Finlande 2016 : bilan de la saison et perspective

 

Les résultats du championnat finlandais

Le bilan précédent (2015)

 

La Liiga finlandaise évolue dans un contexte difficile. Après le départ des Jokerit, club-phare de la Finlande, les lendemains étaient moroses. Les surlendemains le sont encore. La ligue a obtenu des résultats négatifs avec une perte estimée à 1,5 million d'euros et certains clubs ont connu bien des difficultés sur le plan financier. En premier lieu les Blues d'Espoo, qui n'ont pu éviter la faillite.

Espoo sera-t-il un cas isolé ? La situation de la Liiga, la marque de sport la plus importante en Finlande, demeure fragile. Les coûts d'exploitation ont augmenté et les clubs de la ligue finlandaise ont cumulé un déficit de 20 millions d'euros ces cinq dernières années. Neuf clubs ont contracté un résultat négatif ces deux dernières années. Si la plupart des équipes n'étaient pas affiliées à de puissants groupes, ils seraient plusieurs à connaître un destin identique à celui des Blues. Il faut préciser que le contexte économique du pays n'aide pas, puisque la Finlande a traversé quatre années de récession ou de quasi-stagnation, devenant au passage une victime collatérale des sanctions internationales envers la Russie, un de ses principaux marchés à l'exportation de la nation-suomi.

Certes le système de formation n'a jamais été aussi efficace mais le support économique du championnat national s'est donc fragilisé. Les Jokerit ont certes terminé l'exercice avec un bilan comptable négatif après leur deuxième saison consécutive en KHL, mais la situation n'est pas plus rassurante en Finlande. Critiqué pour être peu à l'écoute des clubs et pour avoir bâti un modèle non viable, le directeur général de la Liiga, Kimmo Ranisto, a démissionné de ses fonctions.

Cependant, le championnat finlandais est toujours spectaculaire et âprement disputé. En témoigne ce bilan de la saison 2015-2016.

 

Tappara Tampere (1er) : la malédiction rompue par le surdoué

Trois finales perdues consécutivement, c'est un triste record qu'avait établi Tappara entre 2013 et 2015. Et avec le départ du maître buteur Olli Palola, conserver l'objectif du titre semblait particulièrement compliqué.

L'incontournable maestro Kristian Kuusela a pourtant mené l'offensive en atteignant un sommet de carrière avec 59 points, s'adjugeant le titre de meilleur joueur de la saison régulière. Mais, malgré sa polyvalence et son implication toujours indéfectible, ce n'est pas forcément ce futur joueur de KHL qui a retenu le plus l'attention, c'est bien évidemment le phénomène Patrik Laine. Ce gamin de 18 ans a lui été élu recrue de l'année, et avec ce talent rare et exceptionnel, c'était un peu la dernière chance de Tappara.

La hache de Tampere a bien failli se fissurer en demi-finale, comme l'année dernière. Mené 3-1 dans la série par Kärpät, Tappara est parvenu à inverser la tendance surtout grâce au surdoué Laine, dont le talent, l'efficacité, la confiance et l'incroyable décontraction avaient déjà marqué les esprits bien avant les Championnats du monde.

Pour autant, malgré la saison extraordinaire du prodige Laine, le MVP des play-offs le plus jeune de l'histoire, le titre tant attendu - treize ans après le dernier - ne pourrait se résumer aux performances d'un surdoué, si exceptionnel soit-il. C'est avant tout la réussite d'un système - celui de Jussi Tapola - bien huilé avec une défense de fer menée par le pilier Tuukka Mäntylä, finalement revenu après une aparté en KHL. Mäntylä, Plastino, Kuusela, Peltola, Järvinen, Karjalainen, Lajunen, la mécanique des cadres a parfaitement fonctionné pour tirer vers l'avant tout un groupe. Rouage également essentiel, le gardien Tomi Karhunen a multiplié les prouesses dans les moments les plus cruciaux. Karhunen remporte un troisième titre national consécutif, son premier avec Tappara après avoir été sacré dans le camp adverse de Kärpät les deux saisons précédentes. La fin est belle pour un club qui a fêté récemment ses 60 ans d'existence.

 

HIFK Helsinki (2e) : l'exercice presque parfait

Il y a deux ans, Yohann Auvitu optait pour un virage audacieux en quittant Jyväskylä après six années au sein de l'organisation du JYP pour prendre le chemin de la capitale, où les attentes sont toujours très élevées, d'autant plus depuis le départ des rivaux Jokerit pour la KHL. Bien lui en a pris puisque le défenseur français a pris une autre dimension au HIFK. Finaliste du championnat, le prix du meilleur défenseur de la ligue et une chance de percer en NHL aux Devils du New Jersey, Auvitu a conclu son aventure finlandaise de huit ans d'un coup de maître.

Le HIFK a remporté pour la première fois de son histoire la saison régulière, établissant un record dans l'histoire du club avec 127 points. Mis à part un léger relâchement en décembre, les joueurs de la capitale ont poursuivi leurs efforts tout au long de l'année. Et évidemment Auvitu n'a pas été le seul à exceller. Le jeune gardien Ville Husso a terminé son apprentissage pour tenter l'aventure NHL, gagnant en assurance et en expérience. Tommi Taimi est devenu l'un des meilleurs défenseurs offensifs de Finlande. Enfin, le duo offensif Tomáö Záborský / Teemu Ramstedt a affiché une production impressionnante avec au total 128 points en 78 rencontres ! Rarement un duo ne s'est mis autant en évidence à Helsinki, même pas Ville Peltonen et Mikael Granlund !

Un groupe très équilibré et appliqué, de fortes individualités, la solution aurait pu être gagnante pour l'entraîneur Antti Törmänen. Quand les siens ont mené la série finale 2-1 à l'issue d'un succès éclatant 6-0, beaucoup pensaient qu'il allait s'agir de l'année du HIFK. Mais finalement, l'agressivité et l'expérience des grands instants du Tappara, victorieux trois fois par la suite, ont finalement fait la différence. Malgré l'échec en finale, c'est l'apogée de la saga Törmänen, le coach souhaitant tout de même conserver la même ambition. Mais l'objectif du titre devra se réaliser sans Auvitu, Husso, Ramstedt et Záborský, partis sous d'autres cieux.

 

Kärpät Oulu (3e) : les qualités individuelles ne sont plus un tabou

Les Kärpät Oulu sont un peu le laboratoire de l'équipe nationale de Finlande puisque leur entraîneur Lauri Marjamäki a été désigné depuis des mois comme le futur sélectionneur national. Il est donc un coach plus observé que les autres. Après avoir amené d'abord amené un esprit nouveau, Marjamäki a semblé se retrancher ces dernières années dans un jeu plus passif. Pour autant, et contrairement aux deux années précédentes, il n'a pas été gagnant en play-offs, battu au septième match de la demi-finale par Tappara. Ses décisions ont donc été critiquées, notamment la séparation du duo Aho-Puljujärvi en jeu de puissance.

Les Kärpät avaient autrefois la réputation de produire des joueurs de devoir, capables de faire gagner le club, mais dont les qualités individuelles étaient négligées au profit du sacro-saint système. Ce sont les générations qui ont incarné la Finlande depuis quinze ans, par exemple les joueurs nés en 1981, l'ailier Mika Pyörälä et le capitaine Lasse Kukkonen, qui viennent de remporter leur quatrième médaille - dont un titre - aux championnats du monde (plus trois médailles olympiques pour le défenseur Kukkonen). Ces deux hommes-clés ont prolongé en cours de saison jusqu'en 2019. Autant dire qu'ils vont probablement finir leur carrière dans leur club formateur, comme Esa Pirnes vient de le faire.

La situation a changé. La Finlande s'est rendue compte qu'elle devait mieux développer la technique individuelle de chaque joueur. La nouvelle génération ose désormais faire étalage de ses qualités. Et la région du cercle polaire est devenue une pépinière de talents. Le meilleur marqueur de l'an passé Joonas Donskoi, qui a atteint la finale NHL avec San José, n'était qu'un premier exemple. Cette saison, la Finlande a ébahi le hockey mondial en dominant le Mondial junior grâce à une première ligne Jesse Puljujärvi - Sebastian Aho - Patrik Laine qui a survolé la compétition. Deux de ces trois talents viennent d'Oulu, qui n'a donc plus besoin de recruter des renforts tchèques pour leur technique individuelle...

Sebastian Aho est le fils du directeur sportif Harri Aho, et c'est pour ça qu'il est né à Rauma quand son père jouait au Lukko, mais il a bien été formé aux Kärpät. Son évolution en un an a fait saliver les Carolina Hurricanes qui l'ont repêché au deuxième tour (!) de la draft NHL et l'ont maintenant fait signer en toute confiance. Aligné au poste de centre en juniors, Aho a évolué à l'aile gauche chez les adultes, placé en club aux côtés d'un centre expérimenté (Mika Niemi). Quel que soit le poste, sa compréhension du jeu a impressionné et l'a déjà fait baptiser le "cerveau".

On aurait tôt fait de caricaturer en évoquant parallèlement les "muscles" de Jesse Puljujärvi, beau bébé de 191 cm et 90 kg à 17 ans seulement, dominant par sa puissance physique. Contrairement à Aho, décisif en demi-finale du Mondial de Moscou, Puljujärvi a été préservé du contact avec le plus haut niveau après avoir tout emporté sur son passage aux Mondiaux U20 et U18. En apparence, ses stats ont paru moins impressionnantes que ses camarades. Mais la Liiga a mis en place et publié cette année les stats "avancées" : le meilleur joueur des Kärpät au "Corsi" (décompte des la domination par les tirs tentés et subis quand le joueur est sur la glace à cinq contre cinq), c'est justement Puljujärvi. Et s'il n'a pas été pris en numéro 3 de la draft par le seul manager finlandais de NHL (Jarmo Kekäläinen à Columbus), cela ne doit pas remettre en cause son potentiel qui reste exceptionnel, même s'il n'est "que" numéro 4 et qu'il prend la direction d'Edmonton où l'abondance de talents offensifs a peu réussi.

 

JYP Jyväskylä (4e) : nouvelle ère, nouveau noyau

C'était la fin d'une ère, celle de l'icône de Jyväskylä Éric Perrin parti au TPS Turku pour raison économique. En dépit du départ du Québécois qui laissera une trace indélébile dans l'histoire du club de Finlande-Centrale, le JYP est malgré tout parvenu à atteindre le carré final une septième fois ces huit dernières années.

Le défenseur Mikko Luoma n'est certes plus tout jeune (39 ans) et n'a plus la même influence sur le jeu, mais ils ont été plusieurs à le soutenir avec talent, en premier lieu son lieutenant Mikko Kalteva et Valtteri Kemiläinen qui se sont détachés. D'un point de vue général, le jeu défensif a été extrêmement satisfaisant, dont les configurations en infériorité. La complémentarité des deux gardiens a été une aubaine, permettant de consolider la forteresse. Veini Vehviläinen (19 ans) s'est révélé en monopolisant la place devant les filets pendant la saison régulière et l'incontournable Tuomas Tarkki a pris la relève durant les play-offs.

Malgré l'arrivée-flop de Mattias Tjärnqvist et la longue indisponibilité du capitaine Tuomas Pihlman - blessé à la main - l'attaque a eu du répondant avec un éventail de profils précieux, ce qui a permis d'afficher des lignes homogènes. Un noyau de jeunes joueurs s'est formé, une base sur laquelle l'entraîneur Marko Virtanen pourra s'appuyer : le gardien Vehviläinen évidemment, mais aussi le défenseur Sami Niku, les attaquants Topi Nättinen, Henri Kanninen, Mikko Salmio. Autant de bonnes satisfactions qui n'ont toutefois pas pu permettre au JYP de rivaliser en demi-finale face à la force mentale et au jeu très offensif du HIFK. À l'avenir, le club de Jyväskylä saura-t-il passer le cap de la demie ?

 

Saipa Lappeenranta (5e) : à bout de souffle

Cela fait pratiquement dix ans que Jussi Markkanen n'a plus joué en NHL mais à 41 ans, il continue toujours ses miracles aux abords du lac Saimaa. Pour sa troisième saison de suite avec SaiPa, un club dont il a porté les couleurs pour la première fois il y a un quart de siècle (!), Markkanen a livré de nouvelles performances solides. Et le mur de Lappeenranta n'est pas prêt d'être démoli puisque la direction lui a prolongé son contrat jusqu'en 2018 : la retraite, ce n'est pas pour tout de suite !

Au moins, Markkanen ne terminera pas sa carrière sur une vilaine blessure. Markkanen out à quelques semaines des play-offs, son suppléant Jani Nieminen n'a pas été en mesure de tenir la cadence. D'ailleurs, c'est toute l'équipe qui a vu son rythme s'essouffler juste avant les play-offs, le JYP en profitant en quart de finale pour clore la saison des jaunes et noirs. Hormis Markkanen, SaiPa a vu d'ailleurs plusieurs joueurs-clefs garnir l'infirmerie, dont les défenseurs Sam Lofquist et Kalle Maalahti, le capitaine Ville Koho, les attaquants Kim Strömberg, Petteri Nokelainen et Vojtech Polak. Ces absences intempestives tout au long de la saison ont fini par parasiter le rendement de l'équipe.

Même celui du duo Chad Rau / David McIntyre. Pourtant, la doublette nord-américaine, déjà satisfaisante la saison passée, a littéralement embrasé les glaces finlandaises avec 102 points inscrits à eux deux en saison régulière ! Néanmoins, signe que la rupture en fin d'exercice a été générale, le duo Rau / McIntyre, un des meilleurs de la Liiga, n'a pas réussi à prolonger cette efficacité en quart de finale. SaiPa s'est arrêté à ce stade de la compétition pour la deuxième année consécutive.

 

Lukko Rauma (6e) : Nemo les bons tuyaux

C'était la quatrième année derrière le banc de Rauma pour Risto Dufva, mais malheureusement, ce technicien à haute réputation en Finlande n'a pu mener Lukko à une quatrième participation consécutive aux demi-finales, avant de partir entraîner les promus Jukurit de Mikkeli, club qui lui tient à cúur. Le mandat de Dufva s'achève sur une frustration certaine même si l'adversaire proposé en quart - le futur champion Tappara - était d'un calibre bien supérieur.

Le premier trio de Lukko n'a d'ailleurs pas pu peser de la même manière en play-offs alors que Teemu Nurmi, Aaron Gagnon et Ville Vahalahti avaient affiché une complémentarité remarquable tout au long de l'exercice. Toni Koivisto, l'autre grand atout offensif, était bien trop esseulé pour faire la différence à lui seul. Janne Lahti aurait pu être d'une grande aide, mais cet ailier d'expérience a encore connu une saison parasitée par les blessures. S'il y en a un qui n'a pas ce problème, c'est bien le gardien Ryan Zapolski qui a gardé les filets de son équipe durant 60 des 65 parties de son équipe ! Avec talent en plus, l' Américain atteignant des sommets qui lui ont permis d'obtenir un contrat en KHL, aux Jokerit d'Helsinki.

Les performances de Zapolski et une arrière-garde sérieuse autour du pilier Janne Niskala ont permis à Rauma de porter à merveille son surnom de Lukko, la "serrure". Le jeu défensif qui devrait être conservé par le nouveau coach Juha Vuori - assistant depuis 2008 - devrait convenir à Valentin Claireaux, dont l'expérience internationale et l'engagement sont très appréciés. Son arrivée n'est pas vraiment due au hasard car l'attaquant français évoluait dernièrement au KeuPa HT, club de Mestis affilié au Lukko de Rauma. Claireaux avoue avoir beaucoup appris sous les ordres de Ville "Nemo" Nieminen, son entraîneur à Keuruu. Pour ses débuts en Liiga, le Saint-Pierrais tentera de mettre en application les bons tuyaux de Nieminen, 2000 matchs officiels d'une riche carrière de joueur qu'il a terminée à Rauma avant de devenir coach de KeuPa.

 

TPS Turku (7e) : l'année du renouveau

Après plusieurs années noires, le TPS Turku a entrepris un nouveau chantier confié à l'entraîneur Ari-Pekka Selin. Il a constitué un groupe avec de fortes individualités qui doit assimiler une jeune génération talentueuse, championne de Finlande U20 en 2015. Sa recette a plutôt bien fonctionné puisque le TPS a retrouvé les play-offs de la Liiga pour la première fois depuis 2010 et le dernier titre national.

Un pas a incontestablement été franchi pour redorer le blason du TPS. La clef de cette réussite, c'est que les fortes individualités ont totalement assumé leur rôle. Deux ont particulièrement retenu l'attention : Tomi Kallio et Henrik Tallinder. L'attaquant Kallio (39 ans), nommé capitaine, n'avait plus joué pour le TPS depuis 2000. Le défenseur Tallinder (37 ans) avait décliné des offres de sa Suède natale en privilégiant le TPS. Tous deux ont été absolument exemplaires du début à la fin.

Tallinder, Kallio mais aussi Dave Spina, Éric Perrin, l'autre Québécois Francis Paré - arrivé en janvier - l'infatigable Petteri Nummelin - qui a fait ses adieux à cette grande ville portuaire avant de partir en Norvège - ont permis à des degrés différents de renforcer le collectif et de permettre aux jeunes de poursuivre leur développement. On pense à l'arrière Elmeri Eronen, le plus prometteur d'entre eux après le départ précipité de Mikko Rantanen pour l'Amérique du Nord.

Deux autres jeunes joueurs se sont mis en évidence : les deux gardiens Alexandar Georgiyev et Oskari Setänen qui ont profité des performances en dents de scie de Teemu Lassila et de sa longue suspension pour un vilain geste. Le vice-champion du monde junior Georgiyev est russe mais d'origine lituanienne, une Lituanie qui est représentée par Tadas Kumeliauskas. Ce dernier a occupé la plupart du temps la deuxième place de centre, mais Selin n'a pas hésité à le propulser sur le premier trio à plusieurs reprises. Ari-Pekka Selin a créé une empreinte de jeu. Il reste au TPS Turku à poursuivre son ascension.

 

Pelicans Lahti (8e) : des performances crescendo

Retenus pour les play-in, les Pélicans de Lahti ont écarté KalPa pour retrouver les quarts de finale et défier le HIFK. Le club de la région Päijät-Häme a d'ailleurs bien résisté aux joueurs de la capitale. Auteur d'une saison régulière catastrophique, le gardien géant Niko Hovinen a été lancé dans la bataille lorsque l'IFK d'Helsinki menait la série 2-0. "Hovi", méconnaissable, a alors permis à son équipe d'égaliser la série à 2-2 et n'a concédé que quatre buts lors des deux manches suivantes, néanmoins suffisant pour le HIFK. Antti Törmänen, entraîneur des futurs finalistes, admet que la qualification a été obtenue difficilement justement à cause de Hovinen.

Autour de lui, le jeu défensif s'était consolidé au fur à mesure de la saison pour finalement obtenir une étanchéité qui a frustré les attaques adverses. Point noir la saison dernière, l'offensive de Lahti a été plus en réussite. L'Américain Ryan Potulny a réussi ses débuts en Europe, Vili Sopanen a encore été ennuyé par les soucis de santé mais a ensuite brillé, Antti Erkinjuntti a été digne du capitanat qui lui a été confié alors qu'il arrivait tout juste au club, et le champion du monde junior Sebastian Repo s'est révélé. Cette attaque des Pélicans a aussi obtenu un apport relativement inattendu, celui du défenseur Juha Leimu. À 33 ans, Leimu a connu un sommet de carrière avec 34 points et 16 buts... dont 13 inscrits en supériorité numérique ! Le défenseur le plus offensif de la Liiga a clairement contribué à l'efficacité du jeu de puissance de Lahti, le troisième meilleur du championnat.

Pour sa première année derrière le banc, l'entraîneur Petri Matikainen a fait l'éloge de ses joueurs et de la coopération du staff. Une coopération assez particulière car, comme pour KalPa, le propriétaire (Pasi Nurminen, depuis 2005) est également assistant du coach. Le cumul de ces deux postes est-il vraiment sain ? Matikainen et Nurminen ont déjà officié ensemble à Omsk le temps d'une saison, mais leurs bonnes relations ne vont-elles pas pâtir d'un système qui semble intrusif ? L'application et l'enthousiasme vues en play-offs sont toutefois porteuses d'espoir. Jan Latvala, 44 ans, recordman du nombre de parties jouées en Liiga (1230 en saison régulière, 106 en play-offs), neuf saisons consécutives et treize au total passées à Lahti, peut raccrocher les patins l'esprit tranquille.

 

KalPa Kuopio (9e) : le syndrome du déséquilibre

Des Pélicans de Lahti au summum de leur forme ont donc empêché KalPa d'accrocher cette fois-ci les quarts de finale. Cela fait plusieurs années maintenant que le club de la Savonie du Nord peine à se faire respecter en finissant assez rapidement l'exercice. Une situation financière délicate a néanmoins noué les ambitions et limité la marche de manúuvre de l'équipe de Kuopio. La réussite des catégories juniors - la section U20 a été médaillée de bronze - constitue toutefois une piste intéressante à moyen terme.

La défense est un motif de satisfaction récurrent. Gêné par une hernie discale la saison précédente, le gardien Eero Kilpeläinen a cette fois-ci tenu la baraque - avec talent - quasiment toute l'année, ne manquant que quatre rencontres. Kilpeläinen qui a été bien aidé par un bloc très compact devant lui avec toujours pour leader Jussi Timonen.

Si le secteur défensif demeure satisfaisant, l'attaque l'est beaucoup moins. KalPa a souffert d'une animation offensive insuffisante qui a rendu la possession de puck assez pauvre et limité la capacité de réaction. Ce déséquilibre défense / attaque était déjà constaté l'année dernière. La stratégie ultra défensive, assumée par l'organisation, est critiquée. L'illustre Sami Kapanen, à la fois propriétaire, manager et assistant-coach de KalPa, semble particulièrement visé.

 

Vaasan Sport (10e) : la formule gagnante

À l'inverse d'une organisation de KalPa qui campe sur des positions critiquables, le Vaasan Sport a poursuivi son évolution en progressant de quatre places au classement et en accrochant les play-in. Pourtant, il ne s'agissait que de la deuxième année consécutive en Liiga pour le club de l'extrême-ouest.

Et pour la deuxième année consécutive, l'ailier français Charles Bertrand a mené l'offensive, portant encore une fois le traditionnel casque d'or grâce à ses 38 points, dont 19 buts qui constituent un record personnel. Son rendement s'est d'ailleurs accéléré en début d'année, au moment où Teddy Da Costa, libéré par Lahti, a rejoint Vaasa. Da Costa a bénéficié des très bonnes performances de son compère de l'équipe de France pour s'acclimater rapidement et réaliser probablement la meilleure saison de sa carrière.

Outre le duo bleu qui a très bien fonctionné, c'est tout un collectif qui a hissé son niveau de jeu. Savoir se renouveler tout en préservant ses valeurs sûres, c'est la clef de la réussite. Chaque secteur a été amélioré, le résultat de la consolidation des atouts déjà en main - Bertrand, Jarkko Immonen, Mikko Pukka - et d'un recrutement réussi, en particulier le gardien Mika Järvinen, le défenseur Jake Newton et l'attaquant Tuomas Vänttinen, trois excellentes pioches. Sans Charles Bertrand, qui a pris la direction de Pori, le Vaasan Sport tentera de poursuivre ses progrès afin d'atteindre cette fois-ci les quarts de finale.

 

KooKoo Kouvola (11e) : une bonne impression évaporée

Vingt-cinq ans après la relégation, le KooKoo de Kouvola avait retrouvé le plus haut niveau finlandais grâce à la phase actuelle d'expansion de la Liiga, qui ouvrira ses portes à la rentrée aux Jukurit de Mikkeli. Souhaitons aux Jukurit de faire aussi bien que KooKoo, bien loin d'avoir fait de la figuration en se débrouillant d'ailleurs mieux que le promu de la saison précédente, le Vaasan Sport.

Les deux gardiens, le vétéran Frédéric Cloutier et Juha Järvenpää, ont assuré une bonne alternance. La défense a vu émerger deux révélations : le Canadien Ryan O'Connor et Mikko Lehtonen. Ils ont trouvé en Ari Vallin un exemple de combativité. Vallin avait pourtant étonné en quittant à 38 ans la grosse écurie Kärpät pour traverser le pays du nord au sud en atterrissant à Kouvola. Connu pour sa légèreté et son sens de l'humour aiguisé, l'expérience de Vallin a semble-t-il été précieuse. Ajoutez à cela une attaque décente menée par les centres Josh Green et Jarkko Malinen, KooKoo en a surpris plus d'un. Il y a eu certes quelques déceptions. On pense d'emblée à Anthony Guttig qui n'a pas répondu aux attentes. Après deux excellentes saisons en Mestis, l'ex-Dijonnais n'a pu confirmer son talent à l'échelon supérieur avec 8 points en 36 matches alors qu'il était placé sur les deux premières lignes. À 27 ans, Anthony Guttig a donc fini la saison comme simple spectateur et devra rebondir ailleurs.

Même si le club a échoué aux portes des play-offs, l'impression laissée est toutefois très bonne et encourageante. Malheureusement, l'exercice s'est mal terminé avec des tensions internes qui ont jailli à cause d'un conflit salarial. Le contentieux s'est terminé devant le tribunal de la Vallée de Kymi, et l'organisation du KooKoo de Kouvola s'est vue obliger de verser la somme de 55.000 euros - sans compter 21 000 euros de frais supplémentaires - à l'entraîneur en chef Juha Juujärvi et sept de ses joueurs, qui avaient interpellé l'association des joueurs. Inutile de vous dire que les intéressés ont quitté le navire, navire qui devra évoluer sans eux pour tenter de voguer encore plus loin.

 

Ässät Pori (12e) : la fin d'une ère

2013 était une année historique pour le club de Pori puisqu'il s'agit de son dernier sacre. Et depuis, rien ne va plus, les "as" n'ont jamais su rebondir. À deux journées de la fin, les Ässät avaient pourtant encore un faible espoir d'accrocher les play-in... espoir qu'ils ont hypothéqué après un calvaire 7-0 contre le HIFK. Tout un symbole, un dernier fiasco à l'image de la saison...

Néanmoins, malgré les errements défensifs récurrents de ses coéquipiers, le gardien italien Andreas Bernard aura été la grande satisfaction de l'équipe. D'autant plus étonnant qu'Ari Ahonen semblait s'afficher comme le titulaire des filets, mais le portier transalpin de 25 ans, arrivé en Finlande avant la vingtaine, a pleinement assumé ce rôle malgré le contexte difficile.

En tout cas, ça va changer. Du moins, c'est ce qu'a annoncé le nouvel entraîneur Jyrki Aho, par le passé élu meilleur entraîneur du pays et vainqueur de la Liiga avec JYP. Aho souhaite en effet des changements majeurs dans l'équipe et son fonctionnement. Il aura déjà à charge de trouver des remplaçants aux vétérans Ville Uusitalo et Tapio Sammalkangas, qui comptent à eux deux plus de 1300 parties de Liiga. Le sniper français Charles Bertrand, qui se joint à un quatrième club finlandais, sera un atout incontestable pour rebondir.

 

HPK Hämeenlinna (13e) : mauvaise recette

Pour une deuxième année de suite, le HPK n'est pas parvenu à se qualifier pour les play-offs. La direction, pourtant attaché à un travail sur le long terme, avait surpris en prenant une décision que les fans n'avaient pas vu venir, malgré les mauvais résultats. L'entraîneur en chef Pasi Arvonen a été remercié fin janvier 2016.

Et dans ce genre de situation, il est courant de se tourner vers des valeurs sûres. Olli Salo, qui avait mené la section junior au titre national en 2013, a succédé à Arvonen. Marko Tuulola a assisté Salo, ex-défenseur vedette dix fois médaillé en championnat et recordman du club pour le nombre de matchs joués (617). Malheureusement, la nouvelle recette n'a pas permis une qualification en play-offs.

Olli Salo était persuadé de pouvoir tirer le meilleur de ses joueurs, dont certains avaient connu le succès avec lui quand ils étaient juniors. Les résultats en dents de scie se sont poursuivis pour cette équipe toujours très perméable. Le jeune gardien Juuse Saros avait largement limité les dégâts un an avant. Son successeur Jere Myllyniemi n'a pas pu soutenir la comparaison, très décevant. Et vu que l'offensive a été beaucoup moins productive, le club de Hämeenlinna ne pouvait guère espérer autre chose. Pour une première expérience à la tête d'une équipe en Liiga, c'est un échec pour le jeune coach Olli Salo... qui quitte déjà son poste pour devenir assistant aux Ilves de Tampere !

 

Ilves Tampere (14e) : un mois de bonheur avant la chute

La saison a particulièrement été mouvementée pour les Ilves de Tampere, ne parvenant pas à se qualifier pour les playoffs. Les Lynx n'ont plus atteint les quarts de finale de la Liiga depuis 2011. Une nouvelle fois, la déception est de mise pour une équipe qui ne réussit plus à performer. Et le club a même frôlé la faillite avec un dette fiscale de 60 000 euros, le déficit cumulé ces cinq dernières années avoisinant les deux millions d'euros. Fort heureusement, la licence en Liiga a pu être sauvegardée.

Sportivement, e premier mois de l'exercice 2015-2016 a pourtant été très satisfaisant et très encourageant avec une deuxième place au classement. Mais les Lynx ont finalement sombré dans une mauvaise dynamique, ne cessant de couler vers le fond du classement. Remplaçant Raimo Helminen en janvier 2013, l'entraîneur Tuomas Tuokkola a finalement été remercié. Kari Heikkilä, limogé plus tôt par le Dinamo Riga, lui a succédé en janvier, mais la nouvelle recette n'a fonctionné qu'un temps.

Devant les poteaux, le jeune Joonas Korpisalo avait impressionné lors de la saison 2014-2015. Son successeur - plus expérimenté - Hannu Toivonen a peiné à convaincre alors que le jeu défensif a finalement été amélioré. Le jeu offensif prôné par Heikkilä n'a jamais fonctionné même si l'équipe n'a pas été épargnée par les blessures. En premier lieu, les attaquants Tapio Laakso, Teemu Rautiainen et surtout la locomotive Sami Sandell. Meilleur marqueur de l'équipe la saison dernière, le capitaine Sandell n'a joué que 8 parties avant de se blesser gravement au genou. Et si l'équipe de Tampere foisonne de jeunes talents, cela n'a pas permis aux Lynx, un des plus petits budgets de la Liiga et avec un banc limité, de demeurer compétitifs.

 

Blues Espoo (15e) : une saison minée par la faillite

Finalistes en 2011, demi-finalistes en 2012 et quarts de finaliste ces deux dernières saisons, les Blues n'ont pu atteindre les play-offs. On peut supposer que les graves problèmes financiers ont largement nui à l'engagement du groupe. Une dette fiscale de plus de 200 000 euros a été dévoilée à l'automne 2015, plongeant le club en plein cauchemar.

Pour alléger la dette, l'organisation d'Espoo a dû lâcher du poids en masse salariale. Ce sont plus d'une quinzaine de joueurs qui ont été libérés de leur contrat au cours de la saison, dont plusieurs pointures comme Kim Hirschovits. Le capitaine était un symbole du club, élu meilleur joueur du championnat en 2015 après un pointage impressionnant, mais son départ laissait présager la fin d'une ère.

Avec un groupe totalement démuni, la lutte était vaine. Et l'équipe a enchaîné les défaites, notamment une série noire de 11 revers consécutifs. La lanterne rouge était inéluctable. Le public est néanmoins resté au chevet de son équipe malade, déployant une banderole lors de la dernière joute à domicile "Jusqu'à la mort nous sépare". L'extinction, les Blues ne pouvaient plus y échapper, la restructuration de la dette - estimée à 740 000 euros en mars - ayant été rejetée par le tribunal du district d'Espoo. La tristesse est toutefois mêlée à un sentiment de colère car beaucoup pointent la négligence de la direction du club dans cette affaire. Au moins, l'avenir des Blues est en Mestis puisqu'une licence a pu être obtenue pour le second échelon.

 

Nicolas Jacquet (avec Marc Branchu pour les Kärpät)

 

 

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