Suisse 2009/10 : bilan

 

Résultats du championnat suisse

 

Ligue Nationale A

 

Premier : Berne. Le SCB a cette fois su gérer l'énorme pression populaire, née d'une "interminable" attente de six ans, date du dernier trophée ramené par les Ours. Une éternité à l'échelle de la capitale fédérale, où les précédents contingents étaient toujours taillés pour le titre... sans pour autant avoir l'étoffe de champions. Cette saison, avec Larry Huras aux commandes, la donne a changé. Les coéquipiers de Martin Plüss ont cette fois transposé leurs bonnes dispositions de la saison régulière en playoffs, s'annonçant en favoris légitimes. Face à des Genevois privés de Tony Salmelainen suspendu, les joueurs de la capitale ont assumé leur statut en s'imposant 4-1 au septième match.

Pourtant, le défi présenté à Larry Huras en début de saison se voulait colossal. Berne, qui restait sur deux excellentes saisons régulières, s'était à chaque fois fait sortir au premier tour des playoffs. John Van Boxmeer, qui a gagné le plus de matches en trois saisons que n'importe quel autre entraîneur bernois avec 115 victoires en 173 rencontres, avait payé au prix fort ces échecs à répétition en séries.

Oui, Huras était bien le chaînon manquant. Sa psychologie, diamétralement opposée à celle de son prédécesseur, a permis une meilleure gestion de son contingent. Finis les clans dans le vestiaire. Finis les difficiles renouvellements de génération, avec les responsabilités données aux Pascal Berger, Étienne Froidevaux et Tristan Scherwey, qui furent partie prenante de ce sacre tant attendu. Mais pas autant que Roman Josi, qui a encore pris une nouvelle dimension cette saison en s'affirmant comme un véritable leader. Autant défensif qu'offensif d'ailleurs. Le jeune prodige bernois, qui va rejoindre les Nashville Predators à la rentrée, fut l'une des individualités marquantes cette saison. Comme le fut Ivo Rüthemann, auteur de deux buts libérateurs en finale. Comme le fut aussi Christian Dubé, longtemps blessé cette saison.

Marco Bührer a fait taire des détracteurs en réussissant ses phases finales devant le filet, ce qui n'a pas toujours été le cas ces dernières années.

Vu la richesse de son contingent, le SCB dépendait donc moins de ses renforts étrangers. Après avoir passé de longs mois en tribunes, Simon Gamache a fait un retour fracassant en playoffs mais c'est en finale que le blondinet a retrouvé tout son mordant... à tous les sens du terme ! En mordant Thomas Déruns lors de la deuxième manche, Gamache est devenu l'ennemi public numéro un des Genevois, qui n'ont pas digéré l'impunité de son geste (alors que Salmelainen, pour une charge dangereuse sur Froidevaux, a pris quatre matchs de suspension...). Brett McLean est quant à lui venu renforcer l'arsenal offensif en automne, s'ajoutant à un Lee Goren échangé avec Färjestad contre le décevant Lubos Bartecko. Jean-Pierre Vigier a parfaitement rempli son rôle, celui d'un role-player de luxe, dont l'énergie communicative a déteint sur tous ses coéquipiers. Travis Roche a lui tenu son rang à l'arrière, au sein d'une défense de fer, ce qui reste la marque de fabrique du club bernois.

Avec ce troisième titre suisse (après ceux glanés avec Zurich en 2001 et Lugano en 2003), Larry Huras vient peut-être de relever le plus grand défi de sa carrière d'entraîneur...

 

Deuxième : Genève-Servette. "HC McSorley" ou "McServette" ? Les médias, qu'ils soient romands ou alémaniques, ont encore pu donner libre court à leur créativité. Plus que jamais, Genève-Servette se confond avec son homme à tout faire, à la fois entraîneur, actionnaire, manager et accessoirement bête noire récurrente des arbitres d'Helvétie. Mais surtout son inspirateur, qui a su redonner de la rigueur et de la constance à ses troupes, qui en avaient cruellement manqué l'an passé.

Un perfectionnisme qui a fait merveille. "Notre entraîneur n'hésite pas à élever la voix à l'entraînement même quand nous gagnons. Il crie même plus fort pour que nous ne nous endormions pas sur nos lauriers. Moi j'aime bien ça !" avouait même le défenseur John Gobbi, dont l'avis est partagé par tout le monde. Sauf peut-être le gardien Gianluca Mona, éjecté par le "boss des Vernets", qui venait d'accueillir un certain Tobias Stephan, qui a fait le métier devant le filet en signant des playoffs de haute volée.

Passés déjà tout près du sacre en 2008, lors d'une finale frustrante face aux ZSC Lions, les hommes de Chris McSorley n'ont pas manqué l'occasion de revenir en finale après une saison régulière très convaincante, où seul Berne, sur la durée, fut en mesure de rivaliser. Un constat qui s'applique également en play-offs où les Aigles, pas épargnés par les pépins tous genres (blessures de Savary et Toms, suspension de Salmelainen), ont fait fi de l'adversité pour pousser Berne dans ses derniers retranchements.

Cette fois, tout le monde s'est fondu dans le moule, même si quelques individualités ont transpiré de ce collectif haut de gamme. Daniel Rubin, Florian Conz et Reto Suri ont pris une nouvelle dimension, participant davantage à l'effort offensif. Moins dominateur que l'an passé, Juraj Kolnik y est tout de même allé d'un quintuplé décisif en demi-finale face à Zoug, tandis que Jeff Toms s'est relativement vu épargné par les blessures. Le grand défenseur tchèque Marek Malik, recruté en cours de route, a fait valoir son expérience incomparable du haut niveau malgré deux "boulettes" en playoffs, dont une lourde de conséquence au match 4 de la finale puisqu'elle offrait le but décisif à Ivo Rüthemann.

Mais une ligne s'est tout particulièrement dégagée cette saison. Celle de Tony Salmelainen, Paul Savary et Thomas Déruns. Un trio qui a donné pleine mesure à son potentiel malgré quelques petits passages à vide en playoffs. Salmelainen a fait parler sa vivacité et sa rapidité d'exécution aux côtés d'un Déruns ayant clairement pris une nouvelle dimension. Avec son intensité caractéristique, le colosse neuchâtelois n'était pas spécialement reconnu comme une "gâchette" mais plutôt comme un ailier d'impact. Cet hiver, Déruns s'est mué en leader offensif à part entière, méritant d'être assimilé à un "cinquième étranger" tant ses qualités de finisseur se sont développées. Il s'est d'ailleurs fendu d'un but exceptionnel, lors du quatrième match de la finale, partant ligne de fond pour lever le disque en deux temps trois mouvements et ainsi le glisser par-dessus l'épaule du gardien. Un coup de génie qui a effacé le très médiatique épisode de la morsure de Simon Gamache, dans la manche précédente...

Goran Bezina, lui, a effacé six mois d'une saison un peu décevante en marquant deux fois en prolongations pour forcer la tenue d'un septième match décisif. Un match finalement perdu (1-4) mais les Grenats s'en remettront. Car l'avenir est à eux...

 

Troisième : Zoug. Peut-on dissocier Zoug de Josh Holden ? Nulle part ailleurs en LNA un club n'aura été aussi dépendant d'une seule individualité. Véritable baromètre, Holden a porté tout le poids de l'attaque sur ses épaules, passant un temps incalculable sur les glaçons, signe de son importance cruciale dans le système de Doug Shedden. Holden est impulsif, on le sait, mais le bougre a du talent. Et de l'intensité à revendre aussi. Mais, surtout, le Canadien rend les autres meilleurs. Demandez à Damien Brunner, devenu à ses côtés le meilleur compteur helvétique de la saison régulière...

Indésirable à Kloten quelques mois auparavant, Brunner s'est offert une savoureuse revanche en Suisse centrale, glanant au passage sa sélection pour le Mondial allemand. Ses débuts réussis avec la Nati augurent un avenir radieux, avec ou sans l'association formée cette saison avec Josh Holden et Fabian Schnyder.

L'autre forte individualité de l'EVZ, c'est Jussi Markkanen. Un gardien étranger est toujours une curiosité dans le championnat suisse, mais le Finlandais s'est démarqué par son assurance et son parcours très singulier. Finaliste de la Coupe Stanley 2006 avec Edmonton (il remplaça Dwayne Roloson au pied levé), Markkanen a connu l'an passé, alors qu'il jouait au CSKA Moscou, l'énorme tristesse de perdre l'un de ses enfants. Loin de la Russie, loin du drame, le vétéran s'est relancé sous les ordres de Shedden, qu'il a connu au Jokerit Helsinki, en s'affirmant comme la pierre angulaire d'une défense très hermétique. Pourtant, Markkanen a failli, en demi-finales, en encaissant quelques buts "évitables" face à Genève-Servette et en perdant de ce fait son duel à distance avec Tobias Stephan.

Une lourde défaite face à ces mêmes Genevois (2-7) qui restera comme le dernier match jamais disputé au Herti, une enceinte érigée en 1967, qui sera démoli. Désormais, l'EVZ jouera à la Bossard-Arena (7 050 places) : Bossard, une entreprise familiale de vis et de boulons qui a son siège juste en face de la nouvelle patinoire, a en effet acheté le nom pour dix ans en versant plus de deux millions de francs suisses à la ville. Au départ, l'objectif de celle-ci était de vendre le nom pour cinq millions, mais le club a renoncé à sa part en recevant trois millions de la banque cantonale de Zoug, nouveau sponsor qui a posé comme condition qu'aucune autre institution financière ne vienne apposer son nom et marcher sur ses plates-bandes.

 

Quatrième : Kloten. Attendu comme un favori, Kloten n'a jamais vraiment confirmé son nouveau statut cette saison. Les attentes étaient élevées pour le finaliste en titre, qui avait misé sur la stabilité et conservé toute son ossature. Une garantie de succès, sauf que les Flyers ont rapidement perdu leur meilleur défenseur (Radek Hamr) sur blessure.

Un signe que tous les cadres zurichois, si dominants l'an passé, le furent nettement moins cette saison. Marcel Jenni, tout combatif qu'il soit, n'a pas totalement réitéré ses performances de la saison précédente. Kimmo Rintanen, le maître à jouer des Flyers, n'est plus aussi aérien mais reste parfaitement complémentaire de son compatriote Tommi Santala.

Avec quelques jeunes très prometteurs (Steve Kellenberger, Simon Bodemann ou Denis Hollenstein) et l'envol de la génération Roman Wick, Anders Eldebrink n'a pas renié l'identité formatrice de Kloten. Avec le défenseur offensif J.D. Forrest et le physique Mark Bell, qui a fait oublier le fantomatique Grant Stevenson en début de saison, le Suédois a pu compter sur deux "mercenaires" qui se sont rapidement intégrés au collectif. Comme quoi tout n'est pas si noir à Kloten, même si le "coup de balai" (0-4) administré par Berne en demi-finale laisse un goût d'inachevé.

 

Cinquième : Davos. Ralph Krueger ou pas, Reto von Arx ne reviendra plus en sélection nationale. Voilà la seule sensation du printemps à Davos, où l'on est habitué à durer plus longtemps. Pour la première fois depuis 2004, le HCD s'est fait sortir au premier tour. C'était face à Kloten, pour une revanche de la finale de l'an passé. Une série qui a basculé en faveur des Aviateurs malgré l'excellence des unités spéciales, la marque de fabrique d'Arno del Curto, qui a forgé, au fil du temps, un groupe de gagnants ayant collectionné les titres ces dernières années (2005, 2007 et 2009).

Les superstitieux n'y croyaient pas de toute façon, 2010 étant une année paire. Les plus pragmatiques non plus : Davos n'a jamais fait partie des favoris cette saison. Les Grisons ont perdu trois de leurs meilleurs marqueurs l'été dernier (Ambühl, Riesen et Sykora) et ont fait une croix sur leur meilleur attaquant, l'explosif Peter Guggisberg, à cause d'une blessure au genou. Ce dernier devait être le seul Davosien à être à Vancouver, pour la dernière de Krueger (un grand ami du HCD...). Non seulement il a dû y renoncer, mais en plus Guggisberg n'a pu participer aux playoffs. Un handicap certain pour une formation renforcée par l'arrivée d'Oliver Setzinger. Le rapide ailier autrichien, acquis de Langnau en retour d'Alexandre Daigle, a avantageusement remplacé le Canadien, qui n'était plus que l'ombre de lui-même.

 

Sixième : Zurich. Une page se tourne chez les ZSC Lions avec le départ de Sean Simpson, qui restera comme le coach de tous les succès. Jugez plutôt : champion de Suisse en 2008, champion d'Europe en 2009 et vainqueur de la Victoria Cup en septembre dernier face aux Blackhawks de Chicago. Il restera pourtant de cette saison comme un petit goût d'inachevé. Pour la deuxième fois de suite, Zurich n'a pas franchi le premier tour. Les Lions n'avaient cette fois plus l'excuse de jouer sur deux tableaux, comme l'an passé.

Sauf que cette saison, le ZSC est tombé sur plus fort que lui en poussant Zoug dans ses derniers retranchements. Ce qui n'était pas le cas, douze mois plus tôt, lors de la fessée administrée par Fribourg-Gottéron (0-4). À l'époque, les Zurichois pouvaient encore compter sur Severin Blindenbacher, aujourd'hui parti à Färjestad (Suède). Un départ non compensé à l'arrière qui n'a pas spécialement favorisé l'émergence de Lukas Flüeler devant le filet. Oui, le "jeune loup" n'a pas encore surpassé ce "vieux lion" d'Ari Sulander, qui lui a été préféré dans les matchs couperets... quitte à "sacrifier" une place dévolue à un autre renfort étranger. Au choix Jean-Guy Trudel, Peter Sejna, Domenico Pittis et même Blaine Down, toujours performant lorsqu'il est rappelé de LNB.

Pourvu d'un arsenal offensif renforcé par un Patrik Bärtschi revenu à son meilleur niveau, le ZSC était taillé pour les matchs d'attaque. Mais tout cela risque de changer l'an prochain, avec le départ de Ryan Gardner à Berne. L'arrivée de Thomas Ziegler (Berne) et le retour de Thierry Paterlini (Rapperswil) apportera aux Zurichois deux attaquants défensifs. Le rapatriement d'Andres Ambühl, qui sort d'une première expérience peu concluante en AHL (seulement 13 points à Hartford), donnera aux Lions une énergie inépuisable.

 

Septième : Fribourg-Gottéron. C'est la saison de tous les regrets pour Fribourg-Gottéron. Ceux d'avoir raté le début de saison (avec dix revers en onze journées). Ceux, aussi, de n'avoir pas conclu en playoffs, quand Genève-Servette était à sa merci, mené 3 victoires à 1 dans la série.

La déception est là pour Serge Pelletier, qui n'avait jamais disposé d'autant de moyens pour monter une équipe compétitive et très séduisante sur le papier. Problème, les blessures sont venues changer la donne et par la même pourrir le début de saison des Dragons. Blessé aux cervicales aux derniers mondiaux, Julien Sprunger n'est revenu qu'en fin d'automne. Le capitaine Sandy Jeannin, pour sa part, a souffert d'une commotion cérébrale (tout comme Andrej Bykov) qui l'a tenu éloigné des glaçons durant un certain temps. Si Sprunger est vite revenu à son meilleur niveau, étant partie prenante du renouveau fribourgeois dans la seconde moitié de championnat, Jeannin n'a jamais vraiment retrouvé ses sensations. Qu'importe, Fribourg a su s'appuyer, le temps de leurs absences respectives, sur des leaders inattendus... ou qu'on n'attendait plus.

C'est notamment le cas de Mark Mowers, qui restait sur la pire saison de sa carrière. Le vétéran américain, conservé malgré tout à l'intersaison, a ainsi retrouvé toute son efficacité, oubliant les blessures du passé aux côtés de Serge Aubin. Mowers avoue même se "trouver les yeux fermés" avec le centre canadien pour former, avec Vitaly Lakhmatov, une triplette détonante. Autre satisfaction, l'impact du col-bleu Corsin Casutt, seule véritable réussite d'un recrutement ronflant, mais au final peu rentable. Quant au colosse Shawn Heins, il a confirmé son emprise au sein d'une défense soutenue tant bien que mal par Sébastien Caron. Le portier canadien n'est plus aussi décisif qu'avant (et cela s'est vérifié en playoffs) et les pépins physiques n'y sont pas étrangers. Son avenir à Saint-Léonard est très compromis, mais il a signé un contrat NHL avec les Flyers de Philadelphie.

 

Huitième : Lugano. Philippe Bozon pouvait-il réellement transformer l'essai ? Ce Lugano était-il capable d'optimiser son potentiel après de longues, très longues semaines d'inconstance ? Toujours est-il que Kenta Johansson, débarqué fin janvier, avait rapidement ciblé le "manque de caractère" de son contingent. Un groupe séduisant sur le papier, avec des étrangers de haute volée et une flopée de joueurs suisses réputés (mais parfois décevants, à l'image du gardien David Aebischer). Pourtant, la mayonnaise n'a jamais vraiment pris même si tout n'est pas évidemment pas à jeter.

Si la défense n'a pas été la hauteur, l'attaque a quant à elle retrouvée certaines couleurs dans le sillage d'un duo d'exception. Une association Randy Robitaille - Hnat Domenichelli productive au-delà de toute espérance, surtout lorsqu'on sait d'où revient Robitaille. L'ancien top-scoreur de LNA (en 2004/05) restait sur une saison catastrophique car marquée par certains ennuis cardiaques qui ont grandement altéré ses performances. Le Canadien, fermement décidé à regagner l'estime des "tifosi", a donc gardé la confiance de ses dirigeants. Et il leur a bien rendu. Robitaille est redevenu ce passeur d'exception aux côtés d'un Domenichelli tout aussi inspiré qu' l'époque d'Ambrì. Avec ces deux-là, le jeu de puissance a atteint des sommets...

L'Américain Jeff Hamilton (46 points au compteur tout de même) et Petteri Nummelin n'ont pas autant "crevé l'écran", surtout que le feu follet finlandais a souffert d'une blessure en milieu de saison. Reste Boyd Devereaux, venu chercher un contrat que la NHL ne voulait plus lui offrir. Son profil d'attaquant-défensif était très précieux pour le pire box-play du circuit (76,2 %) et sa fracture d'une vertèbre cervicale (ramenée de la Coupe Spengler) n'a rien arrangé. Personne à Lugano n'a digéré l'impunité de la charge du Davosien Beat Forster sur Boyd Devereaux, qui a dû stopper prématurément sa saison. Et sûrement pas le président Silvio Laurenti, qui a même osé remettre en cause (sacrilège !) cette trêve accordée à la Coupe Spengler, la grand-messe grisonne des fins d'année. Un tournoi qui génère toujours d'énormes bénéfices à Davos...

Laurenti et l'ensemble du comité directeur ont tout fait pour privilégier une certaine stabilité dans l'équipe et ce malgré des performances en dents de scie. Kenta Johansson, fort d'une aura exceptionnelle à la Resega, a donc longtemps bénéficié d'une certaine clémence de son employeur. "Le coach est bon. Que peut-il faire lorsque le gardien n'arrête pas les tirs adverses, que les défenseurs jouent mal et que les attaquants ne marquent pas ?" disait Laurenti. Même son de cloche chez le défenseur Timo Helbling. "Kenta Johansson cherche sans arrêt des solutions en changeant le système de jeu, mais il a besoin de temps pour nous inculquer cette nouvelle philosophie". Chose rendue impossible par son renvoi en janvier, après cinq défaites d'affilée. D'où ce grand retour du Boz' chez les "bianconeri", qui furent des proies faciles en quarts de finale pour un Berne autrement plus consistant. Le HC Lugano a encore raté sa saison... et cela commence à devenir une très mauvaise habitude !

 

Neuvième : Rapperswil-Jona. Rien ne laissait présager que Rapperswil-Jona allait vivre une saison aussi décevante. Tout était réuni pour que les Saint-Gallois soient de sérieux outsiders avec l'arrivée d'un gardien confirmé (Daniel Manzato), d'un buteur patenté (Michel Riesen), d'un international expérimenté (Thierry Paterlini) et d'un renfort étranger réputé (le défenseur autrichien Thomas Pöck) aux côtés des Christian Berglund, Niklas Nordgren et autres Stacy Roest. Bref, on l'a compris, les Lakers n'ont pas été à la hauteur de leur potentiel, montrant rapidement d'inquiétantes faiblesses sur le plan mental.

Avec le recul, on peut voir d'un autre il la colère piquée par Raimo Summanen. C'était à Zurich, en septembre dernier, et le coach finlandais s'en était pris à ses joueurs, allant jusqu'à les insulter et les moquer à chaque nouveau but inscrit par l'adversaire. Après un pardon "diplomatique", Summanen et ses hommes ont repris leur drôle de collaboration. Jusqu'à l'inévitable renvoi du Finlandais, vingt-cinq matchs plus tard. L'arrivée du "mage" John Slettvoll n'a rien changé et les blessures de Riesen, Nordgren et Burkhalter n'ont pas arrangé le malaise offensif d'une formation pourtant bien pourvue en la matière... mais où Christian Berglund a paru bien esseulé. L'ailier suédois est un étranger dominant de LNA depuis plusieurs saisons déjà, et l'intérêt porté en cours d'exercice par divers clubs russes et suédois témoignent bien de sa qualité, même si Stacy Roest a fait légèrement mieux comptablement parlant.

L'avant-dernière attaque de LNA (129 buts marqués) a dû son salut en défense à la bonne tenue de Manzato. Avec six blanchissages, l'ex-Bâlois a "livré la marchandise", comme on dit au Québec, et pris une part active à la victoire des Lakers en play-out face à Langnau. Pas de playoffs donc, mais un duel accroché face aux Tigers et un dernier succès, au bout du suspens, grâce à Stacy Roest.

Pour l'occasion, "Rappi" a dû faire sans Christian Weber, son nouvel entraîneur, interdit de banc en raison d'un accord passé avec Langnau, son ancien employeur... ce qui n'a pas été le cas de l'attaquant Thomas Walser, venu d'Emmental en cours de saison, où il a joué trente-six matchs. Et quinze avec Rapperswil. Oui, vous comptez bien, cela fait cinquante et un matchs disputés cette saison... Pas mal pour un calendrier n'en comptant "que" cinquante !

 

Dixième : Ambrì-Piotta. Soyons réalistes : personne n'imaginait Ambrì-Piotta capable de jouer les trouble-fêtes cette saison. Pas grand monde non plus ne croyait les "biancoblù" capables d'échapper aux barrages. Et pourtant, contre toute attente, le "cancre" de la saison régulière s'est évité cette funeste destinée. Une fin heureuse qui ne masquera pas le désastre d'une campagne où seules quelques individualités (le gardien Thomas Bäumle, l'imposant Zdenek Kutlak ou encore l'infatigable capitaine Paolo Duca) ont véritablement surnagé.

Et sûrement pas le duo Westrum-Law, réputé pour avoir survolé l'AHL en 2005/06 et surtout attendu pour devenir le moteur de l'attaque. En connaissant une disette de 19 matchs, Erik Westrum n'a marqué que 26 points. Kirby Law, lui, n'a pas fait beaucoup mieux avec ses 39 points...

Benoît Laporte n'a donc pas été gâté pour son retour en Suisse. Ce coach naturellement exigeant n'a pas trouvé un terrain propice à la performance malgré la bonne volonté de ses troupes. Faute de moyens offensifs, faute d'étrangers d'impact, l'attaque léventine n'a rien montré. Avec un powerplay misérable (14 % d'efficacité) et seulement 107 buts marqués, elle fut de loin la pire du championnat. Des chiffres qui parlent d'eux-mêmes et expliquent pourquoi Ambrì, cette saison, n'a remporté que dix petites victoires. C'est toujours mieux que les quatre de l'EHC Bâle version 2007/08, mais ce n'est pas l'idéal pour attirer le public. Avec moins de 3 500 spectateurs de moyenne, la Valascia fut la théâtre des plus faibles affluences de LNA. C'est pourtant dans ce fief que les Tessinois ont montré leur meilleur visage cette saison. Un état d'esprit qui a fait toute la différence en play-out face à Bienne, contre qui Westrum a retrouvé toute son efficacité avec 10 points (dont 5 buts) inscrits en six matchs.

 

Onzième : Langnau. Le SCL a déjoué les pronostics les plus pessimistes. La crise financière que traversent encore les Tigers ne les a pas empêché de sauver sportivement leur place parmi l'élite. L'implication des joueurs ne faisait aucun doute, eux qui avaient consenti à quelques "sacrifices" salariaux pour honorer le chandail frappé du tigre. Un maillot défendu courageusement, même si Langnau n'avait évidemment pas beaucoup d'atouts dans ses manches. Ce groupe de caractère a donc fait bonne figure en saison régulière, avec une efficacité satisfaisante à l'Ilfis, où il ne fait jamais bon se déplacer. Une enceinte vétuste, certes, et même troquée, le temps d'un derby bernois, par un déplacement chez l'adversaire.

L'instinct de survie des Emmentalois fut prépondérante en barrages, face à des Biennois pourtant potentiellement (et hiérarchiquement) supérieurs. L'impact du joker canadien Brent Kelly, qui avait fini sa saison avec Olten, fut également décisive. L'arrivée d'Alexandre Daigle, plus tôt dans la saison, fut tout aussi profitable pour les deux parties. Le Québécois retrouvait une certaine efficacité en Emmental tandis que Langnau gagnait un nouveau leader offensif. De quoi faire oublier l'Autrichien Oliver Setzinger, échangé pour Daigle à Davos. Ce transfert a débouché sur une surprise de taille. Celle de voir Brendan Brooks, présenté comme un obscur "mercenaire" quelques mois auparavant, devenir top-scoreur avec des statistiques très honorables.

Avec le prêt de Benjamin Conz, qui rongeait son frein dans l'ombre de Tobias Stephan à Genève (et qui restait sur de fameux mondiaux juniors), Langnau s'est même trouvé un gardien d'avenir pour suppléer au besoin le titulaire Mathias Schoder. Sans pour autant changer la donne : Langnau restant la pire défense du championnat. Ce facteur défavorable, Konstantin Kurashev n'a évidemment pas pu l'améliorer. L'entraîneur russe, qui a succédé à Christian Weber dans la dernière ligne droite, a pourtant insufflé à ses troupes une énergie communicative. L'il du tigre...

 

Douzième : Bienne. Les nouveaux coéquipiers de Sébastien Bordeleau ont joué leur meilleur hockey à l'automne, surprenant jusqu'à devenir de sérieux postulants aux séries finales. Juste une illusion. Et puis vint l'essoufflement, forcément prévisible tant les Seelandais, tous combatifs qu'ils soient, tournaient en sur-régime. Malgré l'échec des playoffs, qui n'avait rien de dramatique en soi, Kent Ruhnke avait toutes les raisons de satisfaire son état-major. Bienne est devenu crédible pour sa deuxième saison parmi l'élite, celle de la confirmation pendant quelques mois, où un recrutement judicieux a élevé le niveau des renforts étrangers. Après une saison difficile à Berne (autant humainement que sportivement), Sébastien Bordeleau est redevenu un centre dominant en LNA. Quant à Curtis Brown, il a rapidement su se faire regretter à Kloten, où il n'était pas considéré à sa juste valeur.

Toutes ces certitudes ont volé en éclat, en play-out, face au "cancre" Ambrì-Piotta. Un bon révélateur des faiblesses seelandaises dans ce tour de relégation. Reto Berra, qui semblait s'être imposé devant le filet, a failli au même titre qu'une défense devenue approximative. C'est encore pire aux avant-postes malgré l'arrivée de Lee Jinman, un joker de luxe, et la renaissance du capitaine Emanuel Peter, dont la production offensive a chuté de moitié cette saison. Les défaites appelant les défaites, Bienne n'a même pas soutenu la comparaison avec Langnau, prenant une véritable leçon d'envie et de combativité. Le renvoi de Kent Ruhnke s'imposait aux yeux de Kevin Schläpfer, le directeur sportif, qui n'avait pas hésité à en faire de même l'an passé, évinçant Heinz Ehlers avant les barrages face à Lausanne.

Ironie du sort, c'est encore Lausanne qui est sorti du chapeau pour contester aux Biennois leur légitimité en LNA. Des Vaudois qui sont montés en puissance cette saison, allant jusqu'à ramener les Seelandais aux portes d'une LNB qu'ils ont quittée voilà deux ans, terminant à chaque fois barragistes. Cette fois encore, c'est Bienne qui a eu le dernier mot, s'imposant in extremis (3-2) au match 7 grâce à un but miraculeux de Kevin Lötscher à trois minutes du terme. Le couperet n'est pas passé loin...

 

 

Ligue Nationale B

 

Premier de LNB : Lausanne. Caramba, encore raté ! Et pourtant, le LHC n'était qu'à un succès de son objectif, en menant trois victoires à deux face à Bienne en barrages. Sauf que les Vaudois n'ont jamais pu enfoncer le clou. Une cruelle désillusion qui a précipité la chute de Gérard Scheidegger, le directeur général du club, licencié comme tous les membres du conseil d'administration par le propriétaire canadien Barry Alter...

John Van Boxmeer, qui a succédé à Terry Yake en cours d'exercice, s'inscrit lui dans une certaine continuité. "Lorsque j'entraînais à Berne, j'entendais très souvent parler du LHC. On me disait que le Lausanne devait être en LNA et que l'engouement y était très fort. Tout ceci m'intriguait. Oui, j'ai signé dans un club de LNB, mais Lausanne a l'ambition d'évoluer en LNA et les moyens financiers de s'y maintenir."

Mais voilà, le LHC devra retenter sa chance l'an prochain. D'ici-là, il aura passé une sixième année consécutive dans ce purgatoire qu'est devenue la LNB. Une division où les Vaudois ont tardé à optimiser leur (énorme) potentiel, né de plusieurs transferts ronflants. Comme les arrivées d'un "mercenaire" renommé (Tremblay) et de deux sacrés vétérans, les Genevois Igor Fedulov et Olivier Keller.

L'éviction de Terry Yake, dont les résultats étaient indignes des ambitions, au profit de John Van Boxmeer, a complètement relancé la machine. Cette réussite n'avait pourtant rien d'évidente cet automne, lorsque le LHC s'enfonçait au classement, allant jusqu'à se faire blanchir à Bâle (0-2). Le rendement de Jonathan Roy et Alexandre Tremblay, théoriquement les deux meilleurs étrangers de la division, a longtemps laissé à désirer même si les blessures ne les ont pas épargnés. Tous deux se sont pleinement retrouvés en playoffs, calquant leur efficacité sur celle du capitaine Alain Miéville, top-scoreur pour la deuxième année consécutive. Sans oublier Flurin Randegger et l'inoxydable Igor Fedulov, toujours aussi précieux à bientôt 44 ans !

Ce succès retrouvé, Lausanne le doit tout particulièrement à Gianluca Mona, dont Chris McSorley ne voulait plus à Genève. Le gardien léventin a fait plus que se relancer à Malley. Il y a retrouvé la joie de jouer au sein d'un système défensif performant, de loin le meilleur en LNB cette saison. Cette assise défensive a pourtant failli, au match 6 des barrages qui aurait été synonyme, en cas de succès, de retour en LNA.

Le nombreux public de Malley, qui avoisine les 9 000 âmes dans les grands soirs, devra encore prendre son mal en patience. L'avenir se veut malgré tout réjouissant car les perspectives de remontée sont réelles. Mais tout cela na concernera plus Anthoine Lussier puisque le Franco-Canado-Suisse va entamer, à seulement 27 ans, sa reconversion professionnelle aux services industriels de la ville de Lausanne...

 

Deuxième : Viège. Seul un Lausanne retrouvé en playoffs aura su faire capituler Viège. Les Haut-Valaisans, portés par une attaque explosive, ont survolé la saison régulière pour se hisser jusqu'en finale. L'appétit venant en mangeant, ils se sont même pris au jeu... jusqu'à rêver des barrages de promotion. C'est qu'ils n'ont pas dominé la LNB pour rien, les hommes de John Fust, qui ont décliné leur maîtrise à tous les postes. Jonas Müller a tellement surpris devant le filet qu'il a fini par suppléer Reto Lory, qui avait lui même étonné l'an passé. La défense, autour de Beat Heldstab, a fait le métier. Et que dire de l'attaque, exceptionnelle d'efficacité (224 buts marqués) avec son duo Cory Pecker - Dominic Forget. Une paire qui a fait parler la poudre (206 points à eux deux) et dopé le powerplay (25 %).

Pecker-Forget, c'était donc la combinaison gagnante, mais n'allez pas croire que Viège ne valait que par ses deux "mercenaires". Avec Tobias Bucher, Luca Triulzi et Alain Brunold, le club compte trois autres marqueurs à plus de 50 points. Avec Joël Genazzi et Tomas Dolana, les Haut-Valaisans tiennent deux autres attaquants d'impact en LNB. Dès lors, comment s'étonner de la quasi-invincibilité des hommes de Fust dans leur Litternahalle. Un bastion quasi-imprenable où Viège n'a perdu que trois fois en saison régulière. Un sanctuaire intimidant et piégeux, avec ses rebonds sournois et ses arrondis... qui le sont moins qu'ailleurs d'après le gardien sierrois Martin Zerzuben. C'est pourtant là que Lausanne a fait un pas décisif vers le titre en s'y imposant (3-1) dans le match trois de cette finale. Une défaite significative, pour Viège, offensivement impuissant à l'image d'un Cory Pecker muet tout au long de cette finale...

 

Troisième : Olten. Les Soleurois ont dignement fêté les 75 ans de leur club en ne chutant qu'en demi-finales après avoir fini deuxièmes de la saison régulière. Personne ne les attendait à pareille fête, mais ils ont pu compter sur deux "mercenaires" aussi complémentaires qu'efficaces. Le centre Brent Kelly et l'ailier Jeff Campbell, qui se côtoyaient déjà à Herning (Danemark) l'an passé, forment un duo de choc seulement égalé par l'infernal duo viégeois (Pecker-Forget).

Mais Olten ne s'est pas limité à deux bons étrangers, bien soutenus par les Pascal Annen, Remo Hirt, Diego Schwarzenbach et autres Cyrill Aeschlimann. Autant de valeurs sûres rejointes, en cours d'exercice, par le vétéran Patric Della Rossa, dont plus personne ne voulait en LNA. Urban Leimbacher est, depuis quelques années, le meilleur gardien de LNB (ou du moins le plus régulier). Olten a donc autant brillé par son attaque (la 2e derrière celle de Viège) que par sa défense (la 2e derrière Lausanne) cette saison.

Kelly et Campbell ont donc été à la hauteur même s'ils ont fortement déçu leurs supporters en s'engageant, avec Mattias Brägger, chez le grand rival Langenthal. Le Kleinholz n'a apprécié de voir ces transferts officialisés à moins de trois semaines des playoffs, où les "Power Mouse" eurent pour adversaire... Langenthal !

 

Quatrième : Sierre. Le HCS a retrouvé la recette du succès après deux saisons décevantes. Le président Epiney peut cette fois se satisfaire d'une campagne plutôt réussie, où la belle résistance de ses protégés a fait vaciller l'épouvantail (et voisin) viégeois en demi-finales. D'un avis unanime, cette réussite est due en grande partie au charisme de Bob Mongrain. Buteur de choc à Kloten dans les années 80, le Canadien a totalement changé la donne au point d'être considéré, par le manager Benoît Pont, comme "le meilleur transfert de l'intersaison".

Ce succès, Sierre le doit également à des transferts judicieux. Le Canado-Suisse Bernie Sigrist a signé la meilleure saison de sa carrière tandis que les ex-Lausannois Oliver Schäublin et Federico Lardi ont pris une nouvelle dimension à l'arrière. Ce n'est pas un hasard si Langnau a jeté son dévolu sur Lardi, pilier d'une défense soutenue par un Martin Zerzuben retrouvé dans le filet. Sans oublier Ronny Keller, pour une fois épargné par les blessures et qui a pu donner pleine mesure à son instinct offensif.

Mais que serait Sierre sans son indémodable duo Derek Cormier - Lee Jinman ? Pas grand chose assurément, même si les adducteurs récalcitrants du dernier nommé ont poussé les "Sang et Or" à recruter Jamie Wright. Un pigiste de luxe qui ne jouait plus à Francfort, en DEL, mais qui a réalisé de bons intérims aux côtés de Cormier.

Cette saison restera néanmoins comme la dernière de Cédric Métrailler dans la Cité du Soleil. Le futur banquier quitte donc la LNB sur des chiffres éloquents : plus de 300 points compilés et une fidélité sans faille à son Valais natal.

 

Cinquième : La Chaux-de-Fonds. Le HCC a raté sa saison. Ni plus ni moins. Concurrent déclaré au LHC, il avait tout d'un grand sur le papier. Un gardien d'avenir qui se conjugue déjà au présent (Antoine Todeschini), une défense théoriquement solide (avec le Français Johann Morant) et une brigade offensive qui ne l'était pas moins avec son prometteur duo québécois. Un tandem Benoît Mondou - Kevin Cloutier qui n'a tenu que seize matchs. Laps durant lequel Cloutier a ressenti le mal du pays. À 29 ans, ce centre talentueux, mais fragile psychologiquement, entamait sa première expérience outre-Atlantique. Au final, il n'aura pas supporté l'éloignement familial, laissant Gary Sheehan, son coach, dans l'expectative à la trêve internationale de novembre.

D'où l'arrivée d'un certain Karl Fournier, bien parti pour faire de gros dégâts à Neuilly-sur-Marne après ceux commis à Val Gardena l'année passée. Mais voilà, de l'A2 italienne et de la Ligue Magnus à la LNB, il y a un monde d'exigences envers les "mercenaires" que Fournier n'aura pas totalement comblées. Mondou, lui, aura su rebondir en appréciant, outre le cadre de vie, un contexte francophone qui n'était pas celui de Villach, son précédent port d'attache autrichien...

Force est de constater que le départ de Cloutier s'est avéré terriblement préjudiciable pour un HCC déjà très friable mentalement. Deuxième au 20 octobre, la "Tchaux" a ainsi subi une terrible série de quatorze défaites en vingt journées pour reculer jusqu'au sixième rang. Place qui fut la sienne à l'heure de la grande loterie des playoffs. Malgré l'impression mitigée laissée par un contingent trop rarement à la hauteur de son potentiel, les têtes de série (Viège, Olten et Lausanne) ont soigneusement évité le HCC à l'heure de choisir leur adversaire. Sierre, qui en a hérité, n'a alors pas tremblé pour expédier les Neuchâtelois en vacances prématurées. Cette campagne, qui était celle de toutes les ambitions, s'est transformée en grosse déception. Gary Sheehan aura tout tenté, mais sort fragilisé d'une saison à oublier...

 

Sixième : Ajoie. Ajoie y a cru. Ajoie y était presque. Mais voilà, les Jurassiens n'ont pas enfoncé le clou quand ils tenaient Lausanne à leur merci. Une déception pour un club toujours très régulier dans le sillage de ses étrangers Stéphane Roy et James Desmarais. Un duo indémodable, toujours très performant et farouchement défendu par son public de Voyeboeuf. Surtout lorsqu'un article du mensuel Top Hockey égratigne un tantinet Desmarais sur ses soi-disant penchants de "simulateur". Certains lecteurs n'ont pas apprécié et envoyé leurs missives, que le magazine a publié dans la rubrique appropriée. Une "tempête" dans un verre d'eau pour les Ajoulots de Réal Paiement, qui a réussi ses grands débuts de coach en Europe et officiera, à la rentrée, à Viège.

 

Septième : Langenthal. Trois top-scoreurs à 25 points seulement (Simon Moser, Eric Himelfarb et Silvan Lüssy), ça en dit long sur le malaise offensif d'une équipe. À Langenthal, les étrangers ont défilé. Certains (les Maneluk, Goldie et autres Bashkirov) n'ont fait que passer avec une mention pour Matt Murley, qui a tenu vingt-deux parties avant d'être prêté à Lugano. Le plus convaincant ne fut pas tant Cory Larose, blessé en début de saison, qu'Eric Himelfarb. En dessous de tout lors de sa pige à Lausanne, le Canadien s'est mué en leader offensif lors des playoffs aux côtés d'Alex Chatelain, surnuméraire à Berne. Deux renforts qui ont permis aux Haut-Argoviens de tenir tête à leurs voisins d'Olten au premier tour des playoffs. Depuis 2007, Langenthal n'a plus franchi ces quarts de finale. Cela pourrait changer l'an prochain, avec les arrivées de Brent Kelly et Jeff Campbell (Olten)...

 

Huitième : Bâle. La jeune garde bâloise a fait mieux que l'an passé en arrachant, in extremis, le dernier billet qualificatif pour les playoffs. Phases finales où elle n'a pas fait long feu, expédiée en quatre matchs secs par Viège. Cette progression, dans une LNB à deux vitesses, est d'autant plus notable que les Rhénans n'ont jamais pu compter sur leur paire offensive attitrée. Blessé au dos dès la pré-saison, le Finlandais Patrik Westerback a dû renoncer, laissant son compatriote Pasi Tuominen côtoyer avec plus ou moins de réussite les Magnus Gästrin, Troy Riddle et autres Greg Classen jusqu'au grand retour d'un ancien de la maison, Niklas Anger. Le longiligne ailier suédois n'a en revanche rien montré en playoffs. Une échéance que n'aura pas connu Kari Rauhanen, l'entraîneur finlandais remercié dans la dernière ligne droite et remplacé par Adrien Plavsic, un ancien de la maison.

Si les jeunes (Thomas Keller, Pascal Wittwer et Elias Bianchi) ont tiré leur épingle du jeu, le rendement des "mercenaires" fut très insuffisant. Pas étonnant de voir Bâle terminer pire attaque (111 buts en 45 parties) du circuit. Qu'importe, les "Basel Sharks" semblent nourrir de nouvelles ambitions avec le retour de Stefan Voegele et les arrivées de Jamie Wright et surtout Jonathan Roy (Lausanne). Sans oublier celle d'un certain Dany Gélinas, bien connu du côté d'Épinal, Cherbourg et Nantes. Le Franco-Canadien, jusqu'alors chargé des juniors slovènes, reste sur une expérience difficile en LNB, dans un contexte lausannois toujours très délicat, mais ses qualités de formateur seront précieuses dans la capitale pharmaceutique.

 

Neuvième : Thurgovie. Non content d'avoir accueilli le "mythique" Todd Elik, Thurgovie aura vu défiler cinq étrangers. Les jumeaux Justin et Tyler Donati, très attendus, ont déçu et sont vite repartis en ECHL. Elik, lui, est resté treize matchs, le temps de récolter 18 points... et 40 minutes de pénalités ! Restent Jamie Milam, le défenseur américain, et le vétéran Steve Brulé, une valeur sûre de la DEL (avec Krefeld) et de la LNB (Coire, Lausanne). Le Canadien est de loin de le meilleur compteur d'une équipe ayant quitté sa Bodensee-Arena et raté les playoffs d'un cheveu. Ex-æquo avec Bâle, le club de Weinfelden possédait une différence de buts défavorable avec les Sharks, vainqueurs des quatre confrontations sur les cinq prévues en saison régulière.

À la prochaine rentrée, Thurgovie pourra compter sur un nouveau "mercenaire" qui a déjà fait parler de lui dans l'Hexagone : l'ancien Mulhousien Greg Day. Le centre canadien, devenu une référence du circuit autrichien (avec Graz), sera une vraie bonne garantie au pointage.

 

Dixième : GCK Lions. Les années se suivent et commencent à se ressembler pour les GCK Lions. Si l'histoire récente a appris à tous les pensionnaires de LNB à se méfier des "lionceaux", les deux dernières saisons ont démontré un certain déclin chez les protégés de Beat Lautenschlager. Pour une fois, les Zurichois tenaient en Claudio Micheli un leader d'impact et en André Signoretti un bon étranger pour accompagner l'excellent Blaine Down. L'Italo-Canadien n'a pas fini meilleur compteur chez les défenseurs, devancé par Beat Heldstab (Viège), Jordane Hauert (Ajoie), Ronny Keller (Sierre) et Alexis Vacheron (La Chaux de Fonds).

Qu'importe, le GCK, fort de son intéractivité avec sa maison-mère en LNA, croyait avoir son mot à dire. Pourtant, les "lionceaux" ont fait de la figuration. Jamais dans le coup pour les playoffs et condamnés au dernier rang avec le retrait des Young Sprinters en cours d'exercice. La pire défense du championnat (199 buts encaissés) a mis ses nombreux gardiens à rude épreuve. Dans ce contexte délicat, le Français Rémy Rimann n'a pas brillé. Le lutin, qui survolait les compteurs avec les juniors-élite lausannois, n'a marqué que cinq fois en 47 parties.

 

Reste le cas très particulier des Young Sprinters de Neuchâtel, qui ont fait de la figuration deux ans durant avant de disparaître. Purement et simplement. C'était inévitable pour un club sans identité, sans public et surtout sans résultats. Un groupe très juvénile, car alimenté par trois clubs partenaires (Ambrì, Berne et Fribourg-Gottéron) et privé d'étrangers d'impact. Sans moyens dignes de ce nom, difficile d'espérer une quelconque compétitivité. Faute de réunir les garanties financières suffisantes, les Young Sprinters ont donc déposé le bilan, fin octobre.

Les résultats neuchâtelois ont été annulés et les joueurs dispersés au quatre vents. Certains sont repartis en 1re Ligue, d'autres ont gagné au change en rejoignant de bonnes cylindrées de LNB (comme Pascal Krebs à La Chaux-de-Fonds). Quant aux jeunes pousses "mises en couveuses" par leurs clubs de LNA, elles ont regagné leurs pénates... ou ont été prêtées ailleurs, comme le Fribourgeois Romain Loeffel (à Langenthal).

Les Young Sprinters ont donc disparu, dans l'indifférence générale. Une trentaine d'années loin du haut niveau ont suffi à faire de Neuchâtel une ville focalisée sur le football. Cela rappelle forcément le cas de Lucerne en 1998 et, bien sûr, d'un hockey bâlois asphyxié par son ombrageux voisin du FC Bâle. Cette faillite rappelle aussi le crash de Forward Morges en décembre 2005, qui s'était vu trop beau, trop vite. Coire (2002) et Herisau (1999) complètent ce tableau... Autant d'exemples démontrant toute la fragilité d'une LNB peinant grandement à se renouveler. Une division peu attractive pour les pensionnaires de l'étage inférieure, qui préfèrent leurs poules géographiques (et les derbys qui vont avec).

Jérémie Dubief

 

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