque pour une historique victoire 5-4. Le public est en délire et fait un triomphe à ses joueurs dans la plus belle tradition des grands moments de liesse collective de Clémenceau. Il faut dire que c'est la seule défaite de la saison du H.C. St-Gervais ! Les Grenoblois sont cinquièmes pour leur retour en élite.

Triomphes en mineur

Et ce n'est pas fini, car le hockey mineur fait des siennes ! Les Juniors Français sont à Herisau en Suisse pour les championnats d'Europe du groupe B, pas encore de championnats du monde en juniors, avec cinq Grenoblois : Jean-Luc Butel, Gilbert Maldéra, Jean et Bernard Leblond et Jean-Charles Piccinini, plus un joueur formé à Grenoble, Daniel Maric. Le championnat d'Europe du groupe A se déroule lui... à Grenoble ! Au Palais des Sports et à la patinoire municipale. Et comme pour les Jeux de 68, c'est l'Union Soviétique qui triomphe devant la Tchécoslovaquie et la Suède. Du coup, comme il y a de la glace au Palais des Sports, on en profite pour organiser les finales à quatre du championnat de France junior avec Grenoble, Croix, Viry et Chamonix. Les jeunes Grenoblois se promènent dans cette finale en gagnant haut la main leurs trois matches (en particulier 11-1 contre Croix et 9-1 face à Viry)

Pour la première fois de son histoire, Grenoble est champion de France junior. Adolf Sprincl est magique : "C'est ce donc je suis le plus fier, car le hockey mineur est le plus important dans un club. Je m'en suis beaucoup occupé, durant mon passage à Grenoble. Beaucoup de ces jeunes sont arrivés ensuite au plus haut niveau. De toutes façons, j'ai toujours trouvé qu'il y avait d'excellents joueurs à Grenoble en mineur."

Cette équipe est la suivante : Patrick Partouche et Pierre-Olivier Girod dans les cages. Jean-Luc Butel, Gilbert Maldéra, Serge Néviani, Gérard Cohen dit "Léon", Gallo, Philippe Muscara et Armand en défense. Jean Leblond, Bernard Leblond, Philippe Treille, Jean-Charles Piccinini, Gérard Lambert et Patrick Carminatti en attaque. L'une des meilleures équipes de jeunes de l'histoire du club : "Une génération qui a vraiment grandi ensemble" précise Philippe Treille.

Et ce n'est pas fini, car les minimes frappent également très fort. Déjà champions des Alpes, ils écartent facilement Toulon en demi-finales et affrontent Viry en finale du championnat de France. Une formalité : 8-1 à Viry le 13 avril 1975 et 5-0 à Grenoble. Une semaine après. Deuxième titre en hockey mineur la même saison ! Une équipe avec dans les cages : Serge Djian et Thierry Servoz-Sozzi, en défense : François-Xavier Delporte, Marc Baudies, Wilfrid Girod, Christian Henry, Jean-Luc Puech et Marchasson et en attaque : Eric Kervarec, Nicolas Ménage, Pierre Piccinini, le deuxième de la famille champion de France la même année ! Pascal Gormond, Philippe Canovas, Daniel Henry, Patrick Faure, Kosma Zarazic et Eric Granados.

Seule ombre en fait à ce tableau de fin de saison, le défenseur grenoblois Jimmy Biguet a perdu son chien Peluche, un briard, lors d'une promenade à la foire de Grenoble. Il demande instamment à toute personne l'ayant vu de le contacter immédiatement...

Buteurs en championnat 1974/75 : Jean Leblond 19, Bernard Leblond 10, Michel Latour 7, John Matas et Philippe Treille 6, Pierre Martin et Joël Surle 5, Jean-Claude Laplassotte et Antoine Sangiorgio 3, 10 Pascal Del Monaco 2, Bertrand Girard, Jean-Luc Butel et Didier Drablier 1.

Une génération s'installe

La saison 75-76 est la troisième et dernière avec Adolf Sprincl comme entraîneur. Pas de malaise entre le club et son coach tchécoslovaque, juste une histoire de contrat. Comme Adolf est venu officiellement en France, les autorités communistes de la République Fédérative Socialiste de Tchécoslovaquie ne l'ont autorisé à vivre en France que pour trois saisons. À la fois pour voir comment cela se passe et pour éviter une "désertion à l'ouest" qui serait particulièrement mal vue quelques années à peine après l'écrasement du Printemps de Prague. D'ailleurs sa famille est restée à Jihlava.

Un changement important en cette saison 76, le départ à Tours en Nationale B de l'éternel gardien de Grenoble et de l'équipe de France : Jean-Claude Sozzi. Il s'est vu confier une reconversion professionnelle avec la gérance du bar "le Puck" en plein centre de Tours : "J'avais 32 ans et plus grand-chose à attendre à Grenoble. J'étais déçu par mon club, alors qu'à Tours on m'offrait de très bonnes conditions de travail. C'était l'idéal pour retrouver le haut niveau et l'équipe de France après ma maladie."

Côté arrivées, à signaler celle du Gapençais Franck Avenel qui vient étudier à Grenoble, de Brad Speirs, un Canadien de 21 ans en provenance de Winnipeg, et surtout de Daniel Grando qui arrive de Megève. Enfin, serait-on tenté de dire, puisque Dany habite Grenoble depuis des années et qu'il a été entraîneur-joueur de l'A.S. Grenoble : "Cela ne s'était pas bien passé avec Megève, qui m'avait fait de bonnes propositions l'an passé... mais sans les tenir. Du coup, comme j'habitais toujours à Grenoble, que je venais d'être nommé prof au lycée des Eaux Claires à Grenoble et que cela m'intéressais de travailler sous les ordres d'Adolf, je me suis enfin décidé à venir au club de Grenoble... d'où je ne suis plus jamais parti !" Dany qui enchaîne avec un hommage à Adolf Sprincl : "Il m'a redonné un second souffle. C'est presque le départ d'une seconde carrière." Sans oublier les retours au club d'Antoine Sangiorgio et Jean-François Maren, libérés de leurs occupations militaires, et de Jean-Charles Piccinini qui a terminé son stage professionnel à Paris.

Pour Franck Avenel, ces années grenobloises sont les meilleures de sa carrière : "À Gap, j'étais parti en mauvais termes. J'étais venu pour mes études en sciences économiques, mais j'ai trouvé un club avec une super ambiance dont je n'ai plus eu envie de partir. Même si à Gap, il y avait des primes de matches, et qu'à Grenoble on jouait pour le plaisir."

L'effectif 75-76 est donc le suivant : Patrick Partouche et Pierre-François Couderc dans les cages. En défense : Pierre Martin, Pascal Del Monaco, le capitaine, Gilbert Maldéra, Jean-Luc Butel, Philippe Duru, Franck Avenel et Armand. En attaque : Bernard Leblond, Jean Leblond, Philippe Treille, Jean-Charles Piccinini, Antoine Sangiorgio, Jean-Claude Laplassotte, Joël Surle, Christian Maillet, Christian Billièras, et Daniel Grando. L'objectif de ce groupe est le milieu de tableau de la Nationale A.

L'équipe réserve est engagée en deuxième série avec les "anciens" : Jimmy Biguet, Michel Latour, Jean Paupardin, Didier Drablier, Bertrand Girard ou les plus jeunes Gérard Cohen, Joël Chapuis, Nicolas Ménage, Philippe Muscara, etc.

Jimmy Biguet et Michel Latour arrêtent leur carrière au plus haut niveau après une douzaine d'années grenobloises exceptionnelles. Michel Latour a une manière bien à lui, c'est-à-dire avec humour, d'expliquer cette longévité : "On s'économisait en prison !" avant quand même d'ajouter plus sérieusement : "Dans un sport aussi dur que le hockey, si vous n'êtes pas bon, ce n'est pas la peine d'espérer durer." On souscrit plutôt à cette deuxième version !

Avalanche de buts pour un début

Dix équipes sont engagées dans le championnat de nationale A : Chamonix, St Gervais, Megève, Gap, Briançon, Villard-de-Lans, les Français Volants de Paris, Viry-Châtillon et Croix. Le championnat débute le 10 octobre par la venue de St-Gervais. Pour ce match, les Dauphinois sont privés de leur renfort canadien Brad Speirs blessé au bras la saison précédente à Barcelone. Deux joueurs éclaboussent ce match de leur classe : le Sangervollain Joe Fidler auteur de huit buts et le Grenoblois Philippe Treille qui en marque six : "Comme dans un rêve !". Finalement, les joueurs du Mont-Blanc s'imposent 11-8.

À peine le temps de souffler et une semaine plus tard c'est le derby de feu à Clémenceau. L'ultime minute est particulièrement agitée et entre dans l'histoire des nombreuses fins de derby... Comment dirais-je ? Mouvementées ?! À 50 secondes de la fin, l'arbitre accorde un pénalty aux Grenoblois pour un retard de jeu villardien. Bernard Leblond le transforme : 3-2. Mais cinq secondes plus tard, il siffle un autre pénalty, pour Villard cette fois, toujours pour retard de jeu. Jean Vassieux le réussit : 3-3 !

Autant dire qu'il faut que les joueurs grenoblois encadrent de près le bien nommé Monsieur Lestrange pour qu'il puisse rentrer à peu près sain et sauf aux vestiaires des arbitres. Une nouvelle "conduite de Grenoble" ! Bernard Leblond, l'auteur du pénalty, s'en souvient encore : "C'était incroyable. L'arbitre nous met un pénalty pour retard de jeu, alors qu'en fait on était juste content d'avoir marqué ce que l'on croyait être le but de la victoire. D'ailleurs, quelques années plus tard, l'arbitre en question a reconnu sa faute et s'est excusé !"

Encore l'arbitre !

Une semaine plus tard, troisième match consécutif à Clémenceau avec la venue de Chamonix. Cette fois le Canadien Brad Speirs fait sa rentrée et joue plâtré au bras ! Mais les grands favoris du championnat, les Chamoniards, s'imposent 4-0 devant un millier de spectateurs. Premier déplacement de la saison à Gap le 1er novembre pour des Grenoblois toujours en quête d'une première victoire. Et une nouvelle fois, les Grenoblois vont avoir à se plaindre de l'arbitrage. Dans l'ultime minute, encore, Gap mène 3-2, Adolf Sprincl décide alors de sortir son gardien pour évoluer à six joueurs de champ. Et ça marche puisque le C.S.G.G. égalise, sauf que le palet est tellement entré vite dans la cage avant d'en ressortir... que l'arbitre lyonnais Monsieur Thévenard n'a rien vu !

Bref, avec tous ses points perdus, le C.S.G.G. se retrouve ce soir-là neuvième sur dix avec un seul point d'avance sur le dernier Megève, à égalité de point avec Briançon. Le dimanche 9 novembre, il faut absolument se reprendre lors du plus long déplacement de la saison, à Croix, surtout que les Nordistes sont juste devant les Dauphinois au classement. À l'ultime minute, une fois encore, Adolf Sprincl fait sortir son gardien Patrick Partouche, car une nouvelle fois Grenoble est mené 3-2. Sauf que cette fois-ci le miracle se produit avec une égalisation dauphinoise, à la dernière seconde, par Bernard Leblond sur une passe de son frère Jean. Ouf, l'arbitre a vu le but !

La semaine suivante est consacrée à l'équipe de France, toujours emmenée par Pete Laliberté, qui rencontre à Grenoble son homologue autrichienne. Pas de joueurs du C.S.G.G., mais le Grenoblois de Tours Jean-Claude Sozzi qui fait une nouvelle fois des miracles dans les cages, malgré la très lourde défaite française 11-2 ! D'ailleurs, Pete le déclare à la fin du match : "Sans Jean-Claude, c'était la catastrophe !". C'est dire !

Hold-up à Briançon

Bon alors, elle arrive cette première victoire ? Les Grenoblois l'espèrent en tout cas en ce 22 novembre 1975 lors de ce déplacement à Briançon. Des Briançonnais hyper motivés qui déclarent dans l'édition locale du Dauphiné Libéré le matin du match : "Grenoble doit être la première victime". Ce sera certes une première victoire de la saison, mais pour Grenoble ! Mais que cela a été difficile ! Le C.S.G.G. mène 4-0 au début du troisième tiers. Les Briançonnais se réveillent pour venir mourir à 4-3. La joie est ternie lors du retour aux vestiaires par la découverte qu'un malfaisant s'est introduit dans le vestiaire par les toilettes pour dérober affaires et argent des Grenoblois !

Un premier succès qu'il faut absolument confirmer une semaine après en recevant un autre mal classé, Megève. Les Dauphinois s'imposent 5-2 mais le match est tendu avec des dix minutes de méconduite en nombre. Quand à Antoine Sangiorgio, en désaccord avec son entraîneur, il s'est rhabillé pour suivre la rencontre dans les tribunes ! Il y a du caractère chez les joueurs grenoblois ! Le mois de décembre débute par un difficile déplacement à Colombes chez les Français Volants. Une rencontre incroyablement spectaculaire. Les Volants mènent 4-2 à la mi-match, puis les Grenoblois prennent définitivement l'avantage 5-4 à six minutes de la fin par Jean Leblond suite à un but de toute beauté après une longue série de passes magnifiques.

De nouveau un international grenoblois

En tout cas, cela va mieux au C.S.G.G. avec un nul et trois victoires consécutives. D'autant plus que Pete Laliberté a retenu Pierre Martin, le défenseur grenoblois, pour deux matches contre le Danemark à Paris et Tours où la rencontre se termine sur un score de foot : 0-0.

Brad Speirs étant toujours blessé, les dirigeants grenoblois essaient un autre Canadien, Réjean Roy, contre Chamonix, en amical. Pas concluant. Grenoble termine donc la saison sans étranger pour remplacer l'éternel blessé Speirs. Retour au championnat le 21 décembre avec la venue à Clémenceau de Viry. Tout va bien pour les Grenoblois qui mènent 5-3, mais patatras, en une minute seulement, Grenoble encaisse trois buts et s'incline 6-5. D'autant plus énervant qu'en cas de succès, le C.S.G.G. aurait pointé à la quatrième place du classement ! Les matches retour débutent le 27 décembre avec un déplacement à St-Gervais sans Adolf reparti dans son pays fêter Noël. C'est donc Michel Latour qui officie comme coach. Et comme au match aller Joe Fidler tue le match en inscrivant trois buts pour une victoire de St-Gervais 5-3.

Un derby sous tension... électrique

Le C.S.G.G. replonge suite à ces deux défaites à la septième place... et il faut monter à Villard-de-Lans, le cinquième ! Et comme d'habitude, ça "pète les plombs" dans ce match... sauf que cette fois-ci c'est au vrai sens du terme avec l'électricité qui lâche dès le premier tiers avec neuf ampoules seulement sur vingt qui marchent ! La rencontre est bien évidement arrêté alors que Villard mène 1-0 et sera rejouée le 14 janvier 76.

Cette saison, Jean-Charles Piccinini éclate au plus haut niveau. Pas étonnant que cela ait tapé l'il de Pete Laliberté qui le sélectionne avec l'équipe de France pour un match à Lyon contre les Canadiens de Baden-Baden, remporté par les Bleus 6-3.

Retour du championnat le 10 janvier avec le déplacement à Chamonix, le leader. C'est Pierre-François Couderc qui évolue dans les cages, Patrick Partouche s'étant cassé l'index. À noter également la première intégration en équipe première d'un jeune à la future belle carrière : Philippe Muscara, l'un des défenseurs les plus doués de sa génération. Les Chamoniards s'imposent logiquement 4-2.

Et l'on arrive quatre jours plus tard à ce derby à rejouer sur le Plateau du Vercors. Les Grenoblois réalisent certainement leur plus beau premier tiers de toute l'histoire (agitée) du derby des derbies ! 5-0 pour les gens de la plaine ! Vous ne rêvez pas ! Dont trois buts de Jean Leblond. De quoi rafraîchir les supporters villardiens. Surtout que Grenoble s'impose 6-2. Certainement l'une des plus belles victoires de Grenoble à Villard-de-Lans.

En cette fin janvier, une équipe junior québécoise est en visite en France : Joliette. Le 23 janvier elle perd à Grenoble 6-2 et cinq jours plus tard elle s'incline 6-1 à Briançon contre l'équipe de France. Un match, tenez-vous bien, diffusé en direct à 20h30 sur Antenne 2 !

C'est une toute petite chambrée qui, le 25 janvier 76 vient assister au match C.S.G.G.-Gap. 500 spectateurs seulement, mais les absents ont tort, car le spectacle est au rendez-vous. Pas de but au premier tiers, 1-1 au deuxième et tout se joue dans la dernière période avec d'entrée, dès la cinquantième seconde, un but qui donne finalement la victoire aux Haut-Alpins. Après leur superbe victoire à Villard, les Grenoblois ont de nouveau fait preuve d'irrégularité. Ils doivent revenir dans le bon tempo en se déplaçant à Croix, mais ils échouent et s'inclinent 7-5. Cinq jours plus tard, les Grenoblois perdent encore, mais en amical 8-4 contre les Canadiens des Woodoos de Québec, avec comme arbitres Michel Latour et Jimmy Biguet !

Cette année-là les Jeux Olympiques d'Innsbruck ne perturbent pas vraiment le calendrier, puisque la France n'est pas qualifiée... Le 8 février, le C.S.G.G. peut donc recevoir en championnat Briançon. Après deux défaites consécutives, les Grenoblois doivent absolument réagir, en recevant le dernier et éviter les barrages. Message compris avec un 13-3 magistral. Avec un très bon Pierre-François Couderc dans les cages, les Grenoblois s'éloignent des barrages de relégation. Sauf qu'une semaine plus tard, les Dauphinois retombent dans leurs travers et chutent de nouveau lourdement 7-3 à Megève.

Les vieux donnent la leçon...

Le 20 février 1976 est une date à marquer d'une pierre blanche dans l'histoire du club. Une rencontre historique, incroyable, entre le C.S.G.G. 75-76 et... les anciens du G.H.C. ! Le passé et le présent du club face-à-face ! Les anciens se présentent dans la composition suivante : Jean-Claude Sozzi dans les cages, Gaston Pelletier, Jimmy Biguet, Jean Paupardin et Thierry Ladakis en défense. Pete Laliberté, Jean-Claude Laplassotte et Michel Latour en première ligne d'attaque, Burt Vuillermet, Joël Surle et Bertrand Girard en deuxième ligne. Une équipe de rêve et des glorieux anciens qui gagnent 5-1 !

Heureusement, les "petits jeunes" se reprennent et gagnent en championnat, ce qu'on leur demande avant tout ! Ils écartent, les Français Volants de Paris. Un succès 3-2 avec deux buts de Jean et Bernard Leblond à dix secondes d'intervalle dans l'ultime tiers alors que les Parisiens menaient 2-1. Quoi qu'il en soit le maintien est assuré. Ouf !

Pour préparer le Mondial C en Pologne, l'équipe de France avec toujours aux commandes Pete Laliberté dispute deux matches amicaux contre la Bulgarie avec une défaite 3-2 à Annecy et un succès 4-2 à Megève avec un but de Pascal Del Monaco. Le capitaine grenoblois et ses deux autres coéquipiers Grenoblois Pierre Martin et Jean-Charles Piccinini partent donc pour les championnats du monde du groupe C à Gdansk. Les Français réalisent un bon mondial, montant sur la troisième marche du podium. Une épreuve disputée devant plus de 5000 spectateurs à chaque match ! Jean-Charles Piccinini se souvient : "La toute nouvelle patinoire de Gdansk-Oliwa était vraiment magnifique, j'y suis retourné beaucoup plus tard... en vacances."

La fédération, dans son habituelle immense sagesse, ayant réussi à caser, le 21 mars, une dernière journée de championnat après le Mondial, le CSGG termine sa saison par une très large défaite 13-2 à Viry. On en finit le 26 mars avec les matches officiels et un premier tour, huitième de finale, de Coupe de France, et une courte défaite à Grenoble 3-2 devant les champions Chamonix qui ont détrôné leurs voisins de St-Gervais pour le titre national.

La saison s'achève dans les paillettes et le strass avec la venue des ex-pros des Canadiens de Montréal le 2 avril. Une équipe d'anciennes stars emmené par Henri Richard qui deux ans plutôt disputait encore la NHL. L'ancien numéro 16 du Canadien réalise ce soir-là trois assistances pour une victoire montréalaise 8-4 face à une équipe grenobloise sans renforts pour ce match. Henri Richard qui fait même dans les colonnes du Dauphiné Libéré des commentaires flatteurs pour deux joueurs locaux : Bernard Leblond ("Je lui donnerai une étoile, mais il ne faut pas qu'il abuse du dribble") et Pascal Del Monaco ("Un garçon solide et viril qui possède un bon slap !"). Plutôt sympa pour deux des pièces maîtresses du C.S.G. Grenoble.

Buteurs en championnat 1975/76 : Jean Leblond 15, Philippe Treille 14, Jean-Charles Piccinini 13, Bernard Leblond 10, Daniel Grando 7, Antoine Sangiorgio, Pascal Del Monaco et Christian Billièras 3, Jean-Claude Laplassotte et Franck Avenel 2, Philippe Duru et Pierre Martin 1.

Prendre racine dans l'élite

En ce mois de septembre 1976, c'est un ancien hockeyeur grenoblois qui fait la une de l'actualité sportive. Pierre Joly continue sa belle carrière de tennisman en brillant au critérium de France qui se joue à Roland-Garros. Il a par exemple battu le Lyonnais Gilles Moretton. Quand à son ancien club de hockey, il change comme prévu d'entraîneur avec le retour à Jihlava après trois ans à Grenoble d'Adolf Sprincl. Adolf qui encore aujourd'hui a droit à l'hommage de ces anciens joueurs. Pour Pierre Martin : "Il est certain qu'Adolf nous a beaucoup apporté". Son successeur est un attaquant canadien nommé Alex Dick qui a joué en France à Dijon et St-Gervais. Il fait l'unanimité autour de ses qualités de joueur et de sa gentillesse : "J'ai eu des liens uniques avec Alex, se souvient Franck Avenel, comme avec aucun entraîneur. C'est l'un des meilleurs personnages que j'ai connus dans le hockey." "Un très bon renfort" renchérit Philippe Treille. Pour Christian Billièras : "Alex Dick nous a aidés à aller vers le haut du classement".

Deux départs à signaler pour des raisons professionnelles. Jean-Luc Butel part aux États-Unis et l'international Jean-Charles Piccinini va à Roanne pour se perfectionner dans son métier de cuisinier "haute toque" dans l'une des capitales de la gastronomie : "Je revenais le soir de Roanne pour jouer avec la réserve, tellement que j'aimais le hockey...". Antoine Sangiorgio continue à jouer, mais il met son travail en avant cette saison. Quand à Jimmy Biguet il raccroche les patins treize ans après être arrivé à Grenoble et à lui être resté fidèle, sauf l'année jouée à Nice et les deux ans à l'A.S. Grenoble. Mais il reste dans son club en devenant directeur sportif. Autrement, rien ne change dans l'effectif, le club mettant en avant sa politique de formation des jeunes avec comme but ultime arriver un jour au titre national avec une équipe presque entièrement composée de joueurs formés au club.

On retrouve donc pour 76-77 dans les cages : Patrick Partouche et Pierre-François Couderc. En défense : le capitaine Pascal Del Monaco, Pierre Martin, Gilbert Maldéra, Franck Avenel, Philippe Muscara et Joël Chapuis. En attaque : Alex Dick, Daniel Grando, Christian Billièras, Philippe Treille, Jean Leblond, Bernard Leblond, Jean-Claude Laplassotte, Joël Surle, Antoine Sangiorgio, Nicolas Ménage et Didier Fassi.

Comme l'an passé, l'équipe vise le milieu de tableau et la réserve évolue en deuxième série. Comme l'an passé, la saison débute par un match contre St-Gervais. Le 9 octobre, les Grenoblois se rendent au pied du Mont-Blanc avec un premier tiers qui tourne au calvaire avec un 6-1 en faveur de Saint-Gervais. Mais les Dauphinois réussissent l'exploit d'égaliser à 9-9 dans l'ultime période et de résister ensuite à trois joueurs contre cinq. Un point du match nul de bon augure pour cette nouvelle saison. Le dimanche 17 octobre, les Grenoblois 76/77 débutent devant leur public en recevant Viry-Châtillon. Avec un excellent Pierre-François Couderc dans les cages, les Dauphinois confirment en s'imposant facilement 9-3. Pour célébrer ce départ canon, le chef du restaurant "Le bon vieux temps" réalise un superbe gâteau à l'occasion de ce Grenoble-Viry avec le score 9-3, des hockeyeurs, une patinoire et des encouragements pour la suite de la saison.

Grenoble leader !

Une semaine plus tard, c'est le leader, le Gap H.C., qui se présente à Clémenceau. Une rencontre arbitrée par un Suisse, Monsieur Magnana, de Lausanne, qui voit un départ en fanfare des Gapençais. Ils mènent 4-0, mais les Isérois mettent le feu et s'imposent au finish 5-4. Et pourtant lors de cette rencontre, l'entraîneur-joueur Alex Dick a joué grippé !

Un match décisif d'après Jean Leblond : "Ça a été le déclic d'une génération, cela nous a donné confiance pour la suite de nos carrières." Franck Avenel confirme : "Avec Pierre Martin, on a fait du bien à cette jeune génération grenobloise. On avait beaucoup gagné de titres en hockey mineur avec Gap, où l'on battait souvent Grenoble d'ailleurs. On leur a apporté le goût de la victoire. Après, leur incroyable talent a pu se développer."

Moins de suspense cinq jours plus tard, face à d'autres Haut-Alpins, ceux de Briançon. Le C.S.G.G. laisse sur place son adversaire dans l'ultime ligne droite et s'impose 5-1. Ce soir, les verres peuvent trinquer, Grenoble est leader du championnat !

C'est avec ce maillot jaune sur les épaules que Grenoble se rend à Megève le 6 novembre. Les Dauphinois ouvrent la marque, mais s'inclinent au final 3-2. Le C.S.G.G. rétrograde donc en deuxième position. Les Grenoblois ont l'occasion de se reprendre six jours plus tard en recevant Lyon, le club entraîné par Pete Laliberté. Une rencontre en forme de promenade pour des Dauphinois déchaînés et un succès 14-2 sans contestation.

C'est le moral au beau fixe que les Grenoblois attendent en ce 18 novembre leurs voisins et éternels rivaux de Villard-de-Lans. Mais devant 3000 spectateurs, et malgré trois buts de Philippe Treille (et un refusé à Antoine Sangiorgio), les Ours du Vercors s'imposent dans la plaine 6-3.

Cham chute

Une semaine plus tard, les Grenoblois ont l'occasion de se reprendre avec la venue à Clémenceau du champion en titre : Chamonix. Devant une nouvelle fois près de trois mille spectateurs, les Haut-Savoyards partent patin au plancher en menant 3-0. Mais comme contre Gap et Briançon, le réveil grenoblois est terrible avec un succès 5-3 et une équipe chamoniarde complètement groggy. Il n'y a pas que les joueurs qui sont déchaînés, les spectateurs ont également "pété les plombs" ce soir-là avec à la fin du premier tiers une nouvelle "conduite de Grenoble" pour l'arbitre largement bousculé par la foule pour avoir sifflé un pénalty à quinze secondes de la fin du tiers permettant alors aux champions de France de mener trois zéro.

Un rendez-vous avec le souvenir à la patinoire municipale en ce jeudi 2 décembre avec la venue des militaires canadiens basés en Lahr en Allemagne. Une rencontre dans le cadre d'une semaine de festivités canadiennes dans la capitale du Dauphiné avec des rendez-vous culturels et même un concert du célèbre chanteur, chantre du Québec, Gilles Vigneault. En présence du consul du Canada à Marseille, les Grenoblois gagnent 7-5.

Deux jours tard, c'est le déplacement le plus long de la saison à Croix. Les Dauphinois s'imposent sur cette petite glace 7-3, conservent leur deuxième place au classement mais perdent leur défenseur Franck Avenel touché à l'épaule.

C'est l'équipe de France junior qui retrouve la glace de Clémenceau ce 10 décembre pour rencontrer en match de préparation son homologue polonaise avec quatre Grenoblois sélectionnés : Joël Chapuis, Nicolas Ménage, Jean-François Delporte et Kosma Zarazic. Les Français s'inclinent sévèrement 12-5. Les séniors tricolores sont eux en Hongrie avec Bernard Leblond qui se distingue avec un but et une assistance.

Retour au championnat une semaine plus tard avec la venue à Grenoble de St-Gervais. Devant une patinoire une nouvelle fois remplie à ras bord, les Grenoblois s'imposent 11-8 dans un match poursuite et le premier but en équipe première de Philippe Muscara.

Après cette série de trois succès consécutifs, les Dauphinois jouent trois fois à l'extérieur. Cela commence le 23 décembre à Viry où les Grenoblois se rendent en avion pour une victoire 9-4. Les Dauphinois sortent même sous les applaudissements du public castelvirois, ce qui, honnêtement, n'est pas arrivé très souvent dans l'histoire du club !

Avenel privé du match de l'année

Quoi qu'il en soit, les joueurs peuvent passer Noël tranquille, le club est en tête avec un point d'avance sur Chamonix et Gap. Joyeux Noël et Bonne Année ! In 1977, I hope I go to Heaven, chanteront en cette année les Anglais de Clash. Les hockeyeurs grenoblois, eux, espèrent bien y aller au paradis du titre de champion de France. Mais pour cela, ils doivent défendre leur place de leader chez leur redoutable second Gap. Une rencontre où ils sont privés de leur défenseur, l'ancien Gapençais Franck Avenel.

Pourtant ce dernier est en état de jouer. Il est juste interdit de match par " contrat " ! La condition exigée par les dirigeants gapençais pour le laisser partir à Grenoble est... qu'il ne joue pas face à son ancienne équipe. Ubuesque ! Un joueur parfaitement licencié dans un club ne disputant pas un match décisif pour le titre suprême, car son ancien club ne le souhaite pas. Il n'y a vraiment que dans le hockey français que l'on voit cela ! De plus, le C.S.G.G. est également privé d'Antoine Sangiorgio, Didier Fassi et Philippe Muscara, blessés. Franck Avenel se souvient : "J'étais prêté par Gap la saison passée, alors pour cette saison, comme de toute façon il n'était pas question de jouer ailleurs qu'à Grenoble, j'avais voulu régulariser la situation et être licencié à Grenoble. Le seul problème, c'est que mon départ de Gap c'était mal passé, et Gap a refusé. Le docteur Leblond, président de la section hockey de Grenoble, avait donc passé un contrat moral avec Gap, précisant que je ne jouerais pas les matches contre Gap, et malgré que nous ayons beaucoup de blessés, Robert Leblond a voulu tenir sa parole. C'était un homme droit."

En tout cas, c'est une défaite lourde 10-7 qui fait reculer Grenoble à la troisième place derrière leurs vainqueurs du soir et Chamonix. Mais les Grenoblois étaient trop diminués face à une aussi redoutable équipe gapençaise qui ce soir-là a fait un pas vers le titre. "On aurait été champions sans cette histoire" précise cependant Franck Avenel. Christian Billièras estime de son côté : "En plus, l'arbitre ne nous a pas aidés, mais le Gapençais Richard Peterson était vraiment très fort."

Enfin troisième marche consécutive à avaler à l'extérieur : Briançon le 15 janvier. Avec le retour de Philippe Muscara et de Franck Avenel qui, contre Briançon, le club éternellement rival de Gap, a le droit de jouer... Une rencontre au suspense hallucinant. Les Grenoblois mènent largement 7-2, mais Briançon remonte à 7-7 ! Nouveau coup de collier de Grenoble qui s'impose 10-7.

Le 21 janvier, le CSGG accueille Megève devant 2000 spectateurs et un arbitre suisse, Monsieur Lebas. Les enjeux sont simples : si Grenoble bat Megève et que Villard-de-Lans s'impose face à Gap, les Grenoblois reprendront aux Gapençais le fauteuil de leader. Avec un Pierre-François Couderc impérial dans les cages et une attaque mitraillette, la première partie de ce contrat est remplie avec un succès grenoblois 7-2. Malheureusement Gap gagne 7-1 contre Villard. Grenoble reste à un point de Gap et avec un point d'avance sur le troisième Chamonix, et ce à quatre matches de la fin du championnat.

Pas de titre...

Aucun faux-pas n'est permis. Heureusement en ce 29 janvier 1977, il n'y a pas trop de danger dans ce déplacement chez le dernier Lyon, et d'ailleurs tout se passe bien : 8-0. C'est beaucoup plus sérieux le 5 février avec le déplacement à Villard-de-Lans où dans une patinoire remplie, les Grenoblois n'ont toujours pas le choix, ils doivent gagner pour conserver leurs chances d'être sacrés champions de France. Mission accomplie : 7-3. Un vrai derby avec Christian Billièras mis K.O., avec Alex Dick blessé, mais qui revient cependant finir le match !

Il ne reste que deux journées de championnat et le suspense est toujours total. Qui va être champion, Gap ou Grenoble ? Les Dauphinois des Hautes-Alpes ou ceux de l'Isère ?

Pour cette avant-dernière rencontre, les Grenoblois se rendent au pied du Mont-Blanc chez celui qui est encore pour quelques heures champion en titre : Chamonix. Un match très difficile qui a attiré de nombreux supporters grenoblois et qui est une nouvelle fois cette saison arbitré par un Suisse, Monsieur Spiers. Malheureusement malgré toutes leurs forces et leur enthousiasme les Grenoblois ne peuvent faire mieux qu'un nul 4-4, et comme dans le même temps Gap s'impose, les Gapençais ne peuvent plus être remontés. Ils ont deux points d'avance sur les Grenoblois et un meilleur goal-average direct, plus deux. Gap est donc champion de France pour la première fois de son histoire. Grenoble ne l'est toujours pas. Le C.S.G.G. rate le coche de très peu. Cruelle déception : "On avait pourtant une équipe très forte, se rappelle Pierre Martin, mais on manquait encore d'expérience, ce qui nous faisait parfois prendre des buts bêtes." Il ne reste plus qu'à terminer la saison en recevant Croix. Certainement démobilisés, les Grenoblois partent mal, menés 4-2 au premier tiers, mais se réveillent et gagnent 9-6.

Buteurs en championnat 1976/77 : Alex Dick 33, Philippe Treille 25, Bernard Leblond 23, Jean Leblond 11, Daniel Grando 10, Thierry Fassi 8, Christian Billièras 6, Pascal Del Monaco et Philippe Muscara 3, Gilbert Maldéra, Franck Avenel, Joël Surle, Antoine Sangiorgio, Jean-Charles Piccinini et Patrick Carminatti 1.

La discipline française

C'est par un stage de quinze jours à Jihlava chez Adolf Sprincl que les Dauphinois préparent la nouvelle saison 1977/78, qu'ils espèrent cette fois-ci voir, enfin, couronnée de succès. Un stage au pays de la meilleure bière du monde... Ce qui agrémente le séjour. Souvenirs de Dany Grando : "Un soir à Prague, on était allé visiter la célèbre brasserie U Fleku, mais avec certains, Dick, Couderc, Fassi, Martin, on a voulu rester jusqu'à la fermeture. Les autres sont donc rentrés à Jihlava en bus... sauf que l'on s'est retrouvé à deux heures du matin à la gare centrale de Prague pour prendre un train avec changement à Kolin à 5 heures et une arrivée à Jihlava à 8 heures... pour être sur la glace à 9 heures avec les entraîneurs tchèques, dont le célèbre Nevesely, qui avaient du mal à comprendre la discipline française ! Dur !"

L'équipe enregistre deux départs importants. Celui du gardien de but Patrick Partouche à Clermont-Ferrand et celui du défenseur international et capitaine Pascal Del Monaco à Tours, où il rejoint un autre mythe du hockey grenoblois, Jean-Claude Sozzi. Un véritable tremblement de terre puisque Pascal Del Monaco, pur produit de Pete Laliberté à l'école de hockey de Grenoble, était la figure emblématique de la défense grenobloise pendant près de dix ans. Les dirigeants grenoblois décident de ne pas le remplacer et font monter des juniors, dont un fera une belle carrière, entièrement à Grenoble d'ailleurs, Joël Chapuis : "J'ai débuté le hockey assez tard, en 1969, à l'âge de dix ans. J'étais un enfant très turbulent et nerveux. Un médecin, le docteur Puech, dont le fils Jean-Luc jouait au hockey, avait conseillé à mes parents de m'y inscrire. Mes parents connaissaient ce sport à cause des Jeux Olympiques. Moi je l'avais regardé à la télé. J'y jouais un peu dans la cour de mon immeuble, donc j'y suis allé de bon cur". Joël prend le numéro 5 de Pascal et le gardera toute sa carrière : "J'étais impressionné de rentrer en équipe première à la place d'un monument du hockey grenoblois. Mais des gens comme Pierre Martin ou Franck Avenel ont été parfaits pour faciliter mon intégration."

Les Grenoblois abordent donc la saison dans la composition suivante. Dans les cages : Pierre-François Couderc et Pierre-Eric Girod. En défense : Pierre Martin, qui devient capitaine, Franck Avenel, Philippe Muscara, Christian Billièras et Joël Chapuis. En attaque : Jean Leblond, Bernard Leblond, Alex Dick, Christian Maillet, Philippe Treille, Didier Fassi, Antoine Sangiorgio, Daniel Grando, Joël Surle et Jacques Carminatti. Soit onze joueurs formés entièrement au club sur dix-sept.

C'est donc Pierre Martin qui prend le brassard de capitaine : "Je faisais autre chose que du hockey, j'avais donc un peu plus d'expérience que mes autres jeunes coéquipiers et un peu plus l'habitude des responsabilités. En plus cela se passait bien avec les arbitres, donc...".

Le 7 octobre, le championnat 1977/78 débute comme d'habitude par la venue à Clémenceau de St-Gervais. C'est la troisième saison consécutive que les deux équipes ouvrent le championnat l'une contre l'autre. Une ouverture réussie avec une victoire grenobloise 9-7. Malgré ce bon début et leur statut de vice-champions de France, les Grenoblois sont extrêmement méfiants avant de se rendre chez le très ambitieux promu Tours. Pour mieux gérer la fatigue d'un long déplacement, ils sont partis la veille par la route en s'arrêtant dormir à Auxerre. D'ailleurs, Grenoble ne s'impose que 8-6, le couperet est passé bien près...

Un début tonitruant

C'est le champion de France Gap qui se présente ensuite à la patinoire de Grenoble! Un match qui déchaîne les passions. La location doit être ouverte toute la semaine du match avec plus une place de disponible, même sur les tribunes annexes rajoutées. 3 700 spectateurs qui ne rêvent que de revanche sur le titre échappé de si peu l'an passé.

Franck Avenel, qui cette saison a le droit de jouer contre son ancienne équipe, confirme : "Il y a eu ce soir-là un très bon public ! Les matches contre Gap étaient toujours très agités, en particulier pour moi !" Et bien, ils ne sont pas déçus, les très nombreux supporters du C.S.G.G. Un match devenu légendaire, typique de ces moments de folie où rien ni personne ne peux endiguer la furia rouge et bleue, où l'orgueil de cette équipe en quête de revanche balaye tout sur son passage. Dix secondes seulement de jeu et déjà un but grenoblois par Didier Fassi. Quatre autres suivent dans ce tiers. L'avalanche se poursuit et la victoire est large : 8-4...

Le match à Chamonix est plus serré, mais les Grenoblois véritablement "magiques" dans la dernière période produisent un hockey de rêve et l'emportent 9-5. Grenoble pointe seul en tête du classement avec pas moins de 34 buts inscrits en quatre matches. C'est donc une équipe qui vole sur ses patins qui revient au pays du Mont-Blanc, à Megève, pour défendre son siège de leader invaincu. Mais, à la suite d'un match très correct, les Dauphinois s'inclinent de justesse : 2-1. C'est en tout cas le Dauphiné qui domine ce championnat avec trois équipes en tête : Villard premier, Grenoble et Gap qui suivent à un point.

Cependant, les Grenoblois se méfient de leur déplacement à Croix. Les Nordistes sont en embuscade à la quatrième place. Le président Serge Bocquet a donc payé l'avion à ses joueurs pour ce long voyage dans la capitale des Flandres. Un vol Chambéry-Lille d'Air Alpes dans un petit Twin Otter de vingt places. Les Grenoblois avaient raison de craindre ce match. Ils s'inclinent 5-4, après avoir mené 4-1. Bernard Leblond est blessé à l'épaule et Christian Billièras est touché au genou : "J'avais été violemment chargé contre la bande".

Deux défaites de suite, cela nécessite une réaction. C'est le cas le dimanche 20 novembre, où après trois matches à l'extérieur, les rencontres face à Megève ayant été inversées à cause d'une épreuve de curling à Megève, les Grenoblois retrouvent leur public contre Viry. Et ils sont deux mille à applaudir le large succès des leurs 11-2. Un public toujours aussi fidèle : "Les supporters étaient vraiment très proches des joueurs, se souvient Joël Chapuis. On organisait toujours des repas avec eux, en particulier chez Paquita. L'osmose était vraiment parfaite, et comme en plus Alex Dick était un bon vivant qui organisait souvent des fêtes, l'ambiance ces années fut parfaite."

Abattu en plein vol par les blessures

Événement marquant en cette fin 1977, la création par le journaliste montpelliérain Tristan Alric du premier magazine français consacré au hockey sur glace : France Hockey. Et le hockey français en ce début décembre a les regards tournés vers Villard-de-Lans. Les Ours du Vercors, leaders, reçoivent leurs seconds et voisins de Grenoble ! Un derby encore bouillant que d'habitude entre des Villardiens invaincus, sept victoires et un nul et des Grenoblois juste derrière à trois points. Pour préparer au mieux ce choc, Alex Dick a fait des séances de magnétoscope pour analyser la petite victoire contre Caen la semaine précédente dans un match sans panache. Et ça marche avec un succès grenoblois 7-5. Un match malheureusement marqué par la grave blessure du capitaine grenoblois Pierre Martin. Il est transporté d'urgence à l'hôpital de Grenoble : "J'étais dans le coma. Après, ma motivation pour le hockey a été moins forte, j'ai eu envie de passer à autre chose."

C'est la fin des rencontres aller et jamais l'équipe n'a paru aussi solide. On la sent tout à fait capable de décrocher son premier titre de championne de France, s'il n'y avait pas la grave blessure de Pierre Martin.

Les matches retour commencent par un déplacement à St-Gervais, avec les fidèles supporters grenoblois venus en masse. Les Grenoblois tiennent le bon bout en menant 4-3 jusqu'à quatre minutes de la fin, mais ils craquent pour s'incliner 5-4. Ils ont surtout perdu deux nouveaux joueurs dans la bataille : Dany Grando (entorse du sacrum) et Alex Dick (disjonction acromio-claviculaire) sont hors circuit. Deux blessures, s'ajoutant à celle de Pierre Martin, qui clouent au sol les Dauphinois dans leur envol vers le titre suprême. C'est terrassé par les blessures que le C.S.G.G. termine ce championnat.

Grenoble reçoit les promus de Tours, eux au complet, avec leurs trois anciens Grenoblois, Jean-Claude Sozzi dans les cages, Pascal Del Monaco en défense et Guy Galiay en attaque. C'est d'ailleurs ce dernier qui ouvre la marque dès la dixième seconde avant que comble de malchance Philippe Treille ne sorte à son tour blessé au pied par un slap de... Pascal Del Monaco ! Le C.S.G.G. s'incline 6-5 et Sozzi peut alors jeter son masque en l'air de joie.

Heureusement, la trêve des confiseurs permet aux Grenoblois de récupérer au moins Dany Grando et Pierre Martin, mais pas Alex Dick. Quatre Grenoblois sont sélectionnés en équipe de France : Jean et Bernard Leblond, Philippe Treille et le capitaine Pierre Martin, pour deux rencontres face à la Bulgarie.

Des regrets et un Mondial à la plage

Malgré ces pépins, le soutien du public est toujours aussi important, et c'est devant une patinoire comble que les Dauphinois font tomber Chamonix 7-6 avec un but victorieux de Philippe Treille à dix secondes de la fin du match ! Il faut s'accrocher pour rester dans la course à cinq journées de la fin. Le C.S.G.G. reçoit Megève et subit une défaite 4-2 catastrophique. Pendant ce temps, Gap s'envole au classement en battant Villard 6-1. Quant aux Grenoblois, ils revivent le scénario megevan une semaine plus tard contre Croix avec une défaite 4-1. Une rencontre qui sombre dans la violence avec Christian Billièras qui commet l'irréparable en frappant l'arbitre. Il écope de deux ans de suspension, avec obligation de devenir arbitre : "Je m'étais d'abord vengé du match aller où un joueur de Croix m'avait gravement blessé au genou. Je lui ai mis une bonne raclée. Je continuais même à la frapper malgré l'arbitre sur mes épaules...". Cela aurait pu en rester là, mais Christian ce soir est visiblement énervé : "À la fin du match, je dis à l'arbitre, d'accord, on n'a pas été bons, mais toi non plus. Il me rigole au nez, alors je lui tire un marron ! Et je lui en recolle un dans les vestiaires !". Serge Bocquet, le président grenoblois a beau plaider la cause de son joueur en précisant qu'après tout c'est un bon gars (ce qui vrai), Christian Billièras est justement suspendu. C'est d'ailleurs le second de l'histoire du club à devenir arbitre pour se "calmer" après un certain Michel Latour.

Les Grenoblois sont totalement orphelins de leur entraîneur-joueur Alex Dick. Depuis sa blessure à St-Gervais, ils traînent comme une âme en peine et accumulent les contre-performances. Envolée, l'équipe triomphante des matches aller, tout s'est brisé le 10 décembre... Grenoble termine tout de même le championnat par un succès contre Villard, qui repart donc de Clémenceau avec une seconde défaite dans le derby cette saison ! Un match qui voit le retour d'Alex Dick après deux terribles mois d'absence. Le C.S.G.G. termine quatrième une saison qui n'a pas été la fête qu'elle aurait dû être. La faute en grande partie à ces blessures arrivées au pire moment.

Les internationaux seniors se consolent par un beau voyage en forme de championnats du monde du groupe C, aux Baléares, à Las Palmas ! Même si les résultats sont très moyens. Les Coqs terminent sixièmes seulement. En revanche, la relève pointe puisque, les juniors 18 ans avec Joël Chapuis sont vice-champions d'Europe du groupe B à Anvers, en s'inclinant en finale aux tirs aux buts contre l'Italie. Une équipe avec comme entraîneur... Pete.

Buteurs en championnat 1977/78 : Philippe Treille 22, Bernard Leblond 19, Alex Dick 15, Jean Leblond 13, Thierry Fassi 10, Daniel Grando 5, Franck Avenel, Antoine Sangiorgio et Christian Maillet 2, Pierre Martin, Joël Surle, Gilbert Maldéra, Christian Billièras et Nicolas Ménage 1.

Bruno Cadène

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