Russie 2011/12 : présentation

 

 

Division Bobrov (Conférence Ouest)

 

Après l'échec annoncé de sa collection de stars, le SKA Saint-Pétersbourg a effectué moins de transferts retentissants cet été, mais il a modifié la structure du club en profondeur. Aleksandr Medvedev continue de siéger au conseil d'administration mais ne le préside plus, ce qui posait et poste toujours des questions de conflit d'intérêt par rapport à son poste de président de la KHL. Cette place est désormais occupée par Gennadi Timchenko, un milliardaire qui a fait fortune dans le commerce du pétrole. D'un naturel discret, il sera beaucoup moins bavard dans les médias que Medvedev qui donnait son avis sur tout.

Le responsable sportif sera le nouveau vice-président et manager Aleksei Kasatonov. Sa mission était de rajeunir l'équipe, et on s'est très vite aperçu que ce n'était pas que des mots. Si la non-reconduction du convalescent Aleksei Yashin était prévisible, le placement du capitaine Maksim Sushinsky sur la liste des transférables a fait l'effet d'une bombe. "Su-33", formé au club, était le porte-flambeau inconditionnel de l'équipe pour les supporters, et il s'est dit choqué de la nouvelle. Le SKA peut-il se priver de son leadership ? Même s'ils sont exemplaires sur la glace, Mattias Weinhandl et Tony Mårtensson peuvent difficilement l'assumer car ils communiquent peu avec leurs coéquipiers russes.

C'est donc Maksim Afinogenov qui endosse à 31 ans le costume nouveau de leader offensif. Après tout, il est déjà la tête d'affiche de la presse "people" depuis son mariage cet été avec la joueuse de tennis Elena Dementieva... Il forme la première ligne avec Petr Prucha et le nouveau venu Patrick Thoresen, qui cherchait une ville avec une école anglophone où il pourrait habiter avec sa famille, ce qui n'était pas le cas à Ufa (d'où son refus de sélection avec la Norvège aux derniers Mondiaux pour regagner son foyer).

Deux autres champions de Russie ont suivi le même chemin depuis le Salavat : la première ligne défensive Koltsov-Kalinin. Tous deux ont un potentiel offensif qui manquait aux lignes arrières : Kirill Koltsov a toujours eu ce profil, et Dmitri Kalinin a été incité à se joindre aux attaques par Bykov après avoir été cantonné à un rôle de pure destruction en NHL.

L'autre révolution est l'arrivée de Milos Riha, coach finaliste du dernier championnat avec l'Atlant. Il passe moins de temps sur la théorie que son prédécesseur Vaclav Sykora, mais dirige ses entraînements avec plus d'intensité et montre plus d'émotions en match. Si la majorité du public est sensible à son charisme, une minorité de supporters adverses le siffle car elle n'admet pas son passé d'idole du Spartak, le club honni. Ces radicaux, ne reculant devant aucun excès, ont exigé que Riha brûle une écharpe du Spartak ! Demande ridicule, évidemment. Mais il est clair que, même s'il a moins de contre-pouvoirs potentiels sur la glace - les grandes gueules étant parties - et sur le banc (il a obtenu le renvoi de l'adjoint Vladimir Yurzinov junior avant même de le connaître), Riha n'arrive pas en terrain conquis.

Le changement le plus marquant introduit par Riha se situe dans les cages. Son compatriote Jakub Stepanek, responsable désigné de l'élimination en play-offs, semblait rester titulaire par défaut, puisque le club avait poursuivi des pistes assez vaines des meilleurs gardiens russes (Bryzgalov et Varlamov bien payés en NHL, et Barulin toujours sous contrat). Le vétéran Maksim Sokolov devait être le numéro 2. Mais dès son arrivée, Riha a donné sa chance aux jeunes : le champion du monde junior Dmitri Shikin a été testé pendant la pré-saison, mais c'est Ilya Ezhov, 24 ans, qui a été rappelé du VMF (l'équipe-ferme) pour être propulsé titulaire à la surprise générale. Le SKA a bel et bien un gardien russe, mais c'est un parfait inconnu !

 

Si un club de KHL garde un entraîneur après onze défaites de suite, c'est qu'un fort lien de confiance s'est instaurée. Oleg Znarok a eu la preuve de cette patience du Dynamo Moscou l'hiver dernier. Alors, quand le Bélarus a proposé une offre financièrement attractive pour conduire son équipe nationale, Znarok, désormais ex-sélectionneur de la Lettonie, a refusé après en avoir discuté avec le manager Safronov. Il n'est d'ailleurs pas le seul à avoir résisté aux sirènes d'autres équipes. Konstantin Gorovikov, qui a retrouvé une seconde jeunesse au Dynamo, était courtisé mais a finalement prolongé en bleu et blanc. Le duo à tout faire qu'il forme avec la peste finlandaise Leo Komarov est devenu le préféré du public.

Cette fidélité aux couleurs, le Dynamo y est particulièrement sensible chez ses (nombreux) anciens joueurs, mais peu d'entre eux reviennent en pratique. Après le titre 2005, plusieurs éléments importants avaient rejoint Kazan puis Ufa, devenant à chaque fois champions de Russie. C'était le cas du gardien Aleksandr Eremenko. Mais s'il a enrichi son palmarès de quatre nouvelles médailles d'or (dont deux comme champion du monde), Eremenko a fini par perdre sa place de titulaire en club depuis un an. Son retour est donc une aubaine pour le Dynamo, mais aussi pour lui. Débarrassé de la concurrence, Eremenko a chassé ses doutes et retrouvé sa confiance, mieux protégé par une tactique beaucoup plus défensive que celle de Bykov.

Les schémas de jeu conservateurs de Znarok ne sont en effet pas prêts de changer, d'autant que le potentiel offensif reste bridé. Certes, le Dynamo a aussi engagé chez le champion sortant Vyacheslav Kozlov, un véritable meneur de jeu. Mais il ne dispose toujours pas de buteur patenté. Il n'a trouvé personne qui fasse l'affaire sur le marché, du moins à un prix raisonnable. Alors, il s'est résigné à rappeler Juraj Kolnik, connu pour sa qualité de tir mais dont la dernière saison avait été écourtée après seulement un mois. La pré-saison a permis de confirmer que le genou du Slovaque était guéri, mais depuis que le championnat a commencé et que le temps s'est rafraîchi, Kolnik a enchaîné pneumonie sur pneumonie et ne joue toujours pas ! En KHL, on n'a pas le droit d'être frileux. À l'exception du système de jeu de Znarok, bien sûr.

 

Le CSKA Moscou peut s'appuyer sur la nouvelle génération de la Krasnaïa armiya, qui a remporté la MHL. L'effectif y était tellement blindé que le meilleur talent de sa génération Mikhaïl Grigorenko était réduit à une poignée de minutes par l'entraîneur des juniors Vyacheslav Butasev. Décidé à jouer plus, l'international U18 a donc décidé de partir en junior majeur aux Remparts de Québec, dont on connaît l'affection pour les hockeyeurs russes depuis Radulov. Le CSKA perd ainsi le bénéfice de la formation de Grigorenko, arrivé de Khabarovsk voici sept ans.

Garder ses jeunes est un problème récurrent pour le CSKA. Il y a deux ans, Sergei Shirokov était parti parce qu'il refusait les réductions de salaires générales imposées alors pour motif de crise. En signant à Vancouver, il n'y aura joué que huit fois en NHL, passant l'essentiel de son temps en AHL. On connaît trop d'antécédents de hockeyeurs russes qui ont perdu le fil de leur jeu en ligue mineure. Ce n'est heureusement pas le cas de Shirokov, qui n'a rien perdu de sa technique et a tout de suite retrouvé ses automatismes avec son vieux compère Denis Parshin en revenant au CSKA. Les deux ailiers ont été complétés par Niklas Persson, un centre suédois dont la technicité s'adapte bien au jeu collectif russe, tout en sachant éviter les passes trop risquées. Ce premier trio a immédiatement fonctionné... jusqu'à ce que Parshin se blesse au ménisque.

Le CSKA n'avait pas besoin au moment où le versement des salaires prenait déjà du retard. L'annonce de l'arrivée d'Aleksei Yashin a rassuré tout le monde : non seulement son expérience sera précieuse pour cette jeune équipe, mais en plus, un club qui recrute un vétéran encore bien coté (2 millions de dollars annuels sur le marché même s'il sort du blessure au genou) ne pas être en si grande difficulté financièrement. C'était donc le premier signe que la reprise par un nouvel investisseur - ce sera la compagnie pétrolière Rosneft - était en bonne voie.

Mais les jeunes auront un protecteur d'un autre genre, qui ne sera pas chargé de les prendre sous son aile mais plutôt de mordre ceux qui s'approcheraient : Darcy Verot. Depuis quand les autres clubs recrutent-ils d'anciens joueurs du Vityaz. Sa pige à Trinec avait déjà déclenché les unes scandalisées des médias tchèques envers "l'homme qui voulait casser Jagr" (les duels Vityaz/Avangard). "J'ai dû leur expliquer que je n'étais pas un maniaque, mais un hockeyeur qui remplit un contrat. La direction du club me forçait à aller sur la glace pour m'engager dans des altercations. Sans de tels ordres, je n'aurais certainement pas marqué 200 ou 300 minutes par saison, mais beaucoup moins." Quand il a affronté son ancien club, ses successeurs dans l'art du combat ont cherché à se battre avec lui, peut-être pour le punir de ses propos... ce qui a eu pour effet contraire de les attester !

 

Une carrière d'entraîneur en chef qui débute à 58 ans ! Tel est le curieux destin de Viktor Pachkalin avec le Spartak Moscou. La désignation de l'éternel adjoint a causé la surprise dans le monde du hockey russe... sauf au sein du club. Pachkalin est un Spartakiste dans l'âme et jouit de la confiance des glorieux anciens, avec qui il a été champion d'URSS en 1975.

Ce choix présente un autre avantage : l'argent économisé dans le salaire du coach peut être utilisé pour embaucher une star offensive capable d'appuyer les ambitions de Pachkalin, qui veut que son équipe joue "60% du temps en attaque à domicile". Cette star, c'est Marcel Hossa, buteur naturel qui a su planter 35 points même sur la troisième ligne à Kazan. Le Spartak peut ainsi former un premier trio slovaque Stefan Ruzicka - Jozef Stümpel - Marcel Hossa, appuyé par le slap et les passes d'André Benoît, qui n'a disputé que 8 matches de NHL avec Ottawa l'an passé mais qui a dominé le classement des assists en play-offs AHL avec le champion Binghamton.

Sauf que ce recrutement dépassait le quota de cinq étrangers (en comptant le pilier défensif Ivan Baranka). Les deux autres attaquants slovaques ont donc dû être sacrifiés : Juraj Mikus (tout de suite récupéré par le Lev Poprad) et surtout le capitaine Branko Radivojevic. Celui-ci a demandé un salaire fixe, mais après une saison en demi-teinte, le Spartak ne voulait pas lui consentir ce privilège alors que ses coéquipiers suivaient le système de rémunération désormais préconisé en KHL : 70% ferme et 10% par tour des play-offs passé. Malheureusement, Radivojevic s'est soudain mué en gros marqueur pour l'Atlant pendant que la troïka offensive slovaque du club rouge et blanc reste désespérément muette...

Le Spartak, qui se voyait devenu le meilleur club de Moscou, s'est-il vu trop beau ? La question vaut aussi pour le nouveau gardien Ivan Kasutin, qui entreprend la difficile succession de Hasek et qui a un peu fanfaronné en déclarant que 90% des gardiens étrangers de KHL étaient d'un faible niveau.

 

La KHL a ouvert sa première boutique officielle, et a choisi Riga comme lieu d'implantation. Faut-il voir un symbole politique de sa volonté d'expansion au fait de ne pas avoir choisi le territoire russe ? Les raisons sont plus pragmatiques : à Moscou, chaque équipe a sa patinoire et un local "neutre" en ville coûterait très cher en loyer. La ligue a donc plus confiance dans le pouvoir d'achat letton, même en berne après la crise.

La crise du hockey letton, elle, est plutôt existentielle. La motivation des joueurs de l'équipe nationale est parfois remise en question, y compris par le sélectionneur adverse Olegs Znaroks qui avait voué aux gémonies Lauris Darzins parce qu'il avait refusé de risquer d'aggraver une blessure en jouant sous infiltrations aux derniers championnats du monde. Ce même Darzins, meilleur marqueur du Dinamo Riga la saison dernière, est parti à Kazan, laissant au trio Karsums-Sprukts-Redlihs le soin de redevenir la première ligne.

Certains prétendaient que le maillot grenat du Dinamo, aux couleurs semblables à celle de la sélection, suscitait désormais comparativement plus de ferveur. Le début de saison tend à démontrer le contraire, le manque d'intensité étant similaire en club ou et équipe nationale. L'entraîneur passé au CSKA Moscou, Julius Supler (qui avait déclaré que si on lui demandait son avis il passerait du Verdi dans le vestiaire comme musique d'avant-match), orchestrait une partition bien réglée, mais jouée "adagio". Son successeur Pekka Rautakallio voudrait élever le tempo, mais il semble que ses hommes lui répondent "allegro... ma non troppo" lorsqu'il exige une activité permanente des cinq joueurs sur la glace.

Comme la Lettonie est toujours en plein débat sur son identité et sur son style de jeu, il est intéressant de voir comment l'équipe du Dinamo s'adapte à de nouvelles directives. Cela donnera des indications pour l'équipe nationale dont elle compose toujours la colonne vertébrale. Tous les défenseurs sont une fois de plus lettons, autour du vétéran Sandis Ozolins, et le club a même renoncé à aligner deux étrangers dans les cages. La relève au poste du gardien est la grande angoisse de tout connaisseur du hockey letton, et à ce titre il est intéressant de voir le jeune Maris Jucers, vu en Coupe Continentale à Rouen, avoir sa chance en numéro 2 derrière Chris Holt.

 

Dès cette saison, une équipe de KHL joue sur petite glace : certains clubs en avaient discuté, se portaient volontaires, etc. Il n'y a finalement pas eu besoin de long débat et de transformation d'infrastructures. Pour trouver le club pionnier, le Lev Poprad, il a simplement suffi de quitter la Russie, où toutes les patinoires sont de dimension olympique, et de débarquer en Slovaquie où plusieurs tailles de glace cohabitent, comme c'est le cas dans beaucoup de pays d'Europe.

La KHL a donc fini par s'étendre au-delà des frontières de l'ex-URSS. Le résultat d'une stratégie de longue date. Les clubs des grands championnats européens ayant trop à perdre dans une aventure aussi incertaine, la KHL a ciblé les équipes de deuxième division, pour lesquelles il serait tentant de se voir offrir sur un plateau un niveau de jeu auquel elles n'arrivaient pas à accéder sportivement dans leur pays. L'AIK avait été le premier à s'y intéresser, mais depuis il a réussi à remonter en Elitserien et même à y atteindre une demi-finale à la surprise générale. Ses fans sont aux anges et il ne regrette plus du tout que la fédération suédoise ait mis son veto à ce qu'il parte en KHL à l'époque.

Le Lev Hradec Kralové, qui n'arrivait pas à gagner les barrages de promotion en Extraliga tchèque, a connu cette même opposition de sa fédération, mais il l'a contournée. Ses dirigeants ont simplement traversé la frontière pour s'installer à Poprad, Slovaquie, où ils ont trouvé des partenaires (fédération et clubs locaux) plus conciliants.

Encore fallait-il que le projet soit ficelé et pas précipité en quelques semaines, comme l'été dernier pour pallier la défection d'un supposé nouveau club ukrainien. La composition et les autorisations administratives étaient incomplètes à quelques semaines du début de championnat, conduisant la KHL à renoncer. Cette fois, ce club slovaque d'origine tchèque a pu se préparer : l'effectif a été constitué pour l'essentiel en juin.

Voici donc le représentant de la "Tchéco-Slovaquie" réunifiée 18 ans après sa partition. L'entraîneur est tchèque, Radim Rulik, mais avec des adjoints slovaque et russe. Un des principaux partenaires est une compagnie aérienne tchèque qui fournit un Boeing 737 aux couleurs du club et voit d'un bon œil les déplacements lointains en Russie. Les Tchèques sont aussi légèrement plus nombreux que leurs cousins sur le banc, même si les noms les plus connus sont les vétérans slovaques Martin Strbak, Lubos Bartecko et Ladislav Nagy. Les négociations ont cependant été longues pour les faire rentrer au pays, car le budget reste modeste pour la KHL.

 

 

Division Tarasov (Conférence Ouest)

 

Le Lokomotiv Yaroslavl, sponsorisé par la compagnie ferroviaire nationale russe, s'y est pris de bien triste manière pour nous "faire préférer le train". L'avion qui transportait l'équipe à son premier match de championnat s'est écrasé au décollage, faisant du 7 septembre "le jour le plus sombre de l'histoire du hockey" selon les mots du président René Fasel. 37 personnes ont perdu la vie : Solontsev, Zhevelov, Zhuravlev, Matyushkin, Sarmatova, Maksumova, Shavina, Marek, Anikeenko, Vyukhin, Liv, Balandin, Vasyunov, Kalimullin, Kalyanin, Churilov, Galimov, Salei, Skrastins, Uryshev, Yarchuk, Shuvalov, Snuritsyn, Dietrich, Klyukin, Tkachenko, Ostapchuk, Vasicek, Sobchenko, Trakhanov, Demitra, Rachunek, McCrimmon, Kapovtsev, Korolev, Sedorov, Krivonosov, Zimin, Piskunov.

Après quatre jours d'interruption consacrés au deuil, la KHL a repris ses droits, sans cérémonie festive et avec un club de moins. Le Lokomotiv reprendra la compétition en décembre dans la ligue inférieure (VHL) où son classement sera déterminé par son pourcentage de points remportés puisqu'il aura moins joué que ses concurrents. Dès la saison prochaine, il sera réintégré en KHL. En attendant, la division Tarasov est orpheline de son favori, et les autres équipes compensent par des confrontations supplémentaires.

 

Le surprenant finaliste du printemps, l'Atlant Mytishchi, peut désormais espérer rééditer son exploit dans une Conférence ouest pauvre en grande équipes. On aurait pu craindre de ne plus entendre parler de l'Atlant après le pillage en règle qui avait été prophétisé. Les dirigeants ne pouvaient que déplorer "l'appât du gain" et ont pu sauver principalement le meilleur joueur des play-offs, le gardien Konstantin Barulin, en dénonçant le comportement des clubs rivaux qui contactaient ce joueur sous contrat.

L'intersaison fut donc polémique. L'entraîneur Milos Riha a plié bagages dans des conditions houleuses, entre lettre ouverte des supporters déçus, accusations de chantage et autres invectives. Il a emmené avec lui à Saint-Pétersbourg l'entraîneur des gardiens Jussi Parkkila et deux joueurs (Fedor Fedorov et Ivan Nepryaev). Les vedettes offensives sont parties, Mozyakin à Magnitogorsk et Marek définitivement, puisqu'il avait pris la route tragique de Yaroslavl.

Malgré son positionnement de victime du marché, l'Atlant a recomposé un effectif tout aussi prestigieux. Le directeur général Andrei Berevko prétend que le nouvel entraîneur est moins cher que Riha, ce qui a de quoi surprendre quand on sait qu'il s'agit de Bengt-Åke Gustafsson, le seul sélectionneur à avoir remporté JO et Mondiaux la même année en 2006. Et ce n'est pas le seul nouveau à pouvoir se vanter d'un palmarès prestigieux : le champion du monde slovaque Janne Niskala est le nouveau meneur défensif et le champion du monde finlandais 2002 Branko Radivojevic le nouveau pilier offensif.

BÅG appliquera la même tactique que pendant cinq ans aux commandes des Tre Kronor : défense rigoureuse et agressive, transitions rapides. Un système de jeu qui requiert la participation active de chacun. Or il va falloir composer avec les deux recrues-phares, qui sont deux typiques individualités russes : les deux anciens joueurs de NHL Aleksei Kovalev et Nikolaï Zherdev y ont toujours eu la réputation de talents égoïstes et peu concernés par le collectif. De la performance de ces deux attaquants imprévisibles dans les schémas tactiques rigoristes à la suédoise dépendra la saison de l'Atlant.

 

La défaite face à la France aux derniers championnats du monde n'a finalement pas trop secoué le Bélarus. Un afflux d'internationaux était annoncé au Dynamo Minsk pour en vrai un club-cadre de l'équipe nationale, mais il est toujours boudé par certains des meilleurs joueurs biélorusses : Demagin et Kostyuchenok sont partis chez des concurrents (Nijnekamsk et Ekaterinbourg) tandis que le meilleur joueur du championnat national Andrei Stepanov débutera en KHL... à Khabarovsk.

La répartition des rôles n'a donc pas été modifiée. Il y a toujours deux lignes étrangères et deux lignes locales en attaque. Après le départ du premier bloc, les Canadiens sont cependant destinés à prendre plus d'importance. Le chouchou du public Geoff Platt et Daniel Corso sont rejoints par leur compatriote Charles Linglet qui avait cartonné à Nijni Novgorod sur une ligne nord-américaine à gros temps de jeu.

En défense, on ne recense que deux internationaux titulaires, Vladimir Denisov de retour de Suisse et le jeune Dmitri Korobov. Révélé en équipe nationale aux derniers championnats du monde, Oleg Goroshko a été pris après un essai, sans temps de jeu réellement consolidé. Il faut dire que la défense a de la gueule. Les Slovaques y tiennent une place importante : l'expérimenté Jaroslav Obsut a été engagé comme capitaine, l'offensif Peter Podhradsky est le seul joueur du cinq majeur à être revenu après un court passage à Magnitogorsk, et Tomas Slovak a été engagé pour compléter le banc. Mais ils ne sont pas les seuls : la solidité de Lukas Krajicek a été la clé défensive du champion tchèque Trinec, et le vétéran finlandais réhabilité Jere Karalahti semble en avoir fini avec ses vieux démons.

Même dans les cages, Andrei Mezin reçoit du soutien (et/ou de la concurrence) avec le rapide gardien canadien Kevin Lalande. Depuis trois ans, le Dinamo Minsk n'avait jamais eu de défense digne de ses ambitions. Il l'a peut-être trouvée.

 

La KHL a changé son fusil d'épaule en matière d'interprétation contractuelle cet été. Jusqu'ici, elle considérait qu'un joueur restait la propriété de son dernier club, même quand il avait quitté le pays. Par conséquent, si une autre équipe russe était intéressées par le joueur, elle devait d'abord négocier avec le détenteur de ses droits. Certains voyaient là un obstacle au retour de certains joueurs évoluant en Amérique du nord.

La KHL a donc décidé d'opérer une distinction entre les départs conflictuels et les départs en bonne intelligence, en procédant à des investigations au cas par cas. Ce travail devrait aider à clarifier les relations avec la NHL en présentant des listes sans ambiguïté de joueurs libres ou non. Les décisions ont été vertement contestées par le Severstal Cherepovets, qui a vu ses revendications sur Yuri Aleksandrov et Viktor Tikhonov balayées. Les deux joueurs, rentrés d'une saison en AHL, finiront par signer librement à Saint-Pétersbourg. Quand on serre la main d'un joueur en lui souhaitant bonne chance, explique-t-on en substance du côté de la KHL, c'est qu'on a donné blanc-seing à son départ. Le défaut de ce raisonnement est que les clubs pourraient être tentés de ne plus jamais laisser partir personne à l'amiable et de pratiquer une gestion par le conflit pour sauvegarder leurs intérêts...

Le Severstal sait ce qu'il lui reste à faire : garder ses joueurs. Le jeune entraîneur Dmitri Kvartalnov disposera ainsi toujours du gardien international Vassili Koshechkin, des deux cadres défensifs Ondrej Nemec et Maksim Chudinov, ainsi que de ses quatre meilleurs marqueurs (Vadim Shipachev, Josef Straka, Aleksei Tsvetkov et Evgeni Ketov). Le seul départ important est celui du roc moscovite Kirill Lyamin (recruté par Omsk), mais il a été remplacé par du plus solide encore avec le défenseur Staffan Kronwall. Les ingrédients semblent donc en place pour que le retour dans la première moitié du tableau soit confirmé.

 

Les play-offs ratés d'un souffle ont provoqué un grand chambardement au Torpedo Nijni Novgorod : tout le staff, de l'entraîneur Vladimir Golubovich au directeur général Sergei Kolotnev, a été prié de rendre son tablier. Un nouveau manager a été installé, Viktor Levitsky, qui avait travaillé pendant 22 ans à Kazan mais avait arrêté toute fonction dans le hockey après l'échec de l'équipe des milliardaires lors du lock-out de 2005. Homme de continuité plutôt que de coups évènementiels, il n'avait alors fait qu'exécuter une politique qui n'était pas la sienne en attirant des stars avec des chèques en blanc. Néanmoins, c'est à cette époque que Levitsky avait fait venir Morozov et Zaripov, les deux attaquants majeurs de la dynastie Ak Bars.

Hors de question de rejouer le recrutement Hollywood, le Torpedo n'en a pas les moyens et ne l'a pas pris pour ça. On a fait attention à ne pas engager de simples oiseaux de passage. Les deux meilleurs marqueurs Ryan Vesce et Matt Ellison ont été gardés. L'international suédois Martin Thörnberg a été choisi comme nouveau renfort, outre sa percussion bien connue, grâce à sa fidélité au HV71 qui est un gage de confiance.

Comme nouvel entraîneur, Levitsky a choisi par la nouvelle valeur-étalon de la KHL : le Finlandais. Et quelle meilleure référence au pays des mille lacs que Kari Jalonen, 4 fois champion de SM-liiga sur les 7 dernières années. Il est à la recherche d'un nouveau défi, sa première expatriation depuis sa reconversion sur le banc même s'il a voyagé en tant que joueur (NHL, Suède et France). Il prend en main une formation qui ne compte que deux de ses compatriotes, le défenseur Juuso Hietanen et le gardien Pekka Tuokkola. Ce dernier effectue sa première expérience à l'étranger dans l'absolu et affronte une sacrée concurrence puisque son collègue est l'international biélorusse Vitali Koval.

 

Le Vityaz Chekhov va-t-il se calmer ? Et puis quoi encore... Tout l'été, le manager Aleksei Zhamnov a contacté des "têtes de liste" de la NHL... dans des catégories statistiques bien particulières : le plus lourd (Steve MacIntyre, 120 kilos sur le balance) et le plus bagarreur (Zenon Konopka, gants jetés 58 fois en deux saisons). Et quand ces deux joueurs se sont finalement désistés pour de nouveaux contrats NHL, le Vityaz s'est rabattu sur des goons d'AHL de 23 ans, Kip Brennan et Jeremy Yablonski, qui atteignent à eux deux 212 kilos et plus de 4000 minutes de pénalité chez les pros.

Ancien préposé aux bagarres arrangées de la LNAH, Jon Mirasty passerait presque pour un chaton à côté de Brennan et Yablonski. Dès les premières semaines, les deux recrues de choc se sont fait connaître de toute la KHL en entraînant dans une échauffourée Gelashviki, le gardien de Magnitogorsk. Deux longues suspensions pour commencer, qui en préfigurent d'autres : passeront-ils plus de matches sur la glace ou en sanction disciplinaire ? Même au sein des supporters de Chekhov, certains préfèreraient la seconde solution.

La mise en cage des deux gorilles permet en effet à l'équipe de se concentrer sur le hockey, ce qui met en valeur ses jeunes talents. L'entraîneur Andrei Nazarov met en avant l'autre visage du Vityaz, celle d'un club qui fait confiance aux jeunes. Il a ainsi fait venir un second champion du monde, Nikita Dvurechensky (barré au Dynamo Moscou) en plus d'Artemi Panarin qui est à 19 ans le leader offensif de l'équipe et est déjà assistant-capitaine !

Le nouveau capitaine qui doit encadrer les jeunes est Daniil Markov, mais l'ancien défenseur de NHL, surtout connu en Russie pour une arrestation musclée au volant par la police. a manqué le premier mois de championnat en raison d'une fracture de la mâchoire survenue... en dehors du hockey. On n'en saura pas plus. Chekhov reste quand même un environnement particulier.

 

 

Division Kharlamov (Conférence Est)

 

Les Tatars d'Ak Bars Kazan n'ont eu d'autre choix que d'abandonner leur entraîneur Zinetula Bilyaletdinov à l'équipe nationale. Il a même emmené avec lui Valeri Belov, son assistant depuis six ans (et trois titres). La même priorité hiérarchique s'applique cependant à l'intérieur des frontières du Tatarstan : si Kazan obéit à Moscou, Nijnekamsk obéit à Kazan et a cédé son entraîneur Vladimir Krikunov au club de "sa" capitale.

La panthère blanche a donc dû voir partir à contrecœur le dresseur qui l'avait guidée sur la piste aux étoiles. Elle est maintenant confiée à un nouveau maître réputé pour ses coups de fouet : comment les stars de Kazan s'accommoderont-elles des méthodes de préparation physique et des colères de Krikunov ? La priorité était de lui trouver un adjoint capable de garder le lien avec l'équipe, ce que sera Vassili Tikhonov. Ayant déjà travaillé en Finlande et en Amérique du nord, il a déclaré en arrivant que les installations étaient aussi modernes que tout ce qu'il avait connu "à l'ouest" et que la basa de Kazan était ce dont son père - le légendaire entraîneur soviétique Viktor Tikhonov - avait toujours rêvé (pas au point d'y cloîtrer les joueurs 11 mois sur 12 et 7 jours sur 7 comme en ex-URSS quand même ?).

La qualité la plus singulière de Vassili est de parler couramment finnois, et si en match il sera chargé du coaching des défenseurs, il sera surtout chargé d'établir un lien privilégié avec les quatre Finlandais, un gardien et trois attaquants.

Le portier champion du monde Petri Vehanen - qui a prolongé son bail de deux années - peut compter sur la défense peut-être la plus solide de la ligue, où le départ d'Emelin à Montréal a été compensé par l'arrivée d'un des rares défenseurs aussi agressifs que lui en KHL, Vadim Khomitsky (ex-Atlant).

À l'avant, le trio Zaripov-Kapanen-Morozov a fait ses preuves. Le club s'est en revanche séparé de Pesonen, Stepanov et Marcel Hossa avec pour objectif que ses autres lignes offensives soient plus compétitives. L'ex-international finlandais Antti Miettinen et le Letton Lauris Darzins devraient ainsi encadrer Jarkko Immonen sur la deuxième ligne.

Les deux autres lignes semblent cependant affaiblies pour l'instant par les blessures de Knyazev (commotion), Alekseev (épaule) et Skachkov (genou). Sans compter la situation de Dmitri Obukhov, accusé cet été de viol, pour lequel le club a dû publier un communiqué pour demander le respect de la présomption d'innocence et rappelé que le seul verdict est un non-lieu par manque de preuves. Dans ce tumulte, on n'est plus aussi serein à Kazan.

 

Les supporters du Metallurg Magnitogorsk ne reconnaissaient plus leur équipe sous la férule de Kari Heikkilä, qui semblait philosophiquement incapable d'adopter le style offensif du club. On lui a donc préféré un coach moins renommé mais aux options plus attractives. Même s'il est toujours entouré de Finlandais dans son staff, l'ancienne vedette de SM-liiga Aleksandr Barkov a annoncé dès son arrivée qu'il s'inscrirait dans la tradition de Magnitogorsk : un hockey spectaculaire tout en combinaisons.

Pour mettre en place ce type de jeu, quoi de mieux que d'engager l'habile Sergei Mozyakin. Pour qu'il accepte de quitter Moscou, sans sa femme et ses enfants (le troisième est à naître), il a fallu lui assurer de "mettre à l'abri" sa famille financièrement. Avec 12 millions de dollars sur 3 ans, c'est le transfert numéro 1 de l'intersaison, et Mozyakin a eu le mérite de ne pas cacher que son choix avait été dicté par l'argent.

Mozyakin aura à ses côtés le centre qui incarne le mieux le hockey créatif à Magnitogorsk (les Canadiens l'ont vu au Mondial avec son but en dribbles en infériorité) Aleksei Kaïgorodov. Les deux techniciens se sont vus adjoindre le finisseur Konstantin Glazachev, qui obtient ainsi une chance idéale de briller dans un grand club.

En plus de sa technique, l'attaque du Metallurg dispose d'atouts variés avec la vitesse d'Aaltonen et Lisin, la puissance de Mikhnov et But, ou encore l'expertise de Rolinek pour neutraliser les meilleurs trios adverses. Magnitka a donc les moyens d'être non seulement offensif dans ses intentions, mais également efficace.

 

L'entraîneur qui avait longtemps mis en place la tradition de la passe à Magnitogorsk, c'est Valeri Belousov. Il souhaitait prendre une année sabbatique, mais a été recruté en milieu de saison dernière par un autre grand club ouralien, le Traktor Chelyabinsk . C'est le nouveau gouverneur de la région, Mikhaïl Yurevich, qui l'a personnellement convoqué à ce poste. Yurevich s'est investi encore plus cet été en donnant un budget pour faire du Traktor une nouvelle puissance capable de gêner les quatre gros habituels de la conférence est (Kazan, Magnitogorsk, Ufa, Omsk).

De sa fin de saison dernière, Belousov a conclu que la seule raison qui a fait manquer les play-offs est le gardien. Selon lui, Daniil Alistratov - le petit-fils du précédent gouverneur... - avait été mis numéro 1 beaucoup trop tôt et en avait subi le contrecoup quand son poste de titulaire avait été remis en cause. Belousov fonde beaucoup d'espoirs dans son nouveau gardien Michael Garnett, malgré sa saison ratée au Dynamo, qui a selon lui la même cause : l'impatience. Le club aurait en effet précipité le retour du gardien au lieu de le laisser se reposer suffisamment pour soigner correctement sa blessure à l'aine.

Alistratov a rejoint au Vityaz l'entraîneur qui l'avait lancé dans le grand bain, Andrei Nazarov, dont Belousov ne partage pas du tout la philosophie d'intégrer des juniors. Il se réfère au contraire à la coutume soviétique selon laquelle les jeunes doivent apprendre auprès des anciens. Les nouvelles générations en ont-elles la patience ? Ce principe n'est-il pas daté ?

Le champion du monde junior Evgeni Kuznetsov devrait quand même être incontournable, lui qui a réservé l'Arena Traktor pour son mariage cet été (il a même invité Ovechkin qu'il ne connaît pratiquement pas parce qu'il voulait des célébrités à la cérémonie). Pour le reste, Belousov compte certes sur des joueurs formés au club... mais surtout des vieux. Le retour de Konstantin Panov et de ses muscles était en tête de liste de ses priorités. L'ancien super-espoir russe Stanislav Chistov revient jouer dans sa ville natale qu'il avait quittée à 16 ans pour Omsk. Il en a 28.

Le nouveau capitaine inspire confiance puisqu'il s'agit du remarquable travailleur Vladimir Antipov, qui arrive du champion Ufa avec le défenseur offensif Oleg Tverdovsky. Il n'est cependant pas garanti que le Traktor puisse assumer ses ambitions. Les attaquants travailleurs suffiront-ils à compenser le manque de défenseur défensif de premier plan ? Et les deux joueurs-clés Antipov et Kuznetsov sont-ils parfaitement remis de leurs blessures respectives au genou et à l'épaule ?

 

Au jeu des chaises musicales, le Neftekhimik Nijnekamsk a dû accepter de céder son entraîneur Vladimir Krikunov à Kazan, et il a recruté à son tour un entraîneur qui était lui aussi sous contrat. Aleksandr Smirnov formait en effet un tandem avec Kvartalnov au Severstal, mais il a pu partir en bons termes pour saisir cette première opportunité comme entraîneur en chef à 46 ans.

Smirnov, élu meilleur renfort étranger de l'histoire du hockey norvégien pour ses 4 titres avec Storhamar, a été également champion du monde 1993, ainsi que champion d'Europe et double champion de Finlande avec le TPS Turku. Un beau palmarès.

Sur le banc, Smirnov a encore tout à prouver et se met pour l'instant dans les souliers de Krikunov. La stratégie de contre-attaque qui a fait le succès du Neftekhimik et usé ses adversaires ne sera donc pas remise en cause. La continuité n'est pourtant pas si facile à établir car la moitié de l'équipe a changé.

Toute la base défensive a été revue. Hormis l'international Nikolaï Belov qui sera indispensable, tous les cadres sont partis et il a fallu rechercher quelques éléments d'expérience comme Evgeni Korolev, passé par les New York Islanders dans sa jeunesse et qui en est à sa septième équipe d'élite russe. Les deux gardiens sont nouveaux : Denis Franskevich revient dans son club formateur et Tuomas Tarkki devra faire oublier sa saison ratée à MODO.

En attaque, on a cherché des vétérans pour encadrer un effectif jeune avec les arrivées de trois anciens joueurs de NHL, le centre défensif Martin Cibak, le vétéran Oleg Kvasha - frustré d'une saison entière en quatrième ligne à Magnitogorsk - et le physique Ville Nieminen. Ce dernier nom n'est pas le dernier exemple de la finlandisation qui est autant due à Smirnov qu'à la mode du moment pour le pays des champions du monde. L'ailier Oskar Osala, qui cartonnait en AHL mais n'a pas réussi à percer en NHL, a en effet ajouté ses 103 kg à la balance du recrutement.

Sur le papier, l'équipe de Nijnekamsk n'est pas la plus impressionnante... mais elle ne l'a jamais été et a souvent été performante quand même.

 

Le Yugra Khanty-Mansiysk avait surpris tout le monde pour sa première saison et avait même mené 2 manches à 1 contre Magnitogorsk en play-offs. Il est toujours dangereux de se faire trop remarquer par un adversaire puissant, car deux de ses attaquants, Mikhaïl Yakubov et Dmitri Altarev, ont justement été embauchés par le Metallurg !

Ces deux pertes ne suffisent pas à affaiblir un effectif dont la qualité principale est l'homogénéité. Dans la nouvelle capitale du pétrole russe, on ne se comporte pas en émir dépensier qui achète tout ce qui brille. On préfère investir dans les fondations. On s'est donc attaché à engager des entraîneurs compétents pour mettre en place un hockey collectif à l'ancienne.

Le seul intrus dans cette équipe de tradition russe est le défenseur suédois Tommy Wargh, formé à MODO. Pour faire son trou en Russie, il est passé par Perm en division inférieure et entame sa seconde année de contrat à Khanty-Mansiysk. On imagine la détermination qu'il lui faut car ce ne doit pas être facile tous les jours. Il est seul (sa petite amie est restée à Örnsköldsvik) et est l'unique joueur de l'équipe à ne pas parler russe. Heureusement pour lui, il s'est fait comme meilleur ami le gardien letton Edgars Masalskis qui lui traduit tout.

 

L'Avtomobilist Ekaterinbourg a bien failli être exclu de la KHL au printemps, et n'a été réadmis qu'après avoir été placé sous surveillance financière étroite. Gennadi Velichkin, le directeur historique de Magnitogorsk, a ainsi été envoyé par la ligue pour superviser tous les mouvements du club jusqu'au début du championnat.

Pour prouver que l'avenir est assuré, le gouverneur de la région Aleksandr Misharin a annoncé la construction d'une patinoire de 15 000 places pour 2013. Il a précisé que les objectifs seraient bientôt revus à la hausse. Encore faut-il que ceux de cette année - les play-offs - soient atteints, ce qui n'a vraiment rien de garanti. Pendant ces semaines d'incertitude, le club s'est retrouvé sans coach, avant d'annoncer finalement la nomination d'un ancien joueur formé au club, Ilya Byakin, champion olympique et triple champion du monde qui a en revanche tout à prouver comme entraîneur.

Les moyens dont il dispose sont limités. Son équipe a programmé moins de rencontres de préparation que ses concurrentes, à son grand désarroi. Quant au recrutement, le club a fantasmé cet été sur le retour de l'enfant du pays Aleksei Yashin, dès la nouvelle de sa mise à la porte du SKA. Mais dès que l'agent du joueur a annoncé le prix, on a vite arrêté de rêver autour du fils prodigue, qui avait quitté la ville à 17 ans. La recrue la plus prestigieuse est donc simplement Aleksandr Drozdetsky, une figure connue du championnat... qui reste cependant sur une saison quasi-blanche (6 matchs).

Le seul import est Viktor Kostyuchenok, le Biélorusse passé par la Bretagne dans sa jeunesse, et la seule recrue venue de l'étranger est Aleksei Krutov, qui a passé quatre années de LNA suisse à Zurich où il avait commencé le hockey quand son père (l'ailier gauche de la KLM) y jouait. On comprend donc vite les limites d'Ekaterinbourg, qui a dû chercher son gardien titulaire en division inférieure : Evgeni Lobanov a réussi une solide saison à Penza.

 

 

Division Chernyshev (Conférence Est)

 

"On ne garde pas un entraîneur qui gagne". Telle est la nouvelle devise de la KHL. Les huit quarts de finalistes de la dernière saison ont tous changé de coach, fait sûrement unique dans les annales du hockey ! Le champion, le Salavat Yulaev Ufa, a "montré l'exemple". Le seul moyen de justifier la non-reconduction de Bykov était de recruter le seul autre entraîneur à avoir amené le club au titre (c'était en 2008), Sergei Mikhalev. Celui-ci n'a cependant pas la réputation de faire confiance aux jeunes, et il ne lui sera pas facile de remotiver la troupe championne en titre. Surtout que les joueurs en question attendent toujours l'intégralité de leurs salaires 2010/11. On comprend mieux l'audit financier commandité cet été sur les comptes du club...

Heureusement, Mikhalev peut compter sur Aleksandr Radulov. Rejoint dans l'effectif par son frère aîné Igor, il sera plus que jamais le meneur du vestiaire, qui contamine ses coéquipiers par sa détermination sans faille. Radulov a perdu son partenaire norvégien Thoresen, mais la première ligne devrait être recomposée : Igor Grigorenko retournera à l'aile, son poste originel, et Sergei Zinoviev redeviendra le centre de Radulov, comme il y a deux ans. Avec des arrivées complémentaires comme Igor Mirnov ou Yuri Trubachev, le potentiel offensif du Salavat semble intact.

On n'en dira pas autant de la défense, qui a longtemps posé problème la saison passée. La paire Kirill Koltsov - Dmitri Kalinin avait certes parfois subi les critiques de Bykov à l'automne, mais elle avait mieux fini. L'arrivée de Vitali Atyushov, excellent passeur et organisateur de jeu de puissance, ne règle pas tout. L'agressivité de Kalinin pourrait manquer.

Il est d'autant plus risqué pour le champion de vivre sur ses acquis que ses concurrents se sont renforcés.

 

À commencer par l'Avangard Omsk, vainqueur de la saison régulière, et qui semble encore plus fort. En lui proposant un salaire à la baisse, on a renoncé de fait à Jagr, et cela pourrait être bénéfique pour que chacun prenne ses responsabilités sans être intimidé par la star ou se cacher derrière elle. Certes, une partie de l'argent économisé a dû être investi pour augmenter largement le gardien finlandais Karri Rämö et le convaincre de ne pas retourner en NHL.

Mais le recrutement a de la gueule, avec en premier lieu les arrivées d'Anssi Salmela, le défenseur n°1 des champions du monde finlandais, qui impose le respect de gré ou de force, ainsi que du vétéran slovaque Radoslav Suchy.

En attaque, Jagr est "remplacé" par Aleksandr Frolov, qui avait refusé un long contrat au SKA Saint-Pétersbourg l'an dernier pour un "petit" contrat d'un an avec les Rangers de New York, en espérant un retournement de marché. C'est exactement ce qui s'est produit : les salaires se sont de nouveau envolés en NHL où les plafonds et planchers ont été revus à la hausse... mais Frolov ne peut pas en profiter. Il est en effet dans la pire position pour un joueur en fin de contrat, s'étant gravement blessé au genou en cours de saison. Il a donc perdu son coup de poker, et l'Avangard ramasse la mise en pariant sur le convalescent qui suit un programme d'entraînement spécial. S'il n'était pas rétabli, Denis Platonov, révélé buteur l'an passé à Magnitogorsk, pourrait faire l'affaire pour convertir les passes d'Aleksei Kalyuzhny.

Si les performances de l'international tchèque Roman Cervenka ne souffrent pas trop de la perte de son "tuteur" Jagr, l'attaque d'Omsk a donc belle allure, car la ligne très complémentaire Popov-Kuryanov-Perezhogin fonctionne déjà à la perfection.

On ne serait donc pas étonné que l'année 2012 marque le retour de l'Avangard en demi-finales au moins, niveau qui n'a plus été atteint pendant quatre longues saisons. Tout autre résultat serait fatal à Rostislav Cada, entraîneur tchèque discret et exigeant qui va changer de monde après deux titres de champion de Slovaquie à Kosice.

 

Le Barys Astana se voit reprocher depuis longtemps de ne guère aider les joueurs du Kazakhstan en donnant tout son temps de jeu aux étrangers. Cette année, on s'attendait à le voir utiliser la draft de la KHL pour acquérir les droits sur Daniar Kaïrov, meilleur défenseur du pays chez les moins de 16 ans en 2010 et surtout joueur "d'ethnie kazakhe", ce qui n'est pas fréquent à l'école de hockey Ust-Kamenogorsk (Öskemen en kazakh), ville peuplée majoritairement de russophones. Son slap est certes fameux, mais ce n'est pas un espoir très connu, et le Barys a donc laissé passer sans grande crainte au premier tour de draft... et n'en a pas cru ses yeux en voyant que le SKA Saint-Pétersbourg l'avait choisi juste après, en dix-neuvième position. Du coup, il a fallu faire une transaction pour récupérer Kaïrov.

En attendant son éclosion, le Barys s'appuie plus que jamais sur les Nord-Américains. Après le défenseur Kevin Dallman, le gardien Jeff Glass et l'attaquant Brandon Bochenski, listés par ordre d'arrivée, quatre nouveaux renforts débarquent. L'un, Josh Gratton, était déjà en KHL, mais au Vityaz où il utilisait ses muscles. Son jeu rude sera exploité sur plus de facettes à Astana, équipe physique sans les excès.

Les trois autres arrivent directement d'outre-Atlantique. L'un est le défenseur américain Andrew Hutchinson, qui avait remporté la Coupe Stanley avec Carolina en 2006, mais en vivant les play-offs en tribune à cause d'une opération du poignet. Les deux autres, Nigel Dawes et Dustin Boyd, ont vécu des parcours similaires : ils étaient internationaux juniors, ils ont tout de suite marqué beaucoup en AHL, ils ont logiquement passé trois saisons de titulaire de NHL... et puis ils ont déchanté l'an passé en jouant une dizaine de matches seulement dans la ligue majeure. D'échange en échange, ils étaient devenus les armes offensives principales de l'équipe-ferme des Canadiens de Montréal, mais ce n'est pas pour ça qu'ils étaient venus. Au Barys, ils auront sûrement, comme leurs prédécesseurs, 20 minutes de temps de jeu pour faire parler leur talent offensif reconnu. Le plus gros potentiel est celui de Dawes, petit gabarit aux mains d'or qui avait été le meilleur marqueur du Mondial junior 2004.

 

Ces dernières années, le Metallurg Novokuznetsk s'affirmait comme un des meilleurs clubs formateurs de la KHL, révélant des talents comme le gardien Bobrovsky, le défenseur Orlov ou l'attaquant Kitsyn. Mais ils ont tous filé rapidement en Amérique du nord (Maksim Kitsyn est rentré cet été) tandis que les Sibériens s'engluaient en fond de tableau. Seul bénéfice de ce piteux classement : pouvoir choisir tôt à la draft KHL. Encore faudrait-il que celle-ci serve à quelque chose. On peut en douter quand on voit le 2e choix absolu dépensé pour rien en 2010 pour le petit génie finlandais de la défense Sami Vatanen, qui a resigné au JYP Jyväskylä malgré l'insistance du Metallurg pour le faire venir en Russie.

Le choix numéro 1 avait échu à Novokuznetsk cette année, et beaucoup escomptaient que le club "court-circuiterait" l'exercice comme la plupart de ses confrères en sélectionnant... un de ses propres joueurs. On n'est jamais mieux servi que par soi-même, ce qui évite de payer un dédommagement à l'équipe d'origine. Pourtant le manager Leonid Weisfeld a opté pour Anton Slepyshev, venu de Penza, et n'a donc pas protégé son gardien Nalimov, sur qui le SKA a mis la main. Une opération blanche comptablement - les compensations financières sont identiques pour tous les joueurs retenus au premier tour - mais qui a fait râler en ville, où l'on ne comprend pas que l'on ait pu laisser partir l'enfant du pays Nalimov, en qui l'on voit un nouveau Bobrovsky. Weisfeld voyait les choses autrement car il se trouvait déjà pourvu en jeunes gardiens.

De toute manière, les jeunes ne devraient plus constituer la colonne vertébrale de l'effectif, car le Metallurg Novokuznetsk n'est plus le parent pauvre de la KHL. Sa masse salariale lors de la saison écoulée a été inférieure au plancher fixé par la ligue, ce qu'elle n'autorisera plus sous peine d'exclusion.

Cette année, aucun risque que ça arrive car les recrues ne seront sûrement pas payées en kopeks. Le nouveau président Sergei Kuznetsov, gouverneur délégué de la région à l'industrie et au transport, a mobilisé des moyens : l'attaquant défensif Sergei Brylin, triple vainqueur de la Coupe Stanley, et Randy Robitaille, 531 matches de NHL et meilleur marqueur de LNA suisse en 2010, ont débarqué à une semaine du début de saison.

Brent Sopel avait auparavant été le premier à oser. Ce défenseur avait accompli un rôle important dans la conquête de la Coupe Stanley par Chicago en 2010, apprécié des fans tant il se jetait devant les lancers adverses. Payé 2,3 millions de dollars par an, il avait été victime du dégraissage de l'équipe championne qui explosait la masse salariale. Un an plus tard, son contrat terminé ailleurs (Atlanta puis Montréal), il espérait que Chicago le recontacte pour le reprendre à un salaire moins contraignant, mais son téléphone n'a jamais sonné. Il est donc parti en Sibérie, et ne reverra pas sa famille et sa femme, qui tient un blog appelé hockey widow ("veuve du hockey", terme utilisé pour désigner les épouses canadiennes délaissées pendant les play-offs) avant un rendez-vous pris en novembre à Paris pendant la trêve internationale.

 

Andrei Tarasenko, entraîneur du Sibir Novossibirsk, avait expliqué qu'il ne regretterait qu'un seul départ, celui de Stefan Liv. Le Suédois s'est vite imposé comme un des meilleurs gardiens de KHL, et il a donc été recruté par un top-team. Malheureusement, il s'agissait du Lokomotiv Yaroslavl, et il s'agit donc d'un "grand départ", tragiquement définitif. Effectivement, on regrettera Liv. Le "distrait" s'en est allé, et tout le monde le regrettera. David Petrasek, le défenseur qui l'a côtoyé pendant des années glorieuses au HV71, est parti en Suède pour l'enterrement.

Tous les autres départs auraient donc été souhaités par le club. Dans le cas de Ville Nieminen, selon Tarasenko, "il a très bien joué cette saison, mais nous avons notre propre vision du jeu d'ailier. Il ne correspond pas tout à fait à notre style le jeu, et le garder aurait présenté un risque". Dont acte. Mais le club a perdu ses deux meilleurs marqueurs - et de loin - Mirnov et Nieminen, sans que l'on parvienne à deviner comment il compte les remplacer. La qualification en play-offs paraît difficile à répéter. Le fils Vladimir Tarasenko, maintenant international, devra franchir un palier supplémentaire. Il sera en première ligne, où l'autre ailier sera Jonas Enlund, déjà prolifique en pré-saison avec 10 buts.

Jori Lehterä, qui a perdu sa place en équipe de Finlande, est le nouveau meneur de jeu. Il avait été critiqué pour ses mauvaises performances en play-offs, mais aujourd'hui, il n'en a probablement cure. L'an passé, c'est en effet au Loko qu'il évoluait. Même si le Sibir régresse au classement, Lehterä sera content de vivre cette saison. Vivre, le mot le plus important, celui dont n'ont pas pu bénéficier ses ex-coéquipiers. Psychologiquement, la catastrophe laissera aussi des traces à Novosibirsk.

 

L'Amur Khabarovsk a longtemps misé sur les Nord-Américains, rompus aux longues distances et à qui les voyages en avion ne font (faisaient, avant le drame de Yaroslavl ?) pas peur. Leur dernier représentant, le gardien Yann Danis, est reparti en NHL : il a signé chez les Edmonton Oilers car cela lui paraissait un des rares endroits où il aurait une chance en numéro 3, derrière le fragile Khabibulin et l'inexpérimenté Dubnyk.

Son successeur est Jan Lasak, mais le champion du monde 2002, dont la carrière va cahin-caha depuis plusieurs années, a-t-il encore assez de forces pour tenir en KHL ? C'est la grande inconnue, même si la défense a reçu un renfort sûr avec l'international finlandais Mikko Mäenpää, retranché juste avant les derniers Mondiaux, ceux qu'il ne fallait pas rater malheureusement pour lui.

Le club d'Extrême-Orient a surtout placé ses espoirs sur un trio tchèque. Martin Ruzicka, qui a pulvérisé tous les records dans les play-offs d'Extraliga tchèque à Trinec, a surpris en choisissant Khabarovsk plutôt que des gros clubs de KHL ou des propositions de NHL. Outre l'évident avantage salarial (la "prime de déplacement" en quelque sorte), c'est un joueur qui a besoin de gros temps de jeu pour s'exprimer. Il ne pouvait en trouver qu'aux bords du fleuve Amour, où il devait former la première ligne avec Jakub Petruzalek et Petr Vrana, deux joueurs de la dernière génération tchèque médaillée aux Mondiaux juniors (c'était en 2005).

Seulement voilà, Ruzicka est annoncé blessé jusqu'en novembre. Sans son meneur, l'attaque de Khabrovsk risque de ne pas faire peur à grand monde, comme d'habitude.

 

Marc Branchu

 

 

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