HC Fribourg-Gottéron

Chapitre V - Bykov et Khomutov, un duo de légende

 

Chapitre précédent (Enfin la LNA)

C'est le 12 février 1990 qu'un coup de téléphone change l'histoire du hockey suisse. L'ancien joueur Tino Catti appelle Jean Martinet pour lui faire savoir que deux des meilleurs joueurs du monde, Vyacheslav Bykov et Andrei Khomutov, qu'il a rencontrés dix jours plus tôt à Berlin lors de la finale de Coupe d'Europe, ont l'intention de venir jouer en Suisse. Après avoir essuyé les étonnants refus d'Olten, de Zurich et de Berne, Catti trouve en Martinet une oreille attentive, d'autant qu'il avait déjà essayé - en vain - d'attirer Larionov.

Neuf jours plus tard, Martinet est à Moscou, et assiste à une rencontre entre le CSKA et le Dynamo, au cours de laquelle la ligne de Bykov et Khomutov marque quatre buts pour égaliser dans les dix dernières minutes. Il rencontre les joueurs et leur vante les attraits de la confédération, notamment la brièveté des déplacements qui leur permettra de passer plus de temps avec leur famille. Avec des joueurs qui ont vécu tnt d'années en "internat" au CSKA, l'argument porte. Le dossier est clair : carte de la région, photos de leur future maison, rien ne manque. Les joueurs sont sous le charme, reste à convaincre les dirigeants...

C'est presque une formalité, lors d'un nouveau voyage un mois plus tard. L'officialisation du transfert intervient le 21 mars 1990. Un dîner est organisé au Mosprofsport, l'organisme chargé de placer les sportifs russes à l'étranger, et l'agent Vladimir Beniashvili se fend même d'accents lyriques : "Le peuple soviétique a élevé Slava et Andrei comme ses enfants, maintenant les deux cent cinquante millions de Soviétiques vous confient leurs enfants, prenez-en soin".

Cette année-là, les championnats du monde se déroulent (beaucoup) à Berne et (un peu) à Fribourg. C'est l'occasion idéale pour les joueurs de découvrir ce qui les attend, mais le calendrier des sélections nationales est très strict. Pour approcher ces nouveaux protégés, le président Jean Martinet doit passer le service de sécurité de l'Allmend de Berne, et il se fait alors passer pour un membre de l'encadrement soviétique qui ne comprend que le russe, ce qui lui permet d'avoir raison de la patience des vigiles à l'usure. Il peut alors discuter avec ses joueurs, mais pour les soustraire à la garde de l'implacable, du redoutable Viktor Tikhonov, il faut négocier. Il accorde trois heures aux deux joueurs pour visiter leurs futures résidences, et Jean Martinet les ramènera en hélicoptère, à une minute du couvre-feu, dans leur hôtel de Gunten. Tikhonov, le "tyran" du CSKA, et Martinet, le Suisse démocrate et expansif, voilà un couple étonnant, qui apprend pourtant à s'apprécier. Le sous-colonel Tikhonov se trouve un point commun avec le capitaine Martinet.

Les drapeaux rouges flottent sur Fribourg

Et dire que dans l'armée suisse, Jean Martinet n'a cessé de participer à des manœuvres qui visaient toutes à repousser les attaques en règle du péril rouge sur la pauvre petite Suisse. La guerre froide est déjà presque un mauvais souvenir, et les ennemis d'hier se réconcilient dans le sport, par la magie de la beauté universelle du hockey russe de l'époque. Ce rapprochement helvético-soviétique a de quoi déconcerter. Que se passe-t-il sur la Suisse d'habitude si tranquille ? Pour saluer le débarquement à l'aéroport, des drapeaux soviétiques accompagnent le son des cloches helvétiques, dans un étonnant brassage politico-culturel.

Fribourg est vite conquise. La simplicité et la modestie de Bykov le chaleureux et de Khomutov le discret, alliées à la formidable qualité de leur hockey, en font vite des chouchous. Anton Stastny, l'attaquant slovaque, qui sait pourtant que les Russes sont là pour le supplanter dans son statut de renfort étranger (il sera recasé à Olten), veille sur eux et les aide dans leur adaptation. Il se souvient en effet de l'époque où c'était lui le déraciné, lorsqu'il avait fui la Tchécoslovaquie pour le Canada avec son frère Peter. À cette époque où se dessine un exode massif des meilleurs joueurs soviétiques, l'intégration de ceux-ci à l'ouest échouera très souvent. Les efforts entrepris par Fribourg-Gottéron pour acclimater par ses recrues auront sans doute grandement évité cet écueil. L'adaptation se fait beaucoup plus vite pour Bykov que pour Khomutov, pour qui la barrière de la langue est plus importante. Tandis que Slava s'ouvre à ce nouveau pays, Andrei est dans son monde et pratique des activités solitaires comme la pêche. Il faut dire qu'il vit pour le hockey, avec une authentique rage du buteur. Même à l'entraînement, il fait tout pour marquer.

Après trois défaites pour commencer la saison 1990/91, l'entraîneur Paul-André Cadieux réussit à faire comprendre aux deux Russes qu'ils doivent prendre plus de responsabilités, que c'est sur eux qu'on compte pour faire le jeu. Bref, ils apprennent le rôle particulier dévolu à un étranger en Suisse. À l'entraînement, on se rend en effet compte de leur différence avec les joueurs helvétiques : Bykov et Khomutov maîtrisent sur le bout des ongles leur technique de base, que les Suisses doivent encore travailler. Les Russes savent ainsi en même temps patiner à pleine vitesse et manier le palet avec habileté.

Mais le choc culturel est tout aussi important sur le plan de l'état d'esprit pour Bykov : "On gagnait, on perdait, et les dirigeants nous disaient que ce n'était pas grave. Après une défaite, les joueurs suisses étaient furieux pendant cinq minutes, et puis ils se remettaient à rire et à chanter. C'est parce que tout le jeu était construit sur les étrangers. Nous sommes les plus payés, nous marquons. Et si nous jouons mal, les autres aussi. Cadieux, un entraîneur intelligent, a fait tourner les jeunes joueurs sur notre ligne. Pour qu'ils apprennent." Leur premier coéquipier Mario Brodmann en sera le principal bénéficiaire : sans eux, il n'aurait sans doute jamais intégré la sélection nationale en 1992.

Et il y a de quoi apprendre en les voyant jouer. Slava Bykov, c'est l'imagination, le sens de la passe, tout cet aspect créatif que l'on peut attendre d'un centre. Andrei Khomutov, c'est avant tout un coup de patin extrêmement efficace, qui lui permet de dépenser un minimum d'énergie. Ainsi, toute la puissance de ses cuisses est "transformée" en vitesse, et il est peut-être le joueur le plus rapide du monde sur ses deux ou trois premiers pas. Et les deux hommes se distinguent par leur extrême mobilité, toujours capables d'ajouter un virage pour se sortir des griffes des défenseurs.

Lors des play-offs 1991, Fribourg-Gottéron est malmené par Ambrì-Piotta. Cadieux veut changer les lignes, mais les Russes refusent : ils veulent continuer à jouer contre les étrangers adverses (dont Mike Bullard) pour remporter leur duel et remplir leur rôle de leaders. L'intelligence de Cadieux sera de laisser ses joueurs s'exprimer : ces génies originaux ne sauraient se réduire à un système de jeu, il leur demande même leur avis sur certains points tactiques. Ce quart de finale contre Ambrì restera d'anthologie par sa spontanéité, son style échevelé et sans calculs. Le quatrième match en particulier est complètement fou. Fribourg mène toute la rencontre mais Ambri prend l'avantage 8-7 sur la fin. Mario Rottaris égalise à une minute du terme, puis Mario Brodmann fait passer Gottéron devant in extremis... avant que l'arbitre ne refuse un but égalisateur à Bullard sur la sirène. Les images de la télévision suisse italienne montreront pourtant que le palet a franchi la ligne quelques dixièmes de secondes plus tôt. Les Fribourgeois remportent finalement la série après avoir perdu les deux premières manches, mais ils échouent en demi-finale face au jeu plus basique et efficace de Berne, dominateur cette saison-là.

Le HC Bykov-Khomutov

Le pari est réussi pour Jean Martinet : le 3 janvier 1992, il peut passer la main au nouveau président Yves Cantin en toute sérénité. Fribourg-Gottéron n'est plus ce club moribond sauvé des eaux, mais l'indéniable attraction du championnat suisse. D'ailleurs, six jours plus tard, il s'impose à la Resega de Lugano pour la première fois depuis plus de cinq ans et s'empare de la tête du championnat 1991/92 pour ne plus la quitter. La réussite du club dépend tant de son nouveau duo qu'on le surnomme le "HC Bykov-Khomutov". Comme pour un renvoi d'ascenseur envers ce hockey qui l'a grandi, Gottéron finance la préparation de l'équipe nationale soviétique - ou plus exactement de la "CEI" - pour les Jeux d'Albertville. À l'occasion d'un match amical entre les Fribourgeois et la Sbornaïa, le public réclame Viktor Tikhonov, l'homme qui a été toujours craint et rarement aimé de par le monde, pour un tour d'honneur. L'acclamation qui lui est réservée est aussi étonnante que les drapeaux soviétiques brandis à Saint-Léonard pendant les rencontres de championnat.

Malheureusement, au retour d'Albertville, Slava Bykov est victime d'une odieuse agression d'Andreas Zehnder (Zurich) et n'est pas à son meilleur niveau lors des play-offs. En demi-finale contre Ambrì, Fribourg-Gottéron passe à vingt secondes de l'élimination, avant l'égalisation de Chad Silver et le but vainqueur en prolongation d'Andrei Khomutov. Mais en finale, les Dragons butent sur Berne et son excellent défenseur, l'international finlandais Reijo Ruotsalainen.

Car Bykov et Khomutov ne sont plus seuls. Le niveau de jeu de la LNA est propulsé à des sommets par la qualité des étrangers recrutés, souvent parmi les meilleurs joueurs européens. Le journaliste-polémiste Klaus Zaugg écrit ainsi que le hockey suisse est entré dans la "quatrième dimension" grâce à Bykov et Khomutov. Leurs coéquipiers réapprennent à jouer au hockey en analysant leur style. Le défenseur Samuel Balmer sera ainsi surnommé "Balmerov" en héritant un peu de la joie de jouer et de la passion créatrice qui anime les Russes.

En 1992/93, Lugano recrute même Larionov, ancien centre n°1 du CSKA quand Bykov était le n°2. Il sera viré en cours de saison : aucune star n'aura un impact aussi important que le duo de Fribourg-Gottéron. Pourtant, cela n'est pas suffisant pour remporter le titre. Que manque-t-il ? Peut-être un peu plus d'homogénéité dans l'effectif, et notamment un deuxième centre plus agressif que le très technique Mario Rottaris pour donner à la deuxième ligne une gnac qui complèterait le talent des deux Russes au lieu de rester dans leur ombre.

Et puis, en face, il y a toujours des joueurs de talent. Après Ruotsalainen (Berne), c'est Anders Eldebrink (Kloten), encore un joueur doué techniquement et toujours bien placé, très difficile à passer en un contre un. Bykov et Khomutov connaissent bien Eldebrink, qu'ils affrontaient également dans les matches internationaux, et pour qui ils ont énormément de respect. Ils en ont beaucoup moins par contre pour leurs adversaires de Davos, où l'on promet 100 francs suisses pour chaque mise en échec sur les deux Russes, et où on ne lésine sur aucun coup...

La saison de tous les regrets

La domination de Fribourg-Gottéron sur le championnat devient totale en 1993/94. Pascal Schaller explose sur la première ligne, et il avoue sans peine que c'était facile. Lui qui n'a jamais eu la qualité de patinage pour faire la différence à lui seul bénéficie des espaces ouverts par la défense adverse qui s'occupe surtout de neutraliser ses partenaires. Si tous ne se sont pas adaptés aux deux Russes aussi bien que Schaller, c'est qu'il fallait tout de même être capable de lire leur jeu. Dès lors, l'ailier qui perçoit ce que vont faire Bykov et Khomutov sait qu'il n'a qu'à bien se placer et qu'il recevra une passe millimétrée dans sa crosse. Ensuite, il faut être efficace devant le but.

Reprise directe de Khomutov sur passe parfaite de Bykov : cette action de jeu devient presque un rituel. Personne en Europe ne sait la mener comme ces deux-là, et toute l'équipe s'y met, en prenant le fabuleux tir direct d'Andrei pour modèle. Les combinaisons des Dragons impliquent aussi le défenseur offensif Patrice Brasey : entrée de zone de Bykov, passe en retrait pour Brasey qui trouve en profondeur Khomutov lancé à pleine vitesse... Etc, etc. Cette saison-là, c'est un véritable récital de hockey qui est donné à chaque match. Fribourg-Gottéron termine à la fois avec la meilleure défense et avec la meilleure attaque, en ayant marqué 30% de plus de buts que n'importe lequel de ses adversaires. Mais il termine aussi avec la première défense. Quant à Bykov et Khomutov, ils ont survolé le classement des compteurs...

Et pourtant, à la veille des play-offs, Conny Evensson, l'entraîneur de Kloten, déclare dans Sport qu'il n'échangerait en aucun cas un de ses étrangers - ses compatriotes Johansson et Eldebrink - contre Slava Bykov. Une déclaration prévisible mais provocatrice... et justifiée par le déroulement des séries. La supériorité de la technique et du patinage de Fribourg ne suffit pas pour faire céder le tenant du titre Kloten, une équipe homogène, concentrée sur son objectif qui bâtit son succès sur une prudence tactique "à la suédoise". Que les deux Russes aient amassé des totaux astronomiques en play-offs (31 points pour Bykov et 26 pour Khomutov en onze parties) n'y change rien. Le gardien Dino Stecher, qui avait pourtant remporté le trophée Jacques-Plante de meilleur gardien du championnat, est désigné comme bouc émissaire de cet échec par Cadieux et envoyé à Zurich.

L'échec du Fribourg 1993/94 - la plus forte équipe de l'histoire à ne pas avoir été championne suisse - a sonné comme une sanction finale. Cette équipe vouée à l'offensive et au spectacle est trop déséquilibrée pour gagner.

Khomutov, casque d'or malgré lui

Pour la saison 1994/95, une banque suisse verse 250 000 francs à la ligue pour apposer son nom sur le "casque d'or" que doit désormais coiffer le meilleur marqueur de chaque équipe. Ce dont elle ne se doutait certainement pas, c'est que les deux stars du championnat, Bykov et Khomutov, annonceraient leur refus de porter cette distinction. Slava s'explique : "Le fait de porter ce casque est contraire à notre esprit. Nous savons que les sponsors sont indispensables et nous n'avons rien contre. Mais ce casque d'or, qui met un joueur en pleine lumière au détriment des autres, est contraire à l'esprit du hockey qui est un sport collectif. Andrei et moi sommes venus en Suisse avec l'idée que chacun, dans une équipe, devait tirer à la même corde et qu'il n'y avait pas de place pour des vedettes. Qu'il n'y avait pas de privilèges possibles pour les meilleurs éléments du groupe, dont le devoir est de montrer l'exemple." Les deux Russes menacent de quitter la Suisse si on les oblige à s'abaisser à rentrer dans ce jeu. Le championnat commence, et en protestation, tous les joueurs de Fribourg se présentent sur la glace à un match avec un casque orange. Comme Khomutov ne porte pas la coiffe dorée qui lui échoit, la ligue le sanctionne d'un match de suspension. Comprenant qu'ils font face à un mur, et pour ne pas pénaliser leur équipe, les Russes finissent par céder, "à contrecœur" avoue Khomutov. Slava Bykov en tire cette conclusion : "Vous avez ici la chance d'avoir une société libre et démocratique. Le problème, c'est que l'argent y a peut-être beaucoup plus de pouvoir qu'ailleurs." On pourrait voir dans cette polémique un reliquat de l'idéologie soviétique, mais dix ans plus tard, Nash et Thornton, vedettes de NHL arrivées lors du second lock-out, critiqueront à leur tour l'existence du casque d'or.

Pour l'instant, on en est encore au premier lock-out en NHL. La ligue nord-américaine reprendra à mi-saison, mais pendant qu'elle ferme ses portes, quelques vedettes d'outre-Atlantique débarquent en LNA. Leurs coéquipiers attendent beaucoup d'eux, leurs adversaires sont parfois intimidés, mais Bykov et Khomutov, avec leur expérience des confrontations internationales jusqu'à leur retraite de la sélection en 1993, se délectent de cette perspective. Le célèbre défenseur américain Chris Chelios, recruté par Bienne, doit ainsi faire ses débuts contre Fribourg. Son entraîneur lui assigne évidemment la mission de surveiller le duo russe. Le pauvre défenseur est perdu sur grande glace et voit Bykov et Khomutov marquer quatre buts en sa présence. Il jouera trois matches en Suisse avant de rompre son contrat.

Les deux Russes ont beau avoir dégoûté plus d'un défenseur, plus personne ne croit qu'ils puissent remporter le titre en 1994/95 après avoir viré leur premier gardien. Fribourg a fait venir de Toronto un gardien à double nationalité canado-suisse, Brian Daccord, mais celui-ci se blesse. Il fera meilleure carrière dans l'entraînement des gardiens, auteur d'un livre de référence sur le sujet. Comme le n°2 Thomas Liesch ne fait pas l'affaire, c'est Steve Meuwly, le fils du légendaire Robert Meuwly, qui se retrouve titulaire à vingt ans. Il le restera l'espace d'une saison, car l'international suédois Thomas Östlund sera engagé par la suite.

Larsson gère les blessés, Péloffy les malades

Après l'élimination en demi-finale 1995 face à Zoug, la crise qui couvait en coulisses éclate. Paul-André Cadieux est remplacé par Kjell Larsson, l'ancien entraîneur de l'équipe de France. On redoute que le Suédois, adepte d'un style de jeu très défensif, rencontre quelques difficultés avec les deux Russes : Bykov parce qu'il était le relais de Cadieux sur la glace, et Khomutov parce que la patience défensive n'était pas son point fort. Mais en réalité, le seul problème de Larsson, ce sera de ne pas pouvoir disposer de ses deux joueurs valides.

À l'été 1995, Bykov se blesse à l'épaule. Juste après son retour, le 21 octobre, c'est au tour de Khomutov de se blesser. Leurs remplaçants respectifs Andreï Lomakin et Dmitri Shamolin ne peuvent évidemment pas prétendre les faire oublier. Après un retour au jeu précipité, cette saison 1995/96 tout entière est une véritable souffrance pour Slava Bykov. Il ne peut jamais donner sa pleine mesure à cause de son épaule douloureuse, et Fribourg-Gottéron n'arrive même pas à se qualifier pour les play-offs.

Quand le championnat 1996/97 commence par trois défaites et un nul, Kjell Larsson en est cette fois tenu pour responsable. Il est licencié et remplacé par une personnalité connue uniquement en France (et un peu en Autriche), le Franco-Canadien au caractère impulsif André Péloffy, ancien buteur-vedette des Bleus au début des années 80, champion de France comme joueur (Tours, Saint-Gervais, Mont-Blanc), entraîneur-joueur (Français Volants) et entraîneur (Brest).

Peloffy remporte son premier match contre Davos, mais est ensuite confronté à une tuile imprévue : une intoxication alimentaire qui met la majorité de l'équipe sur le flanc et oblige la fédération à reporter quatre rencontres de LNA. Coupable : la salmonellose. Le restaurateur suspecté se lamente pour le club et pour lui-même : "II y a de la suspicion, l'image de l'établissement en prend un coup. Et puis les gens vont m'assassiner; à Fribourg, il y a Dieu et Gottéron juste après."

Fribourg-Gottéron se qualifie pour le nouveau tour final à six équipes, et l'engagement d'une nouvelle légende du hockey russe, Sergueï Makarov, ravive l'intérêt de la fin de saison. Mais le conflit de caractère est tel avec "Pélo" que l'ailier de la KLM est mis à l'écart avant les play-offs, qui se soldent par une élimination devant Davos.

Lors de ces quarts de finale, on découvre un gardien de 19 ans formé au club : David Aebischer. Cependant, ses chances de devenir titulaire sont faibles, car le géant suédois Thomas Östlund tient fermement le poste. Même à l'entraînement, il déteste céder sa place et met la patience de ses doublures à rude épreuve. Steve Meuwly part ainsi à Genève en LNB, où sa carrière s'arrêtera aussitôt en 1998, à 24 ans seulement, après une blessure au genou.

Quant à Aebischer, il devient en juin 1997 le premier Fribourgeois drafté en NHL, au sixième tour par Colorado. Sans espoir d'être n°1 chez lui, il décide de partir sans attendre outre-Atlantique, où il gravira vite les échelons jusqu'à la Coupe Stanley remportée en 2001 comme suppléant de Patrick Roy, auquel il succèdera. Le plus célèbre produit du club n'aura donc presque pas eu le temps de jouer en équipe première...

Il faut dire qu'Östlund fait tout pour mériter les honneurs de titulaire. Il est élu meilleur gardien en 1997/98 et contribue grandement à la belle saison du club, deuxième de la saison régulière et finaliste du championnat. Cette équipe rajeunie, qui comporte d'intéressants espoirs comme Philippe Marquis, le défenseur offensif formé à Fleurier, a réussi à devenir moins dépendante de son duo russe, blessé une bonne partie de la saison.

Par conséquent, Fribourg-Gottéron ne reconduit pas les contrats de Bykov et Khomutov, de manière un peu cavalière. Les deux hommes, qui formaient un duo inséparable mais qui ne partageaient rien en commun en dehors du hockey, se séparent et ne se croiseront presque plus. Pendant huit ans, ils ont été les symboles du club. Pour préparer la suite, le club pourra s'appuyer sur quelques vétérans et sur une nouvelle génération qui commence à pointer le nez...

Marc Branchu

 

 

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