Gap en missionnaire à Marseille

 

Lorsqu'une patinoire est reconstruite, la hantise principale d'un club de hockey sur glace est de devoir s'exiler pendant les travaux. Comme la glace est une denrée rare en France, tout club privé de son enceinte habituelle doit prendre la route. Tout le monde est passé par là. On se souvient d'Amiens allant à Compiègne à cause des malfaçons originelles du Coliseum, ou de Rouen parti au Havre. Mais en montagne, les temps de parcours sont beaucoup plus longs pour des distances comparables.

Un handicap pour Gap... une aubaine pour le hockey français ?

Le plus important, c'est donc de disposer au moins d'une glace pour s'entraîner et surtout pour les jeunes du club, auxquels on aurait difficilement imaginé imposer les trois quarts d'heure de route vers Orcières-Merlette. Les travaux réalisés cet été ont atteint leur objectif : la nouvelle piste est prête, entourée de balustrades... et de bâches qui masquent l'immense chantier qui se tient autour. Cette configuration, avec des vestiaires dans des Algeco, est suffisante pour l'entraînement, et elle permet que toutes les équipes puissent pratiquer leur sport normalement, avec quelques contraintes de calendrier pour regrouper les séances l'après-midi.

Les seuls à subir l'exil sont donc les seniors, puisque la nouvelle piste isolée ne permet pas d'accueillir du public. Les rencontres de Coupe de la ligue, en semaine, se tiennent donc "au plus près" chez le voisin Briançon, alors que la Ligue Magnus, le week-end, est organisée dans la capitale régionale Marseille. Le hockey ramène généralement Gap à ses racines dauphinoises, mais cette fois il le relie à son identité provençale. C'est l'occasion de voir si entre le "P" (Provence) et le "A" (Alpes) de la région PACA, on se sent une identité commune.

Si cet exil est astreignant logistiquement et coûteux financièrement pour Gap, il constitue une opportunité idéale à l'échelle de tout un sport. Depuis l'ouverture du Palais de la Glisse et de la Glace à Marseille, chacun se demande comment utiliser cette magnifique enceinte de 5600 places, dont tant de villes de hockey rêvent, mais qui a été placée dans la cité phocéenne, la plus improbable à conquérir dans tout le pays, tant elle ne jure que par le football. Un premier test a eu lieu avec France-Italie qui a rempli la salle à moitié en décembre dernier. Mais un évènement ponctuel ne gage pas d'une fidélisation sur la durée. Le public marseillais peut se montrer curieux, mais saura-t-il se prendre de passion pour ce sport venu du froid ? Impossible de l'affirmer. Et qui voudrait s'investir pour monter une équipe de haut niveau à Marseille sans que ce doute ne soit levé ?

En venant passer une saison dans la capitale provençale, les Rapaces de Gap rendent ainsi un fier service à tout le monde. La synchronisation est en effetidéale. Les "Gabians" de Marseille se sont inscrits pour la première fois en division 3 cette saison, et c'est Gap qui fournit la grande majorité de l'effectif en prêtant ses juniors. Dans tous les cas, les Haut-Alpins laisseront donc un legs après leur passage. D'ici un an, les Marseillais auront à la fois pu observer le haut niveau et constituer les bases de leur propre équipe.

Malheureusement, les premières conclusions de cette saison-test pour l'avenir du hockey à Marseille laissent perplexe. L'an passé, pour la dernière journée de la saison régulière, la "répétition générale" Gap-Grenoble avait rassemblé 2300 personnes, mais il y avait Grenoble, qui fait toujours descendre du monde. à eux seuls, les Rapaces en ont moins la capacité. Ils affrètent certes un bus pour leurs supporters, mais ne mobilisent pas encore les foules dans leur ville d'adoption. Malgré les prix abordables et les tarifs "groupe" mis en place, les premières rencontres se sont jouées devant un millier de personnes seulement. Tout juste de quoi rentrer dans ses frais. Il faut espérer que l'arrivée de l'hiver donnera plus envie aux Marseillais de fréquenter la patinoire. Le temps ne s'y prêtait guère jusqu'ici.

Même défense, nouveaux gardiens

Si la saison 2011/12 marque la conquête d'un territoire nouveau autour de la glace, elle doit aussi être la consolidation de la position occupée de haute lutte la saison dernière. Inattendus troisièmes de la saison régulière, les Gapençais ne bénéficieront plus cette fois de l'effet de surprise. Les adversaires se méfieront du système défensif de Patrick Turcotte, élu entraîneur de l'année par ses pairs.

Un système qui a fait briller Ronan Quemener, pleinement éclos au haut niveau et parti du même coup à Grenoble. Les Rapaces auraient pu pâtir de la perte de leur gardien, mais ils se sont rapidement convaincus d'avoir trouvé un remplaçant au moins équivalent.

Mike Zacharias, né dans le Minnesota, est allé à l'université à moins de 150 kilomètres de chez lui, une paille sur le continent américain, à la Minnesota State University, dont il a été élu MVP durant deux saisons. Il a ensuite signé son premier contrat pro en ECHL avec les Ontario Reign (Ontario étant une ville californienne et non l'État canadien). Zacharias était le second gardien dans la hiérarchie, mais son entraîneur le faisait entrer en jeu à chaque séance de pénaltys, preuve de la confiance témoignée dans ses capacités en 1 contre 1. Lors de sa seconde saison professionnelles, les franchises d'Idaho et d'Ontario l'ont laissé partir, avant qu'il ne réussisse une bonne fin de saison en Floride où il a retrouvé Greg Poss, l'ex-sélectionneur de l'Allemagne, recruté l'été précédent comme entraîneur par les Florida Everblades après avoir été assistant-coach bénévole à Ontario. à 26 ans, Zacharias tente maintenant sa première expérience à l'étranger. Le second gardien est également une recrue, puisque l'international U18 Julian Barrier-Heyligen remplace Adrien Fenart.

Le nouveau venu Zacharias a l'avantage de prendre une place derrière une défense presque inchangée. Milan Tekel en est toujours le meneur, bien complété par le plus défensif Jakub Suchanek - photo de gauche - qui devra cependant faire attention aux pénalités qu'il a accumulées avec excès l'an passé. L'autre joueur physique, Justin Vienneau, a comprativement mieux su se canaliser. Il fera la paire avec Alexandre Cornaire, qui n'a jamais quitté le club et devient la figure locale de ralliement après la retraite de Romain Moussier. Il a d'ailleurs hérité d'un "A" sur son maillot.

La seule modification en défense est le départ de Ryan Jorde, remplacé par un nouveau Tchèque : Jan Kudrna, ancien de l'élite tchèque et slovaque, est le nouveau représentant de la filière "Tabor", cette ville tchèque d'où venait Rambousek et où Gap a encore passé son stage de pré-saison. Il fera équipe avec le discret mais fidèle Matus Luciak.

Des Jokers en attaque

L'attaque a connu un peu plus de retouches. Il fallait évidemment remplacer le buteur Rane Carnegie, renvoyé juste avant les play-offs et confirmant ainsi sa réputation de joueur problématique dans le vestiaire. Son remplaçant a un CV moins fourni, puisqu'il n'est pas passé par le junior majeur : Cody Campbell a en revanche fini cinquième marqueur de la solide ligue junior A de Colombie-Britannique (BCHL) en 2008. Cela lui a permis de rester éligible dans le hockey universitaire américain, dont le règlement intransigeant sur l'amateurisme bannit les prébendes donnés aux joueurs de junior majeur. Il a donc été recruté par la seule université de division I située dans un État du sud des États-Unis, Alabama-Huntsville. Il y a été l'attaquant le plus complet pendant deux ans, avant d'être rattrapé par la patrouille de la NCAA.

Campbell a en effet été interdit de match officiel parce qu'il avait suivi des cours de niveau universitaire chez lui au Canada en 2005/06, avant de mettre entre parenthèses ses études en rentrant en junior A car le calendrier était trop dense. La NCAA considérait qu'après cinq années universitaires (même s'il y a eu un trou au milieu) un étudiant devait avoir un diplôme ou devenir inéligible. Son équipe a tenté de faire appel, en vain. Campbell s'est entraîné en rongeant son frein. En manque de compétition, Campbell en a vite retrouvé le goût en étant placé en première ligne. Il apporte de la vitesse et de l'énergie, et complète donc bien le talent offensif de Jiri Rambousek - photo de droite - et le gabarit massif de Jiri Jelen.

On peut considérer que la deuxième ligne est totalement nouvelle, puisque Mikko Palotie n'a presque pas joué la saison dernière. Comme il avait pris sa licence à Gap, le Finlandais a cependant pu faire un retour-surprise en fin d'année quand sa blessure au pied s'est guérie un peu avant terme. Le duo Roche-Uronen est remplacé par deux anciens Jokers de Cergy, qui ne se sont cependant pas côtoyés. Sébastien Gauthier est en effet parti l'été dernier pour Brest, où il a conservé son statut de troisième meilleur compteur de la division 1.

Au même moment arrivait dans le Val-d'Oise Stanislav Lascek, après une carrière où il aura tout connu, des fastes du junior majeur à Chicoutimi (une saison à 135 points) à l'adieu au hockey de haut niveau lorsqu'il était parti rejoindre de la famille en Irlande. Doté d'un potentiel technique très élevé, Lascek peut trouver dans les montagnes des Hautes-Alpes (où il avait séjourné quand il jouait le trophée des petits champions avec son club formateur Martin) un environnement favorable pour se stabiliser enfin. Son problème n'est pas l'indolence parfois reprochée aux joueurs de l'est : il est au contraire engagé à la limite et assez extraverti sur la glace. Il faut simplement que ses options de jeu correspondent à celles de l'équipe pour qu'il puisse pleinement exprimer ses talents de créateur.

Le petit Canadien Jean-Charles Charrette recule en troisième ligne pour reprendre la mission de capitaine dévolue depuis trois ans à Romain Moussier, qui a préféré mettre un terme à sa longue carrière - passée entièrement à Gap à deux ans près - pour ne pas faire la saison de trop. Charrette est accompagné du Franco-Canadien Jérémie Paradis, qui a prouvé sa valeur en Magnus l'an dernier en arrivant de division 2, et du jeune Mathieu André, qui récupère la place de titulaire laissée vacante par le départ de Correia.

L'effectif gapençais garde donc sa valeur, mais après avoir dépassé toutes les espérances l'an dernier, ne risque-t-il pas de subir le contrecoup comme cela avait déjà été le cas en play-offs ? Attendus sur toutes les glaces du pays, les Rapaces s'attendent à une saison difficile à cause de la fatigue des déplacements continuels pour jouer le moindre match.

Tout en gardant un discours de vainqueur avant chaque match, l'entraîneur Patrick Turcotte sait bien que réitérer le podium de la saison régulière sera impossible et se veut prudent dans le pronostic : "Nous ne savons pas où nous situer par rapport aux autres équipes cette saison. On ne sait pas si on est dans le milieu ou plutôt le bas du tableau. Il faut changer les habitudes : à Gap tout le monde a l'habitude de dire qu'on va jouer le match nul. Mais au hockey, tout est possible, on va chercher des points partout." Y compris à Marseille...

Marc Branchu (avec Clément Vaillant pour les propos du coach)

 

 

Effectif :

Gardiens

N° NOM Prénom           Naissance    cm  kg  Club formateur     Club & Ch 2010/11   MJ   Min   Moy.  Pén
 1 ZACHARIAS Michael    21/05/1985  179  83        (Américain)  Id/Ont/Flo  ECHL    40  2195   3,06   0'
33 BARRIER-HEYLIGEN J.  28/01/1983  179  79  Saint-Nazaire      Angers U22  FRAjr

Défenseurs

N° NOM Prénom           Naissance    cm  kg  Club formateur     Club & Ch 2010/11   MJ   B   A Pts   Pén
 9 CHARPENTIER Martin   21/01/1993  183  72  Épinal             Épinal      FRA-1    5   0   0   0    0'
10 CORNAIRE Alexandre   29/11/1982  174  73  Gap                Gap         FRA-1   37   2   5   7   48'
13 KUDRNA Jan           01/07/1975  180  87          (Tchèque)  Tabor       TCH-2   43   7   9  16   36'
24 LUCIAK Matus         24/10/1983  180  79         (Slovaque)  Gap         FRA-1   37   1   2   3   46'
23 SUCHANEK Jakub       16/11/1984  195 105          (Tchèque)  Gap         FRA-1   36   5  11  16  144'
52 TEKEL Milan          18/06/1975  178  80         (Slovaque)  Gap         FRA-1   31   7  12  19   50'
71 BARIDON Jérémy       01/12/1991  178  74  Gap                Gap         FRA-1   33   0   0   0    4'
78 VIENNEAU Justin      20/02/1986  193  98         (Canadien)  Gap         FRA-1   31   1   9  10   42'

Attaquants

N° NOM Prénom           Naissance    cm  kg  Club formateur     Club & Ch 2010/11   MJ   B   A Pts   Pén
 8 LASCEK Stanislav     17/01/1986  185  88          (Tchèque)  Cergy       FRA-2   25  17  30  47  102'
11 FRIBAULT Bertrand    09/08/1991  182  73  Angers             Angers U22  FRAjr   22   8   9  17   79'
12 GAUTHIER Sébastien   06/08/1986  180  90         (Canadien)  Brest       FRA-2   31  30  38  68   16'
14 ANDRÉ Mathieu        14/02/1990  173  65  Gap                Gap         FRA-1   31   1   1   2    0'
17 PARADIS Jérémie      19/09/1986  179  77    (Fra./Canadien)  Gap         FRA-1   37   9  10  19   30'
18 CHARETTE J.-Charles  20/04/1982  169  79         (Canadien)  Gap         FRA-1   37  11  14  25   34'
22 CAMPBELL Cody        21/05/1987  176  76   (Brit./Canadien)  U. Alabama  NCAA     0
25 RAPENNE Anthony      16/11/1991  180  68  Épinal             Épinal      FRA-1   27   1   0   1    0'
40 PALOTIE Mikko        14/11/1985  173  75       (Finlandais)  Gap         FRA-1   11   2   3   5    2'
55 RAMBOUSEK Jiri       06/12/1980  177  80          (Tchèque)  Gap         FRA-1   37  22  22  44   18'
97 JELEN Jiri           29/10/1977  182  92          (Tchèque)  Gap         FRA-1   37  15  18  33   52'

Entraîneur : Patrick Turcotte (39 ans).

Départs : Ronan Quemener (G, Grenoble), Adrien Fenart (G), Ryan Jorde (D, 0+2), Romain Vitali (D, 0+2), Ryan Carnegie (A, 23+19, Saint-Georges, LNAH), Sean Roche (A, 13+11, arrêt), Jesse Uronen (A, 11+13), Julien Correia (A, Strasbourg, 8+10), Romain Moussier (A, 3+12, arrêt), Jonathan Piras (A, 0+1, Lyon), Dimitri Thillet (A, 1+0, Villard-de-Lans).

 

Revoir la présentation 2010/11

 

 

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