Allemagne 2007/08 : bilan

 

La DEL a peut-être connu la phase finale la plus enthousiasmante de son histoire sportivement, mais elle peine toujours à le faire savoir. Une des raisons est l'absence de star connue et identifiable par le grand public. Le meilleur joueur étranger Scott Walker et le meilleur joueur allemand Michael Wolf ont en commun de n'être guère vendeurs : nom banal, visage anonyme, personnalité discrète, aura médiatique faible. Même l'aventure personnelle vécue par Robert Müller, revenu au plus haut niveau après sa tumeur au cerveau, n'en a pas fait un héros médiatique.

Pour faire parler de soi, il faut donc des coups de pub passagers, comme ce deuxième match le plus long de l'histoire du hockey sur glace (Cologne-Mannheim), intervenu si rapidement, l'année de la suppression des tirs au but en play-offs. Néanmoins, quand un sport suscite un intérêt passager, celui-ci concerne souvent surtout les mauvaises nouvelles ou les sales affaires. Le hockey allemand n'échappe pas à la règle et a encore vécu une année à scandales, qui a trouvé son point d'orgue au championnat du monde.

Avant que la fédération ne traverse une période trouble, l'image donnée par les présidents de clubs pendant la saison avait déjà été peu reluisante. À l'automne, on annonçait fièrement le retour de la promotion/relégation, sous forme d'un barrage, à l'issue de la saison 2009/10. Réjouissances, soulagement, lettres de remerciement des supporters... Au printemps, on apprenait que la DEL et l'ESBG (société des clubs de deuxième et troisième division) n'avaient pas réussi à se mettre d'accord sur la formule. La faute aux équipes de division inférieure, bien sûr, qui n'avaient pas accepté la proposition selon laquelle, "en toute équité", le dernier de DEL aurait l'avantage de la glace et pourrait aligner 10 étrangers contre 6 à son adversaire...

Du coup, après la montée de Kassel, les championnats vont être bloqués dans des formules peu satisfaisantes (trop de clubs en DEL, pas assez en dessous), et le hockey allemand se prépare de nouveaux débats difficiles à moins de deux ans de la date-clé du Mondial à domicile.

 

 

Les clubs de DEL

 

Premier : Eisbären de Berlin. Si les deux précédents titres des Eisbären semblaient issus d'une supériorité structurelle implacable, celui-ci a procuré plus d'émotions par les embûches semées sur le chemin. Surtout, il a coïncidé avec la dernière saison dans l'étroit mais mythique Wellblechpalast, où presque tous les matches se sont joués à guichets fermés.

L'homme-clé de l'organisation reste le manager Peter John Lee, qui a mis en place les structures de formation, mais l'entraîneur qui en récolte les fruits n'est plus le même. Pierre Pagé est parti, et il ne s'est pas trouvé grand monde pour le regretter. Les allusions au passé ont toujours été teintées de rancune, mais surtout de soulagement, presque de libération. Tous ont semblé bénéficier de la confiance insufflée par le nouveau coach Don Jackson : les vétérans Sven Felski et Stefan Ustorf ont connu une seconde jeunesse, alors que les jeunes défenseurs Jens Baxmann et Tobias Draxinger ont enfin eu droit à du temps de jeu, utilisé à très bon escient.

Ce jeu débridé, débarrassé de la contrainte d'un entraîneur rigoriste, s'est particulièrement exprimé chez deux défenseurs offensifs de premier plan, tous deux anciens internationaux américains : Andy Roach et Deron Quint. C'est ce dernier qui a été élu meilleur défenseur de DEL devant son collègue. Co-recordman de la NHL pour avoir marqué deux fois à quatre secondes d'intervalle, Quint sait aujourd'hui ce qu'il doit aux New Jersey Devils : les quatre matches qu'il a joué pour eux sont anecdotiques dans sa longue carrière, pas la conversation qu'il y a eue avec leur manager Lou Lamoriello. Celui-ci a eu le courage d'évoquer les yeux dans les yeux avec Quint son problème d'alcool, et ainsi de l'inciter à suivre une cure de désintoxication sans laquelle sa carrière et surtout sa vie auraient pris mauvaise tournure.

Pourtant, lorsque Steve Walker s'est blessé juste à la fin de la saison régulière, les Eisbären ont bien cru être maudits : lui aussi libéré par le changement de coach, le capitaine était plus que jamais le joueur-clé de l'équipe. On le disait perdu pour les play-offs, il est pourtant revenu dès les demi-finales. Et dans une finale très serrée contre Cologne, il a fait basculer la décision : but en prolongation au match 1, puis but vainqueur à trente secondes de la fin du match 3 alors que Berlin venait juste de se faire remonter sur une pénalité prise par Walker lui-même pour un retard de jeu.

Mais celui qui restera dans l'histoire comme l'homme du titre, c'est Florian Busch. Et, pour l'image du hockey allemand, cela ne pouvait pas plus mal tomber. Busch était en effet depuis une dizaine de jours au cœur de la polémique parce qu'il avait claqué la porte au nez d'un contrôleur anti-dopage, avant de s'excuser et de passer le test - négatif - dans l'après-midi. Impulsion idiote ou réaction propice à toutes les suspicions ? Geste regrettable en tout cas : la fédération a cru bon de faire bloc et d'ignorer tous ceux qui demandaient la suspension du joueur, mais menacée de perdre sa subvention ministérielle, elle a dû accepter de remettre le sort de Busch entre les mains du comité olympique au lieu de se contenter d'une sanction interne symbolique. Le buteur décisif du championnat 2008 est en sursis...

 

Deuxième : Cologne. La Kölnarena est devenue une référence du hockey allemand et européen. C'est d'ailleurs pourquoi sa perte de dénomination - le nom va être vendu pour dix ans à la compagnie chimique locale Lanxess - est perçue avec tant de dépit. D'autres salles plus modernes, voire de capacité proche, se sont construites depuis sur le continent, mais la Kölnarena reste la première, celle qui a lancé le mouvement. Une marque qui veut dire quelque chose, qui frappe les esprits.

D'une certaine manière, la Kölnarena permet de mesurer le pouls du hockey allemand. C'est ici que l'on constate en premier lieu la nette érosion des affluences pendant une saison régulière ronronnante, à rallonge. Un derby contre Düsseldorf qui n'affiche pas complet, et c'est toute la DEL qui s'interroge. Mais c'est aussi la Kölnarena qui a été le symbole de play-offs enthousiasmants. C'est là qu'a eu lieu le match aux six prolongations contre Mannheim. À vrai dire, une grande partie du public en a eu marre - ou devait rentrer avant la fin des transports - et est partie avant terme, mais chut ! En cette veille de jour férié, la presse écrite n'était pas gênée pour les heures de bouclage. Par sa rareté, l'évènement a donc eu un certain écho.

Le gardien vainqueur Robert Müller, en faisant face à 100 tirs, a vécu une soirée historique. Qui se souvient qu'en décembre, Cologne pensait sa saison fichue ? Travis Scott, vite considéré comme le meilleur gardien de la ligue, n'avait pas pu résister au rappel de son ancien club Magnitogorsk, qui a les moyens d'être convaincant. Le dédommagement financier ne suffisait pas à consoler Cologne, mais l'arrivée de Müller, si. Barré à Mannheim, le gardien international a rappelé qu'il n'était pas seulement un miraculé. Il a aussi retrouvé son niveau d'avant la maladie, ce dont on avait pu douter sans le dire.

Il n'a pas manqué grand-chose à Cologne : un poil de réussite certainement, et peut-être aussi un peu de densité offensive. En tout cas pas un leader. Toujours dominant techniquement et physiquement, Ivan Ciernik a réussi une grande saison. Et s'il n'a pas tant fait parler de lui, c'est peut-être qu'on s'est habitué, ou qu'il a été trop régulier. Ses 49 buts, dont 11 en play-offs, parlent d'eux-mêmes. Le problème de Ciernik est qu'il reste, comme d'autres avant lui, un phénomène circonscrit aux frontières de la DEL : il n'est pas aussi impressionnant aux championnats du monde avec la Slovaquie.

 

Troisième : Francfort. C'est ce que l'on appelle une saison pleine, et les Lions n'en ont pas connu souvent. La constance des performances a conduit à une atmosphère de réconciliation générale au sein du club et des supporters. Les esprits les plus critiques ont même ravisé leurs remarques devant le bilan sans accroc. Paradoxalement, c'est après cette saison passée dans une atmosphère guillerette que le président Gerd Schröder a connu une attaque cérébrale. Il est actuellement plongé dans un coma artificiel.

Même en ayant passé tout le championnat dans le top-4, Francfort n'était pourtant pas totalement pris au sérieux par ses adversaires en play-offs. Les Lions ont su en profiter pour sortir Iserlohn après avoir pourtant été menés 3 victoires à 1, et pour mener la vie dure en demi-finale à une équipe de Cologne rendue un peu trop confiante par le 7-1 initial.

Les Canadiens amènent leurs points forts dans des secteurs-clés du jeu : le leadership du capitaine Jason Young, la technique impériale de Chris Taylor aux mises au jeu, la qualité de lancer de Richie Regehr en supériorité numérique, et la présence physique redoutée de Jason Marshall en infériorité numérique.

En revanche, Francfort est toujours aussi limité en main-d'œuvre locale. Les rares joueurs allemands sont vieillissants, avec la retraite programmée de Martin Reichel, même si un Michael Bresagk n'a pas l'intention de s'arrêter grâce à une condition physique qu'il entretient remarquablement.

 

Quatrième : Düsseldorf. Le co-favori a connu une saison catastrophique. La ligne "KVK", autrefois symbole de sa réussite, est devenue le parfait exemple des malheurs du DEG, car deux de ses membres éminents étaient sur le flanc. Daniel Kreutzer ne s'est jamais vraiment remis de la mononucléose qui a entamé ses forces. Il a logiquement perdu sa place dans une équipe nationale dont il était pourtant le capitaine. Le centre norvégien Tore Vikingstad a pour sa part été longuement convalescent après son opération de l'épaule, et il n'a pu revenir qu'en fin de saison. Le troisième homme Klaus Kathan, privé de ses collègues, a perdu son efficacité offensive, hormis pendant un très bon premier mois. Par la suite, il a surtout rappelé ses faiblesses défensives.

Les raisons de la crise étaient donc à chercher au-delà de l'entraîneur tchèque Slavomir Lener, viré dès la fin octobre. En prenant lui-même en mains l'équipe qu'il avait recrutée, le manager Lance Nethery n'avait plus d'excuses. Ou presque : quand le gardien Jamie Storr s'est blessé au genou, sa doublure Jochen Reimer a peiné à le remplacer. Le DEG s'est donc enfoncé un peu plus.

Il semblait condamné à boire le calice jusqu'à la lie et à voir sa saison se terminer prématurément. Et puis, en fin de saison régulière et dans ces play-offs en lesquels on avait perdu espoir, cette équipe sans buteur s'en est trouvé un : l'ex-espoir de l'année Patrick Reimer.

La KVK a effectué une belle tournée d'adieux dans ces séries. Des joueurs qui avaient pas mal déçu ont aussi formé une ligne soudainement performante : Panzer-Pinnizzotto-Reid. De quoi terminer la saison avec le sourire. Mais pas de quoi combler le trou laissé dans le budget par des tribunes du Dome de plus en plus désaffectées.

 

Cinquième : Nuremberg. Si vous voulez savoir comment gâcher une saison partie à la perfection, demandez à Günther Hertel. Le boss des "Sinupret Ice Tigers", spécialisé dans la parapharmacie, a sa décoction bien à lui...

Le diagnostic du patient était pourtant très positif. Grâce à sa vitesse de jeu, Nuremberg occupait la première place d'une saison régulière (qui lui vaudra d'ailleurs une qualification pour le tour préliminaire de la future Ligue des Champions). Après lui avoir trop vite tressé des louanges puis l'avoir trop vite critiqué publiquement, Benoît Laporte avait réussi à ce que son buteur Ahren Spylo utilise son impressionnant gabarit pour le bien de l'équipe. Le bilan sportif était au beau fixe, et c'est le moment que choisissait Hertel pour déclarer qu'il n'était plus très sûr de vouloir continuer à financer l'équipe, et que l'avenir ne lui paraissait pas très assuré...

Tempête médiatique. Au lieu de faire parler de lui par ses succès sportifs, le club devenait un sujet d'inquiétude. L'entraîneur Benoît Laporte, agacé du comportement d'un Hertel par ailleurs invisible auprès de l'équipe, ne cachait plus sa volonté de partir.

Ce flou sur l'avenir n'a pas manqué d'avoir des répercussions sur la saison en cours, avec une élimination d'entrée en play-offs contre une formation de Düsseldorf au moral retrouvé.

Bien sûr, des raisons purement sportives ont expliqué cette contre-performance : le régulateur de l'attaque Scott King traînait des douleurs après une fracture de la malléole, et Dimitrij Kotschnew, fraîchement élu gardien de l'année en DEL, était mal remis d'un virus. Mais le remue-ménage extra-sportif a été la première raison invoquée par Laporte.

Günther Hertel n'a pas fini de faire parler de lui. Après avoir enlevé "Nuremberg" du nom de l'équipe professionnelle, il veut aujourd'hui couper tout lien avec sa structure originelle (EHC 80 Nuremberg), qui recevait déjà à peine 15 000 euros de la structure pro. Hertel a trouvé moins exigent : à 35 km de là, le club amateur de Höchstadt est prêt à signer un accord de coopération sans la moindre contrepartie ! Même pas le prix de l'encre pour signer le papier... Alors que la DEL a communiqué cette saison sur son grand projet de formation pour obliger à terme les clubs à avoir des équipes de hockey mineur dans les divisions supérieures, on voit comment ces exigences sont vides de sens lorsqu'elles peuvent être contournées par des accords creux entre équipes aux liens distendues et par l'absence de vrai investissement financier dans la formation. La vision à court terme et la pensée "après moi, le déluge" a encore de beaux jours devant elle, surtout avec Hertel.

 

Sixième : Iserlohn. Cette coupure avec le hockey mineur et avec la formation des jeunes trouve son origine dans la création de la DEL dans les années 90. Juste après, une autre étape avait été franchie avec la libéralisation totale des joueurs étrangers. Certains des meilleurs joueurs allemands avaient alors été obligés de se recaser en deuxième division, et parmi eux Robert Hock. Le centre a pris une certaine revanche cette saison puisqu'il est devenu le meilleur marqueur de l'histoire de la DEL, en dépassant le Canadien retraité Mike Bullard.

Le passeur Hock forme un duo parfaitement complémentaire avec le tir rapide et précis de Michael Wolf. Depuis l'avènement de la DEL, jamais des Allemands n'avaient remporté le classement des marqueurs, ni celui des buteurs, ni le titre de joueur de l'année. Hock, Wolf et Wolf, respectivement, ont mis un terme à cette longue éclipse.

L'équipe nationale en profitera-t-elle ? Oui pour Wolf, que Krupp a regretté de ne pas avoir sélectionné plus tôt (dernier joueur coupé aux JO puis au Mondial d'Amiens). Non pour Hock, toujours pas convaincant pour les sélectionneurs malgré ses progrès défensifs cette saison sous le coaching d'Adduono, qui a utilisé le duo Wolf/Hock à toutes les sauces. En revanche, l'équipe d'Allemagne s'est servie du meilleur +/- d'Iserlohn, le défenseur canadien naturalisé Chris Schmidt, qui a été la bonne surprise des championnats du monde au Canada.

Portés par leur duo magique, et par le gardien Norm Maracle qui a vaincu les moqueries initiales sur son poids et ses premiers matches catastrophiques, les Roosters ont assuré sans trop de mal la qualification en quart de finale. Pour un club qui n'avait plus vécu cela depuis vingt ans, atteindre les play-offs était déjà un rêve. Peut-être s'en est-il un peu trop contenté, car la saison aurait pu être encore plus belle si la série contre Francfort avait été conclue...

 

Septième : Mannheim. Confortables champions en titre et nets favoris, les Adler sont redescendus sur terre dans un piqué imprévu. Ils étaient soudain moins majestueux, ces aigles, réduits au rang d'ordinaires volatiles.

Le seul écueil que l'on pouvait prédire, la gestion des gardiens, a effectivement posé problème. Adam Hauser donnait satisfaction comme titulaire, mais Robert Müller ne pouvait décemment rester sur le banc. Il n'était pas revenu pour ça, et il fallait trouver une solution : le prêt à Duisburg d'abord, et puis le transfert à Cologne, l'ex-club de Hauser. L'ironie du sort se montrait finalement sans pitié pour Mannheim, éliminé en quart de finale par son ancien gardien.

Ce recul est inexplicable pour une équipe qui avait gardé presque entièrement l'effectif champion. La situation du chasseur devenu "chassé" n'a peut-être pas convenu aux prédateurs ailés. Certains joueurs ont vu leurs performances s'effondrer, comme l'attaquant Colin Forbes, dont le total de points a diminué de moitié, ou le défenseur Martin Ancicka, qui a fini la saison avec une fiche catastrophique de -21.

Le club s'est retrouvé bien embêté. Il était si confiant qu'il avait prolongé le contrat de son duo d'entraîneurs Poss/Fowler dès le mois d'août. Le manager Marcus Kuhl attendait le bon moment pour l'annoncer, un moment qui ne vint jamais... En novembre, il fut obligé de confirmer l'information qui avait transpiré incidemment dans des documents officiels. Mais en décembre, Greg Poss était déjà viré. Dave King fut engagé à sa place, et le club s'empressa là encore de prolonger son contrat d'une année supplémentaire. Puisque la résistance venait plutôt des joueurs, du ménage sera fait dans le vestiaire à l'intersaison.

 

Huitième : Hambourg. Les résultats restent toujours aussi moyens à Hambourg malgré un investissement de plus en plus important. On ne peut même pas dire que le club a vraiment mal recruté : Peter Sarno a été le joueur dominant statistiquement à cinq contre cinq en DEL. Il a donc été désigné comme la meilleure trouvaille de l'été, même si sa créativité en faisait une sorte d'intrus dans une équipe au jeu simple.

La médiocrité du spectacle proposé et l'absence de réaction ont fini par irriter le public jadis docile de la Color Line Arena, qui s'est rebellé. Les gentils consommateurs s'étaient transformés en méchants supporters, multipliant les messages de défiance à l'égard du staff et surtout du manager Boris Capla, un des hommes les moins appréciés de toute la ligue. Les patrons d'Anschutz étaient même obligés de venir taper du poing sur la table. Fin janvier, on apprenait que Capla ne serait plus présent sur le banc et quittait toute responsabilité sur le secteur sportif. L'assistant-coach Bob Leslie était alors chargé de la direction sportive.

Les Freezers ont attrapé une mauvaise réputation auprès des joueurs en raison de la gestion humaine calamiteuse de Capla et/ou de l'entraîneur Bill Stewart. Le meilleur exemple cette saison est celui des gardiens. Jean-Marc Pelletier, le joker qui avait accompagné Mannheim vers le titre, était en disgrâce après de trop nombreux mauvais rebonds. Sa blessure au genou "providentielle" en janvier permettait au club de réagir : il se débarrassait alors de la doublure Daniar Dshunussow (envoyé en division inférieure à Regensburg bien qu'il ait eu le soutien des tribunes) et engageait Philippe Sauvé... l'ancien collègue de Pelletier en junior majeur ! Sauvé participait d'abord à la belle remontée des Freezers, devenus soudain performants. Alors que leur qualification était en péril, ils terminaient la saison régulière par huit victoires, éliminaient Ingolstadt et gagnaient la première manche du quart de finale à Berlin.

Personne dans l'équipe ne savait expliquer ce regain de forme, pas plus que ce qui allait suivre : trois déroutes successives pour une défense trop peu mobile, des cataclysmes dans lesquels Sauvé coulait corps et biens. Stewart se souvenait alors de l'existence de Pelletier, son ex-chouchou à qui il n'adressait même plus la parole et qui était relégué en tribune depuis son retour de blessure. Il revenait pour le dernier match, sans pouvoir empêcher la défaite 4-3 de ce club qui l'aura mal traité durant deux mois... et pour lequel il a re-signé.

 

Neuvième : Hanovre. Dans une TUI Arena déjà en déficit, les affluences ont chuté très lourdement cette année. Faut-il y voir une certaine lassitude envers les systèmes répétitifs de l'entraîneur Hans Zach ? Ses exigences ont dépouillé l'équipe des joueurs à la fibre créative. Après Robert Hock, reparti avec le succès que l'on sait, ce fut au tour d'Andreas Morczinietz, l'autre joueur qui avait fui Cologne à cause de Zach et qui avait eu le déplaisir de le voir débarquer dans son nouveau club. Le couple impossible a tenu un an et demi. Temps de jeu réduit, puis bannissement en tribune en décembre : Morczinietz, qui continue d'étudier et de résider à Hanovre avec son amie, n'a eu d'autre choix que de se trouver un nouveau club en cours de saison. Le seul choix possible était à Wolfsburg à 80 km de là. Sans Morczinietz - célébré par les supporters lorsqu'il est revenu sous sa nouvelle tunique - il restait quand même le centre américain Matt Dzieduszycki comme bon patineur et distributeur.

Tout n'est cependant pas aussi univoque. Il y aussi des joueurs qui sont attirés par Zach, comme l'ex-international Tino Boos qui a marqué 40 points pour la première fois de sa carrière. Et c'est à l'ex-sélectionneur que l'on doit la transformation d'André Reiss, anonyme attaquant, en André Reiss, défenseur... appelé en équipe nationale avec quelques mois d'expérience à ce poste ! Une reconversion effectuée presque par hasard en raison d'une pénurie d'arrières en pré-saison.

Il faut dire que les Scorpions n'ont pas été épargnés par les absences. Le pompon a été atteint lorsque les deux défenseurs Sascha Goc et Stéphane Robitaille ont fait la paire jusqu'à l'infirmerie en se blessant au genou dans le même match ! Ils se sont rétablis, mais n'ont plus leur forme passée. Hanovre a ensuite connu une perte encore plus lourde, celle de Chris Herperger, le leader offensif d'expérience.

Il a donc fallu passer par les pré-play-offs, qui ont tenu à peu de choses. En l'occurrence, un mauvais placement d'Alexander Jung sur le but décisif de Düsseldorf. Le gardien allemand, déjà responsable de la faiblesse de son équipe dans les séances de penaltys, entend de nouveau ses oreilles siffler.

 

Dixième : Ingolstadt. Plutôt habitué au succès depuis son arrivée en DEL, l'ERC Ingolstadt n'y avait jamais pris la décision brutale de licencier un entraîneur. Tout s'y déroulait de manière paisible, aussi lisse que le style de jeu soporifique mis en place par Ron Kennedy.

Le patron Jürgen Arnold n'a cependant pas supporté le retour à la médiocrité. Fin novembre, il a tout envoyé valser : le coach, son adjoint, plus le manager Stefan Wagner. L'équipe était alors tombée à une peu satisfaisante dixième place... Une place qu'elle n'a presque plus quittée jusqu'à la fin du championnat ! Les pré-play-offs n'y ont rien changé. Ingolstadt avait gagné la première manche à Hambourg et avait la possibilité de conclure en menant 3-1 chez lui... mais s'est fait remonter à vingt secondes de la fin après une série d'erreurs individuelles.

Le changement de style de jeu a en effet mis en évidence les faiblesses défensives : Jason Holland a multiplié les pertes de palet en cette année d'obtention de son passeport allemand (tout ça pour que sa sélection indue manque de disqualifier l'Allemagne aux championnats du monde !), et le défenseur offensif Josh MacNevin a énormément déçu, très loin de l'impact qu'il pouvait avoir en division inférieure. Cependant, Arnold n'a jamais regretté Kennedy et ses systèmes conservateurs, déclarant qu'il aurait même préféré voir le nouvel entraîneur Mike Krushelnyski prendre les choses en main plus tôt.

La révélation de cette saison frustrante s'appelle Vince Bellissimo. L'attaquant d'ECHL avait été engagé simplement à l'essai, et il est devenu le buteur n°1 de son équipe, et le meilleur rapport qualité/prix de DEL. Le centre Felix Schütz, enfin revenu de junior majeur, l'a bien servi pour son retour au pays. Yorick Treille a accompagné cette ligne pendant quelques matches, en adoptant un rôle de joueur de complément qui convenait mieux à ses aptitudes travailleuses. Malheureusement, c'est à ce moment-là que le Français s'est blessé à l'épaule. En dépit de sa très bonne fiche +/-, il avait trop peu marqué auparavant pour se voir proposer un nouveau contrat.

 

Onzième : Krefeld. Même si les nouveaux attaquants canadiens Ryan Ramsay et Brian Maloney ont amené un style très physique, le KEV conserve dans l'ensemble un jeu d'inspiration plus européenne que la moyenne de la DEL, un jeu également plus tourné vers l'offensive. Cela se ressent particulièrement à l'extérieur, où Krefeld a la deuxième meilleure attaque... et la plus mauvaise défense. La présence d'un Dusan Milo souverain dans les lignes arrières n'a pas suffi.

Après avoir suspendu puis licencié à Noël le controversé Aleksandr Selivanov dont "l'âme russe" semait la zizanie, les Pinguine avaient pourtant aligné six succès de rang, le plus souvent contre des cadors, et avaient grimpé à la septième place. La suite du mois de janvier se révélait d'autant plus décevante. La faiblesse dans les cages devenait trop perceptible, et le vétéran suisse Reto Pavoni devenait le bouc émissaire, renvoyé dans ses pénates helvétiques. Malheureusement, le Canadien censé le remplacer, Nathan Masters, ne faisait pas beaucoup mieux, et ce problème de gardien a sans doute coûté la qualification.

Le malaise qui demeure dans le vestiaire semble dépasser le seul Selivanov, et le coach Ehrenberger est toujours soupçonné de manquer de poigne. Deux joueurs ont exigé de partir alors qu'ils sont encore sous contrat. Et pas n'importe quels joueurs : Jan Alinc, le maître à jouer tchèque de l'attaque, et Daniel Kunce, rude défenseur et chouchou local. Les supporters ont déjà été pris en train de chanter "À part Kunce, vous pouvez tous partir" ! Cette volonté de départ a même été condamnée par... son agent, qui déplore son manque de loyauté. Kunce a donc dû changer de conseiller...

À l'évidence, cette saison ne restera pas un bon souvenir sur la rive gauche du Rhin. Le seul point positif restera la belle progression du joueur formé au club Daniel Pietta, qui a terminé avec la meilleure fiche de l'équipe (+16).

 

Douzième : Augsbourg. À son arrivée en 2006, Paulin Bordeleau avait tenu des discours très ambitieux, qui cadraient mal avec les moyens limités d'Augsbourg. Fin novembre 2007, une lourde défaite 10-4 à Berlin en demi-finale de la coupe, le seul trophée paraissant à portée du club, lui a été fatale. Elle venait après une mauvaise série en championnat alors que l'AEV voulait encore croire aux play-offs.

La mission était confiée à Larry Mitchell, entraîneur à succès dans le petit club de Landsberg, et elle n'était pas impossible. On entrait en effet au cur de l'hiver, cette période où la température descend fortement dans la patinoire d'Augsbourg et où les adversaires gèlent sur place sur le banc. C'est pour cela qu'il est tant aimé, ce Curt-Frenzel-Stadion, qui sera finalement conservé mais entièrement rénové après décision quasi-unanime du conseil municipal. Au cours de ces travaux, la patinoire sera aussi entièrement close, faisant perdre cet avantage concurrentiel hivernal...

Augsbourg a gagné tous ses matches à domicile pendant deux mois après le changement d'entraîneur et a refait un retard qui paraissait rédhibitoire. La dixième place est finalement atteinte juste avant la trêve de février. À la reprise du championnat, il reste 8 matches à jouer... et les Souabes y prend en tout et pour tout 2 petits points.

Ils n'ont pas su maintenir le même rythme, et cela a été leur problème toute la saison avec un fléchissement caractéristique au troisième tiers-temps. Les trois meilleurs marqueurs, Shane Joseph, Travis Brigley et le défenseur trop offensif Harlan Pratt, étaient indolents et incapables d'amener de la constance. Quant au gardien Patrick Desrochers, non prolongé, il a fait ce qu'il a pu avec la cadence implacable qui lui a été demandée : il a joué les 56 matches de championnat plus la coupe, ne cédant sa place que pendant cinquante minutes au total.

 

Treizième : Wolfsburg. Le promu aurait espéré une meilleure entrée en matière, mais il s'est royalement planté dans son recrutement. Les deux stars prévues ont fait un grand flop. L'ancien champion du monde David Moravec n'est plus le buteur d'autrefois, et c'est avec un petit filet à son compteur qu'il a été renvoyé dès novembre. Lubomir Hurtaj est resté toute la saison, mais sans jamais avoir l'efficacité qu'on lui connaît en Slovaquie.

C'est donc un ancien de la deuxième Bundesliga, le capitaine Tim Regan, qui est resté le meilleur marqueur de l'équipe. Prévu au départ sur la troisième ligne, le vétéran a emmené un premier trio totalement inattendu avec Christoph Höhenleitner, un joueur qui cirait le banc à Ingolstadt et qui a pourtant inscrit 14 buts jusqu'à sa blessure à l'épaule en janvier, et avec Christoph Wietfeldt.

Très apprécié du public après six années dans l'équipe, Wietfeldt a cependant surpris en annonçant qu'il arrêtait sa carrière à 30 ans après cette première saison réussie en DEL. Il envisage une reconversion... comme arbitre. L'autre retraite était attendue, celle du vieux gardien Chris Rogles, n°2 derrière un Oliver Jonas redevenu titulaire.

 

Quatorzième : Straubing. Si la première saison dans l'élite est difficile, la seconde l'est généralement encore plus. On est bien placé pour le savoir à Straubing, où l'illusion aura duré le temps de cinq journées, avec trois victoires et une troisième place au classement. Les défaites se sont ensuite enchaînées. Elles ont été fatales à la vedette de l'an dernier Cam Severson, qui n'avait plus la même efficacité et en perdait ses nerfs, puis à l'entraîneur Erich Kühnhackl...

Le changement de coach a fait illusion le temps d'un match, un 7-1 contre Düsseldorf qui illustre le niveau de l'équipe quand tout va bien. Elle a ensuite montré son visage habituel : incapable de renverser un score, incapable de ramener des résultats à l'extérieur, elle n'a jamais re-décollé de l'avant-dernière place.

Le recrutement défensif s'est planté dans les grandes largeurs. Andy Canzanello n'a jamais été digne du rôle d'arrière n°1, et a même fini par être aligné en attaque. L'ex-international Anton Bader a été encore plus catastrophique et n'a tenu que jusqu'en décembre. Quant au trio offensif de 2e Bundesliga qui avait épaté à son arrivée en DEL, il n'est déjà plus qu'un lointain souvenir. Billy Trew a longtemps attendu un passeport allemand qui n'est jamais venu, et quand le club s'est enfin décidé à dépenser une licence d'étranger pour lui, il a joué 15 matches avant de se blesser à l'épaule. Privé de son camarade, le centre Trevor Gallant n'était plus que l'ombre de lui-même et a été écarté avant la fin des transferts, direction l'Autriche comme Severson.

Sur la glace, les duettistes offensifs québécois Éric Chouinard et Éric Meloche - malgré une discipline longtemps perfectible pour ce dernier - ont donc parfois dû se sentir un peu seuls. Ils n'étaient cependant pas totalement isolés : le public, toujours présent quoi qu'il arrive, a pu les rassurer sur ce point.

 

Quinzième : Duisburg. Fidèle au poste ! L'EVD a gardé précieusement sa lanterne rouge, son petit trésor personnel que nul ne veut lui voler. Pour autant, une saison n'est jamais monotone à Duisburg. Il y a les allées et venues de joueurs, assurées cette année par la riche idée de prendre plein de joueurs à l'essai pendant l'été... pour avoir ensuite le choix cornélien de garder les médiocres ou les pas terribles. Le dernier match a été disputé avec 15 joueurs de champ, et avec ce commentaire du boss Ralf Pape : "j'en aurais bien viré d'autres, mais j'ai besoin de joueurs".

Quand quelqu'un arrive à mettre sa dose de buts dans ce marasme, il se dépêche de signer ailleurs, comme Dzieduszycki l'an dernier et comme cette fois le centre canadien Adam Courchaine qui a décroché un contrat au DEG pour l'an prochain.

La nouveauté, c'est que le cirque s'est aussi accompagné de changements d'entraîneur. Cette fois, Didi Hegen n'y a pas résisté. Il a été remplacé par Karel Lang, qui semblait avoir stabilisé un peu le jeu des Füchse... C'était avant que Ralf Pape prenne comme "sage" résolution de Nouvel An de le virer pour éviter d'avoir à se fâcher avec lui !

Remettre en cause la qualité des gardiens alors que le patron a dit que Christian Rohde est un bon numéro 1, par exemple, c'est mal vu. Pourtant, un rapide résumé de la saison de Duisburg peut se faire comme suit : durant les quelques semaines où Robert Müller a été prêté par Mannheim, les Füchse ont remporté 6 matches sur 12. Sans Müller dans les cages, ils ont gagné 8 matches sur 44. Besoin d'un commentaire ?

 

 

Les clubs de 2e Bundesliga

 

Premier : Kassel. Plus la saison avançait et plus la pression montait autour des Huskies. Les négociations infructueuses autour de la promotion/relégation signifiaient que c'était maintenant ou jamais. Kassel ne pouvait pas se permettre d'attendre indéfiniment dans une 2e Bundesliga devenue trop petite pour lui. Il avait dominé la saison régulière (27 points d'avance), mais il est bien placé pour savoir depuis l'an dernier que ça ne suffit pas.

En play-offs, ils étaient donc plus de 5000, les supporters de la Hesse, à trembler de crainte et d'espoir. Et ils ont tremblé jusqu'au bout. Jusqu'à la prolongation du cinquième et dernier match de la finale, jusqu'au but de la délivrance de Drew Bannister, l'ex-défenseur de NHL. Pas un hasard. Kassel avait du métier derrière, à commencer par le gardien Boris Rousson, et du talent devant, avec le buteur Shawn McNeil et le centre complet Hugo Boisvert. Durant ces deux saisons au "purgatoire", Kassel s'est refait une santé et a repris goût à la victoire.

 

Deuxième : Landshut. Derrière la domination prévisible de Kassel, les Bavarois se sont clairement établis comme la seconde force de la Bundesliga. Les objectifs ont tous été atteints, et pourtant il reste une pointe de déception à ne pas avoir concrétisé. Mais contrairement à Kassel et à son projet de salle multi-fonctions sur le feu, Landshut peut se permettre d'attendre que la situation se clarifie.

Le club est devenu solide, et a préféré balayer les offres de reprise d'un milliardaire l'été dernier pour conserver son destin sous contrôle. Ce sont les anciens joueurs formés au club qui en tiennent les rênes. Le manager Bernd Truntschka a donc fait revenir à la maison les vieilles gloires Peter Abstreiter et Günther Oswald, qui ont été les principaux contributeurs en play-offs avec 11 et 6 buts.

Truntschka s'autorise toutefois une exception : alors qu'il s'apprêtait à entraîner lui-même, il a recruté fin août un de ses anciens coéquipiers au DEG, Andreas Brockmann, comme coach. Et celui-ci, meilleur entraîneur d'Oberliga la saison précédente avec Riessersee, a mis en place le meilleur powerplay de la division... dont le pourcentage de réussite a chuté de moitié en play-offs. Brockmann a maintenant été recruté à la surprise générale par un des meilleurs clubs de DEL, Nuremberg.

 

Troisième : Heilbronn. Les "Faucons" sont naturellement appariés avec les "Aigles" de Mannheim, et c'est donc à Heilbronn que les rapaces font couver leurs petits. Le pouponnage ne s'est pas toujours bien passé, mais cette année a été positive. Danny aus den Birken, qui avait été brûlé un peu tôt en DEL quand il avait dû rentrer en play-offs à 17 ans, a progressé en étant titulaire et en réalisant de bonnes performances. Frank Mauer, meilleur marqueur de DNL (championnat d'Allemagne des moins de 18 ans), a aussi pu exercer sa qualité de tir chez les seniors.

Ces jeunes ont permis à Heilbronn de jouer les trois premiers mois avec un étranger de moins et ont aidé à traverser les moments difficiles comme la blessure à l'épaule du buteur Luigi Celce. Le bilan est une troisième place inespérée alors que Heilbronn remontait tout juste d'Oberliga.

 

Quatrième : Schwenningen. Aucun club n'est aussi dépendant d'un duo que le SERC avec Dustin Whitecotton et Dusan Frosch. Les "jumeaux", qui font la paire depuis quatre ans, ont marqué un tiers des buts de leur équipe et ont fait oublier l'échec du recrutement nord-américain (Kevin Baker, Garrett Bembridge et Olivier Proulx, tous décevants et rentrés au pays). La performance de plus en plus nette de Whitecotton et Frosch n'est pas passée inaperçue, et ils rejoindront Straubing cet été.

Il faudra vite les remplacer, car la patience n'est pas la qualité première à Schwenningen. L'entraîneur Peter Ustorf a tenu huit journées avant d'être remplacé par l'intérimaire Greg Pruden, finalement gardé jusqu'à la fin après une série de victoires. Et après deux défaites en quart de finale, les supporters avaient déjà fait un sit-in de protestation devant le bus de l'équipe à Garmisch. Leur équipe a renversé la situation et vite reconquis leur soutien.

 

Cinquième : Riessersee. Ce quart de finale - au meilleur des sept manches contrairement à la suite des play-offs - restera donc un regret pour le club de Garmisch-Partenkirchen, qui a mené 2 victoires à 0 puis 3 victoires à 1 avant d'être éliminé pour n'avoir pas su concrétiser ses supériorités numériques (4,7% de réussite dans cette série).

Cela ne change rien à l'excellente saison qu'a connu le promu. Il a eu la main heureuse avec tous ses renforts étrangers, et plus encore avec la décision de confier l'équipe à un ex-attaquant du club qui venait de raccrocher les patins. Markus Bleicher a été élu meilleur entraîneur de la 2e Bundesliga pour sa première saison derrière le banc.

 

Sixième : Essen. La tradition s'est poursuivie dans la Ruhr : compter dans ses rangs le meilleur marqueur de la division, même après le départ de Tyson Mulock à Berlin. Ce n'était pas bien difficile avec une recrue de la qualité de Martin Bartek, joueur réputé à problèmes mais avec une explosivité de très haut niveau. Avec une équipe vouée à l'offensive et disposée à le faire briller, le Slovaque a pu marquer 98 points, près du double des autres meilleurs marqueurs de son équipe.

Mais la "vraie" tradition à Essen, c'est surtout la gestion la plus catastrophique du hockey allemand. Six ans après le dépôt de bilan de 2002, alors que le club était en DEL, les Moskitos se sont à nouveau écrasés au mur. Ils ont initié diverses opérations de sauvetage pour récolter de l'argent, mais les donneurs ont dû se sentir floués. Cela n'a servi qu'à assurer la trésorerie jusqu'à la fin de saison, pas à éviter la liquidation estivale.

 

Septième : Bietigheim-Bissingen. Les gros pointeurs et les recrutements ambitieux, on a l'habitude à Bietigheim. Mais cette année, c'était un peu la disette. Justin Kelly a fini meilleur marqueur de l'équipe par défaut... alors qu'il a manqué 20 matches en raison d'une blessure à l'épaule Cela en dit long sur le potentiel offensif des autres.

Heureusement que la défense et les gardiens ont très bien tenu le choc, hormis le recordman des pénalités (inutiles ou dangereuses) Teemu Kesä qui a fini la saison en tribune. Cela a permis aux Steelers de faire leur retour en play-offs. Pour sa première année comme entraîneur, Christian Brittig a alors vu son équipe éliminée par son club formateur Landshut en quart de finale, non sans avoir lutté vaillamment.

 

Huitième : Crimmitschau. L'été avait été long en Saxe. La situation financière n'était pas rose et on avait séparé l'équipe professionnelle de la structure de base du club. Le recrutement avait été entrepris tardivement et l'équipe n'a pris son visage définitif qu'en janvier. Avec le budget à disposition, on ne donnait pas cher de la peau de Crimmitschau, qui avait effectivement la plus faible attaque du championnat.

Pourtant, le classement final défie tous les pronostics. Le déclencheur a de nouveau été le gardien. Sinisa Martinovic, qui a tenu pour la première fois de sa carrière un rôle de n°1 incontesté. En restant plus longtemps debout, en devenant plus mobile, le Germano-Croate a gagné en régularité, et ses trois blanchissages d'affilée en janvier ont lancé une fin de saison de rêve. Juste après l'annonce de son départ, il a assuré le maintien, mais la spirale positive ne s'est pas arrêtée en si bon chemin avec une qualification en play-offs acquise dans la foulée.

 

Neuvième : Munich. La Hongrie, promue pour la première fois de leur histoire dans l'élite mondiale, se demande où elle en serait sans son entraîneur Pat Cortina. Les Munichois, eux, ne se posent plus la question. Ils savent.

Cortina était parti l'été dernier, inquiet des atermoiements des sponsors et des dirigeants. Le recrutement effectué en son absence a connu des ratages. Son remplacement sur le banc ne s'est pas mieux passé. Bernie Engelbrecht s'est fâché avec tout le monde et a été mis à la porte mi-octobre. Le suivant, l'Américain Doug Bradley, a connu un bref état de grâce, avant que l'équipe ne rechute jusqu'en douzième position. Mais à ce moment-là, Pat Cortina, viré par Innsbruck, était de nouveau libre. Le sauveur est donc revenu, il a assuré le maintien a prolongé pour deux ans. Alléluia.

 

Dixième : Regensburg. Il y a peu de temps encore, le club espérait monter en DEL le plus vite possible, avant que les portes ne risquent de se refermer. Il est allé trop vite et y a laissé des plumes. Sportivement, la saison aurait pu être une belle réussite, du moins après le remplacement du jeune retraité Wayne Hynes par l'entraîneur plus expérimenté Igor Pavlov. Une série de sept victoires dans les huit dernières journées a permis de décrocher la dixième place synonyme de maintien au dernier match, devant 4580 spectateurs encore confiants.

Mais on ne retiendra que cet énorme trou d'un million d'euros dans les caisses. La deuxième liquidation dans la même saison, juste après celle d'Essen. Et tous les efforts d'image de la 2e Bundesliga fichus par terre, alors qu'elle avait une vitrine idéale avec un magazine hebdomadaire de 30 minutes sur une chaîne gratuite (DSF), ce que même la DEL n'avait pas.

 

Onzième : Ravensburg. L'EVR n'a pas tardé à prouver qu'il a toute sa place en deuxième Bundesliga. Avec ses 2900 spectateurs de moyenne, deuxième affluence du championnat, il a connu une entrée en matière euphorique, avant que la blessure à l'épaule du Canadien Jeff Richards ne brise ce bel élan. Restant alors sur deux défaites, l'équipe en enchaînait six de plus et plongeait dans le doute.

Les arrivées en cours de route rattrapaient le coup : le buteur Ben Thomson, viré de Klagenfurt, le vétéran Robert Brezina, venu de Weisswasser pour raisons familiales, et le jeune gardien prometteur Dennis Endras, libéré par la débâcle de Landsberg.

La onzième place sauvée de justesse permettait justement de rencontrer une équipe de Landsberg en pleine déroute en barrage de maintien. L'adversaire idéal, battu en quatre manches sèches.

 

Douzième : Bremerhaven. Igor Pavlov, élu deux fois entraîneur de l'année dans la division, était devenu l'incarnation de Bremerhaven. Il avait développé une image de technicien sympathique, soucieux de la progression des jeunes joueurs, adepte d'un hockey ouvert et plein de fraîcheur.

Cette saison semblait partir dans le même esprit, mais le ressort s'est cassé tout de suite. En licenciant dès la pré-saison le Canadien Ryan Kinasewich, dont il a critiqué la condition physique défaillante alors qu'il revenait de blessure, Pavlov a brisé la relation de confiance qui existait avec l'équipe.

Il a alors joué au perpétuel insatisfait. 4e journée : il a des mots très durs envers Marjan Dejdar, un Allemand qui sera pourtant la révélation de la saison. 9e journée : il met en cause le comportement défensif du meilleur marqueur Darin Olver. Ensuite, il critique encore le jeu de puissance de son équipe au lieu de saluer sa combativité après son élimination aux tirs au but contre Ingolstadt en coupe. Après une victoire à Crimmitschau, il parle de niveau de Regionalliga et déclare avoir besoin de vodka pour pouvoir analyser le jeu de son équipe. Trop, c'est trop. Après tant de saillies verbales, il a été déchargé de ses fonctions. Tom Coolen a assuré la succession et sauvé le maintien, au septième match de la série contre Weisswasser.

 

Treizième : Weißwasser. Il est rare que des joueurs, étrangers qui plus est, s'expriment spontanément sur des questions d'actualité. C'est pourtant ce qu'a fait le gardien Nolan McDonald dans une étonnante lettre ouverte aux médias : "J'ai commencé à jouer en Allemagne en 1998. Dans une équipe qui a fait faillite. [...] Beaucoup de choses ont changé en dix ans. Ce qui n'a pas changé, c'est le manque de sens des responsabilités de certains clubs. [...] Nous aurions sûrement aussi pu engager à l'été un super joueur comme Martin Bartek. Nous aurions pu aussi recruter Eric Lindros ou Pavel Bure. Mais il faut savoir dans ce genre de contrats si les joueurs sont réellement payés jusqu'au bout. Si mon club avait agi pareillement, nous serions vraisemblablement en play-offs et pas en train de lutter pour le maintien. C'est la dure réalité ! Il faut récompenser les clubs qui font leur budget sagement, et pénaliser durement ceux qui ne peuvent ou veulent pas le faire. Il s'agit de l'image du hockey allemand. Il s'agit de jobs. Il s'agit de la passion de beaucoup de supporters qui viennent chaque semaine à la patinoire. Nous avons besoin de retrouver de la crédibilité."

Prémonitoire. Weisswasser, avec son banc limité, est descendu sportivement... et a été repêché administrativement après la faillite d'Essen, le club qui avait engagé Bartek mais versait ses salaires en retard dès le début de saison...

 

Quatorzième : Landsberg. De repêchage, il n'en est pas question à Landsberg. On essaie déjà d'assurer la prochaine saison en Oberliga après un crash en bonne et due forme. Les deux dernières promotions se sont peut-être enchaînées un peu vite pour ce club qui a eu les yeux plus gros que le ventre. Il a constitué une belle équipe, assurément, mais absolument pas finançable. Elle occupait une deuxième place inouïe à l'automne lorsqu'elle s'est décomposée en quelques semaines.

Qui a quitté le navire le premier ? Les sponsors ? Les joueurs ? L'entraîneur qui avait constitué l'équipe, Larry Mitchell ? Chacun a son idée, en tout cas la bougeotte a été très contagieuse. Avec les joueurs qui restaient, et même quelques nouvelles recrues (?!), Landsberg a perdu 24 de ses 25 derniers matches et ses 4 matches de play-down. Une lente agonie.

 

 

Oberliga

Deux équipes ont dominé l'Oberliga cette saison et ont décroché leur promotion sans l'ombre d'un doute, Dresde au nord et Bad Tölz au sud. Les play-offs croisés ont confirmé la hiérarchie pour chaque vainqueur de groupe puisque Dresde a remporté ses deux séries par 4 victoires à 1, et Bad Tölz par 4 victoires à 0, sans perdre un match.

Le retour de Florian Zeller dans son club formateur a en effet permis à Bad Tölz de compter sur un trio offensif sans équivalent à ce niveau, avec Yanick Dubé et T.J. Mulock. Mais la vraie force des Löwen, c'est sa défense de fer, où Adam Borzecki, le Polonais toujours aussi solide, fait encore le ménage. Au lieu de s'appuyer sur des gardiens étrangers, le club bavarois avait cette fois engagé un jeune Allemand de 22 ans formé à Schwenningen, Thomas Ower, et ce fut un beau succès puisqu'il a terminé meilleur gardien de la division.

Pour Dresde, qui a accueilli le All-Star Game de DEL dans sa nouvelle patinoire, cette remontée fait suite à une totale reconstruction menée l'été dernier par le manager Jan Tabor. Il a bouleversé l'équipe et engagé un nouvel entraîneur, Marian Hurtik, qu'il n'a cessé de court-circuiter. Il a viré des joueurs que le coach jugeait satisfaisant, et a fini par lui prendre la place sur le banc en le gardant juste comme prête-nom pour signer les feuilles de match (Tabor n'ayant pas de diplôme). Le manager a décidé de tout et a finalement tenu les objectifs qu'il avait lui-même fixés : ne pas relâcher la concentration, maintenir l'harmonie dans le vestiaire contrairement à l'an dernier, et bien sûr couronner cela par une promotion. 

On savait depuis le début que, parmi les perdants des demi-finales décisives pour la montée, le mieux classé serait certainement promu lui aussi. Ce "repêchage programmé" avait déjà eu lieu l'an dernier pour la même raison, parce que la DEL admet un club supplémentaire sans en reléguer un en contrepartie. Comme Riessersee un an plus tôt, Fribourg-en-Brisgau a donc fêté la montée en se faisant balayer quatre manches à zéro. Les Wölfe reviennent de loin. En octobre, ils n'étaient même pas en position de se qualifier en play-offs. Cela avait d'ailleurs coûté sa place au coach Sergej Svetlov, remplacé par le jeune entraîneur des juniors, l'étonnant Peter Salmik.

Pour leur défense, la poule sud était sans doute un peu plus forte. Grâce au recrutement "jackpot" du jeune centre canadien Garrett Festerling (qui a marqué 133 points pour sa première saison pro et a été engagé pour trois ans en DEL par les Scorpions de Hans Zach), le club historique Füssen, inattendu troisième au sud, a en effet sorti le promu Leipzig, surprenant deuxième au nord.

À vrai dire, un autre quart de finale aurait pu tourner dans l'autre sens : le deuxième du sud Fribourg a été mené 3 victoires à 1 par le troisième du nord, le EC Hanovre. Et oui, les Indians ont encore échoué dans leur volonté de monter. C'est la quatrième fois de suite, et on se demande si même leurs très fidèles supporters ne vont pas finir par se lasser de cette malédiction.

Marc Branchu

 

 

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