Allemagne 2014/15 : présentation

 

L'élection de Franz Reindl comme président de la fédération allemande (DEB) a fait l'unanimité et dissipé les habituelles querelles estivales. La sérénité paraît revenue, mais le chantier reste immense : l'équipe nationale est descendue bas, le déficit annuel du budget fédéral est affolant, la promotion/relégation entre DEL et DEL2 est toujours promise "dans trois-quatre ans", et l'Oberliga, la troisième division, est toujours un socle fragile, ni stable ni homogène.

Hormis les nouvelles règles de l'IIHF sur la réduction de la zone neutre et les dégagements interdits, il n'y a guère de nouveautés cette année. La formule des championnats est identique. Pour éviter les excès, les clubs de DEL sont dorénavant limités à 32 licences dans la saison, dont toujours 11 au maximum pour des étrangers, 9 d'entre eux pouvant être inscrits sur une même feuille de match. En DEL2, la réduction prévue de 5 à 4 étrangers a pris effet.

L'obligation pour chaque club de DEL d'avoir un partenaire unique en DEL2 pour les prêts de jeunes joueurs (les dernières collaborations ont été signées donc plus par défaut plus que par choix) a été supprimée par la nouvelle fédération, mais les accords étaient déjà passés pour la saison en cours.

 

La DEL

 

Après deux finales perdues, Cologne est, qu'Uwe Krupp le veuille ou non, le favori légitime de la DEL. La meilleure défense de la ligue a en effet encore été améliorée par l'opportunité de faire revenir au pays l'arrière de NHL Alexander Sulzer, convaincu par un contrat quinquennal de revenir à la stabilité à 30 ans après des années d'itinérance nord-américaine. La présence de Sulzer assure d'avoir un défenseur de premier plan alors que la hanche d'Andreas Holmqvist - le joueur de l'année 2012/13 - sème le doute sur la date de son retour. Le profil de défenseur-patineur au bon tir est très rare chez les hockeyeurs allemands, et s'attacher les services de Sulzer pendant cinq ans était donc capital, même si les lignes arrières étaient déjà complètes avec les contrats en cours. L'international slovène Ales Kranjc a donc été prévenu qu'il ne serait pas gardé, même si on le laisse s'entraîner avec l'équipe le temps de retrouver un club.

Reste la question de l'efficacité offensive, qui a fait cruellement défaut en finale. La colonne de centres est partie avec Rok Ticar, Yared Hagos et le joker Rob Collins, mais ce dernier a été remplacé par un autre joueur créatif, Jamie Johnson, qui a déjà joué avec le buteur Chris Minard en AHL et pourrait donc se charger de l'alimenter. Le recrutement s'est orienté vers des Nord-Américains, mais ni Johnson, ni Mike Iggulden, ni Evan Rankin n'étaient vraiment de très gros pointeurs.

Cologne a donc toujours quatre lignes homogènes, mais aucun vrai nouveau meneur offensif. La clé réside peut-être dans le réveil espéré du déclinant Philip Gogulla et de l'irrégulier Marcel Müller. Les deux internationauix abordent à 27 et 26 ans le meilleur âge théorique d'un sportif et doivent tirer un bien meilleur parti de leur talent.

 

Après la retraite définitive du pigiste Hans Zach (qui continue quand même comme consultant pour la télévision), la priorité de Mannheim était le nouvel entraîneur. Il a en fait été trouvé assez vite, mais il a fallu résister à la pression médiatique et désamorcer les rumeurs : aucune discussion ne devait filtrer jusqu'au 1er juillet car il avait un contrat encore valide en NHL, qui ne rigole pas avec ces principes, méga-amendes à l'appui. Les Alder ont ensuite pu officialiser la venue de Geoff Ward, qui était depuis sept ans l'assistant de Claude Julien chez les Boston Bruins, vivant notamment la victoire en Coupe Stanley 2011.

Reconnu comme fin tacticien, Ward a signé pour trois années, et peut se targuer d'expériences antérieures en Allemagne (Bad Nauheim, Iserlohn). Les premières critiques sont arrivées quand il s'est entouré de deux adjoints venus eux aussi d'outre-Atlantique : ce staff entièrement nord-américain est vécu comme un affront envers les spécialistes locaux, et l'on craint qu'il néglige l'intérêt national alors qu'il doit s'occuper de la bagatelle de 13 internationaux allemands. Mannheim est d'ailleurs la seule équipe à ne compter aucun naturalisé ou double-passeport dans son contingent.

La grande carence des Adler depuis deux ans, l'absence d'une force de frappe à la la ligne bleue, doit enfin être réglée avec la venue du défenseur très offensif Danny Richmond (ex-Munich), au jugé à haut risque. Bobby Raymond (ex-Iserlohn... et Strasbourg) apportera son excellente mobilité, et le jeune international Sinan Akdag (ex-Krefeld) ne cesse de développer son jeu vers l'avant.

Dans le même temps, Mannheim a remplacé Cologne dans le rôle de l'équipe la mieux fournie au centre. Le vétéran Glen Metropolit, qui a partagé sa carrière entre la NHL et la LNA suisse, est sans doute la recrue de l'été en DEL avec sa finesse reconnue. L'international Kai Hospelt occupe la deuxième ligne, et le centre défensif Andrew Joudrey, connu en AHL pour son leadership, fera concurrence avec Christoph Ullmann, figure du hockey allemand, pour éviter la "quatrième ligne", qualificatif qui ne colle de toute façon à personne dans une attaque d'un tel niveau.

Les entraîneurs nord-américains arriveront-ils à prouver leur impartialité dans la gestion de temps de jeu de cet effectif riche et majoritairement allemand ? C'est bien la difficulté à travailler dans le même sens dans un collectif soudé qui a privé Mannheim de titre depuis sept ans, et sûrement pas le talent individuel qui a toujours été présent.

 

Malgré le recrutement du capitaine de l'équipe nationale Michael Wolf, certains supporters de Munich semblaient se lamenter du pedigree limité des recrues étrangères, pas comparables aux stars d'AHL de l'été dernier. Mais ont-ils la mémoire courte ? Ce sont bien ces vedettes supposées qui avaient fait un flop.

Le changement d'entraîneur a fait en revanche l'unanimité. L'Américain Don Jackson a pris la suite de Pierre Pagé, comme il l'avait déjà fait à Berlin (avec cinq titres de chapion d'Allemagne à la clé) puis à Salzbourg (champion d'Autriche). Il a préféré s'appuyer sur des hommes de confiance : il a amené deux jeunes attaquants avec lui de Salzbourg (Garrett Roe et Evan Brophey) et a recruté deux joueurs qu'il a connus chez les Eisbären, le défenseur canadien Richie Regehr et le centre danois Mads Christensen. C'est peut-être plus sûr que les troupes jetables de Pagé. Le contrepied le plus surprenant, c'est qu'un joueur viré en décembre dernier (Jon DiSalvatore) est revenu d'AHL pour se réengager à Munich !

À croire que le nouveau coach prend un malin plaisir à faire le contraire de son prédécesseur. Pagé avait rassemblé l'équipe début juillet avant un programme-marathon de 10 rencontres amicales. Jackson n'a voulu que 3 matches de préparation (contre des clubs de LNA suisse) quand toutes les autres équipes de DEL en font au moins 7. Ce camp écourté peut être un désavantage pour celui qui a le plus besoin d'un temps d'adaptation : le gardien français Florian Hardy, déjà handicapé par son inexpérience à l'étranger et son anglais très basique. Comble de malchance, il s'est blessé et n'a joué que 40 minutes avant que le championnat ne commence. Repéré (uniquement) en équipe nationale, il doit convaincre les sceptiques et a la lourde tâche de succéder à l'idole Patrick Reimer.

À son poste très exposé, Hardy ne pouvait rêver mieux que de débuter... par un blanchissage (7-0 contre Schwenningen) en démontrant toute sa sérénité. Habitué à des défenses rigoureuses, le Français ne peut pas se plaindre des joueurs qui prennent place devant lui. Après le recrutement du naturalisé Daryl Boyle et de Florian Kettemer qui cherchait plus un système plus offensif pour les arrières qu'à Mannheim, les Munichois comptent 4 internationaux à l'arrière en plus des 4 étrangers (alors que seuls sept défenseurs sont alignés en DEL). Mais pour autant, ils ne resteront pas là à protéger leurs propres cages. La tactique consiste plutôt à ne laisser aucun répit aux joueurs et aux gardiens adverses. Don Jackson assume le même caractère offensif dans ses déclarations en osant parler ouvertement de titre.

 

Vainqueur de la dernière saison régulière, Hambourg complète naturellement le carré des favoris. Le départ de David Wolf, qui tente sa chance à Calgary en NHL, laisse évidemment un vide. Son impact physique est remplacé par... deux petits gabarits ! Deux petits valent-ils grand un costaud ? Statistiquement, en tout cas, ils pèsent lourd. Marty Sertich reste sur une saison à 45 points à Iserlohn, et Kevin Clark était le troisième meilleur marqueur de la DEL à Krefeld. En plus, Clark compense son déficit de taille par sa hargne et peut aussi rivaliser avec David Wolf au niveau des pénalités...

Si Hambourg peut se permettre d'ajouter un attaquant à des lignes complètes, c'est qu'il est prévu que l'ailier canadien de 33 ans Matt Pettinger se reconvertisse en défenseur, grâce à sa vision du jeu et à ses solides mises en échec. Il faut dire que la défense a perdu la moitié de ses membres, même si ce sont peut-être les quatre meilleurs qui sont restés : Christoph Schubert, Mathieu Roy, Duvie Westcott et le naturalisé Kevin Schmidt, qui intéresse l'équipe d'Allemagne... Ils sont également renforcés par Brett Festerling, enfin réuni avec son frère jumeau, le centre Garret Festerling. Resté plus longtemps en Amérique du nord parce qu'il a eu régulièrement sa chance en NHL (89 matchs), Brett est arrivé en Allemagne l'an passé, mais avait signé à Nuremberg car les Freezers étaient au complet.

Complets, Hambourg ne l'est plus en ce début de saison, avec deux blessés pour plus d'un mois, le capitaine Christoph Schubert et l'attaquant danois Morten Madsen. Mais les absences n'expliquent pas tout. L'euphorie ressentie en repassant au-dessus des 3000 abonnés - pour la première fois depuis sept ans - a vite été dissipée. La nouvelle Ligue des Champions a fait l'effet d'une douche glacée pour les Freezers, battus à plate couture par leurs adversaires nordiques (Luleå et Lukko). "Si nous jouons notre vie, aucune équipe en Europe ne peut nous battre si facilement", s'est lamenté Benoît Laporte, qui craint que son équipe ait oublié ses vertus.

 

Peut-on vraiment exclure les Eisbären de Berlin, champions à 7 reprises en 10 ans, du cercle des candidats au titre ? Tout cela sous le prétexte d'une seule saison ratée ? Le "on ne change pas une équipe qui gagne" est-il si vite devenu "on ne change pas une équipe qui perd" ? Unique arrivée programmée : le rapide attaquant tchèque Petr Pohl, vu comme un simple joueur de troisième ligne, et qui ne peut compenser à lui seul quatre départs (Christensen, Weiss, Sparre et le défenseur Lalonde).

Le manager Peter John Lee était parti en vacances sans intention de changer ni les joueurs, ni l'entraîneur, mais uniquement l'état d'esprit. Dans cet été (trop ?) calme, une nouvelle a fait l'effet d'une bombe : Rob Zepp, gardien depuis sept ans, a signé un contrat avec les Flyers de Philadelphie, alors qu'on ne pensait plus voir le naturalisé allemand en NHL à son âge, surtout après son Mondial raté. Mais presque au même moment, le Lev Prague jetait l'éponge en KHL, ce qui mettait soudain sur le marché le champion du monde 2011 Petri Vehanen. Comme peu de clubs de premier plan cherchent encore leur gardien en juillet, l'opportunité était trop belle pour recruter à un prix abordable le Finlandais, qui n'avait plus envie à 36 ans de repartir vivre au fin fond de la Russie.

Les Eisbären n'ont pas encore dit leur dernier mot. Le défenseur italien Alex Trivellato a été prêté pour le moment en DEL2 à Dresde pour "l'aider à se développer avec 20 à 25 minutes de temps de jeu" (mais ce n'est pas l'avis du joueur et ce n'est guère du goût des supporters excédés des erreurs grossières des arrières canadiens Casey Borer et Jimmy Sharrow), et Pohl a eu son passeport allemand juste à temps pour le début de championnat. Deux places d'étrangers se libèrent ainsi pour des jokers, dont le premier sera l'ex-international finlandais Antti Miettinen. Néanmoins, Berlin ne produit plus de jeunes joueurs comme autrefois et a perdu ce qui faisait son atout. Les ours blancs ont trois bonnes lignes, certes, mais tous les autres prétendants au titre en ont quatre...

 

Hormis sa finale en 2007, Nuremberg compte dans ce siècle 11 éliminations d'entrée (!) en play-offs, d'où l'absolue nécessité pour cette équipe de finir dans le top-6 pour atteindre les quarts de finale sans passer par le tour préliminaire. C'est logiquement l'objectif annoncé par le propriétaire Thomas Sabo.

Les deux joueurs dominants de la dernière saison, Patrick Reimer et le vétéran Steven Reinprecht, sont toujours présents, mais pourront-ils encore marquer 60 buts à eux deux ? Nuremberg l'espère, mais sait qu'il faudra surtout en encaisser moins. C'est l'objectif de la venue de Jochen Reimer dans les cages : il avait déjà joué avec son frère à Düsseldorf, mais à l'époque il n'était pas titulaire. Maintenant, il arrive auréolé de ses deux désignations de gardien de l'année (2012 et 2013). Cependant, le comportement grégaire des fratries a aussi joué en défaveur des Ice Tigers puisque Brett Festerling a rejoint son jumeau à Hambourg. Les nouveaux défenseurs Derek Joslin et Kyle Klubertanz, certes bons relanceurs, ne sont-ils pas moins forts dans leur zone ?

Néanmoins, Nuremberg a surtout compris qu'il fallait défendre à cinq joueurs, et que c'est cette implication défensive qui avait fait défaut. C'est pourquoi trois attaquants étrangers (dont un Yan Stastny souvent blessé) ont été remplacés par trois jeunes Allemands qui amènent de la présence physique (le revenant Alexander Oblinger) et des qualités défensives reconnues : Marc El-Sayed a bâti sa réputation sur la forte quatrième ligne de Mannheim, et Marius Möchel est un spécialiste d'infériorité numérique, un joueur formé à Nuremberg qui était parti à 16 ans (à Rosenheim) parce que le club ne disposait pas - et ne dispose toujours pas - d'équipe junior de haut niveau.

Si la production offensive est sera plus concentrée que jamais sur le duo Reimer-Reinprecht, c'est dans l'amélioration défensive globale que résidera le maintien dans le top-6.

 

Après son titre inattendu à l'issue d'un parcours incroyable en play-offs, Ingolstadt est sans doute l'équipe la plus difficile à jauger. Avec un effectif à moitié renouvelé et un nouveau staff technique, il n'y a guère de continuité chez le champion. Mais n'est-ce pas un mal pour un bien, pour éviter de se reposer sur les éphémères lauriers du printemps ?

Ingolstadt a engagé un des entraîneurs les plus réputés d'Europe avec Larry Huras, champion en France puis avec trois clubs différents en Suisse, et lui a même ajouté l'ancien sélectionneur de l'Autriche - Manny Viveiros - comme assistant. Huras doit mettre en place un "hockey plus complexe", autrement dit plus actif au forechecking et dans l'implication offensive des défenseurs.

Cela implique d'avoir de très bons patineurs à disposition. C'est le cas des trois nouveaux attaquants étrangers qui viennent tous trois de Suisse, en particulier du Tchèque Petr Taticek qui apporte l'expérience acquise lors de trois titres suisses avec le HC Davos. C'est le cas aussi des nouveaux arrières, avec en chef de file l'international Benedikt Kohl qui ne cesse de progresser.

Directeur sportif depuis février, Jiri Ehrenberger a quant à lui introduit une collaboration inédite avec son ancien club Landshut (DEL2) mais aussi avec Regensburg (Oberliga). Une collaboration multiple qui a failli être interdite dans le règlement par l'ancienne fédération, avant que les nouvelles élections ne dégagent la voie pour ce projet. Le concept est d'avoir dans la région tous les étages adaptés au développement de chaque joueur. Les talents de Landshut, notamment les défenseurs Stephan Kronthaler (21 ans) et Fabio Wagner (à peine 19 ans), peuvent ainsi être intégrés à l'élite tout en pouvant retourner prendre du temps jeu dans leur club d'origine en cas de besoin. Il faut pour cela une confiance mutuelle entre les clubs que permet la personne d'Ehrenberger. Mais cela en signifie pas qu'Ingolstadt se contente de profiter de son voisin et renonce à développer la formation au sein de son propre club. Au contraire, un autre partenariat a été mis en place avec le club de football de la ville pour ouvrir 10 des 22 places de son internat à de jeunes hockeyeurs.

 

Avec ses 7 millions d'euros de budget, Wolfsburg constitue l'entre-deux de la DEL, entre des riches toujours plus riches et des "modestes" qui ne peuvent pas rivaliser. Le club de Basse-Saxe, lui, y arrive, avec six présences consécutives en quart de finale, et des demi-finales ces deux dernières années.

C'est néanmoins de plus en plus dur, surtout pour conserver les meilleurs joueurs allemands. Le défenseur Benedikt Kohl est ainsi parti chez un concurrent direct (Ingolstadt) et il n'existe aucun remplaçant abordable. Wolfsburg a cependant pu recourir à un prêt d'un autre rival au classement, Nuremberg : Peter Lindlbauer, après sa convocation en équipe nationale en avril 2013, n'y jouait presque plus et avait un besoin urgent de temps de glace pour ne pas stagner.

À défaut de tête d'affiche, Wolfsburg essaie d'améliorer sa profondeur de banc jusqu'ici limitée. L'espoir Felix Brückmann apporte ainsi une forte concurrence dans les cages à Sebastian Vogl, qui reste sur une saison excellente. L'attaque paraît surtout plus forte au centre avec l'arrivée de Mark Voakes (Krefeld, où il a mis 34 points en ayant manqué un quart de la saison) sur la quatrième ligne derrière Pavel Rosa, Tyler Haskins et Tyson Mulock. Mais cette apparente densité a un prix : il y a déjà 10 étrangers, ce qui signifie un Nord-Américain (probablement) mécontent en tribune à chaque journée. Le défenseur Nick Schaus, MVP des play-offs norvégiens avec Stavanger, est le premier à s'y coller...

Cette concurrence est voulue car l'effectif mince n'était pas seulement vulnérable aux blessures, il induisait aussi un certain relâchement selon les responsables. Pour rester dans le haut du tableau où sa présence continue semble presque une anomalie, Wolfsburg est contraint de prendre plus de risques que ses concurrents.

 

En terminant troisième puis deuxième des deux dernières saisons régulières, Krefeld a dépassé par deux fois tous les pronostics. À chaque fois, il y est parvenu grâce à la deuxième attaque de DEL, techniquement bien dotée. Les 30 points et 68 buts de Kevin Clark peuvent-ils cependant être remplacés ? La recrue Colin Long, meilleur marqueur du rival Düsseldorf, a inscrit seulement 16 buts et 48 points en deux années... qu'il faut additionner pour obtenir une saison complète puisqu'il a souvent été blessé.

Le meilleur compteur de DEL Adam Courchaine a donc été privé de son partenaire Clark, et Herberts Vasiljevs le fidèle Boris Blank, qui a été poussé dehors, ce qu'il faudra assumer si la saison se passe mal. Un réveil des Québécois François Méthot et Joël Perreault constitue la meilleure piste d'amélioration. Krefeld compte aussi sur le développement de Norman Hauner, meilleur buteur de la DEL2 à Rosenheim.

C'est du même club qu'arrive Robin Weihager, qui atteint enfin la ligue qu'il visait. Il rêvait déjà d'Allemagne en quittant la Suède, mais a d'abord dû passer par la France et Morzine-Avoriaz pour faire ses preuves. Ses qualités ont largement été démontrées avec un titre de joueur de l'année en DEL2, mais il passe maintenant à un niveau supérieur. Et les attentes sont grandes car les départs de l'international Sinan Akdag et de l'international slovène Mitja Robar ont laissé un grand vide en défense.

 

Si le règlement l'y autorisait, Larry Mitchell aurait bien fait de son nouveau gardien Chris Mason son capitaine. C'est dire si cette recrue lui tenait à cœur, n'en déplaise à l'autre club sur les rangs qui était Grenoble. Le champion d'Italie apportera sa longue expérience de NHL à Augsbourg et à sa doublure Markus Keller, qui n'a cependant pas abandonné son ambition : après avoir supplanté Patrick Ehelechner la saison passée, il compte s'affirmer comme un futur numéro 1.

La défense posait question après le départ de quatre titulaires, dont la fin de carrière de l'international Michael Bakos qui n'était absolument pas prévue. Il ne peut pas être remplacé, sauf à ce qu'un bon arrière allemand soit soudain libéré par son club, ce qui se produit rarement. En fait, la délivrance est venue... d'un Letton au passeport allemand, Arvids Rekis, qui a finalement choisi de retourner à Augsbourg fin août en raison des difficultés financières du Dinamo Riga. Bien connu ici, Rekis, 35 ans, est un pur profil défensif. Le champion universitaire 2011 Braden Lamb devra néanmoins évoluer non seulement en infériorité numérique, où l'on connaît sa faculté à bloquer des lancers, mais aussi en supériorité, secteur où il n'était pas aligné en AHL.

La situation est meilleure en attaque. Même s'il y a deux étrangers en moins, les partants sont les joueurs décevants et les meilleurs sont restés. Les recrues sont donc du bonus : Fabio Carciola, ancien joueur de l'année en deuxième division que l'on avait un peu oublié, est invité en première ligne avec Chris Connolly et Ivan Ciernik, tandis que Dan DaSilva possède toutes les qualités techniques et physiques pour former une deuxième ligne tout aussi forte avec Ryan Bayda et Luigi Caporusso.

Augsbourg a connu une excellente pré-saison avec deux tournois remportés et a fait le plein de confiance avant de démarrer par deux victoires dès le premier week-end de championnat.

 

Les supportes d'Iserlohn ont eu beaucoup de mal à digérer le départ malgré un contrat en cours de Michael Wolf, le capitaine qui incarnait l'équipe et s'occupait de tout sur et en dehors de la glace. L'explication familiale ne les a pas convaincus, ils y voient uniquement des motifs financiers et la puissance de Red Bull.

Les dirigeants, eux, sont vite passés à autre chose. Ils ont poursuivi les filières des jeunes Canadiens à double passeport, qui avait fonctionné l'an passé avec Brent Raedeke et Brooks Macek, en engageant deux autres joueurs, le défenseur-relanceur Ryan Button et le petit attaquant Dylan Wruck. Le meilleur arrière Bobby Raymond a été remplacé par un autre ancien du championnat de France, Jonas Liwing, relégué de l'élite suédoise avec l'AIK, et un étranger supplémentaire est arrivé, Sean Sullivan (Straubing).

À défaut d'une figure de proue, les Roosters ont donc un effectif plus homogène sur leurs quatre lignes, ce qui est nouveau pour eux. Mais à quel prix ? Ils ont embauché deux autres naturalisés bien connus en DEL (Kevin Lavallée et Chad Bassen), plus le vétéran Boris Blank (formé au Kazakhstan). De ce fait, la défense compte 2 joueurs formés au club (Collin Danielsmeier et Dieter Orendorz) et 6 à l'étranger. En attaque, seul le douzième homme Marko Friedrich, un jeune venu de Ravensburg, a appris le hockey en Allemagne ! L'effectif est devenu une caricature digne des années post-Bosman.

Un des rares Allemands de l'effectif, le gardien Daniar Dschunussow, s'est blessé aux ligaments dès le début de la préparation et sera absent jusqu'en décembre. Iserlohn a engagé Thomas Ower pour ne pas se retrouver démuni, mais il n'a aucune expérience de la DEL. L'international autrichien Mathias Lange, qui n'avait jamais été numéro 1 avant de se révéler l'hiver dernier, pourra-t-il tenir la baraque jusqu'au rétablissement de son collègue ?

 

Ce doit normalement être l'année de la résurrection pour Düsseldorf. Le deuxième "Winter Game" du championnat allemand, le 10 janvier prochain pour le derby contre Cologne, en sera le point d'orgue. Lorenz Funk, qui était manager de Nuremberg lors du premier match en plein air de DEL, a été engagé comme chef de projet. La glace sera installée par la société autrichienne AST, qui a comme références tous les évènements précédents en Allemagne, en Suisse et à Grenoble. Mais si ce match a tout pour être un succès, le principal objectif du club est que la saison ne soit pas déjà finie à cette date.

Après deux dernières places consécutives, la DEG veut en effet retrouver les play-offs. Elle a vite marqué les esprits en annonçant l'embauche de trois joueurs champions avec Ingolstadt : le physique défenseur Tim Conboy, son collègue vétéran Jakub Ficenec et le combatif attaquant Travis Turnbull. Ledit Turnbull a fait venir Michael Davis, son copain d'enfance à Chesterfield dans le Missouri, qu'il aidera à s'intégrer pour sa première expérience européenne. Si l'on ajoute le grand retour du centre Rob Collins, Düsseldorf dispose de bien plus de technique en attaque.

La présence de joueurs d'expérience pour prendre les responsabilités principales peut permettre aux jeunes de talent - et il y en a - de progresser sans se mettre une pression impossible. Elle facilitera aussi la tâche de Christoph Kreutzer, qui a passé presque toute sa vie au club et a pris peu à peu du galon jusqu'à devenir entraîneur principal. Cinq fois champion en tant que joueur dans les années 90, il a connu la grande époque et doit essayer désormais de la conjuguer au présent, avec son frère Daniel comme relais sur la glace.

 

Straubing est le seul club de DEL à avoir baissé son budget. Pas forcément facile de revenir en play-offs dans ces conditions. Les experts sont unanimes à lui prédire de finir avant-dernier ou dernier.

Mais après l'échec du recrutement cher de 2013, le club bavarois espère reformer le collectif qui avait fait auparavant sa force lors des deux premières années avec Dan Ratushny sur le banc. Le coach américain a cependant annoncé son départ-surprise vers l'Autriche, où il entraînera à la fois Salzbourg et l'équipe nationale. Pour le remplacer, Straubing a misé sur Rob Wilson, champion d'Italie avec Renon, qui espère se faire connaître autant que son prédécesseur.

Le recrutement avec un budget limité explique l'arrivée de Sacha Treille, peu coté après plusieurs saisons gâchées par des blessures en République Tchèque. Le Grenoblois a épaté Straubing pendant la présaison en exprimant ses qualités techniques et physiques, et a marqué le pénalty vainqueur dès son premier match en DEL. Sa complémentarité naturelle avec son ami Laurent Meunier permet de séparer la ligne Germyn-Meunier-Down, trop seule l'an passé. Carsen Germyn peut ainsi redescendre sur une deuxième ligne, qui peut être dangereuse si Harrison Reed, qui a explosé les compteurs à Crimmitschau, parvient à s'adapter au niveau supérieur.

Mais l'enjeu principal pour les Tigers est de retrouver leur niveau en défense. Aussi bien le gardien Jason Bacashihua que les arrières les plus anciens de l'équipe (Andy Canzanello, Sebastian Osterloh et Florian Ondruschka) doivent effacer une dernière saison très décevante. C'est impératif car les deux défenseurs Jordan Hendry (ex-NHL) et Sean Sullivan (ex-AHL) ont été remplacés par le seul Dylan Yeo, défenseur de l'année en ECHL en 2009 mais jamais totalement établi en AHL. C'est donc toute l'équipe qui doit élever le niveau pour faire mentir les pronostics.

 

Contrairement à l'an passé avec une place "achetée" tardivement, Schwenningen a eu cette fois tout le temps de se préparer. L'euphorie initiale de la remontée est passée, et les attentes seront un peu plus grandes. Objectif affiché : conserver un hockey tout aussi physique, mais en améliorant l'efficacité offensive.

Les deux meilleurs marqueurs, le rugueux Ryan Ramsay et l'international danois Morten Green, ont donc été gardés, de même que le fidèle Dan Hacker, plus ancien membre de l'équipe qui aborde sa sixième saison en Forêt-Noire. En revanche, les autres attaquants étrangers ont été remplacés par des recrues a priori de plus haut calibre. Le centre créateur Jonathan Matsumoto retrouve ainsi l'ailier buteur Kyle Greentree, libéré par la faillite de Bâle : les deux hommes partageaient le même appartement à leur première saison professionnelle en AHL et sont restés grands amis. L'intense MacGregor Sharp a quant à lui fait l'unanimité à Bolzano, qu'il a conduit à la victoire en ligue autrichienne. Ces trois hommes ont tous une (brève) expérience en NHL.

Mais si les Wild Wings sont clairement plus forts en attaque, ils avaient surtout pâti de la moins bonne défense du championnat. Les deux Polonais (Adam Borzecki et Pawel Dronia) ont certes été remplacés par des joueurs ayant une bonne expérience de la DEL (Rob Brown et Derek Dinger), mais cela sera-t-il suffisant ? Ty Wishart a soudainement demandé à partir en août, et cette défection a laissé une équipe pantelante, obligée de recruter in extremis Ryan Caldwell pour le début de saison, en lui attribuant une lettre d'assistant-capitaine malgré son intégration tardive.

Entre-temps, Schwenningen s'est même fait siffler après un match de préparation (2-9 contre Bienne), ce qui est tout de même très rare. La saison n'est pas lancée que la crise couve déjà.

 

 

La DEL 2

Victimes de l'absence de montée, les champions de DEL2 subissent fréquemment le contrecoup l'année suivante et n'arrivent jamais à conserver leur titre. Bremerhaven arrivera-t-il à changer cette tendance lourde ? Les "Fischtown Penguins" (le mélange le plus hideux de faux anglais - Fishtown Penguins - qu'on puisse imaginer) ont conservé leurs gardiens et leur attaque, mais ont vu partir à Ingolstadt le défenseur offensif majeur Dustin Friesen. L'international polonais Pawel Dronia arrive pour le remplacer, il devra faire usage de son lourd slap peu employé à Schwenningen car la DEL était d'un niveau trop fort pour lui.

Le principal prétendant pourrait cette fois être Rosenheim, qui a réussi le gros coup de l'intersaison en faisant revenir le gardien formé au club Patrick Ehelechner, à qui on ne proposait plus de poste de numéro 1 en DEL après une saison manquée, et deux autres anciens joueurs d'Augsbourg, Sergio Somma et Mario Valery-Trabucco, rentrés d'Allsvenskan suédosie. L'attaque des Star Bulls dispose toujours de quatre lignes.

Les trois précédents champions restent eux aussi dans la course. Landshut (2012) a aussi engagé un ancien gardien dégradé de DEL, Tyler Weiman, mais a changé la moitié de l'équipe et devra d'abord attendre que la mayonnaise prenne. Même problème pour Ravensburg (2011) qui a dû revoir toute son offensive et changer tous ses étrangers. Bietigheim-Bissingen, champion en 2013 avec un déficit, a ensuite terminé vice-champion en le résorbant. La priorité reste la consolidation financière : les économies n'ont pas été réalisées sur la qualité, avec le grand retour du gros marqueur Justin Kelly, mais plutôt sur la quantité, avec un effectif maigrichon.

Un an seulement après leur remontée, les Rote Teufel (diables rouges) de Bad Nauheim se positionnent déjà en outsiders après le recrutement spectaculaire de Dusan Frosch et de l'ex-international Vitalij Aab, deux joueurs qui évoluaient ensemble à Nuremberg il y a deux ans. Drew Paris arrive aussi de DEL (Düsseldorf) et cela fait deux défenseurs offensifs canadien avec Dan Ringwald, à qui on souhaite enfin une saison sans blessure.

Le promu Francfort, pour sa part, n'a pas l'intention d'attendre un an. Il avait déjà une équipe digne de la DEL2 au niveau inférieur. Le meilleur marqueur Chris Stanley a certes mis un terme à sa carrière pour devenir entraîneur-adjoint, mais la défense, qui sera bien plus sollicitée qu'en Oberliga, a été consolidée par l'arrivée de deux joueurs de Bietigheim-Bissingen (Patrik Vogl et Henry Martens) et du meilleur gardien de la division, Brian Hogan (Riessersee).

Le SC Riessersee a donc "sacrifié" le poste de gardien pour passer de 5 à 4 étrangers, et a offert un contrat inattendu de deux ans à Jochen Vollmer, plus habitué à être "numéro 1 bis" que vrai titulaire. C'est le plus grand risque pour les bleu et blanc qui ont conservé l'essentiel de leur effectif, mais devront confirmer que la dernière saison étonnante n'était pas une anomalie. Le partenariat signé avec Munich peut être un atout décisif car le "Red Bull" a un effectif si large que les internationaux juniors Dominik Kahun et Tim Bender, surnuméraires, pourraient bien faire le bonheur de Garmisch-Partenkirchen.

Autre club à petits moyens, Weisswasser espère un quatrième quart de finale de suite si le gardien Jonathan Boutin retrouve son meilleur niveau après sa mononucléose. Dresde a mis fin à la crise en coulisses et peut enfin aborder sereinement une saison en ne pensant qu'aux sujets sportifs. Sami Kaartinen y a tout connu et reste à 35 ans l'alpha et l'oméga de l'offensive.

Le second promu Kassel a changé de structure juridique (après avoir fait faillite) avec le retour aux affaires de la famille Kimm et de leur affidé, le manager des années DEL Joe Gibbs. L'équipe a été totalement bouleversée. Si les deux cadres que sont le meneur offensif formé au club Manuel Klinge et le défenseur de 39 ans Sven Valenti sont restés, il y a beaucoup de nouveaux, dont le gardien international danois Simon Nielsen. L'arrivée de trois Nord-Américains à passeport allemand en attaque est autant une potentielle controverse que celle de l'entraîneur Rico Rossi, qui a passé près de dix ans à Heilbronn mais reste surtout en mémoire pour les derniers mois tumultueux. Le résultat est difficile à prédire entre pré-playoffs et barrages de relégation.

Les trois autres clubs joueront en premier lieu le maintien, car il y aura cette année un relégué direct déterminé après deux tours entre les quatre derniers. Kaufbeuren se réjouit du vote de la reconstruction d'une nouvelle patinoire et sait maintenant qu'il doit tenir jusqu'en 2017, date d'ouverture prévue. Heilbronn doit panser les plaies d'une saison douloureuse, a perdu l'essentiel de ses joueurs et a une équipe très jeune et inexpérimentée. Les supporters souffrent maintenant du "syndrome du messie" en espérant que Michael Hackert rechaussera les patins comme en fin de saison dernière pour sauver son club formateur. Crimmitschau donne sa chance à Chris Lee, le fils du manager berlinois Peter John Lee, qui vit à 34 ans sa première grande expérience comme coach, sans adjoint à es côtés.

 

 

 

Oberliga

Après avoir beaucoup glosé, l'Oberliga a connu peu de changements. Au bord de la dissolution et de l'éparpillement, la division Nord n'a pas disparu. Il y a donc toujours quatre zones géographiques, et l'Ouest et le Sud restent les plus forts. Qui sera le promu en DEL2 ? À l'Ouest, Duisburg a clairement affiché ses ambitions, toujours en servant de tremplin aux jeunes, alors que l'éternel mécène Ralf Pape a cédé le club à de nouveaux investisseurs. Mais il faudra d'abord se méfier du rival local Essen, car le club entraîné par Frank Gentges monte en puissance et promet de sacrés derbys de la Ruhr.

Après avoir tutoyé la montée, Fribourg-en-Brisgau y a forcément pris goût. En plus de sa nouvelle génération prometteuse, le club est redevenu attractif pour les joueurs précédemment formés au club qui veulent maintenant y revenir et ne trouvent pas toujours de place : le budget n'est pas extensible et l'effectif est complet. Les clubs bavarois pourraient donc trouver plus forts qu'eux avec le seul "intrus" dans "leur" zone Sud.

 

Marc Branchu

 

 

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