Présentation des Jeux Olympiques de Vancouver

 

Pour la première fois de l'histoire, un hockeyeur - Wayne Gretzky bien sûr - a été le dernier porteur de la flamme olympique. C'est un signe. Jamais le tournoi de hockey sur glace n'aura pris une telle importance aux JO que dans cette édition de Vancouver 2010. Les meilleurs hockeyeurs du monde ont tous rendez-vous chez la nation-mère de leur sport, qui jugera sa réussite olympique à l'aune de la seule médaille d'or qui compte.

Face à une Russie qui conteste leur suprématie, les Canadiens envisagent déjà une finale de rêve, déjà répétée lors des deux derniers Mondiaux. Mais pour eux, seul compte ce vrai rendez-vous au sommet à Vancouver, avec tous les meilleurs joueurs, et sans la moindre excuse. Ils auront l'avantage de la glace, dans tous les sens du terme puisque le tournoi ne se déroulera pas sur une patinoire aux dimensions "olympiques" (60 mètres sur 30) mais sur une glace nord-américaine (61x26).

Dommage que la formule de Turin ne soit pas reconduite. La NHL refuse de rallonger sa trêve olympique, et menace toujours de ne plus la respecter du tout dans quatre ans à Sotchi (en Russie...). Elle a donc milité pour que le tournoi soit plus court, d'où cette formule un peu bâtarde, à trois poules de quatre, qui va tarder à se décanter. Seuls les premiers de poule et le meilleur deuxième seront directement qualifiés en quarts de finale, les autres joueront tous un tour de barrage. Comme le classement mondial a réparti les groupes de manière assez géographique (les Nord-Américains dans le A, quatre "pays de l'est" dans le B et les deux nations nordiques dans le C), les plus belles oppositions de style attendront une phase finale qui devrait conclure les JO en vrai feu d'artifice.

Notons, que contrairement à la dernière fois, aucun changement sur blessure ne sera possible durant le tournoi. Les effectifs seront clos le 15 février au soir.

 

 

Groupe A

La pression de tout un peuple pèsera sur les épaules du Canada. Pour les Canadiens, la médaille d'or en hockey fait partie des bijoux de la couronne.

Le Canada a tous les atouts pour l'emporter. Il a les meilleurs défenseurs du monde, alignés devant un gardien à l'expérience inégalable, Martin Brodeur. Vu l'identité des adjoints qui entourent Mike Babcock (Lindy Ruff, Ken Hitchcock, Jacques Lemaire), le système défensif devrait sûrement être au point, avec des jambes plus jeunes qu'à Turin pour l'appliquer.

En talent pur, les Canadiens ne sont peut-être pas les mieux dotés offensivement, mais sur une petite glace qui fait place au pressing dans les bandes et au jeu direct à la cage, ils s'annoncent redoutables. Aucune équipe ne peut rivaliser physiquement avec eux. Les traditionnels attaquants défensifs sont aussi massifs qu'énergiques, mais même la ligne purement offensive Heatley-Thornton-Marleau est composée de trois joueurs de 100 kilos. Ce trio des Sharks de San José est la ligne-vedette du moment, servie par le défenseur offensif Dan Boyle, mais avec le Canada le danger peut venir de n'importe qui. Il faudra être très fort pour terrasser cette équipe chez elle.

L'analyse complète de l'effectif. Changement par rapport à la composition prévue : aucun. Le plus incertain a été Ryan Getzlaf qui s'est blessé à la cheville à une semaine de l'échéance... mais a marqué quatre points pour son retour au jeu en NHL dimanche, à deux jours du début du tournoi olympique.

 

Une révolution silencieuse s'est produite aux États-Unis ces dernières années. Longtemps, les Américains étaient vus comme des rustres pratiquant un hockey autarcique et suranné. Leurs équipes olympiques conservaient une aura sympathique fondée sur le souvenir du Miracle de 1980, mais lorsque les "pros" remplacèrent les universitaires en 1998 à Nagano, ils saccagèrent leur réputation en même temps que leurs chambres d'hôtel. Les enfants gâtés de la NHL n'ont pas bonne presse.

La nouvelle génération compte aussi ses têtes brûlées, mais elle a été élevée dans un autre contexte. À la fin du siècle dernier, la fédération américaine, qui se contentait jusque là de s'appuyer sur les structures existantes (privées), a mis sur pied un programme national de développement. Elle a regroupé les meilleurs jeunes de 17 ans pendant toute l'année et leur a apporté une formation commune. Les nouveaux hockeyeurs américains ne sont donc plus des self-made-men égoïstes qui n'ont cure de leur fédé et refusent les déplacements dans des pays étrangers perçus comme hostiles. Ils ont porté le maillot national depuis leur jeune âge et se sont "ouverts à l'international", y compris dans leur jeu.

Le défenseur Jack Johnson symbolise ce nouvel esprit, lui qui est le seul joueur de NHL à avoir fait spécialement le voyage depuis Los Angeles pour être présent à la cérémonie d'ouverture. être présent auprès des autres athlètes de la communauté olympique, c'est souvent ce qui manquait aux pros nord-américains soupçonnés d'être des millionnaires dédaigneux.

Dans le jeu, les Américains ont aussi évolué. Autrefois pachydermiques dans leurs déplacements comme dans leur comportement, ils ont fait de la vitesse leur atout majeur dans toutes les catégories. Aucune équipe n'a autant changé en quatre ans, le prix à payer pour ne pas l'avoir fait plus tôt. Cette jeune formation est prometteuse, éprouvée aux championnats du monde contrairement à ses devancières, mais ces JO ne viennent-ils pas trop tôt pour elle compte tenu de son inexpérience ?

L'analyse complète de l'effectif. Changements par rapport à la composition prévue : les défenseurs Paul Martin (fracture de l'avant-bras) et Mike Komisarek (opération de l'épaule) ont été remplacés par Ryan Whitney et Tim Gleason.

 

Voilà, c'est fini. Le plus long mandat du hockey international (13 années) va prendre fin. Ralph Krüeger ne dirigera plus l'équipe de Suisse après ce tournoi olympique. Initialement, il devait atteindre les quarts de finale pour rester en poste, un enjeu un peu artificiel. On connaissait déjà son successeur (Sean Simpson) et le parfum de fin de règne aurait fini par être trop pregnant, presque étouffant. Il y a deux semaines, la fédération a donc annoncé qu'un accord avait été trouvé pour cette séparation devenue inévitable.

Krueger a changé l'image de la Suisse et de ses joueurs, en introduisant de nouvelles exigences quant à la préparation physique et mentale. Mais il n'a jamais dévié de sa ligne, quitte à lasser. Ses résultats stagnants étaient meilleurs que ceux de ses prédécesseurs, mais ne suffisaient pas à combler un public avide d'un exploit plus grand encore, une médaille. La presse helvétique n'aura donc plus à militer contre le sélectionneur. Partisans et adversaires peuvent ranger leurs arguments : il n'y aura plus d'autre enjeu que le présent. Quant à savoir si la Nati fera mieux ou pire sans lui, on verra en temps utile. L'important, c'est ce qu'elle peut faire maintenant, libérée des controverses.

Il y a quatre ans à Turin, elle avait buté sur l'écueil usuel des quarts de finale, mais blanchi le Canada avec Martin Gerber dans la cage. Aujourd'hui, Gerber n'est plus là, blessé en KHL dans un choc tête contre tête. Jonas Hiller est le nouveau titulaire indiscutable, lui qui a délogé Giguère de la cage d'Anaheim et vient de signer un contrat de 18 millions de dollars sur quatre ans.

La transition se fait et l'avenir se prépare, déjà. Krueger travaille aussi pour le futur, en laissant à la maison son vieux chouchou Ziegler ou le déclinant Gardner. Et il n'a pas laissé l'honneur à son successeur de lancer dans le grand bain l'international junior Luca Sbisa, un défenseur formé à Zoug qui est déjà frotté au jeu physique nord-américain puisqu'il compte 47 matches de NHL au compteur.

La Suisse a perdu un cadre : Goran Bezina a réveillé sa blessure au dernier entraînement avant la clôture définitive des listes. Le réserviste Philippe Furrer, dont le billet d'avion de retour était prêt, reste donc à Vancouver.

Gardiens : Jonas Hiller (Anaheim Ducks, NHL), Ronnie Rüeger (Kloten), Tobias Stephan (Genève-Servette).

Défenseurs : Mark Streit (New York Islanders, NHL), Severin Blindenbacher (Färjestad, SUE), Raphael Diaz (Zoug), Philippe Furrer (D, Berne), Luca Sbisa (Portland, WHL), Mathias Seger (ZSC Lions), Patrick Von Gunten (Kloten, SUI), Yannick Weber (Canadiens de Montréal, NHL).

Attaquants : Andres Ambühl (Hartford, AHL), Thomas Déruns (Genève-Servette), Hnat Domenichelli (Lugano), Sandy Jeannin (Fribourg-Gottéron), Romano Lemm (Lugano), Thibaut Monnet (ZSC Lions), Thierry Paterlini (Rapperswil-Jona), Martin Plüss (Berne), Ivo Rüthemann (Berne), Raffaele Sannitz (Lugano), Julien Sprunger (Fribourg-Gottéron), Roman Wick (Kloten).

Absents : Martin Gerber (G, cervicales), Roman Josi (D, doigt cassé), Steve Hirschi (D, commotion), Goran Bezina (D, micro-déchirure abdominale), Peter Guggisberg (A, genou), Kévin Romy (A, contusion aux côtes).

 

Les Jeux Olympiques de Lillehammer sont un beau souvenir, mais il commence à dater. Surtout pour la Norvège, dont les hockeyeurs n'avaient jamais joué un tournoi olympique depuis seize longues années.

Leur capitaine, Tommy Jakobsen, est donc un survivant d'un autre temps, lui qui a connu les tournois d'Albertville et Lillehammer. Cette longévité lui a valu d'être désigné porte-drapeau de la délégation norvégienne. Oui, un hockeyeur, dans ce pays qui ne jure par ses skieurs de tout poil, voire ses patineurs de vitesse, tous pourvoyeurs de médailles à gogo !

Reconnaissance inespérée pour le hockey sur glace norvégien qui passe en général au second plan dans son pays. S'il est revenu aux JO, ce n'est pas pour avoir développé sa popularité, il en est loin. Par contre, il a su s'appuyer sur des sections sports-études bien développées, avec des entraîneurs compétents.

Aujourd'hui, ses hockeyeurs s'exportent au plus haut niveau, à l'instar de Patrick Thoresen, septième marqueur et meilleur fiche +/- de la KHL. Tous les attaquants sauf deux jouent dans de grands championnats, et le fidèle entraîneur Roy Johansen dispose d'une densité encore jamais vue. Les Scandinaves se prendraient même à rêver... si le poste de gardien n'était pas resté loin derrière de développement général.

Gardiens : Pål Grotnes (Stjernen), Andre Lysenstøen (HeKi Heinola, FIN), Ruben Smith (Storhamar).

Défenseurs : Alexander Bonsaksen (MODO Örnsköldsvik, SUE), Jonas Holøs (Färjestad, SUE), Tommy Jakobsen (Lĝrenskog), Juha Kaunismäki (Stavanger), Lars Erik Lund (Vċlerenga), Ole Kristian Tollefsen (Philadelphie, NHL, échangé la semaine dernière à Detroit), Mats Trygg (Cologne, ALL).

Attaquants : Jonas Andersen (Sparta Saprsborg), Anders Bastiansen (Färjestad, SUE), Marius Holtet (Färjestad, SUE), Kristian Forsberg (MODO Örnsköldsvik, SUE), Per-Åge Skrĝder (MODO Örnsköldsvik, SUE), Mats Zuccarello (MODO Örnsköldsvik, SUE), Mads Hansen (Brynäs, SUE), Martin Ylven Laumann (Linköping, SUE), Mathis Olimb (Frölunda, SUE), Martin Røymark (Frölunda, SUE), Lars Erik Spets (Vċlerenga), Patrick Thoresen (Salavat Yulaev Ufa, RUS), Tore Vikingstad (Hannover Scorpions, ALL).

Absents : Morten Ask (Nuremberg, ALL, blessé), Anders Myrvold (Manglerud Star, suspendu par la fédération).

 

 

Groupe B

Aleksandr Ovechkin est actuellement considéré comme le meilleur hockeyeur de la planète, adoubé comme étant "d'esprit canadien" par le commentateur conservateur Don Cherry. Lorsqu'il a été nommé capitaine des Washington Capitals il y a un mois, il a emmené son équipe à une série historique de 14 victoires consécutives. Mais la Russie, ce n'est pas juste Ovechkin, loin de là.

Des individualités, il y en a toujours eu dans l'équipe russe. La différence, c'est qu'il y a cette fois un coach "moderne", fin psychologue, pour faire jouer ensemble ces caractères difficiles. Vyacheslav Bykov a transformé le supposé dilettante Ilya Kovalchuk en joueur collectif, il a donné deux titres de championne du monde à une Russie qui n'avait rien gagné depuis quinze ans, et il ne compte pas s'arrêter là. Il déclare ouvertement viser l'or, quand Vladislav Tretiak, réélu président de la fédération russe la semaine dernière (il était le seul candidat), se contente d'évoquer une médaille sans préciser la couleur.

Tretiak avait été porte-drapeau à deux reprises, en 1976 et en 1984, en se couvrant d'or à chaque fois. Cette année, il a un successeur avec le capitaine Aleksei Morozov, choisi contre le lobby du patinage qui poussait la candidature de Plushchenko. En retrouvant une image victorieuse, le hockey sur glace a donc repris son rang en Russie. Il est même devenu une affaire d'Etat, avec cette KHL qui devient une arme symbolique de la politique étrangère incisive de l'ours russe.

Même les petites glaces nord-américaines ne font plus peur aux talents offensifs russes, puisque c'est sur elles que, paradoxalement, ils ont retrouvé le goût de la victoire aux Mondiaux de Québec.

L'analyse complète de l'effectif. Changements par rapport à la composition prévue : aucun. La Russie avait cependant déclenché l'ire de la NHL (Gary Bettman : "C'est comme ça qu'elle veut nous convaincre d'aller à Sotchi ?") en faisant venir des réservistes jusqu'à Vancouver au cas où : les gardiens Aleksandr Eremenko (Ufa) et Vassili Koshechkin (Magnitogorsk), les défenseurs Vitali Proshkin (Ufa) et Maksim Atyushov (Magnitogorsk), les attaquants Aleksei Tereshchenko (Kazan), Aleksandr Frolov (Los Angeles) et Nikolaï Kulemin (Toronto).

 

Jaromir Jagr a déjà participé à trois Jeux Olympiques, mais à aucune cérémonie d'ouverture, faute de participation complète de la NHL. Maintenant qu'il joue en KHL à Omsk, il a pu servir de porte-drapeau à la délégation tchèque.

Avec son expérience, le numéro 68 a pu assister aux paradoxes de l'équipe tchèque. En 2002 et en 2006, elle arrivait en tant que championne du monde en titre, en favorite. Cette année, elle reste sur trois éliminations consécutives en quart de finale. Plus personne ne l'attend, on l'a oublié des pronostics. Un peu comme avant un certain tournoi de Nagano en 1998, à une époque où Vladimir Ruzicka était capitaine sur la glace... Maintenant, il est entraîneur national, et a bâti une équipe équilibrée.

Au Japon, bien sûr, le héros du tournoi olympique était le gardien Dominik Hasek. Revenu au jeu cette saison à maintenant 45 ans, il a envoyé un message de confiance à son successeur : "Vokoun est un très bon gardien. Notre équipe sera solide avec lui dans la cage." C'est moralement important, car il y a quatre ans à Turin, Vokoun avait été privé de la place de titulaire par la précédente sortie de retraite de Hasek et était mentalement affaibli lorsqu'il lui avait fallu remplacer le maître, blessé.

L'analyse complète de l'effectif. Changements par rapport à la composition prévue : aucun.

 

Désenchantée, la Slovaquie s'enfonce dans le classement mondial et peine à renouveler ses générations, mais elle peut au moins faire illusion tant que ses leaders offensifs Gaborik et Hossa sont là. Oh, malheur... Voilà que Hossa prend un coup - pas trop grave apparemment - à son dernier match de NHL avant de venir, et voilà surtout que Marian Gaborik se fait lacérer accidentellement la cuisse - 21 points de suture - par le patin de Henrik Lundqvist, son propre gardien chez les New York Rangers.

Gaborik, dont le seul défaut est d'être fragile (et poissard), était pourtant revenu en grande forme après une saison presque blanche. Sera-t-il à son meilleur niveau dans le tournoi ? Il pourrait manquer le premier match. Or, sans la vitesse fantastique de Gaborik, l'équipe slovaquie risque de montrer un visage moins avenant : une formation lente, inévitablement lente, inexorablement vieillissante.

Jan Filc, entraîneur de la seule équipe slovaque championne du monde 2002, a en effet fait la retape de tous les leaders de la grande époque. Oh, ils sont tous venus, pas de doute là-dessus. Mais avec la meilleure volonté du monde, peuvent-ils masquer le poids des ans ? Peut-on aborder sérieusement une compétition olympique en sélectionnant des ex-retraités comme le porte-drapeau Zigmund Palffy, ou des joueurs en retraite forcée comme Miroslav Satan ? Entre-temps, Satan a fini par retrouver un contrat début janvier, à Boston, mais il est arrivé à Vancouver avec la main droite bandée, blessé à la paume. Il faudra plus que des pansements pour apaiser les doutes profonds qui étreignent aujourd'hui le hockey slovaque...

L'analyse complète de l'effectif. Changements par rapport à la composition prévue : le défenseur offensif Richard Lintner (triple fracture du poignet) a été remplacé par le défenseur défensif Ivan Baranka.

 

En novembre dernier, le parlement de la Lettonie a proposé d'accorder à Oleg Znarok le titre de chevalier de l'Ordre des trois étoiles, la plus haute distinction du pays. Le sélectionneur national rejoindrait ainsi à ce tableau d'honneur Helmut Balderis, Arturs Irbe ou encore... Jacques Chirac et George W. Bush (allez comprendre !).

Pour autant, la proposition a fait débat. Znarok a porté le maillot letton comme joueur, fait monter les moins de 20 ans dans l'élite et conduit les seniors à égaler leur meilleur place à un championnat du monde (7e) l'an passé. Ses mérites d'entraîneur ne sont plus à démontrer, d'autant qu'il guide actuellement le modeste MVD vers une première place inattendue dans sa division en KHL. Le problème, c'est que Znarok, natif de Chelyabinsk en Russie, a un langage parfois peu châtié. Ses détracteurs lui reprochent d'avoir abandonné sans remords sa nationalité lettonne quand il a voulu faire carrière en Allemagne, et surtout de ne jamais avoir appris la langue locale. Certains ont en mémoire une conférence de presse au printemps où il avait exigé de manière abrupte que l'on s'exprime "dans un langage qu'il comprenne". Son cas illustre le débat délicat de l'intégration des russophones en Lettonie.

Il est sûr qu'en ramenant une médaille, Znarok serait fait directement commandeur, mais on n'en est pas là. L'objectif est plus basique : gagner enfin un match, ce que la Lettonie n'a jamais réussi à faire aux Jeux olympiques.

Znaroks a l'avantage de s'appuyer sur des lignes rodées qui fonctionnent très bien désormais. D'une part, le trio technique et expérimenté Cipulis-Vasiljevs-Nizivijs, dont le jeu sera d'essence européenne comme celui de la paire défensive Pujacs-Rekis. D'autre part, la plus jeune ligne Ankipans-Sprukts-Karsums, qui pratique un jeu plus physique et direct avec le soutien de Karlis Skrastins, élu capitaine à l'unanimité. Logiquement, ces derniers ont un hockey mieux adapté aux glaces nord-américaines. Le reste de l'équipe est constitué de patineurs énergiques.

La faiblesse balte se situe toujours dans les cages, au point que le second gardien, le vétéran Sergejs Naumovs, est à la retraite. Le numéro 3 Mustukovs ne joue jamais, lui non plus. Znaroks préfère rire de cette situation : "il n'y a aucun jeune gardien capable de rivaliser avec Masalskis, alors on prend dans l'équipe tous ceux qui sont vivants."

Gardiens : Edgars Masalskis (Dinamo Riga, KHL), Sergejs Naumovs (sans club), Ervins Mustukovs (Dinamo-Juniors Riga).

Défenseurs : Krisjanis Redlihs (Dinamo Riga, KHL), Karlis Skrastins (Dallas Stars, NHL),
Arvids Rekis (Wolfsburg, ALL) - Georgijs Pujacs (Sibir Novosibirsk, RUS), Rodrigo Lavins (Dinamo Riga, KHL), Guntis Galvins (Dinamo Riga, KHL), Oskars Bartulis (Philadelphia Flyers, NHL), Kristaps Sotnieks (Dinamo Riga, KHL).

Attaquants : Martins Cipulis (Dinamo Riga, KHL), Herberts Vasiljevs (Krefeld, ALL), Aleksandrs Nizivijs (Dinamo Riga, KHL), Girts Ankipans (Dinamo Riga, KHL), Martins Karsums (Dinamo Riga, KHL), Janis Sprukts (Dinamo Riga, KHL), Mikelis Redlihs (Dinamo Riga, KHL), Armands Berzins (Dinamo Riga, KHL), Lauris Darzins (Dinamo Riga, KHL), Kaspars Daugavins (Binghampton, AHL), Gints Meija (Dinamo Riga, KHL), Aleksejs Sirokovs (Amur Khabarovsk, KHL).

Absent : Sandis Ozolins (D, Dinamo Riga, retraite internationale après les JO de Turin).

 

 

Groupe C

Pendant que tout le monde rêve d'une finale Canada-Russie, la Suède, championne olympique du titre, espère légitimement répéter son exploit. Elle a le même entraîneur, Bengt-Åke Gustafsson, et les mêmes atouts, un jeu de possession naturel combiné à une culture tactique défensive.

La Tre Kronor dispose d'une équipe équilibrée avec une bonne dose de créativité grâce à Niklas Bäckström, le centre attitré d'Ovechkin, et aux jumeaux Sedin qui réalisent leur meilleure saison. Il manque un buteur attitré, mais les Weinhandl, Eriksson ou Hörnqvist peuvent tenir ce rôle.

Le seul défaut de cette équipe est sa fragilité, illustrée par le porte-drapeau Peter Forsberg. Alors que son pied le laissait enfin tranquille, il s'est cassé un doigt à son avant-dernier match. Nul ne sait vraiment s'il peut jouer avec l'intensité requise dans un tournoi olympique. Avec nombre de joueurs-clés poursuivis par des blessures récurrentes (le défenseur Niklas Kronwall a eu des problèmes de genou et le deuxième marqueur de NHL Henrik Sedin vient d'annoncer qu'il souffre du dos), la Tre Kronor est un peu comme Forsberg : un éléphant... en porcelaine.

L'analyse complète de l'effectif. Changements par rapport à la composition prévue : Tomas Holmström s'est blessé au genou, ce qui ouvre la porte à son coéquipier à Detroit, Johan Franzén, revenu au jeu juste à temps la semaine dernière.

 

La différence entre la Finlande et les autres grandes nations est simple : la pression du résultat. C'est le seul pays du "Big 6" qu'on n'attend pas vraiment sur le podium. l'entraîneur national Jukka Jalonen, dont le contrat a été prolongé jusqu'aux Mondiaux à domicile de 2012, peut dormir tranquille.

La pression, cependant, les athlètes de haut niveau se la mettent eux-mêmes. Après la finale perdue de Turin, on pensait que la plus talentueuse génération du hockey finlandais venait de laisser passer sa dernière chance d'obtenir l'or olympique. Pourtant, quatre ans plus tard, ils sont tous là, même ceux qui paraissent les plus vieillissants comme l'attaquant défensif Jere Lehtinen aux adducteurs, souvent en délicatesse avec ses adducteurs cette saison, et le porte-drapeau Ville Peltonen.

Autour de l'ex-retraité Teemu Selänne, qui a connu cette saison une fracture de la main et une autre de la mâchoire qui lui a fait perdre six kilos faute de pouvoir avaler des aliments soldies, voilà donc ces Finlandais rassemblés une dernière fois pour la quête d'une vie. Avant que ces superstars ne laissent un vide, contemplons-les une dernière fois.

Quand ces anciens seront partis, on se rendra en effet compte combien le hockey finlandais a changé en une génération : ce pays qui possédait le jeu collectif le plus étincelant produit aujourd'hui surtout des attaquants stéréotypés, volontaires dans les bandes mais faibles patineurs. En somme, l'évolution exactement inverse des États-Unis qui ont tout axé sur le patinage ! L'homogénéisation entre les styles des différents continents a parfois des conséquences inattendues.

L'analyse complète de l'effectif. Changements par rapport à la composition prévue : aucun.

 

Un sondage commandé par l'hebdomadaire Eishockey News en début d'année demandait, entre autres questions, aux amateurs de hockey allemand quel était l'évènement le plus important de la saison selon eux. Les championnats du monde, qui auront lieu en mai à Cologne et Mannheim, ont été cités en premier, devant les play-offs des différents championnats allemands, et les JO n'ont été nommés qu'en troisième position, avec moins de 20% des suffrages.

Cela s'explique parce que l'Allemagne considère que l'enjeu d'un Mondial à domicile est bien plus important pour l'avenir de son hockey que ce tournoi olympique. Il serait quand même dommage qu'elle en vienne à négliger ce rendez-vous majeur, alors même que cela fait bien longtemps qu'elle n'a pas rassemblé une équipe aussi forte. Elle peut en effet compter sur cinq joueurs-cadres de NHL (Ehrhoff, Seidenberg, Sturm, Goc et le presque banni Hecht) qui semblent tous en bonne forme en même temps et jouent un rôle important dans leurs équipes.

Attisée par l'échec complet des derniers Mondiaux, où les Allemands auraient été relégués s'ils n'avaient pas été les organisateurs de l'édition suivante, la concurrence n'a jamais été aussi forte. Elle a laissé sur le carreau notamment un joueur de NHL (Schubert) mais aussi des cadres comme Gogulla ou Barta. Uwe Krupp a tenu parole en laissant les places ouvertes jusqu'au dernier jour, pour intégrer ainsi l'homme du moment Kai Hospelt, élu joueur du mois de janvier en DEL.

L'analyse complète de l'effectif. Changements par rapport à la composition prévue : trois, tous par simple choix de coaching. Après l'échange Gogulla/Hecht mi-janvier, Jason Holland a été écarté la semaine dernière, finalement remplacé par Sven Butenschön, et Alexander Barta a quitté Vancouver la veille du tournoi au profit de Kai Hospelt.

 

La rocambolesque démission de son entraîneur Glen Hanlon a mis l'équipe nationale du Bélarus dans la panade en même temps qu'elle a entraîné une crise de pouvoir à la tête du hockey biélorusse. Mikhaïl Zakharov, l'homme qui a publiquement contrarié le président de la fédération Vladimir Naumov, a été choisi comme nouveau sélectionneur par le comité directeur. Très étrange, sachant que Naumov ne supporte pas la dissension et qu'il n'était censé avoir que des béni-oui-oui à son comité. En fait, la crise couvait déjà. Il a démissionné et est parti pour affaires en Russie, mécontent que ses ennemis les journalistes aient pris parti pour Hanlon (comme le public).

Zakharov, lui-même qui avait été évincé au profit de Hanlon après un incroyable échec à la qualification olympique il y a quatre ans, est donc redevenu sélectionneur. Choisi parce que disponible ? On peut le penser vu la galère qu'il a connue pour se trouver des assistants (refus de Krikunov retenu par son club et d'Andrievsky). C'est le capitaine Ruslan Salei qui a contacté et proposé Dave Lewis. L'autre adjoint prévu pour la durée des JO, Andrei Khomutov, a renoncé fin janvier quand son propre assistant au Dynamo Minsk, qui devait entraîner seul le club en son absence, est parti à l'hôpital pour une hémorragie interne. La fédération n'avait pas fait signer le moindre contrat écrit à Khomutov, comme à ses collègues d'ailleurs...

Pas de président, pas de second adjoint, pas de contrats et... pas trace non plus des deux principaux renforts offensifs de NHL ! Mikhaïl Grabovsky et Aleksei Kostsitsyn, insuffisamment remis de leurs blessures, n'ont pas été libérés par leurs franchises respectives. La perte de Grabovsky laisse un déficit au centre, surtout que son remplaçant envisagé Borovkov s'est lui-même blessé. Quant à l'aîné Kostsitsyn, le seul contact du staff biélorusse à Montréal pour suivre son rétablissement était... le manager Bob Gainey, qui a démissionné la semaine dernière.

Euh, des bonnes nouvelles, quand même ? Oui, rassurez-vous, il y en a plusieurs. Une : le vétéran de 39 ans Oleg Antonenko a été le septième hockeyeur porte-drapeau de son pays, un record. Deux : Ruslan Salei, opéré du dos et absent depuis début octobre, a rejoué samedi et a recouvré la forme juste à temps, contrairement à ses camarades de NHL. Et trois : le Bélarus a inauguré en grande pompe le mois dernier la Minsk-Arena de 15000 places qui accueillera le Mondial 2014. La largeur de la piste y est réglable, ce qui a permis à l'équipe de s'entraîner sur petite glace avant de partir. De là à parler de préparation idéale avant ce tournoi olympique, vous aurez compris dans les paragraphes précédents qu'on en est vraiment très loin...

Gardiens : Vitali Koval (Dynamo Minsk, KHL), Andrei Mezin (Dynamo Minsk, KHL), Maksim Malyutin (Vitebsk).

Défenseurs : Ruslan Salei (Colorado Avalanche, NHL), Vladimir Denisov (Dynamo Minsk, KHL), Viktor Kostyuchenok (Amur Khabarovsk, KHL), Aleksandr Makritsky (Dynamo Minsk, KHL), Nikolai Stasenko (Amur Khabarovsk, KHL), Andrei Karev (Dynamo Minsk, KHL), Sergei Kolosov (Grand Rapids, AHL), Aleksandr Ryadinski (Dynamo Minsk, KHL).

Attaquants : Oleg Antonenko (Avtomobilist Ekaterinbourg, KHL), Sergei Zadelenov (Dynamo Minsk, KHL), Sergei Demagin (Neftekhimik Nijnekamsk, KHL), Sergei Kostitsyn (Canadiens de Montréal, NHL), Aleksei Kalyuzhny (Dynamo Moscou, KHL), Aleksei Ugarov (HK MVD, KHL), Konstantin Koltsov (Salavat Yulaev Ufa, KHL), Andrei Stas (Dynamo Minsk, KHL), Aleksandr Kulakov (Dynamo Minsk, KHL), Dmitri Meleshko (Dynamo Minsk, KHL), Andrei Mikhalev (Dynamo Minsk, KHL), Konstantin Zakharov (Dynamo Minsk, KHL).

Absents : Mikhaïl Grabovsky (Toronto, poignet), Aleksei Kostsitsyn (Montréal, genou).

Marc Branchu

 

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