Bilan de la Ligue Magnus

 

 

La page du championnat de France 2006/07 de Ligue Magnus

 

Premier : Grenoble. Le futur DTN Gérald Guennelon a donc pu quitter son poste d'entraîneur sur un titre, qui consacre finalement l'adhésion des joueurs à son système. Presque personne n'a déçu, à part peut-être Woods et Paquet. Car cette victoire, c'est celle d'une équipe où chacun a joué son rôle. D'un côté, les créateurs Ludek Broz et Roger Jönsson, chargés d'inventer le jeu offensif avec leurs qualités de passes. De l'autre, les joueurs de devoir, chargés de travailler l'adversaire au corps, de drainer des pénalités adverses et de neutraliser le jeu de puissance d'en face.

Ce qui restera de ce titre des Brûleurs de Loups, c'est d'avoir vu des joueurs français assumer totalement un statut de role players et y être très efficaces. Le meilleur espoir Sacha Treille, véritable poison en infériorité numérique, a en particulier grandi de cette expérience. Si les brigades d'infériorité grenobloises ont été les meilleures du championnat, la contribution des brigades de supériorité a également été importante, jusqu'à voir là aussi des spécialistes quasi-exclusifs de l'exercice, tel Jimmy Lindström réduit uniquement à son slap au cours des play-offs lorsque le reste de son jeu ne convainquait plus.

Pour transformer le powerplay de Grenoble, éternel point faible à travers les âges, en atout pour la victoire, il fallait vraiment un magicien. Un magicien Broz, évidemment, dont les passes décisives pour son compatriote Martin Masa ont constitué le refrain incontournable des annonceurs des tables de marque de Ligue Magnus, au point qu'on aurait pu leur fournir un enregistrement déjà préparé ("but du n28 Masa assisté du n19 Broz"...). Monotone, monocorde ? Peut-être. Jamais démenti, en tout cas.

Grenoble avait le meilleur gardien, Eddy Ferhi, le meilleur défenseur Baptiste Amar (qui a manqué de peu, après trois tours de scrutin, d'être le premier arrière à être élu meilleur joueur français depuis Stéphane Botteri en 1986), et... la meilleure équipe. Tout simplement. Les BDL ont réussi leur pari, devenir le club-référence du hockey français, capable d'attirer un plus large public au-delà des passionnés. Ils ont rempli Pôle Sud la plupart du temps, malgré des tarifs élevés, et même pour des affiches présumées peu attractives. Ils ont ainsi réussi à mettre sur la table l'idée d'une salle omnisports à Grenoble, qui leur permettrait d'entrer dans une autre dimension.

 

Deuxième : Morzine-Avoriaz. L'autre vainqueur de cette saison, c'est le HCMA, qui a bousculé le trop lisse système grenoblois en puisant de l'énergie dans des ressources insoupçonnées. Il a assuré le spectacle et conquis les curs avec ses formidables derniers tiers-temps en finale : il a rattrapé trois buts de retard pour gagner le deuxième match, puis il est parvenu à remonter de 5-0 à 5-4 dans un quatrième match que l'on pensait déjà plié, et même totalement mort.

Cette équipe que l'on a souvent résumée à la très bonne ligne nord-américaine Drouin-Cheverie-Welch a prouvé sa densité durant les play-offs. Le pari osé de Stéphane Gros - élu meilleur entraîneur par ses pairs - de changer ses lignes en fin de saison a mis en valeur d'autres joueurs, en déplaçant l'important ailier Dan Welch aux côtés de deux joueurs en pleine résurrection, un Jonathan Zwikel élu meilleur joueur français et un Niko Halttunen finalement efficace à sa seconde saison. Même en revenant en aux alignements initiaux à partir des demi-finales, on remarquait que Morzine-Avoriaz souffrait moins d'un manque d'homogénéité entre ses lignes que d'un manque d'homogénéité entre deux périodes. Par moments, les Pingouins étaient capables de renverser des montagnes et de jouer avec un élan formidable, inégalé dans le championnat. Mais ils ont aussi connu des passages à vide, où ils étaient en retard sur le palet, sujet à la nervosité et à des pénalités inutiles qui ont coûté cher. Le jeu de puissance, arme fatale toute la saison, a bien été contré en finale par des Grenoblois vigilants à prévenir les slaps de Pierre-Claude Drouin.

 

Troisième : Briançon. Rien. Toujours pas le moindre titre. Et pourtant... Avec 140 buts marqués pour 67 encaissés, les Diables Rouges ont eu la meilleure différence de buts d'une saison régulière où ils ont souvent paru être l'équipe dominante. À l'automne, ils étaient considérés comme des leaders virtuels, en raison de leur match en retard contre Dijon (qu'ils allaient finalement perdre...). En coupe de la ligue, Grenoble, déjà, s'affirmait cependant comme une équipe parfaitement capable de les battre. Au passage, Martin Filip récoltait une longue suspension pour un piquage sur l'autre grand créateur tchèque du championnat Broz. Alors que le trio Perez-Filip-Terglav avait commencé la saison tambour battant, cette absence permettait dans l'intervalle à la ligne Dufour-Vas-Sleigher de le supplanter de son statut de premier trio. Avec Pierre-Luc Sleigher qui s'affirmait comme le meilleur chasseur de buts du championnat, Briançon continuait à faire peur.

La première grosse déception est venue de la demi-finale de Coupe de France perdue à Épinal fin janvier, à deux semaines du grand rendez-vous promis à Bercy. Pour gagner quelque chose, il ne restait plus qu'une possibilité, le championnat. Pour les play-offs, avec un Rémi Royer enfin discipliné, Briançon retrouvait des vertus défensives et un sens du combat. Même avec un demi-Tekel convalescent, les Amiénois étaient balayés en trois manches. Mais le problème se nommait de nouveau Grenoble. Entre une équipe avec quatre vraies lignes et une autre qui faisait jouer les jeunes pour la forme en fin de match avec cinq buts d'avance, la profondeur de banc a fait la différence. Luciano Basile l'avait pressenti dès l'automne en tentant d'engager le joker tchèque Kamil Vavra, ce qui a été refusé pour cause de masse salariale. Avec une troisième ligne qui a bien tenu son rang défensivement, le duel, déjà aux allures de finale, était équilibré. Mais les deux blessures conjointes des vétérans Blais et Boldron ont fait la différence. Encore une fois, l'inauguration de palmarès est remise à la saison prochaine.

 

Quatrième : Rouen. Si Briançon a l'habitude de ne rien gagner, il fallait remonter au siècle dernier (en 2000) pour trouver trace d'une année sans trophée à l'île Lacroix. Les trois défaites en trois déplacements avaient immédiatement donné la tendance : la saison d'invincibilité n'était plus qu'un lointain souvenir. À Rouen, ce genre de constat ne tarde pas à être suivi d'actions correctrices. Au revoir, Frédéric Bouchard, pas et impliqué dans trop d'errances défensives. Avec tous nos regrets, Dominic Léveillé, pas à sa place entre les Thinel, et trop cher pour jouer un simple rôle de centre d'appoint de troisième ligne bon aux mises au jeu.

La masse salariale ainsi dégagée permettait de faire revenir d'anciens Dragons en mal de club : Vesa Ponto et Benoît Quessandier pour solidifier la défense d'une équipe en mal d'impact physique, et Éric Fortier pour retrouver enfin un profil d'attaquant complet. Le comble du retour, c'était quand même celui du fils prodigue Éric Doucet, redevenu chouchou aussi vite qu'on en avait fait un traître à son "club de cur" lors de son départ impromptu il y a deux ans. La tentation était trop forte et le club faisait banco avec l'ailier canadien, quitte è le faire revenir pour occuper un poste de centre qui n'était pas le sien, mais qui restait le poste faible du RHE.

Sur le papier, l'équipe était alors aussi forte que sa devancière. Sur la glace, elle était bancale. Chez les manieurs de palet, il ne se trouvait pas grand-monde pour se salir les mains dans le travail défensif. Il n'y avait plus le moindre Coqueux à l'horizon. Les individualités normandes n'ont jamais paru former une équipe. Avec le déclin du gardien Ramon Sopko, qui ne s'est jamais fait à son nouvel équipement, de taille réduite par le nouveau règlement, et du défenseur Sami-Ville Salomaa, moins convaincant que la saison précédente, les Rouennais ont été éliminés dans une demi-finale "portes ouvertes", avec cinq buts encaissés au minimum par match.

 

Cinquième : Angers. Rouen avait déjà montré ses limites au tour précédent contre les Angevins. Ceux-ci ont été battu trois manches à une par les tenants du titre, mais avec deux défaites concédées seulement aux tirs au but. L'ASGA n'avait sans doute pas les moyens d'aller très loin en play-offs. Son banc était trop court et, malgré des lignes un peu plus équilibrées, elle restait dépendante du rendement d'une poignée d'éléments majeurs, dont le maître à jouer Jonathan Bellemare. Par contre, sur un match, ses hommes d'expérience avaient les moyens de faire la différence.

La Coupe de France paraissait faite pour l'équipe angevine. Elle s'était refusée à elle l'an dernier, malgré un beau parcours joué uniquement à l'extérieur. Mais c'est cette accumulation de déplacements qui a permis à Angers d'avoir le droit cette fois de recevoir automatiquement Rouen en demi-finale. Le gardien Ville Koivula, aux sorties parfois affolantes, ne pouvait pas choisir meilleur jour pour réussit un grand match et s'ouvrir la route de Bercy. En ce jour de renaissance médiatique du hockey sur glace, l'ASGA, club sage et discret, a obtenu sa consécration. La Saint-Valentin 2007 restera gravée dans les curs angevins. La plus jeune des villes françaises de hockey a su être la plus patiente pour vivre ce moment. Puisse-t-elle maintenant s'en servir pour faire évoluer ses structures, afin que ce 14 février soit le début et non la fin d'une ascension.

 

Sixième : Amiens. La saison pouvait difficilement plus mal commencer avec une démission forcée du président, une amende, six points de pénalité et des primes de match amputées. Pourtant, les Gothiques n'étaient pas au bout de leurs peines. À aucun moment ils n'ont justifié qu'ils faisaient partie des grands, de ceux qui avaient une quelconque raison de jouer avec les limites de la masse salariale, ce qui avait justifié ce barnum. Contrairement à l'exemplaire capitaine Mortas qui a eu raison de continuer, beaucoup n'ont pas joué à leur niveau.

Battus en trois matches secs par Briançon, les Amiénois se sont sentis frustrés mais ont eu le sentiment de ne pas être si loin de leur adversaire. Pourtant, les bilans sont contre eux : on ne peut parler seulement de malchance puisqu'ils ont toujours perdu face aux quatre "grands" en championnat, sauf une fois. Mais la victoire en question, face à Rouen en début de saison, qui s'en souvient ? On n'a plus en mémoire que la baffe encaissée au retour : un terrible 12-1 infligé par l'ennemi de toujours. Ce jour-là, même la révélation de la saison, le gardien junior Henri-Corentin Buysse, n'a rien pu faire pour éviter la déroute en rentrant en cours de match.

Le mécontentement gronde dans les travées du Coliseum, où l'on se plaint d'un spectacle déclinant et d'un recrutement éternellement décevant. Et pourtant, le HCAS a réussi un joli coup cette saison, en allant battre Rouen sur son propre terrain, le Québec : il y a déniché un défenseur offensif au slap ravageur, Jonathan Gauthier, profil sur lequel les Dragons se sont plantés avec Bouchard. Mais ça ne suffit pas à faire oublier les échecs malheureusement prévisibles - mais peut-être pas à ce point - du gardien Éric Raymond et de l'attaquant Rob Millar, qui donnaient de sérieux signes de déclin avant même d'arriver en Picardie. C'est donc dans un profond climat de défiance des supporters envers le staff que la saison s'achève.

 

Septième : Chamonix. Outre le prix de l'équipe la moins pénalisée, les Chamoniards méritent bien celui d'équipe-surprise de la saison. Ils ont terminé à une confortable septième place, sans avoir vécu contrairement à tous leurs poursuivants avec l'épée de Damoclès du maintien. Cette qualification précoce aurait pu les attendrir avant les play-offs, mais ils ont mis la même énergie pour éliminer Épinal et sont tombés avec les honneurs contre le futur champion Grenoble. Tout cela avec un leader exemplaire - le rayonnant vétéran Richard Aimonetto dont les montées de palet pleines de maîtrise ont été permises par la tolérance zéro sur l'obstruction - mais sans joueur dominant. Les renforts étrangers étaient ordinaires, mais bien intégrés au collectif.

Car si Chamonix en est là, c'est grâce à une équipe où tout le monde a patiné avec le même allant. Elle a progressé en raison du potentiel de ses jeunes joueurs, qui ont déjà frappé à la porte de l'équipe nationale. Clément Masson a poursuivi la route jusqu'aux championnats du monde, même s'il y a peu joué en tant que treizième attaquant, et Erwan Pain l'a longtemps accompagné chez les Bleus avant que sa saison ne soit malheureusement rompue en même temps que ses ligaments croisés au tournoi du Mont-Blanc. Dans cette jeunesse triomphante, on peut même ajouté un Yven Sadoun libéré et retrouvé comme au premier jour, alors qu'il traînait sa peine dans le système grenoblois.

 

Huitième : Villard-de-Lans. L'histoire du Villard 2006/07 a longtemps été celle d'un potentiel inexploité. Le championnat a commencé par une incroyable série de sept défaites (contre une suite de cinq victoires un an plus tôt), alors que tout le monde sentait bien que cette équipe valait mieux que ça intrinsèquement, ne serait-ce que par sa grande qualité de patinage. Elle le prouvait d'ailleurs déjà par des résultats dans les coupes. La dynamique de victoire est logiquement revenue, en championnat aussi, et les Villardiens sont même sortis en tête du mouchoir de poche pour finir huitièmes de la saison régulière, presque aussi bien que l'an dernier à une place près, mais avec neuf points de moins.

Sauf que, ce qui compte, ce n'est pas de bien commencer une saison, c'est de bien la finir. Et les Ours, qui avaient débuté par cinq victoires l'an dernier, l'ont bien compris cette fois-ci. Non seulement ils ont pris leur revanche sur le Mont-Blanc après l'élimination au même stade des play-offs en 2006, mais ils ont livré une opposition de haut niveau en quart de finale face aux leaders morzinois. Malgré une défense moins forte, ils avaient plus de leaders offensifs. Maurice Rozenthal s'est senti moins seul car Luc Tardif a pris une dimension supplémentaire et que Damien Fleury a surmonté les difficultés d'adaptation initiales pour sa première saison loin de Caen. Le problème, c'est que tout cela n'a pas échappé aux grands clubs. L'attaque sera totalement à rebâtir, et la défense un peu aussi avec la retraite de Stéphane Barin. Mais l'engagement confirmé du président Daniel Huillier indique que le combat continue dans le Vercors.

 

Neuvième : Mont-Blanc. La légion finlandaise n'a pas vraiment convaincu au pied du Mont-Blanc, et les leaders de l'équipe sont à chercher aux deux extrémités... de la pyramide des âges. Christian Pouget a encore de beaux restes à quarante ans, et pendant qu'il amenait son éxpérience, les jeunes insufflaient leur envie. Le défenseur offensif - parfois aligné en attaque - Yohann Auvitu a été la révélation de la saison, avec un lancer déjà redoutable. Il a ainsi fait ses débuts en équipe de France à 17 ans au tournoi du Mont-Blanc, lorsqu'il a été appelé en remplacement du blessé Pain. Mais c'est un peu plus tôt, en revenant du Mondial 20 ans, que Yohann Auvitu et son collègue Quentin Guineberteau ont connu leur meilleure période. Ils ont alors marqué des buts très importants dans une série de trois victoires synonymes de maintien.

Cette dernière semaine de l'année 2006 a clairement a été le sommet de la saison du Mont-Blanc, principal bénéficiaire de la décision de la fédération de reporter le tournoi international en février pour supprimer la trêve de Noël en championnat. La Ligue Magnus a battu ses records d'affluence pendant ces journées inédites placées pendant les fêtes de fin d'année, moment idéal pour capter les touristes dans les stations de montagne. Le succès sportif s'est joint au succès économique durant ce Noël 2006 qui a aussi fait le bonheur du caissier. On ne pouvait rêver meilleur moment pour revenir dans la patinoire de Megève, une des plus grandes de France, réouverte après deux ans de travaux.

 

Dixième : Épinal. S'il y avait un prix du joueur le plus utile à son équipe en Ligue Magnus, il reviendrait sans doute à Jan Plch, tant de fois décisif. L'ailier slovaque est l'alpha et l'oméga des Dauphins, et si jamais il n'est pas au mieux de sa forme c'est toute l'équipe qui pique du nez. Le maître a trouvé à ses côtés un centre infatigable en Michal Petrak, qui a quitté l'ombre pour la lumière un soir de demi-finale de coupe contre Briançon. Malheureusement, après cette qualification historique, les Spinaliens sont passés à côté de leur match à Bercy, une opportunité unique qui laisse donc des regrets. D'autant plus qu'ils ont aussi échoué en play-offs, après le joli coup de l'an dernier. L'adversaire Chamonix semblait prenable au vu des confrontations en saison régulière, mais s'est qualifié en gagnant en prolongation dans les Vosges. Le deuxième match a été vite plié avec trois mauvais buts pris par Petrik dès le premier tiers.

Pour le championnat, en effet, Épinal manquait de profondeur de banc pour faire mieux. Pierre-Yves Eisenring, l'entraîneur à qui l'on a tardivement confié une équipe qu'il n'avait en rien choisie, n'a pas tardé à en faire le constat. En plus d'émettre quelques doutes sur la filière de l'est et la motivation des joueurs tchèques et slovaques, il a osé briser le tabou pendant les play-offs en évoquant dans la presse locale une "troisième ligne qui ne ferait même pas la différence en D1" puis en se disputant avec le joueur le plus visé, le centre Anthony Maurice, fils du président. Il était déjà acquis qu'Eisenring ne ferait pas de vieux os dans les Vosges, et on attend toujours l'entraîneur qui pourra travailler sur le long terme. Encore faudrait-il qu'une telle mission soit effectivement confiée... Pour l'instant, le seul pôle de stabilité se nomme Plch.

 

Onzième : Caen. Le syndrome de la deuxième saison s'est abattu sur les Drakkars, à l'instar du petit et énergique Arnaud Hascoët, moins souvent en vue que pour ses débuts en Magnus. Pourtant, les Caennais avaient démarré comme s'ils étaient capables de s'installer en milieu de tableau. Un mois durant, la défense était une des meilleures du championnat, devant le gardien tchèque Ladislav Kudrna qui n'a malheureusement pas maintenu la même régularité, notamment sur les trop nombreux rebonds qu'il a laissés. Difficile de succéder à un Marton toujours aimé sportivement et humainement par le public normand. La période d'insouciance dura jusqu'à fin octobre, jusqu'à la première claque encaissée à Anglet puis à cette incroyable élimination en coupe contre Courbevoie (3-5 après avoir mené 3-0 après deux tiers-temps).

Ensuite, on ne parlait plus de la solidité défensive, mais uniquement de l'impuissance offensive. Les uns se lassent du manque de renouvellement tactique de Rodolphe Garnier, les autres pointent plutôt l'absence de buteur capable de faire la différence, profil jugé trop cher pour les moyens du club. Le résultat, en tout cas, c'est la plus mauvaise attaque du championnat, avec aucun joueur capable d'atteindre la barre symbolique des 10 buts. Après dix matches sans victoire, le HCC a dû assurer son maintien in extremis en février dans une double confrontation avec Strasbourg.

La saison a donc été frustrante pour beaucoup de monde. Plusieurs espoirs caennais ont été déçus de leur temps de jeu. Cadres attendus au sein de cette équipe inexpérimentée, les frères Brodin ont été très critiqués à cause de leurs pénalités prises au mauvais moment. Et certains étrangers n'avaient que leur volonté à proposer, comme un Prosvic sympathique mais limité. La meilleure surprise n'est pas venue d'un international junior reconnu, mais d'un joueur de 21 ans dont personne ne parle, Pierre-Antoine Devin, qui finit ses charges et qui a même marqué douze points, ce qui est beaucoup dans le contexte caennais. Malheureusement, cette bonne saison arrive au moment où Garnier et Devin ont fait le tour l'un de l'autre après six années de cohabitation. Le joueur partira pour Strasbourg où il avait déjà fait un court essai l'an passé.

 

Douzième : Strasbourg. Le promu a vite trouvé sa place dans la Ligue Magnus avec trois victoires en quatre journées. Les Strasbourgeois ont fini avec le meilleur jeu de puissance du championnat derrière les quatre grands. La qualité était présente en attaque, avec Mika Suoraniemi en leader offensif, même s'il leur manquait un bon centre. Le capitaine Stéphane Hohnadel a dû s'adapter à ce poste. Il a décidé de se retirer du haut niveau à 28 ans pour se consacrer à son métier de commercial, et peut être rassuré sur sa succession. Alors que le nouveau centre de formation à peine créé n'a évidemment pas encore porté ses fruits, de jeunes locaux ont déjà percé. Les juniors Mathieu Reverdin et Hugues Cruchandeau ont été remarqués jusqu'en équipe de France 20 ans.

C'est lorsqu'ils sont revenus que le contexte est devenu moins rose. Logique après tout pour un club qui vit une première saison au plus haut niveau. Strasbourg avait recruté des arrières relanceurs (Gurican, Resetka et Jolette) mais doit encore travailler sur le plan strictement défensif pour être au niveau requis en Magnus. Les deux derniers mois ont été difficiles. En plus, Todd Norman est rentré au Canada début janvier sur demande de sa petite amie. Il était peu amical et peu intégré, mais son départ a quand même déstabilisé l'effectif. Strasbourg, jamais une seule fois sous la barre durant toute la saison, a bien failli se retrouver en barrage de maintien à la dernière journée, à cause de la procédure judiciaire engagée in extremis par Dijon et d'une défaite à domicile devant Villard (4-7) dans un match qui reprenait soudain de l'enjeu. Ce terrible moment a dégoûté des Alsaciens qui se croyaient sauvés et qui se sont donc sentis injustement frappés en apprenant que tout était remis en cause. Ils ont été réintégrés aux play-offs trois jours plus tard, mais le cur n'y était plus. Il faudra beaucoup de temps pour que les Strasbourgeois pardonnent aux Dijonnais ces quelques jours de cauchemar qu'ils ont vécus.

 

Treizième : Dijon. Au CPHD, le sentiment d'injustice était bien antérieur et a été entretenu toute la saison. Le mea culpa diffusé en début de championnat par le président Claude Brigand n'était pas sincère. Qui s'en étonnera ? Ce genre d'acte de contrition forcé l'est rarement. Si Brigand avait reconnu l'entière responsabilité dans la situation, c'est simplement parce que c'était une condition sine qua non imposée par la conciliation avec le CNOSF fin septembre, conciliation qui avait permis à Dijon d'être engagé en championnat malgré ses manquements au règlement et la certification tardive de ses comptes. Mais au sein du comité, on attendait de clarifier la situation financière pour préparer la riposte. Pomme de discorde : la sanction de neuf points de pénalité décidée en réunion téléphonique.

Ces points, l'équipe de Daniel Maric avait essayé de les rattraper sur la glace. Après une inquiétante première défaite à Chamonix (7-1), elle a enchaîné cinq victoires et a vite retrouvé un solde positif. Un trompe-l'il. Quand l'attaquant-vedette Miroslav Kristin n'a plus manifesté la même détermination, le rendement de toute l'équipe s'en est ressenti. Les Dijonnais ont montré que leur potentiel était intact en faisant tomber les cadors du championnat Morzine, Grenoble et Briançon. Mais contre leurs adversaires directs, ils ont fait preuve de nervosité et ont multiplié les erreurs et les pénalités. Les points bêtement gâchés se sont révélés plus importants que les exploits impossibles, et Dijon était treizième...

Pas tout à fait. Si le CNOSF avait donné raison à la fédération, le CPHD avait encore une ultime carte, un recours en annulation devant le Tribunal administratif qui suspendait la sanction, le matin de la dernière journée, en attente d'une décision sur le fond. La procédure de la sanction sportive "intermédiaire" - les points en moins - ne tenait plus qu'à un fil puisqu'elle résultait d'un compromis officieux qui remplaçait la sanction réglementaire (la non-validation du dossier avec pour conséquence le retour sans rémission en division 3). Quatre jours avant le début des play-offs, la FFSG était coincée. Elle n'avait d'autre choix que de réintégrer Dijon dans le tableau - sans doute un simple sursis jusqu'au prochain examen du dossier - mais la colère grondait chez les autres clubs, excédés par la méthode. On n'ose imaginer dans quelle ambiance les Ducs auraient joué les play-offs, avec tout le hockey français contre eux. Finalement, une négociation de la dernière chance était menée, avec la Ville de Dijon comme intermédiaire. Sans l'inflexible président de la commission de contrôle Bernard Bourandy, et rapidement sans Claude Brigand qui donnait sa démission, qu'il souhaitait de toute façon remettre à l'issue de la saison. Chacun revenait à de meilleurs sentiments : au lieu de s'enfermer dans une voie sans issue par jusqu'au-boutisme, le CPHD renonçait à ses points de pénalité. Le tableau des play-offs était à nouveau remanié. Et tout est bien qui finit bien...

 

Quatorzième : Anglet. Tout est bien qui finit bien, façon de parler. Pas pour l'Hormadi en tout cas. Affronter Dijon en barrage de maintien n'avait rien d'une partie de plaisir. Certes, on ne savait pas quel serait l'état d'esprit des joueurs bourguignons qui avaient cru pouvoir récupérer tous les points gagnés sur la glace. Ils n'avaient eu aucune prise sur ces tractations en coulisses et avaient vécu durement leur épilogue. Deux d'entre eux, Olivier Maltais et Guillaume Karrer, ne s'estimaient plus redevables et s'étaient envolés pour le Québec. Leur perte n'affecta pas Dijon dans ces barrages. Elle avait en revanche lourdement handicapé Anglet quelques mois plus tôt, puisque ce sont ces deux mêmes joueurs qui avaient été virés du club basque après seulement trois journées de championnat...

Démoralisés, les Angloys avaient alors encaissé un 11-0 à Grenoble et perdu ce soir-là Xavier Lassalle, qui s'était laissé aller à commettre une charge dangereuse qui lui valait une longue suspension. Le jeune Basque commençait là une saison noire qui s'achèverait prématurément par une fracture du péroné. Sans lui, sans les deux bannis, et en attendant qu'arrive in extremis un joker canadien tardif (Sylvain Favreau), l'Hormadi a joué pendant un mois et demi avec des lignes excessivement réduites qui y ont laissé beaucoup de forces. La spirale infernale était enclenchée, avec la saison difficile du gardien Julien Figved ou le lent déclin du désormais ex-international polonais Michal Garbocz. Trop friable défensivement, un poil trop juste quantitativement, Anglet était finalement loin du compte. Malgré l'éternel capitaine Xavier Daramy qui ne peut pas tout faire, les Basques sont donc relégués en division 1 après avoir vécu dix saisons au plus haut niveau. C'est le premier club rescapé de l'ex-élite à connaître ce sort sportivement. Mais le groupe reste solidaire, beaucoup de joueurs sont prêts à rester, et l'Hormadi n'est pas encore mort.

Marc Branchu

 

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