Autriche 2014/15 : présentation

 

Non seulement l'EBEL - la ligue autrichienne - a vu ses clubs invités en CHL avec les plus grandes ligues, mais en plus ils ont obtenu de meilleurs résultats que leurs voisins suisses, tchèques ou allemands ! Les deux clubs-phares, Salzbourg et Vienne, se sont qualifiés pour les phases finales, et ont étonné l'Europe du hockey. Plus personne maintenant ne peut nier la compétitivité de l'EBEL. La raison est que le calibre des étrangers ne cesse d'y grimper. Corrélativement, la place qu'occupent les joueurs autrichiens se fait chaque année plus discrète, et leur équipe nationale - qui tentera d'arrêter l'ascenseur en venant à bout de la France en mai prochain - ne semble toujours pas en profiter.

Le dernier championnat 2013/14 - Les présentations 2013, 2012, 2011, 2010, 2009, 2008, 2007, 2006, 2005, 2004, 2003 et 2002.

 

Une bonne campagne européenne ne doit tout de même pas faire croire que la ligue autrichienne est devenue aussi importante que la DEL allemande. La stratégie de la multinationale Red Bull le démontre. Pour la seconde année consécutive, l'entraîneur de Salzbourg (Don Jackson cette fois) a été déplacé à Munich, le vaisseau-amiral de l'organisation. Salzbourg est tout de même plus attractif qu'un petit club de DEL, et l'a aussitôt prouvé en remplaçant Jackson par an Dan Ratushny, qui était encore sous contrat à Straubing.

L'ancien vice-champion olympique d'Albertville a été nommé en même temps sélectionneur de l'équipe d'Autriche : c'est le signe d'un déplacement du pouvoir puisque la sélection nationale était jusqu'ici aux mains des club carinthiens. Au sein d'une ligue de plus en plus riche, la puissance financière de Red Bull est incontournable... Hormis les exilés de NHL, la plupart des meilleurs Autrichiens jouent à Salzbourg : les Matthias Trattnig, Manuel Latusa, Daniel Welser, Konstantin Komarek, Andreas Kristler et bien sûr le buteur Thomas Raffl forment une bonne base de l'effectif.

Heureusement car le club est parfois victime du succès de ses cadres étrangers. Evan Brophey et le meilleur marqueur Garrett Roe ont suivi leur entraîneur à Munich. Leur collègue David Meckler a fini par en faire autant en novembre. Et durant l'été, le défenseur américain Jeremy Dehner, qui avait initialement signé à Salzbourg, a aussi été transféré par Red Bull vers la Bavière... sans même avoir joué pour le club autrichien. Il a été remplacé à la mi-août par l'expérimenté Zdenek Kutlak, robuste arrière tchèque aux deux médailles mondiales, bien connu en LNA suisse.

Malgré la "priorité munichoise", le calibre des étrangers reste donc fort. Il arrive même que certains fassent le chemin inverse, tel le petit magicien Ryan Duncan, moins à son avantage en Allemagne mais revenu à ses premières amours. Ce technicien apportera sa créativité de même que John Hughes, passeur de génie viré de Villach pour des raisons extrasportives. Certes, ce ne sont pas des grands gabarits, mais ce n'est pas grave car Salzbourg a recruté à leurs côtés des joueurs rugueux comme Brett Sterling ou Kyle Beach.

Le favori est donc comme toujours Salzbourg, d'autant que Munich a progressivement rempli son quota d'étrangers : promis, plus personne n'y part !

 

Son grand rival Vienne croyait son heure venue l'an passé mais s'est essoufflé au fil de la saison. Il a donc engagé Tom Pokel, l'entraîneur champion qui a réussi à faire chuter Salzbourg avec l'inattendu novice Bolzano. Le nouveau coach professe certes un hockey défensif, mais pas aussi corseté tactiquement que son prédécesseur Tommy Samuelsson. Il s'est surtout fait une réputation de gagneur capable d'insuffler la bonne mentalité à son équipe pour lui permettre de gagner des matches serrés.

Cette psychologie semble faire effet sur le gardien Matt Zaba qui retrouve son meilleur niveau, tandis que sa doublure David Kickert s'est déjà révélé par ses premières sorties européennes à 20 ans. Les lignes arrières ont été complétées de manière équilibrée par l'offensif Florian Iberer et le défensif Brett Carson.

Il a fallu prendre une décision difficile en se séparant de François Fortier, très apprécié du public mais qui était devenu moins brillant dans un système plus défensif. Autre idole depuis quatre ans, Benoît Gratton a été privé de son statut de capitaine par Pokel, qui a choisi son collègue Jonathan Ferland. Le malheureux Gratton n'était pas au bout de ses peines, puisqu'il s'est ensuite blessé en août en CHL sur une charge dans le dos. Souffrant de douleurs persistantes à la tête, il a tenté de revenir s'entraîner sans contact, mais a finalement été contraint à arrêter sa carrière.

Une page se tourne donc chez les Capitals avec le départ du duo de vétérans québécois autour duquel tournait l'offensive. La nouvelle vedette canadienne de l'attaque se nomme Kris Foucault, et il n'a même pas 24 ans.

 

La continuité peut être le principal atout de Linz qui, contrairement aux deux favoris, a gardé son entraîneur. En trois ans, Rob Daum a obtenu un titre et deux demi-finales, un bilan évidemment très positif.

Les seules raisons de changer l'effectif, ce sont donc les retraites. Andy Hedlund a raccroché les patins, et il a été largement remplacé par le défenseur offensif Sébastien Piché, très convoité après sa belle saison à Bolzano. En attaque, la seule perte concerne l'attaquant de deuxième ligne Pat Leahy qui a lui aussi fait valoir ses droits à la retraite à 35 ans. Il a été remplacé par l'attaquant d'AHL Chad Rau.

Mais c'est une autre recrue autrichienne qui surprend : le jeune centre Fabio Hofer, arrivé de Salzbourg, cartonne dans une équipe moins dense où il est presque le seul joueur autrichien à s'imposer. Les frères Lukas sont certes toujours là, mais les deux autres figures "nationales" ont été retirées de l'effectif pour respecter la limite des "60 points" après le couperet de mi-novembre (lorsque les équipes doivent se défaire des joueurs qui dépassent ce "quota", les étrangers valant 4 points et les jeunes 1 point) : si Matthias Iberer a simplement été retranché parce qu'il était blessé, Gregor Baumgartner s'est vu accorder une "pause de réflexion" (terme du communiqué du club...) d'un mois parce que l'ex-international de 35 ans ne rentre plus dans les plans du coach.

Volontaires ou forcées, ces diverses retraites permettent en tout cas à Linz de se rajeunir tout en gardant ses forces vives. La recette pour venir se mêler au duel annoncé pour le titre ?

 

Le poste de gardien reste toujours problématique à Znojmo. LukᚠCikánek a été recruté à l'essai en provenance de Kladno où il a presque toujours été numéro 2, mais n'a pas convaincu. Il a fallu attendre décembre pour engager le nouveau gardien titulaire, Chris Holt. L'ancien portier de KHL a arrêté le hockey pendant un an, parce qu'il était blessé et qu'il préférait ensuite rester auprès de sa femme qui venait d'accoucher de son troisième enfant.

Le défenseur slovaque Richard Pavlikovský reste essentiel à 39 ans, et son absence s'est d'ailleurs faite ressentir en play-offs où Znojmo n'avait fait qu'un bref tour de manège. Il a été rejoint par de nouveaux défenseurs physiques, plus Jakub Grof pour l'aspect offensif.

Les cinq meilleurs marqueurs sont restés, dont le trio principal Havlik-Pucher-Lattner. Cela n'a pas empêché de répéter l'expérience Pavlikovský et de recruter un nouveau vétéran célèbre : Pavel Rosa, ancien meilleur marqueur d'AHL, champion en Finlande et en Russie. C'est un pur talent offensif et son expérience est un vrai bonus.

Znojmo ne fait pas beaucoup de bruit, mais la qualité générale de formation des joueurs tchèques rend le niveau sur le banc beaucoup moins hétérogène que chez les équipes autrichiennes. Cela suffit à rendre les Aigles compétitifs et à les diriger une fois de plus vers les play-offs.

 

Avec dix années entières sans demi-finale, Graz est l'éternel sous-productif du hockey autrichien, le club aux ambitions éternellement contrariées. Les entraîneurs continuent de valser... en espérant que l'un d'eux trouve le bon tempo. L'Américain Todd Bjorkstrand a pour réputation de privilégier la discipline et le sacrifice. Il a fait venir de Herning avec lui un défenseur de confiance, Mitch Ganzak.

Et comme Todd Bjorkstrand est le père de deux jeunes internationaux danois, il connaît évidemment leur collègue Stefan Lassen, le seul défenseur resté par rapport à la saison passée, qui a eu le plaisir d'être rejoint en Autriche par sa fille et sa femme : cette dernière, Josefine Öqvist, est une gardienne de football qui évoluait à Montpellier l'an dernier et a arrêté sa carrière sportive. Pour le reste, les lignes arrières ont commencé à 8 joueurs sous contrat plus 3 à l'essai !

Ces transferts à foison ont un peu brouillé la lecture de l'effectif, hormis le toujours solide Dany Sabourin dans les cages. En attaque, on ne reconnaît plus guère qu'Olivier Latendresse, survivant de la colonie québécoise, et Manuel Ganahl, la révélation autrichienne du dernier championnat puisqu'il est devenu deuxième marqueur pour sa cinquième année au club. Certains changements étaient même imprévus car Petri Lammasaaari est parti fin octobre à cause d'une maladie grave dans sa famille, après avoir enchanté les fans par son hockey technique. Stephen Werner (ex-Augsbourg), alors sans club, a complété l'attaque.

Néanmoins, les essais permettent aussi des trouvailles. L'attaquant slovaque Marek Zagrapan, numéro 13 de la draft NHL de 2005 mais n'ayant jamais dépassé l'AHL, avait des statistiques très faibles depuis son retour en Europe. Il a signé fin septembre, et a prouvé qu'il n'avait rien perdu de son potentiel offensif, de sa vitesse et de sa créativité. Mais Graz s'est aussi attaché les services d'une valeur sûre internationale, le centre norvégien Anders Bastiansen, pas très rapide mais extrêmement efficace dans les duels, qui a passé neuf ans en élite suédoise et a coiffé deux fois le casque d'or des champions. Un possible joueur-clé pour des play-offs où il faudra enfin franchir le mur des quarts...

 

Pour la première fois, la ligue autrichienne repart avec les mêmes clubs que la saison dernière, mais elle ne s'est pas épargné un été mouvementé, la faute au premier vainqueur étranger de son histoire. Son champion Bolzano, en quête d'argent, n'a en effet confirmé son inscription que dans les derniers jours de juillet. Un comportement assez classique en série A où la formule de championnat est toujours connue très tard... Les Italiens ont l'habitude que le président du HCB Dieter Knoll menace d'arrêter les frais pour mettre la pression sur ses bailleurs de fonds, mais ce petit chantage, qui visait la répartition des droits télé, ne passe pas dans une Autriche fortement agacée. Où l'on ressort les clichés sur ces latins indignes de confiance qui ne tiennent pas leurs contrats...

Le HCB n'a donc pu commencer à recruter qu'en août. Il a sacrifié ainsi les premières journées de Ligue des Champions, mais a finalement constitué une équipe compétitive, car les prix du marché des hockeyeurs sont à la baisse à la fin de l'été quand les équipes sont complètes. Bolzano ne s'est pas gêné pour récupérer des joueurs engagés ailleurs comme Sean McMonagle, qui avait signé à Angers. Le club du Haut-Adige était surtout intéressé par son passeport italien : il compte cinq Italo-Canadiens ou Italo-Américains, dont Rich Crowley, le pur défenseur champion de France à Briançon.

Les joueurs effectivement formés en Italie sont toujours minoritaires, mais heureusement qu'ils sont là, car ils sont seuls à former la base de l'effectif. Le gardien tchèque Jaroslav Hübl est en effet l'unique étranger resté en place. Parmi les Italiens, seul le capitaine Alexander Egger évolue sur une des deux premières lignes, et cet attaquant reconverti a fait figure de seul défenseur offensif en début de saison, car Bolzano n'avait recruté que des profils défensifs (dont l'international letton Guntis Galvins). Mais attendre la fin des camps nord-américains peut avoir du bon : le HCB a en effet mis la main début octobre Bryan Rodney, qui n'a plus rien à prouver en AHL (plus d'un demi-point par match) et compte même 13 points en 34 matches de NHL. Le nouveau Piché ?

En reconstruisant presque entièrement une équipe, il sera tout de même difficile de répéter le même coup que l'an passé, car l'effet de surprise ne fonctionnera plus. Cinq fois champion au Danemark, le nouvel entraîneur italo-canadien Mario Simioni est en tout motivé par ce nouveau défi.

 

La vocation offensive de Villach, claironnée par l'entraîneur finlandais Hannu Järvenpää, est plus difficile à démontrer après le départ des deux joueurs qui explosaient tous les compteurs du championnat (69 buts à eux deux !) : John Hughes a été écarté pendant les play-offs pour s'être présenté ivre, et le MVP de la ligue Derek Ryan a été recruté en Suède par Örebro.

Le VSV espérait pouvoir remplacer leurs profils techniques par l'ailier François Fortier, déclinant à 35 ans, et par Sean Ringrose, champion canadien universitaire. Presque aucun observateur ne pensait cela possible. Cela n'a pas raté : Ringrose et Fortier ont été virés début novembre, à la fin des périodes d'essai. Mais entre-temps, Villach avait trouvé mieux : les deux anciennes superstars d'AHL Jason Krog et Darren Haydar, qui avaient débuté la saison au Medvescak. Enfin des meneurs offensifs !

Si les deux hommes arrivent à approcher le potentiel offensif du duo magique, Villach pourra réussir à atteindre les play-offs dans une lutte qui s'annonce très serrée. base défensive est en effet intacte : le doué mais colérique Jean-Philippe Lamoureux tient toujours le fort, et les lignes arrières n'ont enregistré qu'un seul changement. Scott Hotham, loin de la forme attendue, a été remplacé par le déménageur Geoff Waugh, naturalisé croate et international pour ce pays, qui a quitté Zagreb où il ne jouait presque plus depuis l'intégration en KHL.

 

Pourtant champion sortant, Klagenfurt a raté les play-offs la saison dernière. Après une telle débâcle, pouvait-on connaître pire ? Apparemment oui : dès la quatrième journée, le KAC a été humilié 9-0 à Linz. Le nouvel entraîneur tchèque Martin Stloukal, installé au printemps, a aussitôt été viré, en même temps que l'adjoint Gerald Ressmann, aussi peu apprécié du vestiaire (et qui poursuit maintenant le club en justice car un dirigeant lui avait promis oralement un contrat de cinq ans...).

Stloukal s'était vite fait des ennemis au sein du club : à peine arrivé, il avait critiqué la condition physique des joueurs, avancé la préparation estivale et tenté de placer son fils dans l'effectif. Fabian Weinhandl avait été sa première victime : meilleur gardien de la ligue en 2009/10, il se retrouve au chômage technique à 27 ans, certes toujours payé mais sorti de l'effectif. Il a été remplacé par Pekka Tuokkola, champion de Finlande 2009. Pour autant, le nouveau coach Doug Mason n'aura pas la partie facile, car tout n'était pas la faute de l'entraîneur...

Alors que le club était réputé pour ses longs contrats, il avait fait un grand ménage en attaque. Il ne reste que deux joueurs des deux premières lignes, mais sous surveillance : Jamie Lundmark a déçu après avoir prolongé de deux ans et le centre vétéran Thomas Koch a été privé de son statut de capitaine (confié au défenseur Johannes Reichel). On a opté pour des recrues plus physiques, à l'instar des cent kilos de Jean-François Jacques. Même si son nom ne signifie que "cent livres", Thomas Hundertpfund en pèse plus du double, 214 au juste, soit 97 kilos : l'international fait son retour dans son club formateur après une seule saison d'expatriation au second niveau suédois.

Mais aucune recrue offensive n'a totalement convaincu. L'international slovène Jan Urbas, arrivé fin septembre à l'essai, a été satisfaisant, mais la clause de sortie de la période d'essai fonctionnait dans les deux sens ! Il a choisi d'aller en Suède, et a été remplacé par Oliver Setzinger, 160 sélections en équipe d'Autriche mais qui restait toujours sans club en raison de sa réputation de caractériel.

La défense a perdu son meilleur pointeur avec Florian Iberer, et son remplaçant Kyle Wharton (Slavia Prague) est un pur profil défensif. En manque de soutien à la ligne bleue, le KAC a fini par se rendre compte du problème et a fini par recruter un joker plus offensif et doté d'un bon tir, Jason DeSantis, venu du HIFK.

Forcément, le staff a subi des critiques, y compris le vice-président Hellmuth Reichel dont les décisions sportives n'ont pas toujours été avisées. Or, Reichel est le médecin personnel de la milliardaire Heidi Horten, et c'est lui qui l'a attirée au club où elle a englouti 30 millions d'euros en une décennie. Et, coïncidence ou non, il se murmure maintenant que la veuve songe à se retirer... Ce serait évidemment une catastrophe pour Klagenfurt.

 

Le discret club hongrois de Székesfehérvár est en play-offs une saison sur deux. Cela voudrait-il dire qu'il sera éliminé cette année ? La saison avait commencé sous une mauvaise étoile. L'entraîneur Marty Raymond, qui avait prolongé son contrat, l'a fait casser quelques semaines plus tard, en utilisant comme motif des primes non payées. Son adjoint Rob Pallin a alors pris la suite.

Second souci, le gardien hongrois Zoltan Hetenyi, qui avait réussi son retour au pays en décembre, a contracté un mauvais virus, et son rétablissement n'est pas attendu avant 2015. Des gardiens étrangers assurent l'intérim en attendant.

AV19 a pris beaucoup d'Américains à l'essai, dont certains sur lesquels personne n'aurait parié : Kevin Wehrs, qui jouait dans la ligue hongroise avec le club roumain de Brasov, ne dépare pas dans la défense. Et le rapide Michael Boivin, surnuméraire à Salzbourg, est arrivé début octobre et tourne à plus d'un point par match alors qu'il joue arrière ! Mieux, le jeune Hongrois de 100 kilos Attila Orban prend de plus en plus de poids dans ces lignes défensives, ce qui constitue une grande nouvelle pour l'équipe nationale.

L'attaque a conservé les deux meilleurs marqueurs Frank Banham et Andrew Sarauer, et les deux autres attaquants nord-américains ont été remplacés comme si de rien n'était par Jeff LoVecchio, quatrième marqueur en Norvège, et Brandon Marino, carrément le meilleur pointeur d'ECHL. Même si le principal attaquant hongrois Arpad Mihaly n'a pas été conservé à cause de problèmes de genou, le contingent local s'est aussi renforcé avec le retour au pays de Daniel Koger, après quatre années aux Etats-Unis, et surtout d'István Bartalis, international parti à Troja/Ljungby à 16 ans et qui a tout appris en huit années en Suède, même un diplôme d'entraîneur.

Les clubs autrichiens qui multiplient les mouvements tous les quatre matins peuvent être envieux de la réussite du recrutement étranger du petit club hongrois, bien moins riche et pourtant compétitif. Székesfehérvár prend même place dans le top-6 où personne ne l'attendait.

 

Qualifié en play-offs grâce à son efficacité offensive et au meilleur powerplay du pays, Dornbirn sait qu'il faudra sans doute un meilleur équilibre pour répéter cet exploit. Le défenseur offensif Jonathan d'Aversa est resté fidèle, mais c'est pour le travail en zone défensive que le club du Voralberg avait besoin de renforts : il a donc recruté Andy Sertich, fiable et très discipliné, et Garnet Exelby, capitaine de Norfolk (AHL) aux 400 matches NHL, réputé très rugueux et collectionneur de punitions. Exelby a pris une large avance au classement des pénalités et s'est fait suspendre avant que son club, excédé, ne le renvoie. Entre-temps était arrivé le jeune Nick Crawford, défenseur moins robuste mais bien plus stable et plus complet.

En plus, le gardien Adam Dennis a refusé la proposition de prolongation de contrat en raison de problèmes de hanche, et il a fallu trouver un nouveau gardien. Mike Murphy a certes la particularité de compter 100% d'arrêts en NHL (aucun but encaissé en deux apparitions), mais il n'avait tenu que deux mois en KHL et n'était plus que deuxième gardien en AHL dernièrement... À Dornbirn, il s'est fait piquer sa place par le second gardien David Madlener, qui n'avait joué que 6 rencontres l'an passé. Il est tellement rare de voir un Autrichien titulaire que cet inconnu Maldener a même été appelé en équipe nationale ! Murphy a finalement été écarté au profit de Nathan Lawson, loué par son entraîneur Dave MacQueen qui le qualifie de "défenseur supplémentaire" pour son jeu à la crosse. Cela tombe bien parce que le DEC Dornbirn n'a que six arrières, dont un jeune Suisse à passeport autrichien (Alexandre Jeitziner, anonyme en LNB) pour faire le nombre. Cette faiblesse de banc est criante par rapport à ses adversaires.

Mais le départ qui a fait le plus ma, c'est Luciano Aquino, qui restait sur deux saisons à 79 puis 71 points avant de partir à Färjestad en Suède. Un tel scoreur a été impossible à remplacer. Adam Miller - meilleur marqueur de la ligue asiatique - et Andy Bohmbach avaient dépassé le point par match sur une carrière de trois ans en ECHL à leurs débuts pros, mais leurs difficultés démontrent que le championnat autrichien est désormais bien au-dessus de la troisième ligue américaine... Miller a été libéré et est parti au Danemark.

Cela fait décidément beaucoup de changements, et le profil plus physique des recrues ne remplace pas le talent d'Aquino. Les quarts de finale restent possibles mais seront durs à atteindre : Klagenfurt s'est fait piéger l'an passé, mais maintenant les grands clubs se méfient.

 

Les play-offs, Innsbruck n'y a pas encore goûté. Les Tyroliens ne s'enorgueillissent pas d'avoir été l'équipe la moins pénalisée. L'entraîneur Daniel Naud retourné en Allemagne, son successeur Christer Olsson a fait placarder dans le vestiaire "cœur, caractère, intensité". Le système suédois doit permettre d'améliorer la défense, même si ce refrain entendu chaque année peine à se traduire dans les faits.

Les trois défenseurs étrangers ont été remplacés. Johan Björk, venu de Malmö, a une mentalité tournée exclusivement vers la défense et n'aura aucun mal avec le système tactique de son compatriote. Les Canadiens peuvent se charger du soutien offensif : Dustin VanBallegooie est connu pour son slap et Nick Ross avait déjà beaucoup pointé chez une autre équipe de bas de tableau (Ljubljana) la saison passée.

Les frères Donati avaient marqué 40 buts à eux deux, mais les magiciens ne faisaient pas gagner le HCI. Ils ont donc été remplacés par des travailleurs, là encore deux Suédois formés à la tactique (Andreas Valdix et Marcus Olsson). Le centre Kris Beech, joueur de NHL dans sa jeunesse, et l'ailier Matt Siddall, champion d'Italie avec Renon, amènent leur présence physique dans les duels.

Le nouveau système peut-être plus adapté aux moyens de l'équipe, où chacun doit trouver son rôle pour battre des adversaires plus riches et forcément plus talentueux. Innsbruck fait toujours figure de petit poucet autrichien.

 

Mais l'équipe la plus faible de la ligue, c'est aujourd'hui l'Olimpija Ljubljana. Il n'a encore jamais terminé dernier, et son seul objectif réaliste est d'éviter la lanterne rouge. Les étrangers partis en cours de saison dernière n'ont toujours pas digéré ce qui leur est arrivé. Parti en décembre 2013, Jeff Ulmer a twitté cet été : "Attendez... L'EBEL laisse Ljubljana mettre sous contrat de nouveaux joueurs et entraîneurs, sans qu'ils aient payé leurs anciens joueurs ? Il y a quelque chose qui ne va pas."

Le gardien Jerry Kuhn, resté jusqu'au bout mais ouvertement mécontent, est parti en Italie. Son remplaçant Andy Chiodo a été champion en Finlande et en Autriche, mais à chaque fois en ayant perdu sa place de titulaire au cours des play-offs. Il ne jouait plus qu'en Mestis et beaucoup ont tiré une croix sur lui. À 31 ans, il est loin d'être fini physiquement, même si on le dit plus fragile mentalement. Dans tous les cas, il est bien utile à Ljubljana et sûrement pas le point faible.

Le talon d'Achille se situe à l'avant. Les joueurs slovènes non plus n'ont pas apprécié de ne pas être payés. Les deux meilleurs marqueurs Miha Verlic (Graz) et Ken Ograjenšek (Épinal) sont partis durant l'été. L'attaque de l'Olimpija, déjà la moins bonne de la ligue, s'est encore affaiblie. Deux nouveaux attaquants étrangers ont tout de même été embauchés. Hunter Bishop a certaines qualités de buteur, Matt White ne s'est pas adapté mais a été bien remplacé par le Canado-Croate Tom Zanoski.

6 arrières sur 8 ont été remplacés, et les deix étrangers (en excluant l'international croate Ivan Sijan qui a droit à une "promotion" à un niveau espéré) ne sont pas ou plus des pointures. L'ancien défenseur offensif d'AHL et DEL Marvin Degon ne jouait plus qu'en ECHL, Kyle Medvec est limité mais puissant du haut de ses 196 cm.

À quelque chose malheur est bon : cela fait en tout cas du très bon temps de jeu et un excellent apprentissage pour de jeunes joueurs slovènes qui ont la chance de jouer à haut niveau. C'est d'ailleurs cela qui les motive, et sûrement pas la fiche de paye...

 

Marc Branchu

 

 

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