HC Bolzano

 

Localisation : ville italienne de 105 000 habitants à 100 km de la frontière autrichienne. Bolzano est la capitale du Haut-Adige (en allemand Südtirol), province autonome d'Italie à dominance germanophone.

Nom du club : Hockey Club Bolzano.

Fondation du club : 1933.

Couleurs : Rouge et blanc.

Palmarès :

- Champion d'Italie 1963, 1973, 1977, 1978, 1979, 1982, 1983, 1984, 1985, 1988, 1990, 1995, 1996, 1997, 1998, 2000, 2008, 2009, 2012

- Vainqueur de la Coupe d'Italie 2003, 2007, 2009

- Alpenliga 1993/94

- Coupe des ligues européennes 1994

- Vainqueur de la ligue autrichienne (EBEL) 2014

 

Les pionniers de Bolzano

C'est à la fin des années 20 que le hockey commence à s'implanter dans le Haut-Adige, d'abord sur le lac de Costalovara, le premier à geler en hiver, puis à Gardena et sur la plateau de Renon. En 1933, La capitale provinciale, Bolzano, aménage elle aussi une piste au Campiglio, un endroit à l'écart de la ville que le soleil n'éclaire pas durant la saison hivernale. Une vieille buanderie est reconvertie en vestiaire, bien qu'on ne puisse y faire entrer que trois joueurs à la fois. Le gardien Magreiter, les défenseurs Mech et Hager, l'attaquant Ernst Ebner, les frères Menestrina (Guido et Siegfried) et Lux (Robert et Hans) sont les pionniers auxquels on doit la fondation du Hockey Club de Bolzano, bientôt, rejoints par Arthur Pernstich (alias "Bärele"). Un entraîneur autrichien est recruté, Ulrich Lederer. Le premier match contre Milan attire deux mille spectateurs, et tourne évidemment à la leçon (0-6).

Le hockey italien est en effet toujours outrageusement dominé par les équipes de Milan, unique ville à disposer d'une patinoire artificielle, et ce depuis déjà une décennie. Hans Lux est le meilleur joueur local, il sera même recruté par les Diavoli milanais et intègrera l'équipe d'Italie.

Lorsque le hockey reprend après la guerre en 1945, et l'écart entre les équipes milanaises et les autres s'est réduit. À Bolzano, on commence à s'occuper de la formation des jeunes, avec une équipe junior, et on continue d'engager des spécialistes étrangers avec l'entraîneur de l'équipe nationale italienne, le Hongrois exilé Sandor Ott, arrivé en 1948.

Froid, moi ? Jamais !

Mais le principal frein à la progression du HCB est le problème du terrain de jeu. Le club quitte le Campiglio - qui est toujours en "libre service" pour tous ceux qui veulent patiner jusqu'à plus soif - et se rapproche du centre ville en s'installant un temps Via Vintola, puis en 1949/50 Via Marconi, sur la première glace équipée des balustrades devenues obligatoires, qui durera peu longtemps car on construit des hébergements pour les militaires à la place. Ces surfaces ne pouvant être gelées qu'une vingtaine de jours dans l'année, on part jouer aux Piani, zone réputée pour son froid sibérien. Il faut du courage aux spectateurs qui osaient aller là-bas assister aux rencontres par une température moyenne de -20°C ! Et pourtant, ils se massent autour de la piste pour assister aux prestations des premiers joueurs étrangers (Specht et Lück), encadrés par un entraîneur allemand, Fritz Geiger, tandis qu'émerge au même moment la première jeune vedette de la nouvelle génération, "Picco" Mencarelli. Ce sont carrément quatre Allemands (Hermann, Lödermann, Kapferer et Graf) qui officient en 1952/53, dans ce qui sera la dernière saison sur glace naturelle.

C'est en effet le 7 novembre 1953 que le grand jour tant attendu arrive : sur la Via Roma, dans le pavillon numéro 1 de la foire aux expositions de la ville, on ouvre le Palazzo del Ghiaccio, qui deviendra l'antre du HC Bolzano pendant quarante ans de bons et loyaux services. Le match d'inauguration contre le HC Milan-Inter est remporté 8-5, preuve des nouvelles ambitions du club, qui terminera deuxième du championnat, justement derrière l'Inter. Cette patinoire artificielle est une nouvelle conquête pour le hockey italien, et dès le premier mois, l'équipe nationale y organise deux rencontres, des victoires sur l'Autriche (3-1) et sur l'Allemagne de l'ouest (4-3).

Les Milanais n'ont plus l'exclusivité des Italo-Canadiens, et Bolzano commence à son tour à en user... mais a des problèmes de dosage. En 1954/55, ils sont huit Canadiens dans l'effectif, et en 1955/56, plus aucun ! Alors que le centre de gravité du hockey italien se déplace de Milan à Cortina d'Ampezzo, ville qui profite de la nouvelle patinoire construite pour les Jeux Olympiques de 1956, Bolzano fait ses comptes et se décide à engager moins d'étrangers, mais d'un niveau plus élevé. C'est ainsi qu'arrive en 1956/57 Dario Nicoli, défenseur réputé pour ses mises en échec, puis à partir de la saison suivante la première star du club, le Canadien aux cheveux roux Gerry Hudson.

Fusion des communautés linguistiques

Robert Psenner

L'équipe prend forme peu à peu avec l'arrivée de trois Italo-Canadiens tous originaires de Sault-Sainte-Marie dans l'Ontario : l'attaquant international Alfredo Coletti, ancien de l'Inter, est rejoint par le défenseur Carlo Longarini, surnommé "Charlie" et vainqueur en 1960 de la Coupe Memorial (le championnat canadien junior), puis par le charismatique entraîneur-joueur Carmine Tucci, défenseur à la bonne vision du jeu qui insuffle à l'équipe la philosophie du hockey canadien. Bolzano réalise une saison 1962/63 exceptionnelle, remportant les tournois amicaux (Rondo et Pavoni) et la Coupe des Alpes, compétition qui l'oppose aux équipes autrichiennes et à Davos. Mais en championnat, on a le droit à un seul étranger, et c'est donc Coletti qui joue le plus souvent, pendant que Tucci crie ses encouragements depuis le banc. Le match-clé se joue à Milan, devant 3000 spectateurs dont 500 supporters de Bolzano qui ont fait le déplacement. Le HCB tient le match nul 5-5 avec trois buts de Colotti (dont l'égalisation décisive sur passe de Robert Psenner), un de "Sigo" Schlemmer et un de Heini Bacher. Ce triomphe de l'équipe première du capitaine Guiliano Frigo est complété par le succès national des juniors. Bolzano a ainsi inscrit son nom pour la première fois dans la légende du hockey italien.

Cependant, le club a aussi abandonné la formation. Dans le même temps, un club germanophone s'est créé, la Südtiroler Sportverein (SSV). Un des pionniers du hockey dans la ville, Ernst Ebner, y a commencé par entraîner des jeunes, et peu à peu, il a conduit le club jusqu'en série A. On en arrive alors à une situation paradoxale : le HCB italianophone attire toujours la majorité de spectateurs, mais la relève de joueurs porte les couleurs du SSV. La fusion des deux clubs n'est pas simple, car leur existence parallèle recouvre aussi une frontière linguistique qui déchire la province du Haut-Adige. Dans ces années 60, le mouvement autonomiste du Südtirol est fort et parfois violent, et Bolzano, capitale régionale "italianisée" avec ses administrations, est le théâtre de ces crispations. L'absorption du SSV au sein du HCB est obtenue en 1965/66 après de patientes tractations, dont un consensus ressort : pour êre viable, le club devra désormais avoir des dirigeants issus à part égale des deux communautés "ethniques", italiens et "autrichiens".

Avec les entraîneurs Alois Cetkovskí (champion d'Europe 1933) puis Bohuslav Rejda, Bolzano subit l'influence de l'école tchécoslovaque à partir de 1967. L'adaptation n'est pas des plus aisées pour une équipe habituée au style canadien, mais le public est enthousiasmé par les qualités techniques des renforts Ivo Kalina, Jirí Dolana et Jaroslav Pavlu. Les joueurs, eux, se sentent parfois un peu trop engoncés dans un système rigide.

Finalement, c'est en combinant les avantages des deux écoles que Bolzano renoue avec le succès. Meilleure techniquement, l'équipe redécouvre l'initiative individuelle sous la conduite de Gino Camin. Il s'appuie sur un compatriote canadien, Gérard Morin, attaquant venu des Diavoli de Milan qui sert de co-entraaîneur. Grand improvisateur qui joue un rôle essentiel dans le deuxième titre inattendu de 1973, Morin signe alors une prolongation de contrat pour trois années supplémentaires, mais devient de plus en plus difficile à cadrer et se laisser parfois aller.

Le président kidnappé

À la fin des années 70, Bolzano connaît sa première période faste sous la direction de l'entraîneur suédois Gösta Johansson, qui apprend à concilier les intérêts des deux communautés linguistiques dans un but commun. Le HCB s'approprie le titre trois années durant, de 1976/77 à 1978/79. L'équipe s'appuie sur de jeunes joueurs du cru et peut compter sur la vitesse des deux grandes vedettes yougsolaves (slovènes), Rudi et Gorazd Hiti. Le titre le plus mémorable est cependant celui de 1977/78, en tout cas pour le président du club depuis 1970, Ander Amonn, qui a vécu cette saison en partie depuis une geôle forcée. Le fondateur des supermarchés "Spar", devenu riche avec l'expansion de sa franchise, est enlevé en décembre 1977 par des ravisseurs armés qui le séquestreront dans une maison près de Brescia. Ils lui apportent régulièrement des journaux de Bolzano qui lui apprennent ce que devient son équipe favorite. Il est libéré au bout de deux mois contre une rançon d'un milliard de lires. Les ravisseurs lui laissent tout de même 250 000 lires pour faire le voyage de retour. Il fallait bien cela, car le chauffeur de taxi qu'il appelle ne veut pas prendre cet individu louche et mal rasé avant qu'il ne brandisse la liasse de billets.

Gino Pasqualotto et Ron Chipperfield

Parmi les joueurs marquants de cette époque, le rugueux défenseur moustachu Gino Pasqualotto, surnommé "Crazy Horse", et surtout le toujours présent Jaroslav Pavlu. Celui-ci évolue même au cours de la saison 1979/80 avec son propre fils, Martin, âgé de 17 ans et formé à Bolzano puisque ses parents originaires de Plzen s'étaient exilés en Italie quand il avait cinq ans.

Le vétéran tchèque devient ensuite entraîneur et, pour le remplacer, Bolzano recrute l'ancien capitaine des Edmonton Oilers, le "Magnificent Seven" Ron Chipperfield. Ce joueur techniquement fantastique amène trois nouveaux titres dans l'escarcelle du HCB, alors que se succèdent au poste de second étranger le puissant défenseur John Bellio et le fougeux gardien Jim Corsi. L'équipe est majoritairement constituée de joueurs du cru, et un nouveau grand talent issu de la formation locale fait alors ses premiers pas en équipe première : Robert Oberrauch.

En 1984, Chipperfield doit mettre un terme à sa carrière en raison de problèmes de dos et devient l'entraîneur du club. Bolzano ne tarde pas à se trouver un nouveau leader : Dale Derkatch, cinquième meilleur marqueur de l'ensemble des ligues juniors canadiennes, inscrit 100 points et "l'équipe la plus chère de tous les temps est championne pour la quatrième fois d'affilée en 1985.

Le HCB compte à cette date neuf titres, et il ne lui en faut donc plus qu'un pour atteindre le chiffre magique de dix, celui qui donne le droit de porter une étoile sur son maillot comme cela est la coutume dans le sport italien. Mais ce dixième succès se fait attendre, et ce sont Merano et Varèse qui goûtent aux joies de la victoire durant les deux années suivantes. La délivrance arrive enfin en 1987/88, année au cours de laquelle Bolzano peut compter sur un vrai fuoriclasse, Kent Nilsson. Le maître à jouer suédois, qui a plus de cinq cents matches de NHL au compteur, éclabousse de son talent le championnat italien. Son entente est parfaite avec Martin Pavlu, neuf fois vainqueur du "palet d'or" remis au meilleur marqueur italien. Avec 132 points en saison régulière, soit quarante de plus que ses poursuivants, Nilsson affole les compteurs, mais il a la politesse de ne pas battre le record établi cinq ans plus tôt par l'homme qui l'a recruté, Ron Chipperfield (136). En rajoutant 26 points en play-offs, il laisse quand même un total imbattable.

Kent Nilsson ne reste qu'une seule saison et rentre chez lui en 1988/89. Engagé à Djurgården, il cherche ainsi à être à nouveau sélectionné en équipe nationale. Bolzano ne s'en plaindra pas vraiment, car une saison de plus à ce tarif aurait mis les caisses du club dans le rouge alors que la moyenne de spectateurs est en baisse. Plus que le départ du Suédois, ce sont les dissensions internes qui amènent Chipperfield à jeter l'éponge qui perturbent la saison de Bolzano. Même le légendaire Massimo Da Rin, alors assistant de l'entraîneur national Ron Ivany, ne pourra pas empêcher la défaite en demi-finale face au futur champion Varèse.

Déjà trois fois champion comme joueur, le recordman yougoslave des sélections Rudi Hiti le devient comme entraîneur en 1989/90. Il redonne discipline et sens tactique à une formation qui redevient un vrai groupe. Le HCB peut compter en particulier sur le gardien italo-canadien Roberto Romano et sur trois joueurs qui formeront pendant une décennie la première ligne de l'équipe nationale italienne : au centre, Lucio Topatigh, sans doute le meilleur joueur jamais formé en Italie. Sur les ailes, deux "oriundi" venus du Canada, Gates (rebaptisé Gaetano) Orlando et Bruno Zarrillo. Mais la grande star de l'équipe s'appelle Mark Napier. Cet attaquant canadien reste sur trois saisons de WHA et quatorze saisons de NHL, avec deux bagues de Coupe Stanley remportées avec Montréal et Edmonton, et il fait presque faire oublier Nilsson.

L'arrivée de joueurs de ce calibre est la conséquence de la course à l'armement déclenchée par l'arrivée du magnat des médias (et futur premier ministre) Silvio Berlusconi, qui, en plus du football où il est président du Milan AC, injecte des milliards de lires dans le rugby ou dans le hockey, chez les Devils de Milan, club qu'il visite une fois l'an dans son hélicoptère, le jour du titre national. Le rival local du Saima Milan tente d'employer les mêmes armes sans disposer d'un portefeuille aussi fourni, et en 1990/91, il ravit le titre à Bolzano, dans une saison fatale au tranquille Rudi Hiti, remplacé par Bernie Johnston qui est alors plus connu comme agent de joueurs. Et dire que, aprè le titre, Hiti avait déclaré: "Bolzano n'est pas une équipe comme les autres. Nous sommes vingt amis." Il avait conservé l'équipe inchangée, mais les adversaires s'étaient renforcés à tout crin. Signe avant-coureur, quelques heures seulement après la victoire de 1990, le groupe frigorifique de la vieille Messehalle avait rendu l'âme. Avec le dixième titre de la légende du club Gino Pasqualotto, n'était-ce pas le signe de la fin d'une époque ?

Vostrikov, Maslennikov... et Jagr

La surenchère financière lancée par les Devils plombe tous les autres clubs et est fatale au Saima en 1991/92. Relégué à la cinquième place, et surtout au bord de la faillite comme les autres, Bolzano décide faire des économies et de recruter à peu de frais. Il profite de la fracture du bloc de l'est pour accueillir deux joueurs venus du CSKA Moscou, Sergueï Vostrikov et Igor Maslennikov. Après le gardien canadien Mike Rosati, Bolzano a encore déniché un filon. Grâce au fabuleux instinct offensif de ce duo, allié à une technique et un patinage sans faille, l'équipe entraînée par Bob Manno parvient à rivaliser et à obtenir deux places de vice-champion sans disposer des moyens des Devils.

Jagr pendant sa pige à Bolzano

L'équipe est également parfaitement compétitive en Alpenliga, championnat transfrontalier créé deux ans auparavant et qui réunit des clubs italiens, autrichiens et slovènes. Bolzano remporte même cette compétition de très haut niveau en 1993/94. C'est une saison faste puisqu'elle coïncide avec le déménagement dans une nouvelle patinoire, le Palaonda, enceinte de 7200 places construite en perspective des championnats du monde 1994.

Lorsque les Devils sombrent corps et biens après le retrait de Berlusconi, peu d'équipes en sortent indemnes, seuls Bolzano et Varèse parvenant à se maintenir au sommet. L'Alpenliga est alors élargie à un tournoi des six nations regroupant des formations françaises, danoises et néerlandaises. Bolzano profite de la grève des joueurs de NHL pour recruter à l'occasion des phases finales une star internationale : Jaromír Jágr. Le buteur tchèque, aligné aux côtés de Zarrillo et du massif centre canadien Dave Pasin, fait le spectacle et s'impose de loin comme le meilleur joueur de la finale remportée face à Rouen.

L'arrêt Bosman et la libéralisation totale du nombre d'étrangers mise en place en DEL provoque le départ des principaux Italo-Canadiens, dont Mike Rosati (Mannheim) et Bruno Zarrillo (Cologne) vers l'Allemagne. Bolzano se renforce avec deux excellents défenseurs suédois, Tommy Sjödin et Peter Andersson, mais même la saison 1996/97, pourtant marquée par un quatorzième titre, ne restera pas dans les mémoires. Il y a trop de mouvement de joueurs et de renforts de dernière minute, le public est en panne d'identification avec cette équipe trop instable, et Bolzano et Milan se perdent dans des polémiques juridico-administratives sans fin.

Milan disparaît de nouveau avant la saison 1997/98, et le hockey italien s'efforce de repartir sur des bases plus saines. La saison est ronronnante et l'équipe de Bolzano, surdimensionnée, n'a aucun mal à empocher un quinizème titre, avec un ex-international polonais comme entraîneur - Czeslaw Panek - et un duo Vostrikov-Maslennikov plus au-dessus du lot que jamais. Le gentleman-agreement à 4 étrangers tombe en rade quand Vipiteno se renforce pour les play-offs, mais le vilain petit canard est calmé en finale en quatre manches sèches par Bolzano, qui a également embauché des jokers, Kai Rautio et Stefan Figliuzzi. Parmi les autres joueurs qui se sont mis en valeur, citons Mario Nobili, mais aussi le jeune gardien Günther Hell, 19 ans, rentré lors de la dernière manche de la finale après la blessure de Sean Basilio.

Le nombre d'étrangers est porté à dix pour la saison 1998/99 et les clubs achètent à tout va, souvent au-delà de leurs moyens. De son côté, Bolzano fait appel au capitaine de l'équipe nationale du Belarus, Aleksandr Andrievsky, et au Russe Oleg Belov. C'est le grand retour de l'Alpenliga, et Bolzano réussit une bonne campagne même si la finale est nettement perdue contre Feldkirch. Pourtant, le club se sent encore une fois obligé d'acquérir des renforts en cours de saison [...] À l'issue d'une finale marquée par quelques décisions contestées, Merano, comme en 1986, empêche Bolzano de remporter un cinquième titre à la suite.

Blasés

Le hockey italien traverse alors une crise très grave. Pour protester contre la surenchère financière, Les clubs du Haut-Adige, Merano et Bolzano en tête, se retirent du championnat et ne s'inscrivent qu'en série A2, où il n'est possible d'aligner qu'un seul étranger, en l'occurrence Mikhaïl Vassiliev pour le HCB. C'est la fin de l'élite, et Milan fuit vers le championnat français. On assiste donc à une saison 1999/2000 à quinze clubs et à une victoire finale de Bolzano - le douzième titre pour Martin Pavlu ! - dans une compétition de très faible niveau. Ni les uns, ni les autres ne peuvent se satisfaire de cette situation, d'autant que l'expérience française de Milan aura connu un déroulement grotesque avant de se terminer en foire d'empoigne. Heureusement, un compromis peut être trouvé entre les désirs et les besoins de chacun et un vrai championnat peut être mis en place même si on doit encore marcher sur des œufs.

Asiago domine la saison 2000/01, suivi par une jeune équipe milanaise. Pourtant beaucoup citent encore Bolzano parmi les favoris, par habitude de les voir toujours au rendez-vous en play-offs. Mais l'histoire ne se répète pas, et le HCB est exclu pour la première fois depuis neuf ans d'une finale qui se dispute sans le moindre club du Haut-Adige. Les dirigeants de Bolzano sont confrontés à un véritable casse-tête : comment faire revenir le public ? A force de s'être habitués au succès durant la décennie écoulée, celui-ci est devenu exigeant et boude en effet la patinoire.

Avec ses 7200 places, le Palaonda sonne creux. Lors de la saison 2001/02, il n'accueille que mille spectateurs de moyenne, et deux mille en play-offs alors que le vétéran du club Robert Oberrauch a pris en urgence les rênes de l'équipe. On se rend alors compte combien le déménagement fut une erreur. Cette patinoire est certes plus grande et plus moderne, mais elle est aussi éloignée du centre ville, et le hockey sur glace n'est plus aujourd'hui au cœur de la cité. Presque marginalisé dans une ville avec laquelle il semblait avoir tissé des liens indissociables, ce sport n'attire plus les enfants car cette patinoire est trop lointaine. Les parents envoient directement leur gamins au club, mais il n'y a plus comme autrefois des patinoires dans tous les quartiers sur lesquels tout le monde s'essayait au hockey en liberté et établissait une culture populaire non dépendante d'heures de glace. Malgré des initiatives comme des cours gratuits pour les jeunes enfants de 5 à 10 ans, les licenciés diminuent autant que les spectateurs. Le hockey à Bolzano a la gueule de bois, comme d'ailleurs dans tout le Haut-Adige. Le HCB conserve sa suprématie régionale car la bande à Oberrauch limite les dégâts, mais ça ne signifie qu'une quatrième place nationale.

Après l'échec de l'entraîneur italien Roberto Varotto, son remplaçant Tom Coolen a certes permis à Bolzano de se retrouver en tête du classement officiel, mais en raison d'un simple artifice comptable. Et juste avant les play-offs, Coolen déclare qu'il rentre au Canada pour "motifs personnels"... avant qu'on le retrouve la semaine suivante dans le staff de Vipiteno, le même club qui avait "piqué" Tony Iob à Bolzano pour une poignée de lires l'été précédent. Vipiteno, ce club qui avait tué le gentleman agreement pour une gloire éphémère, ce club qui change d'étrangers comme de chemise, se retire en fin de saison, expliquant que sa dette se creuse. Avec une gestion aussi lamentable, on comprend pourquoi.

Et c'est l'éternelle histoire du hockey italien, qui peine pour la saison à mettre en place un championnat à six clubs, en empêchant Milan de s'exiler en LNB suisse. En représailles, les Lombards décident de rompre le gentleman agreement à quatre étrangers, et les autres clubs les imitent un à un, dans un nivellement par le pire qui ne choque même plus personne dans un hockey italien blasé. L'adjectif blasé convient bien à Bolzano, qui adopte une position en retrait dans les débats enflammés qui agitent le milieu, s'estimant avoir les reins assez solides pour s'adapter à ces règlements perpétuellement fluctuants.

Recrutement toujours plus tardif

Alors qu'on s'agite partout, Bolzano ne se presse pas. Il fait les choses dans l'ordre et commence par engager un nouvel entraîneur. Fin juillet arrive Ron Kennedy, qui a passé six ans à la tête de Villach et de l'équipe nationale d'Autriche. Puis c'est Roland Ramoser, le meilleur Italien de sa génération, qui fait son retour. La préparation commence sans le moindre joueur étranger. Malheureusement pour Bolzano, arriver tard ne dispense pas... de partir tôt ! C'est en tout cas ce que se dit Joel Dezainde. Le défenseur canadien convainc un employé de la patinoire de lui ouvrir les vestiaires à une heure tardive, récupère ses affaires et part en direction de Berlin sans rien dire à personne... Quant à son collègue Mathias Lobis, il est suspendu pour la fin du championnat après une bagarre en fin de match à Fassa.

Même avec deux arrières en moins pour finir la saison régulière 2002/03, il n'y a pas urgence. Vu l'écart devant et derrière, le HCB sait qu'il terminera troisième du classement. Il a tout le temps pour choisir ses jokers : le vétéran Bruno Zarrillo pour un bref retour, mais aussi deux jeunes défenseurs suisses, Lionel d'Urso et John Gobbi. Le second, qui a fini sa saison avec Ambrì, marque le seul but du match 4 de la demi-finale, qui permet d'obtenir une manche décisive à Asiago, où les Foxes n'ont pas gagné de la saison en six tentatives. Il leur manque 42 secondes pour y arriver enfin, mais les locaux égalisent après avoir sorti leur gardien sur une action confuse devant la cage de Günther Hell. Une nouvelle déconvenue attend le gardien aux tirs au but, où il est battu quatre fois sur quatre.

C'est la seconde année consécutive où Bolzano est éliminé au cinquième match des demi-finales, mais le club, attentiste dans un environnement incertain, est à sa place. Cette unique saison de Ron Kennedy (il avait prévu de continuer sa carrière en Allemagne avant même qu'elle se termine) aura été marquée par la découverte des frères Omicioli, deux inséparables Italo-Américains. Si Drew a réussi un doublé - vain - au dernier match, son aîné, le tout petit Mike, était absent lors de ces séries à cause d'une élongation aux adducteurs.

La fratrie est conservée, ce qui est d'ailleurs la volonté du club concernant la plupart des joueurs. Encore faut-il le pouvoir. Comme le président Dieter Knoll a annoncé vouloir plafonner les salaires, on craint un exode. Il est surtout symbolique : le capitaine Martin Pavlu, après 25 ans sous la tunique rouge et noire, s'en va, à 41 ans, amer qu'on ne l'ait pas retenu, déçu plus généralement de la politique du club et de l'absence quasi-totale d'anciens joueurs du cru dans le staff, y compris pour encadrer les jeunes.

Valse... hésitations

En l'occurrence, le directeur du hockey mineur était un Russe, Mikhaïl Vassiliev, et il est justement chargé de reprendre l'équipe première. Pour autant, le manager Alex Passi continue de recruter prioritairement des Nord-Américains, mieux adaptés au championnat italien. Le vestiaire est calme de prime abord, jusqu'à la victoire à domicile en Coupe d'Italie devant Milan (4-2). Bolzano est dauphin de Milan à la fin de la saison régulière 2003/04 à quinze équipes, mais quand les choses sérieuses commencent, l'atmosphère se dégrade. Le nouveau capitaine "Kiki" Timpone voit sa saison s'achever prématurément après une blessure aux ligaments latéraux du genou, Mike Omicioli accumule les pépins au genou et son frère Drew cesse de produire. Les deux frangins ont la tête ailleurs, à Ingolstadt où ils ont déjà signé pour rejoindre Ron Kennedy. Ils tiendront à peine quelques semaines en Allemagne... Leur démobilisation précoce a fait plonger Bolzano, éliminé dès les quarts de finale par Cortina, l'ancien rival en pleine renaissance. C'est la première fois que la saison du HCB se termine si tôt, et son moral est aussi bas que ses finances.

Il faut une figure charismatique pour réveiller Bolzano. Ce sera Bruno Zarrillo, qui doit rappeler de grands souvenirs et donc rameuter les supporters qui se font si rares. Le nouveau directeur sportif s'appuie sur Riccardo Fuhrer, un entraîneur suisse à la poigne de fer qu'il a connu à Berne. C'est un peu répéter les mêmes erreurs : un entraîneur choisi tardivement, pas assez canadien pour être en phase avec les Nord-Américains, et trop habitué au professionnalisme helvétique pour pouvoir imposer les mêmes exigences à des joueurs italiens qui travaillent ou étudient à côté.

Zarrillo vaut marquer son entrée par un coup et fait venir un joueur de NHL à la faveur du lock-out, Jamie Lundmark. Mais le jeune espoir des New York Rangers désire simplement se ressourcer dans son jeu après une blessure qui l'avait freiné la saison précédente. Il cherche du temps de jeu pour pouvoir tâter du palet et est le meilleur marqueur de l'équipe. Mais au bout de deux mois, il préfère rentrer au pays et trouve un accord financier pour jouer en AHL. La vedette du championnat britannique Mark Dutiaume, qui est à la peine et n'a pas le moral, repart aussi. Cela fait partie de l'apprentissage du poste de directeur sportif. Trois autres joueurs de NHL arriveront, Peter Schaefer, puis Deron Quint et Eric Belanger.

Plus personne ne peut se lamenter que les moyens ne sont pas mis. La réussite n'est toujours pas au rendez-vous. Parfois la malchance s'en mêle : le spectaculaire vétéran Scott Beattie, qui effectue sa dernière saison, se coince le pouce dans le filet de but lors d'un match à Milan et se fait une élongation des ligaments. Les renforts de renom n'empêchent pas une élimination cinglante contre Milan en demi-finale du championnat 2004/05.

Le Docteur K au chevet d'un club malade

Le déclin se confirme, et après une décennie durant laquelle son nom était accolé à celui du club, la brasserie Forst se désengage partiellement, abandonnant le rôle de sponsor principal. La billetterie ne représentant plus que 15% des recettes, le club s'interroge. Au conseil d'administration, une majorité de membres est favorable à une rétrogradation en série B pour reconstruire. Mais le remède pourrait être pire que le mal. Jamais Bolzano n'a quitté l'élite dans toute son histoire. La patinoire finirait de se vider tout à fait. De plus, le règlement prévoit qu'un club volontairement relégué perd tous ses droits sur les joueurs. Finir sans public et sans équipe, merci bien.

Le président Dieter Knoll maintient donc le cap et confirme l'inscription en série A d'un club dont il renfloue lui-même les dettes depuis plusieurs années. Il amène la plupart des partenaires, qui ont directement ou indirectement des projets communs avec sa société immobilière. Pour autant, les supporters témoignent de plus d'agacement que de gratitude pour celui qu'on appelle le "Docteur K". Certes il porte parfois le club à bout de bras, mais il contribue aussi à cet isolement en étant incapable de s'entourer, par exemple d'un directeur sportif. Profondément passionné de hockey, Knoll se charge lui-même du recrutement, affublé chaque année des mêmes qualificatifs : tardif, aléatoire, inconséquent... La saison 2005/06 n'échappe pas à la règle. Les renforts étrangers n'arrêtent pas de changer et ne font que passer, à l'instar de l'ancien centre canadien de NHL Rob Zamuner qui rentre auprès de sa famille. Son compatriote Buddy Smith, qui devait le compléter, le remplace donc en réalité. Il est le seul avec Torbjörn Johansson qui maintienne des performances constantes. La décision de confier l'équipe à un entraîneur suédois inexpérimenté, Johan Strömwall, a été une erreur reconnue de tous.

Les polémiques stériles lancées dans la presse, qu'elles viennent de Knoll ou de Ron Ivany, l'entraîneur de Renon, n'arrangent rien. Le premier gardien Jason Muzzatti est victime d'un pétage de plomb commun chez lui et déclenche une bagarre générale lors de la poignée de mains contre cet adversaire. Le deuxième gardien Günther Hell est blessé par un coup de crosse dans l'empoignade. Le "petit" Renon vient donc fêter sa qualification en play-offs dans la patinoire du "gros" Bolzano, qui alignait son troisième gardien Thomas Commisso pour le match retour.

La théorie du chaos

La pire gifle a cependant lieu à la rentrée. Pour une fois, l'optimisme est de rigueur, et il transparaît dans les déclarations de Roland Ramoser : "Cette année, à la différence des saisons passées, nous arrivons dans les starting-blocks en connaissant déjà l'entraîneur et avec une physionomie d'équipe bien définie. Le coach Slettvoll est un nom important, qui peut beaucoup nous apprendre. Les nouvelles recrues sont fortes ; le président Knoll a préparé une belle équipe et je pense que nous avons toutes les cartes pour aller au bout."

Trois jours après ces propos emplis de confiance, John Slettvoll démissionne. Il se rend chez son assistant Stefan Mair, lui confie tout son trousseau (ses clés de maison, ses clés de voiture... et ses clés de l'équipe !), et lui dit au revoir car son train part dans un quart d'heure... Après quatre années d'inactivité comme entraîneur, il n'aura tenu que dix jours. "L'environnement est trop peu professionnel", explique le légendaire entraîneur de Lugano pour justifier son départ. Ses compatriotes Jesper Jäger et Kristian Gahn, qu'il avait recrutés, rompent aussitôt leur contrat.

C'est reparti pour un tour... Le retour réussi des frères Omicioli ou le leadership défensif de Leo Insam qui termine son contrat de trois ans donnent cependant une certaine stabilité à cet effectif intéressant qui voit les entraîneurs se succéder. Morgan Samuelsson remporte la Coupe d'Italie et termine premier de la phase initiale de la saison 2006/07, mais il gère mal les semaines suivantes et se fait renvoyer. Son successeur Doug McKay ne peut appliquer ses méthodes assez vite pour enrayer la chute et l'élimination en quart de finale.

McKay a quand même une seconde chance à la rentrée. Et il ne fait pas de détail. Le jour du premier entraînement sur glace, l'entraîneur Doug McKay exclut Enrico Dorigatti du vestiaire : "Il ne rentre pas dans mon système et n'applique pas mes consignes." Seulement, ce joueur est un des chouchous du public et le club n'a pas l'intention de s'en séparer. Knoll s'énerve de ne pas avoir été consulté. Résultat : Dorigatti part à Renon et y devient le meilleur marqueur italien du championnat, tandis que Bolzano a la moins bonne attaque sous McKay. Le talent offensif ne manque pas, mais il ne peut pas s'exprimer avec un système tactique aussi défensif. Les joueurs en ont assez et veulent la tête de leur entraîneur.

Le titre de 2008

Le vendredi 4 janvier 2008, Doug McKay est donc viré par Knoll après deux lourdes défaites. L'après-midi, il est ré-institué ! La raison probable de ce revirement présidentiel - un de plus - est que Ron Kennedy n'a pas accepté la proposition de le remplacer. Le soir, son équipe gagne 4-0 le derby contre Brunico. Le répit dure à peine deux semaines supplémentaires. Après un 1-8 contre l'avant-dernier Alleghe, McKay finit la soirée douché de bière par les supporters excédés qui ont depuis longtemps pris parti contre lui. L'entraîneur du mineur Jamie Dumont prend le relais et la transformation est immédiate avec une victoire 4-1 à Pontebba. C'est finalement le Finlandais Jari Helle qui se voit chargé de remotiver l'équipe, et il y réussit à un point que personne n'aurait espéré après une saison 2007/08 aussi chaotique.

Le quart de finale commence mal. Phil Groeneveld donne un but-cadeau au premier match, et Günther Hell, l'éternelle doublure qui a fini par quitter Bolzano à force d'être mené en bateau, vient gagner aux tirs au but avec son nouveau club Alleghe. Mais son bourreau des Carpates, l'étonnant attaquant roumain Arpad Mihaly, a raison de la résistance de l'ancien gardien frustré, avec un penalty décisif au match 2 puis un hat-trick au match 3. Un obstacle de passé, en quatre manches. Milan est le suivant, encore une fois malgré une défaite (0-5 !) au premier match. Bolzano n'a pas l'avantage de la glace en finale, et n'a plus gagné à Renon depuis plus de deux ans. Mais avec le titre en jeu, il déjoue ce dernier chat noir.

On dira ce qu'on veut de MacKay, mais comme à Cortina, où il avait déjà été viré en cours de saison quelques mois avant le titre, il aura eu au moins un grand mérite : celui d'avoir fait venir Kenny Corupe, qui s'impose très vite comme le meneur de jeu, celui auquel tourne l'équipe, celui sans lequel cette 17e couronne nationale n'aurait pas été possible. L'autre joueur-clé est Christian Borgatello, qui tient un rôle incontournable en défense, et qui dédie cette victoire à son père décédé au cours de la saison. Même perdu dans sa zone industrielle, le Palaonda est enfin rempli et connaît de nouveau l'ambiance des grands jours, celle qu'on croyait enfermée à jamais dans des photos jaunies.

La référence en Italie

Avec le retrait de Milan à l'intersaison, Bolzano, qui semblait aller de crise en crise, redevient la référence du hockey italien. Il affirme encore plus sa suprématie en dépouillant le finaliste Renon de ses trois joueurs-clés, Josh Olson, Alexander Egger et... le pauvre Enrico Dorigatti, qui subit le même sort qu'avant son départ, en restant cloué sur le banc. Même si ces joueurs sont moins performants qu'à Renon, cela a toujours le mérite d'affaiblir le rival.

Unique porte-étendard en santé du hockey italien, Bolzano accède à la finale de la Coupe Continentale qui a lieu à Rouen. Souvenirs, souvenirs... Mais contrairement à quinze ans plus tôt, il n'y a plus Jagr. Le HCB bat l'équipe française d'entrée mais reçoit ensuite une leçon de la part de Martin et finit troisième derrière Martin et Rouen.

Le championnat italien 2008/09 est en revanche remporté sans discussion... ou plutôt avec beaucoup de discussions. La demi-finale contre Cortina est sujette à polémique à cause d'une faute bolzanienne non sifflée en prolongation, et les retrouvailles en finale avec Renon sont très chaudes car l'entraîneur adverse Ron Ivany a de nouveau accusé Bolzano d'avoir acheté tous les arbitres, ce qui lui vaudra une suspension. À ces débats, la réponse du champion est simple : 4 victoires à 0 sur Cortina, 4 victoires à 0 sur Renon. Ajoutez-y la Coupe et la Supercoupe pour faire bonne figure. Il est quand même difficile de contester la supériorité de Kenny Corupe et de ses coéquipiers.

L'entraîneur finlandais Jari Helle décline les propositions de contrat qu'il juge peu avantageuses après une saison aussi triomphale. Il préfère attendre chez lui, avant de reprendre du service en série A2 à Caldaro, qui était son premier club dans la région il y a douze ans. Il faut donc d'abord que le HCB compense son voisin avant de pouvoir ré-engager Helle en sauveur en janvier. Il retrouve une équipe "morte" à qui il doit "redonner la joie de jouer". Il dit avoir "vu certains joueurs rire à nouveau". En même temps, Bolzano fait aussi revenir Josh Olson, pour ses buts, sa rudesse et sa force en infériorité. Mais ça fait deux étrangers surnuméraires... Moins facile de faire garder le sourire à tout le monde. Bien que jugé plus fort sur le papier, le HCB 2009/10 échoue dans toutes les compétitions.

Pour la saison 2010/11, Bolzano opte pour un autre coach à succès, Adolf Insam, l'entraîneur du titre 1997. L'ex-centre issu du Val Gardena n'était resté alors qu'un an avant de devenir sélectionneur de l'équipe d'Italie pendant trois ans puis de passer cinq ans à Milan - dont cinq titres consécutifs. L'autre pilier sur lequel sera bâti le redressement s'appelle Matt Zaba. À part les sorties à la crosse où il ne se sent pas à l'aise, il a toutes les qualités du gardien moderne, et son style très calme inspire confiance. Il s'impose comme le meilleur gardien de la série A.

Il manque encore quelques leaders pour faire la différence. Ils arrivent en 2011/12. Le nouveau centre MacGregor Sharp fait venir son compagnon de chambre en universitaire, lors du titre NCAA 2009 de Minnesota-Duluth, le défenseur offensif Josh Meyers, qui se caractérise par un bon placement. Ils peuvent compter sur un finisseur, Jordan Knackstedt, et un ailier physique, l'Italo-Canadien Stefano Giliati, pour former une première ligne d'impact.

Juste avant les play-offs 2012, Adolf Insam voit son souhait exaucé : un entraîneur-adjoint est engagé. Un assistant "de luxe" puisqu'il s'agit de Brian McCutcheon, ancien entraîneur de l'année en ECHL (1997) et en AHL (2000). Comme il l'a fait pendant onze ans dans le staff des Sabres de Buffalo, il s'occupe des unités spéciales et des analyses vidéo. S'il est venu à Bolzano, c'est parce que son fils Mark McCutcheon est attaquant dans l'équipe. Il joue sur la deuxième ligne avec Marco Insam, le fils d'Adolf. Cette alliance "pères et fils" remporte douze victoires pour aucune défaite dans ces play-offs, une voie pavée de gloire vers le titre de champion d'Italie numéro 19. La seconde étoile, que les clubs italiens mettent par tradition sur leurs maillots à chaque dizaine de sacres nationaux, n'est plus très loin...

Alexander Egger soulève la Supercoupe 2012, dernier trophée en Italie avant de partir en Autriche

Certains estiment toutefois que ce titre remporté en tournant à quatre défenseurs est le signe d'une certaine faiblesse du hockey italien. Insam retourne à Milan. Zaba part pour Vienne où il deviendra champion d'Autriche. Une voie à suivre ?

En cet été 2012, c'est le football qui fait les gros titres à Bolzano. Le "FC Südtirol - Alto Adige", club originaire de Bressanone qui s'est installé dans la capitale provinciale au tournant du siècle, est exclu de la troisième division professionnelle pour "infrastructure insuffisante". La commune et la province promettent alors que le stade Druso sera rénové pour 6 millions d'euros, et elles obtiennent la réintégration en seulement six jours... Pour le football, les forces politiques se mobilisent très vite, même en plein mois de juillet.

Cela explique aussi les difficultés du hockey sur glace. Le stade Druso a deux fois moins de capacité que le Palaonda... mais il est situé en plein centre ville. Éloignée et inaccessible à pied, la patinoire n'est décidément plus le point de ralliement qu'était celle de la Via Roma, au centre des quartiers populaires. L'image d'une patinoire à moitié vide n'aide pas dans la chasse aux sponsors. Or, à part la supercoupe soulevée en début de saison, le contrecoup du titre est difficile.

Le président Dieter Knoll réclame la patience à un public devenu exigeant, et entonne, comme presque chaque année, le refrain d'une possible pause du haut niveau si son club ne trouve pas d'autres ressources. Après plusieurs mois d'économies, il engage finalement un joker de luxe, le défenseur suédois Niklas Hjalmarsson, vainqueur de la Coupe Stanley 2010 avec Chicago et libre du fait du lock-out NHL. Soudain, Bolzano sort de la crise, remporte victoire sur victoire et semble prêt à reprendre les rênes du championnat 2012/13... quand la NHL annonce la reprise de ses activités. Hjalmarsson repart, mais aussi le gardien tchèque Tomas Duba, recruté après la blessure de l'éternelle doublure Günther Hell. Bolzano engage juste avant la clôture des transferts le portier canadien Tyson Sexsmith : une semaine plus tard, il part faire un essai en AHL, et Knoll déclare "ne pas vouloir croire" à ce désengagement après avoir eu un contact quasi-quotidien avec sa nouvelle recrue. Comme l'essai ne se sera pas concluant, Sexsmith reviendra comme se de rien n'était pour les play-offs... et une élimination prématurée en quart de finale contre le futur champion Asiago.

De vingtième titre et de deuxième étoile, il n'y a donc point. À jamais ? Bolzano tourne en effet le dos à une série A dont il venait d'accepter la formule de championnat, une "trahison" pour ses confrères. Il a en effet négocié son inclusion dans une ligue autrichienne à vocation de plus en plus internationale. Il y prend le nom de "HCB Südtirol - Alto Adige", dénomination directement copiée sur le club de football pour en faire le porte-étendard de toute la province (en général rétive à une ville de Bolzano trop italianisée à son goût).

L'EBEL - la ligue autrichienne - a une règle complexe selon laquelle les participants ne doivent pas dépasser 60 points avec les 22 joueurs sur la feuille de match. Chaque joueur "national" (les Italo-Canadiens étant considéré comme tels) est évalué sur base statistique par une commission, sachant que les moins de 24 ans valent zéro. Le but initial du système était d'éviter que les salaires des joueurs autrichiens ne grimpent dans un "micro-marché". Les effets sont cruels pour le nouveau venu : afin de pouvoir aligner neuf étrangers, Bolzano sacrifie ses trentenaires, Enrico Dorigatti et Christian Walcher, qui ont fait quasiment toute leur carrière au club (ils étaient partis respectivement deux ans et un an). Borgatello était parti pour sa part dès le mois de mai chez le rival Val Pusteria.

Il ne reste donc comme vétérans que le combatif Stefan Zisser et le capitaine polyvalent Alexander Egger, en plus de la jeune ligne Insam-Bernard-Gander qui ne "coûte" rien (en points). Parmi les nouveaux étrangers, on a failli voir le premier Français de l'histoire du club, Kévin Hecquefeuille, mais il ne reste que trois jours avant de repartir, en découvrant que l'appartement mis à sa disposition est interdit aux animaux, et qu'il ne peut donc pas emmener son chien. Qu'importe, le rôle du défenseur offensif est bien tenu par le Québécois Sébastien Piché, avec un lancer puissant et des incursions offensives enthousiasmantes avec le palet. Le HCB s'est partiellement amputé de certains membres pour être certain d'être compétitif, mais cet objectif est parfaitement atteint. Alors que tous les observateurs lui prédisent une saison d'apprentissage, il remporte tout de suite son nouveau championnat ! Le public renoue avec sa passion et le club refait parler du hockey italien.

Comme un bonheur n'arrive jamais seul, c'est au cours de cette première saison en Autriche qu'est enfin relancée la Ligue des Champions des clubs européens, avec l'EBEL parmi les ligues fondatrices. Bolzano accède donc aussi à des affrontements avec les plus grands clubs d'Europe.

Marc Branchu

 

 

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