Italie 2006/07 : bilan de la saison

 

La présence consolidée de l'équipe d'Italie dans l'élite mondiale n'est pas le seul voyant au vert. Jusqu'ici, une des illustrations de la faiblesse des joueurs italiens était leur valeur négligeable à l'export. En début de saison, pourtant, deux d'entre eux ont été invités au camp NHL des Buffalo Sabres : le défenseur expérimenté Michele Strazzabosco (rentré à Milan) et le jeune gardien Thomas Tragust (qui a passé la saison avec le Français Stéphane Da Costa au Texas en NAHL, une ligue junior américaine pré-universitaire). Et pour la saison prochaine, Armin Helfer a été engagé à Innsbruck par l'ex-sélectionneur italien Pat Cortina. L'Italie n'est donc plus uniquement un pays de hockey uniquement importateur, phénomène qui a contribué à dévaloriser ses propres joueurs.

Dans le même temps, la mise en place d'une vraie Coupe d'Italie, élargie aux clubs de Série A2, a montré que ceux-ci devenaient plus compétitifs, maintenant qu'ils ont une limite à six étrangers (neuf en A1 dont sept sur la feuille de match). Ils sont donc plus impliqués dans le haut niveau, et les travaux de préparation de la Ligue réunissent les deux divisions. Certes, cela ne fait jamais que 16 clubs au total, avec un quasi-désert derrière eux, mais il est déjà salutaire de voir tous ces clubs travailler en commun et enterrer la hache de guerre. C'est le seul moyen d'avancer.

La FISG a investi dans la communication et dépensé plus de cent mille euros dans la communication. Les trois quarts de cette somme vont aux retransmissions télévisées sur la chaîne satellite Sky, et le quart restant à la production d'un programme radiophonique de retransmission des matches en direct minute par minute. Ces rendez-vous radio du hockey sont appréciés des passionnés, grâce à des commentateurs enthousiastes et préparés. Cependant, l'exposition du hockey est limitée à un cercle restreint. Il est absent des grands médias, et les affluences des patinoires font peine à voir, à quelques exceptions dans des villages d'irréductibles.

Il a fallu attendre les derniers matches de la finale pour voir les patinoires de Cortina et de Milan faire le plein, alors qu'elles avaient été à moitié remplies même en play-offs. L'enjeu était pourtant de taille pour chacun : soit Milan devenait le premier club à remporter six titres de suite, soit Cortina égalait le record de Bolzano avec une 16e couronne nationale.

 

Série A1

 

Premier : Cortina. Le dernier titre du SGC datait d'il y a 32 ans, et les succès de l'ancien club dominant avaient jauni pendant les dynasties de Bolzano puis de Milan. Que cette victoire se fasse maintenant n'avait rien d'évident, à cause d'un total changement de cap estival. Le club avait abandonné la filière suédoise qui l'avait ramené au premier plan et recruté des Nord-Américains à leur place. Il a ainsi fait revenir Jeff Maund, qui a encore été le gardien le plus régulier du championnat italien, comme avec Renon il y a deux ans. Mais la très bonne pioche a été Jonathan Kenneth (Kenny) Corupe. Ce centre venu d'AHL a constitué la meilleure ligne du championnat avec Mike Souza et Nick Deschênes et a été un buteur décisif jusqu'en finale.

Pourtant, un élément de la greffe nord-américaine n'avait pas fonctionné : l'entraîneur d'ECHL Doug MacKay, celui-là même qui avait effectué ce recrutement judicieux. Si son prédécesseur Rolf Nilsson avait été critiqué pour sa tendance à jouer à deux lignes, ses décisions était respectées. Avec ses changements incessants de blocs, MacKay a au contraire semé le doute. Son mode de gestion était jugé capricieux, comme lorsqu'il a refusé de venir à un entraînement parce qu'il voulait en voir exclu le défenseur Matt Smith. Début février, le club a donc écarté l'entraîneur qui posait problème pour le remplacer par Richmond Gosselin, l'ancien buteur mémorable de LNA aujourd'hui âgé de cinquante ans. Lui-même viré de Sierre en début de saison, Gosselin a maintenu une ambiance plus unie et fait un bon travail avec les unités spéciales pour ramener Cortina à la gloire.

 

Deuxième : Milan. Tout a une fin. Après cinq scudetti consécutifs, les Vipers n'ont pas poursuivi une série qui contribuait à une certaine monotonie dans le championnat, y compris dans leurs propres rangs. Toute une époque prend fin, avec la retraite de Dino Felicetti, le vieux guerrier qui avait été convaincu de faire une dernière saison mais qui se consacrera cette fois pour de bon à sa famille.

Ryan Christie a commencé la saison très fort et a formé une redoutable ligne 100% canadienne avec Brett Lysak et le nouveau Blake Evans. Mais l'autre avantage de Christie, on le sait bien à Mulhouse, c'est qu'il connaît des amis. C'est lui qui a suggéré au gardien Steve Passmore, l'ancien partenaire et concurrent de Huet à Mannheim, de venir en Italie. Et en quelques semaines, Passmore y a fait l'unanimité. Les circonstances de sa venue avaient pourtant été controversées : après la débâcle en Coupe d'Italie contre Bolzano, le gardien suédois Magnus Eriksson avait été désigné comme le bouc émissaire, alors qu'il payait aussi des lignes arrières réduites à cinq éléments depuis le début de saison. Il est cependant vrai que cette défense a ensuite été beaucoup mieux dirigée par Passmore, vite devenu le patron.

Le problème milanais était cependant plus profond, une tendance à connaître des absences dans les moments décisifs. On l'avait déjà vu lors de la dernière saison régulière avec une défaite à domicile face à la lanterne rouge Asiago qui a eu pour conséquence de perdre l'avantage de la glace en finale. Et lors de la quatrième manche de cette finale, c'est le capitaine Mario Chitarroni qui a craqué. Non content de prendre une pénalité à vingt secondes de la fin du temps réglementaire, il traversait la glace en sortant de prison pour donner un coup de coude à un joueur adverse et retourner d'où il venait. Cortina se retrouvait à nouveau à quatre contre trois, et Corupe disait merci du cadeau.

 

Troisième : Renon. Meilleur club du Südtirol : il y a quelque saisons, voilà un titre qui aurait largement suffi au bonheur du "Ritten Sport", à l'esprit si régional qu'il ne se fatigue même pas à avoir une version italienne de son site uniquement disponible en allemand. Mais depuis sa finale l'an passé, il se sent capable de mieux. Il n'a pas hésité à ajuster son effectif en cours de saison dans ce but : le caractériel Italo-Canadien Tony Tuzzolino est arrivé fin décembre, le meilleur marqueur John Kachur est parti en janvier pour cause de "différences de vue", remplacé par Douglas Christiansen, et le décevant Steven Kaye a finalement été renvoyé d'où il venait, Merano en division inférieure.

Mais en demi-finale, les ambitions se sont heurtées dès le premier match au "forfait" du gardien Michel Robinson, crédité jusque là de très bonnes statistiques. Le Québécois se plaignait des ligaments de la cheville qui lui causaient des douleurs lorsqu'il voulait se relever. Même lorsque le médecin certifia qu'il pouvait jouer, il s'y refusa toujours. Le président Thomas Rottensteiner, désabusé, considérait qu'il feignait la blessure et lui annonça qu'il pouvait faire ses valises. Contrairement à ses prédécesseurs Maund et Groeneveld, et après cet abandon de poste au moment décisif, Robinson ne laissera donc pas de bon souvenir. Après cet épisode, il ne restait plus que le gardien n2 Michel Favre, qui n'avait presque pas joué auparavant, sauf pendant deux matches de suspension de Robinson en décembre. Le gardien du Val d'Aoste a donc vécu exactement le même scénario que l'an passé à Briançon : il a été brutalement titulaire en play-offs sans avoir le rythme de la compétition, et il n'a pas pu être à la hauteur.

 

Quatrième : Alleghe. Avant son départ pour Grenoble, quelle empreinte Mats Lusth a-t-il laissé à Alleghe ? Celle d'un coach aimé ? Assurément non. Que ce soit chez les étrangers ou chez les joueurs italiens, sa gestion de l'équipe sans concession n'a pas fait que des heureux. Son choix le plus incompris a été celui de laisser l'expérimenté défenseur Carlo Lorenzi sur le banc pendant les play-offs. Les exemples de joueurs qui ont ainsi rongé leur frein sont nombreux. Sur le plan du jeu et des résultats, par contre, Lusth a plutôt bien réussi, avec deux demi-finales en deux ans.

Le début de saison a été difficile à cause de la blessure de Jonas Forsberg, qui avait déjà manqué le dernier match de la demi-finale l'an dernier à cause de ses adducteurs. Compte tenu de la fragilité de leur gardien (parti en Autriche après son retour au jeu), les dirigeants ont fait venir Phil Groeneveld, qui avait débuté la saison au Canada et était passé à peine dix jours à Tilburg, pour ramener de la sérénité dans les cages.

Ce problème réglé, Alleghe présentait peut-être le meilleur hockey du championnat. Le centre Mike Harder et le défenseur italo-canadien Nicholas Bilotto, qui avaient obtenu une belle augmentation de salaire à l'intersaison, n'ont pas faibli et ont aussi réussi une excellente seconde saison.

Bolzano a pu se rendre compte de la valeur d'Alleghe qui est allé gagner trois fois à l'extérieur en quart de finale. Il faut dire que les joueurs y ont fait un geste inédit : ils ont payé un des déplacements à leur groupe de supporters, le Nucleo Disagiato.

 

Cinquième : Bolzano. En début de saison, le HCB affichait pour la première fois un budget dépassant le million d'euros. Il avait fait revenir les frères Omicioli, engagé le meilleur joueur d'UHL Jeff Nelson et son ailier Robin Bouchard, un duo All-Star disparu en Italie dans les matches importants. À l'instar du défenseur tchèque Jan Nemecek, qui n'avait pas le physique pour tenir toute la saison, c'est en effet toute l'équipe qui a calé. Après la belle victoire en Coupe et la première place en saison régulière, Bolzano s'est effondré.

La raison principale de ce gâchis est certainement à chercher dans l'incroyable valse des entraîneurs. En juin dernier, Bolzano avait fait la une en engageant John Slettvoll, légendaire entraîneur du "Grande Lugano". Mais début septembre, le nouvel arrivant se disait si navré du manque de structures professionnelles du hockey italien qu'il rentrait au pays. Jesper Jäger et Kristian Gahn, les deux recrues suédoises arrivées pour lui, remballaient également leurs affaires quelques jours plus tard, ce qui a réorienté le recrutement vers la source UHL.

La situation n'était pas clarifiée derrière le banc : Morgan Samuelsson était recruté comme nouvel entraîneur, mais son assistant Stefan Mair, le directeur sportif qui avait assuré l'intérim, continuait à dicter les changements de ligne. Après trois défaites en phase finale, Samuelsson était remplacé par Douglas MacKay. L'entraîneur renvoyé un peu plus tôt de Cortina a appliqué le même régime, fondé sur une préparation physique extrêmement intense. Les premiers jours étaient difficiles, et la qualification directe en demi-finale était ratée, mais on espérait une montée en puissance progressive en play-offs. Au contraire, physiquement cuite, l'équipe s'est fait sortir d'entrée. Après cette gestion chaotique, l'ancien club de référence n'en finit plus de ternir sa réputation.

 

Sixième : Val Pusteria. Alors qu'ailleurs dans le pays la nostalgie des grandes années prédomine, il n'y a jamais eu autant d'euphorie autour du hockey à Brunico que maintenant. Et on y rumine encore cette charge controversée de Tuzzolino sur Christian Mair, qui a mis KO le défenseur au gros slap pendant les play-offs. De l'avis général, il manquait surtout un élément à Val Pusteria pour aller plus haut : un gardien de valeur. Markus Ottosson, le jeune Suédois venu d'Allsvenskan, a été très moyen.

Car pour le reste, le club de Brunico avait un bel effectif. Le réservoir local est de qualité, et l'ex-Brestois Patrick Bona est même devenu le meilleur marqueur italien de Série A. Les progrès de la troisième ligne, en premier lieu de Thomas Pichler, ont été salués. Ces locaux ont été entourés par de nouveaux étrangers de qualité. Niklas Eriksson, sérieux et technique, et Sandy Moger, une masse devant le but adverse, sont venus ajouter une - bonne - dernière saison à leur carrière. Jonas Lennartsson, même s'il manque de qualité de relance, et Trevor Johnson, même s'il a mis du temps à se discipliner, ont été solides derrière. Outre le gardien, seul Justin Kelly a un peu déçu, car sa lenteur de patinage a souvent réduit à néant ses indéniables qualités techniques quand il s'agissait de passer en un contre un.

 

Septième : Fassa. Pour le cinquantième anniversaire du club, il n'y a pas eu de grand enthousiasme dans le Val di Fassa, où les affluences sont très limitées avant le début de la saison touristique. Ce club déjà ancien aligne un effectif à la moyenne d'âge assez faible, sans pour autant donner assez sa chance aux jeunes. Le sélectionneur italien Mickey Goulet a publiquement regretté le temps perdu cette saison par l'arrière Roberto Ganz, qu'il considère comme un des meilleurs talents du pays et qui a passé trop de matches cloué sur le banc. Le gardien René Baur, d'abord titularisé en alternance avec Fredrik Jensen, a fini comme doublure du futur Morzinois. Quant au plus sûr espoir défensif, Stefano Marchetti, qui avait obtenu de s'entraîner en Suède avec Björklöven pendant la pré-saison, il a subi un contrôle positif au cannabis en janvier...

Le potentiel ne paraît pas totalement exploité. C'est ce qu'ont jugé les dirigeants en ne renouvelant pas le contrat de l'entraîneur suédois Lars Molin, après deux ans de résultats moyens. Il était trop impassible sur son banc pour convaincre un environnement encore nostalgique du style opposé de Ron Ivany. Il faut dire que Molin n'a pas été aidé par les blessures de l'ex-Grenoblois Bobby Russell (cinq matches manqués) et surtout de Sylvain Deschatelets, out six mois en janvier. Or, il s'agissait du principal constructeur du jeu, avec sa protection de palet et ses passes précises. En son absence, les attaquants locaux n'ont pas su prendre leurs responsabilités pour compenser, et la venue d'un remplaçant suédois, Martin Wiita, était trop tardive pour raccrocher la qualification.

 

Huitième : Pontebba. Le promu représentait le premier exemple depuis bien longtemps de club implanté dans une nouvelle région, en l'occurrence le Frioul. Les forces nécessaires à son développement, les Aigles du Frioul sont allés les chercher au-delà des frontières voisines : du côté slovène, les joueurs qui ont participé à la montée, et dont il ne reste que Miha Zbontar ; du côté autrichien, le sponsor principal Pasut, déjà célèbre pour être accolé au club de Villach. L'homme derrière cette entreprise de conseil économique, Alessandro Pasut, est en fait frioulan et établi des deux côtés de la frontière. Si le VSV est un club historique, au Frioul, tout est à faire. Le hockey sur glace n'a aucune notoriété - comme dans le reste de l'Italie - et est considéré comme un obscur sport de montagnards. Pas évident de fédérer les forces régionales au tour de ce petit village perdu tout là-haut qui compte aujourd'hui moins de 1700 habitants.

La moyenne de spectateurs en saison régulière a pourtant été la meilleure du pays (!), ce qui traduit les bénéfices de la saison touristique - et illustre aussi les piètres affluences ailleurs. Pour prendre pied en Série A avec une histoire récente à haut niveau, Pontebba, qui s'est fixé trois ans pour jouer le titre, a logiquement cherché à attirer de bons Italiens, comme le grand espoir défensif Andreas Lutz et le seul gardien italien titulaire du championnat Andrea Carpano.

Le promu a ouvert la saison par deux victoires et surpris par ses performances. Mais ça s'est un peu gâté en fin de saison. Il y a d'abord eu l'histoire du transfert refusé d'Éric Perricone au Nouvel An : le club voulait l'engager en tant que "sélectionnable", mais il ne l'était pas au sens de l'IIHF car ses deux saisons passées en Italie n'étaient pas complètes. Ensuite, il y a un peu de tension entre l'entraîneur Micha Vassiliev et la vedette de l'équipe Matt Gorman, frustré d'être peu aligné en unités spéciales parce que sa vitesse était surtout jugée utile à cinq contre cinq. Une attitude qui est un peu vestige de la série A2 où il pouvait se permettre de marquer cent points... D'un commun accord, il y retournera, à Appiano. Et Pontebba cherchera des types de joueurs moins atteints du syndrome "roi du village" et plus prêts à faire des concessions nécessaires à haut niveau.

 

Neuvième : Asiago. Pendant des années, l'équipe de l'Altopiano vénitien avait été celle qui traitait le plus mal ses joueurs locaux, sacrifiés aux ambitions de titre. Le dernier en date était Claudio Mantese, révélation du championnat à 18 ans (17 points), international à 19 ans... et retraité du hockey sur glace à 21 ans ! Son cas n'est pas isolé et tous ces joueurs dégoûtés font le bonheur du club de roller-hockey local, champion d'Italie pour la quatrième fois de suite.

L'été dernier, le président Mantovani a décrété la fin de ce gâchis. Il a annoncé vouloir refaire du vivier local la base du club, et a promis que ce n'était pas une politique de circonstance mais une volonté de reconstruire sur la durée. Il a même fait sortir de sa leur retraite des joueurs qui s'étaient perdus et avaient arrêté, comme Andrea Rodeghiero.

Ce qui a été sacrifié cette saison, ce ne sont plus les joueurs, ce sont les résultats. Après le départ à Milan de Luca Rigoni, qui avait fait toute sa carrière au club, et la séparation sans regret avec Tony Martino et sa clique d'Italo-Canadiens, il ne restait plus que deux oriundi, le vieux John Parco et le jeune néo-sélectionnable Jon Pittis, pour porter l'équipe à bout de bras. Deux recrues-phares, l'Américain Damian Surman furtivement passé en NHL pour deux matches (et un but) et l'international letton Aigars Cipruss, devaient les y aider. Selon le discours officiel, il fallait profiter de la diminution du nombre d'étrangers pour en engager de meilleure qualité. L'exemple de l'universitaire canadien Matthew Iannetta, logiquement licencié au bout de deux mois, a prouvé le contraire : Asiago a revu ses ambitions à la baisse surtout parce que les moyens manquent.

L'automne a été très difficile, tandis qu'il fallait convaincre ceux qui n'acceptaient pas que leur équipe soit larguée au classement, même avec un rôle plus important des joueurs locaux. Comme prévu, les ambitions sportives étaient très limitées, et le nouveau coach Enio Sacilotto n'a pas pu résister à une offre du Danemark en janvier. Est alors arrivé John Tucker, bon tactiquement sur la glace quand il était passé une saison à Asiago il y a quinze ans au beau milieu de sa carrière NHL. Son retour comme entraîneur a donc été salué, et en un mois, il a obtenu autant de victoires que son prédécesseur (3). De quoi redonner un peu le moral pour poursuivre le nouveau projet de structuration à long terme.

 

Série A2

 

Battu en finale ces deux dernières années, Merano a cette fois remporté la série A2, avec de bonnes individualités : l'international letton Leonids Tambijevs, le Canadien meilleur marqueur des play-offs Adrian Saul ou encore un des anciens joueurs emblématiques de Bolzano, Christian "Kiki" Timpone. La révélation a été le gardien québécois Adam Russo : alors que l'entraîneur avait d'abord opté pour un turn-over avec son collègue Martin Rizzi, il s'est imposé comme titulaire indiscutable en play-offs. Maintenant qu'il est sélectionnable en équipe d'Italie, Russo s'annonce comme un concurrent des portiers locaux pour la relève du vieux Muzzatti, à un poste historiquement occupé par des gardiens formés au Canada. Malgré cette réussite, Merano a annoncé son refus de monter en A1 pour raisons économiques. Encore.

L'équipe de l'année, ce fut cependant Valpellice. Il y a d'abord eu la qualification inattendue pour le tournoi final de Coupe d'Italie, devant deux clubs de série A1. Ensuite, les Piémontais ont réalisé la plus longue série d'invincibilité de d'histoire, pendant 18 journées. Le partenariat avec Milan a amené les prêts utiles du gardien Mark Demetz et du meilleur marqueur Mike Di Stefano. Le plus beau était encore à venir en play-offs. Le doyen du championnat français Christian Pouget arrivait comme joker et prenait place en défense aux côtés de l'ex-Briançonnais Chris Lyness, meilleur compteur de A2 chez les arrières. Pour le premier match à domicile de la finale, le déchaînement autour des places était tel dans le petit village piémontais de Torre Pellice que la patinoire était trop petite et que la commune faisait installer un écran géant sur le Stadio del Filatoio, la glace légendaire encore utilisée dans les années 80. Au total, quatre mille personnes (soit quasiment la population du village) assistaient en direct ou par écran interposé à une belle victoire 5-3. Malheureusement, la fête s'arrêtait brusquement au match suivant. Au retour de Merano, le président du club Mauro Ferrando trouvait la mort dans un accident de la route. Le voile noir du deuil recouvrait ce qui avait été jusque là une des plus belles saisons du club pour son 70e anniversaire.

On a longtemps cru Vipiteno capable d'être finaliste, grâce à son super-duo offensif composé du Tchèque Milan Blaha et du local Alexander Gschliesser. Mais il n'y a pas eu de derby du Haut-Adige pour l'attribution du titre de A2, car Vipiteno s'est incliné au dernier match de la demi-finale contre Valpellice sur un but en prolongation du capitaine des Piémontais, le vétéran Dino Grossi.

Dans l'autre demi-finale, Appiano n'a rien pu faire contre le futur champion. Le gardien Tim Kelleher, considéré comme son point fort, a en fait laissé de nombreux rebonds et a été irrégulier, à l'image de son équipe. Mais auparavant, il n'avait laissé aucune chance en quart de finale au cinquième Gherdeina, éliminé en quatre manches sèches.

Le sixième Caldaro a eu comme fait marquant de voir un de ses attaquants, le jeune Brian Belcastro, débuter en équipe nationale tout en jouant en série A2.

Malgré les Jeux Olympiques, ou à cause d'eux, le hockey à Turin n'a vécu que des malheurs depuis trois ans. Aujourd'hui, ce sont les All-Stars Piémont, club jusqu'ici connu par son équipe féminine, qui représente la capitale piémontaise en série A2. Ils se sont appuyés pour cela sur des anciens, le centre italo-canadien Vezio Sacratini qui a terminé meilleur marqueur du championnat en revenant de neuf ans en Grande-Bretagne, et le gardien Gianluca Canei qui a finalement pris sa retraite pour devenir directeur sportif.

Egna, où l'on retrouvait le gardien Philippe de Rouville, fermait le bal des qualifiés en play-offs.

Contrairement à la A1, il n'y avait en effet qu'un seul éliminé, les Future Bolzano, une équipe-réserve créée par le HCB pour prendre la place du petit club Settequerce qui n'avait plus les moyens de suivre une série A2 à six étrangers. Mais Bolzano lui-même a décidé de mettre un terme à cette expérience après une saison. Heureusement en ce sens que Merano ne monte pas, car sans relégation pour compenser cela signifierait que la série A2 serait réduite à sept équipes.

 

Si le hockey italien doit se contenter de cette base limitée, c'est que son développement géographique est toujours aussi difficile. Il y a certes une trentaine d'équipes dans les différentes séries C, mais le hockey italien reste confiné au nord, dans sa définition la plus restrictive qui soit. De tous les clubs engagés en championnat, il y en a un seul situé au sud du Pô : c'est Bologne, où les Wizards de l'entraîneur-joueur roumain Daniel Cicu ont relancé le hockey il y a trois ans. Le club en question se limite aujourd'hui à une équipe senior et une dizaine de gamins. Et pourtant, la patinoire de Bologne date de 1989...

Quand on voit ce développement minimal dans une ville nordiste - et ce n'est guère mieux dans des villes lombardes encore "mieux situées" - on comprend que la situation est encore pire au sud. Cette saison a tout de même été marquée par le retour du hockey sur glace à Rome, avec la réouverture du "Iceland" dans le sud de la ville. L'activité du HC Rome s'est limitée à des matches amicaux contre Grosseto, une ville du sud de la Toscane qui dispose uniquement d'une mini-patinoire installée pendant la période hivernale. Et pourtant, c'est bien à Rome que se trouve une des plus belles patinoires du pays, Marino, où avait été organisé le Mondial C des moins de 20 ans en 1992. La salle accueille de nombreux sports indoor mais a fermé ses portes au hockey depuis longtemps.

Voici deux saisons, un groupe centre-sud avait réuni une équipe milanaise et les clubs de Bologne, Rome et Palerme. Mais du hockey sur glace sicilien, il ne reste que l'espérance de jours meilleurs. Pour l'instant, on se concentre surtout sur le hockey inline, plutôt que de devoir se déplacer dans la Péninsule pour avoir de la glace. Il y en a pourtant une sur l'île, à Catane. Il y a aussi des patinoires à Bari et dans les Abruzzes, mais elles sont si isolées qu'il n'y aucun échange dans leur direction et qu'elles sont loin d'être aussi utilisées pour le hockey que dans les lieux traditionnels du Haut-Adige.

Marc Branchu

 

 

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