Grenoble

Chapitre I - Naissance d'une passion

 

Pendant plus de trente-sept ans, quand on allait voir un match de hockey sur glace à Grenoble, on disait familièrement : "On va à Clémenceau !". La patinoire municipale de Grenoble, située boulevard Clémenceau, en bordure du Parc Paul Mistral, est inaugurée officiellement le lundi 23 septembre 1963 à 19 heures. À l'époque, il n'y a encore dans le quartier ni Palais des Sports, ni anneau de vitesse, ni mairie. Ces trois bâtiments seront construits pour les Jeux Olympiques de Grenoble de 1968. On trouve juste à proximité le stade municipal, où l'équipe de foot, qui à l'époque s'appelle encore le F.C. Grenoble, joue les premiers rôles, entre la D2 et la D1.

Cette patinoire est un vrai événement en ce début d'automne 1963. À Grenoble, bien sûr, où c'est la première de l'histoire de la ville, mais également au plan national. C'est en effet la seule patinoire couverte dans une grande ville française, en dehors de la patinoire fédérale de Boulogne-Billancourt dans la proche banlieue de Paris. C'est pour cela que la mairie a sorti le grand jeu : 1400 invitations, la municipalité au grand complet autour du maire, le docteur Albert Michallon, et même le ministre de la jeunesse et des sports, Maurice Herzog en personne. Le célèbre alpiniste, vainqueur de l'Annapurna, premier 8000, devenu ministre du Général de Gaulle, se laisse d'ailleurs aller aux superlatifs : "Vous avez certainement la plus belle patinoire d'Europe !". Et c'est vrai qu'elle a fière allure : 22,8 km de tuyauteries, une grande glace de 60 mètres sur 30 aux dimensions internationales et 2200 places assises. Sans oublier un bowling, un restaurant et un grill-snack. Profitant de la liesse, Maurice Herzog ajoute que le gouvernement a émis un avis favorable à la candidature de Grenoble à l'organisation des Jeux Olympiques d'Hiver en 1968. Un appui venu du Président de la République en personne. Charles de Gaulle veut à travers les Jeux Olympiques "lancer" l'industrie des sports d'hiver en France. Mais en ce lundi 23 septembre 1963, on ne pense pas encore aux Jeux de 68...

Une fois les rubans coupés, place à une soirée de gala. Au menu, du patinage artistique et bien sûr du hockey. Pour le patinage, c'est une démonstration des meilleurs du moment dont le jeune Alain Calmat, champion d'Europe et vice-champion du monde. Pour le hockey, comme il n'y a pas encore d'équipe à Grenoble, c'est un match de prestige entre les multiples champions de France du Chamonix Hockey Club et les Suisses de Villars-sur-Ollon. Pour ce tout premier match disputé à Clémenceau, les Haut-Savoyards s'imposent 6-2 devant 2500 personnes ravies.

Dès le lendemain, la patinoire est ouverte au public : de 10 heures à midi trente, de 14 à 18 heures et de 20h30 à 23h. La patinoire, l'enthousiasme du public, tout est déjà là pour que commence l'aventure glorieuse et mouvementée des Brûleurs de Loups de Grenoble...

Vive Laliberté

Le deuxième match à Clémenceau se dispute le 5 octobre 1963. Une rencontre amicale entre l'Athletic Club de Boulogne-Billancourt, l'A.C.B.B., à l'époque l'autre grande équipe française, et les Suisses de Lugano. Les banlieusards parisiens s'imposent très facilement 18-5. Sept sont inscrits par un certain Pete Laliberté... Il a des raisons de briller, il vient d'être nommé entraîneur du tout nouveau Grenoble Hockey Club. Pete va être le père fondateur, le mythe du hockey grenoblois. Pas d'histoire des Brûleurs de Loups sans Gaétan Laliberté, dit "Pete", et son célèbre numéro 9. Ce joueur exceptionnel mesurant 5 pieds, 11 pouces (sic) est né en 1930 à Sorel près de Trois-Rivières au Québec. Mais ses débuts au hockey sont difficiles. À dix ans, ses camarades estiment qu'il n'est pas assez doué pour jouer dans l'équipe de l'école ! Il en est mortifié et part s'entraîner seul. Il aura sa revanche, et pas uniquement en hockey. À seize ans, il devient joueur professionnel de base-ball à Gramby au Québec. À dix-neuf ans, il est également pro en hockey. Base-ball l'été et hockey l'hiver rythment désormais le quotidien de Gaétan Laliberté, devenu Pete, car Gaétan est trop difficile à prononcer pour les Canadiens anglophones qui jouent avec lui ! À l'époque, les droits des Québécois francophones ne sont pas encore très développés...

En 1955, à 25 ans, il quitte le Canada pour jouer au hockey en Europe. Il débarque comme entraîneur-joueur à la Haye aux Pays-Bas. Avec cette équipe, il dispute un tournoi à Paris et inscrit cinq buts à l'A.C.B.B. ! Au milieu des années cinquante, l'A.C.B.B. est un club ambitieux avec comme président Philippe Potin, héritier des célèbres magasins Félix Potin et président de la Fédération Française des Sports de Glace. Ni une, ni deux, il engage Pete. Il reste six ans dans une équipe qui fait des ravages en France et en Europe, en remportant même deux fois la célèbre Coupe Spengler à Davos, faisant titrer à la presse locale : "ACBB, quatre lettres qui font trembler la Suisse !". C'est donc un grand monsieur du hockey qui arrive à Grenoble. Mais pourquoi Grenoble, où il n'y a rien ? En fait, cela ne va pas si bien que cela à Boulogne-Billancourt. Le mécène se désengage du club car il sent que l'avenir du hockey n'est plus à Paris. C'est Philippe Potin lui-même qui décide de construire, avec ses propres deniers, la patinoire de Grenoble. Une patinoire privée avec un bail de vingt ans, qui deviendra donc municipale en 1983.

Pete se souvient : "Lorsque Philippe Potin voulait se désengager de l'A.C.B.B., il a d'abord tenu à recaser les Canadiens de l'équipe : Burt Vuillermet à Villard, Gaston Pelletier à Gap. Moi, il m'a proposé de devenir entraîneur à Grenoble, mais en précisant qu'il n'y avait pas du tout de hockey et qu'il faudrait tout construire de zéro. J'ai dit oui !". Son premier objectif est donc la formation. Il veut qu'au plus vite de jeunes Grenoblois jouent pour le GHC. Il crée donc avec le président Charles Mazzili une école de hockey où se précipitent d'entrée cinquante jeunes tous les jeudis et samedis. Entre Grenoble et Pete Laliberté, c'est le coup de foudre immédiat et réciproque. Il déclare d'ailleurs dans les colonnes du Dauphiné Libéré : "J'espère que les Grenoblois m'adopteront, car ici je suis bien. Il me semble que c'est encore le Canada..." Non seulement Grenoble l'adopte et le chérit pendant dix ans, mais c'est dans cette ville que Pete Laliberté se marie (le 31 octobre 1964 à Ugine, en Savoie, avec une fille du pays, Kouky Nikiforoff) et voit naître et grandir ses enfants. Plus de quarante ans après, tous les amateurs de hockey à Grenoble savent ce qu'ils doivent à cet homme : toutes les fondations d'un club désormais réputé et formateur.

Comme le G.H.C. n'a pas encore d'équipe senior, Pete Laliberté décide d'organiser des matches amicaux contre les meilleures équipes européennes. Pour cela, il demande à des joueurs de Chamonix et Villard-de-Lans, pour quelques soirs, de porter le nouveau maillot, bleu, avec "Grenoble" marqué en blanc en travers comme celui des New York Rangers. C'est ainsi que le vendredi 25 octobre 1963 à 21 heures, devant 2 711 spectateurs en folie, la première équipe de Grenoble joue un match dans sa patinoire. Une équipe baptisée Grenoble Alpes qui affronte les Suisses de Bâle. La composition de cette première équipe "grenobloise" de l'histoire est la suivante : dans les cages, Bruno Ranzoni de Chamonix, international depuis dix ans, et Henry Peyronnard de Villard. En défense : Calixte Pianfetti (Chamonix), capitaine de l'équipe de France, Raymond Gilloz (Chamonix), ancien champion de France de patinage de vitesse, Daniel Huillier (Villard), futur président des Ours, Marcel Guadaloppa (Villard), futur responsable des arbitres français. En attaque : Alain Bozon (Chamonix), Jean-Claude Guennelon (Chamonix), le Parisien Gérard Faucomprez, le regretté Jean-Claude Eymard (Villard) et trois Canadiens, Paul Provost (Chamonix), John Mac Larnon (22 ans, arrivé à Villard en 1962) et bien sûr Pete Laliberté, seul Grenoblois de l'équipe. Pied de nez de l'histoire, deux joueurs de cette première équipe "grenobloise" de l'histoire ne savaient pas que leurs fils (pas encore nés en 63 !) deviendraient deux des joueurs les plus importants et les plus populaires du hockey Grenoblois : Philippe Bozon (champion de France avec Grenoble en 1991) et Gérald Guennelon (champion en 1991 et 1998, où il portait en plus le brassard de capitaine, puis entraîneur). Pour sa première sortie, Grenoble Alpes s'impose 9-6 avec cinq buts et deux assistances pour Pete Laliberté. Et un public ravi... qui en redemande.

La preuve, le deuxième match de Grenoble-Alpes se déroule le 8 novembre devant 1500 spectateurs. Pour cette rencontre face aux Lions de Paris (9-1) apparaissent déjà trois joueurs qui feront leur carrière et leur vie à Grenoble. Outre Pete bien sûr, il s'agit du gardien Jean-Claude Sozzi et de l'attaquant Jean-Claude Laplassotte, deux jeunes joueurs en provenance de l'A.C.B.B. Sozzi se rappelle : "Comme l'A.C.B.B. battait de l'aile et que je souhaitais rester au haut niveau pour garder ma place en équipe de France, j'avais demandé à Pete de le rejoindre à Grenoble." Idem pour Jean-Claude Laplassotte, né dans l'Yonne. La Bourgogne n'est pourtant pas une région de hockey ! Mais adolescent à Paris, il découvre ce sport, avant lui aussi de venir à Grenoble, où il réside toujours : "Je revenais d'Algérie et je sentais bien le manque d'avenir pour le hockey à Paris. J'appelle donc Pete, et une fois réglés les problèmes matériels, je suis venu à Grenoble où j'ai découvert, en plus, la plus belle patinoire de France."

À signaler dans les rangs des Lions de Paris la présence d'un Canadien qui va ensuite beaucoup apporter au hockey grenoblois : André "Burt" Vuillermet, joueur et entraîneur des Lions de Paris et de l'A.C.B.B. Comme tout bon Canadien qui se respecte, Burt a débuté le hockey chez lui dans sa cour à cinq ans, à Sainte-Thérèse, une ville de vingt mille habitants près de Montréal : "Je jouais en semi-pro au Canada tout en travaillant à Hydro-Québec, l'EDF québécois. Comme Pete recevait des journaux du Québec, il avait lu des articles me concernant et comme il connaissait le niveau de ma ligue et des joueurs qui évoluaient avec moi, il m'a demandé de venir le rejoindre à l'A.C.B.B.". Et voilà comment on commence une immense carrière en France ! Vuillermet est un joueur d'une très grande classe technique qui a la particularité de jouer pratiquement à mains nues, puisqu'il coupe les paumes de ses gants. De plus, il est aussi à l'aise de la main gauche que de la main droite, et peut donc changer au dernier moment sa crosse de main, ce qui trouble les gardiens de buts adverses.

La plume et l'atome

Si d'entrée le hockey est devenu si populaire, il doit également à la plume d'un journaliste du Dauphiné Libéré : Albert Fontaine. Celui qui est connu sous le pseudonyme de Bébert le Grand Braquet est tombé en amour, comme disent les Québécois, du hockey. Il tient chaque semaine une chronique intitulée "Glané sur la glace" où il donne toutes les informations sur le club, et chaque résumé de match à une place très importante dans la pagination du journal avec de nombreuses photos. Dans l'un de ses articles, le 19 novembre 1963, il compare le hockey à "un étourdissant cocktail de foot, de rugby, de boxe et de patinage..." Marcel Guadaloppa confirme : "Grâce aux articles enflammés d'Albert Fontaine dans le Dauphiné Libéré, la patinoire a tout de suite été pleine. Il était, en plus, de bon ton de se montrer au hockey, il y avait du beau monde dans les travées le vendredi soir..."

C'est donc un vendredi, le 22 novembre 1963 à 21 heures, que Grenoble Alpes joue son troisième match, gagné 9-1 contre Lausanne devant 2 500 spectateurs. En sortant, les spectateurs apprennent peut-être que l'événement ne s'est pas déroulé à Clémenceau... mais à Dallas, où le Président des États-Unis, John Fitzgerald Kennedy vient d'être assassiné ! En tout cas pour les hockeyeurs grenoblois, cette journée est également "historique". Pour la première fois, un joueur de champ est retenu en équipe de France : Jean-Claude Laplassotte joue le lendemain à Turin contre l'Italie en compagnie d'un autre joueur de Grenoble Alpes (mais pas licencié, lui, au G.H.C.) qui connaît également sa première sélection nationale : Gérard Faucomprez. Les Français gagnent 3-1. Cette sélection est un événement, un signe pour Pete Laliberté qu'il va dans le bon sens avec de jeunes joueurs talentueux.

Le G.H.C. possède également un autre atout de choix : son tissu scientifique et universitaire. Cela lui permet de trouver des joueurs venus faire leurs études ou travailler en particulier au C.E.N.G., le Centre d'Études Nucléaires de Grenoble. C'est ainsi que le club trouve en 1963 l'attaquant canadien Bob Richardson, chercheur, ou Vladimir Hirs, un réfugié yougoslave de 32 ans, câbleur électricien et ancien joueur de hockey à Belgrade. Le 6 décembre, notre chercheur-hockeyeur Richardson participe d'ailleurs à une nouvelle victoire du vendredi contre les Suisses du Servette de Genève, 10-2. Mais, il faut bien qu'arrive un jour la première défaite ! C'est le samedi 28 décembre contre les Suisses du C.P. Zurich, et largement en plus (4-12).

Mais l'événement, le vrai, c'est pour janvier 1964. Le 28, Grenoble est désigné au troisième tour par le Comité International Olympique pour organiser les Jeux Olympiques d'Hiver de 1968 ! Au premier tour, Grenoble obtient 15 votes, Calgary 12, Lahti 11, Sapporo 6, Oslo 4 et Lake Placid 3. Au deuxième tour, Calgary vire en tête avec 19 devant Grenoble 18 et Lahti 14. Mais au troisième Grenoble triomphe avec 27 voix contre 24 pour les Canadiens. Clémenceau devient patinoire olympique ! Pour fêter cela, trois jours plus tard, Grenoble Alpes accueille une très grande équipe : les Usereurs Eagles, soit l'équipe de l'armée américaine en Allemagne. Une équipe de l'U.S. Army basée à Bad Tölz qui gagne 8-4. Deux défaites de suite, il faut réagir. C'est fait le samedi 8 février 1964 devant une nouvelle fois 1500 spectateurs, Grenoble Alpes bat facilement Turin 9-1 (photo). Une rencontre qui permet pour la première fois à deux joueurs entièrement formés à Grenoble de faire leurs grands débuts : Pierre Joly et Antoine Campos. Ce dernier, gardien de but, rentre à dix minutes de la fin à la place de Jean-Claude Sozzi et n'encaisse qu'un but. Campos deviendra célèbre plus tard comme journaliste sportif à Europe 1.

Comme la défaite avait été au rendez-vous face à l'armée américaine, les Grenoblois se reprennent contre l'armée canadienne en base en Allemagne. Le 21 février, Grenoble Alpes reçoit les Flyers de la Royal Canadian Air Force. Une rencontre devant un public record de 3 123 spectateurs aux anges, surtout après l'égalisation à 4-4 à huit minutes de la fin du jeune international Gérard Faucomprez. Autre match nul, une semaine plus tard, mais 10-10 contre les Autrichiens de Kitzbühel ! Le lendemain dans le Dauphiné Libéré, Albert Fontaine décrit : "Un match à vous couper le souffle, qui vous laisse aphone". Avec en plus, aux tiers, un spectacle qui ravit les spectateurs, un défilé de mannequins dans le cadre du salon des sports d'hiver...

La saison internationale des Grenoblois s'achève alors par trois victoires contre des clubs suisses : 6-5 contre le C.P. Berne, ses dix internationaux dont quatre viennent de disputer les Jeux Olympiques d'Innsbruck, avec le but de la victoire inscrit par Pete Laliberté à trente secondes de la fin du match à la plus grande joie des trois mille spectateurs ! À cette occasion, la compagnie de bus S.G.T.E. met en place un service de bus spéciaux pour acheminer les spectateurs de toute la région grenobloise (La Tronche, Meylan, Fontaine, Sassenage, Claix et Saint-Égrève), le tout au tarif de nuit !

Autres victoires, 12-4 contre une sélection du Valais le 17 avril et enfin 8-5 face aux Grasshoppers de Zurich le 8 mai devant une nouvelle fois plus de trois mille spectateurs venus également applaudir aux tiers une exhibition de patinage d'Alain Calmat ainsi qu'une démonstration de hockey féminin entre Grenobloises : les Flèches Bleues contre les Diables Rouges ! Après le match, pour fêter la fin de la cette première saison de l'histoire du hockey grenoblois, la patinoire est gratuite pour le public jusqu'à deux heures du matin. Une première saison plus que positive. Sportivement, cette équipe de Grenoble Alpes a gagné sept matches, connu une seule fois la défaite et concédé deux nuls. Mais surtout, les hommes de Pete Laliberté ont conquis un public et inoculé le virus du hockey à toute une ville. Une ville qui ne s'en est toujours pas remise...

Engagé en championnat

Pour la deuxième saison 1964/65, grand changement, le Grenoble Hockey Club s'engage en championnat de France. Il débute en deuxième série, le second échelon du hockey français. De toute façon, il n'y a que deux niveaux... En première série, cinq équipes. En deuxième série, dix équipes. Sept dans le nord, et trois dans la poule des Alpes : Saint-Gervais, Briançon et Grenoble. Comme le championnat commence... en janvier, les Grenoblois font comme l'an passé et mettent le paquet sur les matches internationaux amicaux.

Premier match de la saison le vendredi 25 septembre avec la venue d'une équipe finlandaise : Rosenlew Bjorneborg Pori, le "RU-38", qui accède cette année à l'élite après son titre de championne de Finlande de deuxième division. Les Grenoblois s'imposent sans problème 6-3. Le vendredi suivant, les Grenoblois gagnent 9-2 contre Berne, puis récidivent 12-6 contre les Young Sprinters de Neuchâtel le 23 octobre. Même si l'équipe est renforcée par des Chamoniards, des Villardiens et des Canadiens, Pete Laliberté peut maintenant faire jouer des Grenoblois. Ils sont ainsi une dizaine de jeunes (parfois très jeunes, 19 ans de moyenne d'âge) à se frotter au plus haut niveau et donc à progresser vitesse grand V.

Une nouveauté pour ces matches internationaux, la création du challenge du meilleur joueur grenoblois. À chaque soirée, un jury décerne des étoiles. Trois pour un match exceptionnel, deux pour un très bon match et une pour un bon match. Un challenge doté par les Champagnes Irroy, de quoi motiver ! Jean-Claude Sozzi le gagne en 65 et 66, Pete en 67 et Roland Gaillard en 68. Pete est sacré meilleur marqueur du club en 64, 65, 66 et 68, Burt l'est en 67. La coupe Jacques Flottard récompensant le meilleur jeune va à Joël Gauvin en 66, Jean Vassieux en 67 et Pierre Bottari en 68. La coupe du fair-play est pour Jean-Marie Galèra en 65, Claude Chabrel en 66 et Marcel Perriard en 67 et 68. Enfin, pour les joueurs les plus pénalisés, récompensés par le "coussin d'or", on retrouve régulièrement Michel Latour et Jimmy Biguet.

En attendant, trois nouveaux joueurs étrangers débarquent, deux joueurs américains venus faire leurs études à Grenoble, l'arrière Steve Landis, né à Détroit il y a 23 ans, et l'attaquant John Whitman, plus le Canadien Russ Malone. Ils débutent le 6 novembre contre les Autrichiens du Vienne E.V., 16 fois champion national. Un match très chaud gagné par les Grenoblois 6-4.

Grand événement le 14 novembre, l'équipe de France joue pour la première fois à Grenoble. Devant trois mille personnes, les Bleus affrontent les Canadiens de France, emmenés bien sûr par Pete Laliberté. Les Tricolores préparent leur duel qualificatif pour les championnats du monde contre la Grande-Bretagne. Deux Grenoblois sont sélectionnés, Jean-Claude Sozzi et Jean-Claude Laplassotte, mais les Canadiens s'imposent 7-5. Mauvais présage pour le Français qui sont battus 8-2 à Londres. Leur succès au retour 3-2 avec un troisième Grenoblois retenu, Jean-Pierre Fialex, ne sert à rien.

Jean-Pierre Fialex est un nouveau membre de la "Boulogne-Billancourt connexion" à Grenoble. Enfant, il pratique d'abord le basket et le rugby, déjà à l'A.C.B.B., et puis lors de la création de la section hockey à l'âge de sept ans, il chausse les patins... pour ne plus jamais perdre le virus ! "J'avais raté des examens de comptabilité à Paris, je ne savais pas trop quoi faire. Le hockey à l'A.C.B.B. devenant moins intéressant, j'ai contacté Pete et je suis venu à Grenoble."

Les Grenoblois continuent à enchaîner les succès internationaux : 9-7 contre Bad Nauheim, deuxième du championnat d'Allemagne. Au cours de ce match, Jean-Claude Sozzi est héroïque. Un palet lui ouvre le front, les gardiens jouant sans casque à l'époque. Il est alors remplacé par Antoine Campos. Mais le jeune Grenoblois se fracture un doigt. Le front recousu, Jean-Claude Sozzi reprend alors sa place !

Et puis le 5 décembre, pour la première fois d'une longue série, les Italiens des Diavoli (Diables) de Milan débarquent à Clémenceau avec leurs nombreux Italo-Canadiens. Le match se termine à 7-7. Mais les Grenoble-Milan deviennent désormais devenir LE rendez-vous préféré des spectateurs Grenoblois avec de l'engagement, du suspense... et des bagarres mémorables : "C'étaient les plus beaux matches..." se souvient Jean-Pierre Fialex. Un joueur, disons viril, qui appréciait particulièrement ces matches d'hommes, Albert Fontaine l'ayant décrit comme étant "Gentil comme un agneau dans la vie... et comme un ours sur la glace !"

"Je détestais perdre", précise-t-il aujourd'hui. Et puis, c'est le tout premier match sous les couleurs de Grenoble d'un joueur qui va profondément marquer le hockey grenoblois au point d'être encore aujourd'hui l'un de ses plus fidèles supporters : Jimmy Biguet. En 1964, cet international a vingt-six ans et arrive de l'U.S. Métro à Paris. C'est un vrai Parisien qui a débuté dans un petit club de la capitale, le Saint-Didier Skating Club, et sa patinoire de la place Victor-Hugo dans le seizième arrondissement. Un club qui a quand même formé, outre Jimmy, Jean-Claude Laplassotte et Jean Paupardin, qui, signe du destin, finiront tous leurs carrières à Grenoble. "Je suis venu par choix. Je commençais en avoir assez de inconvénients de la grande ville et comme je connaissais Grenoble pour y avoir fait mes classes à l'armée en 1958, je suis venu de bon cur. C'étaient les trente glorieuses, il y avait du travail pour tout le monde, on pouvait sans soucis assouvir sa passion du hockey. C'est la période romantique du hockey, bien avant les problèmes d'argent..." Autre joueur qui arrive en ce mois de décembre 1964, le Chamoniard Christian Robin, qui devient l'un des piliers de la défense dauphinoise.

Dans ces premières années, la bête noire du G.H.C., c'est le C.P. Zurich. Les Suisses gagnent encore cette année, 9-7. Rageant également, car Grenoble menait 5-0 au bout de treize minutes...

Briançon fait faux bond

Et puis à peine le réveillon du nouvel an digéré qu'arrive le grand moment, le premier match de championnat de France de l'histoire du hockey grenoblois. En ce dimanche 3 janvier 1965, le G.H.C. a rendez-vous à Briançon. Le règlement interdisant aux étrangers d'évoluer en deuxième série, Pete ne peut jouer, il doit se contenter du banc d'entraîneur. Pour ce moment historique, le Grenoble Hockey Club s'aligne dans la composition suivante. Dans les cages, Jean-Claude Sozzi (international) et Antoine Campos. En défense, Jimmy Biguet (international et capitaine), Joël Gauvin (15 ans), Christian Robin et Jean-Marie Galèra (15 ans). En attaque, Jean-Claude Laplassotte (international), Jean-Pierre Fialex (international), Paul Beaudoing, Jean-Marie Naudin, Gérard Aroles, Claude Chabrel, Roger Chataigner et Jean-Pierre Henet. Arrêtons-nous un instant sur cette toute première équipe grenobloise. Quatorze pionniers. Quinze, si l'on ajoute Joël Surle, 15 ans également et absent ce jour-là. Les tout premiers héros d'une histoire légendaire. Vous connaissez déjà les Parisiens devenus Dauphinois, Fialex, Biguet, Sozzi ou Laplassotte. Il y a également le Villardien Paul Beaudoing, le Chamoniard Christian Robin ou le Briançonnais Roger Chataigner. Ce dernier est venu à Grenoble pour son service militaire, il reste dans l'équipe grenobloise quatre saisons avant de "remonter" à Briançon. Alors forcément, ce premier match de championnat est un peu particulier pour lui. Habitant toujours Briançon, Roger Chataigner se souvient : "Il y avait dans cette équipe grenobloise une ambiance très sympa, on était tous amis, on se voyait d'ailleurs souvent en dehors de la glace, et en plus on jouait pour le plaisir. D'ailleurs, quand on se voit encore maintenant, c'est toujours avec beaucoup de plaisir. En plus, on avait un entraîneur-joueur vraiment au-dessus du lot, Pete était un vrai pro."

Et puis, il y avait des Grenoblois qui avaient débuté le hockey il y a juste un an lors de la création du club. Incroyable, mais vrai ! C'est le cas de Joël Gauvin, quinze ans à l'époque. Ce natif de Briançon a acheté des patins dès que la patinoire grenobloise a ouvert et il s'est entraîné tous les soirs pour rattraper son retard de patinage ! Un an plus tard, il débute à la fois en junior et en équipe première. Record battu ! Pour lui, Pete est un père qui va l'amener jusqu'au plus haut niveau : "Il va me protéger, me prendre sous son aile. C'est quelqu'un qui est sincèrement heureux quand l'un de ses élèves réussit." Lui aussi se souvient aujourd'hui de "l'extraordinaire ambiance qui régnait dans cette équipe et de Jean-Claude Sozzi qui a m'a beaucoup aidé en tant que gardien, car moi, j'étais un défenseur forcement inexpérimenté." Pour ce premier match de l'histoire, les supporters organisent même un déplacement. Le rendez-vous est à 8 heures dimanche matin devant la patinoire. Le prix : 10 francs aller et retour, le repas et l'entrée au match étant en plus. Mais ce match n'aura jamais lieu. À 15 heures, les Grenoblois se présentent comme convenu sur la glace, mais ils sont tout seuls. L'Étoile Sportive de Briançon refuse de jouer. Elle préfère disputer un match amical contre l'U.S. Métro ! Le G.H.C. estime alors avoir gagné par forfait, ce qui est confirmé le 22 janvier par la fédération. Grenoble s'est donc imposé 5-0 par forfait lors de son tout premier match de championnat !

Son premier match de championnat véritablement joué, le Grenoble Hockey Club le dispute le samedi 9 janvier à Clémenceau contre le H.C. Saint-Gervais. Pour cette rencontre, les Grenoblois enregistrent la rentrée d'un joueur pas comme les autres : Pierre Joly, qui revient au hockey après quinze jours consacrés... au tennis ! Il est en effet un grand espoir du tennis français. Quelle époque ! Quels personnages ! Devant quatre cents spectateurs seulement (ils préfèrent les matches internationaux), les Grenoblois sont dominés : Jean-Claude Sozzi subit quarante tirs au premier tiers-temps contre... dix-huit à son homologue. Mais les Dauphinois et leur gardien tiennent : 0-0 à la fin du premier tiers, 0-0 à la fin du deuxième tiers... et but de St-Gervais à la troisième minute de l'ultime période. Cela suffit, Grenoble s'incline 1-0 avec les honneurs pour son premier match de championnat à domicile. Une équipe de St-Gervais que Grenoble est pourtant allé battre chez elle en amical 9-3 en décembre.

Mais consolation, l'école de hockey, elle, réussit très bien, même au bout d'un an seulement. Les minimes grenoblois atomisent leurs petits voisins de Villard-de-Lans 13-0. Une école avec soixante gamins entraînés par leur idole Pete Laliberté tous les jeudis de 13 h à 14 h 30 et les samedis de 18 h 30 à 19 h 30. Et ça marche ! Joël Gauvin est sélectionné en équipe de France junior pour affronter l'Allemagne à Oberstdorf. La veille du match, il est tellement fier qu'il dort avec son maillot de l'équipe de France !

Retour à une série de trois matches internationaux pour se refaire... et trois nouvelles victoires. 17-7 contre les Suisses de Bâle. 16-5 contre les Yougoslaves du H.K. Belgrade, pourtant vainqueurs de la coupe du Danube, et 6-3 face aux aviateurs Canadiens de la base de Marville en Lorraine (c'était avant que De Gaulle ne claque la porte de l'O.T.A.N. et ne ferme les bases alliées en France) entraînés par un homme d'église, le révérend père Thomas ! Des matches contre les bases canadiennes et américaines en Europe qui deviennent des classiques. C'est bien sûr Pete qui met en place ces rencontres contre les bases : "Je connaissais les joueurs et j'avais les contacts. Ils acceptaient facilement, car avec moi, ils avaient confiance et savaient que cela serait des rencontres de haut niveau."

Cette parenthèse refermée, revoilà le championnat. Et nos amis briançonnais, qui cette fois-ci acceptent de jouer contre Grenoble... et de perdre 3-1. Cette saison, les Grenoble-Briançon sont un peu particuliers, puisqu'une bagarre générale éclate à l'ultime minute. Les Briançonnais quittent la glace sans terminer la partie... Roger Chataigner se souvient : "L'esprit de clocher, c'était quelque chose à l'époque, et l'on ne m'avait pas vraiment pardonné d'être parti jouer à Grenoble. C'est vrai que ça frottait contre Briançon, mais moi je n'ai jamais été un joueur rugueux, alors cela ne me concernait pas vraiment ces histoires de bagarres..."

Encore un beau succès 13-6 devant Kitzbühel avec six points de Burt Vuillermet et six de Pete Laliberté, deux joueurs qui s'entendent comme larrons en foire. Pete se souvient : "C'était super ! Je l'avais fait venir du Canada à l'A.C.B.B. et comme désormais il était à Villard, on pouvait jouer ensemble pour les matches internationaux". Et Burt d'enchaîner : "Pete était typiquement un joueur de centre. Moi j'étais un ailier rapide, ça marchait donc très bien, même sans se parler."

Et les Grenoblois poursuivent leur apprentissage en s'inclinant de peu à Marville 8-5 contre les militaires canadiens. Mais, revoilà le championnat. Le 28 février, les Grenoblois se rendent à Saint-Gervais. Une défaite 3-1 sans les deux internationaux Fialex suspendu et Laplassotte blessé, et avec un cadet faisant ses débuts en équipe première, Christian Schihin, aujourd'hui médecin à Voiron. Malgré cette défaite, le G.H.C., en tant que deuxième de sa poule de trois équipes, est qualifié pour les finales. Mais avant, le G.H.C. engrange encore trois succès internationaux. 10-4 contre Lausanne avec sept points de Pete et six de Vuillermet ("On était souvent sur la glace" admet Burt), 7-6 face aux Anglais des Lions de Wembley et 12-10 devant les Allemands de l'E.C. Oberstdorf avec lors de ce match une opération séduction en faveur des jeunes spectateurs avec 1 500 places gratuites pour les moins de quinze ans.

Voilà donc les phases finales du championnat de France de deuxième série pendant trois jours boulevard Clémenceau. Le Grenoble Hockey Club se présente dans la composition suivante pour la première finale de son histoire. Dans les cages, Jean-Claude Sozzi (numéro 1) et Robert Roman (18). En défense, Jimmy Biguet (16) et Joël Gauvin (2) ; Jean-Marie Galèra (3) et Christian Robin (5). En attaque, Jean-Pierre Henet (17), Jean-Claude Laplassotte (14) et Roger Chataigner (11) ; Claude Chabrel (6), Jean-Marie Naudin (15) et Gérard Aroles (12) ; Joël Surle (10), Pierre Joly (7), Peretto (4) et Paul Beaudoing (8).

Saint-Gervais, avec un certain Dany Grando, bat une nouvelle fois Grenoble de peu 3-2. Le lendemain, les Dauphinois s'inclinent 4-3 devant Lille alors qu'ils menaient 3-0 à la quatorzième minute ! Enfin, le dimanche, la finale est remportée par Lille qui bat St-Gervais 4-3 alors que pour la troisième place Grenoble ne connaît pas de souci devant les Parisiens de l'U.S. Métro 8-0.

La saison se termine par deux dernières victoires le 9 avril devant le HC Bolzano vice-champion d'Italie (16-5) et le 30 avril contre les Suisses de Villars-sur-Ollon et leurs six internationaux (17-6). "Les équipes étrangères adoraient venir à Grenoble, se souvient Burt Vuillermet, car il y avait beaucoup de monde. L'ambiance et le niveau des matches était très bon". Une saison qui s'achève sur un changement important, le Grenoble Hockey Club entre comme section hockey sur glace dans le Club des Sports de Glace de Grenoble. Un club qui regroupe toutes les disciplines des sports de glace à Grenoble, à la demande du nouveau maire de la ville Hubert Dubedout. Un C.S.G.G. enregistré en préfecture de l'Isère le 20 mai 1965 sous le numéro 5628 avec à sa tête un président qui va devenir mythique, Serge Bocquet. Ce C.S.G.G. aura un brillant avenir... En tout cas, pour la saison suivante, il est engagé en élite, la première série...

Buteurs en championnat 1964/65 : Jean-Claude Laplassotte 6, Jean-Pierre Henet et Roger Chataigner 3, Paul Beaudoing, Claude Chabrel, Jimmy Biguet, Gérard Aroles et Jean-Marie Galèra 1.

Débuts dans l'élite

Cette première saison en élite de l'histoire du hockey grenoblois débute par un stage à Chamonix pour les internationaux seniors et juniors du C.S.G.G. Ils sont six concernés, trois dans chaque catégorie. En seniors, on retrouve nos trois sélectionnés de la saison passée, Jean-Claude Sozzi, Jean-Claude Laplassotte et Jean-Pierre Fialex. En juniors, les trois Grenoblois sont Joël Gauvin, Christian Robin et Gérard Aroles. L'entraîneur des équipes de France est une vieille connaissance des Grenoblois, il s'agit de Gaston Pelletier, le Québécois qui vient renforcer les Dauphinois lors de leurs matches internationaux. Pour cette nouvelle saison, l'effectif est stable. Parmi les jeunes qui viennent renforcer plus régulièrement l'équipe, on trouve Christian Schihin : "J'habitais juste à côté de la patinoire et mes copains d'enfance, les frères Flottard, connaissaient Pete. Ils m'ont donc amené et je me suis inscrit dès le tout début en septembre 1963. J'avais treize ans et je n'avais jamais mis les pieds sur des patins. Après s'être entraînés tous les après-midi et à toutes les séances publiques, j'ai vite été doublement surclassé pour jouer en équipe première. Pete nous a d'abord appris à jouer en levant la tête !" Joël Surle se rappelle également ses débuts : "Je n'étais que junior, mais Pete, pour qui la formation était importante, nous faisait s'entraîner avec l'équipe première, même si l'on n'avait pas beaucoup de hockey derrière soi." À signaler le départ à Paris de Jean-Pierre Henet qui a terminé son service militaire à Grenoble et l'arrivée de Michel Latour.

Michel Latour a profondément marqué l'histoire du hockey grenoblois. Ce (très) solide attaquant s'est fait une réputation de joueur, disons rugueux. Un joueur extrêmement attachant (sauf peut-être pour ses adversaires sur la glace...) qui enflamme souvent les travées de Clémenceau. Il est resté d'une fidélité exemplaire au maillot grenoblois qu'il a porté de très longues saisons. Michel Latour a débuté le hockey à Paris, d'abord à l'U.S. Métro, puis ensuite à l'A.C.B.B. (encore un !), avant de venir faire son service militaire à Grenoble au sixième Bataillon de Chasseurs Alpins où il est maître d'hôtel du général !

Le Club des Sports de Glace de Grenoble débute donc en première série, l'élite de l'époque à neuf équipes. Chamonix, l'inamovible champion de France, Boulogne-Billancourt, Gap, Saint-Gervais, Villard-de-Lans, Lille, l'U.S. Métro, les Français Volants de Paris et Grenoble. L'objectif de Pete est clair pour cette première année en élite : "Une place dans les cinq premiers, ce serait parfait !".

Comme d'habitude, le championnat commençant tard, la saison débute par des matches internationaux. Le vendredi 8 octobre 1965, le C.S.G.G. accueille les Suisses du SC Langnau, la troisième équipe de son pays. Les Grenoblois sont renforcés cette année par un nouveau Canadien, Neil Mac Dermid. Comment se faisait le choix de ces renforts canadiens ? Laissons la parole à Pete : "Ils venaient d'abord pour faire leurs études. On n'avait pas les moyens de les payer". Les Grenoblois débutent par un court succès 8-7 contre ces Suisses, puis un nul 7-7 à Langnau. Cette année, pour pimenter ces rencontres internationales, les dirigeants du club créent un challenge international, le challenge Alpes Béton du nom très poétique du sponsor...

Le 23 octobre, comme chaque année, Grenoble accueille le match de début de saison entre l'équipe de France et les Canadiens de France, une rencontre remportée cette fois par les tricolores 9-7. Des Autrichiens sont les prochains visiteurs le 5 novembre de Clémenceau, les Viennois du W.E.V., qui repartent dans la cité de la valse avec une défaite 6-3 et trois buts inscrits par Burt Vuillermet. Le lendemain, les Dauphinois partent pour leur première tournée à travers l'Europe. 2 500 kilomètres pour cinq matches en moins d'une semaine. Au programme, deux matches de championnat de France à Paris et trois rencontres internationales. Les Grenoblois en reviendront invaincus.

Le dimanche 7 novembre, première rencontre de l'histoire du hockey grenoblois en élite. Les Dauphinois jouent à la patinoire de Boulogne-Billancourt face à l'U.S. Métro. Pour ce premier contact dans cette division, les Grenoblois affrontent une équipe qu'ils avaient déjà battue à Grenoble l'an passé en division inférieure lors de la finale de la deuxième série. Ils confirment en terre parisienne en s'imposant 13-1 avec sept buts et trois assistances de Pete Laliberté. En première série, on a droit à un étranger. Jean-Claude Laplassotte inscrit également trois buts : "Venant de Paris, je connaissais tous les joueurs, c'était plus simple pour marquer". Le lendemain, toujours dans la patinoire fédérale, les Grenoblois jouent contre les Français Volants de Paris et concèdent le nul 3-3. Ce jour-là, les Grenoblois sont les invités exceptionnels du célèbre journaliste sportif Émile Toulouse sur Europe 1 !

"C'était à 13 heures, à la fin du journal" se souvient Joël Surle. "Je découvrais un studio radio" ajoute Joël Gauvin. Un honneur pour une équipe de hockey sur glace. Après ces deux rencontres de championnat, le C.S.G.G. part dans les plats pays pour trois rencontres internationales. Des souvenirs encore vivants pour tous les anciens Brûleurs de Loups. Pour Jean-Claude Sozzi, cela reste : "Des souvenirs extraordinaires, avec des soirées épiques lorsque l'on s'arrêtait en cours de route dans le Morvan pour de grandes fêtes..." Tous les joueurs confirment que l'ambiance était exceptionnelle dans l'équipe. Jean-Pierre Fialex s'en souvient : "On était jeunes et tout allait bien. On logeait ensemble. En plus on s'est tous plu à Grenoble, puisqu'on a tous fait notre vie dans la région". Aujourd'hui Fialex travaille au journal Le Progrès à Lyon.

Le mercredi 10 novembre 65, les Grenoblois sont donc aux Pays-Bas, à la Haye, et en repartent avec un succès 5-2. Le lendemain, nouveau succès dans la Meuse, contre les aviateurs canadiens de la base de la R.C.A.F. de Marville 9-4. Enfin, deux jours plus tard, dernière victoire pour cette tournée triomphale et transfrontalière 8-4 chez les Belges du C.P. Liège. "Liège, c'était incroyable, se souvient Jean-Claude Sozzi. On jouait dans une patinoire qui ressemblait à un théâtre, avec les spectateurs attablés au bord de la glace et en train de dîner aux chandelles ! Et lors des bagarres, ils se levaient pour lancer leurs chaises sur la glace !" Incroyable époque ! Retour à Grenoble avec le 19 novembre, la venue de nos "amis" italiens des Diavoli de Milan. Une nouvelle fois, les Grenoblois gagnent (10-9) devant 2 600 spectateurs et Pete Laliberté inscrit son centième but sous le maillot de Grenoble.

Le lendemain, les Grenoblois se rendent pour le compte du championnat à Gap, et décidément ils ont bien du mal avec les Hautes-Alpes. Après la comédie du match de Briançon la saison passée, ils vivent une nouvelle mésaventure à la Blache. Ils mènent 2-0 lorsque les arbitres arrêtent le match. Il pleut beaucoup trop sur la glace... Et oui, vous l'avez compris, à l'époque, on joue encore sur des patinoires découvertes. Seuls Boulogne et Grenoble ont des patinoires couvertes. La rencontre est donc reportée. Du coup, les Grenoblois passent leurs nerfs en Suisse, pour une nouvelle tournée dans le Valais et deux nouvelles victoires, 9-4 chez le H.C. Viège et 7-3 à Sion. Le 7 décembre, nouveau match à Grenoble pour l'équipe de France face aux Canadiens de l'Hexagone. Mais là, les Tricolores cèdent lourdement 9-1. Les deux internationaux du C.S.G.G. Jean-Claude Sozzi et Jean-Claude Laplassotte et leurs camarades préparent les qualifications mondiales en Roumanie.

"Pete" contre "Burt"

Quel grand moment, quelle grande date que ce dimanche 19 décembre 1965 à 14h30. C'est le premier derby entre les Ours du Vercors de Villard-de-Lans et Grenoble ! Ah, ce derby dauphinois devenu les années suivantes le grand événement de la saison. Peu importe tous les autres matches, si l'on gagne celui-là. Et bien, dès le premier derby, on est servi. Avec l'opposition entre Burt et Pete, si souvent coéquipiers lors des matches internationaux et adversaires cet après-midi en championnat. Burt Vuillermet emmène les Villardiens et Pete Laliberté conduit les Grenoblois. "Quand on jouait l'un contre l'autre, cela se passait très bien, se rappelle Burt. Il n'y avait pas de problèmes, cela ne gâchait pas notre amitié, même si les matches étaient musclés, car les mentalités n'étaient pas les mêmes entre montagnards et gars de la plaine..."

Et c'est Grenoble qui le gagne ce premier derby, sur les terres des hommes du plateau qui plus est. Un succès 5-4 à la suite d'un match d'une incroyable intensité. Pete Laliberté était l'auteur de tous les buts grenoblois : "Ce match est à marquer d'une pierre blanche. Ce fut incroyable avec une patinoire archicomble et une ambiance extraordinaire, dès la première fois !". Et dieu sait qu'il y en a eu ensuite, des chauds derbies Grenoble-Villard. Sur leur lancée, le lendemain de Noël, les Grenoblois gagnent un autre match de championnat 6-1 face à l'U.S. Métro.

L'année 1966 débute par une grande première à Clémenceau avec la venue du Ferencvaros Budapest, l'une des quatre équipes de la capitale hongroise. Les Grenoblois s'imposent 8-3 avec quatre buts de Jean-Claude Laplassotte. C'est lors de cette tournée, à Chamonix, qu'un joueur du Ferencvaros fait "défection", comme on dit à l'époque, et demande l'asile politique à la France. Il s'agit de Stéphane Dudas dont la carrière française est très liée à Grenoble. "Je m'étais enfui de l'hôtel. C'est Maurice Chappot qui m'avait aidé pour cela. On m'avait caché chez les grands-parents Bozon". Comme il a la particularité exceptionnelle d'être à la fois international hongrois en foot et en hockey, il devient pro dans l'équipe de foot de Grenoble, entraînée par le grand Albert Batteux, et hockeyeur à Villard ! Et puis, un accident de voiture brise sa carrière de footballeur, mais il poursuit celle de hockeyeur à Grenoble.

Le lendemain du match contre Ferencvaros, c'est en quelque sorte le club à l'origine de Grenoble qui vient à Clémenceau, l'A.C. Boulogne-Billancourt, qui a "donné" à Grenoble Pete, Sozzi, Fialex, Latour et Laplassotte. L'A.C.B.B., c'est l'une des très grosses artilleries du hockey français avec huit internationaux. Pour Pete, ce match est un déchirement. Il déclare au Dauphiné Libéré : "Curieuse sensation que je j'éprouve. Pour la première fois, je vais jouer contre un club qui m'a donné de très grandes joies pendant six ans... Et pourtant, j'ai une terrible envie de battre l'A.C.B.B.". Un vu qui n'est pas exaucé. Les banlieusards parisiens s'imposent à Grenoble 4-1.

Après cinq rencontres en championnat de France de première série, les Grenoblois sont quatrièmes. Chamonix est comme d'habitude en tête avec +82 au goal-average ! L'équipe réserve du C.S.G.G. joue en deuxième série, où évolue l'autre club grenoblois, le G.U.N.I., comme Grenoble Universitaire Nucléaire et Industriel. Une équipe regroupant surtout des étudiants, issus à l'origine du G.U.C., le célèbre et omnisports Grenoble Université Club.

Dès ses débuts, le hockey grenoblois a eu un public très fidèle. Témoin, la plus passionnée d'entre tous, Madame Ayrault-Bernard, 73 ans, qui n'a pas raté un seul match depuis le premier trois ans plus tôt ! Née en 1893, elle découvre le hockey en 1930 au Canada, puis une fois rentrée en France, elle assouvit sa passion en allant voir les matches à Villard-de-Lans. Chaque soir de match, elle traverse Grenoble à pied pour se rendre à la patinoire. Elle part de chez elle, Quai Perrière, le long de l'Isère, traverse le Jardin de Ville, la Place Grenette, puis la rue de Strasbourg et le Parc Paul Mistral pour arriver boulevard Clémenceau. Elle vient toujours en avance, connaît tous les joueurs, et ne porte pas de lunettes, même pour suivre le palet ! Ses joueurs préférés sont Jean-Claude Sozzi et bien sûr Pete Laliberté, dont elle dit que quand il s'énerve, elle le trouve "merveilleux". Le club lui a offert un abonnement gratuit.

Le derby part en sucette

Et voilà le match retour du derby de l'Isère. Le 28 janvier, le C.S.G. Grenoble attend dans son antre les Ours du Vercors. Des Villardiens descendus du Plateau en nombre, avec un car de supporters, des banderoles, des cloches, et une grosse envie de revanche après la victoire grenobloise 5-4 à l'aller. D'ailleurs, Burt Vuillermet, l'entraîneur-joueur villardien est clair le matin du match : "Nous sommes certains de faire mieux qu'au match aller..."

Tellement confiants, les Villardiens qu'avant le début de la rencontre, ils "offrent" aux joueurs grenoblois des sucettes ! Dans le genre "Tenez les enfants, allez jouer à la marelle, le hockey, c'est pas pour vous, mais pour les hommes du plateau..." Pete a tout le mal du monde à contenir les "chauds" de son équipe d'aller en découdre. Il leur demande juste d'aller poser les confiseries sur le banc... et rira bien qui rira le dernier. Pete Laliberté aime bien ces derbies : "Cela me rappelle Montréal-Toronto" précise-t-il dans les colonnes du Dauphiné Libéré.

Les Villardiens, bien soutenus par quatre cents supporters, attaquent très fort : dix-sept tirs sur Jean-Claude Sozzi au premier tiers qui se termine à 1-1. Les Grenoblois laissent passer l'orage et s'imposent. Grenoble gagne sur le même score que sur le plateau, 5-4, devant 1 500 spectateurs en délire, enfin moins les 400 Villardiens qui apprécient moins. Pete demande alors à ses joueurs, large sourire jusqu'aux oreilles, d'aller rendre les sucettes aux Villardiens... Bien pris qui croyait prendre !

Le C.S.G.G. poursuit son excellent parcours en championnat deux jours plus tard, le 30 janvier, en recevant Gap, avec une forte envie de gagner quand on se rappelle que le match aller avait été arrêté à cause de la pluie alors que Grenoble menait 2-0. Et comme Clémenceau est couverte, rien ne peut arrêter les buteurs Grenoblois qui s'en donnent à cur joie : 11-1. Si l'année passée en deuxième série, les Lillois étaient les plus forts, cette saison en élite, les Grenoblois tiennent leur revanche : 7-0. Originalité dans cette rencontre, la présence dans chaque camp de deux frères, Jean-François Latour, le défenseur international lillois, et Michel Latour, centre du C.S.G.G.

Une petite défaite 7-5 contre les Bisons du Manitoba qui représentaient le Canada aux Universiades de Turin, et les supporters du CSGG organisent un déplacement à Genève pour assister au match entre la Suisse et l'URSS. Le championnat fait une petite pause, le temps pour l'équipe de France de partir disputer un match à Bad Nauheim contre l'Allemagne B, qui bat 8-3 la France et ses deux Grenoblois, Jean-Claude Laplassotte et Jean-Pierre Fialex. Du coup, devant un pareil désastre (face à une équipe B), la fédération renonce a envoyer une équipe de France aux championnats du monde du Groupe C en Yougoslavie. Une décision confirmée lors d'une réunion du Comité National de Hockey sur Glace à Grenoble le 21 février 1966 par son président, le Briançonnais Antoine Faure.

Retour aux matches internationaux avec la venue à Clémenceau le 18 février des Autrichiens de Kitzbühel qui gagnent 4-1. Le lendemain, les Grenoblois retrouvent le championnat en accueillant St-Gervais qui les avaient dominés la saison précédente en division inférieure. Mais cette année, Grenoble a le droit de faire jouer Laliberté. Et Pete ne s'en prive pas. Il inscrit sept des dix buts du succès grenoblois 10-4.

L'équipe suivante à se présenter à Grenoble est une sacrée attraction. L'équipe nationale... d'Afrique du Sud ! En tournée en Europe, elle prépare les championnats du monde du Groupe C, vous savez, ceux que la France ne disputera pas. Avec leurs joueurs d'origine écossaise, les Sud-Africains ne pèsent pas bien lourd (malgré leur gardien de 130 kilos pour 1m95 !) devant Grenoble qui gagne 11-5.

En cette fin février, le C.S.G.G. joue deux matches au pied du Mont-Blanc. Le premier se dispute sans soucis avec un nouveau succès 10-4 à Saint-Gervais, comme au match aller. En revanche, deux jours plus tard, le 27 février, c'est une toute autre affaire contre l'inamovible champion de France, le Chamonix Hockey Club. Impressionnés les Dauphinois chutent lourdement 9-1. Juste quelques chiffres pour expliquer le calvaire grenoblois. Au premier tiers, Jean-Claude Sozzi arrête 30 tirs et en subit 78 sur l'ensemble du match. Pour tenter de sauver les meubles, Pete Laliberté et Jean-Claude Laplassotte restent sur la glace cinquante minutes sur soixante !

En ce début mars, le 4 exactement, Grenoble bat 8-6 les Suisses du H.C. La Chaux-de-Fonds. Ensuite départ pour une mini-tournée dans les bases canadiennes en Allemagne. Une victoire 7-4 contre les Raiders de la Royal Canadian Air Force à Baden-Baden et une défaite 9-7 face aux Flyers de l'U.S. Air Force à Zweibrücken. Puis nouveau week-end en Allemagne avec deux rencontres, à Fussen avec une défaite 10-3 et à Oberstdorf avec là un succès 10-5. Au retour d'Allemagne, le public Grenoblois a beaucoup de chance, il peut voir l'une des meilleures équipes mondiales, la Tchécoslovaquie qui domine Grenoble renforcée de huit Canadiens 9-4.

Le 26 mars, les Grenoblois prennent une large revanche sur les Français Volants. Boulevard Clémenceau, les Dauphinois surpassent les Parisiens 6-1 avec quatre réalisations de Pete Laliberté. Le lendemain, pour célébrer le jumelage entre les deux villes olympiques Innsbruck et Grenoble, les Grenoblois s'imposent 6-1. Le premier avril, comme une mauvaise blague, les Allemands d'Oberstdorf viennent eux gagner à Grenoble 12-9.

Déplacements chauds

Direction Paris pour deux matches de championnat face à des équipes du "nord". Le 3 avril à Boulogne-Billancourt, le C.S.G.G. bat facilement le H.C. Lille (qui n'a pas de patinoire homologuée chez lui) 9-3 avec encore quatre buts de Pete. Le lendemain, dans cette même patinoire de Boulogne, se déroule un match contre l'A.C.B.B. dont on va parler pendant longtemps... Une rencontre largement dominée par les locaux, mais à 3-0 pour eux, le Parisien Jean-Paul Lonjarret a une altercation avec l'arbitre et est expulsé. À 5-0, une bagarre entre Jean-Claude Laplassotte et Gilbert Itzicsohn se déplace dans les tribunes. Les deux gardiens quittent leurs zones pour tenter de calmer tout le monde et se font expulser pour avoir quitté leurs cages. Les minutes de pénalité pleuvent et Pete décide de retirer son équipe afin de protester contre l'arbitrage de Messieurs Prevot et Pauto, et pour éviter d'autres bagarres. "Les arbitres étaient maison, se souvient Pete. C'était devenu dangereux, j'ai préféré tout arrêter avant un drame...".

Il faut dire que les Grenoblois sont attendus partout en France et plus particulièrement à Paris, d'où venaient les principaux joueurs du C.S.G.G., comme le précise Jean-Claude Laplassotte : "On était jalousé par tous les clubs français, car, nous étions les seuls à avoir une patinoire à nous. Une patinoire privée où l'on pouvait s'entraîner quand on voulait. Les autres clubs, en particulier à Paris, en étaient réduits à tous se succéder dans la patinoire fédérale de Boulogne-Billancourt...". Une attitude justifiée par le Directeur Technique du hockey français Marcel Bonnet qui donne raison à Pete. Mais la fédération condamne quand même Grenoble à perdre sur tapis vert 5-0 et à une amende pour... forfait ! Sur ce match, Pete est resté sur le banc pour coacher pour laisser le Canadien Neil Mac Dermid faire au moins une rencontre de championnat, lui qui jouait avec Grenoble tous les matches internationaux.

Le 10 avril, retour à Gap, pour rejouer ce fameux match arrêté par la pluie. Et s'ils avaient la victoire à portée de crosse la première fois en menant 2-0, les Grenoblois doivent cette fois-ci se contenter d'un nul 4-4. À cette époque, les déplacements à Gap sont "folkloriques". Le public de la Blache étant particulièrement chaud, il est plus prudent de prendre ses précautions. Jean-Claude Laplassotte s'en rappelle encore : "On s'équipait dans un hôtel à quinze kilomètres de Gap et on ne mettait les patins que devant la patinoire. À la fin du match, le chauffeur de notre bus mettait le moteur en marche cinq minutes avant la fin de la rencontre pour être prêt à partir à toute allure si besoin..."

Trois jours plus tard, visite des Slovènes de Jesenice, champions de Yougoslavie, qui s'inclinent de peu devant les Grenoblois 8-6. Une rencontre organisée par l'Association des Journalistes Grenoblois avec pour la dernière fois dans les rangs du C.S.G.G., le Canadien Neil Mac Dermid qui retourne dans son pays. La saison 1965-66 se termine par la réception de l'éternel champion de France, le H.C. Chamonix. Les Dauphinois s'inclinent logiquement 8-2. Comme le précise aujourd'hui Jean-Claude Sozzi : "On a longtemps fait un complexe Chamonix. Ils avaient certes des joueurs très forts comme Alain Bozon ou Jean-Claude Guennelon, mais en plus ils avaient une véritable culture hockey depuis des décennies qui forçait le respect des adversaires".

Pour sa première année dans l'élite du hockey français, Grenoble a réalisé une superbe saison en terminant troisième, alors que, souvenez-vous, Pete envisageait une place dans les cinq premiers comme un très bon objectif. En tout, avec les matches internationaux, Grenoble a disputé 39 matches, en a remporté 25, a concédé 3 nuls et 11 défaites, a marqué 255 buts et en a encaissé 177 en parcourant 9 500 kilomètres ! Mais la grande joie de Pete, ce sont les 80 gamins du club qui vont bientôt assurer la relève toujours au plus haut niveau, un bilan très satisfaisant. Pete peut retourner tranquillement passer l'été dans son Canada natal... comme entraîneur de base-ball !

Buteurs en championnat 1965/66 : Gaëtan "Pete" Laliberté 54, Jean-Claude Laplassotte 25, Joël Surle et Jean-Pierre Fialex 3, Paul Beaudoing, Joël Gauvin et Michel Latour 2, Roger Chataigner et Gérard Aroles 1.

La fusion des contraires

La saison suivante débute par une véritable bombe qui souffle le petit monde du hockey dauphinois. Le 18 septembre 1966, les clubs de Grenoble et de Villard-de-Lans fusionnent pour créer le H.C. Grenoble-Villard-de-Lans ! Une équipe surnommée les "Ours Dauphinois" qui évolue en première série. Une association prévue pour un an, juste pour voir si les "frères ennemis" vont pouvoir cohabiter... Chaque équipe conserve son propre comité de direction et ses équipes de hockey mineur. Il est prévu que les matches internationaux se dérouleront à Grenoble, où le public est friand des joutes européennes du vendredi dans une patinoire qui peut accueillir près de trois mille spectateurs, et que les rencontres de championnat se joueront sur le Plateau, où les gens sont plus habitués aux matches traditionnels franco-français sur la patinoire découverte de Villard. Le président de ce nouveau G.V.H.C. se nomme Georges Ferrero. "Les deux clubs manquaient de joueurs, c'était la meilleure solution" se souvient Pete Laliberté. Côté effectif, on signale l'arrêt de Jean-Pierre Fialex. Un arrêt forcé, il a été suspendu pour sept mois pour s'être battu avec un arbitre. "C'était pourtant un ami de Paris, il m'avait promis d'être sympa dans son rapport... Il m'a finalement suspendu pour toute la saison !". On vous l'avait dit, que Jean-Pierre Fialex était "chaud" sur la glace !

Christian Robin et Claude Chabrel arrêtent également et le défenseur lillois Michel Fournier arrive. Cette nouvelle équipe compte onze Grenoblois et treize Villardiens. Dans les cages, on retrouve : Jean-Claude Sozzi (G), Henri Peyronnard (V) et Jean Ritton (V). En défense : Jimmy Biguet (G), Marcel Perriard (V), Jean-Marie Galéra (G), Marcel Guadaloppa (V), Joël Gauvin (G), Christian Robin (G) et Michel Fournier. Et en attaque : Pete Laliberté (G), Burt Vuillermet (V), Gérard Aroles (G), Robert Bonnard (V), Roland Gaillard (V) le capitaine, Joël Surle (G), Roger Chataigner (G), Jean-Claude Eymard (V), Louis Smaniotto (V), Michel Latour (G), Pierre Holzer (V), Stéphane Dudas (V), Jean-Claude Laplassotte (G), Daniel Pesenti (V) et Daniel Germani (V). Pete Laliberté est entraîneur et Burt Vuillermet son adjoint.

En cette saison 1966/67, le championnat de première série compte deux clubs de moins, dont un à cause de la fusion, l'autre étant Lille. Les sept équipes restantes se rencontrent en matches aller et retour et le premier est champion... Mais cette saison est celle de l'espoir pour le développement du hockey français, on a ouvert des patinoires à Croix (banlieue de Lille), Nancy, Strasbourg et Paris-Charenton, alors que celles de Reims et de Lyon sont presque terminées. En ce début de saison, le G.V.H.C. reçoit le renfort pour les matches internationaux d'un jeune attaquant canadien de vingt ans venu faire ses études à Grenoble : Stuart Dunn. Il peut faire son entrée pour le premier match de la saison, le 14 octobre 1966 contre les Suisses du H.C. Martigny. Et cette nouvelle équipe du G.V.H.C. débute par une défaite 3-2. Le lendemain, elle attaque le championnat par un déplacement à Gap. Les Ours Dauphinois mènent 1-0... lorsque la pluie arrête la rencontre. Comme l'an passé... Décidément, il faudrait peut-être mettre des bâches à la Blache... Du coup, les Grenoblo-Villardiens se rendent en Suisse pour disputer le tournoi de Martigny. Ils perdent d'entrée contre le H..C.. Viège 6-1 puis remportent le premier succès du G.V.H.C. 5-4 contre Lugano, avec cinq buts de Pete malgré ses 36 ans... Le premier succès devant leur public, les Ours Dauphinois l'obtiennent lors du prochain match le 28 octobre face aux Allemands de Cologne 6-4 avec les deux buts victorieux dans les deux dernières minutes. Deux jours plus tard, toujours à Grenoble, mais en championnat, le G.V.H.C. accueille l'U.S. Métro. Les Grenoblo-Villardiens s'imposent sans problème 11-4 devant un public nombreux dont un millier de scolaires invités. Une semaine plus tard, ils partent à Paris pour y disputer deux rencontres de championnat.

Le 6 novembre, ils inaugurent la toute nouvelle patinoire de Charenton face aux Français Volants et fêtent cela avec un beau succès 8-4. Le surlendemain, cette fois-ci dans la traditionnelle patinoire fédérale de Boulogne-Billancourt, nouveau succès contre l'U.S. Métro, 9-4. Une fois à Paris, les Dauphinois en profitent pour aller faire une grande tournée dans trois pays : Pays-Bas, Allemagne et Belgique. Une tournée qui se solde par une victoire 7-5 à Cologne et trois défaites 8-5 à La Haye, 9-3 à S'Hertogenbosch (avec après le match, une fête française organisée par la municipalité néerlandaise...) et 18-4 (!) à Liège face à l'une des meilleures équipes du continent avec ses nombreux Canadiens. C'est d'ailleurs la plus grosse défaite depuis la création du hockey grenoblois en 1963.

En rentrant, Joël Gauvin et Marcel Perriard sont retenus en équipe de France pour un match contre les Diavoli de Milan disputé à Gap. Une équipe milanaise que le public retrouve une nouvelle fois avec plaisir à Clémenceau pour une nouvelle victoire 7-5. À peine le temps de souffler et hop, un match de championnat remporté 6-2 chez l'ogre de l'A.C.B.B. et c'est parti pour une nouvelle tournée dans les bases canadiennes en Allemagne et en Suisse, pour trois défaites 6-chez les Flyers de Zweibrücken, 6-4 à Baden-Baden et 10-5 à Langnau... Cette union Grenoble-Villard a un peu de mal à prendre, il faut juste laisser du temps à des joueurs qui ne se connaissent pas de prendre des automatismes. Le G.V.H.C. prend sa revanche le 9 décembre à Grenoble face à ces mêmes Flyers en les dominant 4-3, et c'est le célèbre rugbyman du F.C. Grenoble, le troisième ligne international Georges Alberto, qui a donné le coup d'envoi. Le lendemain, premier match du G.V.H.C. à Villard-de-Lans, et pas n'importe quel match, avec la venue des vice-champions de France : l'A.C. Boulogne-Billancourt qui s'est imposé la veille 7-0 à Gap. C'est Burt Vuillermet qui joue, Pete étant sur le banc, toujours pas droit à plus d'un étranger en championnat, mais les banlieusards parisiens, en forme, gagnent sans trop de problèmes 5-2. Cinq jours plus tard, l'équipe joue pour la première fois dans l'antre des Diavoli à Milan, eux qui sont si souvent venus à Grenoble. Et cette fois-ci les Italiens, qui n'ont jamais battu Grenoble, comptent bien le faire devant leurs tifosi. C'est bien parti pour les Milanais qui mènent 5-2 à la fin du deuxième tiers, mais c'est sans compter sur Pete Laliberté qui inscrit le but victorieux du 8-7 à cinquante secondes du coup de sirène final. Pas de conte de fée pour les Milanais le jour de la mort de Walt Disney...

Mutation à Saint-Pierre-et-Miquelon

C'est en plein milieu de ce mois de décembre 1966 que, par un communiqué laconique de la direction du club, les supporters apprennent, sans plus d'explications, l'exclusion pour "indiscipline grave" de l'une de leurs idoles : Jean-Claude Laplassotte. Le buteur international quitte même l'Hexagone pour devenir Conseiller Technique Hockey sur Glace à Saint-Pierre et Miquelon, sa patinoire, ses trois clubs et son isolement de territoire français perdu au milieu de l'Atlantique Nord ! Écoutons les explications de l'intéressé : "J'avais dénoncé des irrégularités financières effectuées par le trésorier du club, ce dernier m'avait alors giflé, j'avais répondu d'un coup de poing !" Les dirigeants donnant raison à leur collègue, ils excluent donc Jean-Claude Laplassotte. Mais son ami Serge Bocquet, à l'époque secrétaire général de la fédération, le nomme donc à Saint-Pierre et Miquelon avec comme but de trouver des joueurs en vue des Jeux de Grenoble. Il se rappellera toujours son arrivée dans l'archipel : "Déjà j'ai été bloqué deux jours par la neige à Sydney au Canada, ensuite l'avion qui faisait la navette avec Saint-Pierre était... inquiétant. Il n'avait pas de radar, le pilote naviguait à vue, il attendait l'éclaircie, et lorsqu'il y eut un trou dans les nuages, il fonça sur la piste comme un pilote de chasse !" Bienvenue à Saint-Pierre et Miquelon ! "J'avais 500 joueurs à entraîner ! Et pour faire des matches, nous affrontions, dans tous les sens du terme, des équipes canadiennes comme les Bûcherons de l'Ile d'Anticosti, les Dockers d'Halifax ou les Pêcheurs de Saint-Jean de Terre-Neuve." On va dire que ce fut dépaysant ! En tout cas, après Jean-Pierre Fialex, le hockey grenoblois perd un autre de ses premiers internationaux. Heureusement, pour l'instant, il reste encore Jean-Claude Sozzi...

Le 18 décembre, le G.V.H.C. renoue avec la victoire en championnat en s'imposant à Villard 7-2 contre Gap. À cette époque, il arrivait que le public de Clémenceau gronde, mais alors très très fort... C'est ce qui est arrivé le 23 décembre avec la venue des Néerlandais de La Haye et leur vedette Joop Manuel, meilleur joueur dans son pays. Tout commence pourtant bien avec le coup d'envoi donné par le futur grand pilote de Formule 1, le Grenoblois Johnny Servoz-Gavin, à l'époque champion de France de Formule 3. Mais cela se complique lorsque l'arbitre envoie pour dix minutes en prison le Grenoblois Michel Latour alors que ce dernier (un ange sur la glace...) venait de recevoir un coup de crosse du gardien néerlandais. Résultat, Monsieur Bonnefoy a eu besoin de l'aide de la police pour sortir de la patinoire. Certainement ce qu'on appelle une conduite de Grenoble... Et comme en plus la Haye a gagné 5-4...

Le jour de Noël n'a jamais empêché de jouer au hockey, alors en ce 25 décembre 1966 à Villard, le G.V.H.C. reçoit les universitaires anglais de Cambridge qui gagnent 5-3. Les Ours Dauphinois n'auront même pas leur revanche deux jours plus tard, puisque la neige arrête la rencontre alors que les Anglais menaient 2-1. My goodness ! Le G.V.H.C. aime bien les réveillons, puisque le 31 décembre, toujours à Villard, les Dauphinois concèdent le nul 8-8 face aux Turinois, avant de les écraser le lendemain 14-7, peut-être la dinde qui passe mal... L'année 1967 commence par un petit tour en Suisse pour une défaite 5-3 à Villars-sur-Ollon et un large succès 14-6 à Sierre avec huit buts de Pete, avant de connaître une nouvelle fois une déconvenue 12-7 face au C.P. Liège et à ses dix Canadiens. Deux jours après cette mauvaise blague belge, retour au championnat de France. Les Ours Dauphinois accueillent, à Villard une fois n'est pas coutume, les Français Volants de Paris. L'air de la montagne ne semble pas faire du bien aux Parisiens qui repartent dans la capitale avec un 6-2 dans la musette. Sur leur lancée de la victoire contre Paris, les Grenoblo-Villardiens remettent ça la semaine suivante à Gap avec un confortable 9-1. Depuis quelques saisons (grâce à Pete), les liens entre le hockey grenoblois et les bases canadiennes ou américaines en Europe étaient, on l'a déjà vu, très importants. Rien d'étonnant donc à voir débarquer à Clémenceau en ce 27 janvier, carrément l'équipe des commandos de l'armée canadienne en base à Fort-St-Louis en Allemagne ! Une équipe surnommée les "Van Doos", à forte coloration québécoise, avec quatre défenseurs de plus de 90 kilos, ce qui à l'époque était très rare... Un match incroyablement spectaculaire et engagé qui fait le plein avec plus de 2 500 spectateurs pour saluer la victoire dauphinoise 5-4. "C'était dur d'avoir sa place dans l'équipe pour ces matches internationaux, se souvient Michel Latour, il y avait du beau monde et Pete n'acceptait pas la médiocrité". C'est le moral gonflé à bloc que le G..V..H..C. se rend deux jours plus tard au pied du Mont-Blanc pour y disputer deux rencontres de championnat face aux deux clubs de la région. On commence par une victoire à St-Gervais 6 -2. C'est donc en leader, après huit rencontres, que les Dauphinois vont défier les Chamoniards qui n'ont joué (et gagné bien sûr) que quatre matches. La chute grenoblo-villardienne est à la hauteur des espérances : 5-1 pour les champions de France.

Les matches internationaux vont redonner l'occasion aux joueurs du G.V.H.C. de se refaire une santé. Le 2 février, ils se déplacent à Turin pour un match mémorable à la patinoire du stade Valentino devant 1 500 tifosi en délire. Les "Francesi" s'imposent 12-6 en remportant le dernier tiers 8-0 ! Beaucoup de monde et de buts également une semaine plus tard avec 2 500 spectateurs à Clémenceau pour y voir les Autrichiens de Kitzbühel, l'une des équipes préférées du public grenoblois. Un public ravi avec une superbe victoire de ses favoris 8-6. Retour au championnat avec un match qui va dégénérer. À Grenoble (à cause de l'événement), les Dauphinois reçoivent Chamonix avec la ferme intention de s'imposer et de faire tomber l'indétrônable champion. Poussés par leur public, les hommes de Pete Laliberté sont à deux doigts d'y parvenir. Ils ne s'inclinent que 3-2. Mais la rencontre est houleuse, beaucoup trop hachée par les mauvais coups, l'énervement et les prisons. Il ne reste qu'un seul match de championnat à disputer pour cette première saison de l'équipe grenoblo-villardienne, c'est contre St-Gervais à Villard-de-Lans... et c'est perdu d'un petit but 6-7. Mais le bilan de cette équipe est remarquable : une deuxième place derrière Chamonix, ce qui à l'époque équivaut pratiquement à un titre. Le G.V.H.C. devance l'A.C.B.B. pour un petit but au goal-average direct (succès 6-2 à Boulogne et défaite 5-2 à Villard...). Un bilan exceptionnel, le meilleur du hockey grenoblois après quatre saisons. D'ailleurs, Jean-Claude Sozzi le précise : "On avait une bonne équipe, il ne nous a pas manqué grand-chose...". Un avis qui était partagé par Jean-Claude Eymard : "À part pour certains joueurs qui s'étaient retrouvé sur le banc, la fusion s'était bien passée, l'ambiance était très bonne, on s'entendait très bien, d'ailleurs, on se connaissait déjà, puisque des joueurs de Villard venaient déjà avant la fusion renforcer Grenoble lors des matches internationaux". Une saison qui va s'achever avec un feu d'artifice de matches internationaux. Un feu d'artifice d'abord en forme de pétard mouillé avec une défaite à Clémenceau 7-5 contre les Suisses du Lausanne H.C. et les sifflets du public pour saluer la sortie des siens... Mais ensuite le public dauphinois va être gâté avec la venue d'équipes nationales. C'est d'abord au Japon de battre le G.V.H.C. 9-6 à Villard puis 8-3 à Grenoble.

Un hors d'uvre par rapport au 15 mars où arrive à Grenoble, la grande équipe nationale de Tchécoslovaquie. Les joueurs d'Europe Centrale s'imposent 10-4 devant près de 3 000 spectateurs face à une équipe dauphinoise renforcée par six Canadiens. Une rencontre rêvée pour célébrer le centième match sous les couleurs Grenobloises de Pete Laliberté et Jean-Claude Sozzi. Mais ce n'est rien par rapport au 25 mars 1967, une date à graver en or dans l'histoire de la patinoire municipale de Grenoble. Ce jour-là, trois mille spectateurs ont eu l'immense honneur, l'incroyable privilège, de voir jouer l'une des plus grandes stars du hockey mondial, peut-être même la plus grande pour les Canadiens : Maurice Richard en personne ! Le Rocket est en tournée en Europe avec une équipe d'anciens pros du Canadien de Montréal... Une aubaine incroyable et un souvenir impérissable pour les joueurs. Un match de gala mis sur pied par les journalistes Grenoblois qui voit la victoire des "Old Stars" de Montréal 13-4 avec trois buts de Maurice Richard. L'un des meilleurs souvenirs de la carrière de Joël Gauvin : "Je l'avais déséquilibré devant la cage, mais il avait réussi à marquer à genoux... Un joueur incroyable !". Pour Pete également, cela reste "le meilleur souvenir de ma carrière à Grenoble !". Le lendemain à Villard, les Dauphinois battant ces Old Stars 9-8.

Dernière ligne droite dans cette saison avec la finale du championnat de France de deuxième série pour la réserve du G.V.H.C. qui perd en finale contre Lille 7-4. Le club peut donc être satisfait avec un titre de vice-champion en première série et en deuxième série... Jean-Claude Sozzi peut donc partir tranquillement aux championnats du monde du groupe C avec l'équipe de France et Pete Laliberté aller jouer... en Afrique du Sud durant l'été (qui est bien sûr l'hiver dans l'hémisphère sud).

Buteurs en championnat 1966/67 : Jean-Claude Eymard 18, Gaëtan "Pete" Laliberté et André "Burt" Vuillermet 12, Michel Latour 7, Robert Bonnard et Roland Gaillard 4, Jean-Claude Laplassotte, Daniel Pesenti, Marcel Perriard et Pierre Holzer 3, Jimmy Biguet 2, Jean Vassieux et Daniel Germani 1.

Laliberté entraîneur national

Comme les résultats ont été brillants l'an passé, il n'y a aucune raison de briser un mariage qui marche. On repart donc pour une nouvelle année d'union entre Grenoble et Villard-de-Lans. Deux grands changements cependant. Tout d'abord au poste de président, le Villardien André Ferrero laisse sa place au Grenoblois André Barassi pour respecter l'alternance entre les deux clubs. Mais surtout dans l'effectif avec un départ très difficile à combler, celui de Burt Vuillermet à Reims où l'on vient d'ouvrir une patinoire. C'est Eddy Gosselin, un Canadien de 24 ans natif de Plessiville au Québec, qui le remplace. En Europe, il a joué à Liège en Belgique et à Tilburg aux Pays-Bas, ce qui est franchement une référence à l'époque. Autre recrue beaucoup plus surprenante, celle du Hongrois Janos Egri, 1m87 et 71 kilos. Cet ingénieur en télécommunication évoluait auparavant au Météor et à l'Epitok, deux clubs de Budapest. Il sera commentateur pour le radio hongroise lors des jeux olympiques de 1968 ! Autres changements dans l'effectif avec les arrêts de Paul Beaudoing, Roger Chataigner (retour à Briançon) ou Henri Peyronnard, et les retours chez eux des Nord-Américains Stuart Dunn et Paul Perkins. En revanche, retour à la compétition après un an d'arrêt pour Christian Robin et arrivée d'un défenseur formé à Grenoble et encore cadet, Christian Chabot.

Pour cette saison, autre nouveauté, Pete Laliberté a été nommé entraîneur de l'équipe de France. Toujours avec son souci de formation, il crée immédiatement un club France qui regroupe les nouveaux talents et qu'il réunit pour la première fois en stage en septembre dans la nouvelle patinoire de Lyon. On y retrouve vingt joueurs espoirs dont Marcel Perriard, Joël Gauvin et Daniel Grando... Enfin, dernière nouveauté, mais pour les supporters cette fois, leur nouveau lieu de rendez-vous est désormais le "Jean-Jacques", siège du club situé au 4 de la rue Jean-Jacques Rousseau. Pour joindre la patinoire, en revanche, vous devez composer le 87/57/14. La saison peut débuter par un match de gala important : la première rencontre dans le tout nouveau palais de glace olympique. Pour cet événement, les Grenoblo-Villardiens écrasent, en amical, 15-1 les Gapençais qui viennent pourtant d'engager l'international chamoniard Alain Bozon...

Comme la saison est avant tout marquée par les Jeux Olympiques à Grenoble en février, le championnat de France a été allégé pour permettre à l'équipe de France de disputer correctement ce tournoi olympique en tant que nation organisatrice. On retrouve donc nos bonnes vieilles poules géographiques afin de limiter le calendrier. Le G.V.H.C. ne disputera donc dans un premier temps que six rencontres face à Gap, Saint-Gervais et Chamonix, les trois autres grands clubs alpins. Les Jeux Olympiques sont vraiment sur toutes les lèvres avec dans cet extraordinaire Palais de Glace à partir du 12 octobre, la semaine internationale de hockey sur glace, tournoi pré-olympique pour roder l'organisation. Comme par prémonition, ce sont les représentants soviétiques qui s'imposent avec le Dynamo de Moscou devant la Tchécoslovaquie, les États-Unis et le Canada. Quelle mise en bouche pour le public grenoblois en attendant ce tournoi olympique 1968, légendaire dans l'histoire du hockey mondial. Le championnat étant réduit cette année, il faut combler par les désormais indispensables matches internationaux. Et l'on attaque le 20 octobre avec la venue des Suisses de Lausanne. Les Dauphinois s'imposent 10-9 grâce à un but victorieux de Pete Laliberté à cinquante secondes seulement de la fin du match. Une rencontre où le Grenoble-Villard Hockey Club a fait débuter une nouvelle recrue canadienne, le jeune David Park, 21 ans, qui avait connu Pete cet été en Afrique du Sud. Une semaine plus tard, c'est un club suédois qui affronte pour la première fois Grenoble : l'Avesta B.K. s'impose 5-1 à Lyon et 6-1 le lendemain à Grenoble. Et puis c'est la désormais traditionnelle tournée lointaine en Suisse, Pays-Bas et Allemagne. Pas moins que cinq matches au programme ! Cela commence par une victoire facile à Olten avec Antoine Pasini dans les cages et cela se conclut par un revers face aux aviateurs américains des Wings Flyers à Zweibrücken 10-6. Peut-être est-ce la fatigue de cette tournée, en tout cas le 10 novembre, et ce pour la première fois, une équipe grenobloise perd contre les Diavoli de Milan ! Une défaite à Clémenceau 8-5 avec beaucoup de minutes de prison... et une sortie plus que difficile pour les arbitres. Encore une conduite de Grenoble ! Le lendemain, à Lyon, les deux équipes se séparent sur un score de 4-4.

Les Italiens justement, on les retrouve huit jours plus tard au palais de glace pour un France-Italie disputé devant trois mille spectateurs à 77 jours exactement des jeux olympiques. Malheureusement, cette jeune équipe française encore un peu tendre s'incline 4-1. Deux Grenoblois sont retenus, Joël Gauvin (encore junior) et bien sûr Jean-Claude Sozzi. Le lendemain, la réserve française, l'équipe de France junior, prend une énorme correction (1-9) face au G.V.H.C. Et cela ne s'arrange pas vraiment pour les Tricolores une semaine plus tard, toujours au palais de glace, avec un cuisant 0-11 encaissé par la France devant la Suisse et 5 500 spectateurs inquiets sur les chances françaises pour les Jeux à venir.

Il faut dire qu'il y a à l'époque environ 300 hockeyeurs en France, dont 25 peuvent prétendre au niveau de l'équipe de France, contre 10 000 en Suisse. En équipe de France junior, le calvaire est le même avec deux matches en Pologne. Le premier est perdu 16-1, le lendemain heureusement les Français corrigent le tir avec un nul 6-6. Dans cette sélection junior, on retrouve quatre joueurs du G.V.H.C. : Jean Ritton, Joël Gauvin, Jean Vassieux et Louis Smaniotto. Une victoire en amical 11-4 à St-Gervais le 2 décembre, et en cette fin d'année 1967, un nouveau joueur étranger arrive au G.V.H.C. pour cette saison de matches internationaux. Il s'agit de l'Américain John Gummere, un défenseur de 27 ans, mesurant 1m83 pour 85 kilos. Avec ses nouvelles couleurs, il bat le 8 décembre 4-3 les champions d'Italie de Cortina d'Ampezzo. Un sacré personnage, en fait il s'agissait d'un U.S. Marine arrivant directement du... Vietnam !

Les Chamoniards n'aiment pas prendre l'eau

Deux jours après, on débute enfin le championnat de France de première série 1967/68 avec la réception à Villard en ce dimanche à 15 h de Gap. Une équipe gapençaise où l'on retrouve avec plaisir (et crainte devant ses talents de buteur) Jean-Claude Laplassotte, l'ancien Grenoblois de retour de St-Pierre et Miquelon. Et l'on a raison de se méfier, car il marque les deux buts de sa nouvelle équipe. Heureusement, les Grenoblo-Villardiens en inscrivent un de plus et s'imposent 3-2. Les vice-champions débutent donc cette saison de championnat par un succès... Il faut cependant noter qu'en cette année olympique, les étrangers sont interdits en championnat, Pete n'est donc pas là pour donner un coup de main... En revanche, pour les matches internationaux, on retrouve nos compères Laliberté, Gosselin, Park, Gummere ou Egri. Mais cela ne suffit pas face aux sept Canadiens de Den Bosch qui se vengent à Grenoble 7-5 de leur défaite de novembre. Deux jours plus tard, le 20 décembre, c'est le désormais traditionnel grand choc pour le titre de champion de France entre Chamonix et le G.V.H.C. Malheureusement, une nouvelle fois, les Chamoniards sont intraitables sur leur glace et triomphent 6-2. Les Dauphinois ont craqué dès le premier tiers encaissant un cinglant 5-0.

Le match retour ayant lieu trois jours plus tard (!) à Villard, le G.V.H.C. a l'occasion de se reprendre. Et cela marche puisque les Dauphinois mènent 2-0 à huit minutes de la fin du match... lorsque les Chamoniards quittent la glace : il pleut trop selon les champions de France, en fait vexés d'être en train de perdre devant une si jeune équipe. Ils reviennent ensuite pour s'entendre dire par l'arbitre qu'en effet il pleut beaucoup trop, alors qu'il pleuvait pareillement depuis le début de la rencontre... Mais comme à l'époque personne n'ose aller à l'encontre du Chamonix Hockey Club, la FFSG ordonne de rejouer la rencontre. Ben voyons ! "Sans les arbitres, on gagnait" se souvenait Jean-Claude Eymard...

Deux rencontres internationales par-ci par-là et deux défaites 8-1 à Villard contre Turin et 6-1 à Grenoble face aux Tchécoslovaques du C.H.Z. Litvinov, et l'on apprend la composition de l'équipe de France pour les JO. On y retrouve deux Grenoblois, Jean-Claude Sozzi et Joël Gauvin, et un futur Grenoblois, Daniel Grando. De quoi débuter cette année olympique avec le tonus et une victoire à Villard, le premier janvier (!) 5-3 contre la réserve du Servette de Genève puis une revanche à Grenoble le 5, contre les Turinois 9-5 avec le réfugié politique tchécoslovaque Pavel Lang sur la première ligne d'attaque du G.V.H.C. en compagnie de Pete Laliberté et Eddy Gosselin. Une ligne de rêve !

Décidément en cette saison de championnat, les Dauphinois ont bien des soucis avec la météo. Après la pluie contre Chamonix, voilà la neige qui tombe sur Villard en ce 7 janvier reporte la rencontre contre St-Gervais... Une semaine plus tard pour le match retour, rebelote, les Grenoblo-Villardiens sont bloqués par la neige dans les Gorges de l'Arly. Déjà qu'il n'y a pas beaucoup de matches de championnat cette saison, si en plus, on ne peut pas les jouer... Heureusement que Clémenceau est couvert, cela permet de remporter une superbe victoire 8-3 contre les aviateurs canadiens des Flyers. Du coup, comme il faut bien mettre à jour le calendrier, on dispute le 16 janvier 1968 le premier match de championnat de France de hockey dans le Palais de Glace olympique ! Un Grenoble-Villard contre St-Gervais remporté par les locaux 7-4. Quant à la réserve du Grenoble-Villard Hockey Club, en deuxième série, elle écrase le voisin du Grenoble Universitaire Nucléaire et Industriel sur le score sans appel de 23-1 !

La fièvre olympique

C'est désormais la trêve du championnat en attendant les Jeux. L'équipe de France effectue son stage à Grenoble. Les hockeyeurs tricolores ont le privilège de loger en avant-première au Village Olympique. Le programme concocté par Pete Laliberté est chargé : le matin, entraînement basé sur le patinage sur l'anneau de vitesse de 9 h 30 à 10 h 30, ensuite, entraînement tactique et technique au stade de glace de 11 h à midi trente, puis l'après-midi, entraînement hockey pur et matches de 16 à 18 h. Ensuite, les Tricolores partent se préparer avec des matches dans les bases nord-américaines en Allemagne. Deux défaites 3-2 à Baden-Baden et 7-3 à Zweibrücken. Enfin, ultime rencontre de préparation, à Lyon, avec une défaite 5-0 contre les États-Unis. L'équipe de France rentre alors immédiatement au village olympique, ce que regrette Daniel Grando : "On aurait pu avoir deux jours de repos pour décompresser après une longue tournée et ce match difficile contre les Américains..." Et le grand jour arrive, pour la première fois depuis la première édition à Chamonix en 1924, la France organise les Jeux Olympiques d'Hiver. Le mardi 6 février 1968 à 15h30, d'une phrase devenue historique et entendue depuis de nombreuses fois, le Général De Gaulle déclare "ouverts les Jeux Olympiques de Grenoble" ! Une cérémonie d'ouverture devant cent mille spectateurs devenue légendaire avec le film de Claude Lelouch et le bruit des battements de cur du patineur Alain Calmat montant les marches pour aller allumer la flamme olympique dans le ciel de Grenoble... à quelques encablures de la future patinoire d'agglomération "Pôle Sud", à l'emplacement de l'ancien aérodrome Mermoz, au sud de la ville. Le soir, sous un chapiteau baptisé Olympic Music Hall, là où se trouvait la caserne Vinoy, Gilbert Bécaud et le jeune chanteur grenoblois Michel Fugain donnent un concert pour célébrer l'ouverture des Jeux. Il y aura d'ailleurs des concerts avec toutes les stars françaises de l'époque et des fêtes tous les soirs durant cette olympiade.

En ce qui concerne le hockey, les matches se disputent à la fois à la patinoire du boulevard Clémenceau et quelques mètres plus loin dans le magnifique Palais de Glace. Une compétition en deux poules selon une formule étrange : les huit meilleures nations dans le groupe A qui se disputent la médaille d'or et les six moins bonnes dans le groupe B qui jouent pour les places de 9 à 14. Comme dans un championnat du monde en fait. Dans la poule des grands, on trouve les grands classiques du hockey mondial : U..R..S..S.., Tchécoslovaquie, Canada, États-Unis, Finlande, Suède et les deux Allemagnes. Dans la poule des petits, la France retrouve la Roumanie, la Yougoslavie, la Norvège, l'Autriche et le Japon. Pour Joël Gauvin, c'est un véritable rêve de vivre les Jeux à 17 ans, dans sa ville : "J'avais la pression au début, mais ensuite les plus anciens m'ont rapidement entouré et conseillé. Dommage que l'on n'ait pas eu assez de préparation et que le hockey français n'était pas assez structuré à l'époque pour faire face à un tel événement. Mais aujourd'hui, cette déception est effacée, il ne reste que le très bon souvenir d'une incroyable aventure." Les Français vivent en effet un calvaire avec cinq défaites en autant de rencontres et se classent quatorzièmes et derniers de ce tournoi olympique. Mais il ne faut pas leur jeter la pierre, à cette époque la France est classée 23e nation sur 24, c'est-à-dire avant-dernière du groupe C des championnats du monde. De plus, la fédération a décidé de ne sélectionner pour ces Jeux que des joueurs de moins de 24 ans, se privant ainsi de joueurs d'expérience qui auraient pu limiter la casse. C'est donc la Yougoslavie qui remporte ce tournoi olympique des places 9 à 14, mais c'est la poule pour le titre qui enflamme Grenoble et la France entière. Si c'est une nouvelle fois l'Union Soviétique qui s'impose pour la médaille d'or, un match disputé dans le Palais de Glace illumine ces Jeux et entre de plein pied dans l'histoire, dans la légende des Jeux Olympiques. Le 15 février, à quelques semaines du déclenchement du Printemps de Prague, les Tchécoslovaques incroyablement motivés (et par uniquement par le hockey...) font tomber les "grands frères" soviétiques devant une foule surexcitée.

Les Soviétiques ouvrent la marque par Maïorov mais dans ce premier tiers, les Tchèques et les Slovaques se déchaînent et inscrivent trois buts par Sevcik, Hejma et Havel. Après, il leur "suffit" de tenir, ils y parviennent, mais en y laissant toutes leurs forces et en cristallisant toute l'énergie du désespoir de deux peuples (tchèque et slovaque) humiliés. Au deuxième tiers, les Soviétiques reviennent à 3-2, mais les Tchécoslovaques reprennent leurs deux buts d'avance grâce à Golonka. L'ultime période est insoutenable avec des Tchécoslovaques héroïques, regroupés devant leur incroyablement talentueux gardien de but slovaque Petr Dzurilla. En contre, ils marquent même un nouveau but par Jirik et mènent donc 5-2. La fin de match est hallucinante, les Soviétiques poussent, poussent, reviennent à 5-3 par Maïorov, puis à 5-4 par Pouloupanov... et c'est tout ! Dzurilla est impérial. Au coup de sirène final, il est submergé par ses coéquipiers. Parmi eux, un défenseur, Josef Horesovsky. Il ne sait pas encore qu'il reviendra à Grenoble comme entraîneur en 1983. Chapeau Monsieur Josef ! Mais les Tchèques et les Slovaques ont tout donné lors de ce match (le seul qui comptait vraiment pour eux d'ailleurs...), ils terminent finalement deuxièmes de ce tournoi remporté par... l'U.R.S.S. ! Comme quoi, tout le monde est content !

Ce tournoi olympique de hockey a un impact incroyable en France : grâce à la télévision, l'Hexagone découvre ce sport jusqu'alors confiné aux Alpes et à Paris. Des patinoires poussent partout en plaine. Bien sûr ces graines vont mettre du temps à germer, mais il y a un avant Jeux de Grenoble et un après Jeux de Grenoble pour le hockey français. Cet après Jeux aurait pu être encore mieux exploité, en particulier par le ministère des sports qui ne réagira jamais à la demande de la ville de Grenoble de créer dans la capitale dauphinoise un Centre National de la Glace et du Hockey. Dommage, cela aurait pu permettre aux sports de glace de se développer encore plus...

Le 19 février, le rêve olympique s'est envolé avec la magnifique cérémonie de clôture et pour longtemps. "C'est dommage que l'on n'ait pas laissé cette jeune équipe de 1968 mûrir en vue de Saporro 1972" regrette aujourd'hui l'un de ces jeunes tricolores de l'époque, Dany Grando. Pour Jean-Claude Sozzi, le regret pour ces jeux réside dans le fait que "la préparation a été insuffisante du point de vue physique et du suivi médical. On était prêts physiquement quinze jours trop tôt. Mais cela reste quand même un très grand moment".

Retour à la réalité

Le retour à la réalité pour le hockey grenoblois, c'est dès le 21 février avec un déplacement à la patinoire Montchoisi à Lausanne et une lourde défaite 9-3 face aux Suisses... Heureusement, tout cela est vite oublié avec trois succès face à d'autres Suisses : Morges à Villard (8-5 et 5-4 le lendemain) et Olten (11-5) à Courchevel pour l'inauguration de la patinoire de la station de Tarentaise. À cette occasion, Pete inscrit son 250e but grenoblois ! L'effet J.O., le G.V.H.C. peut le vérifier le 28 février, lors d'un match à Turin. Ils sont très nombreux pour assister au succès dauphinois 6-3. Le lendemain, les Grenoblo-Villardiens retrouvent Clémenceau pour un match classique contre les Autrichiens de Kitzbühel. C'est le rugbyman Guy Cambérabéro qui donne le coup d'envoi d'une rencontre haletante remportée 4-3 par les Tyroliens. Et revoilà le championnat de France de première série.

Grâce à deux ultimes succès 2-1 le 3 mars à St-Gervais et le 10 mars 7-5 à Gap, les Dauphinois se qualifient pour les finales du championnat. Des finales prévues les 29, 30 et 31 mars à Grenoble justement. Juste le temps pour le G.V.H.C. de jouer deux matches de gala contre les vice-champions olympiques, les Tchécoslovaques, qui s'imposent le 25 mars à Grenoble 11-2 et le lendemain à Lyon 13-2. Une rencontre disputée à Grenoble le lendemain du démarrage du Printemps de Prague, comme un symbole des liens si forts entre le hockey grenoblois et les peuples tchèques et slovaques !

Et voilà donc ces fameuses finales du championnat de France où les Dauphinois vont tenter de devenir pour la première fois champions de France. Cela débute le 29 mars par d'entrée le choc entre Grenoble-Villard et Chamonix... Revanche du fameux match qui avait été arrêté "sur ordre" des Chamoniards... Et malheureusement c'est encore trop tôt pour battre cette équipe chamoniarde qui gagne 6-3 suite à un match très heurté avec de nombreuses bagarres. Joël Surle avoue que toutes ces années "Chamonix était vraiment au-dessus du lot. Il n'y avait pas grand-chose à faire". Dans le même temps, à Boulogne-Billancourt, se déroule l'autre rencontre de cette première journée de la finale et l'A.C.B.B. domine les Français Volants 5-1. Le lendemain, les équipes parisiennes sont arrivées à Grenoble. Le G.V.H.C. dispose des Français Volants 7-1 et, surprise, Chamonix concède le nul 3-3 contre l'A.C.B.B. Le titre se joue donc le 31 mars lors de l'ultime journée de ces finales. Le G.V.H.C. commence par dominer l'A.C.B.B. 6-4 pour obtenir comme l'an passé la médaille d'argent... et permettre à Chamonix qui a battu les Français Volants 8-4 de conserver une année de plus son titre.

Un titre que Grenoble-Villard obtient avec sa réserve en deuxième série. En finale des Alpes, les jeunes Ours Dauphinois écartent lors de l'inauguration de la nouvelle patinoire de Megève, la réserve de Chamonix 4-2. Ensuite en finale nationale, ils remportent le match aller à Paris 9-2 contre l'U.S. Métro qui compte dans ses rangs l'ancien Grenoblois Jean-Pierre Henet. Et comme le match retour n'aura jamais lieu suite au forfait des Parisiens (certains de perdre ?) voilà le premier titre de champion du hockey grenoblois... Une équipe réserve championne de France de 19 ans de moyenne d'âge avec cinq Villardiens (Jean et Michel Vassieux, Daniel Germani, Daniel Pesenti et Louis Smaniotto) et huit Grenoblois (Pascal Delmonaco, Jean-Pierre Cabuis, Raphaël Di Girolamo, Pierre Bottari, Vernay, Gérard Goubin, Daniel Blanc et Gilles Duru).

Reste à finir cette saison historique pour le hockey grenoblois avec quatre matches amicaux. Deux victoires 9-2 contre le C.P. Zürich, 10-2 à Megève, un nul 8-8 devant Lausanne et une défaite 8-3 face au S.O.N.P. Kladno, l'un des grands clubs tchèques. Après une telle saison, où le jeune Joël Gauvin (19 ans) a déjà disputé son centième match sous les couleurs grenobloises, Albert Fontaine a bien le droit d'écrire dans les colonnes du Dauphiné Libéré : "Qu'il n'y a pas d'inquiétudes à avoir, dans trois ans, Grenoble, ville olympique, aura une grande équipe." Et c'est vrai qu'en ce printemps de 1968, on peut se permettre de rêver d'une révolution dans le hockey français qui verrait Chamonix détrôné par Grenoble...

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