Allemagne 2006/07 : bilan

 

La suppression de la relégation a eu l'effet que l'on pouvait craindre sur le bas de tableau. Dès qu'ils n'ont plus rien eu à gagner, c'est-à-dire assez rapidement malgré le tour supplémentaire de play-offs, les petits clubs ont dégraissé leur effectif, quitte à ce que la compétition ne veuille plus rien dire en bas de tableau. On les a parfois accusés de fausser le championnat, mais peu leur chaut.

Les écarts de niveau se sont déjà accentués cette année, et le fossé va certainement se creuser, puisqu'on laisse la DEL s'élargir sans permettre de descentes. La ligue fermée n'aide pas vraiment les clubs ayant le moins de moyens à se structurer, elle semble plutôt les condamner à la mort lente. Ce n'est pas demain la veille qu'ils concurrenceront le tout puissant Mannheim.

Même interpellée par l'entraîneur national Uwe Krupp, la DEL n'a pas l'intention de changer sa ligne directrice. Elle a donc tenté de dévier le tir en produisant elle-même un "concept de formation", qui ne l'engage à presque rien (10 étrangers au lieu de 11 sur la feuille de match dans deux ans) et qui fait porter l'essentiel des exigences sur d'autres. Première visée, l'Oberliga, la troisième division, qui doit supprimer totalement les étrangers d'ici cinq ans (il y en a 5 autorisés aujourd'hui, ce qui mériterait effectivement une réduction) et qui est priée d'accepter, sans qu'ils se qualifient sportivement, les réserves des clubs de DEL. L'idée derrière cette proposition, c'est que les joueurs sortant de DNL (18 ans) sont rarement prêts pour la DEL et ont besoin d'un niveau intermédiaire. Curieusement, personne ne remet en cause les classes d'âge de la DNL, qui avait été fondée il y a quelques années en considérant que la catégorie juniors (19-20 ans) n'était plus utile...

Ce projet illustre que, pour la DEL, les divisions inférieures ne comptent pas vraiment. Or, c'est chez elles que se situe la base des supporters allemands, ce public très attaché au sport qu'il serait dangereux de dégoûter définitivement. Le hockey ne se développera pas uniquement dans une poignée de villes, il doit rester ancré partout. La seule réserve jouant actuellement en Oberliga, les Eisbären de Berlin, joue devant moins de cent personnes. Faut-il vraiment privilégier ce genre d'équipes qui n'intéresseront personne, aux dépens de clubs qui attirent des milliers de spectateurs ? Surtout que le système actuel de "Förderlizenzen" (licences espoir) permet le prêt de joueurs à des clubs de division inférieure et offre ainsi différents paliers de niveau pour les jeunes. Quelle est l'urgence de confondre une division compétitive (l'Oberliga) avec un simple championnat de réserves ?

Ces propositions préparées en secret et émises sans la moindre concertation ont toutes les chances d'être refusées. Et c'est peut-être le but ! La DEL chercherait ainsi avant tout à renverser les rôles en montrant que ce n'est pas elle qui bloque les réformes et les propositions constructives.

 

 

Les clubs de DEL

 

Premier : Mannheim. Est-ce le retour de la dynastie des Adler, comme dans les années 90 du temps de Bozon ? Les prochaines années le diront, mais pour cette saison en tout cas, Mannheim a tout raflé : premier de la saison régulière et auteur du doublé coupe-championnat, le tout dans une SAP Arena le plus souvent comble. Son entraîneur Greg Poss a ainsi pu effacer le souvenir de la descente de l'Allemagne en division I quand il était sélectionneur et s'associer à une image de vainqueur.

Il avait l'effectif pour cela avec quatre lignes offensives de haut niveau, une densité sans doute jamais vue en DEL. Conséquence de cette abondance de biens, la reconversion en défense des attaquants Blake Sloan et Marcus Kink est presque passée comme une lettre à la poste. Il n'y a eu aucun joueur à problèmes dans ce collectif dominant sur le papier et donc sur la glace. Le joker Rico Fata, arrivé en novembre de NHL où il était considéré comme un joueur unidimensionnel valable par son seul patinage, n'a peut-être pas été d'une utilité indiscutable (fiche de -12). Mais il n'a pas vraiment paru déplacé dans une équipe patineuse et surtout joueuse, au-dessus des autres par sa somme de talents.

Le seul écueil de cette saison a été la tumeur au cerveau diagnostiquée en novembre chez le gardien international Robert Müller. Si tout le monde du hockey allemand a manifesté son soutien à son combat, le cas était difficile à gérer sportivement pour le staff de Mannheim. Il a fini par engager un remplaçant, Jean-Marc Pelletier, resté titulaire en play-offs tandis que Müller, rétabli, ne rentrait que pour une apparition symbolique de trente secondes en finale. Le choix le plus délicat a posteriori est surtout d'avoir très tôt engagé pour la saison prochaine Adam Hauser, le gardien de Cologne qui brillait à l'automne mais qui s'est fait dominer par Pelletier en demi-finale. Que deviendra Müller qui souhaite rester à Mannheim ? En l'élisant joueur de l'année, les supporters ont en tout cas rappelé leur attachement à leur gardien et leur respect envers ce qu'il a enduré.

 

Deuxième : Nuremberg. Le départ de François Méthot, merveilleux créateur qui a étincelé dès ses premières semaines à Mannheim avec sa vision du jeu, semblait priver Benoît Laporte de son arme offensive n1. Et pourtant, l'entraîneur franco-canadien, réputé adepte d'un système plutôt défensif, a confectionné la deuxième attaque du championnat, quatre buts seulement derrière Méthot et ses nouveaux amis. Pour cela, on ne s'est pas fié seulement à l'irrégulier buteur Scott King. L'arrivée du joker André Savage a permis de former la ligne offensive la plus constante aux côtés de Brian Swanson et du toujours travailleur Petr Fical, l'international allemand qui a finalement décidé de rester à Nuremberg et s'est dédit du contrat signé il y a un avec Mannheim pour la saison prochaine.

Mais le meilleur marqueur, c'est un défenseur, même s'il avait commencé sa carrière professionnelle à l'aile. Jame Pollock a toujours été réputé pour la puissance de son lancer, mais jamais il ne l'avait autant utilisé que cette saison : 18 buts en jeu de puissance, tous les records pulvérisés ! Mais le but que l'on retiendra a été marqué en infériorité numérique : un tir de sa zone défensive (voir anecdotes de mars) qui a permis à Nuremberg de vaincre sa malédiction de six échecs consécutifs en quart de finale. Jame Pollock a terminé la saison avec une médaille d'or autour du cou, puisqu'il a été déclaré dans la liste officielle le dernier jour des championnats du monde, qu'il a passés comme réserviste pour le Canada. Il avait même une chance d'être intégré à l'effectif titulaire, avant que l'arrivée tardive de Phaneuf n'élimine cette hypothèse.

Le gardien Jean-François Labbé était au meilleur de sa forme au bon moment lors de la demi-finale contre Düsseldorf, et sa défense a tenu le choc : malgré les blessures des titulaires Brennan et Schauer, les jeunes Cespiva et Ondruschka ont épaté jusqu'à leur propre entraîneur Laporte. Pour la deuxième finale de Nuremberg après celle de 1999, cependant, Mannheim a encore eu le dessus. Faudra-t-il d'autres années de vaches maigres avant la prochaine finale ?

 

Troisième : Düsseldorf. Le déménagement dans le "ISS Dome" n'a pas permis au DEG de changer de dimension. Les affluences ont certes augmenté, mais de moins de 10%. Avec plus de cinq mille places vides, la nouvelle enceinte n'a pas fait oublier l'atmosphère légendaire de celle de la Brehmstraße, d'ailleurs bien remplie pour quelques évènements nostalgiques. Les supporters ne se sentent plus vraiment chez eux, et contrairement aux autres arènes de ce type, ce dôme a attiré trop peu de public nouveau. Il faut dire que le club ne s'est pas assez fatigué à aller le chercher. Seuls sont restés des inconditionnels déjà acquis à la cause du hockey, mais pas à un environnement devenu trop froid à leur goût.

Seul du succès sportif aurait pu atténuer cette sensation de transition manquée. Cela paraissait possible grâce à la meilleure défense du championnat, où s'est révélé l'audacieux défenseur de 20 ans Robert Dietrich. Grâce à sa rapidité, Jamie Storr, l'ancien gardien des Los Angeles Kings, s'est bien adapté à la DEL, et son élection comme meilleur gardien a même mis un terme à cinq années de domination québécoise sur ce poste.

Malheureusement, en play-offs, la guigne a frappé là où ça fait mal. La blessure de Sean Brown passait encore, car le rugueux ex-défenseur de NHL n'avait pas été le plus convaincant. Mais la perte des deux meilleurs centres Tore Vikingstad et Rob Collins était impossible à compenser. On l'avait déjà constaté en saison régulière : l'épaule fragile du Norvégien était la clé de voûte du DEG, et en son absence, ses ailiers Daniel Kreutzer et Klaus Kathan n'avaient plus la même efficacité.

En plus, les Metro Stars avaient prévu des rames un peu courtes : la faiblesse de leur quatrième ligne (Barz, Jörg, Anton) était encore plus apparente avec deux joueurs de moins.

 

Quatrième : Cologne. Si le KEC conserve encore une affluence supérieure à Mannheim, à une poignée de spectateurs près, il lui est de plus en plus difficile de lutter face à un adversaire plus riche. En demi-finale, les Adler ont infligé une véritable correction à des Haie qui n'ont jamais eu l'ombre d'une chance. Le genre de claque qui fait mal.

On aurait pu penser que l'abandon du style mortellement ennuyeux de Zach pour le hockey plus offensif de Doug Mason aurait mis en vakeur l'enthousiasme juvénile. Mais les espoirs ont peiné, à l'image d'un Philipp Gogulla qui a mis des mois à retrouver le chemin des filets, même s'il a encore bien fini la saison aux championnats du monde. En réalité, ce sont les anciens qui ont vécu une seconde jeunesse : les défenseurs offensifs Stéphane Julien et Mirko Lüdemann (le premier par son lancer et le second par sa vitesse) ont connu une excellente saison. Et l'inaltérable Dave McLlwain, devenu capitaine pour la première fois de sa carrière à 39 ans, a encore été un modèle de constance offensivement avec sa finesse habituelle. On va finir par croire que les muffins aux myrtilles de sa femme, censés lui prodiguer des buts, sont un véritable secret de longévité.

Malheureusement, si le Suédois Daniel Rudslätt s'est bien adapté malgré sa blessure initiale, le recrutement de vétérans de NHL n'a pas été aussi réussi : Aaron Gavey a franchement déçu et Jason Marshall a surtout accumulé des pénalités. Le gardien Adam Hauser a fait figure de trouvaille quand il a connu une très bonne période à l'automne, mais ses rebonds à gogo se sont retournés contre lui en play-offs, alors que son départ était acquis depuis longtemps.

 

Cinquième : Ingolstadt. Lorsque la saison était lancée, Ingolstadt a été la seule équipe à pouvoir contester la première place au classement de Mannheim. Avec l'absence après Noël de son entraîneur Ron Kennedy, lui aussi atteint d'une tumeur au cerveau, elle se défendait encore honorablement avec une quatrième place en saison régulière. Mais encore une fois, l'avantage de la glace n'a servi à rien en quart de finale. Une certaine confusion s'est installée dans la chaîne de commande quand Kennedy est revenu en tribune pour donner ses consignes à distance à son ex-assistant et successeur intérimaire Jamie Bartman.

Cela faisait déjà quelque temps que l'ex-star Cameron Mann n'avait plus rien du "Super-Mann" acclamé autrefois, car le corps ne suivait plus. Mais en play-offs, c'est le mental et le caractère qui ont fait défaut chez la moitié de l'équipe. Certains étaient déjà partis dans leur tête (Jeff Tory et John Tripp), et surtout, les dirigeants ont regretté que des joueurs n'aient plus montré la moindre motivation après avoir resigné. Premier visé, l'Américain Rob Valicevic, dont plus personne ne veut même s'il est encore sous contrat.

Il reste donc peu de satisfactions après cette fin de saison pénible. L'arrière tchèque Jakub Ficenec, même s'il a été moins impressionnant que par le passé, a pris des responsabilités défensives supplémentaires. Il a même été récompensé d'une sélection en équipe tchèque. Autre joueur indiscutable, le petit Yannic Seidenberg, par sa combativité. Un anonyme comme Christoph Melischko a aussi montré qu'un travail assidu pouvait être récompensé.

 

Sixième : Hanovre. Derniers qualifiés directs pour les quart de finale, les Scorpions peuvent se satisfaire de cette place car leur contingent n'était pas le plus coté. Les étrangers y étaient clairement plus faibles que chez leurs concurrents directs. Il faut dire que trois d'entre eux avaient filé durant l'été pour se faire une place en NHL (Murray, Green et Tapper). Doux mirage, car aucun n'y est parvenu. Brad Tapper est déjà revenu en novembre, et Travis Green va suivre. Hanovre n'avait que la dixième attaque de DEL, et il n'est pas sûr qu'un entraîneur moins défensif que Hans Zach aurait fait mieux.

Le potentiel offensif était limité. Le meilleur buteur est de loin le défenseur Sascha Goc, bien qu'il ait manqué un quart de la saison à cause d'une blessure au genou. Il laisse tout juste la place de meilleur marqueur à un autre Allemand, qui allie le sens créatif de sa naissance tchèque à une rigueur défensive prête à plaire à Zach. Le meilleur marqueur étranger, l'inattendu Eric Schneider, arrivait de deuxième division.

Finalement, si seulement il connaissait cette mécanique musculaire du visage, Hans Zach pourrait avoir le sourire. Il a achevé la transformation d'un ancien club à problèmes en club solide et capable de faire confiance aux joueurs allemands, y compris comme gardien titulaire. Alexander Jung a correctement fait son travail, même s'il apparaît encore assez loin - sixième au mieux - dans la hiérarchie de l'actuel sélectionneur Uwe Krupp.

 

Septième : Hambourg. L'attaque a été un peu plus productive cette saison. François Fortier, aussi efficace pour gratter les palets que pour trouver les filets, est de plus en plus l'homme de base de l'équipe. Un titre qui s'applique également au centre Alexander Barta, très complet, qui s'affirme comme un des meilleurs joueurs allemands. Les recrues offensives ont rempli leur fonction première. L'Autrichien Christoph Brandner a vu son corps lui donner quelques mois de répit le temps de marquer 22 buts. Brad Smyth a longtemps été le meilleur marqueur de DEL avant de baisser le pied sur la fin, alimentant des rumeurs de relation conflictuelle avec son entraîneur.

Malheureusement, comme prévu, la défense, en manque de mobilité, n'a été d'aucun secours. Sa contribution offensive a en effet été presque nulle. Paul Manning et Cory Cross se sont contentés de s'acquitter de leurs tâches défensives, même si le second, fort de sa longue expérience de NHL, avait annoncé vouloir participer à l'offensive.

Pour une équipe qui avait annoncé vouloir rejouer le titre, le bilan est donc minimaliste. L'entraîneur Bill Stewart, qui a remplacé Mike Schmidt en novembre alors que l'équipe était onzième, a au moins redressé sa formation à une place plus convenable. Cependant, les propos racistes reprochés à Stewart avant son départ d'Autriche, et à Marc Beaucage pendant les play-offs ne donnent pas une bonne image du club, a fortiori dans une ville comme Hambourg qui aime mettre en avant son esprit de tolérance.

 

Huitième : Francfort. Lorsque l'on maintient sa confiance à des joueurs vieillissants, on prend le risque de les voir s'user un peu plus chaque saison. Le capitaine Jason Young et l'ex-star Patrick Lebeau, en plus de l'âge de leurs artères, ont encore accumulé des blessures, de même que Dwayne Norris reconverti manager. Non que ce genre de mésaventures n'arrive qu'aux vieux : Michael Hackert a eu sa dose ces dernières années, avant que sa mâchoire doublement fracturée l'an passé ne retrouve le sourire en fin de saison avec de bons play-offs et un super-Mondial... alors que son départ à Mannheim était acquis depuis longtemps. À Francfort, il reste les cannes et les béquilles pour rebâtir.

Des trois recrues-phares en défense, seul l'international slovaque Peter Podhradský a convaincu par sa contribution offensive. Son compatriote Petr Smrek et le catastrophique Chris Armstrong ont en revanche déçu. Les bonnes surprises sont venues de là où on ne les attendait pas, du vétéran Michael Bresagk (meilleur +/-) et de l'inconnu devenu international Sebastian Osterloh. Comme quoi, il peut y avoir des espoirs à Francfort ! Thomas Oppenheimer, venu à 18 ans de son club formateur bavarois Peiting en Oberliga, a ainsi été élu rookie de l'année en DEL.

Le renouveau est quand même rare. Ian Gordon, gardé dans l'espoir d'une naturalisation allemande qui se fait attendre, n'est toujours pas considéré comme un gardien de qualité suffisante pour jouer le titre... même s'il l'a déjà obtenu une fois. C'était à l'époque où Lebeau survolait encore le championnat. Les sportifs ne sont pas éternels.

 

Neuvième : Eisbären de Berlin. Le duo de gardiens allemands Youri Ziffzer / Daniar Dshunussow a cette fois été conservé jusqu'au bout, avec une certaine inconstance découlant de leur inexpérience. Les licences de joueur étranger en réserve ont plutôt été utilisées à d'autres postes : à l'avant pour faire revenir Denis Pederson sans succès à son camp NHL, et en défense avec Jeff Jillson. Cet arrière américain, premier tour de draft, courtisé par Mannheim, 26 ans, 148 matches de NHL, une médaille de bronze mondiale. Avec un tel cursus, il se murmurait déjà chez la concurrence que c'était le joueur le plus cher de DEL. Le recrutement manqué le plus cher du club, par conséquent. Car Jillson, trop lent, était régulièrement dépassé dans le système offensif de Pierre Pagé, qui a dit de lui qu'il devait "tout changer dans sa vie sportive" pour réussir. Autant dire que son étoile déjà faiblissante a pâli.

C'est un autre duo américain qui a mené la défense, celui composé d'Andy Roach et de Deron Quint. On demandait surtout à Quint d'assurer les arrières pendant les montées offensives de son nouveau collègue, mais cela ne l'a pas empêché d'utiliser comme jamais sa qualité de tir, jusqu'à être le meilleur buteur d'une équipe qui en manquait. Cela lui a même valu d'être appelé par les New York Islanders pour leur sprint final de fin de saison.

Car celle des Eisbären de Berlin s'est terminée tôt. Ils ont eu le meilleur powerplay de DEL en saison régulière... et le plus mauvais en play-offs. Depuis longtemps déjà, le champion en titre se morfondait en milieu de tableau. Les relations entre l'entraîneur Pierre Pagé et le manager Peter John Lee étaient devenues exécrables dès le début de championnat, et l'antagonisme ne pouvait que rejaillir sur les relations entre Pagé et les joueurs. L'attaquant Kelly Fairchild l'a publiquement critiqué dans une interview, et la dernière nuit d'hôtel en déplacement de l'entraîneur canadien a été perturbée par des gêneurs voulant le priver de sommeil... La success story s'est donc mal finie. Mais peu importe cette dernière saison, Pagé restera pour les supporters celui qui leur a rendu leur fierté avec deux titres.

 

Dixième : Krefeld. Avec 8 points sur 39 possibles, la saison risquait vite de tourner au fiasco au KEV. Et pourtant, le nouvel entraîneur Jiri Ehrenberger a réussi à le qualifier, avec un jeu technique, spectaculaire et attrayant. Car Krefeld était cette saison en dehors de tous les canons de la DEL, avec un vestiaire où le russe et non l'anglais était la langue vernaculaire ! Les rares joueurs nord-américains y ont même été les plus décevants : Ray DiLauro, le défenseur de l'année 2005 en ECHL qui arrivait pourtant avec la recommandation de Christian Ehrhoff, et l'habituel capitaine Ted Drury, qui a bouclé la dernière saison avec une fiche de -23 là où les leaders Vasiljevs et Alinc ont fini avec... +23 !

Car la réussite des Pinguine est avant tout venue d'une ligne multi-nationale qui a connu une réussite exceptionnelle. Le Letton Herberts Vasiljevs, buteur expérimenté, a marqué les esprits avec un record de 4 buts et 4 assistances en un même match et a été élu joueur de l'année. Son duo offensif avec Jan Alinc a survolé la ligue à cinq contre cinq... jusqu'à ce que le Tchèque se blesse. Le troisième homme, l'international slovène Ivo Jan, a été le parfait joueur de complément, tandis que les défenseurs slovaques Dusan Milo et Rastislav Pavlikovsky faisaient parler leur métier.

Malheureusement, et c'est peut-être caractéristique du hockey de l'est, les unités spéciales n'ont pas toujours été à la hauteur. L'équipe s'est finalement contentée de l'objectif minimal des pré-play-offs et n'a pas semblé tout donner pour aller plus loin alors que l'adversaire Hambourg semblait prenable. Bouc émissaire possible : Aleksandr Selivanov, qui préfère jouer en Allemagne que chez lui en Russie où les tactiques sont trop défensives à son goût. Le gérant Wolfgang Schäfer lui a envoyé une lettre de menace de licenciement s'il se faisait opérer de l'épaule (la rééducation empièterait alors sur le début du prochain championnat). Le Russe n'a pas l'intention de se laisser faire et explique qu'il mériterait meilleur remerciement après avoir joué toute la saison malgré une épaule douloureuse.

Si pour certains la saison n'a été que partiellement satisfaisante, elle risque d'être vite regrettée par rapport à ce qui s'annonce. Le club a perdu 200 000 euros de recettes en devant jouer six matches dans son ancienne patinoire, à cause d'une fuite d'ammoniac dans le plus grand KönigPalast. Cela ne va pas arranger une situation économique déjà délicate.

 

Onzième : Iserlohn. Cela fait sept années que l'on est présent en DEL dans le Sauerland, et toujours pas le moindre match de play-offs à l'horizon, même pas de "pré-play-offs". Pourtant, cette année, on aurait pu y croire. Après deux mois de championnat, Iserlohn était sixième, en position de qualifié direct. C'est justement à ce moment-là que Martin Knold a dû être opéré à cause de douleurs récurrentes à la jambe. Lorsqu'il a repris l'entraînement, son pied s'est accroché dans un trou de la glace en patinage arrière et il est tombé à la renverse en heurtant la balustrade avec sa tête. Commotion cérébrale et retour à l'hôpital... L'absence du Norvégien a coïncidé avec le déclin d'Iserlohn car elle a fait énormément de tort au jeu de puissance, devenu le pire de la ligue.

C'est toute l'équipe qui a connu un coup d'arrêt. La défense, très solide grâce à la solide paire Erich Goldmann - Paul Traynor, a commencé à faire plus d'erreurs. Les deux marqueurs allemands Robert Hock et Michael Wolf ont connu un creux de forme, tandis que le marqueur canadien Brad Purdie se blessait deux fois. Le club avait encore une licence d'étranger à accorder, et il a opté pour la sécurité en la donnant au gardien tchèque Petr Franek. Le jeune Dimitrij Kotschnew avait peut-être besoin de cette concurrence tchèque pour faire une bonne fin de saison, avec comme point d'orgue son blanchissage au Mondial contre... les Tchèques.

En championnat, alors que les carottes semblaient cuites, Iserlohn connaissait un sursaut inattendu en février... pour échouer à un petit point de Krefeld. Les supporters méritaient mieux, eux qui ont été désignés cette saison comme ceux qui mettaient la meilleure ambiance d'Allemagne dans leur patinoire de la Seilersee. Celle-ci sera agrandie cet été et portée à 4999 places (car il y a des normes de sécurité plus sévères au-dessus de cinq mille personnes).

 

Douzième : Straubing. À tous ceux qui pensaient que le promu n'avait pas le niveau, il n'a pas tardé à prouver le contraire. En remportant ses deux premiers matches à domicile, il a déclenché un engouement qui ne s'est jamais démentie et a vu sa moyenne de spectateurs doubler. Le plus étonnant, c'est que sa meilleure ligne provenait intégralement de la 2e Bundesliga : on y retrouvait les mêmes renforts étrangers Trevor Gallant, Bill Trew, Matt Dunham et Calvin Elfring, plus le capitaine Josef Lehner qui a réussi un excellent retour en DEL où il n'avait plus joué depuis dix ans. Le gardien Mike Bales, lui aussi, avait été conservé de l'effectif qui avait obtenu la montée. Cette transition réussie au niveau supérieur a eu pour effet collatéral de réveiller l'intérêt des clubs de DEL pour les joueurs de deuxième division, qui deviennent désormais des cibles de recrutement.

Ce qui a nui à Straubing, finalement, ce ne sont pas les joueurs de "division inférieure", mais c'est plutôt un recrutement raté, notamment celui des trois Suédois. Les défenseurs Peter Casparsson et Christoffer Norgren ont relativement déçu, et le vétéran d'Elitserien Per Eklund est parti sans prévenir au bout de deux mois pour mettre un terme à sa carrière pro.

Mais un joker bien trouvé remettait les Tigers sur les rails : l'ancien joueur de NHL Éric Chouinard réussissait à devenir rapidement un leader pour sa nouvelle équipe et à lui accorder une bonne fin de saison. La première année de DEL à Straubing s'est donc très bien passée, le plus dur sera confirmer lorsque l'euphorie initiale sera retombée.

 

Treizième : Augsbourg. Le temps du doux rêve est fini. En annonçant la saison dernière qu'il voulait jouer le titre d'ici trois ans, l'entraîneur Paulin Bordeleau a feint d'ignorer les moyens réels d'Augsbourg. Au début de la saison, lorsqu'il a demandé aux joueurs de pronostiquer la position finale de leur équipe, les résultats donnaient une septième place en moyenne. Et il surenchérissait pour sa part en révélant son panneau indiquant "6e". Cela, c'était le championnat virtuel. Le championnat réel, c'est quand même plus compliqué.

Les deux joueurs AHL au passé NHL ont déçu : Travis Brigley a été un ratage unanime, alors que Craig Darby, malgré ou à cause de ses qualités techniques, a parfois coûté cher défensivement par ses prises de risques. La meilleure recrue a été le troisième larron, Shane Joseph, qui a su mettre le palet au fond en jeu de puissance. L'autre bonne surprise a été l'international junior Patrick Buzas, qui a réussi à marquer 23 points et à ne pas avoir une fiche négative, une performance dans cette équipe. Mais ce n'est pas assez pour gommer les graves carences de la défense. Le capitaine de l'équipe nationale danoise, Jesper Damgaard, y a connu la pire saison de sa carrière, et aucun patron ne s'est donc imposé.

Le risque de relégation n'existe plus, mais il est à craindre qu'il soit simplement substitué par le risque de mort à petit feu. Avec trois victoires dans les quatorze premières journées, les illusions se sont évanouies immédiatement. La moyenne de spectateurs a chuté de 600 personnes. Dans le même temps, le club local de football, monté en deuxième division, a fini la saison devant plus de vingt mille spectateurs, et son agence de marketing fait la cour aux sponsors présents dans le hockey. Les footeux ont obtenu un nouveau stade, pendant que les hockeyeurs évoluent toujours dans une vieille patinoire ouverte sur un côté.

 

Quatorzième : Duisburg. Ici, personne ne faisait des pronostics optimistes à l'excès. Duisburg a été dernier, et tout le monde s'y attendait. Plus que la place de dernier, c'est la manière qui a été navrante. Rappelons que la suppression de la relégation était censée donner aux clubs de la "sécurité de planification".

Duisburg a une drôle de notion de la planification : le président Ralf Pape a expliqué à l'automne qu'il se retirerait à la fin de la saison, déclenchant une vague de panique vu que le club était monté autour de lui. Il n'en a rien fait, par contre il a fait la danse du ventre à la ville de Stuttgart en fin de saison pour y déménager son équipe. Finalement, il restera à Duisburg, tout en se plaignant que ce ne soit pas une ville sportive, et lance un appel aux supporters. Mais comment les convaincre que le club a un avenir avec des signaux aussi contradictoires ? Chantage au retrait, chantage au déménagement : la pratique a ses limites.

De la planification, il n'y en a pas vraiment eu non plus dans les cadres. L'entraîneur Didi Hegen a dû sentir bien seul par moments. Le directeur sportif Uli Egen a été licencié en octobre sans être remplacé (en fait, Franz Fritzmeier, le manager de Krefeld dont l'attaquant de fils a déjà rejoint Duisburg en cours de saison, lui succèdera l'an prochain). L'entraîneur-adjoint Karel Lang a été renvoyé au même moment... pour revenir quinze jours plus tard comme entraîneur des gardiens ! Un Lang qui est devenu en fin de saison le plus vieux gardien de DEL en rentrant sur la glace pour 46 secondes à 48 ans. Un record grand-guignolesque qui ne fait qu'accentuer les reproches faits à Duisburg de nuire au sérieux du championnat.

Le club s'est en effet débarrassé de ses joueurs petit à petit : les trois Slovaques, Stanislav Gron, Martin Bartek et Rudolf Huna, ont été renvoyés tour à tour dans cet ordre, et ils n'ont pas été les seuls. Duisburg n'a eu de cesse de lâcher du test. La seule planification qui vaille, c'est de gérer au jour le jour.

Deux hommes ont tiré leur épingle du jeu de ce capharnaüm. Le gardien Christian Rohde, blessé au genou durant l'été en jouant au beach-volley (il y a des sports dangereux...), a réussi un excellent retour au jeu, au point de permettre un départ de plus, celui de son collègue hongrois Levente Szuper trop inconstant.

Et puis bien sûr, il y a eu le joueur de l'année, Matt Dzieduszycki. Il s'est fait un nom - même si le président Pape avoue ne toujours pas savoir l'orthographier - et n'a pas tardé à obtenir un contrat à Hanovre pour l'an prochain. Jackpot pour l'ancien ailier de Las Vegas : les plus chanceux à Duisburg, ce sont encore ceux qui peuvent en partir.

 

 

Les clubs de 2e Bundesliga

 

Premier : Wolfsburg. Le Grizzly, n'y laissant rien paraître, a refait le coup du lièvre et de la tortue. Il est entré en hibernation dès le début du championnat, laissant croire à Kassel qu'il était sans rival. Et puis, l'ours s'est réveillé : neuf victoires de suite pour terminer la saison régulière, suivies de dix nouveaux succès enchaînés en play-offs. Avec le métier du gardien américain Chris Rogles (38 ans) et la participation active des quatre lignes offensives pour garder de la fraîcheur, Wolfsburg n'a laissé aucune chance au favori.

Cette saison, pour monter dans une division élite, il fallait donc être vêtu de noir, de blanc... et d'orange ! La nouvelle couleur des vainqueurs ?

La DEL, qui avait exclu Wolfsburg il y a deux ans, n'a fait aucune difficulté pour admettre son dossier sans faille, maintenant qu'il a une nouvelle patinoire. Le promu pourra suivre l'exemple de Straubing et conserver la plupart de ses cadres. Il faut dire que ses meilleurs marqueurs, l'Américain Tim Regan et le Suédois Mattias Wikström, ont des passeports allemands. Ça aide.

 

Deuxième : Kassel. Avec ses trois mille spectateurs de moyenne, le club de la Hesse a paru au-dessus du lot en 2e Bundesliga, et donc candidat tout désigné à la remontée. Les gardiens n'ont pas été le point faible attendu. Markus Hätinen, blessé en quart de finale, et sa doublure berlinoise Sebastian Elwing, mieux qu'un remplaçant, ont fait leur travail. Kassel était fort et a paru dominateur dans tous les domaines. Il avait par exemple les meilleures unités spéciales... sauf en finale où elles ont été moins efficaces. Le projet est décalé d'un an, en espérant qu'aucun adversaire aussi fort que Wolfsburg ne se mettra en travers de la route.

Dans cette équipe riche en vieux grognards, tels le défenseur belge Mike Pellegrims ou le centre naturalisé Wayne Hynes (ex-international toujours si précieux aux mises au jeu qui prend sa retraite et deviendra entraîneur de Regensburg), il faut remarquer que le meilleur marqueur est un joueur de 22 ans formé au club ! Manuel Klinge, après un prêt d'un an à Crimmitschau qu'il avait aidé à remonter, représente l'avenir de Kassel qui reprend des forces.

 

Troisième : Landshut. C'est surtout sur sa défense que les Cannibals ont bâti leur succès cette saison. L'arrière américain Chris St. Croix illustre ces qualités défensives pas spectaculaires mais efficaces. La fin de saison prématurée du gardien Martin Cinibulk aurait pu tout ficher par terre, avec pour le remplacer l'arrivée de Sinisa Martinovic, venu du voisin Straubing. Mais l'international croate n'a pas réussi à déboulonner l'autre gardien en place, Stefan Horneber, un international junior autrichien qui possède aussi un passeport allemand. Il a tenu le choc et la densité de Landshut a permis d'atteindre les demi-finales.

Car l'EVL continue de former de nouveaux joueurs capables de compléter ses quatre lignes. Après Max Brandl (révélé l'an passé et drafté cette année), le débutant de l'année se nomme cette fois Gerrit Fauser, moins mature mais déjà excellent techniquement. Mais malgré ses qualités collectives, Landshut manquait d'individualités offensives de premier plan. Seul T.J. Guidarelli se démarquait vraiment, Éric Houde déjà moins. Ces deux joueurs partiront pour la France, et les supporters attendent des recrues qui sortent encore plus du lot.

Des stars en bonus dans un club formateur qui ne roule pas sur l'or ? Cela ne paraissait plus impossible avec l'arrivée comme nouveau patron d'Eckard Kirsch, le milliardaire des médias possédant le groupe du même nom. La signature ne devait être qu'une formalité, promettait-on, mais l'annonce était prématurée. Kirsch ne voulait pas se contenter de 50% des parts, et les actionnaires actuels ont refusé de confier la majorité à un investisseur étranger. Ils se sont méfiés du risque de compter sur le matelas de billets d'un seul homme.

 

Quatrième : Munich. En ce qui concerne le bilan sportif strict, les Bavarois ont dépassé toutes les espérances. Après un début de saison encore raté, l'entraîneur Gary Prior a préféré cette fois jeter l'éponge, et Pat Cortina, le sélectionneur national de la Hongrie, a parfaitement tenu le rôle du sauveur. En s'appuyant sur le trio offensif Robinson-Gyori-Kompon, il a non seulement rattrapé les play-offs, mais a même amené l'équipe en demi-finale.

Malheureusement, cette réussite sportive n'a toujours pas changé Munich, ville de football sans partage. Ni le public ni les acteurs économiques ne semblent se mobiliser. Le non-renouvellement du contrat du sponsor principal a été annoncée en plein milieu des play-offs, et peu après la fin de saison, le club a été à deux doigts de se retirer définitivement. Après des semaines d'incertitude, des solutions ont été trouvées, mais entre-temps, Cortina est parti en lieu sûr, de l'autre côté de la frontière à Innsbruck. Et tout est à reconstruire.

 

Cinquième : Bremerhaven. Il est assez frustrant pour les Nordistes d'avoir été éliminés par Munich, l'équipe dont les deux meilleurs attaquants Brent Robinson et Dylan Gyori jouaient chez eux l'an passé. Finalement, les départs de l'intersaison se sont fait sentir en quart de finale, alors qu'ils avaient été bien digérés.

Car, même s'il n'y a pas eu de nouvelle finale, cette saison a été celle de la confirmation pour Bremerhaven. Avec une très bonne ambiance sur et autour de la glace, les hommes de l'entraîneur Igor Pavlov ont réalisé un championnat solide, sans compter la belle demi-finale de coupe. Ils ont trouvé un nouvel homme de confiance dans les cages, le très pro Alfie Michaud, et ils disposent toujours du métier de Craig Streu, le leader offensif de 38 ans. L'exemple de Peter Boon prouve cependant que les jeunes progressent aussi rapidement. En attendant la nouvelle patinoire, la météo marine annonce donc des éclaircies bienvenues dans la ville côtière frappée ces dernières années par le déclin de la pêche et des chantiers navals.

 

Sixième : Schwenningen. La première condition pour que le SERC sorte de la crise était de trouver quelqu'un de plus stable à la baguette. L'entraîneur Bernhard Kamienski, dont le système défensif n'était pas vraiment dans la tradition locale, a finalement été renvoyé le 20 décembre. Le manager Petr Kopta, qui avait fait le recrutement et consommé beaucoup d'entraîneurs, ne lui a pas survécu longtemps. Schwenningen a recruté une personnalité indiscutable comme coach : Peter Ustorf, qui avait accompagné le club de la troisième à la première division au début des années 80.

Au lieu de lutter pour une place en play-offs, le SERC a alors effectué une splendide remontée en pratiquant un jeu spectaculaire qui a fait revenir le public. Il est même parvenu à chiper la quatrième place et l'avantage de la glace à Landshut... tout cela pour se faire battre à plate couture, quatre victoires à une, par le rythme des quatre lignes adverses.

 

Septième : Essen. Dès les premières journées, les spectateurs d'Essen, ceux qui restent encore après avoir traversé tant de désillusions, ont cru voir venir une saison habituelle, c'est-à-dire ratée sur toute la ligne. Mais pour une fois, le recrutement n'était pas fort que sur le papier. La vedette s'appelle Tyson Mulock, meilleur ailier d'Oberliga l'an dernier avec Riessersee, et carrément meilleur joueur de 2e Bundesliga cette année... Poursuivra-t-il la série en DEL ? Le jeune Canadien a même franchi la barre des 100 points, survolant le classement des marqueurs.

Même si leur défense est toujours aussi faible (quatre buts encaissés par match), les Moskitos ont donc compensé en marquant autant de buts, avec la deuxième meilleure attaque de la division, derrière Wolfsburg. Bien sûr, lorsque les deux attaques se sont retrouvées face-à-face en quart de finale, Essen a été balayé. Mais l'important, c'est d'avoir retrouvé de l'enthousiasme grâce à cette équipe sympathique.

 

Huitième : Regensburg. L'entraîneur Peter Draisaitl, dont le nom prestigieux devait avoir le même effet attracteur que son prédécesseur Kühnhackl, a démissionné fin janvier et laissé la place à son adjoint Josef Schlickenreider. Il reconnaissait ainsi que son équipe, citée parmi les favorites, était très loin de pouvoir se mêler à la course pour la montée en DEL, objectif avoué.

Pas grand-chose n'a fonctionné. Les blessures de Markus Janka ont provoqué une tournante de gardiens qui ne s'est interrompue qu'avec le recrutement de Patrick Couture. Les attaquants ont perdu en efficacité, laissant le titre de meilleur marqueur... au défenseur Josh MacNevin. Celui-ci, en effaçant sa première saison décevante, a été la seule satisfaction de la saison. Les défenseurs venus de DEL, Christian Franz et Shayne Wright, n'ont pas été au niveau escompté. Le large remaniement de l'été dernier n'a donc pas permis de prolonger la progression de ces dernières années.

 

Neuvième : Bietigheim-Bissingen. À "Bi-Bi", on est un peu dans la même situation qu'à Regensburg, à une différence près : on n'a même pas gagné le droit de se faire laminer en quart de finale. Les Steelers, qui pensaient jouer dans la cour des favoris, ne se sont même pas qualifiés pour les play-offs.

"La réussite sportive ne se laisse pas acheter" a conclu le président du conseil d'administration Norbert Lehmann. Étonnant qu'il lui ait fallu tout ce temps pour parvenir à cette conclusion. Cela fait des années que Bietigheim-Bissingen annonce le "plus fort effectif [qu'il ait] jamais aligné", et que le résultat est piteux. C'est encore plus vrai cette année où pas un seul joueur n'a été un vrai leader. La seule amélioration a été constatée lors du recrutement d'un nouvel entraîneur, Michael Komma : il a gagné 8 matches sur 9... avant de tomber malade. La saison s'est finie sans lui, en queue de poisson, avec des mouvements de joueurs dans tous les sens et une place en play-offs bêtement échappée.

 

Dixième : Landsberg. Encore un promu qui étonne ! Ce n'est même plus si "étonnant" que ça puisque cela arrive chaque année. Mais celui-ci ne payait vraiment pas de mine. Landsberg avait fait faillite en 1998 avant de remonter rapidement tous les échelons un à un. Il est revenu à la case départ, la deuxième division, sauf que celle-ci est encore plus forte qu'avant avec sa poule unique. Chacun sait le défi que cela représente compte tenu des moyens limités. Et pourtant, il a terminé à quatre points des play-offs et obtenu son maintien direct.

Ce club d'une petite ville de Bavière, avec son mini-budget d'un demi-million d'euros, faisait pourtant figure de petit poucet. Son secret, c'est qu'il a des joueurs qui mettent les bouchées doubles à l'entraînement et qui ont ainsi pu s'adapter au changement de rythme entre l'Oberliga et la 2e Bundesliga. Cela vaut aussi pour les étrangers, comme le centre canadien Andrew McPherson, débarqué avec de modestes références il y a deux ans car sa carrière nord-américaine avait pris une mauvaise tournure d'entrée lorsqu'il s'était blessé au genou lors d'un camp des Pittsburgh Penguins. La surprise est venue du jeune gardien Dennis Endras, épatant à 21 ans. Un accord de prêt avec Iserlohn a été trouvé pour lui permettre de jouer des matches de DEL l'an prochain.

 

Onzième : Crimmitschau. L'équipe qui avait obtenu la remontée n'avait pas pu être entièrement conservée, et l'effectif plutôt affaibli paraissait tout désigné pour le yo-yo. Le recrutement limité a parfois misé sur le mauvais cheval, comme avec Antti Karhula : il avait marqué plus de points que Tyson Mulock en Oberliga l'an dernier, mais cette année les 101 points de Mulock égalent... le total de buts marqués par toute l'attaque de Crimmitschau ! Et Karhula, bon passeur - sans personne à qui fournir des assistances - mais piètre finisseur (2 buts), n'a pas supporté la pression des tribunes et est parti en janvier, direction Fribourg.

Dès le début, Crimmitschau avait annoncé que sa seule chance résidait dans son gardien Patrick DesRochers : cet ancien premier tout de draft NHL avait vu sa carrière partir à vau-l'eau et avait passé une saison entière sans jouer après des essais non concluants à Mannheim puis en AHL. Une année sabbatique qui avait de quoi dissuader les clubs encore intéressés à lui. Crimmitschau a pris le risque, et cela a payé : à 27 ans, DesRochers a montré pourquoi il avait été considéré comme un grand espoir.

Il n'était même pas sûr qu'avoir le meilleur gardien de la division soit suffisant pour le maintien. Le reste de l'équipe était vraiment très faible, à part l'attaquant ukrainien Vadim Slivchenko. La saison régulière s'est terminée par une série de quinze défaites de suite, et les deux premières manches du barrage de maintien contre Kaufbeuren ont été également perdues. Après ces 17 revers, l'entraîneur Gunnar Leidborg a employé un vocabulaire guerrier pour réveiller son équipe, des mots parfois outranciers qui ont cependant fonctionné.

 

Douzième : Weißwasser. Ce devait être la chronique d'un désastre prévisible. Le budget avait presque était réduit de moitié. Le capitaine Lars Müller était parti porter le "C" dans la riche Ruhr, à Essen. Les dirigeants avaient même prévu dans le calcul que les spectateurs fuiraient... ce qu'ils n'ont pas fait ! Il fallait vraiment avoir l'espoir chevillé au corps pour y croire encore. Avec leurs sept victoires dans le temps réglementaire durant la saison régulière, les joueurs de Lusace n'avaient plus qu'une seule chance : les barrages au meilleur des sept manches contre Dresde, qui en avait remporté trois fois plus.

Or, entre Weißwasser, l'ancien berceau du hockey est-allemand, et Dresde, la capitale régionale, il s'agissait d'un derby. Et dans un derby, tout est possible. Le gardien Nolan McDonald, que l'on songeait pourtant à remplacer à cause de ses problèmes de hanche, ne laissait plus rien passer face à des attaquants en plein doute, et le maintien miraculeux était obtenu par quatre victoires à deux.

 

Treizième : Dresde. Trois clubs ont vite été largués dans la 2e Bundesliga. L'ennui, c'est qu'il fallait quatre clubs en barrages de maintien. Dresde, qui pointait à la troisième place au Nouvel An, n'était donc pas à l'abri de cette impensable déroute. Cette équipe ne manquait sûrement pas de technique, mais plutôt d'abnégation. L'ex-international biélorusse Sergei Stas, défenseur capable du meilleur comme du pire, a ainsi commis erreur sur erreur jusqu'à ce que sa saison s'achève sur un palet qui lui a fracturé la main. L'attaquant David Musial s'était auparavant blessé aux ligaments croisés.

Aux blessures s'ajoutaient les licenciements des décevantes recrues Robert Brezina et Petr Mika, ou le retrait volontaire de l'entraîneur Jiri Kochta, qui pensait "peut-être pouvoir ainsi aider l'équipe" coincée dans une spirale de défaites. Ce ne fut pas le cas. Les attaquants ne marquaient plus, et le piège se referma : malgré un bilan victoires/défaites équilibré, Dresde terminait onzième de la saison régulière et échouait en barrages de relégation sur la lanterne rouge Weisswasser. Après seulement deux ans, c'est donc le retour en Oberliga pour la capitale saxonne. Il lui faudra toujours des joueurs plus présents sur la glace et un peu moins dans les bars et discothèques de la ville.

 

Quatorzième : Kaufbeuren. L'entraîneur Peter Ustorf a confessé avoir manqué son recrutement, mais il s'est surtout confronté à un vestiaire ingérable où trop de joueurs ne veulent jamais reconnaître les fautes. Son successeur, Dieter Medicus, était le pilier de la défense locale dans les glorieuses années 80 en Bundesliga. Mais il avait sous ses ordres, une défense très faible, la pire du championnat. Se sentant très peu soutenu, il a abandonné à son tour. Mike Bullard est arrivé en sauveur, Kaufbeuren a mené trois manches à une en barrages de maintien... et a perdu les trois suivantes.

Cette relégation des seniors survient en même temps que la montée des Jugend (cadets) au plus haut niveau, en DNL. Kaufbeuren a même obtenu le titre national - moins prisé - chez les juniors. Les derniers matches se sont joués devant près de deux mille spectateurs, des chiffres rarement vus pour du hockey mineur en Europe. À Kaufbeuren, le statut de club formateur n'est pas une vitrine poussiéreuse. Il se conjugue au présent, avec un vrai intérêt populaire pour ce qui se passe chez les jeunes pousses.

 

 

Oberliga

Les deux clubs qualifiés pour la finale d'Oberliga et promus en 2e Bundesliga ont des trajectoires différentes. L'un, Heilbronn, est un habitué du niveau supérieur, qui n'aura passé que trois ans au purgatoire. Il bénéficie de sa collaboration avec Mannheim pour se faire prêter nombre d'espoirs par les Adler. Le plus précieux a été Danny aus den Birken, le jeune gardien originaire de Düsseldorf. Les bons étrangers emmenés par Jean-François Caudron ont fait le reste.

L'autre qualifié, Ravensburg, est par contre un quasi-novice : il n'est passé que deux fois au niveau supérieur, et n'y a duré qu'un an à chaque fois. Mais les temps ont bien changé : le club, qui évoluait autrefois à ciel ouvert, a une patinoire moderne depuis 2003. Le succès populaire est toujours le même. On sentait Ravensburg prêt à monter, tant par son niveau de jeu que par ses structures. Mais pour y parvenir, il a fallu que le fier entraîneur Gerhard Brunner parte, remplacé par Georg Holzmann après un début de saison difficile. Il a aussi fallu ajouter en cours de route un vrai n1 dans les cages, Leo Conti, trop faible pour être doublure en DEL à Iserlohn, mais très solide pour l'Oberliga. Ceci étant fait, l'équipe est devenue irrésistible. Plus rien ne pouvait l'empêcher de monter.

Rien, même pas Riessersee, balayé quatre manches à zéro. La déception était toute relative à Garmisch-Partenkirchen, car on avait déjà compris que le vainqueur de 2e Bundesliga serait admis en DEL et qu'une place se libèrerait, selon le règlement, pour le mieux classé des perdants des demi-finales. Or, le SCR avait largement dominé la saison régulière. En plus du meilleur gardien, Mark MacArthur, il avait maintenant aussi le meilleur joueur, Jade Galbraith. Le double objectif est donc atteint : rendre le hockey à nouveau tendance à Garmisch, et revenir en Bundesliga.

Par contre, c'est une nouvelle déception pour le EC Hanovre, éternel favori à nouveau déçu. Cinquième, éliminé en quart de finale par Ravensburg, il n'a pas du tout justifié son statut de favori. L'entraîneur Greg Thomson a été remplacé en novembre par son adjoint Joe West, qui s'est surtout signalé par trois exclusions, dont une qui lui a valu une lingue suspension parce qu'il avait retiré son équipe de la glace après huit minutes par mécontentement contre l'arbitrage à Garmisch. Les Indians ont dédommagé le club local pour le préjudice de ses spectateurs, mais il a maintenu sa confiance en leur entraîneur, le... "wild wild West".

Les relégués de Bundesliga ont surtout essayé de se stabiliser. Bad Tölz était attendu en difficulté mais a fait une bonne saison, troisième du classement puis demi-finaliste. Par contre, la greffe lettonne n'a pas pris à Fribourg-en-Brisgau, décevant septième et devancé par Weiden, où le défenseur offensif finlandais Turo Virta a cartonné.

Cette dernière saison d'Oberliga à poule unique ne s'est malheureusement pas faite sans dépôt de bilan - Ratingen - et si on a enfin réussi à élargir la division avec des promus de différentes régions, le plus difficile reste à faire : se mettre d'accord sur la formule et surtout sur le découpage géographique qu'elle implique.

Marc Branchu

 

 

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