Suisse 2016/17 : présentation

 

Le hockey suisse a signé cet été un contrat télé qui fait date et rend envieux tous ses confrères. Ce contrat combine en effet tous les avantages. Premièrement, l'étendue de l'offre pour les passionnés : tous les matches seront diffusés en streaming, plus ceux de la LNB et de la Regio League. Deuxièmement, la diffusion au plus grand nombre : 1 match par semaine sera en diffusion gratuite, et la télévision publique gardera une partie des play-offs et l'équipe nationale. Troisièmement, et c'est le point qui fait toute la différence avec le contrat signé par exemple par les voisins allemands : l'indemnité financière : 35,4 millions de francs suisses (33 millions d'euros) par an à partir de 2017/18, deux fois plus que jusqu'ici.

Alors que les clubs suisses étaient très en retrait de leurs homologues nordiques en Ligue des Champions, cette nouvelle manne financière doit leur permettre d'être plus compétitifs. Ils se sont fixés comme objectif une amélioration de leurs résultats en CHL. La LNA veut redevenir un championnat de référence, et elle s'est emparée pour cela des trois meilleurs marqueurs de la ligue suédoise : Lasch à Berne, Thoresen à Zurich et Zackrisson à Lugano. Il ne doit plus y avoir aucun complexe face aux Scandinaves.

 

La hiérarchie de la LNA peut paraître immuable, car les effectifs sont bien établis au moyen de contrats à long terme. Il est donc paradoxal qu'aucun champion n'ait réussi à conserver sa couronne depuis 15 ans. L'explication souvent avancée est le confort dans lequel s'installe le tenant du titre. Le dernier à avoir réussi le doublé est Zurich en 2000 et 2001, et pour y parvenir, il avait changé d'entraîneur à l'intersaison (Huras à la place de Ruhnke). C'est peut-être la chance de Berne qui se retrouve dans la même situation : là encore, c'est une légende du côté de Rouen qui arrive comme coach, Kari Jalonen.

Le Finlandais a été engagé très tôt, avec Ville Peltonen comme adjoint. L'incroyable parcours en play-offs, après une qualification in extremis à la huitième place, n'a donc rien changé au sort de Lars Leuenberger, entraîneur "pompier de service" qui a remporté le titre mais a dû céder la place. De même, le gardien tchèque Jakub Stepanek savait n'être qu'une solution provisoire, puisque Leonardo Genoni avait déjà été embauché pour 2016/17.

Comme tout club suisse qui se respecte, le SCB a donc uniquement consacré son été à choisir ses étrangers. Le retour d'un gardien suisse permet de compter sur un second défenseur offensif (avec Eric Blum), le Canadien Maxim Noreau. En attaque, Derek Roy a été avantageusement remplacé par Mark Arcobello, un diplômé en sciences politiques de l'université de Yale qui ne s'imaginait pas en NHL au vu de sa taille (173 cm) et qui y est entré... pour se faire balader de franchise en franchise. Cory Conacher devait initialement être substitué par Kris Versteeg (7 saisons entre 34 et 54 points en NHL, 2 coupes Stanley), mais il n'a pas passé la visite médicale : d'après l'état de sa hanche, Berne a considéré que le risque - non totalement couvert par l'assurance - était trop élevé. Cela n'a pas empêché Versteeg de retourner se faire une place en NHL. Il a été remplacé dans l'effectif des Ours par Ryan Lasch.

Les hommes du capitaine Martin Plüss, centre increvable qui a toujours un temps de jeu phénoménal à 39 ans, peuvent ainsi rêver d'un doublé historique. Mais les play-offs seront abordés bien différemment : alors qu'ils n'avaient aucune pression après une saison pourrie, ils auront cette fois une pancarte de favori sur le dos.

 

Les ZSC Lions seront en particulier très revanchards. Ils n'ont pas digéré de se faire éliminer par leur rival en crise alors qu'ils avaient écrasé la saison régulière. Eux aussi ont délaissé la filière canadienne, qui était privilégiée depuis cinq ans, pour des entraîneurs venus du nord. Hans Wallson et Lars Johansson ont bâti la grande équipe de Skellefteå, le premier comme coach et le second comme manager général. Ils arrivent en tandem d'entraîneurs à Zurich et pourront s'appuyer sur un compatriote de confiance, l'international Mattias Sjögren, un centre qui sait travailler dans les deux sens de la glace.

Si l'effectif de Zurich est moins orienté autour de vedettes que l'an passé (où il y avait le supertalent Auston Matthews et le défenseur parfois trop offensif Marc-André Bergeron), il est en revanche devenu plus dense et plus large. Il bénéficie notamment du retour de Ronalds Kenins, l'international letton formé au club qui joue par conséquence avec une licence suisse.

Les Suédois ont vite imprimé leur marque. Ils ont rendu les entraînements plus intenses que sous Marc Crawford, et ont donc repéré ceux qui n'arrivaient pas à suivre le rythme. Ils n'ont pas hésité à écarter de l'équipe Inti Pestoni (recrue-phare et ex-star d'Ambrì) et Mike Künzle (jeune joueur formé au club de 22 ans) pendant cinq semaines pour les contraindre à un programme d'entraînement particulier. Commentaire de Hans Wallson à la fin de leur pénitence : "maintenant les kilos sont à la bonne place". Cette sanction extrêmement rare en Suisse a surpris, mais elle permet de comprendre que le niveau d'exigence s'est élevé.

 

Depuis son titre de 1998, Zoug n'a plus jamais atteint la finale, et cela fait trois ans que l'EVZ ne figure même plus en demi-finale. Ce n'est à la hauteur ni de son budget ni de ses ambitions. Pour surmonter cette barrière psychologique, les Zougois ont engagé un ingrédient du succès bernois : le "coach mental" Saul Miller.

Celui qui incarne l'espoir de Zoug, c'est néanmoins surtout Raphael Diaz. Rétrogradé en AHL l'an passé après 4 saisons de NHL, l'arrière international fait à 30 ans un retour définitif dans son club formateur. Il apporte de la mobilité à une défense qui ne manque pas d'impact physique avec le rugueux Français Johann Morant et maintenant Timo Helbling.

L'arrivée de Diaz permet de n'avoir aucun étranger en défense, et donc de tous les aligner en attaque. Cela compense l'arrêt du meilleur marqueur Pierre-Marc Bouchard, qui a raccroché les patins à 31 ans pour ne plus risquer de nouvelle commotion cérébrale. Deux joueurs arrivent à sa place : David McIntyre, un profil semblable de passeur, et Carl Klingberg, un Suédois qui ajoute de l'énergie au forechecking par son patinage.

Les lignes offensives sont donc bien garnies avec les 4 étrangers, la petite pépite locale Lino Martschini et un Dominic Lammer qui progresse de plus en plus. Un peu trop bien garnies, même, au goût de Reto Suri, qui s'est fait retirer du jeu de puissance. Son entraîneur Harold Kreis lui reconnaît en revanche du bon travail en infériorité. Mais dans ce rôle moins en vue et qui correspond moins à ses qualités premières, Suri, révélation médaillée d'argent du Mondial 2013, aura bien du mal à regagner sa place perdue en équipe nationale.

 

Un candidat au titre qui se permet de faire confiance à deux gardiens de 20 et 19 ans : il n'y a qu'à Davos qu'on peut voir une chose pareille. Dans la station grisonne, le temps ne passe pas à la même vitesse qu'ailleurs (le célèbre écrivain Thomas Mann en a fait le thème de son chef-d'œuvre). Ici, l'entraîneur (Arno del Curto) est pour ainsi dire embauché à vie, on n'allume pas les voyants de crise à la première série de défaites, et on sait se montrer patient avec les jeunes gardiens.

Davos n'en est pas à son coup d'essai : en 2007, quand Jonas Hiller était parti en NHL, les Grisons avaient confié leurs cages à deux jeunes de 20 ans, Leonardo Genoni et Reto Berra, qui comptent aujourd'hui parmi les meilleurs gardiens suisses. Mais le pari semble encore plus osé cette année. Gilles Senn (20 ans) et Joren van Pottelberghe (19 ans), l'international U20 qui a complété sa formation pendant trois ans à Linköping, ont une expérience préalable (les 10 matches de LNA de Senn) bien plus faible que Berra et Genoni, et on ne leur prête pas forcément le même potentiel. Si demain ils deviennent des cadres de l'équipe nationale, la Suisse pourra remercier le courage du HCD, et aussi la pédagogie de Marcel Kull : cela voudra dire qu'il est bien le meilleur entraîneur de gardiens de Suisse. Même si Davos n'a formé lui-&mecirc;me aucun de ses gardiens successifs (Berra et Genoni étaient issus du mouvement junior des Lions zurichois), c'est bien Kull qui les aura tous fait éclore au plus niveau.

Les gardiens ne sont qu'un exemple de l'audace de Davos, qui aligne la plus jeune équipe du championnat. Elle peut fatiguer ses adversaires par sa fraîcheur et son patinage, même si la discipline et l'expérience pourraient lui manquer à certains moments. Le centre finlandais Perttu Lindgren joue toujours le rôle de maître à jouer et de leader offensif.

 

Le changement de gardien opéré par Lugano à l'automne dernier a porté ses fruits : engagé à la place de Patrick Fischer (devenu entre-temps sélectionneur national), le Canadien Doug Shedden a réussi à améliorer le rendement de l'équipe, et surtout à la rendre redoutable y compris en play-offs. Même le technicien suédois Linus Klasen, réputé par la dimension esthétique de son talent offensif, s'est montré capable de prendre des responsabilités.

Le HCL espérait donc repartir du bon pied, en devant seulement gérer le départ en KHL du buteur Fredrik Pettersson. Le recrutement de Dario Bürgler y a aidé : la confiance de l'ailier droit, perdue dans le système défensif de Harold Kreis à Zoug, est revenue sous le soleil tessinois où il a pu réorienter sa boussole droit sur le but adverse.

Mais sur certains de ses coéquipiers, Shedden a l'effet inverse, pour des raisons moins liées à la tactique qu'à la gestion humaine. C'est un coach qui peut utiliser ses hommes-clés jusqu'à l'extrême, mais qui peut aussi se montrer intraitables avec eux, dans ses critiques publiques comme dans ses décisions. Après un premier mois de championnat raté, il s'est déjà retrouvé avec 6 étrangers en rotation pour 4 places disponibles, qui apprennent leur sort de la bouche de Shedden chaque jour de match. Le centre Patrick Zackrisson s'en est plaint au quotidien suédois Aftonbladet : "On ne sait pas si après une passe manquée on devra retourner en tribune au prochain match. C'est dur et frustrant, et cela engendre de l'insécurité. Nous autres Suédois sommes habitués à plus de sécurité."

 

Ah, les vicissitudes du statut d'étranger surnuméraire en Suisse... S'il en est un qui peut en témoigner, c'est Marc-Antoine Pouliot. La rotation qui a démarré dès le début de championnat à Fribourg-Gottéron lui a fait perdre la tête. Un jour de déplacement à Zoug, le Québécois devait réintégrer l'équipe... mais il avait oublié ses patins à Fribourg ! C'est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase : après un début de saison décevant Pouliot, au club depuis 2013, a été aussitôt viré !

Cette mauvaise comédie, survenue début octobre, a été le point d'orgue de la crise qui a frappé les Dragons en septembre : performants en CHL, ils ont en effet été incapables de confirmer en championnat. Sentant la pression monter, l'entraîneur Gerd Zenhäusern a alors choisi de "lâcher" l'équipe pour se retirer à un poste présentant plus de sécurité de l'emploi, directeur du hockey mineur. Larry Huras a alors été engagé pour que son charisme revigore un effectif dans le doute. Mais même le Canadien tarde à concrétiser ses discours en résultats.

Il faut dire que Fribourg a subi plus de changements qu'à l'accoutumée cet été. Les deux vedettes de la première ligne Julien Sprunger et Andrej Bykov ont perdu leur habituel partenaire de première ligne Benjamin Plüss, qui a pris sa retraite. Il est temps que le club sache trouver d'autres atouts, y compris parmi ses étrangers. Le recrutement de Roman Cervenka allait tout à fait en ce sens, et malgré son absence imprévue due à sa sélection en remplacement de dernière minute à la coupe du monde, c'est bien sur l'international tchèque qu'il faut s'appuyer. On a donc fini par lui adjoindre un compatriote, Michal Birner.

Fribourg-Gottéron ne manque toujours pas de qualités techniques, mais cela ne suffit pas. Derrière une défense à moitié renouvelée, l'irrégularité malheureusement indéniable du gardien Benjamin Conz reste un sérieux handicap.

 

C'est un autre genre de crise que traverse Genève-Servette : une crise de confiance. Le quotidien local, la Tribune de Genève, se montre virulente à l'égard du président Hugh Quennec, accusé de fanfaronner mais de mener en fait le club droit dans le mur : "Depuis cet été, sa gestion inquiète. Le président [...] double certains postes. Il engage des clowns et des magiciens pour animer les soirs de match. Il s'entoure d'un aréopage de Canadiens qui débarque de NHL pour expliquer aux gens en place comment faire de l'eau tiède avec de l'eau froide et de l'eau chaude et comment bâtir une patinoire à plus de 200 millions de francs ! Ces spécialistes, il faut les nourrir, les loger, les défrayer. Et pas à coups de menue monnaie."

Quennec a en effet viré le manager Christophe Stucki, dont le travail était reconnu, et s'appuie sur des spécialistes étrangers pour rebâtir un club qui fonctionnait bien. La réaction peut paraître exagérément hostile et anti-canadienne : après tout, pourquoi ne pas laisser sa chance au président de faire ses preuves à sa manière ? Le problème est que le public sportif genevois a déjà jugé sur pièce. Quennec n'en est pas à son coup d'essai. Il avait tenu un discours similaire en présidant pendant trois ans le Servette Football Club, qui a été sauvé in extremis de la faillite... mais pas de la relégation administrative en troisième division en raison des dettes qu'il a laissées. Les Genevois ne croient donc déjà plus à ses leçons de management. Les affluences continuent de baisser, tout simplement parce que les spectateurs n'ont plus confiance.

C'est bien dommage car le Genève-Servette HC, demi-finaliste l'an passé, a encore un beau potentiel sur la glace. Même s'il n'est plus propriétaire depuis longtemps, Chris McSorley mène toujours la barque de la gestion sportive et maintient une équipe compétitive avec son penchant physique habituel. Il a simplement éjecté les deux Matt (d'Agostini et Santorelli) pour engager deux autres Canadiens, Mike Santorelli et Nick Spaling. L'option de prolongation de l'Américain Jim Slater a en revanche été activée : il a même été nommé capitaine pour succéder au grand défenseur Goran Bezina, symbole des Aigles pendant dix ans qui est parti pour un nouveau défi au Medvescak en KHL.

 

Un nom tranche dans cette morosité romande : Lausanne, dont les supporters avaient scandé "Quennec dégage" et qui en sont justement débarrassés depuis février. Propriétaire depuis 2007, Hugh Quennec a revendu le club à Ken Stickney. Celui-ci voit un grand potentiel dans le LHC, surtout à partir de 2019 quand il s'installera dans le "nouveau Malley" (après deux ans dans une patinoire provisoire).

Pour l'instant, Lausanne reste un club avec de petits moyens et peu de joueurs suisses de premier plan. Ses succès paraissaient surtout liés (à Huet et) au système défensif de Heinz Ehlers. Mais il a suffi de rater une fois les play-offs en trois ans, et ce premier échec très relatif (9e place) a coûté son poste à l'entraîneur danois. Sans la satisfaction des résultats, l'ennui était moins supportable.

Il fallait oser ce changement risqué. Entraîneur plus ambitieux dans l'esprit, Dan Ratushny a déjà conduit le petit poucet Straubing en demi-finale de DEL, et il n'a donc cure des hiérarchies budgétaires présumées. Il a signé au LHC et a finalement abandonné son poste de sélectionneur de l'Autriche.

Les lignes arrières peuvent jouer de manière plus libérée, et le recrutement s'est adapté en engageant en nouveau défenseur offensif en plus de Joël Genazzi (un canonnier de jeu de puissance dont les 11 buts constituaient déjà un record de LNA la saison dernière). Il s'agit de Jonas Junland, rien moins que le défenseur de l'année dans le championnat suédois. Si les étrangers gardent une importance majeure au LHC, leur profil a évolué dans le nouveau système. Un centre canadien, Dustin Jeffrey, a été ainsi engagé : son efficacité aux mises au jeu alimente en palets un hockey lausannois plus axé sur la possession.

Ce système plus offensif ne risque-t-il pas d'être préjudiciable au gardien Cristobal Huet, clé de voûte de Lausanne depuis trois ans ? La rumeur indique depuis des mois que Sandro Zurkirchen a déjà signé pour la saison prochaine, et on s'est demandé si le Français serait poussé à la retraite. Mais Huet se sent bien et a finalement prolongé d'une année supplémentaire. Ce sera donc une transition en douceur, et une concurrence, pour celui qui est toujours aussi performant à 41 ans et n'entend pas lâcher l'affaire.

 

Au printemps, on se demanderait si Kloten serait encore présent à la rentrée. Sans leur co-actionnaire Ken Stickney, parti racheter Lausanne, les autres propriétaires américains étaient peu intéressés à poursuivre une aventure qui s'apparentait à un gouffre financier et se demandaient même s'ils n'allaient pas "vendre" la société à une autre ville, comme un déménagement de franchise à la mode NHL.

Hans-Ulrich Lehmann a alors frappé à la porte. Cet entrepreneur a fait sa fortune dans la téléphonie mobile, en étant l'importateur exclusif de Nokia, et l'a ensuite réinvestie à temps dans l'immobilier et les hôtels. Ce politicien de la droite nationaliste (UDC) avait été très critique de la politique du club, et a mis en place une "cure d'austérité". Il a réduit le budget de 30% (de 20 à 14 millions de francs suisses), ce qui correspondait aux pertes qui s'accumulaient chaque année. Pour ajuster les dépenses aux recettes, il n'a donc eu d'autre choix que de faire accepter aux joueurs des baisses de salaires, puisque cela constitue l'essentiel du budget. L'équipe a commencé la saison avec seulement trois étrangers. Le nouvel entraîneur, Pekka Tirkkonen, a l'habitude de faire beaucoup avec peu : il a été élu coach de l'année en Finlande en 2014 pour avoir conduit SaiPa à une médaille de bronze.

Lehmann est surtout revenu à l'identité fédératrice du club. Il a abandonné le surnom "Flyers" pour reprendre le nom originel de "EHC Kloten. Un symbole du club, Felix Hollenstein, est aussi rentré à la maison, même si c'est juste pour sa part dans le hockey mineur. L'idée est que, dans un petit environnement, tout le monde doit s'unir et se mobiliser avec de forts liens avec l'économie locale, et avec la population. Les spectateurs adhèrent : près de 3000 personnes se sont abonnées, 30% de plus que l'an passé.

Il y a toutefois un accroc à ce climat de solidarité : l'attitude hostile et peu reconnaissante dont le public a fait preuve vis-à-vis du (trop ?) vieux gardien Martin Gerber, humilié quand on scandait à son endroit le nom de son jeune partenaire Luca Boltshauser. Celui-ci était bien plus performant en début de saison... mais il s'est déchiré les ligaments du genou fin septembre. Kloten a donc eu aussi besoin de Gerber, pas rancunier, qui a montré qu'il a encore de beaux restes.

 

Il y a un an, un Kevin Schläpfer en larmes renonçait aux sollicitations de la fédération pour devenir entraîneur national, et exprimait sa fidélité pour le club de Bienne, où les supporters l'appellent "Hockeygott" (dieu du hockey). Mais depuis l'automne, le dieu a perdu ses pouvoirs. Les Biennois auraient dû jouer un barrage de promotion/relégation si le champion de LNB n'avait pas été un club non candidat à la montée (Ajoie), et le maintien reste peut-être la priorité.

Le dieu n'est qu'un homme : il exprime les mêmes émotions, et en a les mêmes fragilités. Psychologiques tout d'abord, ce qui se comprend pour quelqu'un qui a perdu en peu de temps son père et sa mère. Physiques, ensuite. En mai, une mauvaise glissade au tennis l'a contraint à se faire opérer du genou, et il a donc dû préparer son équipe sur des béquilles, en se tenant en bord de glace dans un poste spécial aménagé par le club.

Bienne était persuadé de pouvoir retourner en play-offs grâce au retour en Suisse du gardien Jonas Hiller, après neuf ans en NHL. On espérait que Hiller, à ce poste-clé, fasse à Bienne ce que Huet a fait à Lausanne. Et cela en a pris le chemin. Le club a réussi un excellent début de saison et figurait en haut de tableau... avant une série de neuf défaites en dix rencontres.

Schläpfer a donc été viré. A-t-il trop habitué Bienne au succès ? Le club l'a toujours soutenu, mais depuis ses négociations secrètes avec la fédération, un lien s'était brisé avec ses dirigeants. Tout a une fin, même les plus belles histoires. Le directeur du hockey mineur Mike McNamara (Canadien de 67 ans) a pris la place de coach mais n'est évidemment pas destiné à laisser la même empreinte. Bienne va devoir se chercher un nouvel avenir, et cela ne s'annonce pas simple. Juste avant le changement d'entraîneur, on a appris que Gaëtan Haas, la star formée au club, partirait l'été prochain à Berne. Haas a joué toute sa vie à Bienne et a été entraîné par Schläpfer depuis ses 12 ans. Il sera peut-être encore plus difficile à remplacer.

 

Neuf défaites en dix journées, c'est aussi ce qu'a vécu Scott Beattie à Langnau... mais dès le début du championnat ! Arrivé mi-mars à la place de Benoît Laporte pour sauver le maintien (ce qu'il a fait), l'entraîneur italo-canadien a donc déjà dû rendre son tablier début octobre. Heinz Ehlers escomptait qu'un poste se libèrerait à l'automne au vu de la durée de vie des entraîneurs en LNA, mais ne s'attendait pas à être appelé aussi tôt.

Le Danois a donc pu appliquer très tôt son système défensif bien connu à Lausanne, ce qui laisse assez de temps aux SCL Tigers pour remonter au classement. Cette recette doit leur permettre de gratter des points, certes au détriment du spectacle, sachant que leur potentiel est sans doute un peu meilleur que l'an passé.

Faisant face à la retraite de Sandro Moggi, les Tigers ont plutôt bien recruté à l'intersaison. Ils se sont densifiés en engageant deux joueurs du champion et rival Berne, l'attaquant Pascal Berger et le défenseur Flurin Randegger. Les étrangers, emmenés par le centre américain Rob Schremp, ont été relativement de bonnes pioches. L'arrière finlandais Ville Koistinen, peu spectaculaire mais précis, est sans doute plus adapté au système Ehlers que ne l'aurait été son prédécesseur Kevin Hecquefeuille. Le SCL peut donc redevenir candidat aux play-offs dans sa nouvelle configuration.

 

On n'est pas forcément aussi optimiste pour Ambrì-Piotta, club villageois qu'il semble de plus en plus difficile de faire décoller du bas de tableau. Le directeur sportif Ivano Zanatta ne ménage pourtant pas ses efforts, et ne s'est pas désespéré du départ de l'idole locale Inti Pestoni à Zurich.

Comme il faut faire des paris quand on gère un petit club, Zanatta a embauché des joueurs qui ont la réputation d'être assez enclins aux blessures. D'une part, Peter Guggisberg, un joueur dont le potentiel offensif reste élevé, même s'il l'a moins exprimé depuis sa grave blessure au genou il y a cinq ans. D'autre part, Eliot Berthon, l'international français à licence suisse, qui n'a jamais eu de grosses statistiques en LNA mais dont le jeu dynamique était apprécié par les supporters de son ancien club Bienne.

Avec des étrangers qui connaissent déjà la LNA, Ambrì n'a donc pas trop de souci à se faire sur son potentiel offensif. En revanche, la défense pose toujours question. Elle a certes gagné en gabarit avec les arrivées de Franco Collenberg, Michael Ngoy et Igor Jelovac, mais le poids suffira-t-il à combler la porosité dont a souvent fait preuve Ambrì ?

 

 

La LNB

 

La LNB s'est terminée au printemps dernier par une grosse surprise : le parfait outsider Ajoie a doublé lors des play-offs tous les candidats déclarés à la montée, et comme il n'avait pas déposé de dossier d'accession à la LNA, les barrages de promotion/relégation ont été annulés. Ce cas très rare ne devrait pas se reproduire. Après la retraite de leur légende locale Steven Barras, personne ne voit les Jurassiens répéter leur exploit. Ce club qui aligne maintenant trois Français (Kevin Bozon a rejoint les frères Barbero) est censé reprendre un rôle modeste.

Les trois clubs alémaniques qui ont dominé la saison régulière sont en effet légitimement revanchards. Langenthal s'appuie toujours sur sa première ligne forte Tschannen-Kelly-Campbell, alors que son voisin Olten a un peu changé ses principes. Il a engagé pour la première fois un défenseur étranger, Curtis Gedig, élu dans l'équipe-étoile du championnat norvégien. Le nouvel entraîneur Maurizio Mansi, adjoint de Luciano Basile en équipe d'Espagne, espère cette fois rater le Mondial : cela voudra dire qu'Olten a atteint la finale. Quant à Rapperswil-Jona, il est un peu à la croisée des chemins. Il a dû réduire un peu son budget, ce qui rend compliqué un espoir de retour en LNA.

Les trois principaux clubs romands, eux, sont en effet bien plus agressifs sur le marché des transferts. La Chaux-de-Fonds a engagé un nouvel étranger, le pur buteur suédois Henrik Eriksson, avec l'espoir que Laurent Meunier - marié à une Suissesse comme Huet - obtienne rapidement à son tour un passeport à croix blanche. Mais les papiers se font attendre et les deux joueurs se sont retrouvés en concurrence. Finalement, Eriksson s'est rompu les ligaments croisés et sa saison est finie. Les deux clubs valaisans s'appuient sur un apport russe : Viège par son directeur sportif, l'ex-star de NHL Andrei Kovalev, et Martigny par... ses capitaux. Les investisseurs russes ont en effet décidé - par affection nostalgique pour la couleur ? - d'ouvrir le portefeuille pour le "Red Ice", qui n'est pas une marque de vodka mais un club de hockey sur glace. Cela a permis de recruter Jacob Berglund, joueur de l'année dans la ligue norvégienne, et de faire revenir Frédéric Iglesias, qui avait participé à la montée en LNB. Nanti de trois années d'expérience en LNA dans son club formateur de Genève-Servette, le défenseur de 27 ans a été nommé capitaine. Quant à l'entraîneur, il sera slave : Matjaz Kopitar, papa de qui vous savez et ancien sélectionneur de la Slovénie.

Il y a clairement un championnat à deux vitesses. Les cinq autres équipes ont moins d'ambitions sportives et servent à développer des joueurs confiés par des équipes de LNA. Les GCK Lions restent avant tout la pépinière du ZSC, un modèle que Zoug a essayé de reproduire en créant la "EVZ Academy". N'étant pas sûr que cette réserve serait compétitive, Zoug l'a encadrée de deux étrangers "bon marché", mais le renvoi du Français Anthony Rech prouve que cette équipe a certaines exigences et cache en fait ses ambitions. Elle vise sans doute la huitième place qualificative en play-offs. Thurgovie, qui l'avait obtenue sans trop de mal l'an passé, a compris le danger : après avoir commencé la saison sans étranger, il s'est ravisé au bout d'un mois afin de rester dans la course.

Après une année d'apprentissage, Winterthur est en effet prêt à être compétitif et a fait revenir Adrian Wichser : le triple champion de Suisse a appris le hockey dans cette ville qu'il avait quittée à 17 ans, et il revient aujourd'hui à 36 ans avec le statut de capitaine... mais aussi avec un corps usé qui se blesse souvent. Enfin, le champion de 1re ligue Biasca sert de réserve aux deux clubs tessinois de LNA (les rivaux Lugano et Ambrì, partenaires dans l'affaire) sous le nom de HCB Ticino Rockets. Une "double réserve" très jeune, entraînée par Luca Cereda, ancien joueur international d'Ambrì qui avait dû prendre une retraite précoce à 26 ans en raison de problèmes cardiaques en 2007, et qui s'était laissé convaincre de s'occuper du mouvement juniors.

 

Marc Branchu

 

 

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