Allemagne 2013/14 : bilan

 

Les résultats du championnat allemand

 

Les clubs de DEL

 

Ingolstadt (1er) : l'entraîneur champion... et sans contrat

Depuis la demi-finale de championnat et la victoire en coupe de 2005, à la faveur d'un pari gagnant sur le lock-out NHL, Ingolstadt n'avait jamais vraiment répondu aux attentes. Une seule demi-finale en 8 ans, cela faisait peu pour un club faisant toujours partie des cinq-six plus gros budgets de la DEL.

Les tensions se faisaient de plus en plus vives au sein des instances dirigeantes. Après avoir d'abord annoncé son retrait en fin de saison, le manager Jim Boni décidait même d'anticiper son départ au 15 janvier, date hautement symbolique puisqu'elle marquait le cinquantième anniversaire du club. Il ne pouvait plus travailler en confiance puisqu'on l'avait empêché de prolonger le contrat de trois joueurs, Tim Conboy, Travis Turnbull et Robert Sabolic. Rétrospectivement, on ne peut pourtant pas lui donner tort : leur cote s'est renchérie après les play-offs.

Mais à cette époque, qui eût cru que les hockeyeurs d'Ingolstadt prendraient de la valeur ? On a rarement vu un anniversaire plus triste que ce cinquantenaire "fêté" en pleine crise contre la lanterne rouge Düsseldorf (1-3). Deux jours plus tard, l'ERCI a été écrasé 7-1 à Augsbourg et a fait le chemin du retour sous protection policière par crainte des ultras...

Au match à domicile des "pré-playoffs" contre Berlin, seuls 2800 spectateurs étaient encore venus soutenir une équipe à laquelle plus personne ne croyait. Jamais un 9e de saison régulière n'est allé bien loin... Mais soudain, l'attaque s'est débloquée, en particulier Thomas Greilinger, décisif en quart de finale et en demi-finale, et Christoph Gawlik, auteur du but vainqueur au 7e match de la finale. Les deux joueurs les plus constants en saison régulière ont quant à eux maintenu leur niveau de performance : le gardien Timo Pielmeier s'est imposé dès sa première saison de DEL et le défenseur défensif Patrick Köppchen a carrément été élu meilleur joueur des play-offs. Pourtant, étonnamment, aucun d'eux n'a été pris en équipe d'Allemagne, le sélectionneur Pat Cortina se méfiant de leur état de forme après un si long parcours.

Une telle réussite a évidemment réhabilité l'entraîneur suédois Niklas Sundblad, qui débutait comme coach principal. Lors d'une grande réunion interne avant les play-offs où la parole s'est libérée dans l'équipe, il avait même reconnu quelques erreurs, dans ses méthodes de préparation inhabituelles. Mais les joueurs n'auront pas souffert pour rien dans ses entraînements très durs.

Sundblad ne faisait néanmoins toujours pas l'unanimité. Ingolstadt lui a fait une proposition de nouveau contrat... puis l'a retirée parce que le Suédois avait demandé 24 heures de réflexion supplémentaires ! Sundblad s'en est publiquement étonné, prétendant qu'il voulait juste se concentrer sur le dernier match de préparation de l'équipe nationale (où il est assistant), qui avait lieu à Munich, avant de se décider. Le club n'était pas dupe de cette version et considérait que Sundblad essayait de profiter de la soirée (en vain) pour se faire engager par le riche EHC Red Bull... Trop gourmand en négociation, l'entraîneur champion est donc sans club ! C'est Larry Huras qui le remplacera.

 

Cologne (2e) : il manque juste un marqueur

Avoir joué la finale la plus intense et la plus disputée de l'histoire de la DEL est une bien piètre consolation... quand on l'a perdue. Cologne a buté sur la dernière marche pour la seconde année consécutive. C'est la quatrième finale perdue depuis le titre de 2002, dont la troisième à domicile. Avoir gagné le sixième match à l'extérieur (1-0 après prolongation) n'aura donc pas suffi, et les 18 500 spectateurs de la Lanxess Arena ont encore regardé des visiteurs festoyer.

Douze ans sans être champion, c'est long quand on s'appelle le KEC. Il est redevenu le club-référence du hockey allemand, dominateur à l'automne avant de connaître une crise liée en bonne partie à des blessures, dont la commotion du défenseur Andreas Holmqvist, meilleur joueur de DEL la saison précédente.

Les vétérans suédois constituent toujours la colonne vertébrale de Cologne par leur expérience. Les jeunes apprennent à leurs côtés et le résultat est une équipe exceptionnelle d'homogénéité : l'international slovène Ales Kranjc a fini huitième défenseur et étranger surnuméraire, et la quatrième ligne offensive théorique Philip Riefers - Yared Hagos - Marcel Ohmann semblait valoir la première.

Mais l'absence d'une ligne d'attaque sortant du lot est aussi le revers de la médaille. Aucun joueur de Cologne dans les 25 meilleurs marqueurs de la saison régulière, et un seul dans les 10 meilleurs marqueurs des play-offs, l'ultime joker Rob Collins... qui s'est fait suspendre pour le septième match de la finale après une faute idiote. Quand le seul à pouvoir inscrire un but dans les deux dernières manches décisives est le défenseur quarantenaire Mirko Lüdemann, c'est bien qu'il manque un vrai scoreur.

Les attaquants d'Ingolstadt n'avaient pas été plus efficaces durant la saison, mais ils ont eu plus de réussite quand ça comptait le plus. Les performances de Danny aus den Birken, gardien de l'année et intégré à l'équipe nationale, n'auront donc pas suffi. Cologne n'aura pas pu être champion avec la plus basse moyenne de buts marqués et encaissés jamais observée en play-offs. Le KEC a fait mentir le proverbe : ce n'est pas toujours la défense qui fait gagner les championnats.

 

Hambourg (3e) : des congélateurs impressionnants... durant l'hiver

Remplacer Dimitrij Kotschnew pendant la fin de sa convalescence (ligaments croisés) en début de saison était un costume trop grand pour le jeune gardien Niklas Treutle. L'ex-espoir ne parvenait pas à corriger ses erreurs, et Hambourg a donc recruté un autre portier, Sébastien Caron. Comprenant que son avenir sur les bords de l'Elbe étaient bouché, Treutle a cherché à se recaser à Munich... où il a là aussi fini troisième gardien. Cette saison, qui constituait une bonne opportunité de se mettre en valeur, l'a au contraire enfoncé.

Dans le même temps, Sébastien Caron, tout juste viré d'Iserlohn, se révélait un joker idéal et formait un excellent duo avec Kotschnew. La défense de Hambourg, qui avait si peu soutenu son jeune gardien, devenait même la meilleure du championnat. Et les Freezers, brièvement derniers à la mi-octobre, refroidissaient tous leurs adversaires jusqu'à obtenir une série de 19 victoires consécutives à domicile. De quoi aborder les play-offs en favoris puisque, devenus premiers de la saison régulière, les "congélateurs" disposaient du bien nommé "avantage de la glace".

Hambourg ne put cependant pas répondre à ces nouvelles attentes. Le centre canadien Philippe Dupuis, recrue jusque là très convaincante, n'a pas justifié sa réputation nord-américaine de "joueur des play-offs". Et une fois de plus, le leadership fut pris par le trio Wolf-Festerling-Flaake.

Meilleur marqueur de Hambourg mais aussi joueur le plus pénalisé du championnat, David Wolf a tout pour se faire détester des supporters adverses. Les invectives, les banderoles et le crachat à son encontre à Iserlohn en quart de finale n'ont fait que le motiver encore plus pour qualifier son équipe un temps mal en point. Mais contre Ingolstadt, il dépassa les bornes par une agression gratuite sur Benedikt Schopper (qui perdit 6 dents). La lourde suspension pour 6 rencontres le priva de la suite de la demi-finale, mais aussi des championnats du monde. Et parmi les fans des Calgary Flames (son futur employeur), le débat fait rage autour de ce joueur ultra-physique, idéalement destiné au hockey nord-américain pour certains, trio violent et trop peu canalisé pour d'autres.

Les objectifs initiaux ont été remplis avec la demi-finale, mais ils paraissent modestes a posteriori. Que reste-t-il donc de cette saison qui promettait un temps d'être exceptionnelle ? Une qualification pour la Ligue des Champions, tout d'abord, avec la première place en saison régulière. La révélation de Thomas Oppenheimer, ensuite, passé du statut de joueur de l'ombre à celui de meilleur buteur de Hambourg... puis de l'équipe d'Allemagne aux championnats du monde.

 

Wolfsburg (4e) : la remontée fantastique

Après la remontée fantastique vécue un an plus tôt, la saison de Wolfsburg fut surtout remarquable de constance puisque le club n'a quasiment jamais quitté le top-6. Cela n'a pourtant rien d'évident quand un joueur (Greg Moore) se rompt les ligaments croisés dès la deuxième journée et que le buteur patenté (Matt Dzieduszycki) se blesse à l'épaule un mois plus tard.

Wolfsburg a trouvé la parade en ayant la main heureuse. Le club n'avait jamais recruté de jokers aussi efficaces que Brent Aubin, encore sans club à fin septembre, et Ramzi Abid, arrivé de Finlande en décembre.

Le rôle du buteur a été tenu par l'inattendu Sebastian Furchner, qui a trouvé 18 fois le fond des filets en saison régulière et 5 autres en play-offs. Avec son patinage, Furchner symbolise bien cette équipe de Wolfsburg, qui pratique un forechecking agressif grâce à sa vitesse. Quand tous travaillent dans le même sens, l'adversaire a peu de temps et d'espace.

L'autre clé de la réussite est le gardien Sebastian Vogl. Non seulement il a totalement supplanté son concurrent Daniar Dshunussow, mais il a mené les statistiques de gardiens de toute la DEL, en faisant pourtant très peu parler de lui. Les joueurs sont moins médiatiques à Wolfsburg parce que l'affluence y est faible, et que cette ville dont nombre de travailleurs vivent aux "trois-huit" des usines Volkswagen ne bat pas au rythme du calendrier de hockey.

Les autres clubs, eux, repèrent bien les joueurs de Wolfsburg. Après Christopher Fischer et Kai Hospelt (que Marco Rosa aura en fin de compte réussi à remplacer comme meneur de jeu), le club va perdre un troisième international, le précieux défenseur Benedikt Kohl. Rester dans le dernier carré sera de plus en plus difficile...

 

Krefeld (5e) : la surprise de l'année

Plus personne ne croyait en Krefeld, surtout après la blessure précoce de son capitaine Herberts Vasiljevs. Le Letton n'a pas tout perdu pendant sa convalescence : le parlement de son pays a en effet autorisé la double nationalité dans l'intervalle. Son passeport allemand, pris afin de ne plus compter dans le contingent étranger à Krefeld, ne le gêne donc plus et il a retrouvé l'équipe nationale. Néanmoins, l'ex-première ligne Blank-Driendl-Vasiljevs n'a jamais retrouvé son plein potentiel, et le fidèle Boris Blank ne recevra d'ailleurs même pas de prolongation de contrat.

Un nouveau trio majeur s'est formé cette saison. Autour du centre formé au club Daniel Pietta, toujours efficace dans les duels, deux Nord-Américains ont marqué à tout va : le passeur d'une grande fiabilité Adam Courchaine a fini meilleur compteur de DEL, et le petit nerveux Kevin Clark s'est autant fait connaître par ses manifestations de talent que par ses pénalités idiotes.

Si l'attaque est portée par un trio, la défense avait au moins un quatuor majeur : David Fischer a démontré par des actions spectaculaires pourquoi il fut un premier tour de draft NHL, l'international Sinan Akdag a franchi un palier, le Slovène Mitja Robar commet très peu d'erreurs, et Nick Saint-Pierre compense sa relative lenteur par sa compréhension du jeu.

Krefeld a donc obtenu une deuxième place inespérée en saison régulière... qui a rendu la chute plus frustrante encore en play-offs. Les Pinguine, qui avaient lutté toute l'année contre les blessures, ont été éliminés chez eux par une équipe d'Ingolstadt qui s'est présentée sans neuf titulaires ce soir-là, 4-5 après avoir mené 3-0 ! Une humiliation devant 7508 spectateurs. Ce n'est qu'un épisode parmi d'autres dans des play-offs impitoyables pour tous les favoris.

 

Nuremberg (6e) : spectacle offensif

Nuremberg a subi un sort identique en encaissant une gifle 3-8 à Wolfsburg au sixième match du quart de finale. Mais cela n'efface pas la superbe saison survenue jusque là, commencée par un record de 9 victoires, brisé à la dixième journée par... Wolfsburg, déjà.

C'est l'avantage du hockey offensif : les spectateurs se régalent et pardonnent bien mieux les défaites. Et pour être offensif, Wolfsburg, première attaque et huitième défense, est offensif ! Si Fredrik Eriksson a été élu meilleur défenseur de la ligue, c'est certes parce qu'il est solide et stable, mais aussi parce qu'il a fait exploser les compteurs avec le powerplay des Ice Tigers, le numéro 1 de la DEL.

Le capitaine Patrick Reimer - en congé provisoire de l'équipe d'Allemagne - a insufflé cette énergie offensive permanente et a été élu joueur de l'année, une distinction dont chacun sait ce qu'elle doit à son coéquipier Steven Reinprecht. Ayant gardé un bon patinage à 37 ans tant il entretient sa condition physique, l'ancien champion de France avec Mulhouse a une fois de plus démontré toute sa classe.

Néanmoins, même avec le meilleur duo offensif du pays, on ne devient pas champion sans un bon gardien. Là résidait la faiblesse des Ice Tigers. Tyler Weiman, qui était il y a deux ans le gardien le plus convoité du pays en raison d'un possible passeport allemand que l'on attend toujours, n'apporte décidément pas la sécurité escomptée, y compris dans son jeu à la crosse. Sa doublure Andreas Jenike a paru plus solide mentalement, mais manque de mobilité et n'a donc pas été en mesure de faire mieux.

Tout ce qui manque à Nuremberg, c'est donc un grand gardien... Cela tombe vraiment bien que le frère du MVP, Jochen Reimer, joue justement à ce poste !

 

Mannheim (7e) : les derniers feux du "volcan des Alpes"

Même en sacrifiant Harold Kreis, ancien joueur de légende à Mannheim mais pas incontesté comme entraîneur, les Adler n'ont pas évité une seconde élimination de suite en quart de finale. L'appel à l'ex-sélectionneur Hans Zach faisait un peu office de solution ultime. Les joueurs qui avaient précipité le départ de Kreis par leur contre-performance avaient de quoi le regretter avec l'arrivée du "volcan des Alpes", pas connu pour sa souplesse ou sa tendresse.

Concrètement, en plus de marquer son territoire (mise à l'écart de Yanick Lehoux qui outrepassait ses directives au lieu de simplement lancer au but en jeu de puissance), Hans Zach a surtout remis en confiance le gardien-vedette du Mondial 2010 Dennis Endras en le confortant dans son rôle de numéro 1, alors qu'il semblait vaciller à cause des meilleures stats de sa doublure Felix Brückmann. Le système Zach, avec quatre joueurs à la ligne bleue, concède si peu de bons lancers à l'équipe adverse qu'il met le gardien dans un fauteuil.

Mais cette tactique très passive est heureusement un peu périmée, et n'a jamais déstabilisé un Cologne "tout confort" en quart de finale. Après cette dernière pige de trois mois, Zach, dont le style de jeu est un des plus ennuyeux de l'histoire, part donc définitivement à la retraite.

Quelle que soit la tactique, Mannheim ne fera plus peur tant qu'il ne retrouvera pas une force de frappe à la ligne bleue. Or, les arrières n'ont marqué que 13 buts en saison régulière, et 0 en play-offs. La recrue Mike Vernace ? Un seul but et absolument pas le défenseur offensif espéré. On ne s'étonnera donc pas alors que les Adler aient le dernier powerplay de la DEL. Une gabegie pour un club aussi financièrement puissant, même s'il essaie de transférer la pression vers les autres ambitieux Cologne, Hambourg et bientôt Munich.

Pour enfin trouver ce défenseur offensif qui lui manque tant, Mannheim va maintenant se tourner vers Bobby Raymond. Ce Canadien qui avait démarré sa carrière professionnelle à Strasbourg a ensuite progressé jusqu'en AHL, puis a réussi un beau retour en Europe à Iserlohn, dont on vous conte ci-dessous la saison mouvementée.

 

Iserlohn (8e) : une série de victoires sans sa "pointure"

Avant de devenir un héros à Hambourg, le gardien Sébastien Caron fut chassé d'Iserlohn. Sa faute ? Alors qu'il s'était montré insatisfait de voir l'Autrichien Matthias Lange contester sa place de titulaire, il ne fut pas là quand on eut besoin de lui lorsque Lange se blessa. Se disant souffrant, Caron ne se présenta pas à l'entraînement et laissa l'équipe se déplacer sans lui à Wolfsburg... où elle s'imposa avec un pigiste - un gardien remplaçant d'Oberliga - dans les cages !

Caron fut promptement écarté du groupe et remplacé par Erik Ersberg, qui donna satisfaction. Mais à partir de ce jour, Iserlohn, alors septième, plongea au classement. L'entraîneur Doug Mason fut viré après un mois d'octobre noir, mais la crise dura jusqu'à Noël. C'est alors que l'ancien adjoint Jari Pasanen, flanqué d'un nouvel assistant (Jamie Bartman), modifia le système de jeu pour privilégier la défense.

En janvier, les Roosters ont ainsi réussi une série de 25 points en 9 journées, avec seulement 7 buts encaissés ! Des stats qui ont même contraint l'Autriche à rappeler Lange, initialement non sélectionné, pour les Jeux olympiques.

Cette série est d'autant plus impressionnante qu'elle s'est poursuivie malgré les blessures des deux stars offensives, Michael Wolf et Mike York. Seul le premier put revenir pour les play-offs, mais loin de son meilleur niveau. Cela n'empêcha pas Iserlohn d'éliminer Munich puis de faire trembler le cador Hambourg en quart de finale dans une ambiance de feu. Il faudra s'habituer à se passer du capitaine-symbole Wolf, qui est sous contrat mais a décidé de rentrer en Bavière pour se rapprocher de la boutique de chaussures familiale à Füssen, qu'il pourrait reprendre à terme.

 

Munich (9e) : le "directeur sportif mondial du hockey"

Pierre Pagé avait fini par excéder tout le monde à Salzbourg avec ses déclarations grandiloquentes et sa gestion humaine conflictuelle. Il n'aura mis que quelques mois à produire les mêmes effets à Munich. Le Canadien avait utilisé 28 étrangers lors de sa dernière saison en Autriche, avant que Red Bull ne l'envoie s'occuper de sa nouvelle acquisition Munich. Or, la DEL a une limitation à 11 licences d'étrangers pouvant être accordées au cours d'une saison. Il s'agit donc d'en faire usage avec précaution.

Malheureusement, cette saison à Munich, ce sont seulement les joueurs allemands qui ont donné satisfaction, à l'instar du meilleur marqueur Alexander Barta. Un des rares éléments "pré-Red Bull" conservés, Uli Maurer, qu'on n'envisageait guère que comme treizième attaquant, a même dépassé les 20 points tout en venant donner un coup de main à l'arrière. Mais les recrues d'AHL, sur lesquelles a été bâti l'effectif, ont grandement déçu. Les changements étant limités, Pagé, qui dénonçait des touristes parmi eux, n'a pu en virer qu'un seul, Jon Di Salvatore.

On pouvait s'attendre que la dernière place d'étranger disponible soit utilisée pour stabiliser une défense coupable de fréquentes erreurs. Pagé a étonné en recrutant un second gardien, le Finlandais Mika Noronen, parce qu'il jugeait le titulaire Jochen Reimer trop sujet aux blessures. Un choix qui précipita le départ du gardien : Reimer était déjà peu satisfait du système de Pagé qui incite les défenseurs à abandonner leur position traditionnelle mais fait peu de cas du gardien qui en subit les conséquences... et voit s'éloigner l'équipe nationale à cause de statistiques en déclin.

Après une saison si médiocre, la nouvelle que tous les supporters espéraient sans y croire est arrivée en avril : Pierre Pagé, jugé intouchable à cause de ses liens directs avec le grand patron de Red Bull (Dietrich Mateschitz), était promu "Global Sports Director Hockey" au sein de la multinationale. Ce titre pompeux a fait sourire en Allemagne, mais on en a surtout retenu qu'il n'aurait plus à gérer l'équipe au quotidien. Comme à Berlin et comme à Salzbourg, Don Jackson lui succèdera.

 

Berlin (10e) : fin d'une dynastie ?

Et justement, ce Don Jackson a été grandement regretté à Berlin après cinq titres en six ans. Son successeur Dave Tomlinson - qui fut son adjoint quatre ans plus tôt - a peiné à le faire oublier, et il en a rejeté la faute sur des joueurs qui s'étaient relâchés au fil des ans et n'étaient plus prêts à faire les efforts nécessaires, y compris l'été pour bien se préparer.

Les excuses de Tomlinson ont été mal perçues par les médias et le public berlinois. Sa déclaration la plus maladroite fut celle survenue lors de la blessure de Rob Zepp, mettant en doute la capacité du second gardien Sebastian Elwing à le remplacer. Pas vraiment le meilleur moyen de mettre en confiance la doublure, qui a pas mal souffert.

On a même cru un temps que les Eisbären seraient les premiers champions de DEL à rater les play-offs. Ils s'y sont qualifiés et ont repris espoir en finissant par 6 victoires... mais se sont fait éliminer tout de suite par une équipe d'Ingolstadt dont personne n'imaginait alors qu'elle s'assiérait à son tour sur le trône. Malgré l'immense déception, Berlin a confirmé que Dave Tomlinson, qui avait deux ans de contrat, aura une chance de se rattraper l'an prochain.

Un peu de lucidité est aussi nécessaire à l'heure du bilan : les Eisbären investissent de moins en moins dans le recrutement et n'ont plus la même puissance financière. Il ne faut plus s'attendre à ce qu'ils dominent tout. Ils ne disposent plus de superstars, et en plus ils ne produisent plus de bons jeunes. La profondeur de banc qui faisait leur force est devenue une faiblesse, car les joueurs de quatrième ligne Daniel Weiß ou Kris Sparre ont vécu une saison très décevante.

 

Augsbourg (11e) : les recrues ne sont peut-être pas faites pour rester

Autrefois, Augsbourg perdait ses meilleurs joueurs chaque été. Cette saison s'annonçait sous de meilleurs auspices puisque le club souabe avait été capable de conserver ses principaux attaquants étrangers. Il ne se doutait pas que ceux-ci se ramolliraient et verraient leur production décroître. Le physique John Zeiler est passé de 23 à 6 points, et Peter MacArthur - onze fois en tribune comme étranger surnuméraire - de 34 à 14 points. Quant à Brian Roloff, qui avait marqué 39 points il y a deux ans, il n'en a amassé que 6 jusqu'en décembre, moment où sa clavicule a sauté.

Heureusement que le vétéran slovaque Ivan Ciernik est arrivé pour mener l'attaque avec son instinct de buteur et son lancer toujours intacts. Si Ciernik n'est pas une découverte car il est connu de toute la DEL, Augsbourg est toujours doué pour dénicher de bons joueurs en Amérique du nord grâce aux réseaux de son entraîneur Larry Mitchell. Les deux jokers arrivés en cours de saison ont été de belles trouvailles : l'excellent patineur Luigi Caporosso a tourné à plus d'un point par match en arrivant en janvier, et Jeffrey Woywitka a stabilisé une défense décimée.

Commencer la saison avec neuf défenseurs était en effet un heureux pressentiment. Tobias Draxinger n'a joué que 18 fois entre problèmes de dos et d'adducteurs. La saison de Steffen Tölzer s'est terminée en octobre après une blessure ligamentaire. Et si Michael Bakos s'est remis de sa rupture des croisés, il s'est blessé à la clavicule après seulement sept journées. À l'issue de la saison, Bakos (100 sélections en équipe d'Allemagne) a donc tenu compte de son corps et décidé qu'il était temps d'arrêter.

Le gardien Patrick Ehelechner a pour sa part vu sa place de titulaire contestée immédiatement par Markus Keller, qui était prévu comme simple numéro 2. De ce fait, Augsbourg n'a jamais eu de vrai premier gardien. Les Panther ont longtemps occupé la dixième place qualificative, mais les dernières semaines réservaient encore deux déplacements chez les concurrents directs Iserlohn et Berlin, des confrontations logiquement perdues par une équipe toujours peu performante à l'extérieur.

 

Straubing (12e) : un investissement gâché

Le sage club de Straubing avait investi aux limites de ses possibilités et affichait des ambitions inédites après une étonnante demi-finale puis un quart de finale. Malheureusement, il s'est planté sur toute la ligne dans son recrutement. Les nouveaux Allemands ont tous déçu : Tobias Wörle manquait d'engagement physique pour mériter un rôle de scoreur complémentaire, Peter Flache n'avait guère que son gabarit pour lui, et Sören Sturm ne s'est jamais imposé en défense au point de finir par jouer les utilités en attaque.

Ceux qui avaient coûté le plus cher étaient encore les deux renforts étrangers. Jordan Hendry, ancien vainqueur de la Coupe Stanley avec Chicago, devait incarner le changement de statut de Straubing, mais a terminé avec la moins bonne fiche des défenseurs (-8) malgré ses qualités. Et surtout, Éric Beaudouin a été un flop retentissant, rendant incompréhensibles ses performances en Suède et en Suisse en comparaison. Il a vite été mis dehors. Son remplaçant Kris Beech s'est mieux inséré collectivement mais a lui aussi manqué de vitesse.

Les Tigers n'ont donc eu qu'un seul vrai centre numéro 1, l'indispensable Laurent Meunier, malheureusement absent un mois pour une fracture de la mâchoire. Le capitaine de l'équipe de France était entouré du rapide magicien Blaine Down et du puissant Carsen Germyn sur un trio très performant... mais bien trop seul. Pendant que les trois hommes ont fini la saison à +19/+22/+17, tous les autres attaquants avaient des fiches négatives !

Comme en plus les faiblesses du gardien Jason Bacashihua sur les tirs hauts ont cette fois coûté cher en début de saison, Straubing n'a jamais été en mesure de rattraper son retard et de revenir dans la course pour les play-offs.

 

Schwenningen (13e) : un promu compétitif

L'objectif principal pour Schwenningen était de se montrer au niveau de la DEL, intégrée avec peu de temps de préparation. Des résultats comme 8-1 et 8-0, vus au cours des premières semaines, peuvent paraître déséquilibrés, mais ce sont des scores... en faveur du nouveau venu ! Après vingt journées, les Wild Wings figuraient en dixième position et pouvaient donc croire aux play-offs, avant de reculer avant-derniers à mi-championnat par une série de 6 défaites. Ce sera la position finale.

Schwenningen était dans la course tant que son gardien Dmitrij Pätzold tenait le choc, mais sa baisse de régime était inévitable car c'est lui - et de loin - qui a reçu le plus de tirs en DEL. La défense autour du vieillissant capitaine Sascha Goc était en effet trop lente pour ce niveau de jeu, ce dont les adversaires ont profité pour la mettre sous pression.

Ces difficultés étaient attendues et le bilan de cette première saison n'en reste pas moins positif. Schwenningen a joué devant 4530 spectateurs de moyenne et a ainsi largement dépassé les hypothèses du budget prévisionnel. Il pourra donc augmenter celui-ci de 4,2 à 4,5 millions d'euros pour se renforcer aussi bien sur la glace que dans l'organisation administrative en coulisses afin de se mettre totalement au diapason de la DEL.

 

Düsseldorf (14e) : le pain noir a été mangé

Düsseldorf a encore fini dernier, et avec encore moins de points que l'an dernier. Après le départ du meilleur marqueur du championnat Calle Ridderwall, la DEG ne faisait même plus illusion car elle manquait d'efficacité offensive. Surtout, elle faisait parfois peine à voir en se présentant avec un effectif très aminci, alors que même au complet il était inférieur aux autres.

Le seul joueur à avoir joué chaque mach est Fabian Calovi, l'attaquant italien assez limité qui servait principalement de bouche-trou. Tous les joueurs-clés se sont en effet blessés à un moment ou à un autre, que ce soit le jeune défenseur Bernhard Ebner ou l'énergique attaquant Justin Bostrom (épaules), le technique Colin Long (cuisse) ou les deux Norvégiens Ken Andre Olimb (pouce) et Andreas Martinsen (genou). Et même si par bonheur Ashton Rome - blessé en présaison - est revenu au jeu bien plus tôt que prévu en novembre, il s'est retrouvé à devoir jouer le capitaine par intérim car on n'a pas revu Daniel Kreutzer depuis décembre à cause d'une fracture d'une vertèbre cervicale.

Dans des circonstances pareilles, il est réconfortant que le public ait toujours soutenu son équipe, avec la cinquième meilleure affluence de DEL. Les spectateurs méritent mieux... et ils devraient être récompensés. Le pain noir semble avoir été mangé pour de bon.

La DEL a accordé le prochain match dans un stade à Düsseldorf, manifestant ainsi sa croyance dans l'avenir du hockey dans cette ville. Le club amateur, qui détenait la majorité des parts, en a vendu une partie à Mikhaïl Ponomarev pour lui permettre d'augmenter son investissement et d'attirer les nombreux Russes de la région. Ces deux années auront prouvé que la passion seule ne suffit pas, et que l'argent reste le nerf de la guerre dans le hockey professionnel.

 

 

Les clubs de DEL2

 

Premier : Bremerhaven. Il y a douze ans, Bremerhaven remportait la deuxième division mais ne pouvait monter en raison d'infrastructures inadéquates. Désormais, rien ne ferait obstacle à la montée en DEL... sauf cette satanée ligue qui n'autorise toujours pas de promotion. Si une place était ouverte, les Fischtown Penguins seraient autant aptes à l'occuper que Schwenningen ne l'a montré. La vieille patinoire qui les handicapait n'est plus qu'un souvenir, et la nouvelle paraît presque trop petite, car ses 4254 places ont souvent été toutes occupées au cours de l'hiver.

Il y a deux ans, Bremerhaven était dernier et repêché, mais dans cet intervalle de temps, le jeune entraîneur canadien Mike Stewart - qui a été défenseur pour l'équipe d'Autriche - a réussi à former un groupe solide, le plus homogène de tous. Cette profondeur commence dans les cages, où le prometteur Jonas Langmann (22 ans) a supplanté au fil du temps le pourtant solide Brett Jaeger. Même s'il a marqué moins de points, Dustin Friesen est resté la référence de la défense, et sur la deuxième paire d'arrières, Ryan Martinelli s'est fait redouter de toute la DEL2 par ses mises en échec. En attaque, le danger peut venir de partout, comme le prouvent les cinq buts en play-offs du Belge Sam Verelst, joueur de quatrième ligne. C'est le capitaine Marian Dejdar qui a cependant marqué les buts vainqueurs en prolongation en demi-finale puis en finale. Cette fois, Bremerhaven n'a pas l'intention que le titre soit sans lendemain, mais doit juste attendre que la porte s'ouvre.

 

Deuxième : Bietigheim-Bissingen. Le précédent champion - qui aurait voulu accéder à la DEL mais avait offert moins d'argent que Schwenningen pour racheter la licence des Scorpions - est lui aussi toujours présent. Cette deuxième finale de suite est une preuve de constance : aujourd'hui, les gros clubs de DEL2 sont solides et réguliers.

Après le départ des frères Rodman, les Steelers ont cependant un peu tâtonné avec leurs étrangers. Quand le meilleur d'entre eux, David Wrigley, a été suspendu pour la finale, les trois lignes n'étaient plus en mesure de lutter face aux quatre lignes de Bremerhaven.

Si l'attaque est restée la meilleure en saison régulière, la défense était la moins bonne des qualifiés en play-offs. Le gardien expérimenté Jochen Vollmer en a fait les frais puisque le club a fait venir Frédéric Cloutier de Rosenheim à l'automne, mais le Canadien n'a finalement pas réussi de meilleures performances que l'Allemand.

 

Troisième : Rosenheim. Une preuve du niveau actuel de la DEL2 est que Kim Staal, capitaine du Danemark, n'y aura plus sa place la saison prochaine du fait de la réduction de 5 à 4 étrangers. Il aura en effet été le moins convaincant des cinq. Ce sont en effet Shawn Weller et Tyler McNeely qui ont mené l'attaque. Pasi Häkkinen est quant à lui un des meilleurs gardiens de la division.

Mais la plus grande et plus belle surprise se nomme Robin Weihager. Personne n'attendait ce défenseur venu de Morzine-Avoriaz en France, mais le Suédois a carrément été élu meilleur joueur du championnat grâce à son slap et à sa qualité de relance. Il prendra la direction de la DEL, tout comme la révélation Norman Hauner, dont la vitesse a fait merveille sur la première ligne aux côtés de Weller et McNeely.

 

Quatrième : Landshut. Au grand plaisir de ses supporters, Landshut a abandonné le surnom artificiel de "Cannibals" pour reprendre simplement sa dénomination originelle, les initiales EVL. Ce retour à la tradition s'est aussi exprimé par un style de jeu plus physique, à l'ancienne, qui lui a permis de s'échapper en tête à l'automne, mais a aussi coûté pas mal de pénalités. L'équipe a ensuite reculé au classement quand le style peu orthodoxe du gardien de 196 cm Brian Stewart s'est révélé moins efficace.

En plus, Landshut a perdu son entraîneur (Jiri Ehrenberger) au milieu de la saison, car il a reçu l'opportunité de devenir directeur sportif d'Ingolstadt. Il a donc fallu s'adapter au système du nouveau coach Andreas Brockmann. La cinquième place de saison régulière n'est donc pas si mauvaise, d'autant qu'elle n'était séparée de la première que par 8 points seulement. Les play-offs s'annonçaient donc serrés : l'EVL a réussi à renverser l'avantage de la glace en quart de finale, mais pas en demi-finale même s'il a mené au septième match contre le premier Bietigheim.

 

Cinquième : Ravensburg. Ce sont les Towerstars qui se sont fait sortir par Landshut dans ce quart de finale, et cette élimination a été extrêmement frustrante pour une équipe habituée au dernier carré. Elle menait en effet 3 victoires à 1 et avait donc deux chances de conclure à domicile, où elle n'avait été battue que trois fois en saison régulière.

Ravensburg aura donc beaucoup à se faire pardonner vis-à-vis d'un public qui n'a jamais compris le renvoi sans explication du défenseur Lukas Slavetinsky en janvier. Il faudra aussi digérer la réduction du nombre d'étrangers admis car le contingent allemand n'est pas aussi fort que celui des principaux clubs rivaux.

 

Sixième : Riessersee. Dernier l'an passé, le SCR a vécu une saison incroyable. Le club de Garmisch-Partenkirchen ne s'est pas seulement qualifié pour ses premiers play-offs depuis cinq ans, il a même failli y bénéficier de l'avantage de la glace. Il était en effet quatrième à trois journées de la fin, mais a perdu les rencontres restantes. Ensuite, Riessersee a gagné le premier match à l'extérieur en quart de finale à Bietigheim-Bissingen avant de rendre les armes, notamment parce que Bryan Hogan - désigné gardien de l'année - était malheureusement affaibli par une grippe.

Le fait surprenant est que le SCR ne s'est pas appuyé principalement sur son ancienne vedette offensive de retour, Libor Dibelka. La ligne la plus productive a été celle du Danois Morten Lie avec l'Américain Andrew Bohmbach et surtout Maximilian Kastner, révélation formée au club de 21 ans qui a inscrit 0,5 but par match.

 

Septième : Dresde. Dès qu'il s'agit de Dresde, il faut toujours distinguer le bilan sportif du bilan administratif et financier. Sur la glace, les Eislöwen ont pratiqué un hockey spectaculaire avec beaucoup de vitesse. Le vestiaire a fait preuve de caractère pour compenser la maigreur de l'effectif. La meilleure preuve est la réaction de l'équipe au renvoi début novembre de l'attaquant Marvin Tepper, jugé trop peu investi collectivement : une série de 11 victoires consécutives qui a assuré la qualification avec trois mois d'avance !

Dans les bureaux, par contre, c'est toujours la catastrophe. Quatre dirigeants se sont succédé en un an et demi (!), incapables de gérer un club qui dispose pourtant d'un vrai potentiel, avec la deuxième moyenne de spectateurs de DEL2. La maire de la ville n'avait plus confiance et avait déjà décidé d'envoyer le club en liquidation. Le seul moyen de la faire changer d'avis a été le recrutement d'un nouveau dirigeant totalement extérieur à ce marigot, Volker Schnabel, qui a prouvé ses capacités de gestion d'un club professionnel à Bietigheim-Bissingen. Un CV qui a convaincu le conseil municipal d'apporter son soutien à la pérennisation du club.

 

Huitième : Weißwasser. La nouvelle patinoire n'a pas forcément été un grand atout pour Weißwasser, qui a fini avec un bilan négatif à domicile (38 points sur 81 possibles). La quatrième qualification en play-offs en cinq ans est cependant encore un très beau résultat pour ce club à petit budget. Et ce d'autant plus qu'il a fini la saison avec deux défenseurs en moins, Markus Schmidt puis le meilleur arrière de l'équipe Danny Pyka qui s'est rompu les ligaments de la cheville.

On pensait que les "Lausitzer Füchse" (Renards de Lusace) se reposeraient surtout sur Jonathan Boutin, élu gardien de l'année trois fois en quatre ans. Mais quand le Canadien a contracté une mononucléose, le jeune Dustin Strahlmeier a réussi un intérim incroyable et s'est accrochée à sa place de titulaire tombée du ciel. Le pauvre malade s'est donc fréquemment retrouvé étranger surnuméraire quand il a retrouvé la santé.

 

Neuvième : Bad Nauheim. Le promu a vite été adopté en DEL2 puisque l'ambiance assurée par ses 2400 spectateurs de moyenne a été reconnue comme la meilleure de la ligue. L'atmosphère n'était cependant pas toujours aussi enthousiaste dans un vestiaire divisé. Frank Carnevale, entraîneur italo-canadien depuis neuf ans, en a été la principale victime. Il a dû céder son poste après Noël a directeur sportif Daniel Heinrizi, âgé de seulement 28 ans.

Quelques jours plus tôt, le gardien héros de la montée Thomas Ower, qui a longtemps souffert de la hanche, pouvait enfin faire une pause et se soigner, car le club a recruté Jan Guryca, bien connu à Bad Nauheim puisque c'est dans cette ville que son père s'est installé voici 40 ans à l'époque où il menait l'attaque de l'équipe de France. Le fils Guryca a obtenu le maintien de son club formateur, en sept manches dans le barrage contre Crimmitschau.

 

Dixième : Heilbronn. C'est un désastre qu'ont vécu les Falken, qui figuraient dans le groupe des favoris et se sont décomposés. Le nouvel entraîneur Ken Latta a tenu dix journées. L'ex-coach Rico Rossi, qui arrivait difficilement à rester directeur sportif sans se mêler du travail des entraîneurs, a ensuite été mis dehors pour de bon par le gérant de longue date Ernst Rupp. Celui-ci voulait passer la main et le club à la dérive faisait même passer une annonce dans la presse pour recruter son futur dirigeant...

Les deux défenseurs David Danner et Mitch Versteeg quittaient le navire, et l'ancien joueur de l'année Fabio Carciola demandait à saisir sa chance en DEL à Munich. Le nouvel entraîneur Igor Pavlov complétait donc l'équipe avec des joueurs de la réserve en Landesliga (5e division).

Mais heureusement, Michal Hackert est revenu ! L'ex-international, qui avait raccroché les patins en octobre parce qu'il avait perdu le goût du hockey, a fait son retour et a sauvé son club formateur presque à lui seul avec 18 points au cours des 7 manches du barrage contre Kaufbeuren.

 

Onzième : Kaufbeuren. Que d'émotions contradictoires lors de la saison de Kaufbeuren ! Handicapé par la longue blessure à la cuisse de son gardien Stefan Vajs, le club bavarois n'en finissait plus de s'enfoncer dans la crise. Les tribunes manifestaient leur mécontentement de plus en plus ouvertement. Le directeur sportif Dieter Hegen a finalement abandonné la fonction complémentaire de coach au profit de l'expérimenté Uli Egen (57 ans), chargé de sauver les meubles.

L'incroyable se produisit alors : Weißwasser et Bad Nauheim, à la lutte pour les play-offs, se livraient à un étrange concours de défaites (7 en 8 journées). L'ex-lanterne rouge Kaufbeuren semblait alors revenir dans la course... avant de perdre les deux dernières rencontres pendant que les deux adversaires se remettaient à gagner. Il fallait donc se contenter du barrage de maintien. Le yo-yo ne s'arrêtait pas là : vainqueur des trois premières manches contre Heilbronn, l'ESVK perdait les quatre suivantes et se retrouvait en poule de promotion-relégation. Mal en point, elle a sauvé sa tête à l'ultime match, 1-0 contre Francfort, grâce à un blanchissage de Vajs.

 

Douzième : Crimmitschau. On ne peut pas faire du hockey avec une seule ligne. Crimmitschau en a fourni la preuve. Le buteur Harrison Reed a été élu meilleur joueur du championnat et a fini meilleur marqueur, avec un point d'avance sur son partenaire à la bonne vision du jeu Max Campbell. Mais cela n'a pas empêché leur équipe de finir bonne dernière. Le premier trio Reed-Campbell-Pitt a marqué 56% des buts des Eispiraten. Cela signifie que les attaquants allemands ont été incapables d'apporter le soutien nécessaire aux Canadiens. Le capitaine Matthias Forster en particulier a concentré toutes les critiques ; il tient à rester mais ne veut plus porter le "C".

Le gardien Sebastian Albrecht, dont on disait dans ce même bilan l'an passé qu'il était le moins bon titulaire de ce championnat, a fini par perdre sa place. On a recruté en janvier un Canadien, Ryan Nie, peu satisfait des conditions de vie au Kazakhstan et tout heureux de participer au sauvetage finalement assez tranquille de Crimmitschau en promotion/relégation. La première place obtenue dans cette poule n'a cependant pas sauvé l'entraîneur Fabian Dahlem, qui devra rendre son tablier après trois ans en fonction.

 

 

Oberliga

 

Il aura donc fallu attendre trois ans pour que les deux "gros" clubs de Hesse, les anciens pensionnaires de DEL, Francfort et Kassel, réussissent à s'extirper de l'Oberliga. Il était temps pour les Löwen qui se sont ennuyés ferme toute la saison avec 44 victoires en 44 rencontres. Tout cela pour "attendre" la poule de promotion/relégation où ils ont terminé troisièmes, ce qui était moins dominant mais suffisant pour monter en DEL2, et c'est tout ce qui importait.

Kassel a connu une qualification tout aussi tranquille dans cette poule, mais avait auparavant dû se qualifier in extremis au tour précédent contre Duisburg, qui a lutté d'égal à égal toute l'année grâce à un concept inédit : l'EVD, qui se fait prêter des jeunes par les clubs voisins des alentours de la Ruhr, s'impose en effet comme un centre d'apprentissage reconnu car Franz Fritzmeier y conduit des entraînements aussi intenses qu'en DEL, mais dans une division au niveau de jeu plus abordable. Des conditions idéales pour que les jeunes joueurs se développent. Pour autant, Duisburg n'abandonne pas une ambition plus large et affiche de plus en plus son envie de monter.

La montée, Kassel l'aura obtenue dans des conditions particulières, avec un administrateur judiciaire à sa tête. La structure professionnelle était en effet en faillite, mais comme la licence d'Oberliga est au nom du club et non de cette structure autonome, cela ne fait pas obstacle à ses droits sportifs à la promotion, même si cette faille juridique (déjà utilisée par Bad Nauheim) est moralement douteuse. Le problème de fond qui a plombé Kassel est le prix exorbitant du loyer qu'exige le propriétaire de la patinoire (et ex-président des Huskies) Simon Kimm. Les dirigeants du club butent désormais sur le même écueil, et pour pouvoir financer une équipe en DEL2, ils ont été contraints à la fois de dissoudre leur réserve (qui venait de monter en Oberliga) et de renoncer à la création annoncée d'une équipe féminine !

Les deux places libres en DEL2 ont donc été obtenues comme prévu par les deux cadors de la zone ouest, mais la poule de promotion/relégation aurait aussi pu permettre à un représentant du sud de se qualifier en prenant la place d'un club déjà établi. C'est ce qu'a failli faire l'outsider Fribourg-en-Brisgau, à deux doigts de l'exploit dans cette poule avec 3000 spectateurs de moyenne. Ce club est portée par une nouvelle génération de jeunes joueurs locaux, symbolisée par le meilleur marqueur Nikolas Linsenmaier, une vraie pépite. En revanche, la poule fut un calvaire sportif et financier pour Selb, qui a dû payer le coût de fonctionnement de la patinoire pendant le mois d'avril (la ville ne les prend en charge que jusqu'à fin mars) et a encaissé 10 défaites en autant de journées. Une débâcle inattendue après avoir remporté la zone sud avec 18 points d'avance sur Fribourg.

 

Marc Branchu

 

 

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