Bilan des championnats du monde 2008

 

Résultats de la compétition

 

A-t-il été si particulier, ce Mondial du centenaire au Canada ? Par le résultat final, assurément, car le retour au sommet de la Russie ne s'oubliera pas, surtout après une finale mémorable succédant déjà à de belles demi-finales.

L'organisation s'est déroulée sans accroc. L'état de la glace du Colisée de Québec, avait été critiqué après la répétition générale (prémonitoire) Canada-Russie, mais les responsables ont très vite réagi en diminuant à la fois la température de l'enceinte et l'épaisseur de la glace.

L'affluence a été débattue. Certains matches du Canada ne se sont pas joués à guichets fermés, mais ils bénéficiaient d'un horaire peu favorable l'après-midi. Les chiffres peuvent toujours être critiqués du fait de certains artifices, mais le total de spectateurs dans le tournoi a quand même été le troisième de l'histoire après Prague 2004 et Helsinki 1997. Halifax et surtout Québec - en l'absence du pays-hôte - ont adopté les Mondiaux. Le public local a été impressionné par l'activité des supporters européens, qu'ils soient allemands, lettons, danois ou suisses, même si certains se sont parfois vu reprocher de chanter trop fort.  

En quoi la principale spécificité, le jeu sur petite glace, a-t-elle changé le style de jeu ? Pour sûr, toutes les équipes ont dû s'adapter, surtout avec les bandes parfois aléatoires du Colisée qui renvoyaient vite les palets devant la cage. Certains ont argumenté que les glaces plus étroites favorisaient les surprises en permettant aux petites équipes de piéger plus facilement les gros dans un système défensif. Cela reste à voir. Il y a certes eu des surprises, mais aussi des cartons. Si l'étroitesse de la surface de jeu avantage l'équipe qui défend, les lignes versions NHL, qui réduisent la zone neutre et allongent la zone offensive, la désavantagent en revanche en rendant la sortie de zone plus difficile. Généralement, le total des tirs était en hausse et la performance du gardien jouait un rôle plus important.

Le bilan de ce championnat du monde reste suffisamment positif pour que le Canada devienne désormais un pays organisateur comme un autre. Il n'y aura plus d'oubli. Une chose est sûre : on reviendra. On attend de savoir quand et avec quelles villes les Canadiens déposeront leur prochaine candidature. René Fasel les a déjà invités à le faire dès 2015.

 

 

Premier : Russie. Après le titre de champion d'Europe du basketball en début de saison, après la Coupe de l'UEFA remportée par le Zénith Saint-Pétersbourg trois jours plus tôt, le hockey sur glace russe ne pouvait pas patienter plus longtemps pour mettre fin à sa disette de victoires qui expliquait son lent déclin en Russie. Il ne pouvait pas mieux y arriver qu'à l'issue de cette finale palpitante où les Russes sont passés de la détresse à la délivrance.

Tout avait pourtant failli mal tourner une fois de plus. La blessure des deux gardiens prévus à quelques jours d'intervalle contraignait la Russie à s'entraîner avec un pigiste local et à jouer avec le convalescent Eremenko sur le banc, en attendant que l'arrivée d'Evgeni Nabokov soulage tout le monde. Elle fut bénéfique à plus d'un titre, puisqu'il a été élu meilleur gardien du tournoi. Ses blanchissages en quart de finale et en demi-finale ont pavé la voie du succès. 

Il y eut également la blessure du capitaine Aleksei Morozov contre la Suède, terrible réminiscence du moment où tout avait basculé il y a un an à Moscou. Il est revenu pour les derniers matches, mais était diminué.

Il y eut enfin la suspension d'Ilya Kovalchuk pour la demi-finale. En son absence, la ligne de Kazan réunie marqua deux buts pour battre les Finlandais, et on se demandait ce que Bykov allait faire de l'attaquant d'Atlanta, et il l'a pourtant remis en première ligne, en lui maintenant sa confiance comme l'an passé. Jusqu'à quand ? Jusqu'à ce qu'il devienne le héros le plus inattendu qui soit ! Transparent jusque là, Kovalchuk utilisait enfin sa qualité de tir et retrouvait le chemin des filets pour l'égalisation puis le but vainqueur en prolongation.

Le lien a enfin été rétabli entre les générations de hockeyeurs russes, ceux de l'époque soviétique, de la chute de l'URSS et de l'époque moderne. Sergueï Fedorov, qu'on pensait perdu pour l'équipe nationale, voire pour le hockey tout court (lors de son passage à Columbus avec comme entraîneur... le coach canadien Ken Hitchcock), a vécu un printemps incroyable à 38 ans à Washington et surtout à Québec, entourant ses coéquipiers de club Ovechkin et Semin pour une ligne phénoménale. Fedorov avait été champion du monde en 1990, en une autre ère. Celui qui a rattaché ce cordon coupé des victoires russes était aussi dans l'effectif cette année-là. Il s'agit bien sûr de Vyacheslav Bykov, ex-leader de la dernière équipe russe championne du monde en 1993, et maintenant entraîneur de la nouvelle Russie revenue sur le trône en 2008.

 

Deuxième : Canada. Dès les premiers jours du tournoi, le Canada s'est trouvé une ligne dominatrice. Dany Heatley, Ryan Getzlaf et Rick Nash ont joué de leurs gabarits supérieurs pour peser sur les défenses de tout leur poids. Heatley, de nouveau d'une efficacité incroyable en arrivant aux championnats du monde, a remporté pour la deuxième fois la couronne de meilleur joueur et de meilleur marqueur d'un Mondial après celui de 2004. Il a battu tous les records modernes canadiens, et ses 12 buts et 20 points n'avaient pas été vus depuis trente ans dans la compétition. L'efficacité de cette ligne a été cruciale dans les moments décisifs, mais habituellement le Canada ne s'appuie pas que un seul trio.

Cette équipe était moins équilibrée que ses devancières, et n'a pas su se choisir un gardien n°1 clairement choisi pour les phases finales. Quand Andy Murray n'est pas retenu comme entraîneur, le Canada n'est pas supérieur au coaching. Ken Hitchcock, spécialiste reconnu du hockey défensif en NHL, a cru qu'une tactique prudente permettrait de préserver l'avance de deux buts en finale. Symbole de ce repli contre-nature, le meilleur défenseur offensif, le jeune Mike Green, était laissé sur le banc pendant que son équipe se condamnait à reculer. Tout un pays s'est mordu les doigts de cette stratégie ni courageuse ni efficace...

Le Canada n'avait pas suffisamment de mobilité défensive pour contenir les talents russes. Jay Bouwmeester en a été le symbole malgré lui, présent sur les quatre buts adverses (sauf en prolongation où il n'a pas vu la glace) alors qu'il a été le défenseur au plus faible temps de jeu. L'ancien double champion du monde a cette fois été le seul Canadien à terminer le tournoi avec une fiche négative (-1). A contrario, le meilleur +/- de la compétition est à mettre à l'actif de Brent Burns, la révélation défensive. Son exemple et celui de Green indiquent que le Canada a encore de la ressource pour prendre sa revanche en 2010 à Vancouver après cet avertissement.

 

Troisième : Finlande. L'intérim de Doug Shedden à la tête de l'équipe de Finlande n'a pas induit de changement notable. Elle a pratiqué un système défensif, comme d'habitude, et a obtenu une médaille, le bronze, comme d'habitude.

C'était un championnat du monde de transition, mais la transition est plus importante qu'il n'y paraît. C'est un vrai passage de flambeau qui a eu lieu. D'un Olli Jokinen malade à un Ville Peltonen vieillissant, les leaders ont décliné. Le jeu de puissance n'a pas eu son efficacité habituelle, et Teemu Selänne en a été un peu le symbole malgré lui, avant d'annoncer sa retraite internationale.

Ce Mondial a confirmé l'impression de l'an passé : le leader de la Finlande pour les prochaines années s'appelle Koivu, oui, mais Mikko Koivu, le petit frère, qui a encore fait feu de tout bois.

La surprise est venue d'Antti Pihlström, un joueur qui n'était même pas dans les sélections finales en junior et qui a cartonné pour sa première compétition internationale. Ce petit ailier très rapide a tapé dans l'il de tous les observateurs canadiens, et nul doute que les Predators de Nashville lui prévoient un rôle l'an prochain après lui avoir fait passer la saison de rigueur en AHL.

 

Quatrième : Suède. Après les inquiétudes nées d'un premier tour laborieux, la Suède a dépassé les espérances. On n'attendait rien d'elle compte tenu de ses nombreuses absences, mais faute de grandes individualités, elle a mis en place un jeu collectif qui était peut-être le meilleur de la compétition. Elle avait peut-être aussi l'équipe la plus rugueuse de son histoire, en adjoignant Murray à Ledin. Elle est parvenue jusqu'en demi-finale, et elle y a été la première à bousculer les Canadiens chez eux et à mener au score contre eux.

Malheureusement, elle a pâti en cette occasion de l'état physique de ses deux joueurs les plus importants. Le gardien Henrik Lundqvist, qui avait zappé quelques exercices à l'entraînement à cause de son genou, a été à la peine face au Canada. Sa faiblesse dans le haut du filet, repérée par l'assistant-coach adverse Pat Burns, a été impitoyablement exploitée, et il est sorti après deux tiers-temps, physiquement au bout du rouleau. Quant au capitaine Kenny Jönsson, son mal de nuque l'a contraint à regarder depuis la tribune ses confrères des lignes arrières se faire déborder par les Canadiens. Les efforts consentis se sont payés le lendemain face à une Finlande plus réaliste, au jeu défensif encore plus cynique que celui de ses voisins.

Cette quatrième place n'a rien de honteux. Il est difficile de prétendre à un podium mondial sans première ligne. Or, celle-ci ne comptait que deux joueurs fixes, jeunes tous les deux, le centre Bäckström et son volontaire ailier Hörnqvist. La troisième place, souvent occupée par Warg, a énormément tourné, y compris en cours de match, sans que personne ne s'impose. Mattias Weinhandl a certes assumé le rôle de buteur dans cette équipe, mais il était un peu seul comme leader offensif.

 

Cinquième : République Tchèque. Juste avant les championnats du monde, le site de l'IIHF proposait d'élire le meilleur entraîneur du Mondial. Vyacheslav Bykov fut désigné, de manière prémonitoire. Celui qui a obtenu le moins de voix était Alois Hadamczik qui ne récoltait que 3% des suffrages. Ce genre de consultation est toujours un peu biaisée par le panel des votants, mais il montre combien le sélectionneur tchèque comptait peu de partisans.

Son contrat de trois ans arrivait à échéance, et dès l'élimination de son équipe, la fédération annonçait qu'il ne serait pas renouvelé. Après une première saison encourageante, les deux dernières années ont été frustrantes avec deux éliminations sans gloire en quart de finale. La dernière en date a au moins été obtenue à l'issue d'une partie équilibrée, mais le résultat est le même. Dans ce jeu d'attente, les Tchèques n'ont pas eu de réussite au moment décisif. On peut gloser sur la validité de l'égalisation suédoise, sur laquelle Hnilicka était les fesses sur la glace après une obstruction de Wallin (qu'il a peut-être cherchée ou exagérée), mais on ne retiendra que le résultat.

La République Tchèque a besoin d'un patron, sur le banc comme sur la glace. Elle n'a toujours pas retrouvé son collectif d'antan. Tous ses joueurs sans exception ont connu des moments de creux, manquant de constance pour exploiter leurs qualités techniques.

 

Sixième : États-Unis. La nouvelle génération américaine n'a peur de rien. Son talent, sa vitesse et son enthousiasme lui ont permis de revenir au score dans des matches qui semblaient perdus, contre le Canada ou en quart de finale contre la Finlande. Le seul ennui, c'est que ces matches ont quand même été perdus au final...

Un destin logique pour une équipe qui manquait de métier. Elle a eu la malchance de perdre ses deux cadres, le capitaine Jeff Halpern, qui s'est rompu les ligaments du genou, et le gardien Tim Thomas, qui s'est étiré un muscle. Craig Anderson a tenté de reprendre son poste de l'an passé dans les cages, mais il a montré ses limites et vite cédé sa place à Robert Esche. Le gardien de Superliga russe a eu le meilleur pourcentage d'arrêts du Mondial et a réussi un match héroïque contre la Finlande en poule, avant de s'incliner... sur un palet rentré par l'extérieur des filets, une cagade du juge vidéo qui est tout ce que retiendront les Américains de ce Mondial.

Il n'y aura de toute façon pas de retentissement médiatique avant 2010. C'est aux Jeux olympiques de Vancouver que le programme américain veut retirer les fruits de ses efforts, mais l'échéance approche à grands pas. Ces fruits seront-ils mûrs à temps ?

La maturité arrive parfois plus vite que prévu. Il n'y a qu'à voir Phil Kessel, sous l'effet peut-être de circonstances de vie qui l'ont endurci. Le soliste des Boston Bruins est le seul joueur à avoir gardé son sang-froid à la fin du match de poule contre la Finlande. Alors que Tortorella l'avait mis en quatrième ligne en début de tournoi avec un temps de jeu très maigre, il ne s'est pas plaint et a fait son trou pour terminer meilleur marqueur de son équipe.

 

Septième : Suisse. Le premier tour a été une totale réussite pour les Helvètes, premiers de leur poule, et pour l'entraîneur Ralph Krueger. Il y a défait la Suède, l'équipe de son ex-adjoint, la seule qu'il n'arrivait pas à battre. Une victoire malheureusement payée au prix fort avec la commotion cérébrale de Roman Wick, auteur de débuts éclatants en championnat du monde.

Les choix controversés de Krueger trouvaient leur justification : les joueurs peu techniques comme Thomas Déruns, impressionnant dans les bandes, faisaient de bien meilleures prestations que leurs coéquipiers théoriquement plus talentueux comme Patrik Bärtschi. La Nati s'est même permise d'être moins repliée et plus agressive au forechecking face à certains adversaires, ce qui a permis à un joueur habitué des tâches défensives comme Andres Ambühl de se libérer.

Mais si elle veut prétendre à intégrer le top-7 autrement que par accident, la Suisse doit franchir le mur des quarts de finale. Or, elle y a encore échoué, de façon encore plus nette que d'habitude, avec deux buts contre son camp. Elle attend encore le déclic... Par exemple le soutien de son public l'an prochain à Berne ?

 

Huitième : Norvège. En prenant un point contre la Finlande, puis en battant l'Allemagne sur une généreuse double supériorité numérique, les Norvégiens ont réussi un banco permis par la formule de l'IIHF : le seul résultat effacé était leur défaite contre les Slovaques, et ils se sont donc qualifiés pour la deuxième phase avec une provision fort utile de quatre points. Ils n'en ont pas pris un de plus, et auraient pu tout perdre de match dans le match décisif contre les Lettons, mais ceux-ci n'ont pas réussi à leur passer devant.

Encore emmenés offensivement par un Anders Bastiansen qui confirme, les Norvégiens n'ont pas eu cette fois de point faible dans les cages, puisque Pål Grotnes a connu le match de sa vie contre le Canada en poule, ne concédant le but vainqueur qu'à cinq minutes de la fin dans ce qui a failli être un tremblement de terre (2-1). Ils ont encore inquiété le pays-hôte pendant une demi-heure en quart de finale, même si tout s'est gâté ensuite pour Grotnes et les siens (8-2). Le banc était trop court avec des rotations à trois lignes et quatre ou cinq défenseurs, dont les vétérans Tommy Jakobsen et Anders Myrvold qui n'ont cessé de prendre pénalité sur pénalité durant le tournoi.

Qu'importe, ce quart de finale, le premier de l'histoire norvégienne, est déjà un exploit. Sur les quarante dernières années, le pays n'avait atteint qu'une fois le top-8, en intégrant brièvement le groupe A à huit équipes en 1990. La Norvège a traversé sa plus grosse crise, et maintenant que la qualité de sa formation des jeunes se concrétise en senior, elle semble redevenue une nation capable de s'installer durablement dans l'élite.

 

Neuvième : Allemagne. C'est le capitaine norvégien Tommy Jakobsen, ancien joueur de DEL, qui a failli renverser le cours de ce Mondial en découvrant que le défenseur allemand Jason Holland avait joué les championnats du monde juniors 1996 avec le Canada. Pour pouvoir porter les couleurs d'un autre pays, il aurait donc dû passer quatre ans dans ses championnats. Or, il n'évolue en DEL que depuis trois saisons. Jakobsen l'a dit à un journaliste allemand, qui a rapporté l'information à Franz Reindl. Le secrétaire général de la DEB a alors toqué à la porte de la chambre du joueur pour savoir si c'était vrai et en est ressorti chamboulé par la confirmation. Reindl fit alors des excuses publiques en assumant sa faute. Holland fut sanctionné (exclusion du tournoi), mais pas l'équipe allemande, qui risquait de perdre le bénéfice de sa victoire sur la Slovaquie. L'IIHF fit voter les équipes présentes à Halifax, et seuls trois sur huit (Slovaquie, Norvège et Canada) se prononcèrent pour une correction du résultat sur tapis vert. "Pas surprenant. En Europe il y a deux fédérations influentes : la Suisse et l'Allemagne", commenta un Jakobsen amer. Il ne savait pas encore que cette décision, empêchant l'Allemagne d'aller en tour de relégation, permettrait en fin de compte aux Norvégiens d'aller en quart de finale.

L'Allemagne était affectée, même si tout le monde affirma le contraire. Les nerfs étaient à vif. Les supporters réclamèrent la démission de Reindl et se sentirent insultés d'entendre les coaches, solidaires, les rembarrer et les critiquer en retour. Il faut dire que Reindl fait tout dans cette fédération allemande : relations avec la presse, liens proches avec l'IIHF, organisation du Mondial 2010, etc. Même après cette lourde erreur assumée, aucun connaisseur des arcanes fédérales n'envisageait de se séparer de l'homme le plus utile de l'organisation, alors que personne ne sait à quoi servent les autres dirigeants...

Se serrer les coudes, comme cela a été le cas entre joueurs, entraîneurs et dirigeants, ou entre DEB et IIHF, peut parfois avoir des effets pervers. S'aliéner les supporters alors qu'on était un sélectionneur plutôt respecté, par exemple. Ou encore, autre exemple, perdre sa subvention ministérielle de 600 000 euros et finir sur la paille. C'est la menace qui pèse en effet sur la fédération allemande, pour non-respect des règles anti-dopage dans le cas Busch. En annonçant officiellement sur son site internet que l'Agence Mondiale Antidopage avait autorisé Busch à participer, l'IIHF a joué un jeu dangereux. L'AMA a démenti quelques jours plus tard en expliquant qu'elle attendait simplement les informations de son antenne allemande. Maintenant, la DEB est dans le collimateur de son Ministère de l'Intérieur (qui gère les sports) et s'en est sortie en acceptant que le Comité olympique allemand rende un verdict final sur l'affaire, tandis que l'IIHF est dans le collimateur de l'AMA...

Et le bilan sportif dans tout ça ? Mitigé. Des performances très irrégulières d'un match à l'autre et même d'une période à l'autre. Certains renforts de NHL ont déçu le public allemand. Le joker Marcel Goc, en manque de temps de jeu et de confiance à San José, a raté son retour en équipe nationale trois ans après. Christoph Schubert, à force d'être aligné en attaque par les Ottawa Senators, a éprouvé les pires difficultés à assumer le rôle de leader défensif. Il a été impliqué sur trois buts décisifs encaissés, par une perte de palet et deux pénalités.

 

Dixième : Bélarus. Le seul point faible présumé, le gardien Vitali Koval, a surpris après un premier match difficile, finissant avec le cinquième pourcentage d'arrêt du Mondial. L'effectif était donc quasiment le meilleur possible, et avec tous ses talents, le Bélarus est la seule équipe à pouvoir affronter les grands la tête haute, avec un jeu ambitieux et pas trop restrictif. En poussant les Tchèques et les Russes aux tirs au but, et en ne perdant aucun match de plus d'un but, il a prouvé ses qualités techniques. Cela n'efface cependant pas la défaite dans le match-clé face aux Suisses, où il a remis son sort un peu n'importe comment entre les mains des renforts de NHL. Un match perdu sur la qualité du coaching.

Si son prédécesseur Glen Hanlon (engagé cette fois comme adjoint chargé de la défense) était unanimement salué, l'entraîneur américain Curt Fraser subit de sévères critiques depuis deux saisons. Il lui est reproché de mal connaître les joueurs, ceux du championnat du Bélarus où il reste peu souvent, et même ceux de NHL qui n'étaient pas utilisés de la même façon qu'à Montréal. Le symbole de ce coaching jugé défaillant est le jeu de puissance au rendement catastrophique (1/30 sur le tournoi).

Fraser prend assez mal la critique, et ce n'est pas lui qui apprendra la liberté de la presse au Bélarus puisqu'il a refusé de s'exprimer devant les journalistes de ce pays tant que l'un d'eux, mouton noir désigné, n'avait pas quitté la salle. Le climat est tendu avec la presse, mais le Bélarus a au moins une épine de moins dans le pied : il a rempli son objectif minimal en assurant sa qualification olympique.

 

Onzième : Lettonie. Même si battre l'Allemagne n'aurait pas suffi pour la qualification olympique directe (il s'en serait fallu d'un cheveu, du plus petit écart possible au classement IIHF), cette ultime défaite est extrêmement décevante pour la Lettonie. Elle tenait là une chance de se qualifier pour ses premiers quarts de finale depuis quatre ans, et il n'est pas dit qu'elle se représente de sitôt. Les Baltes sont las de remettre sans cesse leurs exploits à l'année prochaine.

Cette année, ils avaient mis le paquet sur la préparation physique, mais ont été balayés par les Canadiens et les Américains. En revanche, contrairement à leur habitude, ils ont bien négocié les rencontres face aux adversaires à leur portée... jusqu'à cette dernière période manquée contre une Allemagne sans pression et requinquée. Impliqué sur les trois buts encaissés pendant ces vingt minutes, le capitaine Rodrigo Lavins n'a pas soutenu son équipe psychologiquement perdue.

Ce championnat a été l'occasion de voir l'intégration de deux Lettons évoluant en Amérique du nord. Le jeune ailier d'AHL Martins Karsums a amené une énergie positive et a marqué trois points en deux matches. Raitis Ivanans a adopté exactement le même rôle qu'en NHL, celui de goon pour la quatrième ligne. Malheureusement, les performances de ce quatrième bloc (fiche de -5 sur un très faible temps de jeu) rappellent que la Lettonie manque encore de profondeur de banc, alors que l'on espérait ce défaut en rémission.

 

Douzième : Danemark. Les objectifs fixés pour ce championnat du monde étaient le top-10 mondial et une 12e place au classement IIHF, qui permettrait de jouer le tournoi de qualification olympique à domicile. Ils ont été tous deux manqués de pas grand-chose, et les Danois devront se rendre en Norvège en février prochain pour essayer de participer à leurs premiers JO.

Dès la fin du championnat du monde, la fédération danoise (DIU) a annoncé qu'elle se séparait de l'entraîneur canadien Mike Sirant, qui n'aura convaincu personne en deux ans. Une des craintes formulées au départ était que sa volonté de jouer plus agressivement coûte trop de pénalités. Sirant a corrigé ce défaut puisque son équipe a eu la moyenne la plus faible de minutes de prison. En revanche, l'autre crainte, une régression défensive du Danemark, s'est traduite dans les faits. D'abord à mots couverts, puis publiquement lorsque le renvoi fut annoncé, les joueurs n'ont pas hésité à critiquer le coaching hésitant de Sirant, qui n'a jamais gagné leur respect. Comme à Moscou l'an passé, son obstination à sur-utiliser les deux premières lignes a fatigué les joueurs-cadres et agacé les autres.

La DIU doit maintenant engager un successeur, et elle a déjà promis, pour arrondir les angles, que les joueurs seraient consultés. Une nouvelle erreur de casting ne lui sera pas pardonnée. Elle doit recruter un spécialiste reconnu, ayant l'expérience du hockey de haut niveau, et capable de mettre en place une tactique défensive qui fonctionne. Sa nationalité ne fait guère de doute : il sera sûrement suédois.

 

Treizième : Slovaquie. Le "Big 7" n'est plus le "Big 7". Du moins, c'est ce qu'il faut interpréter du classement IIHF, puisque la Slovaquie n'est plus que la huitième nation mondiale, dépassée par la Suisse. Sa défaite contre l'Allemagne lui a coûté très cher. Elle a tenté de la faire annuler sur tapis vert, mais le rattrapage par application stricto sensu des règlements IIHF n'auraient guère emballé des supporters slovaques en plein désarroi.

Ils préfèrent encore croire à l'électrochoc provoqué par cet échec, au remue-ménage général, à l'arrêt des luttes intestines, au renvoi d'un coach (Julius Supler) accusé d'être en froid avec certains joueurs du Slovan Bratislava et de sélectionner à la tête du client alors qu'il y a déjà assez d'absents comme ça. Une pétition circule pour demander la démission de Juraj Siroky et des dirigeants fédéraux, dénonçant pêle-mêle le clientélisme, le manque de transparence et de démocratie, et les problèmes dans l'organisation du Mondial 2011 à Bratislava.

Mais au-delà du contexte particulier, il y a peut-être un problème de fond plus général. Que le meilleur marqueur slovaque soit le défenseur Lubomir Visnovsky est sans doute symptomatique. L'attaque, le grand point fort du pays, se renouvelle très mal. À part l'exception Gaborik, tous les talents offensifs de la Slovaquie sont plus proches de la retraite. Si elle ne veut pas glisser tout doucement hors du gotha, elle devra se remettre profondément en question car elle ne disposera bientôt plus des mêmes armes.

 

Quatorzième : France. Le retour dans l'élite a été rude, comme prévu, mais il a été bien préparé. Les Bleus ont pu bénéficier de leaders qui ont parfaitement joué leur rôle. Cristobal Huet a réussi son meilleur championnat du monde et a multiplié les arrêts héroïques. Sébastien Bordeleau a bien été le leader offensif et a parfaitement porté le rôle de centre n°1 qui pesait sur ses seules épaules avec l'absence de Laurent Meunier pour le barrage de relégation. Le capitaine a en effet beaucoup donné de sa personne dans ce Mondial avec un menton ouvert, deux changements de maillots sanguinolents "collector" et surtout cette fracture après avoir reçu deux fois le palet dans un même pied. Que la France ait réussi à se maintenir sans lui est une performance.

Il ne faut cependant pas s'y tromper. Il y avait dans la compétition deux équipes du niveau de la France, et elles sont descendues toutes les deux. L'an prochain, hormis le promu hongrois, il n'y aura plus que du vrai calibre "élite", des équipes ayant plus de joueurs éprouvés et plus de densité. La France devra attendre de longues années avant de se constituer un effectif de cette trempe, et certains réfléchissent à des naturalisations transitoires à des postes creux, une solution toujours épineuse qu'il faut savoir doser et gérer.

L'autre réussite française est d'avoir déplacé 250 supporters pour un championnat du monde. On espère que cette initiative fédérale déclenchera un mouvement suivi, et que les partisans des Bleus seront aussi nombreux pour des destinations moins touristiques mais... à portée de TGV : Berne en 2009 et, espérons-le, Cologne ou Mannheim en 2010.

 

Quinzième : Slovénie. Il était déjà clair avant le tournoi que les Slovènes risquaient d'être les dindons de la farce de la formule "exceptionnelle" mise en place pour ce championnat 2008 en raison de la distance entre Québec et Halifax. Sur un sujet aussi sensible que la relégation, la Slovénie se retrouvait dans l'impossibilité de se mesurer à l'Italie ou à la France, à sa portée, et se préparait à un duel bien plus difficile contre la Norvège voire l'Allemagne.

La réalité fut encore pire. Les circonstances lui ont accordé comme adversaire la Slovaquie. Un match entre deux pays aux noms voisins, mais aux niveaux disparates, entre un promu et un membre usuel du top-7. Les Slovènes n'avaient pas la moindre chance, et ont été écrasés au premier match, mais ils ne se sont inclinés qu'aux tirs au but dans le second. Dans un autre contexte, ce point pris contre la Slovaquie aurait été salué comme la meilleure performance de l'histoire de l'équipe nationale. Dans ce barrage de maintien, il est passé totalement inaperçu.

La Slovénie méritait-elle mieux pour autant ? Pas forcément. Avant-dernière en supériorité numérique et dernière en infériorité numérique, elle n'a pas prouvé qu'elle avait le niveau. Elle n'a pas existé dans sa poule et n'a gardé le score que grâce aux exploits de son gardien Robert Kristan. Elle reste beaucoup trop dépendante du duo Kopitar/Razingar, et sur la deuxième ligne, les frères Rodman ont été très décevants par leur implication et leur rendement.

Le bon côté des choses pour la fédération : cette fois, c'est sûr, elle ne risque pas d'avoir à payer de primes de maintien... Les joueurs, eux, essaieront de se racheter devant le Kazakhstan et le Japon pour remonter. La Slovénie pourrait faire l'ascenseur encore quelque temps.

 

Seizième : Italie. Le miracle ne s'est pas poursuivi. Les Transalpins n'ont pas pu se sauver par la grâce d'une seule victoire, pour la bonne raison qu'ils n'en ont remporté aucune. Nettement dominés par le Danemark, ils ont souffert de la comparaison face à la France sur un poste-clé, celui de gardien. Alors que leurs adversaires avaient un titulaire évident, les Italiens ont dû procéder à une tournante entre Günther Hell et l'inexpérimenté Thomas Tragust, qui n'ont jamais pu faire un match pendant soixante minutes entières. Rédhibitoire à ce niveau. Il faudra attendre que Tragust ait plus de vécu.

Sans entraîneur pendant la première phase de la préparation, l'Italie n'a pu travailler aussi bien son système défensif et n'a plus répété ses exploits en infériorité numérique. Offensivement, malgré la vitesse de Scandella et les efforts remarquables du petit mais agressif Nicola Fontanive, il n'y a plus de joueurs de talent comme les oriundi d'autrefois pour faire la différence sans un collectif bien réglé.

L'Italie, toujours privée de droit de vote à l'IIHF en tant que membre associée (parce que le hockey est toujours coincé dans une fédération des sports de glace), espère organiser sa poule de division I à Turin pour revenir au plus vite. Face à la l'Ukraine ou à la Pologne, elle ne sera pas forcément la plus vieillissante...

Marc Branchu (photo Mathieu Hernaz)

 

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