Bilan des championnats du monde 2010

 

Résultats et comptes-rendus de la compétition

 

Privés des principaux acteurs olympiques, les championnats du monde n'en ont pas moins été enthousiasmants. Le départ en fanfare des Suisses et les performances historiques de l'Allemagne et du Danemark ont donné à la compétition un grain de folie : la hiérarchie si prévisible n'aura jamais été autant bouleversée. Révolution dans le hockey mondial ! Elle s'est achevée par le renversement des tsars, les grands favoris russes avec toutes leurs vedettes, par une équipe tchèque revenue de très loin.

Ces surprises ont animé la compétition qui s'est déroulée dans une excellente atmosphère. Avec le coup du pouce du match d'ouverture dans un stade, les organisateurs ont terminé tout près du total record de spectateurs pour un championnat du monde, qui reste la propriété des Tchèques en 2004. Il leur aura manqué de meilleures affluences lors de la phase intermédiaire, trop souvent jouée devant des tribunes clairsemées. Comme les affiches ne sont pas connues à l'avance, les places font l'objet de peu de réservations.

Du grain à moudre pour la réflexion engagée depuis un an, puisque la commission sportive de l'IIHF a recueilli les contributions de chaque fédération depuis l'automne dernier pour améliorer la formule des compétitions internationales. Entre les Nord-Américains qui veulent réduire la fréquence des Mondiaux et ceux qui souhaitent deux poules de huit, entre ceux qui veulent abolir les divisions inférieures et ceux qui souhaitent les réorganiser, les idées ne manquent pas. Reste à en tirer une conclusion lors du congrès de septembre.

 

 

République Tchèque (1re) : les absents ont toujours tort

Lorsque la République Tchèque a perdu au premier tour contre la Norvège, Jaromir Jagr, qui avait décidé de refuser les interviews pour ne pas accaparer l'attention, est sorti de son mutisme et s'est lâché : "Les Výborný, Patera, Procházka, Rucinský ont gagné des championnats du monde et rendu le hockey tchèque célèbre. Grâce à eux les jeunes joueurs ont pu aller en NHL. Dommage que les joueurs d'aujourd'hui l'aient oublié. Ils devraient ouvrir la porte à d'autres aujourd'hui. Mais pour ça, chacun d'eux doit avoir une discussion avec sa conscience. [...] Reichel ! Dopita ! Les jeunes joueurs devraient embrasser le cul de ces joueurs."

Les propos ressemblaient à ceux tenus avant le tournoi par le capitaine Tomas Rolinek (en photo ci-contre avec Jiri Novotny à gauche et Miroslav Blatak au centre), quoiqu'avec un langage, disons, plus fleuri, mais le fait que Jagr les ait prononcés leur a donné un retentissement bien plus fort. Le plus célèbre joueur tchèque s'est ainsi fait le porte-parole de tout un pays pour critiquer les egos de ses collègues, même si certains font remarquer qu'il ne rangeait pas toujours le sien au placard il y a quelques années... Le numéro 68 lui-même a été dépassé par les débats suscités et a ensuite expliqué qu'il ne voulait offenser personne, mais que sa réaction avait été dictée par la crainte de voir le hockey tchèque s'enfoncer dans la crise.

Jamais le dicton "les absents ont toujours tort" n'aura été aussi avéré. Pendant que ceux qui ont dédaigné l'équipe nationale étaient pointés du doigt pour leur égoïsme, les Tchèques se découvraient de nouveaux héros. Les 2,9 millions de téléspectateurs de la finale (sur dix millions d'habitants) ont maintenant adopté les héritiers de la génération glorieuse. Tomas Rolinek, si efficace en infériorité numérique avec son complice Petr Koukal qu'il a marqué trois buts dans cet exercice particulièrement travaillé à l'entraînement, et Petr Caslava, un grand gabarit défensif qui coupe les lignes de passe et les positions de tir, sont les nouveaux cadres grâce à leur fidélité à la sélection. Et à leurs côtés, les débutants qui formaient la moitié de l'équipe ont saisi leur chance unique.

Risquant de manquer les quarts de finale pour la première fois, les Tchèques sont donc devenus champions du monde au prix d'un incroyable scénario. S'appuyant sur un Tomas Vokoun qui a retrouvé sa grande forme au fil du tournoi, ils se sont qualifiés deux fois aux tirs au but, dont une après avoir évité la défaite à huit secondes de la fin du temps réglementaire en demi-finale contre la Suède. L'auteur de cette égalisation miraculeuse ? Le "sauveur" Karel Rachunek, jeune papa d'une petite Katerina née deux jours plus tôt. Tout un symbole : lui aurait eu une vraie excuse pour décliner sa sélection mais ne l'a pas fait...

Même s'ils ont eu de la réussite, personne ne peut nier que les Tchèques aient mérité leur titre. Après leurs deux défaites concédées contre des nations "inférieures" (Norvège et Suisse), ils ont battu d'affilée les quatre premières nations du classement IIHF (Canada, Finlande, Suède puis Russie) pour conquérir ce trophée. Ils se sont rendu le chemin plus difficile, mais n'en ont que plus savouré la victoire. Ils ont empêché les Russes de réussir le triplé... et ont ainsi rendu un hommage encore plus grand à la génération des Vyborny, Patera et Procházka, qui reste toujours la dernière à avoir remporté trois championnats du monde consécutifs !

 

Russie (2e) : la victoire partie en fumée

La chronique des victoires russes en championnat du monde devenait lassante, et elle s'est donc arrêtée à 27 rencontres consécutives d'invincibilité, la plus longue série depuis l'ex-URSS. Deux époques incomparables. De nos jours, les joueurs sont plus libres de leurs mouvements, mais ils restent sous surveillance, non par le KGB mais simplement par tout un chacun. En croyant pouvoir griller une cigarette à Cologne, les vedettes russes ont déclenché malgré eux un orage médiatique. Tant que la polémique se cantonnait aux tabloïds, ils le concevaient, mais ils n'ont pas supporté que la chaîne de télévision publique Rossiya-2 se permette de diffuser la vidéo compromettante à tout le pays avant le match contre l'Allemagne.

Quand ils l'ont appris, le sang de Kovalchuk et de ses coéquipiers n'ont fait qu'un tour. Prenant de court leurs entraîneurs, les stars ont décrété un boycott de la presse le lendemain lors du match contre le Danemark. Le black-out n'a duré qu'un jour mais a été très mal vécu par les journalistes russes, au point que ceux-ci, exagérant quelque peu leur propre importance, expliquaient que ce "jour sombre" obscurcirait une éventuelle victoire.

Il est vrai qu'à cet instant on ne voyait pas ce qui pourrait compromettre un nouveau titre russe. Les jokers Pavel Datsyuk et Evgeni Malkin venaient d'arriver de NHL pour former avec Ilya Kovalchuk une ligne d'un niveau insensé, qui entrait dès son premier match au firmament du hockey. La réussite collective de ce trio contrastait en fin de compte avec la vaine obstination individuelle d'Aleksandr Ovechkin, qui n'a pas marqué un seul point dans les phases finales. Encore une déconvenue pour le supposé meilleur joueur du monde, qui a pris un coup dans les gencives en finale - photo - et est toujours accusé de ne pas faire gagner ses équipes. Sa ligne avec Fedorov et Semin n'a pas retrouvé son niveau de Québec 2008. Aleksandr Semin a été hors du coup, sans que sa pause en demi-finale ne l'aide à retrouver la forme : c'est rassurant, cela évite qu'il fasse une promotion indirecte pour le tabac !

Après avoir donné deux médailles d'or à son pays, Slava Bykov n'a donc rien gagné cette année, ni en club ni en équipe nationale aux JO puis aux Mondiaux, et il ne s'est pas fait que des amis en déclarant dans Sovietsky Sport : "La KHL a augmenté le niveau de nos adversaires. Les deux buts marqués contre nous en finale ont été inscrits par deux joueurs actuels de KHL. Il faut que la relation entre la fédération et la KHL change fondamentalement : les étrangers prennent la place des Russes, le quota sera augmenté de cinq à six et il y a même des plans pour passer à sept. Qu'attendons-nous ? Les jeunes commencent à partir outre-Atlantique parce qu'ils n'ont pas de place en KHL. Ils disent que l'on rattrape la NHL. En fait, on tombe dans un fossé profond."

La contre-attaque de la KHL a été modérée de la part de son président Aleksandr Medvedev, plus violente de la part de Fetisov qui ne manque pas une occasion de dézinguer Bykov et qui a suggéré que l'on désigne un manager à la nord-américaine (s'imaginant bien sûr occuper lui-même la fonction) pour sélectionner l'équipe et le coach. La fédération en a décidé autrement en donnant mandat à son président Tretiak pour négocier une prolongation avec Bykov (qui avait reçu un soutien important en recevant un appel téléphonique du président russe Dmitri Medvedev juste après la finale perdue, pour démontrer qu'il n'était pas "lâché" sous prétexte d'une défaite). Les modalités contractuelles restent cependant à discuter : Bykov aimerait avoir un contrat jusqu'aux JO 2014 de Sotchi, mais la fédération veut l'assortir de certaines conditions de succès.

En ce qui concerne le problème épineux de la relève, il n'est pas certain que les étrangers soient la cause du problème, par contre il est vrai que les jeunes ne sont pas considérés. Le règlement de la KHL oblige de réserver deux places sur la feuille de match à des juniors, mais dans les grands clubs comme le champion Ak Bars Kazan ou encore le SKA du président de la ligue Medvedev, on se fatigue même pas à les remplir et on préfère jouer avec un homme de moins !

Pour ce qui est en son pouvoir, la fédération russe a pris une décision : recréer une équipe B de Russie et la faire jouer pendant les trêves internationales. Est-ce pertinent ? Les autres grands pays européens utilisent aujourd'hui leurs équipes A pour tester leurs jeunes dans un contexte international, mais Bykov fait moins tourner son effectif.

 

Suède (3e) : séduisants juniors

C'est non sans un ultime pied de nez que Bengt-Åke Gustafsson quitte ses fonctions après cinq ans à la tête de la Suède. Ce temps mort superflu à une seconde de la fin était une provocation bravache de la part d'un homme qui ne sait pas encore de quoi son avenir - qu'il veut en club - sera fait (le SKA Saint-Pétersbourg avait brutalement rompu les négociations le mois dernier). Il n'aura donc rien gagné depuis 2006, et l'opinion s'est définitivement retournée contre lui durant cette dernière saison où il a été plus cynique que Domenech vis-à-vis de ses compatriotes journalistes et experts.

Il n'empêche qu'il a prolongé une incroyable série de dix demi-finales consécutives de la Tre Kronor. Cette équipe aurait peut-être pu devenir championne du monde, il lui aura manqué huit secondes pour le savoir. La finale contre les Russes aurait promis d'être intéressante, mais elle est tombée une seconde fois dans le piège tchèque.

Frustration dans le résultat, mais satisfaction dans la certitude que la nouvelle génération recèle bien les pépites attendues. Le bilan des cinq juniors est globalement très positif. Le seul qui soit passé au travers est Erik Karlsson, mais l'autre arrière évoluant déjà en NHL, Victor Hedman, a démontré son utilité au moins face aux adversaires physiques. Le meilleur a cependant été Oliver Ekman-Larsson, le plus jeune défenseur du tournoi, impressionnant de confiance pour un joueur qui n'évolue même pas en élite (Leksand).

Aux autres postes, le second gardien Jacob Markström a réussi un solide blanchissage contre la Suisse. Et, gardons le meilleur pour la fin, Magnus Pääjärvi-Svensson, sélectionné de justesse, s'est révélé un joueur de classe mondiale par son patinage époustouflant. Il a si bien réussi la transition au niveau international que cela l'a convaincu de signer à Edmonton et de faire le pas dès à présent en NHL où il pense devenir un joueur d'impact. Qui le démentira ?

Séduisante, cette équipe de Suède fraîche qui dorlote le palet donne une sacrée envie de se délecter de la Tre Kronor pour encore de belles années.

 

Allemagne (4e) : les Lyonnaises plutôt que les hockeyeurs

Ce championnat du monde représentait pour l'Allemagne un important enjeu médiatique. Le match d'ouverture dans le stade de Schalke n'avait pu être vendu aux télévisions publiques... qui avaient exigé que le coup d'envoi soit avancé de 20h15 à 17h15 alors que les billets étaient déjà imprimés ! La victoire sur les États-Unis a malgré tout été un grand évènement sportif salué par la presse.

Avec ces relais positifs, Sport 1 (ex-DSF), détenteur des droits télé, a réalisé des audiences en hausse tout au long du tournoi et battu ses meilleurs scores pour du hockey sur glace (2,5 millions de téléspectateurs pour la demi-finale Allemagne-Russie). Ceci dit, l'audience moyenne du quart de finale Allemagne-Suisse s'est établie à 1,6 million, alors que la chaîne publique ZDF attirait en même temps près de 4 millions de curieux pour voir... la finale de Coupe d'Europe de football féminin entre le Turbine Potsdam et l'Olympique Lyonnais (0-0, 7-6 aux tirs au but) ! Difficile d'exister face au foot... en tout genre.

Dans ce contexte concurrentiel, l'Allemagne ne pouvait imaginer meilleure vitrine que ce Mondial. En dépit de sa miraculeuse médaille olympique de 1976, elle n'avait atteint le dernier carré qu'une fois dans l'après-guerre, en 1953, mais quatre équipes seulement s'étaient présentées. C'est donc un exploit historique, dont le sélectionneur Uwe Krupp avait judicieusement défini les conditions : un travail de tous les instants et une grande prestation de ses gardiens, ce qui avait manqué selon lui dans les matchs-clés des JO avec Greiss. Cette fois, les trois gardiens ont livré de grandes performances, avec une mention spéciale à l'homme en forme Dennis Endras (96,1% d'arrêts), qui a même été désigné meilleur joueur du tournoi.

Poussée par son public, l'Allemagne a gagné toutes les parties décisives à sa portée (Danemark, Slovaquie, Suisse) pour accéder à ces demi-finales inespérées. Et elle y a mis la manière en faisant jeu égal par deux fois avec l'ogre russe, presque tombé dans le piège. L'arrivée du joker Christian Ehrhoff, le défenseur offensif numéro 1 que n'était pas un Alexander Sulzer commettant trop d'erreurs de relance, a été la cerise sur le gâteau. Elle a donné un leader à cette équipe travailleuse, où les anciens ont étonné : Sven Felski, qui a annoncé sa retraite internationale, et Daniel Kreutzer, qui songeait à le faire lorsqu'il n'était que treizième attaquant en préparation, ont formé la meilleure ligne avec Alexander Barta.

Le président de la fédération allemande (DEB) Uwe Harnos, qui en janvier se disait sûr de ne pas rempiler, va finalement se représenter, renforcé. La DEB a réussi des Mondiaux idéaux, au moment où la DEL se prenait les pieds dans le tapis (vert) de l'affaire Kassel. Le rapport des forces s'est inversé, alors que la ligue donnait des leçons il y a un an. Mais une de ses recommandations a été suivie entre-temps, avec bonheur : un entraîneur de club, Harold Kreis, a été intégré aux côtés de Krupp.

 

Suisse (5e) : le rêve était trop beau

Une pleine tablée de recruteurs de NHL étaient à Mannheim pour observer Nino Niederreiter, le grand talent suisse éligible à la draft cette année. Peine perdue, le gamin a été invisible à ce niveau et a fini en tribunes. Mais ils ont pu reporter leur attention sur d'autres. Par exemple sur Roman Josi, le défenseur qui s'est bien adapté au hockey international en se montrant plus prudent qu'à Berne : Nashville va lui faire traverser l'Atlantique. La vraie surprise de la Nati est cependant venue de l'énergique trio Brunner-Ambühl-Monnet : la révélation de l'année Damien Brunner, sorti de nulle part à 24 ans, est le joueur qui a le plus souvent fait la différence, même si justement il en fait parfois trop individuellement. Le patinage inlassable de ses collègues a parfaitement complété ce trio de choc.

Les débuts de Sean Simpson se sont déroulés comme dans un rêve. Invitée à adopter un style plus offensif et agressif, l'équipe de Suisse a enthousiasmé pendant sa série de quatre victoires de suite, en dominant à la régulière les Canadiens puis les Tchèques. C'était presque trop beau pour être vrai.

Trop beau, ça l'était effectivement. Déjà qualifiée pour les quarts de finale, la Suisse s'est permise de se relâcher et, en perdant cette volonté de tous les instants, elle est redevenue une équipe très ordinaire, battue par la Norvège et corrigée par la Suède. Elle pensait que sa deuxième place de poule était encore suffisante, puisqu'elle lui offrait en quart de finale l'Allemagne, qu'elle bat régulièrement. Mais face à une équipe chez elle et le mors aux dents, ce n'était plus la même musique. Les Suisses avaient perdu leur ardeur au combat alors que les Allemands ont lutté âprement pour se qualifier. Les duels entre les deux voisins se jouent à l'abnégation défensive, et celle-ci ne se retrouve pas facilement quand on croit pouvoir lâcher la bride temporairement.

Le "miracle Simpson" n'a donc pas duré jusqu'à la fin. Mais au niveau international, les miracles n'existent pas. Certains fondamentaux de l'ère Krueger restent présents : la Suisse a été invincible en infériorité numérique, mais elle s'est aussi classée avant-dernière en supériorité numérique ! Ce n'est pas parce qu'on les libère d'un carcan que les hockeyeurs suisses vont tout gagner d'un coup. Ils sont effectivement capables de grandes choses, ils l'ont prouvé pendant une semaine, mais uniquement quand ils se montrent les meilleurs dans l'envie, dans la hargne, dans les duels. Ce championnat du monde leur a fait entrevoir leur potentiel... et leur a rappelé les préalables indispensables pour l'exploiter.

 

Finlande (6e) : en panne devant la cage

La Finlande est la dernière arrivée dans le cercle fermé des grandes nations du hockey mondial, mais depuis qu'elle y est entrée, elle met un point d'honneur à être la plus stable. Elle se contente certes souvent de places d'honneur, avec un seul titre de championne du monde, mais elle ne commet jamais de contre-performance. Et quand on dit "jamais", ça veut dire jamais. La dernière fois qu'elle avait perdu dans le temps réglementaire contre une équipe ne faisant pas partie du gotha, c'était face aux Allemands, en 1993 à Dortmund, à une époque mouvante où un journaliste spécialisé local pouvait titrer avant la compétition "l'Allemagne peut-elle être championne du monde ?", une question que personne n'aurait osé poser de nos jours.

Ces dix-sept ans de régularité implacable, alors que tous les autres "grands" ont chuté au moins une fois, se sont pourtant achevés dès le premier match du Mondial face au Danemark. Le moment marquant du match a été le but de Peter Regin mystifiant le prometteur défenseur Sami Vatanen, qui portait encore des couches-culottes quand cette invincibilité avait vu le jour. Un changement de génération passe forcément par un apprentissage... Mais la cause majeure de cette défaite de la Finlande est qu'elle n'a mis qu'un but en 37 tirs.

Une inefficacité restée constante au fil du tournoi. La Finlande a terminé avec 5,2% d'efficacité aux tirs, avant-dernière de la compétition en devançant simplement le Kazakhstan ! Elle a dû suer sang et eau avant d'arriver à mettre le moindre but. Jarkko Immonen a dominé comme en KHL dans les mises au jeu (88 gagnées contre 42 perdues), mais ses deux ailiers de NHL Jussi Jokinen et Antti Miettinen n'ont pas su concrétiser. Le spécialiste patenté des penaltys Jokinen a ainsi manqué le cadre après sa feinte lors du quart de finale contre les Tchèques.

Être éliminés à la loterie des tirs au but contre le futur vainqueur n'ayant rien d'humiliant, la Finlande n'a pas fondamentalement été déçue de son Mondial. Elle sait qu'elle a traversé un creux générationnel et retrouve de jeunes talents qui doivent mûrir. Mais après la retraite internationale de Selänne, c'est surtout d'un vrai finisseur dont elle a besoin.

Comme un symbole, son meilleur marqueur a en effet été... Petteri Nummelin ! Le petit défenseur, seul joueur de l'histoire à avoir disputé quinze championnats du monde élite, est décidément entré dans la légende.

 

Canada (7e) : talentueuse mais énigmatique

Le Canada n'aura impressionné que le temps d'une démonstration en jeu de puissance contre la Lettonie, grâce aux buteurs John Tavares (qui n'a l'air de rien et se place où il faut) et Steven Stamkos, servis par le labeur de Corey Perry. Mais c'était l'arbre qui cachait la forêt de ses problèmes à cinq contre cinq.

Cette équipe canadienne a longtemps été une énigme, avant qu'on admettre simplement qu'elle n'avait pas l'étoffe. Elle a montré quelques éclairs de génie, notamment le passeur Matt Duchene, qui aurait marqué des points par rapport au décevant défenseur Tyler Myers si le Mondial était pris en compte dans le trophée Calder de meilleur rookie de la NHL pour lequel ils sont nommés. Mais elle s'est ensuite totalement éteinte, comme si la perte sur blessure de leur capitaine Ryan Smyth l'avait privée d'un repère dans le vestiaire. Les Canadiens ont perdu leurs nerfs, à commencer par le leader supposé Perry. Encore ont-ils échappé au pire : si la Norvège avait pris un point de plus contre la Lettonie, le Canada n'aurait même pas été qualifié pour les quarts de finale.

Trop jeune ? Sans doute. Dans ces cas-là, c'est toujours le manager (Mark Messier) qui est pointé du doigt pour n'avoir pas su rassembler un effectif et/ou un staff qui ferait meilleure figure. Le Canada ne peut pas gagner avec un gardien qui n'a pas de doublure valable quand il fléchit (Chris Mason). Il ne peut pas non plus gagner lorsque son jeu collectif n'est pas au niveau. Le talent était là, pas le métier. Ces joueurs qui représentent le futur du Canada ont appris à perdre, quatre fois en deux semaines. Une bonne expérience pour apprendre malgré tout ? Peut-être. On ne le sait plus. Le bilan sportif - la deuxième plus mauvaise place du Canada dans l'histoire - a été reléguée au second plan par la polémique.

L'allumette est venue d'un article signé de Szymon Szemberg, ancien journaliste et aujourd'hui directeur de la communication de l'IIHF. Après le refus de Crosby de venir comme joker, il a publié sur le site officiel un article offensif : "Comment un joueur de hockey juste éliminé des play-offs peut-il être fatigué ? Un mineur ukrainien qui ne voit jamais le jour et fait vivre une famille de cinq personnes dans un deux pièces est fatigué. Une mère divorcée avec deux jeunes enfants qui cumule deux emplois d'aide-soignante et de femme de ménage pour joindre les deux bouts est fatiguée. Pourquoi Sidney Crosby, 22 ans, est-il fatigué alors que Ryan Smyth répond toujours à l'appel à 34 ans avec déjà huit championnats du monde ?"

L'attaque nominative était sans doute déplacée. Il n'y a cependant pas eu d'histoire autour de Zetterberg et Bäckström, compatriotes (suédois) de Szemberg également mentionnés dans l'article. Par contre, toucher à l'enfant chéri du Canada était suicidaire. La télévision TSN en a fait ses gorges chaudes et a multiplié les reportages dénonçant l'attitude de l'IIHF. La fédération canadienne a demandé le retrait du texte, et le président de l'IIHF René Fasel a même été obligé d'appeler en personne l'agent de Crosby pour s'excuser de l'article écrit par son collaborateur, qui a fait plus de mal que de bien. Gary Bettman en a profité pour remettre en question la participation des joueurs de NHL aux championnats du monde. Les points de vue se sont braqués, et il n'est pas certain que cela aide le Team Canada pour les prochains tournois internationaux.

 

Danemark (8e) : impossible n'est pas danois

Quand il a appris que la Suède serait l'adversaire en quart de finale, le commentateur de la télévision danoise a promis en direct qu'il traversait nu le pont de l'Øresund (qui relie la Suède au Danemark sur huit kilomètres) si son équipe nationale gagnait ce match. Sa pudeur sera préservée. Ce genre de pari aurait pu paraître normalement sans risque dans le hockey international. Mais en une semaine folle, le Danemark avait auparavant bouleversé toutes les certitudes.

Le Danemark s'est en effet qualifié pour les premiers quarts de finale de son histoire avec un incroyable brio. Battre trois nations du "top-7" présumé est un exploit qu'aucun pays n'avait jamais réalisé. Qui aurait pu imaginer que les Danois battent coup sur coup les Finlandais et les Américains en se permettant le luxe d'aligner deux gardiens différents, alors que les cages étaient plutôt censées être leur point faible ces dernières années ? Qui aurait pu croire qu'ils passent un 6-0 en quatorze minutes aux Slovaques, un score évidemment jamais vu de la part d'un "petit pays" qui n'a plus aucun respect pour la hiérarchie.

Un succès qui ne doit rien au hasard, et qui est porté par une formidable génération de joueurs. Peter Regin en particulier a été époustouflant et a signé maintes actions de classe mondiale qu'on n'aurait jamais pensé voir de la part d'un Danois. On se demandait quand les efforts de fond de ce pays pour la formation des jeunes, avec un encadrement conséquent dès le plus âge, porteraient leurs fruits. La réponse est arrivée soudainement et a été spectaculaire.

Les vétérans sont les mieux placés pour mesurer le chemin accompli. On pense à Jesper Duus, le doyen du tournoi, étonnant à ce niveau international jusqu'à sa blessure aux côtes. Mais le pilier de l'équipe est surtout le capitaine Jesper Damgaard, qui a vécu dix-sept championnats du monde toutes catégories confondues et ne compte toujours pas s'arrêter. Il porte un regard lucide à la fois sur le passé et sur l'avenir : "Il y a 17 ans... Peut-être que ce n'était pas totalement des vacances, mais une opportunité pour les gars de s'amuser loin de leurs épouses. Aujourd'hui, c'est complètement différent. C'est très professionnel, avec des joueurs affamés. [...] Les 15-16 ans vont jouer contre la Suède et la Russie au lieu de l'Italie et de la France comme nous le faisions. Cela les développera dans la bonne direction, et j'espère que le Danemark fera un pas supplémentaire en avant. On ne doit probablement s'attendre à un quart de finale chaque année. Si on peut être constant entre 8 et 12, cela paraît vraiment bien."

 

Norvège (9e) : malgré les suspensions

La Norvège a prouvé qu'elle pouvait réussir sa transition générationnelle. Elle n'a pas été prise de court par la défection de son centre numéro un Tore Vikingstad. Il a en quelque sorte été doublement remplacé : par Anders Fredriksen, un joueur méconnu car resté au pays, pour la partie offensive, et en accroissant le temps de jeu de l'excellent Anders Bastiansen lorsqu'il a fallu défendre un résultat, comme lors de la victoire historique sur les Tchèques (3-2). Avec des ailiers de la qualité de Patrick Thoresen ou Mats Zuccarello Aasen pour faire la différence, l'intégration du "premier venu" (Fredriksen, qui est encore étudiant) a donc été facile au milieu de ces pros de renom.

Le remplacement du capitaine Tommy Jakobsen s'annonce plus délicat. Si le survivant des JO d'Albertville occupait encore un rôle éminent dans l'équipe, c'est parce que la relève est moins nombreuse en défense qu'en attaque. Malheureusement, il a terminé sa carrière internationale plus brutalement que prévu, en bousculant un arbitre et en se faisant suspendre du tournoi. Son expulsion contre le Canada a marqué le début de la déroute pour des Norvégiens (12-1 en score final). En son absence, le duo défensif Tollefsen-Holøs a eu un temps de jeu considérable pendant la fin du tournoi.

Après avoir négligé leurs premiers devoirs, les hommes de Roy Johansen se sont alors concentrés sur leur jeu traditionnel : ils ont attendu les contre-attaques, qu'ils savent mener avec talent et rapidité, en se repliant très bas en défense autour de leur gardien Pål Grotnes, le charpentier de profession. Cet assemblage de poutres a craqué contre la Lettonie (0-5 en fin de match alors que le 0-0 a duré très longtemps) mais pas contre la Suisse (3-2). Les Norvégiens gardaient donc leurs chances de quart de finale en mettant la pression sur les Tchèques, mais ne savaient pas que ceux-ci écriraient leur histoire une fois dos au mur...

Compte tenu des absences mais aussi des suspensions qui l'ont frappée tout au long du tournoi, la Norvège peut s'estimer satisfaite de la prestation de sa jeune équipe. Sa victoire sur la France (5-1) a notamment rappelé qu'elle avait aujourd'hui un cran d'avance sur les formations qui jouent le maintien.

 

Bélarus (10e) : l'entraîneur est-il un imposteur ?

Evgeni Vorsin, le nouveau président de la fédération biélorusse, très présent auprès de l'équipe nationale puisqu'il a assisté aux matchs et aux entraînements, a énoncé l'objectif de former des entraîneurs biélorusses. Vaste programme, car personne ne s'en était préoccupé jusqu'ici... Hormis Zakharov qui s'est mis à dos tout le pays, il n'en existe presque pas. Le précédent président Naumov avait donc cherché un Canadien pour sauver l'équipe nationale. Quand Glen Hanlon était arrivé, il avait souhaité s'entourer de spécialistes locaux, et avait pris à ses côtés l'ex-international Eduard Zankovets... qui dirigeait alors un magasin d'équipements sportifs après avoir passé un diplôme de management ! Hanlon appréciait la vision du hockey de Zankovets, même si personne n'avait songé à en faire un entraîneur avant qu'il lui mette le pied à l'étrier. Et maintenant, l'adjoint inédit est devenu sélectionneur.

Cette reconversion surprenante passe mal. Vladimir Krikunov, qui occupait le poste à l'époque de Salt Lake City, a mis en cause les compétences de son successeur sur Eurapeïskaïe Radyo dla Belarusi, une radio biélorusse indépendante qui émet depuis Varsovie. La plus grande langue de vipère de Russie n'a pas fait dans la dentelle, à son habitude, pour commenter le destin de son ancienne équipe : "Trois entraîneurs se sont succédé durant la saison : Glen Hanlon, Mikhaïl Zakharov, et maintenant Eduard Zankovets. Mais ce n'est pas un coach ! C'est un traducteur. Qui l'a mis à ce poste ? Il était interprète au SKA Saint-Pétersbourg. Un, il n'a pas assez d'expérience. Deux, il ne comprend pas la tactique. Quel hockey voulait-il jouer ? La moitié de l'équipe pressait, comme enseigné par Hanlon, et la moitié jouait défensivement, comme aux JO de Vancouver."

L'interview a fait grand bruit, car Zankovets avait déjà été critiqué pour avoir surexposé ses leaders Aleksei Kalyuzhny et Mikhaïl Grabovsky, que les adversaires ont eu plus de facilité à maîtriser. Mais l'entraîneur néophyte, qui ne voit aucun mal à parler plusieurs langues et défend une vision humaniste assez éloignée de la vieille école russe de Krikunov, n'a pas souhaité en rajouter dans l'escalade verbale. Il s'est montré plus sage dans Pressbol : "Je pourrais moi aussi trouver beaucoup de raccourcis sur Vladimir. Mais il existe un concept appelé éthique professionnelle, et un coach ne peut pas se permettre de discuter le travail de ses collègues, surtout dans les médias."

De toute façon, la fédération a tranché. Même si le président Vorsin a jugé le bilan du championnat du monde insatisfaisant, il a choisi avec son bureau de maintenir sa confiance en Zankovets. Une voix s'est cependant élevée dans l'assemblée pour demander s'il ne serait pas plus convenable, pour responsabiliser la fédération comme le sélectionneur, de doter celui-ci d'un contrat en bonne et due forme... Après une saison aussi chaotique, il est effectivement grand temps que le Bélarus mette de l'ordre dans ses affaires.

 

Lettonie (11e) : la fin du hockey technique ?

La Lettonie aura été à sa place dans ce Mondial, en battant les équipes moins bien classées qu'elle (Italie et Norvège) mais en s'inclinant contre les adversaires qui lui sont supérieurs. Pas suffisant pour retrouver les quarts de finale.

Les Baltes n'ont pas fait preuve de la même activité que les équipes-surprises du tournoi, celles qui ont su renverser la hiérarchie, et elle s'est trop contentée de subir le jeu. Cela ne pouvait pas fonctionner avec un powerplay défaillant, souffrant de l'absence des défenseurs d'expérience.

Il a vraiment été étonnant de constater que le sélectionneur Oleg Znarok a désigné son capitaine Herberts Vasiljevs parmi ses meilleurs joueurs, alors que sa première ligne (fiche de -5...) était loin de son niveau de l'an passé. Le trio technique n'a jamais réussi à développer des combinaisons rapides comme à Berne, et le coupable désigné est un Aleksandrs Nizivijs vieillissant, ou du moins hors de forme, qui a ralenti le jeu.

Les vrais meneurs ont clairement été Janis Sprukts et Martins Karsums, les plus dangereux offensivement, les plus actifs aussi en infériorité où ils ont pressé l'adversaire quand leurs collègues encaissaient passivement les buts. Plus généralement, les meilleurs Lettons ont été les joueurs passés par l'Amérique du nord (Stals, Jerofejevs, Kulda) ou bien les jeunes (Pecura, Meija, Sotnieks).

Sondés pour connaître leur explication des problèmes de la première ligne, les supporters lettons en ont choisi en majorité la proposition "le hockey technique appartient au passé". Le jugement est un peu lapidaire, sachant que ce jeu a fait la gloire de l'équipe balte depuis quinze ans, et que les mêmes joueurs excellaient il y a un an à peine. Il est cependant vrai que la nouvelle génération a un jeu moins poli techniquement, mais plus énergique. Le souci est que le style qui semble le mieux convenir aux joueurs actuels ne semble pas correspondre aux goûts de l'entraîneur Oleg Znarok...

 

Slovaquie (12e) : pas de panique... car il y a Panik

Se prendre 0-6 en vingt minutes, la Finlande l'a vécu en demi-finale olympique et y a survécu. Les Slovaques y survivront aussi, mais subir une telle humiliation face au Danemark a été dur à avaler. Le capitaine Richard Lintner était au bord des larmes à l'issue de ce tournoi, qu'il a clairement raté. Aligné avec Dominik Granak sur un duo défensif "joueur", il a laissé trop de trous derrière. Au moins Lintner aura-t-il courageusement assumé publiquement ses responsabilités, même s'il vivra plus probablement les prochains Mondiaux de la position de commentateur télé qu'il a occupée ces dernières années.

Ce troisième championnat du monde médiocre à la suite n'a choqué personne, tant il était malheureusement prévisible. Dominée par l'Allemagne dans le match décisif, la Slovaquie ne méritait pas sa place en quart de finale. Les absents ont toujours tort, et leur seul mérite est d'avoir illustré le niveau de cette équipe quand elle n'a plus ses leaders. L'année prochaine, la "génération dorée" tentera un ultime exploit lors des championnats du monde à domicile. Et après elle ? Le déluge ?

"Noé" Hanlon a heureusement sauvé des eaux troubles de la formation slovaque un couple de juniors, recueilli dans son arche. Tomas Tatar, doué techniquement et toujours bien placé, a déjà donné un aperçu de ses instincts offensifs (2 buts). Il était le plus jeune joueur placé en AHL cette année, un choix risqué de la part des Detroit Red Wings. On pouvait craindre que la rudesse de la ligue mineure nord-américaine "brise" cet ailier de petite taille, mais il s'en est tiré et y a développé une vraie solidité dans les duels. L'ailier fort Richard Panik a montré une excellente protection de palet et une belle combativité, et même s'il a parfois péché par inexpérience du hockey senior, il a été le seul joueur à finir avec un bilan positif (+3). Enfin, la Slovaquie a donc trouvé deux joueurs sur lesquels bâtir son futur.

 

États-Unis (13e) : baisse des taux de la réserve américaine

Trois mois après la médaille d'argent de Vancouver, la déroute américaine fait mauvais genre : bien sûr, il n'y avait qu'un seul point commun entre les deux équipes, un Jack Johnson désabusé d'être réduit à jouer une poule de maintien. Celle-ci aura eu pour seul mérite de soigner les statistiques : Brandon Dubinsky a ainsi fini deuxième marqueur du tournoi et premier aux pourcentage de mises au jeu gagnées, point fort où les Américains ont fait un malheur dans la poule de relégation. Mais en pratique, celle-ci a été vécue comme une corvée.

Les États-Unis ont certes manqué de réussite offensive dans chacune de leurs trois défaites du premier tour, mais leur victoire poussive aux tirs au but contre l'Italie en conclusion ne laisse guère penser qu'ils méritaient beaucoup mieux. Hormis le trio Oshie-Dubinsky-Okposo, le reste de l'attaque a quand même été d'un faible niveau. Le deuxième pays au monde en nombre de licenciés ne s'est pas encore constitué un réservoir à la hauteur.

Le manager Brian Burke, au lieu de se livrer à une autocritique, en a tiré une conclusion radicale : supprimer les Mondiaux les années olympiques, dont l'existence ne serait due qu'à la "cupidité" de l'IIHF. À l'évidence, le manager des Toronto Maple Leafs fait semblant de ne pas connaître la différence entre une ligue comme la NHL, dont le but est le profit, et une fédération internationale, dont la "cupidité" ne rémunère aucun actionnaire, mais uniquement le développement du hockey dans le monde entier. Représentant une fédération - USA Hockey - dont les programmes sont directement et grassement rémunérées par la NHL, Burke lance ses critiques depuis une tour d'ivoire...

 

France (14e) : à sa juste place

La France s'est placée à son niveau exact dans ce tournoi : elle a su battre les deux équipes à sa portée, mais dans le même temps, elle a pu mesurer l'intervalle qui la sépare des formations, de plus en plus nombreuses, qui sont capables de tenir tête aux meilleurs et de bouleverser la hiérarchie. Les Bleus n'en sont pas là, ils en sont encore à limiter les dégâts. Pour se maintenir l'an prochain, il faudra encore élever le niveau, du fait de la remontée de l'Autriche qui a un réservoir bien plus dense que la France.

Pour renforcer le groupe tricolore, rien ne vaut l'expérience du haut niveau. C'est pourquoi chaque année gagnée à ce niveau est une victoire pour les coéquipiers du capitaine Laurent Meunier, toujours poursuivi par la guigne : il ne peut décidément pas jouer un Mondial élite sans se blesser, puisque c'est la troisième année de suite que c'est le cas, dont deux fois par un palet, symbole d'un joueur qui se sacrifie. Un doigt cassé ne l'a cependant pas empêché de jouer jusqu'à la fin.

Des jeunes se sont révélés cette année, et en premier lieu Yohann Auvitu, qui a su dès son premier Mondial remplir son rôle de défenseur offensif aux relances assurées. En attaque, le principal débutant Teddy Da Costa s'est malheureusement blessé le premier jour avant d'avoir pu jouer. On ne parlera donc pas de révélation mais de confirmation : celle de son frère Stéphane, déjà le joueur le plus capable de faire la différence techniquement. Luc Tardif - photo de droite face à Christian Hanson - et Sacha Treille ont franchi un cap et se sont rendus très utiles par leur puissance physique. Pour ce qui est des vrais novices comme Henderson ou Lampérier, ils ont d'abord souffert avant de prendre doucement le rythme. Un international ne se forme pas en un jour, et la marche à franchir est haute. L'équipe de France a donc toujours besoin de ses cadres.

C'est valable aussi pour les gardiens, une des satisfactions rassurantes du tournoi. D'une part, Fabrice Lhenry a su conclure sa saison presque blanche par deux performances décisives contre l'Italie et le Kazakhstan. D'autre part, Eddy Ferhi, dont les prestations en bleu avaient déçu depuis la montée, a su regagner la confiance du staff tricolore lors de ses deux solides titularisations contre les Suédois (jusqu'à sa déshydratation) et les Américains.

Dépendante de ses joueurs-clés, l'équipe de France reste la plus fragile des nations maintenues dans l'élite. Elle continue de progresser pas à pas, en cherchant le délicat équilibre pour à la fois continuer le renouvellement de l'équipe et ne pas descendre.

 

Italie (15e) : la vieille Dame

Les deux équipes les plus âgées du tournoi - l'Italie et le Kazakhstan - ont été reléguées. Faut-il n'y voir qu'une coïncidence ? Ce qui a péché dans l'équipe transalpine, c'est l'attaque (avec ses 30,4 ans de moyenne). La ligne de Luca Ansoldi s'est créé le plus d'occasions, mais elle a été incapable de marquer le moindre but : Nicola Fontanive virevolte mais ne conclut pas, et Roland Ramoser a indéniablement vieilli. Une limite d'âge qui a aussi atteint Giorgio De Bettin et Stefano Margoni. Quant au vénérable John Parco, sa détermination faisait tant plaisir à voir à l'époque des JO de Turin qu'on ne peut que regretter de le voir tirer sur la corde.

En mal de centres capables de gagner les engagements, l'attaque italienne n'a finalement pu utiliser qu'un seul atout, la vitesse de Giulio Scandella, lorsque les équipes adverses voulaient bien lui laisser des espaces, ce qui a été le cas en poule de relégation. Elle a donc passé l'essentiel de son temps à défendre, mais sans pouvoir éviter des erreurs coûteuses commises notamment par Matt De Marchi et par un Armin Helfer en méforme de son propre aveu. L'arrière le plus sûr aura été Christian Borgatello, le meilleur joueur italien... gardien excepté.

Ce poste aura été le plus controversé. Le gardien de la remontée Thomas Tragust, blessé au doigt lors de la préparation, a été laissé de côté au profit de deux Italo-Canadiens. L'un d'eux, Adam Russo, est mal aimé des supporters et peu apprécié dans le vestiaire (c'était déjà le cas à Tours). L'autre, Daniel Bellissimo, a largement mérité sa place par ses prestations, mais sa venue pose question vis-à-vis du développement des jeunes gardiens italiens, comme Tragust et aussi Andreas Bernard, un junior qui a tenté sa chance en Finlande alors que les Transalpins osent rarement partir à l'étranger.

Un état de fait qui a suscité quelques réflexions et grincements de dents. Un article du quotidien Alto Adige a notamment suggéré de prendre exemple... sur la France ! Un pays qui a su renoncer aux naturalisés, rajeunir son équipe nationale et envoyer ses meilleurs joueurs s'aguerrir ailleurs. Croyez-moi, pour que les Italiens en viennent à citer les Français en modèle, ce n'est pas de gaieté de cur. Mais cela ne veut pas dire que la formation et le développement à long terme vont supplanter l'attrait des oriundi. On ne voit toujours pas de projet assumé dans le hockey italien, mais seulement l'éternelle répétition des mêmes querelles de chapelles.

 

Kazakhstan (16e) : pas d'effet KHL

Le Kazakhstan avait rêvé d'un retour en élite plus réussi. Il escomptait bénéficier d'un "effet KHL".

Autrefois, l'équipe nationale était constituée autour de l'effectif du Kazzinc-Torpedo Ust-Kamenogorsk, qui était invitée en deuxième division russe sans avoir le droit d'y jouer les play-offs.

Aujourd'hui, le "club de base" qui fournit coach et joueurs à la sélection est le Barys Astana, admis depuis deux ans en KHL. Mais de même qu'une équipe estampillée NHL n'est pas à l'abri de la poule de relégation (suivez mon regard), le bouclier KHL ne protège pas de la descente.

L'entraîneur Andrei Shaïanov est encore le mieux placé pour le savoir : intérêt supérieur de la nation ou pas, c'est au Barys que se trouvent les étrangers avec le plus gros temps de jeu de la KHL. Dans son club, il donne donc peu de responsabilités aux joueurs "locaux" qui y gardent un rôle mineur. Logiquement, ils se sont donc montrés encore tendres à ce niveau, comme le montre la répétition de certaines erreurs défensives.

Ces joueurs ont du talent, ils sont robustes physiquement, et il ne faut pas oublier qu'ils ont mené 2-0 dans leur match d'ouverture contre le Bélarus. Mais ils ont ensuite craqué, par manque de résistance physique et mentale face aux défaites qui se sont succédé. Le Kazakhstan a pris une leçon similaire à celle que la France avait reçue à Prague : la reprise de contact avec l'élite est abrupte après quatre ans d'absence, et l'absence de la moindre victoire en est la conséquence.

Marc Branchu

 

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